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19 septembre 2017

Une très légère oscillation

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Longtemps, j'ai batifolé sur les toits.

 S'exclame, très proustien, l'écrivain-voyageur, cher à notre blog, Sylvain Tesson.

Las, un jour -arrosé - d'août 2014,  l'oscillant quadra chute de la toiture d'un chalet de Chamonix. S''ensuivent hospitalisation, convalescence, reprise rapide et courageuse de la marche à travers la France.  Il relate cette dernière dans le superbe récit, Sur les chemins noirs chroniqué à votre intention en date du 31 mars dernier: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2017/03/27/sur-les-chemins-noirs-8713665.html 

Mais il ne s'arrête là. Conscient du côté salutaire, voire thérapeutique, de la tenue d'un journal intime , "bouée de sauvetage dans l'océan [des] errements." et du "naufrage de la quarantaine",  l'écrivain livre, à notre intention, la relation d'événements et des convulsions intimes qui ont jalonné sa vie, de janvier 2014 au printemps 2017 de sa mise sous presse

Il épice ses propos de réflexions et d'aphorismes savoureux.

Si l'aphorisme est un fragment, peut-on dire que j'ai trouvé des tessons? 

 Une très légère oscillation, Journal 2014-2017, Sylvain Tesson, Ed.  Equateurs, mai 2017, 232 pp

Philippe et Sylvain Tesson étaient les invités d'une brillante, confondante,  confrontation père-fils, lors du dernier Festival de la correspondance de Grignan

Je reproduis à votre intention spéciale, le compte rendu que nous en avions établi:

La rencontre des Tesson, père et fils - Philippe et Sylvain - se fit  joute verbale de toute haute volée. Reliés par un scepticisme, un relativisme,  cultivés au sein du cercle familial, Philippe et Sylvain les déclinent de façon différente,  à la mode de Voltaire et du siècle des Lumières pour le premier,  sur un mode plutôt stoïcien pour le second, "resté  [selon ses propres dires]dans l'obscurité".  Maniant le verbe et les paradoxes jusqu'à plus soif - il faisait en effet caniculaire en cette cour des Adhémar - père et fils ont incarné une correspondance à ce point intime et suprême qu'elle se passe ....d'expression . N'est-ce pas là paradoxe suprême pour une lignée de "bavards " assumée. Et Sylvain Tesson de s'exclamer  : " Nous aimons tellement parler qu'il nous est arrivé de dire n'importe quoi plutôt que des vérités. " .

12 septembre 2017

Oscillation existentielle

Tesson.jpgUn journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l'existence ? Toute vie est une convulsion : on passe une semaine au soleil, une autre dans l'ombre, un mois dans le calme plat, un autre dans la vague, et ainsi fusent les années avec l'illusion, à la fin, que tout fut chapeauté par un principe unique, un motif général, un « cadre de direction 1>, diraient les petits patrons. Quelle foutaise! En réalité, personne ne tient sérieusement son cap. Et ceux qui le prétendent ne se sont jamais retournés sur leur sillage

 

Ains'Incipit le Journal 2014-2017 que l'écrivain voyageur, rebelle par tradition familiale , nous dévoile, sorte de longue missive adressé à lui tant qu'à nous. Nous reviendrons sous peu sur le sujet et souvenir d'une rencontre père-fils .. hors pair

A Elter

Une très légère oscillation, Journal 2014-2017, Sylvain Tesson, Ed.  Equateurs, mai 2017, 232 pp

16 août 2017

Retour à la maison

 "Il avait oublié  odeurs puissantes des Halles, les voix hurlées, le choc des charrettes croulant sous les légumes et les  fruits. Il est heureux de retrouver sa ville. Le premier soleil enlumine les gargouilles de la tour Saint-Jacques. Les balayeurs abandonnent  le parvis de la gare Saint-Lazare et aux terrasses voisines, l'odeur du  café se mêle à l'encre fraîche des quotidiens du matin. La vieille clocharde de la rue de Seine replie soigneusement son lit de journaux. La sirène d'un remorqueur sous le pont Neuf, le tremblement des réverbères qu'on éteint, les cigarettes qui rougeoient entre chien et loup, à cette heure incertaine où ceux qui vivent à contretemps, ceux dont c'est l'ivresse, vont s'écrouler quelques heures. Robert est de ceux-là. Pour lui, la vie ne saurait se limiter au jour. Il y a trop à faire, tant de musiciens à écouter, de vins à boire et d'amis à saluer! Il dort le moins possible et des cernes profonds ombrent son drôle de regard myope"

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Ains'Incipit le roman de Gaëlle Nohant, Légende d'un dormeur éveillé (Ed. Héloïse d'Ormesson) coup d'envoi de la rentrée littéraire et terme de facto de nos Estivales de l'Ermitage

Rendez-vous dès demain sur votre blog préféré pour  découvrir le billet de faveur que l'auteur nous a consenti.

15 août 2017

Les inséparables

Nos quatrièmes de couverture vont bon train, bon 4x4: Renalut déserr.jpg

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Après Un été à Bluepoint, son premier roman, Stuart Nadler poursuit l’exploration des liens familiaux en s’attachant à trois générations de femmes qui vivent un moment charnière de leur existence.

Boston, de nos jours. Avec la mort de son mari, Henrietta Olyphant, a tout perdu. Confrontée à de sérieuses difficultés financières, elle accepte à contrecœur   que soit réédité le roman osé qu’elle a publié dans sa jeunesse  : Les Inséparables.  Jugé trash à l’époque, il est devenu culte mais a valu à son auteur, féministe engagée et universitaire accomplie, d’être rejetée par ses pairs.
Au même moment, Oona, sa fille, brillante chirurgienne de quarante ans, débarque chez elle après avoir quitté son mari. Sans savoir que Lydia, sa propre fille âgée de quinze ans, vit un cauchemar depuis que circule une photo d’elle dénudée dans son prestigieux pensionnat…
Bientôt réunies, toutes trois devront faire face à leurs désirs, à leurs contradictions et à leurs tabous.
 
Notre famille détermine-t-elle notre destinée  ? Comment devient-on femme  ? Incisif, brillant et d’un humour digne de Woody Allen, un roman très contemporain dans lequel on retrouve le talent éblouissant de Stuart Nadler pour disséquer la psychologie humaine et ses complexités.

