29 janvier 2012
Histoire de ma vie
Je ne crois pas avoir revu cette maison de Chaillot depuis 1808, car, après le voyage d'Espagne, je n'ai plus quitté Nohant jusqu'après l'époque où mon oncle vendit à L'Etat sa petite propriété, qui se trouvait sur l'emplacement destiné au palais du roi de Rome. Que je me trompe ou non, je placerai ici ce que j'ai à dire de cette maison, qui était alors une véritable maison de campagne, Chaillot n'étant point bâti comme il l'est aujourd'hui.
..........C'était l'habitation la plus modeste du monde, je le comprends aujourd'hui que les objets restés dans ma mémoire m'apparaissent avec leur valeur véritable. Mais à l'âge que j'avais alors c'était un paradis. Je pourrais dessiner le plan du local et celui du jardin tant ils me sont restés présents.[...]
..........Le jardin était un carré fort long, fort petit en réalité, mais qui me semblait immense, quoique j'en fisse le tour deux-cents fois par jour. Il était régulièrement dessiné à la mode d'autrefois; il y avait des fleurs et des légumes; pas la moindre vue car il était tout entouré de murs; mais il y avait au fond une terrasse sablée à laquelle on montait par des marches en pierre, avec un grand vase de terre cuite classiquement bête de chaque côté, et c'était sur cette terrasse, lieu idéal pour moi, que se passaient nos grands jeux de bataille, de fuite et de poursuite.
..........C'est là aussi que j'ai vu des papillons pour la première fois et de grandes fleurs de tournesol qui me paraissaient avoir cent pieds de haut. Un jour, nous fûmes interrompues dans nos jeux par une grande rumeur au-dehors. On criait "Vive l'empereur", on marchait à pas précipités, on s'éloignait et les cris continuaient toujours. L'empereur passait en effet à quelque distance et nous entendions le trot des chevaux et l'émotion de la foule. Nous ne pouvions pas voir à travers le mur, mais ce fut bien beau dans mon imagination, je m'en souviens, et nous criâmes de toutes nos forces: Vive l'empereur ! transportées d'un enthousiasme sympathique.
George Sand,
Histoire de ma vie (chapitre 11)
© Ed. Gallimard, "Bibliothèque de la pleiade"
17:00 Écrit par Apolline Elter dans High Tea dominical, Infusions, Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Facebook |
27 novembre 2011
Histoire de ma vie
"
Je ne crois pas avoir revu cette maison de Chaillot depuis 1808, car, après le voyage d'Espagne, je n'ai plus quitté Nohant jusqu'après l'époque où mon oncle vendit à L'Etat sa petite propriété, qui se trouvait sur l'emplacement destiné au palais du roi de Rome. Que je me trompe ou non, je placerai ici ce que j'ai à dire de cette maison, qui était alors une véritable maison de campagne, Chaillot n'étant point bâti comme il l'est aujourd'hui.
..........C'était l'habitation la plus modeste du monde, je le comprends aujourd'hui que les objets restés dans ma mémoire m'apparaissent avec leur valeur véritable. Mais à l'âge que j'avais alors c'était un paradis. Je pourrais dessiner le plan du local et celui du jardin tant ils me sont restés présents.[...]
..........Le jardin était un carré fort long, fort petit en réalité, mais qui me semblait immense, quoique j'en fisse le tour deux-cents fois par jour. Il était régulièrement dessiné à la mode d'autrefois; il y avait des fleurs et des légumes; pas la moindre vue car il était tout entouré de murs; mais il y avait au fond une terrasse sablée à laquelle on montait par des marches en pierre, avec un grand vase de terre cuite classiquement bête de chaque côté, et c'était sur cette terrasse, lieu idéal pour moi, que se passaient nos grands jeux de bataille, de fuite et de poursuite.
