27 septembre 2016

Emile Verhaeren par Stefan Zweig

 

téléchargement (3).jpg

 

Admirateur de la première heure d'Emile Verhaeren - nous avons déjà largement évoqué le sujet dans la rubrique consacrée à l'écrivain autrichien- Stefan Zweig lui consacre, en 1910 ( pour la traduction française) une biographie  élogieuse, très engagée. 

Certains Français la lui reprocheront, estimant qu' à trop insister sur les racines et mentalité germaniques du poète, Stefan Zweig l'a amené à lui,  attiré en sa propre culture,  plutôt que d'en démontrer l'ouverture, le côté résolûment européen.

C'est un débat.

Dédiée à Camille Lemonnier, la biographie voit en Verhaeren,  un homme aussi visionnaire de son temps que poète indispensable à l'époque. Et le fougueux Viennois de s'exclamer:

"Toute notre époque se reflète dans l'oeuvre de Verhaeren"

"Ainsi Verhaeren, visionnaire enthousiaste est le plus grand poète d'aujourd'hui, parce qu'il est le poète nécessaire et le poète de la nécessité."

Sa vitalité exceptionnelle prend source dans ce qui fait la force de la nation belge: ses racines  mixtes, latines et germaniques.

Ainsi: 

"Verhaeren proclame le triomphe de la race belge" 

Et Zweig de s'extasier sur le rapport de Verhaeren aux humbles, son contact physique vrai, avec les êtres et la nature, .. d'expliquer, par une sorte de psychanalyse, ses moments de crise, minimiser le rôle de l'amour, la valeur de la dramaturgie, dans l'oeuvre verharenienne...

"L'Europe entière parle par sa voix, et cette voix s'élève au-dessus du siècle présent."

Une bio engagée, jaillie de la plume d'un passionné, sorte d'épopée qui place le héros dans la vitrine de l'Histoire.

Du Zweig, pure facture.

Apolline Elter

 Emile Verhaeren, sa vie, son œuvre, Stefan Zweig, 1910 (plusieurs éditions dont en livre de poche et numériques)

30 août 2016

L'été des rats

téléchargement (16).jpgSous ce titre - surtout ne fuyez pas - se cache un charmant "polar dédié à Prévert"

Il est signé Martine Cadière 

Et conclut bien aimablement nos lectures estivales...

Avertissement: s'il est probable que Jacques Prévert ait séjourné en Dordogne en  1955, les faits qui lui sont prêtés sont pure fiction.

*****

" Etrange, la mémoire. Cet été-là, tout se préparait."

Dynamique sexagénaire, Blanche Chardavoine-Fanlac dirige le "Vieux Manoir" une résidence de luxe pour seniors. Il fut naguère "Lion d'Or" hôtel de prestige géré par sa grand-mère. Et la narratrice de se remémorer le séjour de Jacques Prévert, en cet établissement, durant l'été 1955, "l'été des rats", particulièrement nombreux ces mois-là....Le poète accueillait avec bienveillance la petite fille qu'était Blanche, lui enseignait son art, sa vision de la vie... 

L'été 2010 - présent de la narration - va semer l'émoi et bientôt l'effroi parmi les résidents du Vieux Manoir: une série de meurtres sont commis dont le modus operandi épouse singulièrement un poème de Prévert, consigné dans le livre d'or de l'hôtel......

Que s'est-il donc passé, cinquante-cinq ans plus tôt qui pousse le meurtrier à venger son passé? 

Je vous laisse le découvrir, vous souhaitant une belle fin ...d'été

A Elter

L'été des rats, Polar dédié à Prévert, Martine Cadière, Ed. Mols, mai 2016, 250 pp

27 août 2016

En route avec Robert Solé

Ainsi clôt, clôt, clôt, notre programme estival

Il est temps désormais de songer à la rentrée

Pour conclure ainsi de manière optimale

Des billets d'été

Ensoleillés

Nous avons interrogé

Robert Solé

téléchargement (18).jpg 

Souvenez-vous du très étoilé Hôtel Mahrajane (Ed. Stock,  oct. 2015) - BIllet de faveur en vitrine du blog .

Qu'emporterait Robert Solé comme lecture, si d'aventure, il devait réaliser un tour du monde pédestre? 


product_9782070734252_195x320.jpg

product_9782070734269_98x0.jpgRobert Solé: 

   "Je ne sais pas si je les emporterais dans un tour du monde à pied, car ils font environ 2 600 pages. Mais les volumes II et III du Journal de Roger Martin du Gard (Gallimard), couvrant la période 1919-1949, que j’ai découvert par hasard cette année, m’ont enchanté. Il est rare de trouver des textes d’une telle qualité. L’auteur des Thibault y expose au jour le jour ses difficultés et ses bonheur d’écriture, ses relations avec quelques amis très chers dont André Gide, les tourments que lui causent sa femme et sa fille unique…  Un bijou."   

 

 

21 août 2016

Portes ouvertes sur les sables

theiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpgproduct_9782070302468_195x320.jpg

Le viatique choisi par Charif Majdalani- nous l'en remercions - nous inspire Le High Tea de ce dimanche 21 août, extrait d'Exil (I) - de Saint-John Perse , particulièrement d'actualité

Portes ouvertes sur les sables, portes ouvertes sur l’exil,
Les clés aux gens du phare, et l’astre roué vif sur la pierre du seuil :
Mon hôte, laissez-moi votre maison de verre sur les sables…
L’été de gypse aiguise ses fers de lance dans nos plaies,
J’élis un lieu flagrant et nul comme l’ossuaire des saisons,
Et, sur toutes grèves de ce monde, l’esprit du dieu fumant déserte sa couche d’amiante.
Les spasmes de l’éclair sont pour le ravissement des Princes en Tauride.

 

 

20 août 2016

En route avec Charif Majdalani

téléchargement (17).jpg

 

Villa des femmes (Ed. Seuil) fut un gros coup de coeur de la rentrée passée.

Si vous ne l'avez lu, je vous engage à vous amender,  à consulter le billet de faveur que l'écrivain nous avait aimablement consenti (cliquer sur la couverture en vitrine droite du blog)

Pour l'heure, nous avons interrogé Charif Majdalani, lui posant la question désormais récurrente de nos Estivales du Pavillon, dont le week-end marque l'avant-denier rendez-vous de la saison...:

product_9782070302468_195x320.jpg 

"Concernant donc l'ouvrage que j'emporterais comme viatique pour un tour du monde à pied : j'ai opté pour le volume de la collection Poésie  chez Gallimard regroupant les premiers textes de Saint-John Perse, à savoir Eloges, la Gloire des Rois, Anabase et Exil. 

Pour un tour de la planète et une longue marche au coeur de la prose du monde, il m'a semblé que la poésie était plus propice qu'un autre genre, et même une poésie ample, au mouvement large comme celle de Perse. De surcroît, ces livres du début de l'oeuvre du poète traitent de ce qui pourrait précisément travailler un voyageur : l'appel de l'espace, le nomadisme, la fondation de villes et puis la lassitude devant l'errance, la poésie de la sédentarité, le chant à la gloire des métiers humains, et puis à nouveau l'envie du monde et des départs."