Les inséparables, Stuart Nadler, roman traduit de l'anglais (USA) par Hélène Fournier, Ed. Albin Michel, mai 2017, 404 pp

14 août 2017

Vivant Denon

Renault.jpgC'est un de nos grands regrets d'une fin d'année surchargée: n'avoir pu lire (encore) l'essai biographique de Jean Marchioni

Je vous en livre argurment, extrait du site de l'éditeur

Dans l'attente de jours meilleurs

 

 "La singularité de Vivant Denon (1747-1825) est d’être pluriel en toute chose. Multiples talents, métiers divers, incessants voyages ont façonné non pas une vie mais “des vies”. Aussi, les biographies qui lui ont été consacrées n’ont pas manqué jusqu’aux années 1990. Or, depuis, deux sources archivistiques majeures ont paru et éclairent de façon nouvelle la vie de Denon : les Lettres à Bettine (Actes Sud, 1999) dévoilent le secret bien gardé d’un amour durablement partagé, et pénètrent la psychologie de l’homme ; sa Correspondance administrative permet de suivre au jour le jour le labeur prodigieux du protecteur des arts sous le règne de Napoléon Ier. Bâti sur le dépouillement systématique de ces lettres, cet essai se veut comme une “interview” de Denon. L’ ensemble permet d’offrir un portrait tout à fait inédit de l’homme et de son activité créatrice.
Mystérieux, insaisissable, déconcertant, surprenant, secret, cet homme pétri de l’humanisme encyclopédique du xviiie siècle a fait de sa vie une aventure prodigieuse guidée par le génie et le talent. De l’atelier de gravure au feu du combat, de Paris à Louxor et aux capitales européennes, il a tout connu des hommes comme des événements de son époque.
À la nation a été dévolu son véritable héritage moral et artistique. Sans lui, nous n’aurions ni le Louvre actuel, ni la primeur de la recherche égyptologique, ni la colonne Vendôme, et le musée de Versailles n’abriterait pas l’iconographie picturale du Premier Empire dont il avait su inspirer les commandes.

Vivant Denon ou l'Ame du Louvre,  Jean Marchioni, essai biographique, Ed. Actes Sud, avril 2017, 304 pp

12 août 2017

Les retrouvailles

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"Vingt-cinq ans qu'ils ne s'étaient revus ! Quand son vieux camarade de fac l'invite à passer un week-end dans la grande bâtisse de son frère, nichée au coeur des montagnes de Savoie, Laurent Campanelli est un homme accompli, un père de famille qui a trouvé sa voie. Il s'y rend avec femme et enfants et revoit avec plaisir Michel, Yvon et leur soeur Flore, son amour de jeunesse à présent mariée à un riche avocat qui est aussi collectionneur. Mais la camaraderie retrouvée ne tiendra pas longtemps. De lointaines rancoeurs se réveillent, ainsi que des passions enfouies et des regrets agissant comme un lent poison. Éclats de voix alcoolisées, étreintes furtives et clandestines, le week-end dérape ; les cadavres sortent peu à peu du placard et font vaciller les vérités que l'on croyait les plus solides. Sous la neige, à l'écart du monde, un drame se noue. Il n'est pas certain que tous s'en relèveront. Le huis clos se transforme alors en cauchemar, dans une ambiance que ne renierait pas le Stephen King de Shining.
 
Olivier Maulin vit et travaille à Paris. Il a publié de nombreux romans salués par la critique, la plupart d'entre eux étant disponibles en format poche. Il a reçu le prix Étonnant voyageur pour En attendant le Roi du monde. Les retrouvailles est son 10e roman.
 
Les retrouvailles,  Olivier Maulin, roman, Ed. du Rocher, mai 2017, 188 pp

11 août 2017

La rue

Renalut déserr.jpg Les vintages se suivent, point ne se ressemblent

Voici l'argument que nous donnent les éditions Belfond, du roman d'Anne Petry:

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Un premier roman poignant, par une auteure injustement oubliée dans l'héritage du Harlem Renaissance, un véritable morceau de bravoure vendu à plus d'un million d'exemplaires lors de sa parution aux États-Unis, en 1947. Dans le Harlem des années 1940, le combat acharné de Lutie Johnson, jeune mère célibataire noire, qui tente de s'élever au-dessus de sa condition.

Avec La Rue, la collection « Vintage » poursuit son exploration du noir, genre aux multiples facettes, et dévoile une misère sociale extrême, où règnent en maîtres la pauvreté et la corruption.

Des rues comme la 116e, réservées aux nègres ou aux mulâtres, avaient fait de Pop un vieil ivrogne timide et tué Mom quand Lutie était encore tout bébé.
Dans cet immeuble où elle habitait actuellement, c'était aussi la rue qui avait amené Mrs Hedges à faire de sa chambre un bordel.
Et le concierge, la rue l'avait maintenu dans les bas-fonds, loin de l'air et de la lumière, jusqu'à ce que l'horrible obsession de la chair l'ait dévoré. Mais rien de tout cela ne lui arriverait à elle, Lutie, parce qu'elle avait la volonté de lutter sans relâche.
 
La rue, Anne Petry, roman [vintage noir] traduit de l'américain par Martine Monod, Nicole et Philippe Soupault, Ed. Belfond, mai 2017, 384 pp
 
 

10 août 2017

Des femmes remarquables

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Renalut déserr.jpgNotre mode 4x 4e de couverture se poursuit, avec un petit tour (de roue) du côté de chez Belfond: 
 
Dans la veine de La Ferme de cousine Judith (Belfond Vintage, 2016) et des Aventures de Cluny Brown de Margery Sharp (Belfond Vintage, 2015), Des femmes remarquables, aussi drôle que savoureux, compte parmi les meilleures comédies anglaises. Avec sa bouilloire à la main et son oreille compatissante, Mildred Lathbury est l'incarnation même de la chic fille. Mais l'arrivée d'un couple de jeunes mariés dans son immeuble va bouleverser sa vie bien ordonnée...
Londres, dans les années 1950. Mildred Lathbury, jeune femme célibataire au quotidien partagé entre la vie de la paroisse et les tâches domestiques, voit son existence bouleversée lorsque débarque dans son immeuble une fougueuse anthropologue au bras d'un très bel homme...