..........C'est là aussi que j'ai vu des papillons pour la première fois et de grandes fleurs de tournesol qui me paraissaient avoir cent pieds de haut. Un jour, nous fûmes interrompues dans nos jeux par une grande rumeur au-dehors. On criait "Vive l'empereur", on marchait à pas précipités, on s'éloignait et les cris continuaient toujours. L'empereur passait en effet à quelque distance et nous entendions le trot des chevaux et l'émotion de la foule. Nous ne pouvions pas voir à travers le mur, mais ce fut bien beau dans mon imagination, je m'en souviens, et nous criâmes de toutes nos forces: Vive l'empereur ! transportées d'un enthousiasme sympathique."
George Sand,
Histoire de ma vie (chapitre 11)
© Ed. Gallimard, "Bibliothèque de la pleiade"
17:00 Écrit par Apolline Elter dans High Tea dominical, Infusions, Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Facebook |
16 novembre 2011
Un éclat de vie
"Je suis en train d'écrire un livre sans pages dans un monde sans lecteurs"
Seule rescapée d'une apocalypse planétaire et d'un désastre dans sa vie privée, Eve tente d'accéder aux portes de son passé au gré d'un trousseau de souvenirs dont elle possède les clefs.
Eve de fin de monde, l'héroïne a vu sa vie éclater par la trahison d'un homme, "M.", le sien.
"Je suis la dernière femme du monde. Je ne sais pas où je suis, je ne sais rien de ce qui m'entoure mais qu'importe, quand on souffre d'amour, on est toujours l'ultime femme du monde."
Belle-au-bois-dormant d'une nuit hors temps, la narratrice revisite son enfance, sa famille, son couple, avec un réalisme, truffé d'absurde, d'humour et nous concocte un de ces spirituels cocktails dont Marie-Eve Sténuit a le secret.
Apolline Elter
Un éclat de vie, Marie-Eve Sténuit, roman, Le Castor Astral, octobre 2011, 84 pp, 12 €
Marie-Eve Sténuit et EdouardC. Peeters (L'Horizon des Evénement, roman, Le Castor Astral, oct 2011) seront, aux côtés de Francis Dannemark; les invités de la librairie La Licorne (Uccle- Bruxelles) , le jeudi 17 novembre, à 18 heures 30
07:00 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter, Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Facebook |
15 novembre 2011
Hommage à Hubert Nyssen
Hubert Nyssen n'est plus. Il s'est endormi dans la nuit de vendredi à samedi, tirant sur la vie qu'il a si bien (d)écrite, une dernière bouffée de pipe. Il avait participé avec conviction..et humour à l'aventure des "Madeleines de nos auteurs" (ed. Racine 2008) . Nous nous autorisons, en guise d'hommage, à reproduire le texte qu'il avait rédigé pour la circonstance.
LA HAINE DU CHOU-FLEUR
Tu les manges, petit, tes choux-fleurs ? J’avais six ans, ou sept, on m’avait envoyé dans un préventorium de l’Assistance publique. L’homme planté derrière moi au réfectoire, on l’appelait Simon, brandissait sa question comme un fouet. Tu les manges, hein, tu les manges ? Je ne trouvais pas de mots pour lui dire la nausée que me donnait la bouillie que nous avions dans nos écuelles. Tu les manges ? J’ai fait non de la tête, Simon m’a saisi par les cheveux pour me tirer le crâne vers l’arrière et, me coinçant d’un genou dans le dos, il a introduit entre mes dents une cuiller pleine du puant brouet qui m’a ruisselé sur le menton et dans le cou. Je me suis débattu, il a recommencé, je recrachais encore. J’eus droit à la raclée. Ce jour-là, Simon m’a injecté pour la vie la haine du chou-fleur.
Pour la vie ? La mienne est constellée de coïncidences comme d’étoiles filantes la nuit des Perséides. L’une d’elles me fit un jour découvrir à Chaillot, dans les années soixante, que la haine du chou-fleur avait un sens plus grave que je ne pensais. Jean Vilar avait mis en scène La résistible ascension d'Arturo Ui, la pièce de Bertold Brecht dont le sinistre héros contraint les détaillants de Chicago, par force et violences, d’acheter leurs choux-fleurs aux producteurs alors en difficulté. Que le chou-fleur eût ainsi à voir avec Hitler me fut une révélation. En le choisissant de manière symbolique pour stigmatiser “la bête immonde”, Brecht me révélait pourquoi dans les années trente j’avais pris en haine ce légume, et il jetait une lumière soudaine sur les circonstances dans lesquelles, au préventorium, un misérable Arturo Ui m’avait forcé à ingurgiter du chou-fleur comme son modèle brechtien en avait imposé l’achat aux détaillants chicagolains.
