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24 mai 2018

L'air de rien

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Luce hocha la tête longuement, elle n'en revenait pas.  Il ne lui était jamais rien arrivé d'exceptionnel, sa vie n' avait été qu'un déroulé d'événements banals, mais la cascade de circonstances dans laquelle elle s'était retrouvée embringuée ces derniers jours la sidérait encore. Elle venait d'assassiner un type tout de même, aussi pourri soit-il, alors qu'une semaine plus tôt, elle était une petite retraitée oisive et à l'abri de tout."

 

Tout est dit, condensé; et à la fois, rien n'est expliqué.

Quel démon, quelle démence a poussé Luce, une avenante octogénaire , à étrangler , de ses doigts, Jean Dubois , un homme certes peu recommandable? Et tout cela en présence consentante de son amie d'enfance, Chirine.

C'est ce qui'il va falloir expliquer à la police, dépêchée sur les lieux, plutôt désemparée face à cette scène de crime assez inédite.

Il faudra quelque 350 pages au lecteur pour démêler l'écheveau des déclarations floues de Luce, ses digressions et les flash back continus vers son enfance d'orpheline, échappée sur les routes de la guerre. Peu à peu une vérité se fait jour , celle d'une femme attachante et d'un récit de vie frais, drôle par moments, qui  tient  ses convives en haleine et se déguste comme un roman de belle facture.

Vous passerez un bon moment de lecture.

Apolline Elter

L'air de rien, Nicole Jamet, roman, Ed. Albin Michel , avril 2018, 348 pp

23 mai 2018

Madame Pylinska et le secret de Chopin

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" Chopin écrit sur le silence: sa musique en sort et y retourne; elle en est même cousue. Si vous ne savez pas savourer le silence, vous n'apprécierez pas sa musique" 

La révélation pour le piano, le jeune Eric-Emmanuel la reçoit de sa gracieuse tante Aimée et de la partition - Chopin, évidemment -  qu'elle exécute sur le Schiedmayer familial. Tentant de recouvrer la plénitude ressentie, l'enfant va s'exercer des années durant, jusqu'à ce que, étudiant, il débarque à Paris, admis à intégrer Normale -Sup. 

Il sollicite alors la faveur de suivre les leçons de Madame Pylinska, une quinquagénaire polonaise, intransigeante et revêche. Et le jeune homme d'endurer les expériences inédites de sensations musicales dictées par la spécialiste de Chopin

" Apprenez à devenir liquide

- Liquide? 

Elle fronça les sourcils.

- Liquide, oui, je suppose qu'on dit ainsi. Liquide...Céder à l'onde, saisir l'espace entre les sons sans l'agripper, se livrer à ce qui arrive, élargir sa disponibilité. Liquide... Mon français vous contrarie? "

D'un dialogue tonique, musclé,  déconcertant et,  par moment désopilant - Madame Pylinska a l'humour bien involontaire - vont jaillir en l'esprit de son jeune élève les palettes expressives des plus grands musiciens et, chemin faisant, les bribes du "secret de Chopin" 

Je vous en laisse la découverte

 Une fa-bu-leu-se éducation musicale doublée d'un conte initiatique de haute facture

A déguster sans modération

C'est de l'Eric-Emmanuel Schmitt grand cru

Apolline Elter

Madame Pylinska et le secret de Chopin, Eric-Emmanuel Schmitt, récit, Ed. Albin Michel, avril 2018, 120 pp

22 mai 2018

Le zéro déchet sans complexes!

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Nous n'avons qu'une terre et il n'existe pas de plan B

Le constat n'est pas neuf mais il est percutant.  

Effrayée par la quantité de déchets que notre civilisation produit, depuis les Trente Glorieuses,  l'essor de la révolution technologique et  de la  production industrielle exubérante qui signent la seconde moitié qu XXe siècle et notre époque actuelle, Sylvie Droulans entraîne,  depuis bientôt trois ans, sa famille - deux filles , un mari - dans un mode de vie  tourné vers la réduction radicale des déchets.

Quand on sait que le Belge produit par an quelque 400 kgs de déchets,  on aurait mauvaise grâce à ne pas étudier son propos et glaner,  à tout le moins,  quelques nouvelles habitudes de vie qui réduiront aussi notre (mauvais) impact sur la planète.  Elles nous apporteront,  en même temps, un nouveau regard sur le temps, la nature,  nos réels besoins et  partant, notre rapport à l'autre. 

Des conseils de bon sens qui favorisent notre bonne santé, l'enrichissement de notre être plutôt que celui de nos avoirs.

Une philosophie de la "consom'Action"  orientée l'achat en Vrac, bio  si les aliments proviennent de circuits courts,  la créativité, la récupération, le compostage et une adaptation de nos besoins aux denrées raisonnées en matière d'impact écologique.

Assorti de nombreux conseils, recettes , bons plans,  tips et adresses utiles, l'ouvrage se parcourt au rythme alerte  et avenant de la plume de Sylvie Droulans - évitant, c'est primordial, les pièges des moralisation,  marginalisation, intolérance, radicalisation...  souvent liées à pareil engagement   Des illustrations récréatives -signées Jean Bourguignon - viennent en égayer le propos.

 Et la lectrice que je suis de se découvrir flexitarienne  - par une consommation occasionnelle de viande, poisson - cocher une série de conseils "antigaspi", idées créatives, de confection de produits de lessive, d'entretien... que je me promets de mettre à exécution.

Un ouvrage que je partagerai volontiers, telle est sa  vocation

Apolline Elter 

 Le zéro déchet sans complexes , Sylvie Droulans  (illustrations: Jean Bourguignon), essai, Ed. Racine, janvier 2018,  192 pp

 

 

Le zéro déchet sans complexes!

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Nous n'avons qu'une terre et il n'existe pas de plan B

Le constat n'est pas neuf mais il est percutant.  

Effrayée par la quantité de déchets que notre civilisation produit, depuis les Trente Glorieuses,  l'essor de la révolution technologique et  de la  production industrielle exubérante qui signent la seconde moitié qu XXe siècle et notre époque actuelle, Sylvie Droulans entraîne,  depuis bientôt trois ans, sa famille - deux filles , un mari - dans un mode de vie  tourné vers la réduction radicale des déchets.

Quand on sait que le Belge produit par an quelque 400 kgs de déchets,  on aurait mauvaise grâce à ne pas étudier son propos et glaner,  à tout le moins,  quelques nouvelles habitudes de vie qui réduiront aussi notre (mauvais) impact sur la planète.  Elles nous apporteront,  en même temps, un nouveau regard sur le temps, la nature,  nos réels besoins et  partant, notre rapport à l'autre. 

Des conseils de bon sens qui favorisent notre bonne santé, l'enrichissement de notre être plutôt que celui de nos avoirs.

Une philosophie de la "consom'Action"  orientée l'achat en Vrac, bio  si les aliments proviennent de circuits courts,  la créativité, la récupération, le compostage et une adaptation de nos besoins aux denrées raisonnées en matière d'impact écologique.

Assorti de nombreux conseils, recettes , bons plans,  tips et adresses utiles, l'ouvrage se parcourt au rythme alerte  et avenant de la plume de Sylvie Droulans - évitant, c'est primordial, les pièges des moralisation,  marginalisation, intolérance, radicalisation...  souvent liées à pareil engagement   Des illustrations récréatives -signées Jean Bourguignon - viennent en égayer le propos.