Je laissai Dora poursuivre, mais sans réellement lui prêter l'oreille car je connaissais l'opinion que nourrissait Dora à l'égard de miss Protheroe et de tout précepte religieux. Nous nous étions souvent querellées autrefois à ce sujet. Je me demandais comment elle pouvait gâcher autant d'énergie à lutter pour une vétille telle que le port du chapeau à l'office ; puis je me dis qu'après tout, la vie se réduisait, pour la plupart d'entre nous, à des détails de cet ordre : les petits désagréments plus que les grandes tragédies, les dérisoires petites envies plus que les grands renoncements et les tragiques passions amoureuses de l'histoire ou des romans.
 
Des femmes remarquables, Barbara Pym, roman [vintage], traduit de l'anglais par Sabine Porte, Ed. Belfond, juin 2017, 320 pp

09 août 2017

Des vampires dans la citronneraie

 On en dit grand bien; je n'ai pas eu le temps de découvrir ce "bijou" et vous en livre l'argument que nous en offre l'éditeur: 

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"Finaliste du Prix Pulitzer pour son formidable roman Swamplandia, la jeune Karen Russell, à l’imaginaire débridé, excelle dans tous les registres et s’impose une fois encore, avec ce recueil, comme un maître du réalisme magique.

Des fillettes retenues prisonnières dans une manufacture japonaise sont lentement métamorphosées en vers à soie… Une masseuse se découvre dotée d’étranges pouvoirs en manipulant les tatouages d’un jeune soldat revenu d’Irak… Deux vampires prisonniers d’une citronneraie brûlée par le soleil tentent désespérément d’étancher leur soif de sang, au risque de mettre un terme à leur relation immortelle… 

Autant de mondes parallèles fascinants, entre mythe et réalité, qui confirment la subtile extravagance et l’inventivité hors pair d’un des meilleurs écrivains de sa génération.

« Inspirée par George Saunders, Stephen King ou encore Carson McCullers, Karen Russell a une voix bien à elle, tour à tour lyrique et drôle, fantastique et méditative. » The New York Times

 

Renault 4-4.jpgDes vampires dans la citronneraie, Karen Russell, roman traduit de l'américain par Valérie Malfoy, Ed. Albin Michel, avril 2017, 310 pp

08 août 2017

Des hommes sans femmes

Renalut déserr.jpgHaruki.jpg Le point de vue de l'éditeur:
 
Neuf ans après Saules aveugles, femme endormie,  voici le retour d'Haruki Murakami à la forme courte. Dans ce recueil comme un clin d'oeil à Hemingway, des hommes cherchent des femmes qui les abandonnent ou qui sont sur le point de le faire. Musique, solitude, rêve et mélancolie, le maître au sommet de son art.
 
« À ce que je sais, votre épouse était vraiment une femme merveilleuse [...] vous devez vous sentir reconnaissant d'avoir vécu presque vingt ans auprès d'une femme comme elle. Je le crois profondément. Néanmoins, vous aurez beau penser que vous avez compris quelqu'un, que vous l'avez aimé, il n'en reste pas moins impossible de voir au plus profond de son coeur. Vous aurez pu vous y efforcer, mais vous n'aurez réussi qu'à vous faire du mal. Vous ne pouvez voir qu'au fond de votre propre coeur, et encore, seulement si vous le voulez vraiment, et si vous faites l'effort d'y parvenir. En fin de compte, notre seule prérogative est d'arriver à nous mettre d'accord avec nous-même, honnêtement, intelligemment. Si nous voulons vraiment voir l'autre, nous n'avons d'autre moyen que de plonger en nous-même. Telle est ma conviction. »

Des hommes sans femmes, Haruki Murakami, recueil de nouvelles traduites du japonais par Hélène Morita, Ed. Belfond, mars 2017, 304 pp

07 août 2017

Marche avec la nuit

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Un argument bien de saison, que nous livre l'éditeur:

Vous voyez l'ombre et moi je contemple les astres. Chacun a sa façon de contempler la nuit.

Victor Hugo

Loin de sa Normandie natale, le jeune Renaud marche en Inde où il découvre ses propres désirs et les plaisirs de la vie en même temps qu'une tradition qu'il ignore. La secrète Sanjana se réfugie auprès de lui et l'éveille au lien de l'amour et du sacré. Au cours de son périple, il croise aussi Flavia, une ardente Brésilienne qui lui offre le feu de la chair. Puis un sage facétieux lui ouvre la voie de la méditation.

Les initiations se poursuivent avec d'autres signes venus du ciel : le premier sourire d'un enfant, l'appel d'un précipice... le souvenir d'une parole glissée par l'un des siens : « En te perdant, tu prendras des forces.»

S'attachant aux présences mystérieuses qui émaillent son chemin, Renaud va s'interroger radicalement sur le sens de son existence.

D'une écriture méditative et entraînante, ce roman invite à accueillir les mouvements intérieurs qui parcourent nos vies. Une aventure déroutante où sensualité et spiritualité s'entremêlent au fil de la rivière Narmada.

Olivier Germain-Thomas a reçu un Grand Prix de Littérature décerné par l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre ainsi que le prix Renaudot essai pour Le Bénarès-Kyôto.

 

Marche avec la nuit, Olivier Germain-Thomas, roman, Ed. du Rocher, mars 2017, 206 p

05 août 2017

Moura - La mémoire incendiée

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Notre visite enchantée de Saint-Pétersbourg se conclut d'une lecture tout aussi ravie, captivée,  de la vie Maria Ignatievna Zakreskaïa, as comtesse von Benckendorff as baronne Budberg as Marouchka as Moura (1892-1974)

Une vie riche, aventureuse, dangereuse,qui subit et épouse le XXe siècle pétersbourgeois naissant, les sursauts violents, traumatismes radicaux de la révolution bolchévique, l'éradication de l'aristocratie, l'éclatement de sa cellule familiale.