16 août 2016

Agatha nous revient en force

Demain, mercredi 17 août, sonne l'envoi de la rentrée littéraire

Un peu tôt me direz-vous: je partage votre avis, moi qui dévore, depuis les premiers jours de juin, les ouvrages qui assailliront les librairies dès cette mi-août...

Mon dévouement vous est acquis: je vous recenserai mes coups de coeur avec la sincérité que vous me connaissez, multipliant, plus que jamais, les rencontres d'actualité littéraires, au Pavillon, extra muros, .. aux fins de vous tracer une voie parmi les 560 parutions prévues...

Le glas de nos Estivales ne résonne pas pour autant - septembre se pointe déjà such early et si tôt  - celui de nos lectures audiolivresques non plus qui nous offrent une rentrée prometteuse elles aussi.

Pour le jour et pour l'heure, je vous propose de conclure notre semaine audiolivresque par le pointé de trois célèbres "Agatha Christie" dont Audiolib signait, en mars dernier, "la première version audio intégrale en français". Quand je vous dirai que les lectures de  Mort sur le Nil et du Crime de l'Orient-Express sont revêtues de la voix de Samuel Labarthe ,  celle de Dix petits nègres, de celle de Grégory Gadebois, vous comprendrez que rien n'a été laissé au hasard et que la route de v9782367620862-001-X_1.jpegos (retours de) vacances peut s'offrir des moments d'exception...

9782367620893-001-X_1.jpeg9782367620855-001-X_1.jpeg

15 août 2016

Un 15 août vous serez charmés...

Il vaoût saoûtvient, je n'en daoûte, su sublime Charmer, s'égarer, mourir (Ed. Albin Michel) que la romancière Christine Orban consacrait au portrait intime, fabuleux de la Reine Marie-Antoinette

téléchargement (3).jpg

Je vous invite à cliquer sur la couverture en vitrine du blog pour (re)découvrir le billet de faveur, par l'auteur consacré. A nous rejoindre en novembre au salon "Ecrire l'Histoire" mais ça, c'est une autre histoire... nous aurons tout le loisir d'en reparler.

 Si elle devait entreprendre le tour du monde, à pied, Christine Orban nous a confié qu'elle emporterait à coup sûr l'oeuvre de René Girard. Et de préciser: " Mensonge romantique et vérité romanesque."

 téléchargement (11).jpg

Décédé fin 2015, le célèbre anthropologue avait notamment écrit le célébrissime essai La violence et le sacré, décrit le phénomène du Bouc émissaire, ...élaboré la "théorie mimétique" 

(Photo issue de Photomag.com) 

 

13 août 2016

Sur la route avec Gaëlle Nohant

Se profile la rentrée - je vous l'annonce engageante - et pour ce long week-end du 15 août, le choix de lecture "tour du monde" de deux auteurs qui nous ont valu, l'année écoulée, un bonheur de lecture majeur....

A savoir Gaëlle Nohant, ce jour; Christine Orban, le 15 août.

 téléchargement (7).jpg

La part des flammes (Ed. Héloïse d'Ormesson) a enchanté des milliers de lecteurs - z'ont eu raison - dont un bon nombre de participants du Prix Horizon. Je vous engage à cliquer sur la couverture sise en vitrine du blog et accéder au billet de faveur que Gaëlle Nohant nous avait accordé. La bonne nouvelle est la publication du roman en édition de poche, l'incitation à en faire votre lecture de (fin) de vacances.

A la question de notre "feuilleton" estival: qu'emporteriez-vous comme lecture essentielle si vous deviez entreprendre un tour du monde pédestre, Gaëlle Nohant répond:

product_9782070754274_195x320.jpg "Si je devais partir faire un tour du monde à pied, j'emporterais avec moi les œuvres complètes de Robert Desnos dans la collection quarto.

D'abord, parce que j'aime infiniment ce poète qui m'accompagne depuis que j'ai seize ans. S'il a peu voyagé lui-même, en raison de sa grande pauvreté, il adorait les voyages et a tiré profit de tous ceux qu'il a faits, y compris de son voyage douloureux et forcé dans les camps de concentration, où il a été envoyé pour faits de résistance pendant la deuxième guerre mondiale.

Ensuite, parce que je sais que je trouverais dans sa poésie tout ce qu'il faut pour me nourrir durant ce long voyage, et que ses mots mettraient en lumière mes émerveillements et mes rencontres. Cette belle édition quarto qui réunit l'essentiel de sa poésie serait donc la compagne idéale pour m'accompagner autour du monde."

 

12 août 2016

Dernière lettre à Théo

9782742786473.jpg

" La police m'enfermer à l'hôtel-Dieu. Mon atelier est mis sous scellés. J'ai mangé mes tubes pour me déguiser en tableau et voilà que mes tableaux deviennent dérangeants, eux aussi, comme s'ils pouvaient aller au café de la Gare boire cinq absinthes d'affilée et faire du scandale !"

La mort, conséquence du suicide supposé de Vincent Van Gogh, le 29 juillet 1890, aura fait couler bien de l'encre, nourri bien des supputations. La rentrée littéraire nous en propose une nouvelle interprétation, des plume et conviction de Jean-Michel Guénassia, La valse des arbres et du temps  (Ed. Albin Michel) - Vous en aurez chronique sur votre blog préféré..

La vraie dernière lettre de Vincent à son frère Théo date du 24 juillet; il ne l'a pas envoyée. Elle est retrouvée sur son corps, en pleine agonie,  le 27 juillet.

Qu'à cela ne tienne, le romancier Metin Arditi, s'est plu à la réécrire voici quelque huit ans, la nourrissant de son propre imaginaire, d'éléments purement fictifs - tel ce portrait de Marguerite Gachet, buste dénudé, .. - et des pensées, blessures enfouies, .. qu'il prête au célèbre peintre.

Il convia son cousin, Pierre Arditi, à en faire lecture, de sa voix chaude et .. convaincante. 

Dernière lettre à Théo, Metin Arditi, livre audio lu par Pierre Arditi, Actes Sud, 2009 - 44 pages - 22 plages - durée :47' 33''

09 août 2016

Royal hommage

J'évoquais à votre attention, mardi passé, l'estime, l'amitié que nourrissait le couple royal - LM le Roi Albert et la Reine Elisabeth de Belgique à l'égard du "Maître" - entendez, Emile Verhaeren, l'invité de nos mardis

220px-Albert_I_of_Belgium_1910.jpgPeu après son introisation - qui eut lieu le 23 décembre 1909 - le Roi Albert revient sur un événement marquant de novembre 1908.  Il assistait alors, discret, princier, à l'une des cérémonies d'hommage au poète: 

 

                « [ ••• ] Il est une fête dont j’aime garder la mémoire, elle eut lieu, il y a un an environ, à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, où, sans distinction de parti et de classe, l’élite de la capitale célébra les lettres belges et acclama l’une des gloires de notre littérature d’expression française. Spectacle inoubliable ! Qui me fit comprendre combien une nation s’élève en protégeant l’essor d’une littérature puisant sa force dans les sentiments et les aspirations de tout un peuple [ ... ] » [S : Worthing]

 Emile Verhaeren, 1855-1916, Béatrice Worthing, biographie traduite de l’anglais par Renée Wegge, Ed.  Mercure de France, 1991, 365 pp

 

ea6a9e6b2c4308660df46ec803787681.jpg

Mar-dites-moi, Emile Verhaeren

Du 12 juillet au 27 novembre 2016 (centenaire du décès du poète) , vous aurez rendez-vous chaque mardi pour des billets, infusions,, extraits de lettres ,  chroniques , ....relatifs au chantre du vitalisme.

