10 mai 2011
Meurtres au potager du Roy
Mai 1683: Louis XIV reçoit une ambassade de Hollandais. Fier de leur présenter son immense potager -oeuvre de Jean-Baptiste de La Quintinie - le Roi entend les promener à travers sa prestigieuse melonnière. Oui mais voilà, cette dernière a été saccagée - pas un melon de rescapé - et sera bientôt le théâtre d'un meurtre......
" Le jardin, situé en contrebas afin de bénéficier de toutes les ardeurs du soleil, offrait un spectacle de désolation. Les cloches couvrant les melons pour accélérer leur maturité étaient brisées, des éclats de verre parsemaient les plates-bandes. Pis encore, les melons avaient été sauvagement écrasés, leur chair orangée éclaboussait les grandes feuilles vertes, comme des traînées de sang pâle."
Avec pour héros, le jeune Benjamin Savoisy, jardinier et homme de confiance de La Quintinie, le polar de Michèle Barrière constitue une fresque remarquable - superbement documentée - d'une fin de XVIIe siècle, marquée de violence - l'Affaire des poisons et les dragonnades en sont une illustration - d'intrigues en tous genres, sur les scènes de Versailles , d'Amsterdam et de Londres et d'une jubilation ..souveraine pour les miracles opérés sur la Nature.
Incarné par Elena, Hollandaise, belle et fatale, l'enjeu du récit se révèle: il s'agit de percer le secret du melon perpétuel.., "celui qui pousse sous tous les climats, des neiges du Nord aux déserts du Sud (...)Qui n'a besoin ni d'eau ni de cloche pour mûrir"
Doté d'un index précis et précieux, qui trace la vie des personnages réels évoqués dans la fiction - La Quintinie, La Palatine, Nicolas de Bonnefons, Louis Audiger, Nicolas de Blégny, Denis Papin, John Evelyn et Samuel Peppys, l'ouvrage conclut sa vocation didactique d'une évocation de la cuisine au temps de Louis XIV et d'un carnet de recettes...d'époque
A lire absolument!
Vient de paraître en livre de poche.
Apolline Elter
Meurtres au potager du Roy, Roman noir et gastronomique à Versailles au XVIIe siècle, Michèle Barrière, Agnès Viénot Editions, 2008 (Livre de Poche, 2011), 314 pp.
Billet de faveur
A.E : Michèle Barrière, vous êtes historienne de la gastronomie – dans la ligne de Jean-Louis Flandrin - auteur de la série « Histoire de la cuisine » diffusée sur Arte et militez en faveur de l’écogastronomie, une gastronomie respectueuse de l’environnement, appelée également slow food. Pour la rédaction de ces « Meurtres au Potager du Roy », vous avez travaillé plusieurs semaines dans le potager de Versailles, toujours en activité, plus de trois siècles après sa création. Qu’est-ce que ce travail vous a inspiré au niveau de la rédaction de l’ouvrage ?
Michèle Barrière : Le potager du Roi a très peu changé depuis sa création au XVII° siècle. Le lieu est donc particulièrement évocateur et permet de se mettre dans la peau d’un jardinier de Louis XIV d’autant, qu’à part le passage à l’arrosage automatique, les gestes sont les mêmes. Semer, planter, cueillir, récolter, tout se fait à la main. Et si à l’époque, il n’y avait ni tomates, ni courgettes, ni pommes de terre, la magnifique collection de variétés anciennes d’arbres fruitiers m’a permis de goûter aux fruits qui étaient servis sur la table du roi Soleil et je l’espère, transmettre aux lecteurs ces saveurs inoubliables.
AE : Vous organisez des week-ends gastronomiques, en votre maison normande. Vos hôtes concoctent, sous votre direction, des repas dans l’esprit du Moyen Age, de la Renaissance et des XVIIe et XVIIIe siècles. Quel public rencontrez-vous de la sorte ?
Michèle Barrière : un public très varié qui n’est pas composé uniquement de femmes comme on pourrait le croire. Les stagiaires et moi-même prenons grand plaisir à déchiffrer les recettes, à les préparer et à les déguster. Ce sont des moments très joyeux de partage et de gourmandise.
AE : Le côté gastronomique des polars - votre spécialité - vous permet-il de doubler la saveur de l’intrigue ?
Michèle Barrière : Je l’espère pour le lecteur ! Écrire des polars historiques et culinaires, c’est vivre entre son ordinateur et ses plaques de cuisson, la tête dans les textes anciens et les mains dans la pâte à tarte.
Site de Michèle Barrière : www.michelebarriere.com
06:55 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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07 mai 2011
Lauzun ou l'insolente séduction
"Se couvrir de gloire aux armées ne suffisait pas à ce petit homme frénétiquement ambitieux qu'étreignait sans cesse la passion de briller. Ce qu'il voulait par-dessus tout, c'était occuper une charge importante dans l'Etat et même - pourquoi pas? - gagner la faveur du roi, devenir son protégé, son confident, son ami. Patiemment, prudemment, habilement, il tissait sa toile, poussait ses pions, gagnant des amis, neutralisant des ennemis et ne perdant jamais la moindre occasion de faire retentir son nom dans la chambre du roi."
Il n'était pas vraiment beau mais étonnamment séduisant. Casanova avant l'heure, le petit marquis de Péguilin, Antonin Nompar de Caumont, futur duc de Lauzun, conquit le coeur - farouche - de la grande Mademoiselle, (vieille) fille de Gaston d'Orléans, autant éprise de ce flambant et habile prétendant, son cadet de six ans qu'attachée à sa vertu et à une virginité ...hélas, jamais révolue.
Ses frasques et impairs monumentaux, moments de gloire et de disgrâce, la faveur fluctuante qui le liait à Louis XIV, font l'objet d'un ouvrage brillant, rocambolesque et palpitant jailli de la plume alerte de Jean-Christian Petitfils. Confrontant les mémoires et correspondances de ses contemporains aux sources historiques avérées, l'historien, spécialiste du Grand Siècle (cfr nos chroniques relatives à Louise de La Vallière, L'Affaire des poisons,..ainsi que la vingtaine d'ouvrages sur l'époque qu'il compte à son actif) restitue, avec force couleurs, les agissements et motivations de ce personnage aussi singulier, roublard, déconcertant qu'inventif et ...attachant.