Une vie de femme amoureuse qui mène Moura à côtoyer tant le diplomate anglais Bruce Lockhart, agent (secret) britannique que  l'écrivain d'idéal bolchévique,  Maxime Gorki dont elle se fait l'agent littéraire. 

Séductrice, généreuse, éminemment courageuse, Moura est une femme insaisissable. Sorte de Mata Hari à  la russe, elle suscite la méfiance, la vigilance des autorités de tous camps, quand ce ne sont des périodes d'emprisonnement dans des conditions éprouvantes, épouvantables.

Si Alexandra Lapierre a choisi la forme romanesque pour tracer ce destin qui ne l'est pas moins, c'est pour mieux saisir la vérité d'une femme -  volontairement énigmatique- les élans sans conteste sincères d'un coeur qui bat à l'heure d'un Petrograd ravagé, d'une guerre civile atroce,  d'un XXe siècle et d'une classe aristocratique passablement bousculés.

L'écrivain a rassemblé une documentation, une énergie colossales pour s'immerger - et nous, à sa suite -dans un destin, en tous points, hors du commun

A Elter

Moura- La mémoire incendiée, Alexandra Lapierre, roman, Ed. Flammarion, mars 2016 - Livre de Poche, avril 2017, 730 pp

04 août 2017

A la rencontre de Pouchkine

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Sis Moïka, 12 à Saint-Petersboug, l'appartement qu'occupa l'écrivain Alexandre Pouchkine (1799-1937)  représentant majeur du Siècle d'Or de la poésie russe, juste avant son décès, se visite en mode musée. Un décès inopiné,  le "Soleil russe"' n'a pas quarante ans, pas même trente-huit, lorsqu'il succombe à la blessure fatale du duel qui l'oppose à Georges d'Anthès,  amoureux éconduit - du moins, nous l'espérons -de son épouse Nathalie.

Le jeune père de famille - il a quatre enfants dont l'aîné n'a pas cinq ans à l'heure de son décès - laisse une oeuvre forcément inachevée, des chefs d'oeuvre qui passeront à la postérité,  Eugène Onéguine, Boris Goudonov,  et des dettes importantes.

Focalisée sur cette fin tragique, la visite de l'appartement, se plombe, dès le vestibule d'une atmosphère assez pesante, confortée par le récit audioguidé des pièces.  Mais elle n'en n'est pas moins intéressante et permet de découvrir son cabinet de travail, la bibliothèque bien nourries d'ouvrages en toutes langues - il en possédait quatre mille - et les instruments qui permirent l'expression de son art.

S'il aborde la journée du 27 janvier 1837 d'humeur légère et joyeuse, Alexandre Pouchkine, ne regagnera son appartement, le soir, que pour y mourir, deux jours plus tard, aux termes d'affreuses souffrances.

03 août 2017

Quelques nouvelles de Saint-Pétersbourg

N.Gogol_by_F.Moller_(1840,_Tretyakov_gallery).jpgJe vous ai promis une (légère) approche de la littérature russe tandis qu'à Saint-Pétersbourg, nous nous trouvâmes nez-à-nez avec Nicolas Gogol (1809-1842) himself...

L'occasion de nous pencher sur ses fameuses Nouvelles de Saint-Pétersbourg, téléchargées sur notre aimable liseuse et de relire les Nez, Manteau, Portrait et Missive perdue, enfouis dans les tréfonds non irrigués de notre mémoire estudiantine.  Si les trois dernières nouvelles, au goût d'inachevées, risquent de reprendre la place dont nous les avions délogées, nous avons savouré, nez-en-moins, comme il se doit,  la première...

A savoir.

  Il nez point commun de retrouver, dans son pain chaud, les nasaux frémissants d'un client à qui l'on a fait la barbe. Telle est ...néanmoins, la surprise qui décoiffe Ivan Iakovlievitch, barbier à Saint-Pétersbourg, au lever de bonne heure, un jour qui le voit d'excellente humeur. Il recon-nez aussitôt l'organe d'un sien client, le major, Kovaliov, assesseur de collège... On imagine la panique qui saisit ainsi notre homme, dès potron-mi-nez. On imagine pareillement, celle qui s'empare de l'assesseur tandis qu'il découvre la platitude centrale et incongrue de son visage

Vous l'aurez saisi - pas le nez, mais le sens de la nouvelle - nous voguons en pleine intrigue fantastique;  l'enjeu est d'envergure,  Kosaliov va-t-il récupérer son appendice nasal?

 Le suspens est insoute-nez-ble

A Elter

  Le nez, Nicolas Gogol, nouvelle publiée dans Le Contemporain, oct. 1836, traduite par Léon Golschmann et Éric Jaubert, Ed. Paul Ollendorf, 1896

02 août 2017

D'un Pavillon, l'autre

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Il y a bien, à Namur

Blotti dans un coin de verdure

Un certain... Pavillon de la Littérature.

Situé au lieu dit de l'Ermitage, 

Il accueille les ermites sages

Qui se tiennent à la page

 

La découverte saisissante du Pavillon de l'Ermitage, sis en regard et droite allée du Palais Catherine (résidence d'été, notamment, des impératrices Elisabeth et Catherine II - à Pouchkine- 25 km de Saint-Pétersbourg) nous invite à une toute aussi saisissante modestie...

Construit, sans doute,  par le fameux Rastrelli - à qui l'impératrice Elisabeth donnait blanc seing et chèques en ...blanc-  le pavillon, puisqu'il nous faut l'appeler ainsi offrait  farniente et détente à ses augustes occupants. Exit le protocole, un lieu réservé aux intimes. Une sorte de petit Trianon, en version russe, si vous voulez.  

Nanti d'un pont levant, l'édifice était dépourvu d'escalier. L'accès à l'étage s'opérait par un ingénieux système d'ascenseur, avant la lettre. Pareillement magique, une table dressée, jaillissait du rez-de-chaussée, pourvue de plats chauffés dans les proches cuisines.

Vous imaginez comme cette perspective nous séduit. Hélas, aucune visite ne fut possible au moment où nous approchâmes ce repaire magique. Nous y reviendrons, nous nous (vous) le promettons, investiguons les moindres relations sur le sujet et découvrons, avec un pareil saisissement que le pavillon de l'ermitage du célèbre Peterhof était doté d'un système similaire

Alors de Peter, d'Elisabeth ou de Catherine..  à qui devons-nous cette brillantissime idée ? 