 Et la lectrice que je suis de se découvrir flexitarienne  - par une consommation occasionnelle de viande, poisson - cocher une série de conseils "antigaspi", idées créatives, de confection de produits de lessive, d'entretien... que je me promets de mettre à exécution.

Un ouvrage que je partagerai volontiers, telle est sa  vocation

Apolline Elter 

 Le zéro déchet sans complexes , Sylvie Droulans  (illustrations: Jean Bourguignon), essai, Ed. Racine, janvier 2018,  192 pp

 

 

17 mai 2018

J'ai perdu Albert

Dvc.jpgLa photo de couverture vous indique d'emblée que l'Albert égaré n'est autre qu'Einstein, personnage qui "obsède" Didier van Cauwelaert "depuis la première fois où [il l''a] glissé dans un roman (La Femme de nos vies"(...) ".

Hôte, depuis un quart de siècle, de celui de  Chloé Delmart, une voyante médiumnique,  l'esprit  du célèbre savant décide d'émigrer vers celui de Zac, jeune serveur perdu dans un snack de gare, dévouant sa banale survie à celle  tout aussi précaire des abeilles.

Le choc est rude pour Chloé qui voit s'effondrer son univers vital,  construit principalement sur celui d'une voyante... très en vue, consultée par les grands du monde.

Zac sera-t-il à la hauteur de la mission dont il est soudain investi? 

Surtout qu'il manque cruellement de filtre pour modérer les propos que lui dictent désormais sa voix intérieure..

Et le lecteurs de suivre les tenants d'une passation de médiumnité, d'une prise de possession d'esprit - thèmes chers à l'auteur - et les aboutissants d'actions  et d'un roman polyphonique, qui se déroulent en plein coeur de Bruxelles...

Et "Albert" de rappeler les souvenirs heureux des "mois d'exil paisibles que j'ai savourés dans ma  chère Belgique, protégé des tueurs nazis par l'amitié de la Reine Elisabeth, merveilleuse violoniste avec qui j'avais tant de plaisir à jouer Mozart." 

" Ca sert à quoi de connaître l'avenir ? A gâcher le présent."

 Pas forcément

Invité par le Prix Nobel de Physique (1922) à corriger quelque coquille demeurée dans les annexes scientifiques , le jeune apiculteur l'est aussi à sauver la planète, porte-voix de la prophétie attribuée - à raison - à Albert Einstein: "  Le jour où les abeilles disparaîtront, l'homme n'aura plus que quatre années à vivre".

 Apolline Elter

J'ai perdu Albert, Didier van Cauwelaert, roman, Ed. Albin Michel,  avril 2018, 220 pp

 

16 mai 2018

Place publique

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Fine observatrice des comportements humains, Agnès Jaoui signe , avec Jean-Pierre Bacri - son compagnon, 25 années durant  - une comédie de moeurs corrosive,  au tempo alerte, à l'intrigue bien ficelée..

Fière de son emménagement dans une somptueuse demeure "à 35 minutes de Paris "  Nathalie la productrice d'émissions télévisées, idoinement campée par Léa Drucker convie voisins, famille  et le gratin du show business à une pendaison de crémaillère particulièrement festive et raffinée. Son ex-beau-frère, Castro (Jean-Pierre Bacri)  futur ex-animateur vedette d'une émission à succès déclinant s'y produit, ...déclinant à l'envi un cynisme et désabusement existentiels parfaitement antipathiques. Une mentalité à l'antipode de celle d'Hélène, son ex-épouse (Agnès Jaoui) davantage préoccupée du sort de la planète, de ses déshérités que de celui de sa propre fille..

Les situations s'enchaînent,  impitoyables et assez réalistes, qui démontrent la vanité de pareille société

Une satire sociale bien trempée

Apolline Elter

Place publique, un film d'Agnès Jaoui, avril 2018 durée : 1h38

15 mai 2018

Le beau monde

téléchargement (5).jpgImaginez une cérémonie de mariage à laquelle ne manquerait .. que la mariée.

Que se passe-t-il? 

 S'ils ont accepté la mésalliance de leur fils Charles-Constant avec Louise, les Coton du Puy-Montbrun ont mis en oeuvre, finances  et discrétion de bon aloi, tous les ingrédients d'une fête somptueuse.

Mais Louise a préféré déserter l'église,...

Alors les langues se délient. Débarqués plus tôt que prévu aux réception et dîner censés célébrer la prestigieuse union, les invités y vont, chacun, d'une interprétation perso de la surprenante défection. Champagne aidant, ils brossent un portrait  en "patchwork" de l'absente, de moins  en moins engageant : Louise ne serait-elle qu'une (pauvre) arriviste dont la jeunesse n'eut d'autre but que d'intégrer les codes de son milieu d'adoption? 

Le fait que la fiancée fût absente n'était plus commenté. C'était désormais chose admise. En fait, sa présence en creux, par le biais de divers récits, fort truculents, était autrement plus passionnante qu'une belle robe, même dotée d'une traîne et accompagnée d'un gracieux voile." 

Satire  inrospective, corrosive d'une certaine hypocrisie sociale, ce (premier) roman illustre à l'envi l'adage selon lequel  "Les absents ont toujours tort " 

 Apolline Elter

Le beau monde, Laure Mi  Hyun Croset, roman, Ed. Albin Michel, mars 2018, 200 pp

12 mai 2018

Ana et les ombres

9782330096410 (1).jpg"Vient un autre temps, un autre commencement. Pendant de longues années le récit d'Ana est enfoui dans sa mémoire, ce sont des blocs de sensations, des magmas d'images qu'elle garde au fond d'elle comme les lueurs d'une lampe couverte. Et parfois dans ses nuits, dans ses moments seule, je sais qu' elle y replonge sans tout à fait comprendre, la résurgence d'un détail la reconduit soudain là-bas et d’un coup l'air lui manque..."

Terrassée par un accident de voiture, tandis qu'elle convoie vers Lima  les momies de deux princesses de civilisation pré-Inca (Pérou), Ana, jeune archéologue française, vit quelques jours dans un état létal, semi-comateux, soignée par la population locale.  Son équilibre, sa vie, sont affectés par le traumatisme, ses rêves, hantés par les ombres de ses proches.

De retour en France, elle supporte mal le côté par trop protecteur de son mari, Philippe Gault,  confie son désarroi, sa détresse existentielle à un ami de son père, le  narrateur du récit.Et celui-ci de dévoiler, avec tact et respect, ses tâtonnements , tentatives de décrypter l'âme de la jeune femme

 Enveloppé de la plume majestueuse et veloutée de François Emmanuel, ce voyage au coeur de l'âme d'Ana se décline comme une mélodie gracieuse et envoûtante.

Difficile d'y résister...

Je vous en recommande la beauté.

Apolline Elter

Ana et les ombres, François Emmanuel, roman, Ed. Actes Sud, mars 2018, 180 pp

stylo-plume-hommage-au-titanic-laque-noire-mate-jean-pierre-lepine-1.jpg A noter en vos agendas: François Emmanuel viendra présenter ce chef-d'oeuvre,  ce jeudi 17 mai à 19h30 en la librairie namuroise Point virgule , rue Lelièvre, 1 ( B-5000 Namur) . Une rencontre de toute haute facture.

 

Renseignements et réservations par téléphone (081 22 79 37) ou par courriel.

