25 mai 2017

Deux remords de Claude Monet

 

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"A Londres, il rejoignit la forte colonie française rejetée de l’autre côté de la Manche par les remous de la  guerre. Les artistes y formaient un groupe à part qui fréquentait le même café où ils s'efforçaient de  réinventer un coin du pays perdu."

S'il n'épouse pas le point de vue séquentiel, chronologique des biographies classiques,  ce roman "vrai" entend cerner le célèbre peintre (1840-1926) de l'intérieur, à l'aune des faits majeurs de son existence et plus précisément,  de la mort, en décembre 1870, de son ami Frédéric Bazile , sur le front de la guerre contre la Prusse  - tandis que Claude Monet séjourne en Angleterre -  et  de l'amour qu'il voue à sa première épouse, Camille Doncieux, mère de ses deux fils, Jean et Michel, décédée en septembre 1879, d'un "cancer de la matrice" . Représentée sur en page de couverture, vêtue d'une capeline rouge, Camille inspire de nombreuses oeuvres au célèbre peintre, dont ladite " Femme à la capeline rouge", mais aussi  la " Femme à la robe verte."

Remarié avec Alice  veuve de son ami et mécène, le collectionneur Emile Hoschedé, Claude Monet termine ses jours à Giverny, entouré de Blanche Hoschedé,  bru et belle-fille à la fois. Soucieux de perpétuer la mémoire de son ami Frédéric, le peintre négocie, par l'entremise de son ami Georges Clemenceau, le don de ses célèbres Nymphéas à l'Etat, contre la garantie d'exposition au Louvre de l'oeuvre"Femmes au jardin".

Structuré en trois parties focalisées sur les trois protagonistes de la narration - ci en gras - le roman se fait quête d'âme

A Elter

Deux remords de Claude Monet,   Michel Bernard, roman, Ed de la Table ronde, août 2016, 216 pp

 

17 janvier 2017

L'excentricité du docteur Gachet vue par Vincent Van Gogh

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  "(...) J'ai vu monsieur le docteur Gachet qui a fait sur moi l'impression d'être assez excentrique, mais son expérience de docteur doit le tenir lui-même en équilibre en combattant le mal nerveux duquel certes il me paraît attaqué au moins aussi gravement que moi. "

 La  valse des arbres et du ciel,  Jean-Michel Guenassia, roman, Ed; Albin Michel, août 2016, 300 pp

10 décembre 2016

Histoire du lion Personne

133178_couverture_Hres_0 (1) - Copie.jpg"Si les lions parlaient, nous ne pourrions pas les comprendre. Ou du moins pas davantage que nous ne comprenons les hommes."
 
L'année se clôt - enfin presque - sur un très beau récit. Sorte de conte centré sur la vie d'un lion, le dénommé " Personne", sa relation avec les hommes, les âmes belles, l'histoire emporte le lecteur du Sénégal, pays de sa naissance,en 1786,  à Versailles où il  (dé)périt, dix ans plus tard, privé de ses amis humains et surtout d'Hercule, le chien, son fidèle compagnon.
 
 L'écriture est magistrale, soignée dans son expression, dans sa culture du mot juste, le rythme est harmonieusement cadencé, les descriptions, parfaitement agencées. Le jury du Prix Wepler-Fondation de la Poste ne s'est pas fourvoyé qui lui a décerné son prix 2016.
 
Si Personne vit à une époque où il ne  fait pas bon être roi - fût-ce des seuls animaux - l'auteur n'évoque guère la Révolution française que par ses conséquences - la disette - en subtil filigrane d'une narration avant tout centrée sur le respect des êtres que la Nature sépare ou leur funeste maltraitance.
 
Un roman fabuleux
 
Apolline Elter
Histoire du Lion Personne, Stéphane Audeguy, roman, Ed Seuil, août 2016, 224 pp

 

24 novembre 2016

Le garçon

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Ampleur, maîtrise, infinité du temps... caractérisent ce roman-fleuve distingué par le prix Femina 2016. S'il pêche par sa longueur, les méandres de descriptions et de listes ludiques, sortes d'alluvions à la Yann Moix-  pour poursuivre notre métaphore fluviale - le texte révèle néanmoins une écriture accomplie, dotée d'une vraie tension narrative, ce n'est pas moindre exploit.

 Enfant sauvage, sorte de résurgence du célèbre héros de  François Truffaut, le "garçon"  se trouve seul au monde après le décès de sa mère.

Nous sommes en 1908, l'enfant a quatorze ans.

"(..) la mère était seule sur terre à connaître son existence et la mère est morte"

Roman initiatique, qui observe cliniquement, artistiquement, longuement- vous l'aurez compris- l'accès au monde, à la civilisation,  de l'enfant, définitivement mutique, le récit prend le lecteur à témoin de ses expériences progressives de l'amour, de la guerre, du bagne, tandis que le siècle débutant -  focus majeur sur les années 1908-1918 -  vibre d'innombrables événements.  Et de l'englober - le lecteur, si vous me suivez -  dans son travail d'écriture, sa poétique particulière en une  amène complicité

L'auteur prend le temps, le vôtre, le sien,  celui de l'intégration provisoire  du "garçon" à la communauté d'un hameau, celui  du merveilleux, pur amour que lui voue Emma, celui de l'apocalypse d'une guerre barbare et de l' envoi au bagne de Cayenne, suite à une rixe absurde...

 " Voilà, l'essentiel est dit.

Bien qu'il lui reste vingt années à vivre, celles-ci ne formeront en définitive que l'unique et dernière strophe,délayée, de sa chanson d'automne."

Et pour nous, la découverte d'un écrivain. Un vrai.

Le garçon, Markus Malte, roman, Ed. Zulma, août 2016, 544 pp

03 novembre 2016

Les visages pâles

9782234078116-001-X (1).jpeg" C'était l'illustration de ce qu'Alex désignait doctement par "la fin de l'ère des solidarités organiques."

Réunis dans la propriété familiale de la Banèra et du décès de leur père et grand-père, Raoul Estienne, le "monsieur des brosses à dents", Jean-Michel, Hortense, Lucile et Alexandre interrogent leur vie, passé, enfance et les nombreux souvenirs attachés au lieu.

Chacun y va de son témpérament.

Jean-Michel, sexagénaire divorcé ne se voit pas vieillir dans la maison;  il ne se voit pas vieillir du tout, du reste, ayant engrangé une relation avec Marine, de trente ans sa cadette.

Hortense est du genre battante: elle mène sa vie, son Hubert de mari, Jeanne et Léon, ses enfants, ainsi que sa prospère start-up, Clean & C° de magistrale main. Ses discours sont ponctués d'évidences et d'anglicismes.

Lucile, graphiste, est plus à l'écoute. Cela lui vaudra de tomber sous le charme - très diffus.. - de Charles Valérien, son côté bohême.