Loyal à ses heures, quand il s'agit de ne point trop abuser de la générosité amoureuse d'Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier (la grande Mademoiselle, cousine germaine de Louis XIV) ou de sauver Jacques II d'Angleterre, l'intrigant personnage est aussi un opportuniste de première classe. Abattu à l'extrême, durant ses années de détention dans la forteresse de Pignerol (Alpes italiennes), il verra s'effondrer en l'espace d'une lamentable minute une téméraire tentative d'évasion préparée depuis plusieurs années. Toujours il se remettra des coups durs, opposant à ses contemporains une incroyable santé (et vigueur sexuelle) et une longévité corollaire qui le verra s'éteindre à 90 printemps passés.
Un portrait d'une ....insolente séduction romanesque.
Apolline Elter
Lauzun ou l'insolente séduction, Jean-Christian Petitfils, biographie, Perrin, 1998.
Rendez-vous, samedi 14 mai prochain, pour la chronique du Masque de fer (Jean-Christian Petitfils), édition revue et augmentée en ce mois de mars 2011.
07:19 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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19 mars 2011
Salon du livre de Paris - dédicaces de ce samedi 19 mars

Au programme du jour, quelques excellentes raisons de vous rendre au Salon du livre de Paris et de rencontrer quelques auteurs et leurs fraîches parutions.
A savoir:

Sortie, ce 10 mars, aux Editions Héloïse d'Ormesson du roman, traduit de l'islandais de Steinunn Sigurdardottir, Cent portes aux quatre vents.
En voici l'argument, extrait du communiqué de presse:
"Plus de vingt ans ont passé depuis que Brynhildur a quitté Paris où elle fut étudiante. Mais un court séjour dans la capitale et une rencontre inattendue la projettent dans ses souvenirs de jeunesse, parmi lesquels, celui du grand amour à travers lequel elle est passée. (...) Rieuse, insolente, Steinunn Sigurdardottir explore en magicienne les troubles de la passion et les implacables outrages du temps."
Cent portes battant aux quatre vents, Steinunn Sigurdardottir, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, éd. Héloïse d'Ormesson, mars 2011, 124 pp, 15 €
L'auteur sera présente les quatre jours d'un Salon du Livre, dévolu notamment, aux lettres nordiques.
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Le magnifique film de Xavier Beauvois (chronique sur ce blog) vous incitera à découvrir l'ouvrage, paru ce 16 mars, que René Guitton consacre au martyre des moines de Tibhirine et à rencontrer, ce jour, l'auteur, présent au Salon.
Extrait du communiqué de presse:

"Motivé par le désir de "savoir" pour rétablir ce qu'il qualifie de "profanation mémorielle", René Guitton, déjà auteur d'un livre remarqué sur les moines de Tibhirine en 2001, a poursuivi des recherches en France, en Algérie, en Italie,enSuisse, en Belgique et dans le reste de l'Europe et de l'Afrique, auprès d'hommes de l'ombre, de responsables politiques, ministres, services secrets français et algériens, juges, ambassadeurs, familles des victimes, responsables du Vatican, des Eglises et des communautés religieuses dont Sant'Egidio, de généraux, de terroristes repentis et non repentis...
Grâce à une analyse rigoureuse, documentée, et à des éléments inédits, ce livre s'efforce de faire la lumière, quinze ans après les faits, sur de très nombreuses zones troubles concernant les circonstances de l'enlèvement des moines trappistes en mars 1996 et de leur mort deux mois plus tard, en apportant une foule de révélations."
En quête de vérité- Le martyre des moines de Tibhirine, René Guitton, essai, Calmann-lévy, 16 mars 2011, 380 pp, 20 €
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Diane Ducret dédicacera Femmes de dictateur au stand des Editions Perrin. Je vous convie jeudi 24 mars sur le blog pour la chronique et la prolongation de lecture d'un ouvrage...saisissant.
Femmes de dictateur, Diane Ducret, essai, Perrin, février 2011, 258 pp, 21 €
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La Splendeur des Charteris (Stéphanie des Horts)

"Après avoir abreuvé le marinier d'un nombre insensé de brandys, la jeune femme se met en demeure de lui expliquer la vie selon les Charteris. Les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être et il est toujours conseillé de passer de l'autre côté du miroir car là-bas la transgression n'a plus lieu d'être."
Ile de Wight, 1936: Nicholas Colville-Lyon est invité à passer l'été à Farringford, propriété des Charteris. Il y découvre une société à l'aristocratie désinvolte, déjantée, décadente, éprise d'Adolf Hitler, d'inceste, de sexe, de fantômes et ..de meurtre. Avec pour seul tabou, celui d'en avoir....
Une ambiance british fin de race qui pousse l'humour noir au-delà du cynisme et d'un miroir qu'il vaut mieux ne pas traverser..
Apolline Elter
La splendeur des Charteris, Stéphanie des Horts, roman, Albin Michel, février 2011, 234 pp, 18 €
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En dédicace auprès du stand Flammarion, Janine Boissard présentera son roman dernier-né dont l'action se situe dans le milieu des sapeurs-pompiers. En scène, Ninon Montoire, 30 ans, mère d'une fillette de cinq ans, Sophie, Thomas Vailly et ..un certain William Launay.
"Lorsque les pompiers sont à l'alignement, le regard se porte automatiquement sur la bande fluo qui permet de les repérer dans la tourmente. Elle forme une ligne continue en haut de leur poitrine, de botte en botte. Elle va, de caserne en caserne, de pays en pays, lien indissoluble, attachement indéfectible. Si l'un tombe, tous en ressentent le sombre tremblement. Si l'un est distingué, l'honneur ne peut être que celui de tous."
Amitié, solidarité, danger, amour embrasent le roman et... les fans de Janine Boissard à sa suite.
AE
N'ayez pas peur, nous sommes là, Janine Boissard, roman, mars 2011, 334 pp, 19,9 €
06:47 Écrit par Apolline Elter dans Agenda, Les chroniques d'Apolline Elter, revue de presse | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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24 janvier 2011
Les blondes pensées de la marquise
Cédant à l'invitation de notre marquise (de Sévigné) de glisser l'une de ses pensées en nos rendez-vous du lundi, je vous livre l'extrait d'une lettre, écrite de Vitré (Bretagne) à destination de la Provence, où réside sa fille, Françoise de Grignan:
"Il me semble que vous voyez bien des Provençaux à Grignan. Si vous saviez, ma bonne, la quantité de Bretons que l'on voit tous les jours ici, cela n 'est pas imaginable"
(16 août 1671)
Marquise de Sévigné - Correspondance - Edition de la Pléiade (I) - texte établi, présenté et annoté par Roger Duchêne.