06 août 2016

En route avec Julia Kerninon

Découverte majeure, 16-sissante de la rentrée de janvier, la lecture du Dernier amour d'Attila Kiss  (Ed. du Rouergue) a ravi durablement mon esprit.

images (2).jpg

Je vous engage à cliquer sur la couverture de l'ouvrage en vitrine du blog, découvrir le billet de faveur que Julia Kerninon nous a si aimablement accordé et SURTOUT à déguster ce bijou d'écriture. Hâtez-vous, vous ne serez pas déçus.

La merveilleuse écrivain s'est également prêtée à la question de nos Estivales du Pavillon, nous confiant ses lectures majeures, l'ouvrage qu'elle emporterait, si d'aventure, elle entreprenait le tour du monde à pied..

téléchargement (3).jpg

Julia Kerninon: "C'est difficile de dire quel livre m'a le plus marquée, parce qu'il y existe, heureusement, un nombre conséquent de bons livres. Je pourrais par exemple choisir Requiem, de Rainer Maria Rilke, pour apprendre tous les poèmes par coeur jusqu'à les posséder - ou alors un roman de Faulkner, Si je t'oublie Jérusalem, pour en percer enfin le mystère. Mais si je devais choisir un seul livre pour faire le tour de monde, je crois qu'il faudrait que ce soit non seulement un grand livre, mais aussi un gros livre. Alors je pense que je choisirais Finnegans Wake, de James Joyce.  Parce que c'est énorme et nourrissant, conçu pour être lu en boucle puisque la dernière phrase enchaîne sur la première, parce qu'il y a des mots venus de partout, des mots inventés, et parce que le fait qu'un homme ait un jour eu l'idée de faire une chose comme celle-là me ravit complètement. Je ne prétends pas comprendre ce livre - mais c'est précisément parce que je le comprends pas que je l'aime. "

 NDLR: Finnegans Wake, James Joyce, roman, Faber & Faber, 1939, traduit de l'anglais  (Irl- 1982) par Philippe Lavergne (Ed. Gallimard); Folio 1997 (n°2964)

02 août 2016

Le Prince Léopold écrit à Emile Verhaeren

 Août se poursuit en nos "Mar-dites-moi, Emile Verhaeren"..

Découvert pour vous en la lecture de la biographie rédigée par Beatrice Worthing , cette lettre écrite de la main du Prince, futur Roi Léopold III, encore enfant, pour remercier Emile Verhaeren de la copie manuscrite d'un de ses poèmes. La famille royale belge avait nourrissait grand estime, sincère amitié, pour le "Maître".

Prince Léopold.jpg

« Monsieur Verhaeren,

C’est sur la table, vers midi, que j’ai appris votre belle poésie ; j’ai eu beaucoup de plaisir quand j’ai vu que je la comprenais et j’ai été très heureux de vous la réciter.

Je suis très fier d’avoir reçu cette poésie écrite par vous, je vous en remercie beaucoup. Je veux en apprendre encore d’autres.

Votre bien respecteux  [sic]
Léopold »

Source: Emile Verhaeren, 1855-1916, Béatrice Worthing, biographie traduite de l’anglais par Renée Wegge, Ed.  Mercure de France, 1991, 365 pp

 

ea6a9e6b2c4308660df46ec803787681.jpg

Mar-dites-moi, Emile Verhaeren

Du 12 juillet au 27 novembre 2016 (centenaire du décès du poète) , vous aurez rendez-vous chaque mardi pour des billets, infusions,, extraits de lettres ,  chroniques , ....relatifs au chantre du vitalisme.

30 juillet 2016

Marcher aux côtés d'Aude Le Corff

cb424a728a9dec9e6325034ea493816e.jpeg
La lecture de L'importun (Ed. Stock, 2015 deuxième roman d'Aude Le Corff fut un ravissement et je pèse ce mot, partageant ce bonheur avec de nombreux participants du Prix Horizon 2016.

Je vous invite à en retrouver chronique, en date du 27 octobre 2015,  sous ce lien: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2015/09/16/l-importun-8500267.html

A l'honneur de ce week-end qui clôt juillet, Aude Le Corff nous confirme son goût de la marche. Voici le viatique qu'elle nous propose:

Aude Le Corff: 

" J'ai choisi un essai sur la marche que j'avais beaucoup apprécié, bien écrit, intelligent, fin, poétique, les références à d'autres auteurs et les réflexions sur ce que la marche nous apporte, comment elle nous transforme, apaise l'esprit, nous relie à la nature, sont passionnantes.

41Xwr+L0VHL._SX328_BO1,204,203,200_.jpg

Marcher, une philosophie, de Frédéric Gros [Ed. Carnet Nord, 2009]

J'aime marcher, au hasard des ruelles d'une ville inconnue, dans la nature, le long de la mer, à travers Nantes ou Paris que je connais bien, pour éloigner un chagrin ou savourer une bonne nouvelle,  marquer une pause, m'aérer l'esprit, laisser de nouvelles idées venir, contempler, respirer, sentir mon corps bouger sous le ciel, m'attarder sur un détail, oiseau, branche, fleur, passant, nuage. Cet essai m'a profondément touchée, j'ai retrouvé toutes les sensations qui me submergent pendant la marche.

[Quelques citations extraites de l'essai]: 

"Marcher remplit l'esprit d'une autre consistance"

"On n'attend plus rien du monde, dans ces marches inutiles et tranquilles, alors il se livre, se donne, s'abandonne"

"Marcher comme une respiration du paysage"

Cet auteur publie son premier roman à la rentrée [NDLR: Possédées, Ed. Albin Michel, août 2016], je suis curieuse de le découvrir."

 

28 juillet 2016

Pneumatique

9782916724768 ZOLA.jpg

Je vous évoquai récemment, le 28 juin exactement, ce récit en quatre actes,  rédigé par Sophie Guermès, focalisé sur une révélation:  la liaison qu'Emile Zola entretint avec Jeanne Rozerot, une lingère, de 27 ans sa cadette.