A suivre, assurément 

Apolline Elter 

28 juillet 2017

Bien des ciels au-dessus du septième

eho_opdebeeckc.jpgRenault 4-4.jpgVoici la quatrième de couverture d'un  premier roman néerlandais  qui a connu un joli succès de découverte: 

 

Leurs histoires sont faites de bonheurs inattendus, de complications dérisoires, de secrets trop lourds à porter et d’espoirs inavouables. Lou, Eva, Casper, Elsie et Jos : cinq narrateurs, trois générations, des questionnements universels. De 12 à 71 ans, leurs points de vue diffèrent, mais la question reste la même : qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

Plaisirs minuscules saisis au vol, cœurs prêts à éclater, Bien des ciels au-dessus du septième capte la poésie du quotidien et restitue les sentiments doux-amers qui unissent les hommes. Une comédie dramatique à la sincérité désarmante, tendre et douloureuse à la fois.

Bien des ciels au-dessus du septième, Griet Op de Beeck, roman traduit du néerlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin. Ed Héloïse d'Ormesson, mai 2017, 336 pp

27 juillet 2017

Manger dans ta main

manger.jpgRenalut déserr.jpgPoursuivons, en mode 4x4, notre exploration des quatrièmes de couverture: 

« Engraisser les autres, c’est ce que tu sais faire de mieux ! » lance Sandra à sa mère Luisa lorsqu’elle lui présente sa nouvelle compagne. C’est Rose, ravissante cochette d’élevage destinée à finir en chair à pâté, si vive et si affectueuse que, toute honte bue, Luisa la couve de mille attentions.
Tout semble en effet opposer Sandra, brillante psy parisienne soignant de jeunes anorexiques, et Luisa, retirée depuis peu dans son Algarve natale. L’une est dure comme la pierre, l’autre trop bonne. Rose saura-t-elle les réconcilier… si toutefois elle échappe à son triste sort ?
 
Sophie Carquain évoque à travers ce récit aux allures loufoques et tendres notre rapport à l’animalité, à l’humanité, et au deuil

Manger dans ta main, Sophie Carquain, roman, Ed. Albin Michel, mars 2017, 318 pp

26 juillet 2017

Des dieux sans pitié

 

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Notre exploration des quatrièmes de couverture aimablement fournies par les éditeurs , nous offre l'argument Des dieux sans pitié, 

 

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Âmes sensibles, s'abstenir !

Sauvages, puissants, dérangeants, crus, quinze textes portés par l'écriture rageuse de l'enfant terrible des lettres australiennes, pour continuer à nous interroger sur une société multiculturelle et décadente où couvent haine, racisme et frustration et où nous avançons, tels des dieux sans pitié.
Serait-ce ça, la vie ? Des amitiés d'antan qui se brisent et laissent place à la vie d'adulte, aux contacts sporadiques et lointains ; l'être aimé qui apparaît soudain sous un tout autre jour, la colère laissant place à l'amertume, puis aux remords et à la peur d'être seul.

Ce serait ça, la vie. Des gens qui s'éloignent et qui s'aiment malgré tout, comme cette mère, troublée de voir son enfant devenir un homme ; comme ce fils qui lave le corps de son père, malade d'Alzheimer...

C'est ça, la vie, des étincelles d'humanité dans la noirceur et la violence.
 
Des dieux sans pitié, Chistophe Tsiolkas,  nouvelles traduites de l'anglais (Australie) par Jean-Luc Piningre, Ed. Belfond, mai 3017, 288 pp

 

25 juillet 2017

Dieu, Allah, moi et les autres

Le récit  paraissaitproduct_9782070179602_195x320.jpg à la rentrée de janvier; c'est un de nos regrets de n'avoir pas eu l'occasion de le lire,tant nous avions aimé Le dernier été d'un jeune homme, Le Consul, ..

Voici l'argument de lecture qu'en propose l'éditeur; je la crois valeur sûre

«Comme tous les gamins d’Algérie, je vivais dans la crainte de ne pas être assez bon pour échapper au châtiment du Grand Méchant Allah. À l’école non plus, je n’échappais pas à la question. En classe, nous apprenions l’arabe en récitant le Coran. Pour lire le Coran, il fallait connaître l’arabe et pour connaître l’arabe, le Coran… un cercle arabo-islamo-vicieux. Je n’y entendais bientôt plus rien, ni à l’arabe ni au Coran… alors je recevais des coups de règle sur les doigts parce que je m’étais trompé pendant ma récitation de la sourate qui nous promettait l’enfer, elles nous le promettaient toutes. Je ne sais combien de fois reviennent les mots Djahanem et châtiment dans le Coran, mais c’est impressionnant. Tout le Livre tourne autour de ces deux mots : enfer et damnation.»
Ainsi débute le récit d'une libération, celle de l’auteur. Celui-ci finira par rejeter la religion de ses ancêtres, l’islam, se détachera de la nation où il est né et refusera tous les endoctrinements pour trouver refuge dans les livres et la littérature."

Dieu, Allah, moi et les autres, Salim Bachi, récit, Ed. Gallimard, janvier 2017, 192 pp

 

24 juillet 2017

Hôtel du Grand Cerf

 

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Poursuivons nos découvertes des quatrièmes de couverture avec  L'Hôtel du Grand Cerf.

Voici ce que nous en dit l'éditeur:

À Reugny, petit village au cœur des Ardennes, plane depuis cinquante ans le secret de la mort de Rosa Gulingen. La star mondiale de cinéma avait été découverte noyée dans la baignoire de sa chambre à l’Hôtel du Grand Cerf, qui accueillait l’équipe de son prochain film ; du bout des lèvres la police avait conclu à une mort accidentelle. Quand Nicolas Tèque, journaliste parisien désœuvré, décide de remonter le temps pour faire la lumière sur cette affaire, c’est bien logiquement à l’Hôtel du Grand Cerf qu’il pose ses valises. Mais à Reugny, la Faucheuse a repris du service, et dans le registre grandiose : le douanier du coin, haï de tous, est retrouvé somptueusement décapité. Puis tout s’enchaîne très vite : une jeune fille disparaît ; un autre homme est assassiné. N’en jetons plus : l’inspecteur Vertigo Kulbertus, qui s’est fait de l’obésité une spécialité, est dépêché sur place pour remettre de l’ordre dans ce chaos.