 

 

09 mai 2018

Underground Railroad

téléchargement (7).jpg " Une fois le travail fini  et avec lui les punitions du jour, la vraie nuit attendait pour servir d'arène à leur vraie solitude et à leur désespoir." 

 L'Underground Railroad - chemin de fer souterrain - désigne la voie clandestine de routes qu'empruntent les esclaves américains noirs au XIXe siècle, pour gagner le Canada et s'affranchir de leur condition. Elle connaît son apogée entre les années 1850 et 1860 , grâce au soutien courageux d'abolitionnistes.

  Chaque kilomètre qui la séparait de la plantation était une nouvelle victoire. Un trophée pour sa collection.

Rendue à son acception de chemin de fer par le romancier new yorkais, la voie permet  à Cora, une jeune et rebelle esclave de  16 ans, de fuir les conditions dantesques de sa vie dans une plantation de coton géorgienne;  elle ne lui offre cependant pas la liberté car, malgré un changement d'identité, Cora reste une femme constamment traquée. 

 Et de réaliser que même en semi-liberté, les femmes de sa conditions subissent les affreux outrages d'un contrôle larvé des naissances...

Lu par la voix chaude et la diction impeccable de l'actrice Aïssa Maïga, le roman de Colson Whitehead est saisissant - d'effroi et d'infaillible tension dramatique .  Couronné par le prestigieux Prix Pulitzer, il dénonce de façon éloquente et par moments, insoutenable, l'atroce cruauté de certains propriétaires d'esclaves.

Un texte édifiant.

Underground Railroad, Colson Whitehead, roman traduit de l'américain par Serge Chauvin, texte intégral lu par Aïsa Maïga, Ed. Audiolib, nov. 2017 - 1 CD MP3 - durée d'écoute 10h45 

05 mai 2018

Jacques Brel était avant tout un écrivain

France_Brel.JPGNous vous l'avions promis, voici le compte rendu  - par trop succinct - de la merveilleuse rencontre que m'accordait, fin mars, France, fille de Jacques Brel, à l'occasion de la parution de deux ouvrages majeurs, Jacques Brel auteur/ Jacques Brel chanteur, parus à l'entame du printemps.

Si elle a longtemps hésité avant d'oser prendre la plume pour mettre en valeur le travail d'écriture de son père, France Brel  (photo:  © Fondation Jacques Brel)  en a senti la nécessité face au regard réducteur que biographes et critiques lui portent, focalisés sur sa casquette de chanteur. Comme le disait Jacques Brel : " Chanter pour moi, ce n'est jamais que la prolongation de l'acte d'écrire." Il avait l'intention de ne jamais déposer plume.

Alors France a pris la sienne, rassemblant un trésor  de textes éloquents parmi les archives familiales, celles de la presse, des entretiens audio-visuels,  les textes originaux et intégraux de toutes ses chansons - et même leurs traductions en néerlandais - , les contextualisant sans en forcer l'interprétation, cailloux placés sur un chemin que les lecteurs traceront eux-mêmes.

Et France Brel d'insister : "Je laisse à Jacques le dernier mot."

De s'effacer et laisser place "pour que Jacques puisse s'exprimer."

De lui offrir une sortie de quarantaine, quarante années après son décès

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(Photo: © Fondation Jacques Brel) 

Quarante ans, l'âge d'un nouveau départ . Pour Jacques et France Brel mais aussi pour nous.

"Une façon pour lui de rentrer dans l'Histoire avec ses mots." 

Le rendu en est sidérant et vous vous surprenez à découvrir la force poétique de textes que vous chantiez sans trop y prendre garde quand ce n'est ceux que vous découvrez

Un trésor, je vous dis

Un partage intime que nous offre France Brel, consciente du côté stérile d'une rétention des archives   "J'ai assez rapidement compris dans ma vie qu'avec Jacques, il fallait que je partage."

 Soyez remerciée, France, pour cette générosité. 

Nous vous retrouverons avec liesse, le jeudi 5 juillet,  au Festival de la correspondance de Grignan  (dont le programme sera bientôt finalisé)

Pour l'heure penchons-nous sur ces deux fabuleux ouvrages 

A savoir:

 Jacques Brel chanteur L’intégrale de ses chansons,  mises en perspective par France Brel, recueil,  Fondation Jacques Brel, mars 2018, 342 pp, 9, 9 €.

Jacques Brel auteur, L’intégrale de ses textes commentés par France Brel,  beau livre ,Ed. Fondation Jacques Brel, mars 2018, 632 pp, 39.9 €

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04 mai 2018

Charles Darwin, Karl Marx & C°

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Demain marque le bicentenaire de la naissance de Karl Marx (1818-1883) , à Trèves (Allemagne), le 5 mai 1818.  Il est l'occasion de nous pencher sur le portrait que lui consacre le biologiste moléculaire,Louis de Thanhoffer de Völcsey,  d'examiner l'influence de Charles Darwin (1809-1882) sur la doctrine du marxisme et des scientifiques qui serviront,  de 1917 à 1991, l'idéologie soviétique.

S'il admire Charles Darwin  et est séduit par l'idée d'une Humanité dépourvue de concepteur,  Karl Marx n'intègre pas la notion de hasard - fondamentale dans la perspective darwinienne , ni le principe de la sélection naturelle des espèces.  Les biologistes qui serviront, à sa suite, le régime soviétique, devront évacuer tous les principes "mendelo-bourgeois"  au profit de théories matérialistes, parfois absurdes, qui entraîneront un retard grave de l'Union soviétique sur la scène scientifique du XXe siècle, l'isoleront des autres nations.

L'implication politique dans les découvertes génétiques, les "délires" professés par un certain Lysenko, protégé de Staline, incarnation de la visée prolétarienne,  n'auront de cesse que de mettre à mal la vision "bourgeoise" de Mendel et de Nicolaï Vavilov.

Clair, structuré, étayé de nombreuses études comparatives, l'essai se lit aisément, traduction alerte de données complexes.

Une lecture enrichissante.

Charles Darwin, Karl Marx & C°,  Louis de Thanhoffer de Völcsey, essai, Ed. Samsa, oct. 2017, 180 p

03 mai 2018

Vers la beauté

G01743 (1).jpg" Il est souvent possible d'anticiper la faiblesse. Certaines personnes s'effondrent, font ce que l'on appelle communément une dépression, et la plupart du temps nous ne sommes pas surpris. (...) Ce n'était pas le cas d'Antoine. Rien ne laissait présager un tel bouleversement dans sa vie. "

 Quelle mouche a piqué Antoine Duris?

 Professeur d'histoire de l'art aux Beaux- Arts de Lyon, fin, passionné, brillant pédagogue, le jeune homme largue son bel appartement, sa vie, pour "monter"  à Paris, briguer le poste de gardien au musée d'Orsay.

 Directrice des ressources humaine de la prestigieuse institution, Mathilde est pour le moins déconcertée par la requête de ce candidat singulier, à l'évidence, surqualifié; elle  procède néanmoins à son  recrutement : le  musée inaugure dans quelques jours  une grande rétrospective de l'oeuvre de Modigliani et a besoin de renfort à cette occasion. Cela tombe bien, Antoine - qui n'est pas le cousin de Romain Duris, quoiqu'il le prétende à l'occasion -  est éminent spécialiste de l'artiste.