Il fit l'objet d'une lecture, le 7 juillet, à l'occasion du Festival de la correspondance de Grignan ( Cours Sévigné) 

Porté par la voix de Zelda Pérez - jeu sobre, présence irradiante, diction impeccable - le récit traduit avec une rare intensité, les étapes que chaque membre de ce trio improbable, Alexandrine, Emile et Jeanne dut affronter, à la réception du pneumatique de délation..

Il avait trouvé le pneumatique en début de soirée, rentrant seul du restaurant où, après son travail, il avait l'habitude de dîner seul, assis à la même table, dans le coin gauche de la longue salle sombre, lisant son journal tout en enregistrant mécaniquement le va-et-vient
des serveurs au long tablier blanc, des hommes vieillis avant l'âge, aux joues couperosées, aux crânes dégarnis, maigres pour la plupart mais sans élégance, la maigreur des pauvres, pensait-il, tandis qu'il pliait son journal, dépliait sa serviette, le visage brusquement chauffé par
les vapeurs du potage."

 Les Ombres portées- Zola correspondances intimes, Sophie Guermès, Ed. Triartis, Scènes Intempestives à Grignan, juin 2016,  68 pp

26 juillet 2016

Le coeur du poète est pris

, en nos "Mar-dites-moi, Emile Verhaeren"..

La semaine passée, nous avons découvert combien le poète, quoique presque trentenaire, était hostile au mariage.

Les choses ont  radicalement changé depuis qu'Emile a trouvé l'âme soeur en la personne de la peintre, liégeoise, Marthe Massin. (1860-1931) Ce sera l'amour de sa vie. Marthe et Emile formeront un couple des plus fusionnels; ils n'auront pas d'enfant.

téléchargement (1).jpgVoici une première lettre d'amour. Elle est datée de : les jeunes gens se marieront, à Bruxelles, le 24 août 1891:

 Hôtel Pozzo

Milan

[15 novembre 1889]

 ... Oh la meilleure que moi, quand je songe à tout ce qu’iI y a de bon, de doux, de résigné, de compréhensif, de dévoué, de profond, d’aimant dans vos lettres, je voudrais baiser votre main qui les a écrites et votre cœur qui les a pensées, pendant des heures et des heures ; je voudrais même  que cette main me fît quelque mal pour l’aimer et la baiser,  quand même, et toujours, et toujours. Vous me disiez  « Faire votre bonheur, c’est tout ce que je souhaite. » Mais, toute infiniment chère, quand on donne à quelqu’un les  moments de joie immense que déjà rien que par vos lettres, vous m’avez donnés – on est quitte vis-à-vis de lui, quoi qu’il arrive. Ma vie, depuis que vous la chauffez contre la vôtre, ma vie tourne comme une route vers une fête  d’esprit presque ininterrompue. Je vais à vous comme on  marche vers la clarté et le soleil. Je voudrais ne plus faire un pas, ne plus jeter un regard, ne plus songer un songe qui ne soit  tout de vous, par vous, pour vous. Je voudrais me faire humble, petit, pieux, bon, clair, neuf, pour aller vers vous,  dans mon amour, beau comme un dimanche. Enfin, sais- je ce que je voudrais ? Je n’ai conscience que d’une seule chose : c’est du changement qui se fait en moi par vous et de toute ma chair et de toute mon âme qui sont amour. Souvent, je m’interroge presque avec crainte, parce que  depuis longtemps j’ai eu comme la peur du bonheur.

Je  ne pensais pas qu’une femme telle que vous, un jour, devait descendre jusqu’à moi. J’avais cultivé toute une floraison de mauvaises plantes sceptiques que je laissais croître  très bénévolement en moi.

Ai-je besoin de dire que toutes en ce moment sont arrachées et piétinées, qu’il ne reste plus dans ce jardin méchant, que des fleurs de confiance et d’absolue tendresse ?

Ma très infiniment aimée, dites, quelle responsabilité de reconnaissance ne dois-je pas assumer vis-à-vis de vous ?Oh si je pouvais vous brûler si profondément de mon amour que vous en criiez de bonheur, je donnerais tout : âme, sang, vie, cerveau, pensée, tout, absolument tout. " 

 A Marthe Verhaeren, Deux cent dix-neuf lettres inédites 1889-1916, présentées par René Vandevoir, Ed. Mercure de France, 1951, 462 pp

 

ea6a9e6b2c4308660df46ec803787681.jpg

Mar-dites-moi, Emile Verhaeren

Du 12 juillet au 27 novembre 2016 (centenaire du décès du poète) , vous aurez rendez-vous chaque mardi pour des billets, infusions,, extraits de lettres ,  chroniques , ....relatifs au chantre du vitalisme.

25 juillet 2016

La langue de Voltaire

9782916724744 Voltaire.jpg

 

Extraites du lumineux livret publié par les éditions Triartis, d'une correspondance d'exil  et de .liberté voltairienne , adaptée par Viriginie Berling, quelques considérations sur  l'usage de notre langue., à l'intention du comte d'Argental, "Mon cher ange". Ecrite depuis Ferney, la lettre est datée du 18 mai 1774.

" Notre langue se parle à Vienne, à Berlin, à Stockholm, à Copenhague, à Moscou. Cependant elle est très irrégulière. Il est ridicule qu'on ait des soucoupes après avoir banni les coupes, qu'on soit impotent et qu'on ne soit point potent, qu'il y ait des gens implacables et pas un de placable. Elle est la langue de l'Europe, mais c'est grâce à nos bons livres et non à la régularité de notre idiome. Nos excellents artistes ont fait prendre notre pierre pour de l'albâtre. "

 Voltaire- "Je me suis fait libre" cinquante ans d'exil, adaptation libre de sa correspondance par Virginie Berling, Ed. Triartis, juin 2016, 56 pp

Lecture-spectacle en fut donnée, jeudi 7 juillet, sur le parvis du château de Grignan - à l'occasion du Festival de la correspondance. Jean-Paul Tribout incarnait un Voltaire vieillissant, saisissant, plus vrai que nature. Réplique lui était donnée par Didier Brice.

24 juillet 2016

Sur la route

 oediperoute.jpg

theiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpg

Le viatique choisi par Marie-Laure de Cazotte, Oedipe sur la route (voir billet de ce samedi 24 juillet) nous donne l'envie d'en  reproduire, à votre intention,  un court extrait:

"   Il [NDLR : Œdipe] éprouve la tendresse des gestes d’Antigone qui a mis sa tête sur ses genoux et le fait manger très lentement et boire à petites gorgées. Clios réchauffe ses mains dans les siennes, puis module sur sa flûte un air d’Alcyon. Un air bien pauvre, après les musiques qu’il a peut-être entendues, mais qui touche son cœur en un point inattendu et si sensible qu’il sent monter en lui quelque chose qui ressemble à des larmes.

   «Ne pleure pas, dit Antigone, tu peux repartir si tu veux. Mais plus si loin, plus si longtemps. Pas dans ce bonheur effrayant, sans nous, sans personne. Est-ce que tu comprends ?» Hélas, il comprend. Avec détresse, avec un obscur soulagement, il se retrouve pesant, aveugle, obscur. Là où il est, sur la route."