06:24 Écrit par Apolline Elter dans L'Epistolière, Les pensées d'Apolline | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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19 janvier 2011
Claude Monet

"ll est robuste, Claude Monet, taillé d'une pièce; capable d'être aussi généreux qu'égoïste, mais aussi faible que fort."
Remarquable biographie que Michel de Decker consacre au père de l'impressionnisme: un portrait haut en couleurs et contrastes d'un artiste au tempérament déterminé, un rien cyclothymique, sachant entretenir ses amitiés et se faire... entretenir quand le besoin - fréquent dans les premières décennies - s'en fait sentir. Génie du regard et d'une lumière, qu'il saisit dans ses infinies nuances, capable de travailler une dizaine de toiles de concert, Claude Monet laissera plus de 2000 toiles à la postérité, n'hésitant à crever d'un geste rageur celles qui n'ont plus sa faveur...
Né à Paris, le 14 novembre 1840, Oscar-Claude Monet perd sa mère à l'âge de 16 ans. Sa tante Marie-Jeanne Lecadre - nom prémonitoire - le prend en charge et affection, le soustrayant aux relations tendues qui l'unissent à son Adolphe de père. Pris sous l'aile d'Eugène Boudin, le jeune artiste commencera à faire parler de lui en 1873, lorsque son fameux "Impression, soleil levant" deviendra sous la plume de Louis Leroy, l'emblème du mouvement décrié de l'Impressionnisme.
Sa rencontre avec Ernest Hoschedé, acquéreur du tableau et mécène de la première heure signe son destin puisque marié avec Camille Doncieux et père de Jean, Monet s'éprend peu à peu d'Alice (Hoschedé), entretenant ainsi une liaison (conclue par un mariage) de 35 ans et une famille, recomposée, de 8 enfants. Les années-galère seront nombreuses qui verront la famille couler sous les dettes, tant bien que mal remise à flots par Paul Durand-Ruel, marchand d'art avisé. "La maison rose aux volets verts" de Giverny et son célèbre jardin scelleront le début d'une prospérité enfin avérée.
Claude Monet meurt à 86 ans (1926), affecté d'une quasi-cécité (cataracte) qui a empoisonné les dernières années de sa vie.
Avec son style alerte, présent, précis, aux allures d'amène conversation, Michel de Decker nous trace une fresque vivante de l'époque, des événements marquants et des personnalités qui côtoyèrent Claude Monet: Renoir, Sisley, Pissaro, Sacha Guitry, Clemenceau, l'ami à vie,...
Une lecture hautement recommandée.
Apolline Elter
Claude Monet, Michel de Decker, biographie, ed. Pygmalion (Flammarion), juin 2009, 336 pp, 21,9 €
Billet de faveur
AE: Michel de Decker, c'est en "voisin" que vous vous êtes penché, début des années '70, sur la longue vie de Claude Monet. Votre maison de l'époque faisait face à celle de l'artiste, séparée par cette Seine qui lui fut si chère. Elle devait cependant être passablement délabrée à l'époque, puisqu'il fallut attendre la fin de la décennie et la nomination de Gérald Van der Kemp, en tant que conservateur, pour la magistrale restauration qu'on lui connaît:
Michel de Decker: Quand je suis entré pour la première fois, dans la maison de Monet, je suis resté stupéfait. J'ai compris alors, pourquoi l'Institut de France qui en était légataire, avait si longtemps hésité à me donner l'autorisation de visite. Les verrières du grand atelier au nymphéas étaient éclatées, la maison baignait dans l'humidité et il aurait fallu une machette pour accéder à certaines allées du jardin. Et que dire de l'étang aux nymphéas... sans l'ombre d'un nénuphar car tout avait été boulotté par les rats gondins qui squattaient le domaine. Il est vrai que le pauvre jardinier - un seul, quand Monet en faisait travailler sept à temps plein ! - ne pouvait être sur tous les fronts. J'ai publié alors une série d'articles pour dénoncer cette misère, à la suite de quoi, Gérald Van der Kemp a décidé de prendre les choses en mains. Quand je lui ai offert la première édition de mon livre - qui lui était d'ailleurs dédié - il m'a dit : "C'est en partie grâce à vous que cette maison rose aux volets verts a ressuscité. Vous avez précipité le mouvement..."
AE: vous avez écrit une première biographie de l'artiste en 1992 (éd. Perrin). La réécrire, 17 ans plus tard, vous a-t-il permis d’affiner son portrait psychologique?
Michel de Decker: J'ai, en effet, publié une nouvelle version de mon Monet, dix-sept ans après, mais je ne pense pas avoir changé le fond. Quelques détails nouveaux, quelques nouveaux documents débusqués ici ou là, m'ont permis de l'enrichir mais non de le bouleverser. Monet, c'est Monet. Il reste un bloc de granit aux yeux de laser !
AE: Qu’avez-vous pensé de l’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais ?
Michel de Decker: Je manque rarement une grande exposition Monet. J'ai "vécu" avec lui pendant une dizaine d'années avant d'essayer de le raconter, si bien que, quand je vois telle ou telle toile de lui, je sais immédiatement où il l'a peinte et dans quel état d'esprit il était ce jour-là. Je me suis même rendu jusqu'à l'Hermitage, à St Petersbourg, pour voir des toiles qui, à mes yeux, étaient inédites. L'exposition du Grand Palais, c'est une apothéose ! c'est la plus complète qui m'a été donné de visiter... Et j'ai, une fois de plus, découvert de nouvelles toiles... Bon, sur les 2000 à 2500 qu'il a peintes... il en reste que j'ignore, ça me rassure...
07:11 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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26 décembre 2010
Dix petits doigts pleins de chocolat

" Je vous transmets tout mon plaisir mais je vous le prête seulement, car j'attends avec impatience votre plaisir pour qu'enfin je sois heureux."