Quant à Alex, à savoir Alexandre, il adhère totalement à l'idéologie de la "Manifestation pour tous " - rappelez-vous, le dimanche 13 janvier 2013 - et celle d'un milieu conscient de son bon droit: " Il est tout de même incroyable que nous devions descendre dans la rue pour répéter des évidences (...)"

Un mode de vie dans ses rails tracés, que vient bousculer , sans crier .gare, la décision de Jean-Michel de vendre la maison familiale....

Radioscopie d'une bourgeoisie au mode de vie tranchant, tranché, retranché, le roman se présente avant tout comme une galerie de portraits.  L'écriture est soignée, pesée, choisie, sans doute un peu trop sophistiquée. Nous aurions préféré une analyse plus tendrement décapante...l'auteur en a les moyens, cela ne fait pas un pli.

Les visages pâles, Solange Bied-Charreton, roman, Ed. Stock, août 2016, 392 pp

29 octobre 2016

L'impossible exil- Stefan Zweig et la fin du monde

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 L'exil de Zweig et son suicide, le 22 février 1942 ont fait couler beaucoup d'encre, généré de nombreuses incompréhensions.  Rarement, à  ma connaissance, auteur ne s'est penché avec plus de minutie, de correction aussi, que George Prochnik  sur les chronologie et circonstances exactes de la retraite zweguienne,  la destruction d'âme massive opérée par la répression nazie, auprès du célèbre écrivain autrichien.

Né en une Vienne intrinsèquement antisémite - sous un mode larvé et sans doute banalisé -  Stefan Zweig est poursuivi jusqu'en son suicide par une identité qu'il ne s'est pas choisie. Il n'est pas pratiquant; avant d'être juif, il est surtout un Européen convaincu - nous l'avons déjà souvent évoqué. Traqué par d'innombrables compagnons d'infortune, Zweig vit péniblement son exil new yorkais ; sa générosité n'est pas en reste mais les demandes sont infinies. Et puis, il pratique désormais une langue maternelle, passée à l'ennemi, "coupée de son sens", n'est-ce pas invivable pour un écrivain ? 

Sondant avec acuité toutes les étapes de la vie de Stefan Zweig, ses relations à sa mère, à Friderike von Winterniz, sa première épouse et à Lotte Altmann, la seconde, George Prochnik offre un éclairage aussi intéressant que prodigieusement documenté. Il puise dans ses propres racines familiales d'exilés, la compréhension vécue du traumatisme de l'exil.

Ce n'est pas sa moindre qualité.

Une lecture recommandée. 

 

L'impossible exil- Stefan Zweig et la fin du monde,  Georges Prochnik, essai traduit de l'anglais (USA) par Cécile Dutheil de la Rochère, Ed. Grasset, sept.2016, 448 pp

27 octobre 2016

Carnet d'un imposteur

téléchargement (6).jpg" A six ans,  je ne parlais toujours pas. Mon cerveau était différent. (...) 

Alors j'ai réorganisé mon cerveau comme s'il était un grand grenier vide. Pendant la journée, j'y entassais les connaissances et, le soir, je les rangeais dans les bonnes cellules. J'ai divisé cette pièce en trois parties: le travail, la mémoire et le jeu."

Lire Hugo Horiot, l'observer parler, c'est faire fi de bien des a priori en matière d'autisme.

Et cela fait grand bien.

Sauvé de l'internement en hôpital psychiatrique par l'amour d'une mère, sa confiance dans les possibilités de son enfant, Julien Horiot se fait Hugo: il enterre, à six ans, prénom et prime enfance, émerge d'un mutisme forcené et endosse avec une surprenante maturité le rôle que la société attend de lui. De là à devenir comédien , il n'y a qu'un pas que le jeune adulte franchit avec allégresse, frotté à l'enseignement d'un "vieux fou aux paroles sages" ,  dans lequel nous pensons bien reconnaître Pierre Debauche.

S'il ne prétend pas faire un traité d'autisme, Hugo Horiot nous enseigne de mots justes et choisis, son rapport à la vie,  à chacun des concepts qui régissent les têtes de chapitres - Julien - Hugo - L'école -  être père, ....la nécessaire distance qu'il lui faut maintenir , sur laquelle repose son adaptation sociale.

D'aucuns se perdent dans le miroir d'un masque si réussi, qui crient à l'imposture  - " Ce type est un complot financé par la psychanalyse! -  D'autres ouvrent leurs écoutilles et prennent espoir

Le témoignage est d'or, qui rend hommage - aussi - à la force de conviction d'une mère, la sienne, Françoise Lefèvre, militante ardente d'un combat solitaire. Elle le consigne , en 1990,  dans Le Petit Prince cannibale (Actes Sud) , récit qui lui vaut le Goncourt des Lycéens.

A conseiller,  en complément de la lecture de l'essai : la vision de la rencontre mère - fils organisée le 28 mai 2013, par les éditons Iconoclaste ( Daily Motion et le site d'Hugo Horiot : www.hugohoriot.com )

Carnet d'un imposteur, Autoportrait de l'autiste en comédien, Hugo Horiot, essai, Ed. Iconoclaste, août 2016, 158 pp

22 octobre 2016

Rodin amoureux

 rodin_amoureux_01.j_1-1.jpeg  " Adieu Rose! Adieu Camille! Au revoir mes jolies! Claire, Gwendolen, Isadora,Hilda, Nuala, Jelka, Kathleen, Jeanne ou Georgette et toutes les autres, les éphémères, les oubliées, les diablesses, les folles, les mystiques - la liste est longue! Elles ont beau avoir été là, de bon cœur, elles n'ont su qu'habiter un coin de son lit,  accroître l'ombre de ses nuits, épaissir sa solitude, Une à une, elles se sont envolées comme des notes."  

 Tout est dit.

De toutes ces femmes que le célèbre sculpteur a approchées, convoitées, aimées, pétries,... pétrifiées, Frédéric Ferney trace le portrait. Ce faisant il nous révèle la singulière complexité de la vie affective de ce "queutif" invétéré, prédateur d'une chair qu'il transforme en pierre.

S'il n'épouse Rose Beuret, la compagne de ses jours, qu'à l'extrême fin d'une vie conjugale chahutée, il fera couler beaucoup d'encre et de larmes engrangeant avec la jeune Camille Claudel (1864-1943) une liaison passionnelle mal conclue. A son corps ..défendant,  rappelons ce "monstre frais, rafraichissant, tyrannique.." qu'est la jeune fille de 1882 - elle n'a pas 18 ans - toute imbue d'une assurance, d'une supériorité héritée en droite ligne du clan Claudel.  Nous reviendrons sur le sujet.

D'une plume raffinée, magique, magistrale, Frédéric Ferney nous enchante, une nouvelle fois, d'un essai fabuleux, richement illustré, menant à riche port son art de l'introspection

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Rodin amoureux, Frédéric Ferney, essai illustré, Ed.Rabelais, oct.2016, 150 pp

Billet de ferveur

AE :  Vous dévoilez, Frédéric Ferney, en Rodin « affamé de spasmes et de caresses », « un enfant que sa mère n’osait pas toucher » . Voyez-vous en cette frustration de la prime enfance la source – compensatoire – de son art ?