Oedipe sur la route, Henry Bauchau, roman, Ed. Actes Sud, 1990, 

23 juillet 2016

Sur la route de Marie-Laure de Cazotte

 a-l-ombre-des-vainqueurs-tea-9782226335357_0.6.2.gif

 

 Lauréate du Prix Horizon 2016 pour son fervent roman ancré dans ses racines familiales, A l'ombre des vainqueurs (Ed. Albin Michel, 2014- voir billet de faveur en vitrine de ce blog) Marie- Laure de Cazotte s'est prêtée bien aimablement à la question qui titille nos rendez-vous estivaux hedomadaires: qu'emporteriez-vous comme seule lecture, si d'aventure, vous entrepreniez un tour du monde à pied? 

Et Marie-Laure de Cazotte d'opter pour l'oeuvre d'un de nos compatriotes:

oediperoute.jpg

" Henry Bauchau : Oedipe sur la route [NDLR: Ed. Actes Sud, 1990, rééd. Babel, à partir de 1992 ]

Donc Oedipe a tué son père et a épousé sa mère avec laquelle il a eu quatre enfants. Il s'est crevé les yeux pour ne plus voir ses crimes et part en exil à Colonne avec sa fille Antigone, une adolescente pré-pubère. 

Les blessures des yeux d’Œdipe, qui ont saigné si longtemps, se cicatrisent. 

Clios, le bandit démesuré surgit et avec lui  la danse, la musique, le rêve. 

Oedipe ne va pas vers sa mort, mais le lieu de sa disparition, Antigone  enterre son enfance pour naître à la vie, Clios s'extirpe du chaos par l'art. 

Votre vie n'est pas à vous, elle n'est pas votre bien, et celui qui vit dans l'instant comment pourrait-il déchiffrer la langue épineuse du temps ?

Vous me direz que pour un voyage autour du monde, c'est un curieux départ.  Je n’en connais pas de plus de joyeux et je dirais même que celui qui se laisse prendre par les mots d'Henry Bauchau –  mais encore faut-il accepter de croire qu'à chaque instant nous sommes nous-mêmes et précédé par celui que l'on a été- sortira du temps, s’installera sur le tapis volant des mots, et verra le monde avec ses propres yeux.

Que votre route soit belle !"

 

Elle le sera.! Merci Marie-Laure de Cazotte

22 juillet 2016

Monsieur Choufleuri restera chez lui

téléchargement (10).jpg

Il semble que nous étions plutôt branchés "musique", cette année, en Avignon

Admettons

Point ne le regrettons

 Loufoque, pétillant, drôle, l'opérette créée en 1861 par  Jacques Offenbach aux Bouffes parisiennes, n'a rien perdu de sa fraîcheur.

Pétri de forfanterie, Monsieur Chifleuri  idéalement  campé par David Koenig - s'est mis en tête d'impressionner et de  ravir ses invités, triés sur le volet, d'un spectacle musical de haut vol. Las le trio  d'interprète se désiste en dernière minute, obligeant l'infortuné organisateur à accepter la proposition de sa fille Ernestine - merveilleusement incarnée en Laetitia Ayrès - quelle tessiture vocale, quelle puissance -  d'improviser, avec ce futur gendre dont il refuse l'entrée dans la famille , un récital, qui bluffera à coup sûr tous les invités..

Le débat est cornelien

La suite, vous l'imaginez

Je ne résiste à l'envie de vous communiquer le lien You Tube qui vous donnera accès au teaser du spectacle.


Et vous engage à découvrir le spectacle, d'ici le 30 juillet

A Elter

Monsieur Chifleuri restera chez lui - par la compagnie L'Elixir enchanté, Avignon off - Théâtre Notre-Dame - salle rouge, du 7 au 30 juillet, à 18h00 (se présenter une demi-heure avant et endurer, stoïque, les effets hautement frisant de brumisateurs actionnés à pleins feux....) 

21 juillet 2016

Beethoven ce manouche

téléchargement (9).jpg

C'est l'un des spectacles-phares du Festival off d'Avignon. Créé en 2009, dans l'illustre cité des Papes, il reçoit le prix du public 2013, investit la sympathique salle du Rouge-Gorge pour une série de représentations de mi-journée  en cette 70e édition du Festival .

Un spectacle époustouflant d'humour et d'inventivité.

Mais encore.

Décidé à fêter l'anniversaire de son fidèle Saint Pierre, Dieu - en voix off - mande à l'ange Oliver (Benoït Marot) de réunir Ludwig von Beethoven ( Jérémy Bourges) et Django Reinhardt (Pierre Bernon), le célébrissime guitariste manouche,  pour lui concocter une surprise musicale.  

Le spectateur perçoit d'emblée que la partie ne sera pas facile, le jeu est loin d'être gagné...S'ensuivent piques verbales, joutes musicales sur un tempo allegrissimo tout bonnement jubilatoire.

Un petit prodige de virtuosité

Apolline Elter

 

Beethoven, ce manouche,  par la compagnie Swing'Hommes, Avignon Off - Salle du Rouge Gorge, du 7 au 30 juillet, à 12 h - 

20 juillet 2016

Le Festival de la correspondance de Grignan. En guise de bilan

sigle Estivales.jpg

Visible depuis la route de Montélimar, la célèbre plume adossée à la tour du beffroi de Grignan, regagnait son écrin, dimanche  10 juillet, en fin de soirée, après la très belle lecture- spectacle opérée par Marie-Josée Croze et Nicolas Briançon de la correspondance amoureuse - sur fond d'exil - entre Marina Tsvetaeva et Boris Pasternak.

" Je vis uniquement de notre avenir: le tien et le mien", déclare Boris dans l'un de ces quelque deux cents échanges de lettres et de poèmes qui unit, désunit, les poètes russes et amants, entre 1922 et 1936.

Nouveauté de cette vingt-et-unième édition du Festival de la correspondance de Grignan (fondé, je vous le rappelle, en 1996, par Bruno Durieux, maire de la merveilleuse bourgade drômoise, à l'occasion du tricentenaire du décès, en ses murs de la célèbre Marquise de Sévigné) , les lectures-spectacles du soir (19 et 22h) se déroulaient dans la cour du Château en lieu du traditionnel parvis de la Collégiale. Ce fut, avis largement partagé, un mieux: disposés en amphithéâtre, les (pourtant) vastes gradins constituaient un cocon, écrin de choix pour le caractère intime imprimé aux lectures..

Une motion, standing ovation marquée, .. pour la lecture, jeudi 7 juillet,  des Lettres d'Afrique de Karen Blixen, incarnée par la sublime Marie-Sophie Ferdane.