Destinés aux blondes frimousses et doigts pourléchés de chocolat, les recettes et préceptes de Pierre Marcolini - le célèbre chocolatier belge - ont pour objectif avoué " d'allumer une minuscule flamme qui se fortifiera", entendons par là d'initier nos enfants au goût du vrai, du sain, des fruits de saison "en négligeant les pâtisseries industrielles grasses et trop sucrées."
Ne boudons pas notre gourmandise et adonnons-nous, en famille, à la faveur de vacances un tantinet..frileuses aux crêpes, gaufres, meringues, macarons, madeleines, cake, mousse, fausse crème brûlée..au chocolat, sans oublier les religieuses, crémeux vanille, renversant crumble..à l'envers et caramels au beurre salé, fondant de délice et d'une juste fierté:

Réalisation "maison" des bonbons caramel beurre salé (Louis Jadoul - triples proportions)...
Trente recettes expliquées avec précision, illustrées avec un sens aigu de la tentation.
Gageons, à l'instar de l'orfèvre des fèves que l'excellence n'attend pas le nombre des années.
Apolline Délic-Elter
Dix petits doigts pleins de chocolat, Pierre Marcolini - Xavier Harcq (photographies), Agathe Hennig (coordination et textes) et Yan Pennor's (design et textes) , Ed. Racine, novembre 2010, 80 pp, 17,95 €
06:20 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter, zenfantillages | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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12 décembre 2010
Juste un regard
Bien plus que cela, en réalité.
"Juste un regard sans jugement, sans parti-pris, sans avis tranché sur la question, sans curiosité malsaine, sans préjugés. Celui que l'on poserait avec pudeur sur une forme de détresse humaine et qui par sa sincérité mériterait la rencontre."
Paru en la nouvelle maison d'édition, Avant-Propos, dirigée par Hervé Gérard, l'ouvrage né de la plume d'Isabelle Bary, écrivain, et de la lentille de Caroline Wolvesperges, photographe, est un hommage aux Bruxellois de la rue. Un an durant, les deux jeunes femmes sont allées à la rencontre de femmes et d'hommes qui ont versé un jour, peut-être d'un coup, dans la précarité et se sont vus livrés à la rue, à l'indifférence établie des passants que nous sommes et à une totale liberté, grevée d'ennui et de détresse enracinée.
"Il y a des rendez-vous que l'on rate et d'autres qu'on choisit de ne pas manquer"
Ce regard porté sur des interlocuteurs d'un jour, d'une heure est toujours empreint de respect, d'écoute et de tact. Isabelle Bary Caroline Wolvesperges présentent des instantanés de vie qui, évitant toute langue de bois, donnent existence aux personnes rencontrées. Et c'est sans doute cela qui, allié à la qualité de la plume et des portraits, fait de ce recueil un ouvrage fort. Très fort.
" Des hommes et des femmes, certains très sales, édentés, balafrés, déchirés, battus peut-être, qui crient, hurlent, hululent, tournent fou, sanglotent. Et tous ces yeux, toujours ces yeux qui comme des radars cherchent ceux des autres sans toujours oser s'y frotter"
Un regard hautement recommandé.
A noter que les auteurs cèdent l'intégralité de leurs droits à l'association "Jamais sans toit".
Apolline Elter
Juste un regard. Un hommage aux Bruxellois de la rue, Isabelle Bary et Caroline Wolvesperges, Avant-Propos, novembre 2010, 24,95 €
Billet de faveur
AE : A travers cet ouvrage, Isabelle Bary et Caroline Wolvesperges, vous réfutez l’image d’Epinal qui voit une solidarité obligée entre les sans-abri . C’est plutôt la jungle qui préside à leurs relations. Le pressentiez-vous ?
Isabelle Bary, Caroline Wolvesperges: Nous sommes parties à la rencontre de ces femmes et ces hommes sans préparation, ni a priori. Nous avons vraiment tenté de laisser nos préjugés de côté. Dès lors, toutes les images et tous les mots reçus ont été pour nous source de surprise. Mais il est vrai que les idées préconçues ont la peau dure et nous avons dû nous habituer à les voir se disputer là où sans doute nous attendions une fraternité de rue. Mais pourquoi seraient-ils différents de nous ? Ne vivons-nous pas dans une jungle, nous aussi?
AE : Rencontrer ces gens de « l’autre monde », créer une passerelle avec le trottoir est un exercice très délicat. Il faut éviter à la fois l’écueil du paternalisme, du misérabilisme ou de l’idéalisme suspect. Ce qui permet de maintenir l’équilibre, n’est-ce pas tout simplement le respect. Respect de l’autre et de sa dignité ?
Isabelle Bary, Caroline Wolvesperges : Oui, le respect est l’atout majeur. Si vous respectez la personne en face de vous, en l’abordant comme si vous abordiez « n’importe qui », elle vous le rend d’emblée. Ce respect ne signifie pas une politesse particulière, simplement une considération. Voir l’autre, quel qu’il soit, le regarder, le saluer, lui sourire, c’est déjà franchir la frontière du déni.
AE: De même, vous évitez le côté culpabilisant qu’une telle relation peut engendrer chez le lecteur. L’objectif de votre ouvrage n’est-il pas, tout simplement, d’établir les prémisses d’une possible communication?
Isabelle Bary, Caroline Wolvesperges: Le but de notre projet était de donner aux gens l’envie d’oser un autre regard sur cette forme de misère-là. De faire passer un message simple, qui les remue un peu dans le confort de leur ignorance à l’égard de ces gens qui ont tout perdu. Emouvoir par des images et des mots empreints de pudeurs mais forts aussi, qui bousculent un peu les idées préconçues et, oui, poussent à un dialogue entre les deux mondes. Jamais nous n’avons envisagé de critiquer ou culpabiliser les acteurs divers de notre société, mais bien de leur faire prendre conscience de ce qui leur parait parfois invisible.
AE: On ne sort pas indemne d’une telle expérience– le lecteur non plus. Avez-vous gardé des contacts avec certaines des personnes rencontrées ?