C'est dire comme il en connaît un bout

C'est dire comme il va méditer des heures et des jours, placé face au portrait de Jeanne Hébuterne, engager avec la muse du célèbre artiste, un dialogue intérieur de grande intensité.

C'est dire comme il va agacer Fabien Frassieux, un guide prétentieux, quand il nuance publiquement le contenu de sa péroraison.

 Aidé de Mathilde et des questions sensées qui la taraudent et qu'elle pose à Antoine, le lecteur va peu à peu entrevoir la cause de la névrose qui submerge ce dernier,  le  sentiment de  défaite - amoureuse  -  mais aussi et avant tout de culpabilité qui lui enjoint de fuir les siens, sa vie antérieure, la simple joie d'exister.

 Il n'a désormais pas d'autre dessein que de passer inaperçu; sa rééducation sociale  est à ce prix.

 Tragédie de l'emprisonnement que provoque l'impossibilité d'exprimer une souffrance intérieure,  le roman  - qui comporte bien des similitudes avec la biographie que l'auteur consacrait à Charlotte Salomon ( Charlotte, roman, Ed. Gallimard, 2014)  - est aussi celui de la rédemption, terrain d'une subtile, percutante histoire d'amour.  Il renferme, ce me semble, une implication personnelle accrue de son auteur. Une quête de ce bout de tunnel qui pourrait bien être celle d'un funky noceur....

 Une quête émouvante - et réussie - de la beauté.

Je vous la conseille

 Apolline Elter

 Vers la beauté,  David Foenkinos, roman, Ed Gallimard, mars  2018,  222 pp

02 mai 2018

Razzia

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C'est un film d'auteur, un film à thèse ..  - Il n'est guère représenté que dans les salles "engagées"  ( les cinémas Vendôme, Caméo,... pour la Belgique)  - qui de l'Atlas à Casablanca, des années '80 à 2015,  révèle  les fractures de la société marocaine. Les scissions générationnelles, religieuses, raciales, sociales, sociétales, sexuelles, sexistes .. du Maroc urbain d'aujourd'hui sont servies sur un plateau (de tournage) d'un film introspectif de haute qualité. Un film saisissant qui, par la confrontation dense et violente de toutes les brisures,  nous invite à douter de la possibilité d'une marche constructive...

L'action du film débute... début des années 80, dans un village d'altitude de l'Atlas : Abdallah ( Amine Ennaji), instituteur passionné de transmission, inculque à ses élèves la vie, l'écoute des montagnes et de la nature. Contraint d'enseigner en arabe à des enfants qui ne pratiquent que le berbère, Abdallah quitte le village, en même temps qu'Yto, la femme dont il est épris.

On ne retrouve guère trace de lui, en ce Casablanca de 2015 qui voit se déchaîner toutes les fractures évoquées ci-dessus.

Jeune et belle femme, Salima ( Maryam Touzani) revendique l'émancipation féminine jusqu'à en être provocante; son compagnon  (Younes Bouab) ne l'entend pas de cette oreille qui brise ses élans, de façon d'autant plus insidieuse que larvée.  Gérant d'un restaurant prisé Joe ( Arieh Worthalter) subit de façon tout aussi subtile et latente les brimades liées à sa qualité juive.  Fille d'une riche libertine, l'adolescente Inès tâtonne pour se faire une place ainsi qu'une identité sexuelle, parmi la jeunesse huppée et décadente du "Tout-Casablanca" ; quant à Hakim  (Abdelilah Rachid) il emploie toute son énergie à devenir le Freddy Mercury du  Maroc, malgré la désapprobation patente de son père..

Un condensé de thématiques explosives  - qui ne failliront pas à leur vocation - pour un film de haute facture cinématographique et musicale, soutenu d'un jeu d'acteurs remarquable

Casablanca n'est guère filmée que par quelques intérieurs, révélant, si besoin est l'absence totale de vocation "touristique" du film..

Une autopsie sociétale dont le spectateur ne sort pas indemne

Apolline Elter

Razzia, un film franco-belgo-marocain de Nabil Ayouch. En salles (Belgique) depuis le 25 avril 

 

28 avril 2018

Claude Debussy

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 Ce n'est pas une biographie du célèbre compositeur mais l'hommage appuyé, solidement argumenté,  d'un  pianiste interprète, adepte de la première heure.

 " (...) j'ai essayé (...)de faire part (...) de l'opinion sensible du musicien interprète amoureux de Debussy que je suis depuis mon enfance." .

Entré en Debussysme à l'âge de 7 ans par le biais de son  professeur de piano - une vieille dame qui me vouvoyait " - et du "Petit berger", un extrait des Children's Corner   Philippe Cassard livre en un essai alerte, bref, envolé,  son analyse des oeuvres du compositeur,  les instructions du Maître mais aussi sa  propre façon de les interprêter ainsi que de nombreux indices biographiques permettant une meilleure compréhension de l'être complexe qu'était Debussy.

Ajoutons à cela des passerelles  lancées vers les autres formes d'art (peinture, littérature..)  et des comparaisons subtiles et étayées des émotions induites. Un chapitre est consacré à l'évolution graphologique de la signature de Debussy, tandis qu'un autre embrasse sa correspondance: 

 "  Pas un seul compositeur épistolier, et Dieu sait s'il y en a  de talentueux et de prolixes - Mozart,
Mendelssohn, Liszt, Chopin, Berlioz, Chabrier, Poulenc -,  n'a cette grâce de l'écriture, une seconde  nature chez Debussy, revanche éclatante ' sur une scolarité à peu près inexistante."

Nous ne pouvons qu'approuver ces propos

Et vous donner rendez-vous à la rentrée (d'automne) pour aborder le compositeur sous le prisme béni de sa correspondance.

Pour l'heure, nous vous proposons de déguster ce digne hommage à un "Homme musique" décédé voici cent ans, le 25 mars 1918.

Apolline Elter

Claude Debussy, Philippe Cassard, essai, Ed. Actes Sud, février 2018, 160 pp

26 avril 2018

Dans les pas d'Alexandra David-Néel

005377780 (1).jpgFins connaisseurs de l'oeuvre, des lettres et expéditions asiatiques de la célèbre exploratrice, Eric Faye et Christian Garcin ont pris le parti de confronter les lieux qu'elle a  parcourus, voici un siècle  - le plus souvent à pied et dans des conditions éprouvantes -  à leur réalité actuelle.  Ils nous livrent le récit de deux voyages, du Tibet au Yunnan ( sud-ouest de la Chine) , réalisés mi-2015 et mi-2017, ainsi que le compte rendu d'une visite, le 8 avril 2016,  à Samten Dzong, la fameuse "forteresse de méditation"  de Digne les Bains et d'un entretien tonique avec Marie-Madeleine Peyronnet,  très attachante gardienne du temple.

 " Lhassa, enfin! Lhassa s'est présenté à nous à la mi-journée, après des heures de descente lente vers des vallées de plus en plus vertes et de plus en plus peuplées de yaks sombres, de maisons blanches aux toits plats et de drapeaux de prières égrenés le long de cordes qui, tendues autour d'un axe, formaient des chapiteaux multicolores.

 Lhassa, enfin; (...)"