Nous avons rencontré Virginie Berling qui signait l'adaptation libre, tonique  de cette correspondance, ainsi que celles de Voltaire (magistralement incarné par Jean-Paul Tribout ) " Je me suis fait libre", Cinquante ans d'exil  (livret publié auprès des Editions Triartis, juillet 2016- billet sur le blog en date du 7 juillet) , de  Victor Hugo, L'âme des aigles, lettres d'exil (1851-1871) , Ed. Triartis, juillet 2016, de Louise Michel à Victor Hugo, Nous reviendrons, foule sans nombre: Lettres de la prison et du bagne (1871-1879) , Editions Triartis, juillet 2016) . Nous reviendrons, nous aussi dès les jours prochains, sur ces précieuses publications.

9782916724744 Voltaire.jpg978-2-916724-73-7. Hugo.jpg9782916724782 Louise Michel.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AE : Pouvez-vous nous profiler en quelques mots, Virginie Berling, votre formation. Elle est particulièrement riche et variée


Virginie SEIQL (1) (002).jpg
Virginie Berling
 : J'ai commencé par faire une école de commerce, HEC, pendant laquelle j'ai passé une licence de philosophie à la Sorbonne. Je me dirigeais vers les mathématiques de la finance et parallèlement vers la gestion d'institutions culturelles (dans mon idée, un théâtre). Toutefois, à la sortie de l'école, j'ai poursuivi par l'étude des lettres modernes, qui ont été une évidence. J'ai donc poursuivi jusqu'à l'agrégation. Le théâtre était toujours en ligne de mire et j'ai soutenu un mémoire de recherche sur Musset.

 AE : C’est Julia de Gasquet, directrice artistique du Festival, qui vous a contactée, je crois, pour l’adaptation des textes. Le choix des auteurs était-il, à ce stade, déjà défini ou les avez-vous suggérés ? 

Virginie Berling : En ce qui concerne le choix des auteurs, Julia de Gasquet a la maîtrise de la programmation. Elle est ouverte et intègre toutes les suggestions.

Voltaire et Hugo se sont imposés d'emblée, tant par leur importance historique que par leur plume. J'avais très envie de travailler Voltaire, dont l'écriture drôlissime est d'une impertinence inconcevable aujourd'hui. Louise Michel était un souhait particulier de Julia de Gasquet, qui a lu l'adaptation: les spectateurs ont désiré retrouver le texte d'origine, ce qui est le plus grand hommage qu'on puisse rendre à Louise Michel.

 AE: Travail colossal que d'extraire, sous des montagnes de lettres, les passages, révélateurs d'une philosophie, d'une pensée, d'un thème prescrit. Il tient à la fois de la synthèse et de la traduction -  le public attend de vous un fil conducteur limpide, éloquent :

Virginie Berling: Le fil conducteur de ces adaptations suit naturellement le thème de l'exil, éloignement de sa patrie d'origine et des siens, distance à soi, à celui qu'on a peut-être été et que l'exil a rendu différent. Si Voltaire, Victor Hugo et Louise Michel ont mené des combats politiques qu'ils ont payés d'un long exil, Karen Blixen s'est ouverte à l'autre, à son "frère noir", au point de se sentir en exil à son retour dans son pays d'origine, le Danemark.

L'exil dans toutes ses acceptions représente la trame de fond. Il donne le squelette d'un discours d'ordre politique, philosophique ou émotionnel.

Au premier plan, la voix fait entendre des moments concrets et intimes qui offrent des respirations indispensables, drôles ou inattendues.

Parfois, les échanges épistolaires ont besoin d'être étayés par d'autres sources de l'auteur: mémoires, carnets, discours, œuvres de fiction, poèmes. Dans une lecture spectacle, le public est guidé. Mais il a toujours besoin de comprendre, par son intelligence, ce qui n'est qu’esquissé. C'est ce qui fait tout le charme des lettres!

 AE: Pointons la prestation de Marie-Sophie Ferdane, sa mise en relief personnelle au départ d'une sélection magistrale - vous m'avez suscité, dès le lendemain,  l'ingestion irrépressible, intégrale du volume  des Lettres d'Afrique (Ed. Gallimard, 1985)... -  avez-vous formulé des consignes à l'égard de l'interprète ?

 Virginie Berling: Marie-Sophie Ferdane a offert sa voix à Karen Blixen, et quelle voix! Cette merveilleuse comédienne a toutes les ressources en elle pour transmettre toute la palette d'émotions que le texte offrait, parfois avec des raccourcis dus à l'adaptation, notamment des traits d'humour. Elle a rendu chaque intonation suggérée par le texte. J'en avais la certitude: elle n'avait pas besoin d'indications de ma part!

 sigle Estivales.jpg

Placé sous les rayons d'un soleil généreux, le Festival dispensait aussi des rencontres littéraires de haut vol, dans la Cour des Adhémar

Pointées pour vous, les rencontres autour  d'Ellis Island  et du roman de Gaëlle Josse, Le dernier gardien d'Ellis Island  (Ed. Notabilia, sept. 2014) - une motion pour l'animation, le professionnalisme de Catherine Pont- Humbert -  et cette d'Emile Zola et de sa correspondance d'exil, qui réunissait en un entretien de haut vol,  Brigitte Emile-Zola, arrière-petite-fille du célèbre écrivain et Alain Pages, professeur auprès de l'Université de Sorbonne nouvelle- Paris 3, spécialiste d'envergure de l'oeuvre zolienne. Les notes prises au cours de l'entretien animé par Baptiste Liger nous décident à travailler la correspondance, pour la rentrée 2017, ainsi que celle de Karen Blixen...

Vous l'aurez compris, le Festival de Grignan est un précieux, vivant vivier pour votre épistolière, 

Apolline Elter

Hommage soit rendu à Bruno Durieux, fervent et inlassable président fondateur, présent sur tous les fronts et aux innombrables, affables bénévoles, équipes précieuses et dynamiques orchestrées par les admirables  Marie-Josèphe Baqué , Anne Prothon et Sylvia Lejeune.

 

 

16 juillet 2016

A la recherche de ...Laure Hillerin

 

9782081387102.jpg

Nul visiteur de ce blog ne l'ignore, la découverte de la biographie que Laure Hillerin consacre à la comtesse Greffuhle (billet de ferveur en vitrine du blog) fut une surprise sublime, majeure, de l'année.

La biographe nous revient, cet été, avec un Proust pour rire, (Ed. Flammarion, mai 2016dont je me délecte à petites lampées...avant de vous en concocter le résumé..

Nous lui avons tout naturellement posé la question qui hante notre esprit en cette période de grande migration estivale: qu'emporteriez-vous comme (seule) lecture si d'aventure, vous entrepreniez le tour du monde à pied? 

Sa réponse, merveilleuse, ne nous a point surprise. 

Je vous la révèle: 

téléchargement (14).jpg

"Le livre que j’emporterais pour accompagner mon périple seule autour du monde et à pied serait  À la Recherche du temps perdu, de Marcel Proust.

Le seul problème technique serait... le poids, qui me contraindrait à l’emporter en format numérique, sur une « liseuse ».

La raison de mon choix est simple : c’est un livre qui m’aide à vivre.