Isabelle Bary, Caroline Wolvesperges: Nous gardons des nouvelles de certains, par l’association « Jamais sans toit », au profit de laquelle nous abandonnons nos droits d’auteurs et qui côtoie beaucoup d’entre eux au quotidien. Quelques-uns sont décédés depuis. Nous sommes allés en revoir d’autres. Alors que nous avions établi une relation à l’époque de notre travail, peu cependant nous reconnaissent d’emblée. Leur monde vit dans le présent, dans « ce qu’on va manger où on va dormir ». Si nous avons l’impression de leur avoir apporté quelques instants de chaleur, nous savons aussi que nous ne sommes pour eux que des gens de passage. Eux nous ont apporté beaucoup, sans le savoir. Nous espérons que notre petite contribution d’écrivain et de photographe permettra à d’autres talents d’apporter leur pierre à l’édifice d’un changement.
AE: L’intégralité de vos droits d’auteurs (textes et photographies) seront verses à l’association “Jamais sans toit”. Des pages très belles sont consacrées à votre rencontre avec Muriel, l’âme de l’association. Vous semblez impressionnées par son action :
Isabelle Bary, Caroline Wolvesperges: Son action, justement, c’est le quotidien. Ce sont ces petites choses que Muriel fait tous les jours pour eux, qui ne se voient pas mais qui contribuent à leur conserver une dignité d’homme. Muriel fait partie intégrante de leur vie. Et cette abnégation, ce don de soi, non d’un moment, mais de tous les jours, est tout simplement admirable.
06:46 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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10 décembre 2010
L'âme du vin au Domaine du Chenoy
L'âme du vin se nourrit de savoir-faire, de passion et d'un sens inné de l'hospitalité.
Vous la rencontrerez, je vous le certifie, au Domaine du Chenoy:

06:43 Écrit par Apolline Elter dans Agenda | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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08 décembre 2010
La vie en toutes lettres

" La lettre donne à voir, à lire et à entendre des mots qui virevoltent et qui s'enflamment. Elle porte en elle la mémoire olfactive du parfum de son auteur, de celui de son encre et de son papier, la mémoire sensuelle de son écriture manuscrite, ou de sa signature, du chemin, des ondulations de ses verbes et de ses syllabes, la mémoire du son de sa plume ou des palpitations de son clavier."
Vous l'avez compris: c'est un beau, un magistral ouvrage que publie Jean-Pierre Guéno, en cette fin 2010, soutenu dans cette entreprise par la Fondation de la Poste, le Musée des Lettres et des Manuscrits (Paris) et les magazine Plume, Le Monde Magazine, Notre temps, les Archives départementales de France et... son maquettiste hors pair, Jérôme Pecnard (La mémoire du Petit Prince, Les diamants de l'Histoire, ...)
Cent cinq lettres, pour la plupart manuscrites, font revivre des périodes-clefs de l'Histoire - les guerres du XXe siècle notamment - et des destins individuels. Echelonnées sur cinq siècles, de 1519 à 2010, les lettres sont présentées selon un abécédaire thématique - amour, dénonciation, émotion, enfance, politique, posthume, révolte, tendresse...- et éclairées du contexte de leur écriture. Cette mise en perspective précieuse rend les scripteurs acteurs de la grande Histoire et constitue un intérêt majeur de l'ouvrage. Ce n'est pas le seul.
La séquence des pages permet ainsi aux lettres codée de Charles de Gaulle (évasion de la prison de Rosenberg en 1917) ou de Charles-Quint (1519), de cachet de Louis XIV (à l'encontre de Nicolas Fouquet), de "confessions" de Jean-Jacques Rousseau, de côtoyer les lettres d'amour, de tendresse, d'angoisse et .. hélas de dénonciation, de scripteurs inconnus au bataillon de l'Histoire. Certaines sont empreintes d'une émotion rendue encore plus palpable par la présentation du support : telle cette lettre en yiddish, jetée sur un bout de papier et du convoi 61 qui mène Liza à la mort (octobre 43). Révélatrices d'âme, les écritures transpercent le papier et le cadre de l'ouvrage, qui atteignent directement le lecteur en son cœur. Quand elles ne le troublent d'un juste étonnement, dévoilant l'écriture claire et soignée de Jacques Mesrine ou callligraphiée, écrite des ..pieds de l'artiste-peintre, César Ducornet.
Un ouvrage qui s'inscrit en lettres majeures dans la l'Histoire épistolaire.
Apolline Elter
La vie en toutes lettres. Ces paroles qui marquent votre existence, Jean-Pierre Guéno, (Mise en images Jérôme Pecnard), Plon (beaux livres), octobre 2010, 240 pages, 29,90 €
Billet de ferveur.
AE: Avec Les Diamants de l'Histoire (voir billet de faveur sur ce blog) et la publication, presque conjointe, de ces trésors épistolaires, vous affirmez haut et fort , Jean-Pierre Guéno, que ce sont aussi les destins individuels, souvent oubliés, qui constituent l'Histoire. Est-ce votre credo?
Jean-Pierre Guéno: Il est évident que l’histoire ne peut pas se résumer aux têtes d’affiche, aux stars et autres people qui ponctuent nos livres de classe : elle est avant tout l’œuvre de ses obscurs, de ces individus, de ces sans grade qui furent nos parents et nos ancêtres et qui méritent au minimum que nous ayons à leur égard la mémoire du cœur…
AE: La sélection de ces 105 lettres a généré, on s'en doute, un travail considérable. Outre les lettres d'archives mises à votre disposition, vous en avez reçu des milliers suite aux appels lancés par la Poste et dans la presse. Avez-vous contacté en direct les familles des auteurs des lettres retenues?
Jean-Pierre Guéno: C’est vital : sans les familles, je n’accéderais pas aux traces, aux manuscrits des lettres, aux photos qui viennent des albums de famille, aux petites histoires. Ainsi Denise, la fille de Clémentine , est la seule personne au monde qui puisse me raconter comment elle a retrouvé cette lettre de sa mère dans son sac à main après son décès. A pouvoir me confier la photo de sa maman, cette paysanne mère de famille nombreuse, morte trop jeune et dont le visage n’est qu’un appel à la tendresse. Quand on voit son portrait, si expressif en page 68 du livre, on voudrait la dorloter, la chérir. Elle devient une sorte de maman universelle.
AE: Allez-vous donner une suite - espérée!- à cet opus?