Frédéric Ferney :

Je n'en sais rien du tout! 

Dans Rodin amoureux, je me pose une question: par quels détours, par quelle instigation de l'âme et des choses devient-on soi, par exemple Rodin?

J'explore son enfance parce que l'enfance est "la mère des secrets" (Aragon) mais je ne crois pas qu'il y ait, ni là ni ailleurs, un mécanisme secret qui régisse l'existence de Rodin. Je m'attache plutôt dans ce livre à vérifier un pressentiment, à déceler moins des indices que des sensations - Rodin lui-même préférait de loin les sensations aux idées. Ou peut-être des présages, des petits cailloux que je ramasse sur le chemin, comme les pièces manquantes d'un puzzle, forcément inachevé et lacunaire. 

Ce n'est ni une biographie - je suis bien trop paresseux! -, ni une étude clinique du cas Rodin.

Il y a dans une vie, à côté de ce qu'on sait (événements, dates) et de ce qu'on voit (les oeuvres), des heures oubliées, des jours que le temps efface et que les biographes ignorent, des zones intouchées, fugitives, où je m'oriente et où Rodin surgit dans sa lumière intime, entre chien et loup.

C'est une vie rêvée. 

Je marche à côté de lui, je m'invite dans ses silences, je m'aventure dans ses nuits, et je lui prête ma voix. Je remplis les blancs (ou les trous noirs) de son existence, avec le pinceau le plus fin possible et avec le souci de ce que les peintres italiens appellent: le fa presto. Car je le veux vivant...

Rodin avait des doigts dans les yeux et des yeux au bout des doigts. Quelqu'un peut-il me prouver le contraire?

 

 

20 octobre 2016

Au commencement du septième jour

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Il ne va guère nous éclairer sur le sens du roman, Luc Lang, avec un titre tient de la Genèse et un contenu, de l'ordre du bilan. Qu'importe, c'est un très beau roman...

Terrassé par la nouvelle de l'accident automobile de Camille, son épouse, Thomas tente de faire front, pour lui, pour ses jeunes enfants, Elsa et Anton.  Il veut comprendre les circonstances d'une sortie de route par trop surprenante.. Camille a-t-elle été victime d'un sabotage? 

Scrutant avec minutie les moindres détails des événements, pensées  et états d'âme de Thomas, Luc Lang livre un récit d'introspection : Thomas va revoir non seulement le film de sa vie conjugale et d'une relation avec Camille qui se délitait mais aussi celui de son enfance et du tabou qui a entravé la relation familiale. Pour ce faire, l'écrivain alterne avec brio le langage soigné des descriptions - justes et belles - et la vivacité dépouillée, crue des dialogues.  Il donne au lecteur le sentiment d'épouser la respiration même du protagoniste, sa  quête existentielle.

 Une puissance, une tension narratives  qui relèvent de l'exploit pour un texte si long.

Une lecture recommandée

Apolline Elter

 

Au commencement du septième jour, Luc Lang, roman, Ed. Stock, août 3016, 540 pp

15 octobre 2016

Un paquebot dans les arbres

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 " Son père est mort il y a cinquante ans jour pour jour, le 1er juillet 1962. Elle a voulu ce pèlerinage dans le théâtre de la maladie, et aussi du plus grand amour; mais du sanatorium d'Aincourt, il ne reste rien."

D'emblée, tout est dit: Mathilde Blanc revient sur les traces de son enfance et des séjours de ses parents dans un sanatorium du Val-d'Oise, aujourd'hui désaffecté.

" (...) et tandis qu'elle s'éloigne, rejoint à petits pas le pavillon (...), je voudrais dire son histoire d'amour déchirante, singulière, aux confins de la maladie et du plus grand amour."

 Amour filial - la petite Mathilde est subjuguée par le charisme de son père, Paul, frustrée par son manque d'attention   - amour conjugal qui unit le couple de ses parents jusqu'en  sa maladie conjointe, le roman est hommage du temps. Du temps  qui passe mais n'efface les blessures enfantines: l'annonce de la maladie paternelle, ses noms barbares, "pleurésie", "bacille de Koch",... la mise en quarantaine de la famille et sa paupérisation corollaire, le placement en famille d'accueil, ... sont tant d'obstacles au bonheur simple et joyeux que Mathilde a connu dans sa prime enfance, du temps où "Paulot"ravissait les clients de son café, "Le Balto" du jeu de son harmonica Honhner.

Les  souvenirs, les scènes s'enchaînent soutenus d'une écriture de belle et musicale facture.

Une lecture d'atmosphère recommandée

Apolline Elter

 

Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby, roman, Actes Sud, août 2016, 268 pp

 

09 octobre 2016

L'effet domino

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 " L'effet domino. Une pièce avait été déplacée et tout l'édifice social de François s'écroulait sans qu'il pût rien faire pour en empêcher ou ralentir la désagrégation"

  L'insouciance, Karine Tuil, roman, Ed. Gallimard, août 2016, 528 pp

 

 

08 octobre 2016

L'insouciance

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S'il est un titre qui ne laisse présager le contenu, c'est bien celui du dixième roman de Karine Tuil.

Faut-il comprendre que l'insouciance, cette "forme de légèreté", ce produit de l'enfance, se désintègre sitôt que l'identité est mise à mal?

Puissante, forte et dense, malgré ses 528 pages, cette fiction si réaliste, si réelle évoque, à travers le destin des trois protagonistes, Romain Roller, François Vély et  Osman Diboula, trois hommes que tout sépare - âge, race, milieu social et religion -  l'effroyable perte des repères identitaires.

 Revenu de  "l'enfer afghan" - le mot est faible tant est dantesque la description de la barbarie qui régit le conflit afghan, Romain Roller ne parvient pas à réintégrer sa vie de famille, les retrouvailles avec Agnès, son épouse et leur tout jeune Tommy.  A la culpabilité d'avoir laissé périr ses hommes, ses amis s'ajoute une paranoïa du danger imminent, des angoisses qui le mènent, un temps à un internement psychiatrique. Seule pourrait le sauver, la liaison passionnelle qu'il entreprend  avec Marion Decker, une journaliste, écrivain, lors du séjour de décompression organisé pour les combattants dans un hôtel étoile de Chypre.

 De son côté Marion Decker a saisi d'une même attraction fatale François Vély,  puissant homme d'affaires, cynique, arrogant, imbu de  son éducation, sa toute-puissance et d'une fortune colossale.  Une passion qui va provoquer le suicide, par défenestration, de son épouse, l'éclatement de sa famille et, bientôt, de tout son édifice de vie.