 Lhassa en ... train. Car aujourd'hui Lhassa est reliée à Pékin par une ligne ferroviaire,  traçant  la volonté du gouvernement chinois d'extraire le Tibet de son isolement. Si la situation présente quelque avantage, elle change par trop radicalement la physionomie de l'ancienne cité interdite, celle dont Alexandra David-Néel franchit les portes, en 1924, clandestine, déguisée en mendiante, accompagnée de son fidèle Aphur Yongden

 " Le Tibet est ce grenier du monde où l'on ne monte presque jamais, où dorment les secrets de famille dans des malles à souvenirs. "

 Traversé par le fantôme de l'exploratrice, le récit en  souligne les exploits à l'aune de conditions de voyage actuelles nettement plus confortables et sécurisées , ne fût-ce que sur le plan sanitaire. Une façon  élégante de rendre hommage à une future centenaire qui avait le coeur bien accroché. De rendre justice aussi à  Aphur Yongden, son compagnon de route, qu'elle adoptera et à Philippe Néel, son mari, confident épistolaire, aide logistique primordiale.

 " Néanmoins, le Tibet touche. On n'en revient pas indemne (...) "

 C'est tout le bien que je vous souhaite à la lecture de ce récit intègre.

 Apolline Elter

Dans les pas d'Alexandra David-Néel - Du Tibet au Yunnan

 Par Eric Faye et Christian Garcin, récit, Ed. Stock,  avril 2018, 320 pp

25 avril 2018

Indu Boy

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" Le Mahatma était solide et il est mort comme je m'en vais mourir, assassiné par les siens. Il m'a donné l'idée. Quoi de plus beau que de donner sa vie pour son pays? 

 Assassinée par ses gardes du corps sikhs,  Beant Singh et Satwant Singh,  le 31 octobre 1984,  Indira Gandhi savait le sort qui l'attendait, aurait accepté son destin si elle ne l'a aidé, se soustrayant de la sorte à la peur de rester en vie.

Telle est la thèse de ce portrait polyphonique alliant les déclarations intimes de la célèbre femme, Première Ministre de l'Inde et les observations de témoins extérieurs en ce compris, le narrateur.

Née en 1917, la fille unique  - et chérie -de Nehru, Premier ministre de l'Inde indépendante porte le nom de Gandhi en référence à son mari, Feroze Gandhi (et non au Mahatma) qui lui donne deux fils Rajiv et Sanjay.  Les époux divorcent discrètement car c'est avant tout l'Inde, celle des déshérités qu'Indu Boy a épousée.  De même qu'elle a aidé son pèr en son action, elle se fait conseiller de ses fils, Sanjay dans un premier temps, et Rajiv, son aîné, après la mort accidentelle de Sanjay.

Dotée d'un tempérament fort  Indira est parfois comparée à Jeanne d'Arc. Celle qui fut un temps " la femme la plus puissante du monde, la déesse guerrière que la terre entière admirait "  essuie, à la suite de son père, les désastres de la division des INdes britanniques en trois factions ennemies, les bains de sang induits, les  violences de l'opposition, les affres de la prison, de  la démission (mars 1977) . C'est une femme usée, non remise du décès de Sanjay, dans un accident d'avion qui se présente à ses gardes, en ce dernier jour d'octobre 1984

Apolline Elter

Indu Boy, Catherine Clément, roman, Ed. Seuil, mars 2018, 208 pp

 

21 avril 2018

A.... Bicyclettres

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Le vélo n'attend pas le nombre des années, affirmait,  de Corneille,  le Rodrigue.

Cette maxime, Jean-Acier Danès l'a faite sienne, qui à 18 ans, enfourche "Causette", sa bicyclette, pour un Tour de France - et même au-delà puisqu'il se rend à Barcelone - et d'hommage aux écrivains qui ont marqué ses dix-huit premières années d'existence. 

"En changeant de braquet entre les livres et les siestes, là où la fatigue couchait mes peines et mes rires, j'ai commencé à parcourir le pays à travers la littérature. J'ai appris à aimer les errances dans une France pleine de courbes et parfois capricieuse, une France vide et coupée par l'horizon, une France qui gigote et se passionne. J'y ai usé mes gommes, pneus, crayons et rayons, dans ce vieil hexagone regorgeant de personnages qui font de tout voyageur un sourcier, guidé par les surprises. Après bien des périples, ce que je ne pouvais imaginer à mon retour de Sète s'écrit désormais sur ces pages."

Et le jeune écrivain- car c'en est déjà  un - de consigner deux ans plus tard, le fruit de cette expérience peu commune, qui conjugue ses  passions sportive et littéraire en un feu d'artifice verbal impressionnant d'élégance, d'envergure et de maturité. Au départ de Lyon, il nous emmène à la rencontre des Rousseau, Proust, Yourcenar, Baudelaire, Vialatte, Camus, Valéry, Hugo, Claudel, Stendhal,  ...  répercutant les effets physiques, sensoriels, philosophiques, existentiels, ... de ses énergiques coups de pédale.

" Un soir de printemps, donc, l'évidence m'est apparue: la littérature et l'exploration cycliste devenaient prétexte l'un à l'autre. Je lisais pour rouler et je roulais pour écrire."

Je ne peux que souscrire à cette assertion, moi qui ai lu ce prodigieux récit, fenêtre ouverte, du haut de mon vélo d'appartement...

Une lecture recommandée

Apolline Elter

Bicyclettres, Jean-Acier Danès, récit, Ed. du Seuil, janvier 2018, 220  pp

A.... Bicyclettres

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Le vélo n'attend pas le nombre des années, affirmait,  de Corneille,  le Rodrigue.

Cette maxime, Jean-Acier Danès l'a faite sienne, qui à 18 ans, enfourche "Causette", sa bicyclette, pour un Tour de France - et même au-delà puisqu'il se rend à Barcelone - et d'hommage aux écrivains qui ont marqué ses dix-huit premières années d'existence. 

"En changeant de braquet entre les livres et les siestes, là où la fatigue couchait mes peines et mes rires, j'ai commencé à parcourir le pays à travers la littérature. J'ai appris à aimer les errances dans une France pleine de courbes et parfois capricieuse, une France vide et coupée par l'horizon, une France qui gigote et se passionne. J'y ai usé mes gommes, pneus, crayons et rayons, dans ce vieil hexagone regorgeant de personnages qui font de tout voyageur un sourcier, guidé par les surprises. Après bien des périples, ce que je ne pouvais imaginer à mon retour de Sète s'écrit désormais sur ces pages."

Et le jeune écrivain- car c'en est déjà  un - de consigner deux ans plus tard, le fruit de cette expérience peu commune, qui conjugue ses  passions sportive et littéraire en un feu d'artifice verbal impressionnant d'élégance, d'envergure et de maturité. Au départ de Lyon, il nous emmène à la rencontre des Rousseau, Proust, Yourcenar, Baudelaire, Vialatte, Camus, Valéry, Hugo, Claudel, Stendhal,  ...  répercutant les effets physiques, sensoriels, philosophiques, existentiels, ... de ses énergiques coups de pédale.

" Un soir de printemps, donc, l'évidence m'est apparue: la littérature et l'exploration cycliste devenaient prétexte l'un à l'autre. Je lisais pour rouler et je roulais pour écrire."

Je ne peux que souscrire à cette assertion, moi qui ai lu ce prodigieux récit, fenêtre ouverte, du haut de mon vélo d'appartement...