Jean-Pierre Guéno: La vie en toutes lettres continue sur le site consacré par La Poste à « l’émotion du courrier » http://www.emotionducourrier.fr/la-vie-en-toutes-lettres/ : une exposition exclusive, des lettres inédites, et de nouvelles lettres envoyées par les lecteurs du livre… On peut continuer à m’envoyer des lettres trésor sur ce site, ou encore par mail jpgueno@wanadoo.fr ou bien-sûr par la Poste en écrivant à La vie en toutes lettres BP 109 75363 Paris, Cedex 08
AE: Au-delà du contenu des lettres, l'écriture des scripteurs livre leur intimité. Vous évitez cependant l'interprétation graphologique. Etes-vous tenté par un tel éclairage?
Jean-Pierre Guéno : L’écriture manuscrite est toujours à mes yeux le sismographe de l’âme. Je suis un passeur d’histoire, d’histoires, de textes et d’émotions. La graphologie est un métier qui ne figure pas dans mes compétences. Je vais en ce qui me concerne chercher l’intime dans le sens des mots, dans cette jolie grammaire de la vie qu’ils tissent en se reproduisant. C’est peut-être à chaque lecteur de retrouver les clefs graphologiques des manuscrits que je lui livre !
AE: L’écran et le Web vont-ils impliquer la disparition du courrier traditionnel ?
Jean-Pierre Guéno: Pour La vie en toutes lettres, j’ai reçu 10000 lettres, dont 30% par courriel. 70% de ces lettres, tatouées sur une page blanche ou sur un écran, ont été écrites après 1900 dont la moitié depuis l’an 2000 ! Nous ne faisons que vivre la protohistoire d’une formidable synergie qui unira le pixel au papier. La lettre est bien vivante et sous toutes ses formes. Lettre courrier, lettre courriel : chacune apporte ce qui manque à l’autre. L’instantanéité et l’interactivité pour le courriel, le parfum de l’expéditrice et le temps de laisser reposer les mots avant lecture pour le courrier. Une lettre en papier est un objet. Plus le virtuel caractérisera nos messages et nos communications, et plus nous aurons besoin, par compensation, d’objets concrets, véhiculant ce que nos amis, nos amours ont d’unique : leur écriture, leur signature manuscrites, leurs empreintes digitales. Les objets sont un rempart matériel et symbolique contre la mort et contre sa part de néant. De tous les objets, c’est sans doute la lettre qui a le plus une âme, car elle n’est pas inanimée comme peut l’être un vase ou un chausse pied !
06:40 Écrit par Apolline Elter dans L'Epistolière, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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30 novembre 2010
Les dessous de table
“La table recouverte d’une nappe en papier blanc dentelé, est maintenant sens dessus dessous, parsemée d’assiettes en carton, de gobelets en carton, de bouteilles vides abandonnées n’importe où, n’importe comment, de canettes tordues, de cendriers qui débordent de mégots mal éteints. »
Des nappes qui dérapent, des verres qui se fracassent, des « Dessous de table » qui révèlent bien des déceptions, ces trahisons de la vie quotidienne, lesquelles se servent tranchées, résignées.
Nicole Versailles – la bienveillante Coumarine (http://coumarine.blogspot.com) – a décidé d’aller au-delà des poncifs lié s à la table et aux automatismes de la convivialité programmée.
Sondant le cœur de Myrto, la prostituée, Inge, la Berlinoise, Marie-Solange, en proie à une crise subite de coquetterie, .. et des protagonistes de dix-huit nouvelles, Nicole Versailles scrute l’envers des nappes, et celui des âmes.
Mais il est aussi des moments où les tâches de la table revêtent une vraie dimension communielle :
« Autour de la table, toutes les femmes de la famille sont rassemblées, toutes championnes des gestes ordinaires. Chorégraphie légère des couteaux éplucheurs, bavardages animés autour de la grande table. Comme chaque année toutes ces femmes ont été sollicitées pour faire un sort aux pommes du verger de la grande maison familiale. Et leurs mains dansent et virevoltent la joyeuse farandole des pommes »
Apolline Elter
Les dessous de table, Nicole Versailles, nouvelles, Memory Press, octobre 2010, 164 pp, 14 €
09:12 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
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24 novembre 2010
Le petit roman de la chasse

"Car la chasse pour nombre de ses adeptes, relève de la fatalité. Elle répond à un appel mystérieux venu du fond des âges et que le profane ne peut comprendre."
S'il est vrai que la chasse - et les chasseurs - subissent régulièrement les attaques des défenseurs de Bambi, il est moyen de doter cette passion d'une vraie éthique. C'est ce que Bruno de Cessole entend démontrer au sein d'un petit roman brillant, écrit de plume magistrale, nourri de réflexions philosophiques, de références bibliographiques.
" Pistage de l'aube et affût du crépuscule: dans l'un et l'autre cas, le propre du chasseur est d'être sans cesse sur le qui-vive, d'écouter le moindre bruit et de l'interpréter, de scruter la savane ou la forêt avec une inlassable patience, dans l'attente d'un gibier qui peut surgir inopinément d'un point ou d'un autre. Se dépouiller de soi, faire le vide pour accueillir l'imprévisible"
Passionné de vénerie, déclinée en expéditions africaines , l'auteur traverse le temps à la rencontre de siècles antérieurs, de la genèse de l'Humanité et d'une forme certaine de bonheur.
Inscrit dans l'avenante collection des "Petits romans' (éd.du Rocher), l'essai de Bruno de Cessole constitue une piste de méditations intéressante, parce qu'intellectuellement honnête, qui libère le profane de quelques poncifs liés à la pratique de la chasse. S'il n'entend -mission impossible - restaurer pleinement la paix des ménages, l'ouvrage confortera les "disciples de Saint-Hubert" du bien-fondé de leur passion.
Apolline Elter
Le petit roman de la chasse, Bruno de Cessole, éd. du Rocher,octobre 2010, 120 ppp, 9,9 €
Billet de faveur
AE: Bruno de Cessole, vous établissez un lien direct entre la chasse - qui consiste à donner la mort - et l'appréhension de sa propre fin. La chasse est leçon de mort, en quelque sorte?