Nombre d’années plus tard, un soir, dans un petit bourg de Provence, une accorte maîtresse de maison, belle comme l’Arlésienne, posa devant moi une assiette. Consommé de chou-fleur, murmura-t-elle avec un sourire complice. Après un instant de stupeur, je me ressaisis, quarante ans avaient passé, le moment était sans doute venu de me débarrasser d’un infantile préjugé et d’admettre que, sous cette forme, avec cette couleur et préparé par une séductrice aux hanches si désirables, le chou-fleur était devenu consommable. Mais à peine en avais-je mis une goutte sur la langue, la révulsion revint, Arturo Ui reparut sous les traits de Simon, la nausée de jadis me reprit. Je pris la fuite.
Pour raconter ces souvenirs j’avais épinglé devant moi la photo d’un chou-fleur. Avec son cache-col de verdure fanée, ce légume est aussi grotesque qu’une gargouille. Et puis, ses inflorescences d’un blanc jaunasse ressemblent aux dégueulis pétrifiés de Gargantua que je vis un jour dans une cave de Chinon. Nous sommes irréconciliables, le chou-fleur et moi. Si d’aventure j’en retrouve un sur mon chemin, qu’il soit géant de Naples, demi-dur de Paris ou hâtif d’Erfurt, c’est promis, c’est juré, je l’enverrai valser d’un coup de pied à la Zidane.
© Hubert Nyssen
copyright photo: Bruno Nuttens
14:53 Écrit par Apolline Elter dans Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Facebook |
05 septembre 2011
André-Marcel Adamek n'est plus
"Ton café, il a l’odeur des fêtes et des matins de joie*. »
"L’oie aux queues de cerises
(Recette régionale)
Prenez une oie et jetez-la dans l’eau bouillante avec trois graines de tournesol, du sel de rivière et un filet de vinaigre bleu.
Au préalable, on aura pris la peine de couper les pieds du palmipède que l’on conservera à part dans du formol afin d’en confectionner de succulents potages.
Épluchez une tresse d’ail et la suspendez à votre fenêtre comme manière d’éloigner les vampires et autres insectes nuisibles du foyer.
Tandis que l’oie se morfond en son bouillon, préparez une farce, par exemple en téléphonant à vos amis pour leur annoncer que vous avez cessé de boire.
Dans une jolie casserole en cuivre, réservez 333 queues de cerise de la variété dite petites surettes de Sibérie que laisserez mijoter 33 heures dans une pinte de lait d’ânesse agrémenté de noix de muscade.
Servez-vous six décilitres de bon armagnac et versez le reste de la bouteille dans une poêle à bec de lièvre avec une livre de safran et une asperge blonde coupée en rondelles.
Quand l’oie a cessé de remuer, ajoutez l’armagnac, les queues de cerises et l’ail exposé à votre fenêtre. Touillez. Laissez réduire trois jours. Servir brûlant avec une purée de noisettes et un clafoutis de chardons.
Les meilleurs vins qui accompagneront ce plat sont un muscadet de l’Escaut ou un Merlot de Norvège.
Adamek"
*Le fusil à pétales, André-Marcel Adamek, Labor, coll. « Espace Nord », 2002, p. 33.
** Recette déclinée pour le recueil Les madeleines de nos auteurs (Ed. Racine, 2008)
05:05 Écrit par Apolline Elter dans Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Facebook |
04 avril 2010
Chanson pour un matin de Pâques - Colette Nys-Mazure
06:45 Écrit par Apolline Elter dans Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
Facebook |
27 septembre 2009
Qôta-Nih
L'actualité des auteurs de nos Madeleines...
Après un silence de 8 ans, dont il s'explique au micro d'Emond Morrel, Gérard Adam nous revient avec un nouveau roman, Qôta-Nih, publié aux Editions M.E.O
Je vous invite à en écouter l'interview, en cliquant sur le lien "Espace livres" qui vous attend au Nord-Ouest de ce blog...
Bon dimanche
Apolline Elter
07:00 Écrit par Apolline Elter dans Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
Facebook |
22 septembre 2009
180 ans de la Maison Delvaux , rencontre des Madeleines