« Le noir, pour peindre les mœurs, c'est une bonne couleur », dit l’auteur. Écrite dans un style impeccable, cette enquête faussement classique verra tout un village passé au crible de la plume si particulière de Franz Bartelt, toujours entre burlesque et mélancolie. Dans Hôtel du Grand Cerf, on rit énormément, mais tout est élégant, et rien n’est banal

Hôtel du Grand Cerf, Franz Bartelt, roman, Ed Seuil, coll. " Cadre noir", mai 2017, 352 pp

 

21 juillet 2017

Un été invincible

Renalut déserr.jpgtout été, tout honneur, entamons nos quatrièmes de couverture par le roman d'Alice Adams

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En voici l'argument, fourni par l'éditeur:

 Benedict, Eva, Sylvie et Lucien sont inséparables depuis leurs années de fac à Bristol. Leur diplôme en poche, ils vont, pour la première fois, se disperser. Eva part à Londres où l’attend un poste dans la finance ; Benedict reste à Bristol pour suivre son doctorat. Quant à Sylvie et Lucien, fidèles à leurs rêves, ils entament une vie plus bohème, faite d’art et d’aventure.
À l’approche de la trentaine, leurs liens autrefois si forts se distendent. Le temps qui passe les éloigne les uns des autres, leurs routes divergent. Pourtant, leurs chemins vont à nouveau se croiser et faire revivre le souvenir de l’« été invincible » qui les a liés à jamais.

Entre Dona Tartt, David Nicholls et Jane Austen, un premier roman fin et juste sur ce doux bouleversement de la vingtaine, puissant hommage à l’amitié. 

Un été invincible,  Alice Adams, roman traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, Ed. Albin Michel, mai 2017, 352 pp

20 juillet 2017

Quatre-quatre.. de couverture

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C'est le mode quatre-quatre qu'adopte votre blog, quatre semaines durant, tandis que la rentrée et son colossal  lot de lectures attendent nos lunettes (de soleil) 

Alors pendant que je lis - pour vous, pour eux, nos auteurs chéris - je publierai chaque jour la quatrième de couverture d'ouvrages passés en mes mains , que  je n'ai eu le temps de lire, happée par une circulation par trop dense. - j'en remercie les éditeurs et reproduis leurs arguments de lecture -

Je vous retrouve, of course, dès la rentrée pour un démarrage sur les chapeaux de roues de nos 4 L (les fameux (Ladies) Litt & Lunchs du Lundi,  désormais également déclinés en mode soirée,  les autres jours de la semaine, ouverts à ces messieurs... on n'arrête pas le progrès

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Bon été

Bonnes lectures

Visiteurs estimés

Apolline Elter

19 juillet 2017

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle

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A qui appartient cette main qui nous invite si gracieusement à franchir la porte de l'exposition ? 

A la marquise de Sévigné, pardi ! Vous aurez reconnu son portrait, peint vers 1665 par Claude Lefebvre, l'aurez admiré maintes fois en l'Hôtel Carnavalet où l'huile règne en maître, en maîtresse des lieux.

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Nul besoin de vous rappeler que le musée Carnavalet (Paris III - Marais)  est fermé au public pour une durée de deux ans et demi encore - il rouvrira ses portes fin 2019 - et les besoins d'un chantier de rénovation drastique.  Alors ne boudons pas notre plaisir ni celui d'huiles aimablement prêtées par le musée parisien et célébrons les  retrouvailles, à Grignan, dans le beau château des Adhémar, des familles Bussy-Rabutin-Sévigné et Grignan et de leurs aimables compagnies 

 

 Si la marquise est le sujet de nombreux portraits exposés - venus des quatre coins de France - elle retrouve avec joie , du moins nous l'espérons,  ceux d'Henri, son mari, de Charles, leur fils (ci-dessous) , arrachés,  le temps de l'expo, à leur château des Rochers ( Vitré en Bretagne)

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 Françoise et François, dépêchés du Carnavalet, retrouvent leur beau "château d'Apollidon"

Il y fait frais, il y fait bon

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Attardons-nous, le temps d'un moment - émouvant - sur les différentes éditions de la correspondance de notre chère marquise.  Vous le savez - ou je vous l'apprends avec précautions.. - il ne reste guère de lettres autographes, jaillies de la plume alerte de l'épistolière .. une quarantaine tout au plus, si je ne m'abuse.

En voici l'une:

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L'instant est précieux et même  si,  graphologie oblige,  vous brûlez d'envie d'émettre des commentaires, prenez garde à l'anachronisme et aux conditions matérielles de l'écriture, qualité du papier, de l'encre, de la plume, modèle calligraphique de l'époque.. qui vous interdisent de  juger de votre oeil de XXIe siècle un écrit plus que trois fois centenaire.

 N'empêche...il y a de l'envahissement dans l'air...

Grandement émouvant est de découvrir l'édition des lettres dite de La Haye, photocopiée et annotée de l'écriture vive et précise de Roger Duchêne, LE spécialiste de la marquise.  C'est à son travail titanesque - et celui de son épouse Jacqueline Duchêne que nous devons l'édition des lettres, en trois volumes, dans la bibliothèque de la Pléiade. Ma lecture de chevet, comme vous le ...chavez.

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  Une vitrine d'éditions des lettres, soigneusement réunies, soutient sagement le regard vigilant de Roger de Bussy-Rabutin, fieffé coquin, lointain cousin de la marquise - à la mode de Bourgogne  - et de Pauline de Simiane, fille cadette du couple Grignan. Si cette dernière autorisa  une certaine édition des lettres de sa grand-mère, elle aurait sans doute  fait disparaître celles de sa propre mère!  Dans tous les cas, c'est la seule des enfants Grignan qui assura une descendance au couple.

