25 avril 2012

Le Prénom

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Le jour J est arrivé, que je vous annonçais depuis esthète lurette, à savoir la sortie en salles,  du film Le Prénom, adapté de la pièce éponyme de Matthieu Delaporte et d'Alexandre de la Patellière:

 "Cette nuit-là, le crâne lourd d'un impitoyable mélange grand cru-piquette, le dos broyé par l'épouvantable canapé de Pierre, tentant de lire les premières pages du roman de Benjamin Constant, je ne doutais pas que notre famille ait atteint une sorte de point de non-retour. Il me suffisait de me souvenirs de certains mots prononcés et de certains coups portés pour savoir qu'il y aurait un avant et un après, et que chacun d'entre nous garderait un souvenir contrasté de ce buffet marocain..."

On ne plaisante pas avec le choix d'un prénom. C'est ce que Vincent Larchet  (Patrick Bruel), la quarantaine fringante va découvrir , aux dépens de la belle ambiance qui préside au sympathique dîner marocain organisé chez sa soeur Babou (Valérie Benguigui) et son beau-frère Pierre (Charles Berling)  dans le cadre cosy de leur appartement et d'un été doucement finissant.

Tout avait si bien commencé: Vincent , tout à la joie d'être futur papa d'un garçon, attendait qu'Anne (Judith El Zein), sa jeune et charmante épouse  rejoigne ce petit dîner convivial, ravi de retrouver Claude (Guillaume de Tonquédec), joueur de trombone et ami de toujours de la famille. Mais voilà qu'au départ d'une question anodine et d'une réponse incongrue, l'ambiance dérape et vire, inexorablement,  au pugilat verbal, jubilatoire pour les spectateurs.

Créée le 7 septembre 2010 au théâtre Edouard VII sur une mise en scène de Bernard Murrat, la pièce avait largement cartonné,  enchaînant les dialogues et les situations avec un brio largement soutenu par le jeu juste et brillant des acteurs (Le rôle de Pierre était alors incarné par Jean-Pierre Dupuis) . Un rôle taillé sur mesure pour Patrick Bruel, Valérie Ben Guigui et Guillaume de Tonquédec  aussi irrésistibles que l'humour qui soutend cette fresque psychologique particulièrement percutante: un infime malentendu  fait craquer le vernis des relations les plus policées et déraper les liens affectueux les plus ancrés.

Une salutaire brise de légéreté entre les deux tours des élections présidentielles...

Apolline Elter

20 octobre 2011

Premier chagrin

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"J'avais ramassé une annonce comme on attrape une bouteille de soude caustique , et j'avais le coeur qui saignait"

Une petite annonce peut changer le cours de la vie et surtout le regard que vous portez sur elle. 

Lorsqu'elle se présente comme baby-sitter chez Mouche, une dame âgée et malade, Sophie, 14 ans, chausse sans doute des bottes trop grandes pour elle. Il s'agit d'accompagner cette grand-mère, atteinte d'un cancer incurable, au terme de sa vie et de lui permettre de voir sa famille, dans les meilleures conditions.Une exigence: toujours dire la vérité.

Apprivoisant cette situation déconcertante et la perspective nouvelle de la mort, Sophie se retrouve au coeur d'un dialogue entre générations, moulu d'estime, de compréhension, de non-dits et de pragmatisme.

 

"Je ne guérirai pas, Sophie. Ce n'est pas l'espoir de guérir qui m'a fait choisir le palliatif, mais l'envie de vivre "

Avec un talent marqué pour tremper sa plume dans le sang  et dans le coeur d'ados plutôt matures , Eva Kavian réussit le pari  - subtil et risqué - d'inviter la mort à la table de la vie.

Apolline Elter

Premier chagrin, Eva Kavian, roman, Mijade, zone J (Litt. jeunesse) , oct 2011, 190 pp, 6 €

 

 

 

22 juillet 2011

Le chantier médiéval de Guédelon

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A l'agenda de ce vendredi estival -  par la date - je vous propose un saut de géant dans le temps: retrouvons-nous au coeur du  Moyen Age - au  XIIIe siècle plus précisément - et du fabuleux chantier de Guédelon  (Yonne - Puisaye) .

A l'origine de ce projet incroyable, le cerveau enfièvré- et.... fou-  d'un aventurier. Celui de Michel Guyot, propriétaire et conservateur du château de Saint-Fargeau, situé à quelques lieues de là.. Son idée: construire un château selon le modèle efficace du château philippien (XIIIe siècle) qui connut quelque douze mille réalisations...et s'obliger à n'utiliser que les techniques et matériaux de l'époque. Pas de doute, il faut être un peu félé pour se lancer dans pareille aventure. Il aura cependant fait légion,  puisque depuis la pose de la première pierre, le 20 juin 1997, le chantier ne désemplit pas d'oeuvriers et de visiteurs.