 "Il était né comme ça, éduqué dans le camp des privilégiés, un camp où l'échec n'était pas une option possible. Ce qui avait longtemps déjoué les codes sociaux', c'était la prégnance du désir; sans ce magnétisme érotique, il ne l'aurait même pas regardée, allons, une fille issue d'un  milieu simple,  une fille qui n'était pas formatée comme lui, qui n'avait pas fréquenté les mêmes écoles, foulé les mêmes impasses préservées, une de celles qui exhibaient une franchise décomplexée, l'impulsivité des gens que l'éducation n'a pas corsetés, (...)

 Quant à Osman,  emblème de l'intégration raciale réussie au sein de l'Elysée, il va connaître le déchantement  de la subite perte des faveurs présidentielles, le désert socio-professionnel et conjugal corollaire.

 Analyse socio-politique corrosive, le roman décrit, avec une rare acuité - on peut compter sur Karine Tuil - les méfaits de la vassalité, version XXIe siècle, dans la sphère de la vie privée, de l'âme, de  l'identité .

 Un roman fort. Très fort.

 Apolline Elter

 L'insouciance, Karine Tuil, roman, Ed. Gallimard, août 2016, 528 pp

 Billet de faveur

AE : Au premier plan de la fiction trois personnages, Romain, François et Osman voient leurs couples exploser et leurs repères identitaires se briser. Se dégage peu à  peu  un être empreint d’humanité, de bienveillance et de sagesse : Paul Vély, le père de François. Il a pourtant lui aussi connu l’enfer, celui de l’univers concentrationnaire :

Karine Tuil : Paul vely incarne la figure du "sage", il a de l'expérience, une certaine distance critique. C'est un ancien résistant, un juif qui a échoué à se réinventer. Il n'y a chez lui, aucun ressentiment, il a cette confiance et cette constance qui lui permettent d'affronter les épreuves de la vie. Sans doute l'un de mes personnages préférés car il a une densité psychologique et un destin romanesque particuliers....  

 

01 octobre 2016

Chanson douce

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Avec un titre qui ne laisse rien présager de son contenu - ne vous laissez bercer, berner, par son velouté - Leïla Slimani signe un roman fort, très fort, ...décapant, de la rentrée littéraire.

 Un deuxième roman, du reste, après la parution remarquée en 2014 du Jardin de L'Ogre (Ed. Gallimard) qui avait valu à l'auteur franco-marocaine l'attribution convoitée du Prix littéraire de la Mamounia 2015.

Venons-en au fait, au portrait sidérant de Louise, nounou hors pair, engagée par Myriam et Paul pour garder Mila et Adam leurs tout jeunes enfants. Sa candidature est appuyée de solides références:

" Louise? Quelle chance vous avez d'être tombée sur elle. Elle a été comme une seconde mère pour mes garçons. Ca a été un vrai crève-coeur quand nous avons dû nous en séparer. Pour tout vous dire, à l'époque, j'ai même songé à faire un troisième enfant pour pouvoir la garder."

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes - parisiens - Myriam va pouvoir revêtir sa robe d'avocat, Paul se consacrer intensément à son job. Chaque soir, à leur retour, ils trouvent l'appartement frais et rangé, les enfants baignés, apaisés, souriants, le repas, prêt.. Louise est un vrai cordon bleu.

Au point que très rapidement, ils ne peuvent plus se passer de sa compagnie, de ses initiatives bienvenues..

"L'appartement silencieux est tout entier sous son joug comme un ennemi qui aurait demandé grâce."

Envoûté par le tableau idyllique d'une organisation domestique sans faille, le lecteur se fait Myriam, se fait Paul, s'englue dans l'oppression larvée d'une menace croissante, indicible, insoutenable..

Il y a du Delphine de Vigan dans l'air ....

Un air dont l'oxygène se fait rare, la gêne, grandissante.

Dotée d'une plume-scalpel, précise, magistrale, Leïla Slimani dresse le portrait clinique d'une pathologie de la solitude, de la pauvreté, abandon, d'un complexe social qui ne parvient à s'exprimer,  d'une névrose de la perfection qui va virer au drame, au rythme de chapitre courts, si bien conduits que le lecteur se laisse prendre aux rêts d'une lecture addictive .. dont il ne sortira indemne

 Apolline Elter

Chanson douce, Leïla Slimani, roman, Ed. Gallimard, août 2016, 228 pp

 

29 septembre 2016

Beaux rivages

9782709650526-001-X.jpeg" J'aimais assez Adrian pour accepter de tomber avec lui s'il avait dû un jour tomber. Je n'ai jamais pensé qu'il puisse être à l'origine de ma noyade."

Etre quitté (e)  pour un/une autre relève, hélas, de la banalité. La narratrice en fait la douloureuse constatation lorsque Adrian met fin à une relation de huit ans, qu'elle réalise que tous les êtres quittés, hommes, femmes, traversent une même séquence  d'états, de sentiments: abattement, colère, haine, envie de meurtre (symbolique) , de reconquête...

Encore Adrian rompt-il  finement - croit-il - avec franchise et tact ...il promet de rester soutien, ami. Ce qui n'est pas le cas de sa nouvelle amie, cette Autre qui, jubile de son statut, l'étale sans vergogne sur les réseaux sociaux. 

" L'amour est ce qu'il y a de plus incertain, sublime dans son envol, hideux quand il se brise sans prévenir."

Fascinée par sa rivale, son ennemie, la narratrice s'englue dans un processus destructif, qu'elle ne peut s'empêcher de relier aux attentats qui ont endeuillé Paris, en ce début de janvier 2015.

Et cette main qu'elle ne peut renoncer à tendre à Adrian, elle la tend pareillement à ses semblables, offrant à leur désarroi , la solidarité d'une solitude .. partagée.

AE

Beaux rivages, Nina Bouraoui, roman, Ed. JC Lattès, août 2016,  252 pp

22 septembre 2016

L'indolente


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"Regarder une toile de Bonnard est une aventure jouissive pour l'oeil. De nombreux points de vue circulent sur la surface du tableau, hors des existences habituelles. Chez Bonnard, les lois de la perspective deviennent fictives, non fixes, comme une insolence qui libère le regardeur. (...) Nous sommes dehors en étant dedans, abasourdis, créateurs. "

 "L'indolente, - Le mystère Marthe Bonnard, Françoise Cloarec, essai, Ed. Stock, septembre 2016, 350 pp

Rerndez-vous samedi 24 septembre sur ce blog pour le billet de ferveur que l'auteur nous consent.

21 septembre 2016

14 juillet

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"Le saccage de la folie Titon fut considéré comme un désastre. On compta le moindre bouton de porte disparu, chaque pelle à feu, chaque pincette, le plus petit morceau de tapisserie arraché, les nappes déchirées, les oreillers crevés, les tasses de porcelaine ébréchées, les vestes de soie en lambeaux, le satin en confetti, les innombrables gilets de toile, les déshabillés de madame, les morceaux de mouchoirs brûlés, tout cela fit l'objet d'un compte précis, inventaire méticuleux où les chiffres s'empilent, neuf mille livres par-ci, sept mille par-là, dix-neuf mille livres par-ci, deux mille cinq cents par là. Mais le nombre des morts parmi les habitants du Faubourg, en revanche, resté vague, indécis. "

 Prémices de la célèbre prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, la mise à sac, le 28 avril précédent,  de la Folie Titon, siège de la manufacture royale de papier peint,  signe le mécontentement des ouvriers du Faubourg Saint-Antoine. Jean-Baptiste Réveillon,  propriétaire de la  manufacture, leur a,  en effet "proposé" une diminution de salaire aux fins de lutter contre la concurrence étrangère.