Une lecture recommandée

Apolline Elter

Bicyclettres, Jean-Acier Danès, récit, Ed. du Seuil, janvier 2018, 220  pp

19 avril 2018

Sentinelle de la pluie

Rosnay.jpgLa famille Malegarde a réservé l'hôtel Pompidou, à Paris, pour une réunion de famille fixée de longue date.  Il s'agit de fêter, de concert, les 70 printemps de Paul, arboriste de réputation internationale et ses 40 ans de mariage avec Lauren.

Le couple franco-américain vit à Vénozan, en cette Drôme si chère à l'écrivain.

Dépêché de New York, Linden - remarquez en passant que son nom désigne un tilleul  - photographe,  n'a jamais osé révéler à son père son homosexualité ni, de ce fait, l'amour qu'il vit auprès de Sacha... De son côté, Tilia, la soeur aînée, se remet mal des séquelles d'un grave accident de la route, qui a coûté la vie à ses amies, au retour d'une soirée festive. Colin, son deuxième mari, est alcoolique.

Seule Mistral, sa fille de 18 ans, apporte en sa vie, un souffle bienfaisant.

Plombée de ces non-dits - il en est d'autres encore...-  la réunion de famille se déroule dans un climat météorologique menaçant: gorgée de pluie, la Seine monte et menace la crue. A cette tension dramatique se grève l'AVC qui saisit Paul en plein repas d'anniversaire...

Et les chapitres de s'enchaîner, d'un rythme maîtrisé, introduits et ponctués en italiques, du spectre de Suzanne, de son cadavre et d'un secret peut-être terrifiant.

Apolline  Elter

Sentinelle de la pluie, Tatiana de Rosnay, roman traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, Ed Héloïse d'Ormesson, mars 2018, 368 pp

 

18 avril 2018

7 jours pas plus

227x227bb.jpg Merveilleuses et tendres performances d'acteurs pour Alexandra Lamy et Benoît Poelvoorde que cette sorite du strict  registre comique- rassurez-vous, Alexandra conserve toute sa pétillance -  pour une incursion dans celui d'amoureuse brimée pour la première,  de rustre,  frustre, bougon, pour le  second,  frêle rempart d'une hypersensibilité mal dominée.

 Célibataire  au mode de vie gris, réglé, monotone,  Pierre (Benoît Poelvoorde)  a repris la quincaillerie de son père, décédé inopinément lorsque le jeune homme avait 19 ans. Orphelin d'une ravissante maman - morte quand il avait huit ans - notre quinquagénaire entretient, dévotement,  le culte de cet amour perdu.  Il reste dès lors peu de place dans sa vie pour l'amour que lui porte Jeanne ( Alexandra Lamy) , une Normande nantie d'une vache laitière...

 On imagine les affres de conscience que subit notre homme quand surgit dans sa vie,  Ajit ( Pito Bash) un immigré indien, limité au seul parler bengali (une  des huit cents langues pratiquées en Inde, nous est-il affirmé...). La communication ne va pas être aisée, vous vous en doutez, non plus qu'une cohabitation dans l'antre maniaco-investi de notre vieux garçon...   Pierre se résout à héberger son hôte inopiné,  7 jours pas plus

 Subtile vitrine de l'accueil ..."réservé" , quand il n'est franchement dégradant, que nous portons aux immigrés,  le film d'Hector Cabello Reyes reflète et réfléchit une image utile de notre société

A méditer

 Un DVD recommandé

 Apolline Elter

 7 jours pas plus, un film d'Hector Cabello Reyes, comédie,  DVD, M6, 2017, durée: 1h28 min.

 

12 avril 2018

La punition

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Parce qu'il a participé à une manifestation pacifique, le 25 mars 1965, le jeune étudiant en philosophie qu'est Tahar Ben Jelloun est envoyé en un camp de redressement organisé par les sbires du Général Oufkir.  La descente aux enfers est dantesque, les conditions de détention relèvent de celles des récents camps de concentration.

Réduit à son matricule 10.366,  soumis à des séances d'humiliations, de punitions collectives,  travaux forcés  et l'ingestion de nourriture avarié, le jeune homme trouve  dans la poésie rimbaldienne quelques forces de survie ainsi que dans la lecture décontenancée d'Ulysse de James Joyce.

De dix-neuf mois arrachés à ses vingt ans et à son entourage familial , l'écrivain ne peut parler que maintenant: il a attendu quelque cinquante années pour mettre des mots sur l'absurde "punition" subie. Elle lui vaut chronique insomnie.

Un témoignage sobre, dense, édifiant.

La punition,  Tahar Ben Jelloun, récit, Ed. Gallimard, février 2018, 160 pp

07 avril 2018

Mârouf, savetier du Caire

 

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C'est le 5 mai 1914 que se produit la Première de l'opéra comique, Mârouf savetier du Caire, sur une musique d'Henri Rabaud, un livret de Lucien Népoty.

La Grande Guerre éclate dans trois mois, mais cela, le public l'ignore, qui savoure cette "turquerie", tout droit inspirée des Contes des Mille et Une nuits

Vous voulez mon avis? 

L'argument me paraît simpliste et désuet: je vous invite à le découvrir sur les sites appropriés.

La mélodie ne tient (plus) la route réduisant le spectacle à un plaisir essentiellement visuel et une débauche de costumes haute en couleurs; le texte n'atteint pas des sommets - à mon humble et perso avis -  à part quelques formules jaillies çà et là  dont je vous restitue la plus épatante  avec gourmandise. On ne sait jamais, ça peut toujours servir....

A savoir:

" Je suis l'indigne agenouillé de votre perfection"

 

Avouez que cela vous pose un savetier.

Rendes-vous demain, à 17 h,  pour notre High Tea dominical et l'infusion de deux formules prêtes à l'emploi...

A Elter 

05 avril 2018

Jolie libraire dans la lumière

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  Le récit qu'elle a entamé en début de journée la bouleverse. Elle retrouve, dans les phrases de l'auteur, sa propre histoire, avec une précision diabolique, comme si, par un tour de magie, cet homme qu'elle ne connaît pas avait eu accès à ses secrets. La femme qu'il décrit dans son livre lui ressemble tellement! Et les événements que
l'héroïne traverse lui rappellent son passé, ce jour où elle-même a fait la connaissance d'un voyageur
attentif qui l'a prise par la main à un instant où sa vie tremblait.

"Elle", c'est Maryline,  la jolie libraire; elle a 34 ans, un fils de 17 ans et un "jardin de livres "créé à son image. Un inconnu la découvre, à travers la vitre, baignée de lumière et d'émotion de lecture. Il acquiert l'ouvrage, désireux de percer le secret de son saisissement.

De fait, voir un épisode - dramatique - de sa vie consigné par un auteur inconnu a de quoi surprendre.

Notre jolie libraire décide d'organiser une rencontre publique avec l'écrivain aux fins de le rencontrer...

Je vous invite à profiter de la lumière pascale pour savourer, sans temps compter, ce roman qui rend hommage au fil enchanteur et magique qui lie - parfois - les écrivains à leurs lecteurs.