Un peu de scénographie: nous sommes en 1243, au début du règne de Louis IX ( Saint-Louis), petit-fils de Philippe-Auguste. Le temps est à la construction de châteaux raisonnés: plus rapides à construire, moins chers et néanmoins efficaces. Les tours s'arrondissent, offrant une meilleure résistance au temps et aux attaques. Entamée en 1229,  la construction devrait être achevée en '54 (traduisons: en 2022 - 2023..) Il nous faut toutefois tempérer l'optimisme de ce planning. En effet, les quelque cinquante oeuvriers qui s'affairent sur le chantier de Guédelon ont plus d'un obstacle à franchir:  le genre de construction qui les occupe n'est plus vraiment dans l'air du temps et le purisme archéologique qui préside aux gestes, techniques employées et organisation du chantier oblige à des recherches fouillées. Pas facile de renoncer ainsi à nos acquis technologiques. Les seules concessions faites à l'époque actuelle concernent les normes de sécurité:

Pâques 2011 + Fonteyne the Kitchen 012.jpgArrêté, chaque année, durant les saisons froides, le chantier subit aussi les lenteurs de sa vocation didactique: dévoués aux nombreux scientifiques et visiteurs qui le viennent parcourir, les maçons, charpentiers, forgerons, tuiliers, tailleurs de pierre, ...voient leur rendement horaire passablement diminuer. Pour notre plus grande édification.

 

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Apolline Elter

 

Site recommandé: www.guedelon.fr

Guédelon - Chantier médiéval - D 955 -  F- 89 520 Treigny

23 avril 2011

Terrienne

16788_aj_m_2332.jpgLes vacances ont ceci de positif qu'elles cèdent la parole à de jeunes lecteurs et nourrissent notre rubrique "Z'ados-reront" de quelques coups de coeur imparables:

Le roman de Jean-Claude Mourlevat est de ceux qu'on ne lâche pas: sitôt la lecture entamée, on est tout simplement scotchée ....

Sans nouvelles de sa soeur Gabrielle, disparue , voici un an, le soir de son mariage, Anne reçoit, de cette dernière, un appel au secours. Gabrielle est retenue prisonnière par des personnages inquiétants.

Accompagnée d'Etienne-Virgile, un écrivain, Anne parcourt un chemin de campagne qui va la propulser du monde des terriens à Estrellas,  l'univers glacial et terrifiant où sa soeur est retenue. Les habitants de cet univers  ne pleurent ni ne respirent, ils n'ont rien de vraiment humain,..mais le plus terrible est qu'ils détestent cordialement les humains dont ils font leurs esclaves.

Heureusement, il y aura quelques adjuvants dont Bran Ashelbi..., un être hybride qui osera trahir les siens pour venir en aide à Anne et Gabrielle.

Un roman vraiment trop accrochant.

Philippine Jadoul

07:00 Écrit par Apolline Elter dans Z'ados -reront | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |

03 février 2011

Randah - La fille aux cheveux rouges

Couverture du livre Randah : la fille aux cheveux rouges Inauguration, ce jour, de notre rubrique "z'ados-reront" consacrée aux livres de jeunesse ( à partir de 12 ans) . Ces livres- mêmes que nous dégusterons avec un bonheur partagé.

"J'étais la soeur de Kahli Kinh Louké, celui qui, jadis, avait fait chanter les flammes. Et surtout, celui qui avait conduit notre tribu au seuil des abîmes infinis."

Le nouveau roman d'André-Marcel ADAMEK a l'allure d'un conte. Un conte plongé dans un néolithique atemporel et le destin d'une tribu incarnée par Randah Liké Nahoma et sa flamboyante chevelure rousse. L'âge s'y compte en " saisons de glace" et le temps s'égrène au fil de luttes, d'exils et d'une transformation sociale radicale:

" Mon petit royaume n'est pas que de vent, de sel et de sable. Des hommes y ont versé leur sang au cours d'une lutte inégale. Des femmes ont voulu, en un élan dérisoire, y assurer leur suprématie après l'avènement d'un prince mystérieux.

Mon petit royaume a chanté d'âge: un jour, après avoir cuit nos galettes de bleh, on se rendit compte qu'une pierre mise à longue épreuve du feu dégorgeait une matière rouge d'une incroyable dureté. On la fit chauffer er chauffer encore, et les plus habiles d'entre nous parvinrent à la modeler.(...) Nous n'avons plus à craindre les voiles de couleur qui pourraient réapparaître à l'horizon. "

Un conte flamboyant à l'instar de la narratrice et de la plume d'André-Marcel Adamek.

Apolline Elter

Randah, La fille aux cheveux rouges, roman, André-Marcel Adamek, Mijade, janvier 2011, 7 €