 " La nuit du 13 juillet 1789 fut longue, très longue, une des plus longues de tous les temps. "

 Cette nuit, la journée qui suit, l'écrivain-cinéaste a décidé de nous les faire vivre depuis la foule des anonymes, de "raconter ce qui n'est pas écrit. "Il rend ainsi noms, faits, gestes, distribue les rôles  parmi les acteurs du peuple, les agence en un fondu enchaîné saisissant, bruyant, presque odorant, ..restituant, d'un lyrisme jubilatoire, la marche exaspérée, inexorable de la masse vers la conquête de ses droits. 

 Une fresque puissante, pétrie de verve et d'éloquence.

 Apolline Elter

 14 juillet , Éric Vuillard, récit, Ed. Actes Sud, août 2016, 208 pp

 

19 septembre 2016

Tablées d'actualité littéraire

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Ca y est, c'est reparti

Nos Litt & Lunchs du Lundi, mais aussi du mardi, jeudi, vendredi, ....

Tablées d'actualité littéraire

Il y a matière

Ou vouées  à l'Epistolaire, 

Ca c'est une autre affaire

 

Intra Muros du Pavillon

des Marquises, le Salon

Extra Muros, à Namur,  Louvain-la-Neuve,  Bruxelles, et environs

 

Pour l'heure nous vous dévoilons

Les publications

Que nous survolerons 

En nos premières réunions

 

 Romans  (et théâtre) 

  • Police, Hugo Boris
  • Beaux rivages, Nina Bouraoui
  • L’été des rats, Martine Cadière
  • Le dernier des nôtres, Adelaïde de Clermont-Tonnerre
  • 33 chambres d’amour, François Emmanuel
  • Petit pays, Gaël Faye
  • Le plus beau jour, David Foenkinos
  • Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd
  • Possédées, Frédéric Gros
  • La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia
  • Riquet à la houppe, Amélie Nothomb
  • L’homme qui voyait à travers les visages, Eric-Emmanuel Schmitt
  • Chanson douce, Leila Slimani
  • Les simples prétextes du bonheur, Nahal Tajadod
  • L’insouciance, Karine Tuil

  2.Essais – biographies

  • L’indolente, Françoise Cloarec
  • Louis I, II, III, … XIV… L’étonnante histoire de la numérotation des rois de France, Michel-André Lévy
  • Kate Middleton, Bertrand Meyer-Stabley
  • Quatorze mois, Carine Russo
  • 14 juillet, Eric Vuillard

 3. Audiolivres

 -  Méditer, jour après jour, Christophe André

- Et tu n’es pas revenue, Marceline Loridan-Ivens

- Délivrances, Toni Morrison

- Debout les morts, Fred Vargas

- Moi, Malala, Malala Yousafsai

 4.Idées-VD

 - L’étudiante et Monsieur Henri, Ivan Cabrera

 

17 septembre 2016

Possédées

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" J'ai compris vite, monsieur le bailli, que les tout premiers événements étaient une préparation, et que cette fois, vraiment, le couvent des Ursulines est la proie d'une possession maléfique tout à fait redoutable."

Il est des premiers romans qui ne sont pas des coups d'…essai tant le style s'affirme fluide, élégant, maîtrisé.

Essayiste, marcheur, philosophe, professeur de pensée politique à Sciences-Po Paris, Frédéric Gros s'est emparé d'un fait historique, le drame  des "possédées de Loudun" qui, déclaré en 1632, assorti d'une cabale contre le curé Urbain Grandier,  mènera ce dernier au bûcher.

Cloîtrées en leur couvent des Ursulines de Loudun, la supérieure Jeanne des Anges et quelques autres soeurs sont victimes d'hallucinations, frappées d'obsessions, saisies de convulsions, convaincues de possession. Le coupable est habilement suggéré, tôt désigné, le suppôt de Satan est Grandier.

Beau, brillant,  séduisant, un tantinet arrogant, le jeune curé de la bourgade engrosse Estelle Trincant, l'élève à laquelle il enseigne le latin. Il enclenche de la sorte une persécution implacable qui fera de lui la victime expiatoire, emblématique,  de l'avènement de la Contre-Réforme. 

Certes, il n'est pas un enfant de choeur: tandis qu'il rédige un traité contre le célibat des prêtres,  il succombe aux charmes de Maddalena et lui conçoit pareillement un enfant - qu'il ne connaîtra pas.  

Jusqu'à son dernier souffle, il nie le pacte satanique qui lui est attribué, croit pouvoir déjouer l'implacable machination ourdie contre lui.

Fresque saisissante, le roman de Frédéric Gros nous fait vivre les faits et vibrer de l'effroyable résurgence de l'Inquisition.

Un événement de la rentrée littéraire

Apolline Elter

 Possédées, Frédéric Gros, roman, Ed. Albin Michel, août 2016, 300 pp

 

Billet de ferveur

 

AE : Parmi les  pièces à charge contre Urbain Grandier, figure la « Lettre de la cordonnière », pamphlet contre Richelieu, attribué (faussement) au Curé Grandier. En avez-vous eu lecture ?

Frédéric Gros : Oui, et du reste il existe en fait au moins versions de cette lettre (avec le même titre Lettre de la cordonnière de la reine-mère à M. de Baradas) : une première version donne une vision sombre de la situation nationale, propose des réformes, dénonce des abus et met en garde le Roi contre « ce vautour affamé qui ronge les entrailles de ses sujets » : chacun reconnaît là une mise en cause violente de Richelieu. La police ne parviendra à mettre la main que sur l’imprimeur (Jacques Rondin) qui sera durement châtié, mais pas sur l’auteur.

   Une autre lettre, plus acide et méchante, commencera à circuler après la première (il est possible que d’autres encore aient été écrites).

Urbain Grandier, qui connaissait personnellement la « cordonnière » (Catherine Hammon, de Loudun) a été soupçonné d’avoir écrit la première lettre, pleine de finesse et rédigée dans un style élégant, mais sans preuve. Au moment de son arrestation, le commissaire Laubardement trouve un exemplaire dans sa bibliothèque.

   Pour certains historiens, Richelieu aurait été persuadé de l’implication de Grandier dans cette affaire au point où sa mort pourrait être considérée comme un effet direct de sa vengeance. Je pense pour ma part que cette affaire n’a été qu’un élément à charge parmi d’autres, une manière pour « inviter » Richelieu à une sévérité sans concession.