Bruno de Cessole: La conclusion, toujours aléatoire certes, de la chasse consiste à s’emparer du gibier, donc à donner la mort. Le chasseur s’arroge un droit exorbitant, qui n’est autre qu’un attribut divin. En ce sens, la chasse est beaucoup plus qu’un sport, un divertissement, et un art. Elle a partie liée avec le sacré, et c’est sans doute pourquoi elle est objet de scandale dans nos sociétés laïcisées qui refusent de regarder la mort en face. Avec le soldat, le chasseur est le seul acteur de la société contemporaine à avoir un rapport direct avec la mort , et, pour ma part, il me semble évident que chasser c’’est donc apprendre à mourir, à apprivoiser sa propre fin à travers celle de l’animal de chasse. A cet égard, le courage, la dignité, de certains grands animaux sur leurs fins sont exemplaires, comme Vigny l’avait souligné dans son poème « La mort du loup ».
AE: La chasse est leçon de vie, aussi. Vous évoquez sa dimension conviviale: camaraderie de la battue, partage des paniers, dîners qui couronnent la journée, ...cette convivialité ouvre-t-elle vraiment les barrières sociales?
Bruno de Cessole: L’autre versant de la chasse c’est le sentiment qu’elle donne à qui la pratique de rendre plus intense le sentiment de l’existence. La dimension « tribale » d’une partie de chasse collective s’accompagne de cette convivialité que vous évoquez. Celle-ci transcende les appartenances sociales et les différences de « classes » , tout du moins durant la chasse. Même si cette mise entre parenthèses n’est pas durable elle représente, indubitablement, l’un des attraits de la chasse.
AE : Vous instituez la chasse socle des premières sociétés et hiérarchies sociales. Précède-t-elle le langage?
Bruno de Cessole: Je ne puis répondre à cette question avec certitude, mais, pour avoir beaucoup chassé à l’étranger, et en compagnie de pisteurs appartenant aux derniers « peuples chasseurs » de la planète, je peux témoigner que le langage des gestes et des mimiques, est un moyen de communication très efficace, qui a du préexister à la parole.
AE: Et pour conclure, rituellement, de façon proustienne, votre "madeleine" consiste-t-elle en un repas de chasse?
Bruno de Cessole: Non, ma « madeleine proustienne » relève plutôt de l’ordre des émotions qui ponctuent toute partie de chasse. Je n’ai pas gardé de souvenirs nostalgiques des repas de chasse sophistiqués auxquels j’ai participé. Ma préférence va plutôt aux casse-croutes sur le pouce durant une journée de chasse : oiseaux que l’on a tirés, grillés , à l’heure du déjeuner, sur un feu de bois , « asado » préparés par des gauchos en Argentine, paniers que l’on partage après un laisser-courre, au débotté…
07:01 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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04 novembre 2010
Littérature et gourmandise
C'est le propos d'un bel ouvrage signé François Desgrandchamps.

Passionné de littérature et de cuisine - on pouvait s'en douter - le chirurgien (Hôpital Saint-Louis - Paris), professeur d'urologie - le parcours prend là un tour original...- revisite une quarantaine d'oeuvres de la littérature française, Madame Bovary, Les lettres de mon moulin, La petite Fadette, Bel-Ami, Vipère au poing, Moderato Cantabile, ....traduisant en recettes les propos des écrivains.
Il est aidé en cette tâche par Philippe Belissent, jeune et enthousiaste chef du restaurant "Le Restaurant", attaché à l'hôtel "L'Hôtel" de la rue des Beaux-Arts (dans le sixième arrondissement, VIe arrondisse...).
Le résultat est assez soufflant: à la suite des extraits sélectionnés, assortis de belles photos d'atmosphère, les recettes du chef, superbement illustrées elles aussi.
Vous désirez poursuivre cette déclinaison gourmande.
Je vous invite à podcaster l'émission de Jean-Luc Petitrenaud, consacrée au sujet et diffusée sur France 5, samedi 24 octobre dernier (site de la chaîne, série "Les escapades de Jean-Luc Petitrenaud"). L'éternel amoureux de la France investit les cuisines du superbe restaurant, converse avec Gonzague Saint-Bris des délices de la "communication entre les mets et les mots" Et ce dernier de détrôner, sublime, la quête du bonheur pour la remplacer par celle de .."la bonne heure". La rencontre avec le fringant chirurgien , fils d'une illustre Marguerite..Desgrandchamps est tonifiante. Et François Desgrandchamps d'évoquer son entrée dans littérature par le biais des quatrièmes de couverture. De rassembler ces trois passions que sont la médecine, la cuisine et la littérature en une volonté unique de faire le bien autour de lui...
Apolline Elter
Littérature et gourmandise, Les plus belles recettes de la littérature française, François Desgrandchamps. Recettes de Philippe Bélissent. Photographies de Mathieu Garçon. Ed. Minerva, oct.2007, 200pp, 45 €
08:12 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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30 octobre 2010
Une gourmandise - Muriel Barbéry

Premier roman de Muriel Barbéry (L’élégance du hérisson) Une gourmandise est publié en 2000, chez Gallimard, traduit en 12 langues et truffé de prix littéraires.
Le lecteur assiste aux dernières quarante-huit heures du narrateur, monarque absolu de la gastronomie. L’action, si l’on peut dire, se déroule, dans un immeuble, rue de Grenelle, dont la concierge se prénomme Renée… L’agonie du narrateur évoque celle de Monsieur Arthens (L’élégance du hérisson) ; elle est annoncée par le même Docteur Chabrot....
Quoi qu’il en soit, le propos de l’ouvrage est une quête, rendue urgente par le délai annoncé, d’une sensation gustative enfouie dans la mémoire du narrateur: « Je vais mourir et je ne parviens pas à me rappeler une saveur qui me trotte dans le cœur. Je sais que cette saveur-là, c’est la vérité première et ultime de toute ma vie, qu’elle détient la clef d’un cœur que j’ai fait taire depuis. Je sais que c’est une saveur d’enfance ou d’adolescence, un mets originel et merveilleux avant toute vocation critique, avant tout désir et toute prétention à dire mon plaisir de manger. Une saveur oubliée, nichée au plus profond de moi-même et qui se révèle au crépuscule de ma vie comme la seule vérité qui s’y soit dite- ou faite. Je cherche et je ne trouve pas. »
« Plus rien n’a d’importance à présent. Sauf cette saveur que je poursuis dans les limbes de ma mémoire et qui, furieuse d’une trahison dont je n’ai même pas le souvenir, me résiste et se dérobe obstinément »
Suprématie de la langue, le style affiche une densité que l’on retrouvera, quelque peu allégée – et ce n’est pas plus mal - dans « L’élégance ».