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Au sortir de cette exposition à la scénographie parfaitement étudiée, vous ne manquerez de visiter les appartements de la marquise -  la chambre où elle résidait lors de ses séjours à Grignan. Sise au deuxième étage, elle jouxte le lieu de l'exposition

Vous visionnerez avec bonheur également le film d'une dizaine de minutes consacré à l'art épistolaire de la marquise, dûment commenté par Cécile Lignereux.

L'expo, je l'ai déjà visitée deux fois; Gageons qu'il y en aura une troisième

Apolline Elter 

Sévigné, Epistolière du Grand Siècle - au château de Grignan (Drôme), à visiter, du 25 mai au 22 octobre 2017

14 juillet 2017

Festival de la correspondance de Grignan: une 22e édition réussie

 De retour de Grignan...

En guise de bilan 

Centrée sur Grignan-2017.jpgles Lettres familiales, la 22e édition du Festival de la correspondance de Grignan, s'achevait, ce samedi 8 juillet, auréolée d'un franc succès.

Gradins, chaises et strapontins plus que combles accueillaient un public fervent, heureux de rencontrer écrivains, journalistes et  comédiens,  lesquels avaient, le plus souvent, sacrément bien préparé leurs interventions.

L'adaptation de la plupart des correspondances par Agnès Akerib et Virginie Berling  (ed. Triartis ) confirme, une nouvelle fois, le sérieux de l'entreprise . Une valeur sûre croyez- m'en. Des extraits choisis se dégage une ligne de conduite, d'atmosphère qui rend le portrait des correspondants particulièrement éloquent.

Jugez-en...

Portée par le poignant duo père-fille de Richard et Romane Bohringer, la correspondance de Jack London à sa fille - de 12 ans - Joan , captive d'une ex-épouse "stupide"  suscita grande émotion dans les rangs.

La rencontre des Tesson, père et fils - Philippe et Sylvain - se fit  joute verbale de toute haute volée. Reliés par un scepticisme, un relativisme,  cultivés au sein du cercle familial, Philippe et Sylvain les déclinent de façon différente,  à la mode de Voltaire et du siècle des Lumières pour le premier,  sur un mode plutôt stoïcien pour le second, "resté  [selon ses propres dires]dans l'obscurité".  Maniant le verbe et les paradoxes jusqu'à plus soif - il faisait en effet caniculaire en cette cour des Adhémar - père et fils ont incarné une correspondance à ce point intime et suprême qu'elle se passe ....d'expression . N'est-ce pas là paradoxe suprême pour une lignée de "bavards " assumée. Et Sylvain Tesson de s'exclamer  : " Nous aimons tellement parler qu'il nous est arrivé de dire n'importe quoi plutôt que des vérités. " .

Grand(iose) moment fut également la lecture  - dépêchée dans la salle des fêtes - des lettres de Mozart aux siens. Un Mozart, très jeune,  incarné par un Lorenzo Lefebvre de génie.  Les extraits étaient ponctués de morceaux de piano et violons et d'aria sublimement interprétés par la soprano Jeanne Zaepfel.

 La journée de vendredi 7 juillet  fut celle des mères .quelque peu indignes, Calamity Jane,  Jeanne Forestier (mère de Paul Léautaud)  et Madame Claudel, en filigranes, qui laissa végéter sa fille Camille en l''asile de Montdevergues.

Saluons la belle prestation de Laurence Côte, en Calamity Jane désarmante de coeur, d'amour et de solitude, celle de Judith Chemla, en Jeanne Forestier , aux présence et diction remarquables.

La lecture-performance baroque des premières lettres de séparation de  la marquise de Sévigné d'avec sa fille , surprit l'assistance d"un art déclamatoire ..déconcertant. Il fallait oser, tenir sur la longueur. Julia de Gasquet et Louise Moaty relevèrent le défi, qui incarnaient en grâce et alternance une marquise pleine de verve.  Une conversation s'engagea ensuite  avec l'assistance qui démontra toute la mesure du travail de "réactivation" baroque et la maîtrise de ses interprètes..

Quelques moments choisis, de nombreuses, joyeuses rencontres, sous le soleil omniprésent et l'accueil chaleureux des habitants de Grignan.

Une édition de toute haute volée, portée par l'enthousiasme de son président-fondateur, Bruno Durieux,  maire de Grignan, la direction artistique de Julia de Gasquet, celle,  logistique et de tous les fronts de Marie-Josèphe Baquet,  efficacement assistée d'une centaine de bénévoles de la bourgade.

Vive la correspondance ....

Rendez-vous est pris pour 2018 et une nouvelle édition, dédiée .. aux lettres belges !

Apolline Elter 

 

11 juillet 2017

The Girls

9782367622965-001-X.jpegA l'évidence, le roman se base sur les tristement célèbres filles du clan de Charles Manson - ci représenté par un certain Russell - qui aliénées par une vie de violence, de drogue et  de communauté perpètrent des crimes sauvages, en août 1969, dont l'un cause la mort de Sharon Tate, l'épouse de Roman Polanski, enceinte de huit mois et demi...

Simon Liberati célébrait la même tragédie, avec ses Californan Girls, parus en cette même rentrée 2016

L'histoire est trash, elle est dense et sa lecture doit beaucoup de sa qualité à  l'excellente interprétation qu'en réalise Rachel Arditi

The Girls, Emma Cline, roman traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Ed. de la Table ronde, août 2016, Audiolib, avril 2017, durée d'écoute 9h20

10 juillet 2017

Excipit

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On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la  même manière, dans un mélange de ridicule et d'effroi. Et on voudrait tant ne plus tomber qu’on s'arc-boute, on hurle. À coups de talon, on nous brise les doigts, à coups de bec on nous casse les dents, on nous ronge les yeux.


L'abîme est bordé de hautes demeures. Et l'Histoire est là, déesse raisonnable, statue figée au milieu de la place des Fêtes,
avec pour tribut, une fois l'an, des gerbes séchées de pivoines, et, en guise de pourboire, chaque jour, du pain pour les oiseaux.

  L'ordre du jour, Eric Vuillard, récit, Ed. Actes-Sud, mai 2017, 156 pp

08 juillet 2017

Nietzsche - Je suis en guerre

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En cette dernière journée du Festival de la correspondance de Grignan (2017),  pointons  la lecture "Grain de voix" de 12h30 au Jardin Sévigné.