 

AE : Son sacerdoce n’a pas empêché Urbain Grandier de concevoir deux enfants. Reste-t-il des traces de sa descendance ?

Frédéric Gros : Il se pourrait que le premier enfant de la fille du procureur du roi, Philippe Trincant, (je la nomme Estelle dans le roman), soit de Grandier. Après « l’affaire » de l’engrossement par Grandier de la fille de Philippe (si on admet la véracité de cette affaire), il y a sans doute eu un mariage  « arrangé » avec Louis Moussaut (juin 1629), alors que la fille Trincant est encore enceinte, lui « acceptant » l’enfant à naître comme le sien. L’historien Robert Rapley constate avec surprise sur les registres de baptême du petit Louis, les registres portent la demande que l’enfant ne s’appelle pas Moussaut, mais Trincant-Moussaut, comme pour marquer une particularité.

J’évoque dans le livre, à la fin du roman, la grossesse de Maddalena (Madeleine de Brou dans la réalité), mais là c’est pure invention. Aucun témoignage ne va dans ce sens, il est même probable qu’elle ait fini sa vie dans un couvent après la mort de Grandier.

visu.jpgInvité du Salon Ecrire l'Histoire, ce samedi 19 novembre, Frédéric Gros nous accorda un entretien de toute haute facture.  Qu'il en soit chaleureusement remercié

Reportage-photos sur le site Facebook du Club de l'Histoire Patrick Weber d'où sont extraites ces deux photos: 

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15138581_1010815209045883_1441550777931235357_o.jpg ©: https://www.facebook.com/pg/leclubdelhistoire/photos/?tab=album&album_id=1010814665712604 

15 septembre 2016

Les mots entre mes mains

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  " Tous ces mots parfaitement calligraphiés me toisent avec dédain."

 C'est ma consoeur Nicky Depasse - grâces lui soient rendues - qui m'a fait découvrir cette fiction à vocation historique, premier roman de Guinevere Glasfurd.

Placé sous la plume d' Helena Jans van der Storm, une jeune servante hollandaise fascinée par l'écriture et les mots - fait  incongru pour une femme de sa condition en ce début de Grand siècle- le récit dévoile la liaison tenue secrète qu'elle entretient avec le célèbre penseur René Descartes (1596-1650) en séjour à Amsterdam, en 1634, chez Monsieur Sergeant, libraire et patron d'Helena.

Contrainte à quitter Amsterdam, Helena met au monde Francine (Descartes), le 19 juillet 1635; la fillette meurt à cinq ans de la scarlatine, alors même que son père - qui se fait passer pour son oncle - a formé le projet de l'envoyer s'instruire en France 

Nous découvrons une facette méconnue et encore mystérieuse de Descartes en une époque cruciale de sa vie puisqu'il travaille alors le célébrissime Discours de la méthode, publié en 1637.

Apolline Elter

Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd, roman traduit de l'anglais par Claire Desserrey, Ed Préludes, août 2016,  448 pp

14 septembre 2016

14 juillet

 Fresque puissante, cinématographique de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, le roman d'Eric Vuillard met en scène les anonymes,  les innombrables acteurs du peuple qui ont fait l'événement.. Il y a un côté "son et lumière" dans la relation de l'action.. un aspect troublant, percutant, qui ne manque de nous évoquer le tragique attentat perpétré à Nice, voici tout juste deux mois.9782330066512 (2).jpg

" Il y a des gens partout. Il faut imaginer ça. Il faut imaginer un instant le gouverneur et les soldats de la citadelle jetant un œil par-dessus les créneaux. Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple. Il faut imaginer leur stupeur. Il faut imaginer le ciel obscur, orageux, le lourd vent d'ouest, les cheveux qui collent au visage, la poussière qui rougit les yeux, mais surtout, la foule de toutes parts, aux bords des fossés, aux fenêtres des maisons, dans les arbres, sur les toits, partout."

  14 juillet , Éric Vuillard, récit, Ed. Actes Sud, août 2016, 208 pp

Rendez-vous mercredi 21 pour notre compte rendu de lecture.

 

12 septembre 2016

Rentrée - Sorties

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Avez-vous déjà remarqué

Comme rentrée 

Rime avec sorties

En ...librairies

 

Apolline, Les pensées rentrées du Lunci

11 septembre 2016

Petit pays

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"Le cabaret était la plus grande institution du Burundi.L'agora du peuple. La radio du trottoir. Le pouls de la  nation. Chaque quartier, chaque rue possédait ces petites cabanes sans lumières, où, à la faveur de l'obscurité, on venait prendre une bière chaude, installé inconfortablement sur un casier ou un tabouret, à quelques centimètres du sol. Le cabaret offrait aux buveurs le luxe d'être là sans être reconnus, de participer aux conversations, ou pas, sans être repérés. Dans ce petit pays où tout le monde se connaissait, seul le cabaret permettait de libérer sa parole, d'être en accord avec soi. On y avait la même liberté que dans un isoloir. Et pour un peuple qui n'avait jamais voté, donner sa voix avait son importance. Que l'on soit grand bwana ou simple boy, au cabaret, les coeurs, les têtes, les ventres et les sexes s'exprimaient sans hiérarchie."

 

Petit pays, Gaël Faye, roman, Ed. Grasset, août 2016, 220 pp

10 septembre 2016

Petit Pays

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Retenez ce nom, retenez ce titre: ce roman fabuleux, de large inspiration autobiographique, va faire couler beaucoup d'encre d'émotion,  de larmes de tendresse. Il imprégnera votre esprit de ce vécu si bien rendu, par le prisme de Gaby, un enfant d'onze ans, soudain projeté dans une séquence d'effroyables événements.

Vous songez aux Cerfs-volants de Kaboul? [NDLR: Khaled Hosseini, 2003)

Vous n'avez pas tort

C'est encore plus fort.

Mais encore:

«  Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur »

 L'implosion du couple des ses parents - Yvonne est Rwandaise tutsi, Michel, Français, dirige des chantiers, au Burundi  - introduit une première brèche dans l'enfance dorée de Gaby et de sa jeune soeur Ana. L'assassinat, en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, président burundais, le génocide rwandais, l'embrasement de la région des Grands Lacs, préludes à quinze années de guerre civile, vont faire exploser le paradis  que constitue l'impasse où il vit, sur fond de violence inouïe.

"On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire."

Le récit est tragique. Certes. Mais il est surtout lumineux, avivé de fraîcheur par ce regard d'enfant, qui s'accroche au cocon de ses relations familiales  - joyeuses et colorées -  amicales-  de ce club des cinq, formé avec Armand, Gino, les jumeaux, voisins de l'impasse- , avec Innocent, Donatien, les boys, Madame Economopoulos, vieille et généreuse Grecque qui laisse dévaliser ses manguiers et les livres innombrables d'une riche bibliothèque ...

En filigranes, le passage initiatique de l'enfance à un monde adulte particulièrement bousculé...

Un premier roman fort. Très fort.