Jolie libraire dans la lumière,
 Frank Andriat, roman, Ed. Desclée de Brouwer, septembre 2015, 146 pp

29 mars 2018

Mal de mère

Bussiere2-C-web.jpg"Mais, ce matin-là, ce matin de juin, je n'ai pas pris le chemin du bureau. J'ai marché, poussée par cette force irrésistible, celle que je sentais depuis quelques jours. Mes mouvements m'étaient imposés. J'ai acheté un chapeau de plage et des lunettes de soleil. À la manière d'un automate,je me suis rendue à l'arrêt du bus de la côte, celui qui va jusqu'à Jacksonville. J'y ai attendu. La force me soufflait des injonctions. Quitter le district. Remonter vers le Nord. Sans doute parce qu'au Sud il y a la mer. Partir. Aller loin. Peut-être jusqu'au terminus pour voir ce qu'il y a de l'autre côté. Tout quitter. Que ça s'arrête. "

Comment comprendre l'inexplicable? Comment comprendre le coup de folie d'Elisabeth Jones, un matin de juin 1975, qui lui fait tout quitter, Illiana, sa fille d'un an, Alvaro Fuentes, son mari cubain,  sans crier gare ni laisser de traces. Déclarée officiellement décédée, Elisabeth revient dans la vie de sa fille, vingt ans après les faits, sous la forme d'un carnet,  sorte de longue lettre de justification, qu'elle lui envoie, à Miami:

« Ma chérie », comment ose-t-eIIe? Je hurle.J'explose! Un carnet qui m'est envoyé sans explications par courrier vingt ans après sa disparition! Tu parles d'un cadeau! Trop tard, devrais-je dire! Des mots, des lignes crachées dans un carnet pour composer un recueil de lettres qu'elle ne m'a jamais envoyées." 

Ne vaut-il pas mieux continuer à croire au décès tragique de sa mère que d'essayer de comprendre son attitude insensée. De découvrir qu'elle a refait sa vie.

Voilà tout l'enjeu de ce roman subtil, dense, fort, dont je vous recommande la lecture.

Apolline Elter

Mal de mère, Elise Bussière, roman, Ed. Mols, mars 2018, 128 pp

28 mars 2018

Mon nom est Otto Gross

9782226402103-j.jpgComment échapper au carcan de son époque sans être taxé de fou? 

C'est mission quasiment impossible: le docteur Otto Gross (1877-1920) , psychanalyste, neurologue, disciple, un temps, de Freud, intime, un autre temps, de  Jung, paiera de séjours en asiles d'aliénés ses visions "anarchistes" de la société alliées à une consommation de stupéfiants.

Brimé d'un père omnipotent, le criminaliste autrichien Hans Gross,  le jeune homme va tenter, sa vie durant, de conquérir un espace de liberté, exprimant des visions avant-gardistes, tant en matière de sexualité, d'érotisme, qu'alimentaires - il est végétarien -  sociétales -  la colonie suisse Monte Verità annonce le mouvement hippie - féministes,  culturelles - il influence le dadaïsme berlinois - qu'éthiques: aidant Lotte Hatemmer et Sophie Benz à se suicider, Otto Gross  prône déjà une certaine forme d'euthanasie.

Face à cet être explosif, impossible à résumer, Marie-Laure de Cazotte a choisi d'en tracer le portrait intime, saisi  de l'intérieur, enrobant les faits biographiques avérés de sa compréhension fascinée de l'âme d'Otto Gross . Car c'est bien d'âme qu'il s'agit pour un être qui a passé sa vie, à pénétrer celle des autres. Ce faisant, la lauréate du Prix Horizon 2016 ( A l'ombre des vainqueurs, Ed. Albin Michel, 2014- billet de faveur en vitrine du blog) réhabilite le génie d'un homme souvent réduit à son image d'anarchiste et de toxicomane.

Une lecture..fascinante

Mon nom est Otto Gross, Marie-Laure de Cazotte, roman, Ed Albin Michel, mars 2018, 348 pp

24 mars 2018

Debussy

 

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   Ce samedi célèbre le centenaire du décès du célèbre compositeur .

   Et signe pour nous l'occasion d'évoquer la biographie qu'Ariane Charton lui consacre.

   Généreusement étayé d'extraits de correspondance - faut-il le rappeler,  Achille-Claude Debussy était un prolixe et fin épistolier -  et du célèbre essai Monsieur Croche, le récit nous mène au coeur de l'intime, du travail laborieux, méticuleux et musicalement révolutionnaire du compositeur.

   Chroniquement désargenté, épris de femmes mais surtout de l'Amour, le musicien rebelle doit à la générosité de nombreux mécènes - dès lors amis - de pouvoir travailler son art, sa vocation.  S'il a toujours besoin d'un confident, il n'hésite pas à en changer, à se brouiller...

  Quelques missives sont des modèles dans l'art de quémander, de se faire pardonner. Nous reviendrons sur le sujet.

  Pour l'heure, recueillons-nous sur un parcours de vie, interrompue par un cancer, le 25 mars 1918, tandis que la Grande Guerre  explosait encore le nombre des victimes de sa barbarie

  A. Elter

Debussy, par Ariane Charton, biographie, Ed. Gallimard/ Folio biographie, inédit, avril 2012, 340 pp 

17 mars 2018

L'amour après

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" J'ai ouvert une vieille valise à laquelle je n'avais pas touché depuis plus de cinquante ans. Je l'avais bouclée en déménageant ici rue des Saints-Pères avec Joris, en me promettant sûrement de faire le tri, ce que je n'ai jamais fait. " 

Frappée d'une brusque cécité,  puis de la récupération d'une - faible - partie de sa vision, l'époustouflante nonagénaire ouvre la valise de son passé.  Un passé marqué, à quinze ans,  par sa déportation aux camps d'Auschwitz-Birkenau, Bergen-Belsen et Theresienstadt,  d'où elle sera libérée le 10 mai 1945. 

Nous avions découvert, avec émotion, la lettre qu'elle adressait à son père, Et tu n'es pas revenu,  déjà aidée,  en sa relation  des faits, par la merveilleuse Judith Perrignon (Ed Grasset, 2015 - voir chronique sur ce blog) qui n'ayant " pris que ses mots a permis à [ses] amis de [la] retrouver" s'émerveille Marceline Loridan-Ivens, lors d'une interview radiophonique diffusée le 10 février passé (nous n'avons pas noté la chaîne ni le nom de son interlocuteur et le prions de nous en excuser) 

L'amie de Simone Veil - elle fit  partie du même convoi - visite à notre intention cette valise d'Amour, y découvrant lettres et  quelques pans de son passé qu'elle avait totalement oubliés.

 " C'est là que surgit l'amour, puisqu'il faut bien qu'on en parle, là que commence le ballet des hommes qui a chassé le nom de mon père de mon état civil"

Née Rozenberg, le 19 mars 1928, Marceline cherche -sans doute - dans le regard des hommes qu'elle côtoie, à son retour des camps, 'la certitude d'être vivante".  Elle épouse "très vite, trop vite"  Francis Loridan, un ingénieur de (re) constructions  mais ce mariage d'huile et de feu se réduit à une relation à dominante épistolaire - on songe à celui d'Alexandra David-Néel - dont elle garde le patronyme avant de rencontrer l'homme de sa vie, Joris Ivens, de 30 ans son aîné, celui avec qui "tout s'est mis en place naturellement."

Réduite à un simple matricule par la cruauté nazie et les dégradations corollaires, la jeune fille en conserve un rapport  perverti à son corps, à la sexualité, à l'amour.  Il la  sépare irrémédiablement de ceux qui n'ont pas vécu cette expérience.Elle ne trouvera jamais la paix car elle aura "toujours un camp dans sa tête" (ITW 10 février) 

Soucieuse que son récit perdure au-delà de sa vie, en un monde qui n'a fait que semblant de tirer les leçons de l'holocaute, Marceline Loridan-Ivens nous offre un témoignage inestimable, frappé de sobriété, de phrases courtes, de sentences fortes, percutantes.