La bibliothèque qui servit d'ingrédients aux "Madeleines", délicieusement ponctuée de tag, mails, dot, chat, tatoo, ...articles jubilatoires de la collection "Leather & Letters" créée par la Maroquinerie à l'occasion de son 180e anniversaire (Edition limitée)

Anne Dubuisson (Maison Delvaux), Amandine Vandeputte (Mindshake) Apolline Elter






Présentation des "Madeleines de nos auteurs" et et du principe des infusions littéraires, méthode de chronique des ouvrages et mémoire de leur lecture.

Les participants furent ensuite invités à consigner des aphorismes sur une grande toile posée sur chevalet.







Une dégustation de madeleines et d'infusions..scella la dégustation littéraire concoctée par Mesdames Anne Dubuisson, Amandine Mindshake et Annick Moies-Delval, responsable de la boutique de Namur.
A.E.
23:00 Écrit par Apolline Elter dans Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Facebook |
01 septembre 2009
La rentrée des Madeleines

Après quelques mois d'accalmie, Les Madeleines célèbrent la rentrée, avec le sympathique bénéfice d'un coup de coeur décerné par Joëlle Rochette, critique gastronomique auprès du Vif/L'Express.
Un aperçu en cliquant sur le lien:
http://www.levif.be/weekend/fr/home/leblog/Blog-algemeen/...
Quelques événément sont prévus dont je vous parlerai avec plaisir. Et puis, surtout, nos auteurs continuent à publier des petits bijoux que j'aurai la joie de vous présenter.
Rendez-vous pour une toute proche chronique consacrée au Roman fauve d'André-Marcel Adamek. Une perle.
Apolline Elter
06:45 Écrit par Apolline Elter dans Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Facebook |
29 avril 2009
Les Madeleines et le Forty Ladies
Peut-on rêver meilleur cadre que celui du Château Sainte-Anne, à Auderghem et une sympathique réunion du Forty Ladies pour une présentation des "Madeleines", ce mardi 28 avril midi...
Entre plat et dessert d'un déjeuner exquis, un rapide survol du recueil fut relayé par les questions des participantes dont certaines firent montre d'une connaissance assez exceptionnelle de notre paysage littéraire contemporain.
Que du bonheur.

Mesdames Caroline Brondel, Brigitte Janssens, Anne-Françoise Decoster et Francesca Macchia

Mesdames *, Caroline Osselaer et Véronique Jacobs

Madame Yves Herinckx (à droite) merveilleuse instigatrice la rencontre, Madame Alexandre Diercxsens (milieu)
Créé fin des années 60, dans le sillage de Val Duchesse et d'une vie associative pour membres du Corps Diplomatique, l"International Club Château Sainte-Anne" compte aujourd'hui quelque 2000 membres et rallie autour d'activités culturelles, sportives, familiales et professionnelles 36 nationalités différentes. Une vaste piscine, un hall multi-sports, une restauration raffinée et une direction avenante et dynamique participent au succès du club.
Apolline Elter
08:52 Écrit par Apolline Elter dans Les madeleines de nos auteurs | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
Facebook |
























































