Apolline Elter 

Petit pays, Gaël Faye, roman, Ed. Grasset, août 2016, 220 pp

 

 

08 septembre 2016

La valse des arbres et du ciel

téléchargement (19).jpg" Ce fut ma première rencontre avec la peinture de Vincent, et je revois sans cesse cette scène, je me souviens de chaque détail. Ce n'était pas vraiment beau au sens où l'on entendait la beauté alors, mais ça allait le devenir. J'ignore où se trouve ce tableau aujourd'hui, en Amérique probablement, peu importe, il est dans ma tête et éclaire chaque jour de ma vie, je ferme les yeux, je le vois, et il brille avec autant d'éclat. Il est à moi, comme les autres. "

 Nous l'avions déjà constaté  avec  La vie rêvée d'Ernesto G. (Ed. Albin Michel, 2013 ) focalisé sur Che Guevara, Jean-Mikchel Guenassia aime approcher les personnages mythiques , offrir à ses lecteurs un éclairage ... innovant.

  Il s'attaque, en ce nouveau roman, aux dernières semaines de la vie de Vincent Van Gogh, son séjour fatal d'Auvers-sur-Oise, de mai à juillet 1890 - et  à l'idylle qui le lie à Marguerite Gachet, une jeune fille de 19 ans, fille du célèbre médecin, ami des impressionnistes, dont il est le patient.

 Sorte de journal rédigé de la plume de Marguerite, quelque  soixante ans après les faits, le récit met à mal la réputation du docteur Gachet : ce dernier apparaît sous un jour vil et incompétent. Peintre lui-même, il se fait offrir nombre toiles par ses patients artistes, en échange de ses prestations médicales. Il se constitue ainsi une collection importante ... dont il a peut-être fait copie lui-même ou par le biais de sa fille... Le soupçon d'imposture est posé , le scandale a déjà fait couler bien de l'encre.

 Étayé de coupures de presse d'époque et d'extraits de lettres des frères Van Gogh  - nous découvrons que Vincent Van Gogh était un prolixe épistolier  - le roman offre un regard très engageant sur la production picturale effrénée du célèbre peintre, en son dernier séjour:   75 toiles en 70 jours

 La thèse du suicide  de l'artiste est réfutée avec  force conviction…..

 L'approche est, pour le moins, séduisante

 Apolline Elter

 La  valse des arbres et du ciel,  Jean-Michel Guenassia, roman, Ed; Albin Michel, août 2016, 300 pp

07 septembre 2016

L'homme qui voyait à travers les visages

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Augustin Trolliet croupit, pâle stagiaire SDF, au sein de la rédaction d'un sordide quotidien "carolo", entendez de Charleroi (en Belgique)...  Mais notre (anti-) héros, narrateur de cette fiction déconcertante, est doté d'un don peu commun: il repère les morts qui gravitent autour de ses interlocuteurs, les harcèlent et leur font parfois commettre de mauvaises actions.

Témoin et même légère victime d'un attentat djihadiste, perpétré à la sortie d'une messe...  Augustin aura maille à partir avec les enquêteurs: sa science des morts est par trop suspecte... Ajouté à cela qu'il entre en contact avec le jeune Momo Badawi, frère dd'Hocine, le kamikaze péri dans l'attentat, et avec l'ordinateur portable de ce dernier.

La vie ne comporte heureusement pas que de mauvaises rencontres. Amené à interviewer le célèbre écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, en son château-ferme de Guermanty, Augustin va nouer avec lui une conversation de haute facture philosophique, nourrie d'humanité et  révélations intimes qui sont tant de présents que l'écrivain fait à ses aficionados. Les génies qui l'entourent, peuplent sa vie - Charles de Foucauld, Mozart, Diderot, Colette, Blaise Pascale....- prouvent à l'envi "que l'on n'est jamais seul quand on écrit."

A cet honneur s'ajoute bientôt celui de rencontrer Le Grand Oeil, à savoir, Dieu en personne et de l'interroger pareillement. Moyennant, bien troublante, l'ingestion de substances hallucinogènes... 

Un dialogue alerte s'ensuit qui éclaire les relations de Dieu et de ses bien imparfaites créatures, à l'aune de trois publications majeures: les Ancien et Nouveau Testament, le Coran:

" Je renonce aux récits parfois embroussaillés de l'Ancien Testament, je me détourne des paraboles du Nouveau Testament. Leur impact m'avait déçu (...) Dans le Coran, je me montre pragmatique. Je rédige des prescriptions.

 Une légèreté qui habille, ne passons pas à côté, un syncrétisme religieux prodigieusement maîtrisé.

Le  message majeur de cette aimable fiction consisterait-il à nous enjoindre de lutter contre les amalgames...  et cet obscurantisme régressif dans lequel les Islamistes entendent nous enfoncer.

Il s'assortit d'une solution:

"Notre destin réside dans les mains de ceux qui, hélas, provoquent la réserve: les musulmans. Qu'ils se montrent sans complexes, s'opposent aux islamistes, affichent les valeurs qu'ils partagent avec les non-musulmans. Et qu'artistes, intellectuels, journalistes de tout bord participent à ces éclaircissements. La crise spirituelle ne sera dénouée que spirituellement."

Le roman foisonne - EES oblige - de nombreuses autres de pistes de  réflexion, tant il est vrai que: 

"Le livre propose, le lecteur dispose. La lecture fait la qualité d'un livre."

Je vous invite à la vôtre

Apolline Elter

 

01 septembre 2016

Quatorze mois

51eF0ROFOHL._SX195_.jpgSold out dès son entrée en librairie, le 17 août, le témoignage de Carine Russo, le journal qu'elle adresse à Mélissa, sa fillette arrachée voici 21 ans à la vie simple, banale et belle d'enfant aimée - faut-il vous rappeler la monstrueuse "Affaire Julie et Mélissa" qui mit la Belgique en émoi, du 24 juin 1995 au 17 août 1996, jour de macabre découverte - est digne.

Longtemps reportée, la démarche était malaisée.

" Oser me souvenir M'en faire un devoir. Pour elle, ma fille. Pour moi, pour mon fils. Pour tous ceux qui l'ont connue et aimée. Pour la rendre à la vie, laisser une trace d'elle quelque part, au creux de quelques pages. Parler d'elle. Pour ne pas laisser cette injustice suprême de la voir niée jusque dans sa tombe. Pour qu'on se souvienne d'elle... Oui, oser se souvenir, dire, rappeler cette histoire."

D"un ton sobre, cette Maman "désenfantée" offre à notre empathie, irrépressible sympathie la relation des faits qui ont jalonné quatorze mois d'attente rendue d'autant plus insupportable que les parents étaient privés d'informations, désinvestis de leur rôle et découvraient au fil des mois les dysfonctionnements ahurissants de l'enquête.

"Le temps des autres n'est plus le nôtre. L'attente a suspendu nos vies."