Une sur-vie riche de vérité, de transmission, d'émotion.

Une lecture absolument recommandée

Apolline Elter 

L'amour après, Marceline Loridan-Ivens, avec Judith Perrignon, récit, Ed. Grasset, janvier 2018, 160 p

16 mars 2018

Mary Cassat - Une impressionniste américaine à Paris

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 Une exposition de ravissante, passionnante facture traversera le printemps - attendu -  et les salles du musée Jacquemart- André (Paris VIII) , du 9 mars au 23 juillet prochains, à savoir Mary Cassatt - Une impressionniste américaine à Paris.

Elle est soutenue de l'édition d'un catalogue - beau livre illustré, en tous points remarquable. Il nous permet d'intégrer la visite dans l'effervescence artistique, mais aussi l'atmosphère de l'époque

Née en Pennsylvanie d'une famille aisée,  d'origine française huguenote, Mary Cassatt (1844-1926)  conquiert rapidement son indépendance en assouvissant, à Paris,  l'appel de sa vocation artistique. Refusée d'inscription aux Beaux-Arts  - elle cumule le double handicap d'être femme et de surcroît étrangère -  Mary suit les cours de Jean Léon Gérôme (1824-1904) .  Sa technique (bien) acquise est de facture réaliste et ses oeuvres se voient acceptées aux "Salons" de 1872 à 1876. Le refus de deux de ses toiles  à l'édition 1877 du Salon la fera virer de cap et intégrer, à l'invitation de Degas, son ami, le groupe des impressionnistes

 Datée de 1877-78, la " Petite fille dans un fauteuil bleu" consacre l'entrée de Mary Cassatt dans la mouvance impressionniste ainsi que le symbole de l'exposition.

 Mary reste attachée à sa famille et à sa soeur Lydia qu'elle représente dans la sublime "Tasse de thé".

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  Un attachement qui lui vaudra de nombreux portraits familiaux, saisis avec naturel et tendresse et une conversion progressive - entre 1881 et 1891 - en peintre de " La madone moderne" . Mary représente alors la relation maternelle dans toute sa sensualité, captant cette fusion corporelle à laquelle elle n'a pas goûté, restée célibataire et sans enfants

1881 consacre également sa rencontre et le début d'une amitié durable avec le marchand d'art Paul Durand-Ruel;  

Mais Mary ne se cantonne à cette simple veine "familiale"  d'inspiration. Elle aime relever les défis et intègre à son art, la simplification des lignes et le faciès des estampes japonaises. 

 Fusains, pointes sèches,  pastels, aquarelles, gravures (vernis mou) ... accompagnent l'exposition des huiles , révélant les faces multiples d'une  Elisabeth Vigée-Lebrun, à la mode Belle époque.

Je vous en recommande la visite, ainsi que la découverte du catalogue

Apolline Elter

Mary Cassatt - Une impressionniste américaine à Paris,  Nancy Mowll Mathews (dir), Flavie Durand-Ruel Mouraux et Pierre Curie,  beau livre publié à l'occasion de l'exposition, Co-édition, Musée Jacquemart- André, Institut de France, Culturespaces et Fonds Mercator, mars 2018, 180 pp, 

Exposition: du 9 mars au 23 juillet 2018 - Musée Jacquemart-André,  158 Bd Haussmann - 75.008 Paris

Toutes précisions sur le site : http://www.musee-jacquemart-andre.com/ 

15 mars 2018

Les Salons littéraires - De l'hôtel de Rambouillet..sans prétention

.salons littéraires.jpgFocalisé sur la célèbre "chambre bleue", entendez le salon de l'hôtel Rambouillet, au sein duquel la marquise Catherine de Vivonne tint quarante années durant - la première moitié du XVIIe siècle - le plus célèbre salon littéraire de la Capitale, l'essai entend quelque peu démythifier la gloire qui lui est accrochée.

Nous avons cherché à en contester la vision traditionnelle, accréditée dans l'opinion et amplifiée par l'attitude laudative, trop souvent adoptée. Notre analyse de l'univers de la Marquise s'est efforcée
de rétablir les proportions plus modérées de la question et de parler des amis du cercle en termes propres, afin de définir leur vraie identité et de déterminer ainsi le noyau psychologique du salon où ils se jetèrent à corps perdu. De lui rendre le privilège d'être ce qu'il fut. Pour ce faire, il a fallu déchirer la légende et
renverser quelques statues.

 Cénacle littéraire aux membres triés sur le volet - Chapelain, Voiture, Bossuet, Guez de Balzac,  Madeleine de Scudéry, notre chère marquise de Sévigné, ...-  le salon fut l'antre de réunions précieusement codées, conviviales - il s'agissait de se "désennuyer " , danser, jouer, se déguiser, organiser farces, surprises et cadeaux (dans le sens premier de collations champêtres) ...- de  joutes discursives et de querelles célèbres, telle la "Querelle des Supposés" et celle du Cid.  Il se prolongeait d'échanges épistolaires, dûment répertoriés, qui nous renseignent parfois sur la véritable atmosphère des réunions, au gré d'indiscrétions, de distractions au code de la préciosité, savamment distillées.

De santé précaire, la marquise recevait ses hôtes, en position allongée.  Initié vers 1608, le salon ne survécut pas à la Fronde (1648-1653) qui vit sa compagnie exploser.

Assumant son parti-pris iconoclaste, l'essai offre un regard neuf sur un Salon des plus mythique

A Elter

Les Salons littéraires, De l'hôtel de Rambouillet..sans précaution, Barbara Krakewska, essai, Ed. Jourdan, janvier 2018, 366 pp 

14 mars 2018

Les Rêveurs

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 Notre vie ressemblait à un rêve étrange et flou

 C’est un premier roman,  largement nourri de l’enfance, de la vie d’Isabelle Carré.  Dans une interview accordée à Léa Salamé, la comédienne justifie la forme romanesque  prêtée aux faits par une « redistribution des cartes à sa façon. »

Née du couple hybride d’une mère d’origine aristocrate et d’un père issu d’une famille de cheminots, la narratrice se replonge dans la « famille bordélique » qui a construit son enfance,  dans les parfum et atmosphère propres aux années ’70, avec le prisme d’incompréhension qui fut sien face à l’inexorable naufrage du couple parental et la découverte de l’homosexualité paternelle.

 « Qu’est-ce qui cloche ? Qu’est-ce qui a tout fait déraper ? Ils n’ont pas toujours été si fragiles. Leur monde n’a pas pu chavirer comme ça, du jour au lendemain, sans signe avant-coureur. »

 Et l’actrice, consciente de l’image lisse,  « discrète et lumineuse »  qu’elle arbore, d’ouvrir une fenêtre sur ses angoisses, questions, fragilités qui l’ont conduite, adolescente, à une profonde crise existentielle.

«  Je suis le fruit d’un malentendu »

Le théâtre, le cinéma lui rendent goût à la vie, qui lui permettent d’en endosser cent, de revisiter d’une démarche mure et cathartique, ses nombreux carnets de notes et de les partager avec le lecteur.

Un premier roman sensible et généreux.

Les Rêveurs, Isabelle Carré, roman, Ed. Grasset,  janvier 2018, 304 p