L’explication, c’est l’auteur lui-même qui la fournit : « En réalité, chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur de soi- même. L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans ce livre il n’eût peut-être pas vu en soi-même. »

Un livre inclassable, unique en son genre, une sorte de « potion magique ».

La démonstration que « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature ; cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. » Un livre qui est une leçon d’humanité. À l’opposé de ce que certains imaginent, tout le contraire d’un livre ennuyeux ou intellectuel, car il n’est pas fait de théories, mais d’émotions et de sensations approfondies avec persévérance, jusqu’au vertige de la connaissance. Un livre qui débouche sur l’éternité en s’attardant sur le moment présent. Sur l’universel en se focalisant sur l’individualité.

 Et, cerise sur le gâteau, un livre souvent très drôle, qui joue sur tous les registres de l’humour et de l’autodérision — humour non pas corrosif, mais clairvoyant qui, à mon sens, rime avec « amour ».

                                                                                      Laure Hillerin

14 juillet 2016

Ode aux vacances

9782226322746m.jpg

 "On était le 14 juillet 20 Il. J'étais enfin arrivé en Bretagne sur mon île, à Lavrech, où le soleil poursuit son dialogue avec la mer. Rien ne pouvait me faire plus plaisir que cette vision qui m'est aussi indispensable que l'iris à l'œil. Je retrouvais tout ce que j'aime: le vent, le sel, la fougère, et ces landes désertes battues par le crachin marin, en face du phare où les vagues se démontent les unes les autres.
   J'étais à Lavrech depuis deux minutes, deux jours ou deux siècles: j'y étais moi-même comme nulle part ailleurs. Ce que je faisais? Marcher, nager et lire. Rien que d'essentiel."

Le piano dans l'éducation des jeunes filles, Stéphane Barsacq, roman, Ed. Albin Michel, janvier 2016, 352 pp

13 juillet 2016

Le petit costume de bain de Camille

De séjour en Touraine, au château de l'Islette, Camille Claudel s'ennuie de Rodin, absent..

Elle lui écrit.. et le charge d'une commission..

 2109_18c9a2e7d8da429.jpg

[

[ juillet 1891]

    Monsieur Rodin


   Comme n'ai rien à faire je vous écris encore.


   Vous ne pouvez vous figurer comme il fait bon à L'Islette.


   J’ai mangé aujourd'hui dans la salle du milieu (qui sert de serre) où l’on voit le jardin des deux côtés. Mme Courcelles m'a proposé (sans que j’en parle le moins du monde) que si cela vous était agréable vous pourriez y manger de temps en temps et même toujours (je crois qu'elle en a une fameuse envie) et c'est si joli là !...


   Je me suis promenée dans le parc, tout est tondu, foin, blé, avoine, on peut faire le tour partout c'est charmant. Si vous êtes gentil, à tenir votre promesse nous connaîtrons le paradis. Vous aurez la chambre que
vous voulez pour travailler. La vieille sera à nos genoux, je crois.


   Elle m'a dit que je [mot manquant: pouvais?] prendre des bains dans la rivière, où sa fille et la bonne en prennent, sans aucun danger.


   Avec votre permission, j'en ferai autant car c'est un grand plaisir et cela m'évitera d'aller aux bains chauds à Azay.

   Que vous seriez gentil de m'acheter un petit costume de bain) bleu foncé avec galons blancs,
en deux morceaux, blouse et pantalon (taille moyenne), au Louvre ou au bon marché (en serge) ou à Tours.


   Je couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là mais quand je me réveille ce n'est plus la même chose


   Je vous embrasse


           Camille


   Surtout ne me trompez plus.

 S: Camille Claudel – Correspondance, Edition d’Anne  Rivière et Bruno Gaudichon,  Ed. Gallimard, coll. « Art et Artistes », 3e édition revue et augmentée, 2014 ( 2003 et 2008 pour les premières éditions) , 366 pp

 

 

12 juillet 2016

La vache du roi Musinga

vache-roi-musinga-mukasonga.png

"NOTES À L'ATTENTION
DU LECTEUR CURIEUX

Musinga (?-1944) est porté au « Tambour» en 1896 grâce à un coup d'État organisé par sa mère
Kanjogera et les deux frères de celle-ci, au cours duquel le roi légitime, Rutarindwa, est assassiné. Il
prend le nom de règne de Yuhi (…)Privé peu à peu de ses prérogatives par les colonisateurs allemands puis belges, et refusant de se convertir au christianisme, il est déposé en 1931 par les autorités mandataires belges et assigné à résidence à Kamembe à la frontière du Congo belge. En 1940, il est exilé à Moba, toujours au Congo belge, où il meurt en 1944."

Assemblant trois nouvelles de la merveilleuse écrivain rwandaise, Scholastique Mukasonga - souvenez-vous de son fa-bu-leux Notre-Dame du Nil (Ed. Gallimard,  Prix Renaudot 2012) , la sympathique collection Folio 2 € vous offre un bijou de lecture à glisser dans votre sac de marché, à lire,  à déguster sans modération....

La dernière de ces nouvelles, extraites du recueil,  Ce que murmurent les collines (Folio 5929), s'intitule, Un pygmée à l'école, illustre de façon subtile et contée, le thème de la différence, de l'accès à la tolérance.

La vache du roi Mukasonga et autres nouvelles rwandaises, Scholastique Mukasonga, nouvelles, Ed. Gallimard, coll. Folio 2 €, mai 2016, 110 pp

10 juillet 2016

Ivresse livresque

product_9782070319558_195x320.jpg0120598[1].gif

Le merveilleux viatique que nous suggère Stéphane Barsacq (billet de ce samedi 9 juillet) nous donne l'envie irrépressible d'infuser quelques rimes sans rames du célèbre Bateau ivre, issu de ses Poésies (1870-71) 

(...)

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;
(...)

 

09 juillet 2016

En avant route, avec Rimbaud et Stéphane Barsacq

Notre invité, en ce deuxième week-end des Estivales de l'Ermitage est Stéphane Barsacq.

 Barsacq.jpg

La découverte de son premier roman, Le piano dans l'éducation des jeunes filles (Ed. Albin Michel, janvier 2016) fut une des plus heureuses surprises de la rentrée littéraire de janvier (Billet de ferveur en vitrine du blog). L'Académie française ne s'est pas trompée qui vient d'ailleurs de lui décerner le prix Roland de Jouvenel.

Il nous tarde , vous l'aurez compris,  de découvrir son deuxième roman.. mais ne lui mettons pas la pression..

Pour l'heure, l'écrivain nous a confié son choix de lecture, celle qu'il emporterait s'il entreprenait un tour du monde pédestre... Sublime choix. Nous l'en remercions vivement.

 Rimbaud.jpg

Stéphane Barsacq:  

"Traverser le monde, voyager, je n'ai pas cessé de le faire depuis l'âge de seize ans. Le voyage est une manière joyeuse de se sentir vivant et relié à ce qui est, au même titre que le rire, la danse et l'amour. 