« Il y a dans la chair du poisson grillé, du plus humble des maquereaux au plus raffiné des saumons, quelque chose qui échappe à la culture. C’est ainsi que les hommes, apprenant à cuire leur poisson, durent éprouver pour la première fois leur humanité, dans cette matière dont le feu révélait conjointement la pureté et la sauvagerie essentielles. Dire de cette chair qu’elle est fine, que son goût est subtil et expansif à la fois, qu’elle excite les gencives, à mi-chemin entre la force et la douceur, dire que l’amertume légère de la peau grillée alliée à l’extrême onctuosité des tissus serrés, solidaires et puissants qui emplissent la bouche d’une saveur d’ailleurs fait de la sardine grillée une apothéose culinaire, c’est tout au plus évoquer la vertu dormitive de l’opium. Car ce qui se joue là, ce n’est ni finesse, ni douceur, ni force, ni onctuosité mais sauvagerie. Il faut être une âme forte pour s’affronter à ce goût-ci ; il recèle bien en lui, de la manière la plus exacte, la brutalité primitive au contact de laquelle notre humanité se forge. »
Les descriptions de plats sont des sommets de littérature gourmande, tantôt d’une précision chirurgicale, tantôt sensuelles et érotiques jusqu’à l’orgasme.Et l’on poursuit avec une avidité salivaire ce voyage gastronomique dans la vie du narrateur, ponctué de chapitres où la voix du narrateur est relayée par celles des membres de son entourage.
Le dénouement surprend le lecteur, l’oblige à une réflexion insolite sur la légitimité de l’académisme gastronomique.
A lire ou redécouvrir, sans hésiter !
Apolline Elter
Une gourmandise, Muriel Barbery, roman, Gallimard, 2000 (rééd. Folio n° 3633)
Du samedi 30 octobre au dimanche 7 novembre: semaine thématique dédiée à la gourmandise littéraire.
07:09 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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18 octobre 2010
Singulier pluriel
Les jumeaux: un pluriel bien singulier
Apolline, Les pensées singulières du lundi
07:46 Écrit par Apolline Elter dans Les pensées d'Apolline | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22 septembre 2010
L'entrevue de Saint-Cloud

" Deux mondes se font face: le passé et l'avenir, l'histoire ancienne et l'histoire en marche, la monarchie et la Révolution."
Spécialiste d'Honoré Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau - il lui a consacré une thèse et un essai - Harold Cobert imagine, sur le ton d'un dialogue contemporain, la rencontre historique du tribun avec la Reine Marie-Antoinette. Il la situe le 3 juillet 1790, dans le jardin du Château de Saint-Cloud et... la plus grande discrétion.
- (...) La couronne est encore sur nos têtes.
- Mais le trône se dérobe sous vos pieds."
Défenseur secret de la monarchie, l'"Orateur du peuple", aussi laid et repoussant que subtil et brillant, parviendra-t-il à convaincre sa royale interlocutrice du bien-fondé d'un plan..machiavélique?
"J'ai aidé à allumer un feu que j'espérais purificateur, un feu qui aurait fait renaître la monarchie de ses cendres...Mais le vent de la liberté attise toujours les braises de l'ambition et du fanatisme..."
Si le dénouement tragique de l'histoire est de notoriété publique, le roman en distille certains faits méconnus. L'image de la Reine, étonnamment courageuse et lucide, en est quelque peu réhabilitée.
Apolline Elter
L'entrevue de Saint-Cloud, Harold Cobert, roman, éditions Héloïse d'Ormesson, août 2010, 142 pp, 15 €
Le roman a reçu, ce 16 novembre, le Prix du Style 2010.
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Billet de faveur
Deux questions, deux prolongations d’"entrevue", à la lecture de ce court autant que passionnant roman.
AE. Dans le roman, Harold Cobert, Mirabeau fait figure de "coach": il explique à Marie-Antoinette, et par son truchement à l'indolent Louis XVI, la façon de reconsidérer leur fonction. Cela s'est-il vraiment produit ainsi?
Harold Cobert: Oui, car Mirabeau était vraiment conseiller secret du roi. Il lui adressait des notes secrètes pour le conseiller dans sa manière d’agir, quel projet de loi soutenir, etc. A travers ses notes, il parlait également, et même surtout, à la reine : il savait qu’elle seule avait pouvoir sur le bonhomme, qu’elle seule pouvait agir sur la versatilité du roi. Il savait qu’elle lisait ces lettres par-dessus l’épaule de Louis XVI. La phrase « Le roi n’a qu’un homme, c’est sa femme » est authentique et extraite de cette correspondance. Et tous les conseils qu’il lui donne oralement lors de cette entrevue sont exactement ceux qu’il lui écrivait.
AE: L'arrivée de Marie-Antoinette en France -elle vient d'Autriche et s'apprête à épouser Louis XVI - et son départ,... par le biais de l'échafaud, donnent lieu à deux scènes humiliantes où elle doit se dévêtir en public. Ces scènes ne symbolisent-elles pas l'incompréhension mutuelle qui semble avoir toujours existé entre la jeune femme et la France?
Harold Cobert: C’est très juste, et, d’ailleurs, j’avoue que je n’avais pas fait le rapprochement entre ces deux épisodes ! L’incompréhension a en effet été le terreau tragique des rapports de Marie-Antoinette et du peuple français. Tous deux ont eu une fausse image l’un de l’autre : la reine voyait le peuple comme son pire ennemi et réciproquement. Pourtant, il aurait suffi d’un rien pour que Marie-Antoinette revienne dans les bonnes grâces de l’opinion. Il aurait suffi qu’elle écoute et mette en pratique les conseils de Mirabeau et vraiment, vraiment, sa destinée et notre histoire en auraient été profondément bouleversées. Par exemple, Mirabeau avait prévu un plan de fuite dans l’Ouest du pays, déconseillant de toutes ses forces une fuite à l’Est. Mirabeau meurt le 2 avril 1791. A peine trois mois et demi plus tard, le 20 juin 1791, c’est la fuite de Varennes, à l’Est, c’est-à-dire tout le contraire de ce que lui avait conseillé Mirabeau…
06:54 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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