Elle se base sur la correspondance de Nietzsche à sa soeur Elisabeth

 Voici ce qu'en révèle le programme:

NIETZSCHE : « JE SUIS EN GUERRE. » 
LETTRES À SA SŒUR ELISABETH (1885-1888)

Adaptation libre Virginie BERLING
Mise en voix et lecture Erwan COEDELO

Dans les années 1885-1888, Nietzsche est à un tournant dans sa production 
intellectuelle : il publie son ZarathoustraPar-delà le bien et le mal et finalement Ecce Homo. Il doit affronter en même temps les critiques et la célébrité. Tandis qu’il se coupe définitivement de l’Allemagne et de ses théories antisémites, Elisabeth fonde avec son époux une colonie de « purs Aryens » au Paraguay.

Pendant cette période de grande solitude et de profonde dépression, Nietzsche écrit à sa sœur, qu’il appelle son « lama », du nom de cet animal résistant et têtu, qui crache pour se défendre. Les lettres du frère, toujours bienveillantes, montrent pourtant que la guerre se prépare… Elisabeth prendra sa revanche

Découvrons-en une extrait:

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Nice 14 décembre 1887

 

Mon cher Lama

(...)

Sans le vouloir presque, mais pour obéir à une nécessité impitoyable, je suis en train de régler mes comptes avec les gens et les choses, d'en finir avec tout ce qui a été « mien» jusqu'ici. Presque tout ce que je fais actuellement est une manière de « tirer- un-trait-sur ».

Je prends conscience de mon isolement radical. Dans la douleur et l'impatience, je coupe l'un après l'autre mes liens avec les hommes. Tout mon passé s'émiette autour de moi. Quand je fais le compte de ce que j'ai accompli les deux dernières années, cela m'apparaît comme un seul et même travail pour m'isoler de mon passé, pour trancher le cordon ombilical entre lui et moi. (...)

NIETZSCHE : « JE SUIS EN GUERRE. » LETTRES À SA SŒUR ELISABETH (1885-1888) Adaptation libre Virginie BERLING, Ed. Triartis, juin 2017, 60 pp

07 juillet 2017

André Gide - Hors de la lignée

Grignan-2017.jpg Le spectacle de 19 h, hier, en  la cour du château de Grignan, avait pour thème  le rapport d'André Gide à sa mère,à sa lignée

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Ecoutons Juliette Gide parler à son fils:

 

"         Paris, jeudi 27 septembre [1894]

Mon cher fils,

Ne me cache pas ce qui se passe dans ton esprit. Ne comprends-tu pas tout l'intérêt que toutes ces questions ont pour moi, ne comprends-tu pas à quel point je m'identifie avec toi et la génération qui monte pour nous remplacer? Non que j'accepte ou partage toutes les idées qui ne sont encore qu'en ébullition ou en formation
en vous, mais parce que ce travail est palpitant d'intérêt dans le présent et pour l'avenir."

André Gide - Hors de la  lignée,  Correspondance entre André Gide et sa mère, adaptée par Virginie Berling, Ed. Triartis, juin 2017, 52 pp

06 juillet 2017

Silencieuse

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Saluons la présence, ce jour, de Michèle Gazier, au Festival de la correspondance de Grignan, pour une rencontre, à 12 h, en la cour des Adhémar, animée par Judith Sibony, avec le soutien de la Fondation de la Poste La rencontre a pour titre " Le lourd héritage immatériel"

L'occasion de nous pencher sur le dernier roman de l'écrivain, Silencieuse (Ed. Seuil) et de vous en livrer chronique. 

La vie s'écoule, monotone, étriquée, dans  le village de Saint-Julien des Sources. Seuls 
Silencieuse.jpgdérogent à cette grisaille autochtone, Annie Dollet,  caissière de la supérette, Louis, sorte de Polonais, sans âge,  jailli de nulle part, Hans Glawe, un peintre allemand de notoriété universelle et Claude Ribaute, sociologue, natif du cru, monté à Paris et revenu en son village pour publier une étude  sur l'oeuvre du peintre.  Observateur de nature et de métier,  il endosse le rôle de narrateur de la  deuxième partie du roman

 " Quand sa belle-soeur qu'elle connaissait à peine lui avait annoncé sa venue, Annie avait d'abord été surprise."

 Et de cette surprise naît l'action, si l'on peut dire, de ce roman d'atmosphère:  Sofia Dollet, superbe Italienne, est accompagnée de Valentina,  sa fille de quatre ans, résolument muette.

 " Valentina ne répondait à aucune injonction, pas même à son prénom. Et pourtant entre elle et sa mère on sentait un magnétisme, une sorte d'accord primitif. "

 Et la narration d'épouser le mystère de la fillette, ses élections affectives qui l'aimantent  ver  Louis, Claude,...tous  êtres singuliers dont elle révèle l'humanité.

 Une subtile approche de la différence dans ses déclinaisons psychologiques, artistiques, amoureuses et même politiques

 A Elter

 Silencieuse, Michèle Gazier, roman, Ed Seuil, mars 2017, 214 pp

 

05 juillet 2017

Je deviendrai parfaite sur la fin de ma vie

Sévigné.jpgRassurez-vous, je ne parle pas de moi ni d'une quelconque mission impossible; je préfère pointer à votre attention, la lecture-spectacle de ce soir, qui se déroulera à 22 heures, en l'amphithéâtre du château de Grignan. Notre très chère marquise de Sévigné y sera incarnée par Marie-Christine Barrault l'espace de cette soirée.

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Et cette mater dolorosa éplorée par le départ de sa fille à Grignan, de déplorer que ce dernier génère une meilleure entente que lors de leur cohabitation parisienne.

                                                 Paris, le 6 mai 1671

"Je vous prie, ma chère bonne, ne donnons point à l'absence le mérite d'avoir remis entre nous une parfaite intelligence et, de mon côté, la persuasion de
votre tendresse pour moi (...)"

Madame de Sévigné " Je deviendrai parfaite sur la fin de ma vie", Adaptation des lettres à sa fille, la comtesse de Grignan (1668-1686), Virginie Berling, Ed. Triartis, juin 2017, 52 pp