Qui sait si je n'ai pas devéloppé ce goût grâce à ma lecture de Rimbaud ? On l'a parfois traité de "voyou" sans faire attention à ce que le mot signifie au sens propre : celui qui chemine sur les voies

Lire Rimbaud - "Rimbaud le Voyou", mais aussi "Rimbaud le Voyant" -, c'est partir. 

Dès que je voyage, le petit livre de la collection Poésie chez Gallimard qui contient Poésies, Une saison en enfer et les Illuminations ne me quitte pas. Ce livre suffit à tout : il est une nourriture inépuisable. Il y a la beauté de la langue, la recherche de l'absolu et la radicalité du regard.

Rimbaud va par les chemins et nous invite, à sa suite, à découvrir l'inconnu. Il nous plonge dans l'étonnement, parfois la stupeur ou l'incompréhension, cependant qu'il nous fait aussi comprendre des choses nouvelles. Voyager avec lui, c'est être assuré d'être sur la même ligne que ce qu'on découvre : des paysages neufs, des visages inattendus, des visions de beauté.

"Le voyageur est encore ce qui importe le plus dans un voyage ", écrit André Suarès dans son Voyage du Condottière. Voyager avec Rimbaud, c'est être sûr d'aller au-delà. Il nous enjoint d'aimer, d'intensifier notre rapport avec ce qui vit. "En avant, route !"

08 juillet 2016

L'exil selon Victor Hugo

téléchargement (7).jpg

Cette troisième journée du festival est largement consacrée à Victor Hugo, célèbre exilé, en froid contre Napoléon III.

 9782916724782 Louise Michel.jpg

 De prison et du bagne de Nouvelle-Caledonie, Louise Michel, "passionaria de la Commune" écrit à Victor Hugo tout frais revenu de son exil, des lettres enflammées d'esprit de justice, égalité..de dévotion. La correspondance s'étend sur quelque huit ans. Elle a été adaptée par Virginie Berling, mise en lecture par Nicolas Bigards et sera lue par Julie de Gasquet, ce vendredi à 12h30 (Cours Sévigné) 

Nous reviendrons, foule sans nombre, Lettres de Louise Michel à Victor Hugo (1871-1879), adapt. de Virginie Berling, Ed. Triartis, juin 2016, 52 pp

 978-2-916724-73-7. Hugo.jpg

La journée se conclut d'un spectacle à 22 heures, centré sur la correspondance du célèbre exilé, adaptée en lecture du Festival par Virginie Berling. Voici ce que cette dernière nous en révèle:  

"Cette adaptation suit les vingt années d'exil de Victor Hugo, de 1851 à 1871. Elle débute à la veille du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte, devenu empereur en 1852. Hugo, représentant du peuple à l'Assemblée et défenseur des libertés, doit fuir en Belgique, puis à Jersey et Guernesey. Pendant ces dix-neuf années d'exil, le travailleur acharné qu'est Hugo publiera ses plus grandes œuvres, et notamment: Napoléon-Le- Petit, qui se charge de faire passer Napoléon III à la postérité sous ce sobriquet, Les Châtiments, Les Contemplations, La Légende des siècles, Les Misérables, Les Travailleurs de la mer, L'Homme qui rit.

Parallèlement à ces œuvres éditées, Hugo écrit sans discontinuer: des lettres, des notes,(...)"

Nous les découvrirons avec une égale ardeur, mise en lecture par Benjamin Guillard, pour  l'écrivain Daniel Pennac.

Victor Hugo, l'âme des aigles, Lettres de 1851-1871, adapt. de  Virginie Berling, Ed. Triartis, juin 2016

07 juillet 2016

"Je me suis fait libre"

 

téléchargement (7).jpg

Pointés pour vous dans le programme de cette deuxième journée de Festival de la correspondance de Grignan: 

-  a 10h, en la Cour des Adhémar, la rencontre animée par Baptiste Liger, Emile Zola, correspondance d'exil, autour de Brigitte Emile-Zola , arrière-petite-fille de l'écrivain et Alain Pagès,  Professeur à l'Université de Sorbonne nouvelle - Paris 3, spécialiste de l'oeuvre de Zola.  Elle évoquera  la correspondance récemment éditée (Ed. Gallimard, 2015) de 318 lettres adressées par Emile à Alexandrine Zola.

- La lecture-spectacle de 12h30 (Cours Sévigné), Les ombres portées, a même source d'inspiration. Je vous invite à en consulter l'argument sur blog:  http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2016/06/24/les-ombres-portees-8622580.html 

- Le spectacle de 22 h (Château) se penche sur Voltaire et 50 ans d'exil. Il s'intitule, Je me suis fait libre, adapté par Virginie Berling, mis en lecture par Benjamin Guillard, il sera interprété par Jean-Paul Tribout.

En voici l'argument, avant-propos du livret édité auprès de Triartis:

9782916724744 Voltaire.jpg

"Après avoir été plusieurs fois embastillé pour ses écrits, Jean-Marie Arouet choisit de fuir Paris. L'exil débute par l'Angleterre, la Prusse, la province. Voltaire décide finalement de s'établir en compagnie de Mme Denis sur la frontière franco-genevoise, à Ferney, où il construit une véritable petite ville aurour de son domaine des Délices.

Il publie à l'étranger, se défend d'être l'auteur de ses ouvrages, fait entrer en secret ses écrits à Paris. Les succès s'enchaînent, mais la disgrâce de Louis XV ne faiblit pas. Il ne retournera à Paris qu'en 1778, après
l'avènement de Louis XVI, pour y mourir quelques mois plus tard à l'âge de quatre-vingt- quatre ans."

Et il écrit,philosophe, récrimine,  correspond tous azimuts..

Voltaire- "Je me suis fait libre" cinquante ans d'exil, adaptation libre de sa correspondance par Virginie Berling, Ed. Triartis, juin 2016, 56 pp

06 juillet 2016

MAIS TOUJOURS EN AVANT !ET VERS L'ESPACE!

téléchargement (7).jpg

L'ouverture officielle du 21e Festival de la correspondance est prévue, ce soir, à 17h30, sur la place de la mairie de Grignan, place Sévigné, la bien nommée.  L'occasion pour son Président- fondateur, Bruno Durieux, maire de la municipalité de présenter son invitée d'honneur, l'écrivain cubaine Zoé Valdès.

Nouveauté de l'édition: les spectacles du soir prendront dorénavant place dans la Cour du château. Exit les gradins surplombant le parvis de la Collégiale. Nous pensons que c'est une fort bonne initiative;d'autant que les structures sont déjà en place, prêtes à accueillir le spectacle de l'été.

Et comme une bonne nouvelle arrive rarement célibataire, je vous annonce une mise en lecture (Jérémie Lippmann) d'une adaptation libre(signée Sophie Delage)  de la correspondance de notre chère, très chère Alexandra David-Néel à son Mouchy de mari, le bel et fringant Philippe Néel. 

Le spectacle s'intitule Mais toujours en avant!et vers l'espace! 

Il est interprété par Natacha Régnier.

A 22 heures, au Château (réservations obligatoires)