Corollaires d'une grande solidarité familiale, amicale et des multiples actions entreprises pour activer les recherches, la perte d'anonymat, la surexposition médiatique,  l'invasion constante de la maison - la salle à manger était devenue un QG -  la sonnerie continuelle du téléphone et sa prolifération anarchique de fausses pistes ... furent tant d'épreuves supplémentaires infligées à une famille dévastée.

On ne peut qu'admirer que le couple de Gino et Carine Russo ait résisté à ce cataclysme, qu'il ait raison gardée. Surtout qu'aujourd'hui encore subsistent tant de questions non résolues, dont celle cruciale du sort des petites filles durant les 104 jours d'emprisonnement de Marc Dutroux.

" A l'approche de l'hiver, le manque de ma petite fille me tenaillait tellement, mon besoin d'elle, de l'entendre, de la voir, de lui parler était devenu si pressant que je me suis mise à lui écrire dans un petit carnet bleu. Quelques lignes, presque chaque jour. En les relisant, elles me sont apparues singulièrement révélatrices de mon état d'esprit du moment. Pour cette raison, j'ai fait le choix de les retranscrire intégralement."

Et le lecteur de parcourir, pudique,  bouleversé, cette correspondance d'une maman tendre, chaleureuse, angoissée.. et d'acquérir la conviction qu'elle n'a pu rester lettre morte:  où qu'elle fût, Mélissa était imprégnée de l'amour de sa famille - les lettres n'en sont que la verbale confirmation.

Et la lectrice que je suis de remercier ces parents qui, par leurs actions justes et répétées, ont clairement permis au système policier belge  de s'améliorer, gagner en transparence et donc en efficacité - songeons à la création de Child Focus, cellule réactive, dès les premières minutes de signalement d'une disparition - à la fusion des corps de gendarmerie et de police, ... - et de leur souhaiter de vivre désormais une vie la plus apaisée possible - Mélissa demeurera part entière de mémoire, de famille - à l'abri des "journaleux" et de toute exposition médiatique toxique.

Apolline Elter

Quatorze mois, Carine Russo, témoignage,Ed.  La Renaissance du Livre, août 2016, 318 pp

31 août 2016

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud

téléchargement.jpg" Tous les ressuscités vous le diront: l'amour est le plus important."

 Belle uchronie que nous propose le romancier: imaginons qu'Arthur Rimbaud ne soit pas mort, le 10 novembre 1891, dans un hôpital de Marseille, d'une carcinose généralisée, conséquence  fatale d'une tumeur au genou, que sa vie soit prolongée de trois décennies, d'une progéniture.....

Tentant n'est-il pas? 

Prêtant à l'hôpital  de la Conception, à Marseille,  une confusion de cadavres - l'homme qui est mort est un "va-nu-pieds", renversé par un fiacre - , à son directeur la volonté d'étouffer cette fatale erreur, Thierry Beinstingel offre à Arthur une nouvelle vie, tant il est vrai que "les poètes ne meurent jamais."

Mué en Nicolas Cabanis et en ((futur) gérant d'une carrière de marbre près de la frontière belge, Arthur Rimbaud entretient le contact qui le lie à sa chère soeur Isabelle, se marie.. avec Marie, engendre deux enfants, Hortense et Justin, et surtout, assiste en témoin privilégié,  à la constitution du mythe rimbaldien.

Une fiction subtile doublée d'un récit de très belle facture.

AE

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, Thierry Beinstingel, roman, Ed. Fayard, août 2016,  416 pp

26 août 2016

Les mots entre mes mains

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"Je fais le tour de sa chambre à tout petits pas. Ce que je cherche n’est pas là. Son horloge, ses documents, le verre où il range ses plumes sont envolés, disparus. Si j’ai déjà vu cette pièce vide sans m’en alarmer, aujourd’hui, cela ne fait que raviver ma douleur. Ce n’est ni de l’argent ni un souvenir que j’espère trouver ; ce sont des mots, un billet écrit de sa main. Il n’y a rien. Il est parti sans prendre congé et a emporté toutes ses affaires avec lui. Je soulève les draps." 

Ains'Incipit un très beau roman, basé sur les amours avérés du philosophes René Descartes pour une jeune servante hollandaise, nommée Helena Jans van der Strom'

Je vous en livre chronique sous très peu

Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd, roman traduit de l'anglais par Claire Desserrey, Ed Préludes, août 2016,  448 pp

25 août 2016

Riquet à la houppe

téléchargement (6).jpg" Les contes ont un statut étrange, au sein de la littérature: ils bénéficient d'une estime immodérée. L'ambiguïté du conte provient du fait que sous couleur de s'adresser aux enfants, on parle aussi et peut-être d'abord aux adultes.

C'est sous la forme d'un  conte  - à dormir debout -  que la célèbre romancière donne son traditionnel coup d'envol à la rentrée littéraire.  D'ornithologie, d'onomastique aviaire,  il sera, en effet, largement question.

A l'instar du héros de Perrault, Déodat présente un physique aussi repoussant que son intelligence est supérieure. Il tient tout bonnement du génie. Déjouant, fin stratège, les mécanismes d'exclusion que sa laideur induit, dès la prime enfance,  il libère peu à peu son esprit par une science imparable des oiseaux. Et la nouvelle académicienne - Amélie Nothomb a en effet rejoint en 2015 l'académie de langue et littérature française de Belgique, au siège de feu Simon Leys - de  nous gratifier d'une pavane de noms d'oiseaux aussi rares qu'incongrus.

Quand le focus se pointe sur Trémière, la ravissante fille de Rose et de Lierre, au Q.I, semble-t-il  inversement proportionnel à sa beauté, on sent poindre l'idylle. Mais la romancière ne frappe pas toujours où ni quand  on l'attend . Elle nous offre un plateau d'entrées, de symboles et de sens. Au lecteur d'en composer son  menu. 

Une chose est sûre, la laideur n'a pas le monopole de l'exclusion; il n'est guère plus facile de faire sa place dans une société quand on lui inflige une beauté supérieure:

" Les gens ne sont pas indifférents à l'extrême beauté: ils la détestent très consciemment. Le très laid suscite parfois un peu de compassion; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne."

 Tout conte fait...

  Riquet à la houppe, Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, août 2016, 190 pp

19 août 2016

Riquet à la Houppe

téléchargement (6).jpg" I faut parfois bénir les malentendus entre parents et enfants: si Enide avait compris les pleurs du bébé, elle aurait tenté de le consoler et aurait dit de gentilles choses qui non seulement ne l'auraient pas aidé, mais l'auraient enfoncé: " Tu n'es pas si laid, tu es différent, ce n'est pas grave, je t'aime comme tu es." Heureusement, elle ne prononça aucune de ces paroles ravageuses et Déodat put composer avec la terrible vérité et inventer un excellent modus vivendi."

 Sortie ce jeudi 18 août du nouvel "Amélie Nothomb"

Sous forme de conte .. à dormir debout

Bientôt un ....compte rendu sur ce blog

Riquet à la houppe, Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, août 2016, 190 pp