24 juin 2017

Votre commande a bien été expédiée

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"Le 6 janvier 2014, Eugène passe commande d'une cocotte lrone, fonte émaillée intérieur et extérieur, couleur rouge, vingt-huit centimètres, utilisable sur tous feux dont induction et au four, répartition homogène et progressive de la chaleur, lavable au lave-vaisselle,garantie à vie.

Il exerce alors le métier de comptable depuis plus de dix-neuf ans."

  Ains'Incipit le roman savoureux de Nathalie Peyrebonne, tout frais paru en ce joyeux premier mois de l'été.

D'emblée, la commande d'Eugène Benengeli  revêt une  portée dramatique qui préfigure une séquence d'événements aussi loufoques que distrayants. Car vous vous en doutez, l'envoi ne se réalisera pas telle  une lettre à la poste...

S'ensuivent une série d'échanges de mails entre Eugène, inquiet de la non-réception de son colis et Lucia, consciencieuse conseillère-clientèle auprès de la firme de commercialisation desdites cocottes .

On peut comprendre notre infortuné comptable : "L'absence de cet objet dont il s'est jusqu'alors parfaitement bien passé l'irrite un peu plus chaque jour."

Et l'on ne peut que se réjouir de la tournure épistolaire que prend alors le roman. Des échanges à ce points réussis, adaptés, que les scripteurs décident de se voir - à Biarritz, où vit Eugène - passant de la sympathie virtuelle à la rencontre incarnée.. Elle est belle, la vie..

Plus belle, à coup sûr, que celle décrite dans cette émission de télé-réalité, version seniors, qui investit, par épisodes, la toile du roman.

Et la cocotte, me demanderez-vous, est-elle arrivée à bon port? 

Je ne vous réponds pas... me contentant d'affirmer : " Votre commande a bien été expédiée"

A Elter

Votre commande a bien été expédiée, Nathalie Peyrebonne, roman, Ed Albin Michel, juin 2017, 222 pp

 

22 juin 2017

Romain Gary s'en va-t-en guerre

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 Son père demeure une intrigue. Le garçon n'arrive pas à le voir comme celui que Nina lui décrit, un être ignoble, un lâche dont les valeurs morales ont été corrompues par la concupiscence et la luxure.
Roman reste persuadé qu'un jour, ayant soudain mesuré la gravité des faits qui lui sont reprochés, l'homme se reprendra, réintégrera le domicile familial pour retrouver la place qui est la sienne. Le fils a foi en son père. Il nourrit l'espoir de revivre à ses côtés les splendeurs du temps d'avant."

S'il est lié à sa mère, Nina,  par une relation fusionnelle que ses biographes ne manquent  de souligner, Roman Kacev, as Romain Gary ( 1914-1980) as aussi Emile Ajar, ... notamment .. n'était pas le fils de cet acteur célèbre qu'il s'est inventé. Arieh, son père, était fourreur - Roman pense, un temps, lui succéder en son métier - mais surtout, il a déserté le foyer conjugal pour refaire sa vie avec une autre femme.

A l'heure où il dit adieu à son propre  père, le romancier Laurent Seksik nous plonge dans le  milieu de années '20 et ce ghetto de Wilno ( Vilnius en Lituanie) dont Nina tente de s'extraire pour emmener son fils à Paris, ville de tous les espoirs.

Sa mère répétait qu'à Paris on ouvrait sa porte aux étrangers, on partageait le pain et l'eau; on vous disait français à peine aviez-vous entonné La Marseillaise, ou si vous récitiez un seul vers de Victor Hugo – il connaissait par cœur six poèmes des Feuilles d'automne. À Berlin, affirmait Nina, on avait compté un grand ministre juif du nom de Rathenau.
L'homme était mort assassiné. Roman, lui, saurait vendre cher sa peau.

ô mythes, qui nous tenez..

A Elter

Romain Gary s'en va-t-en guerre, Laurent Seksik, roman, Ed. Flammarion, janvier 2017, 230 pp

14 juin 2017

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle

Le château de Grignan (Drôme) est le siège d'une exposition d'envergure,  re-mar-quable, si j'en juge par le catalogue qu'il m'en a été donné de lire.

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Il va sans dire que j'y cours, j'y vole dès juillet et vous en fais rapport

Inaugurée le 23 mai dernier, l'exposition couvre l'été et le début de l'automne,  jusqu'au 22 octobre; elle attend quelque 50.000 visiteurs.

Pour l'heure penchons-nous sur les passionnants  portraits multi-faces de L'Epistolière, rédigés par un comité scientifique de haut vol.

De sa ville natale - et essentielle - de Paris, où elle naît, le 5 février 1626 et occupe onze résidences toutes situées dans le quartier du Marais - dont le célèbre Hôtel Carnavalet -  au château de Grignan,  où elle séjourne à trois reprises - pour une durée cumulée de quatre années - auprès de sa fille Françoise, de son gendre, François, comte de Grignan, la pétillante marquise a également séjourné à seize reprises au château breton des Rochers, fief des Sévigné.

Ces différents séjours sont prétextes à une correspondance abondante, vive et spirituelle, dont la plus connue est celle qu'elle adresse à sa fille,  dont elle se voit séparée, le 4 février 1671; jeune mariée, fraîche accouchée, Françoise rejoint son mari en Provence, au grand dam de sa possessive maman.

C'est à Grignan que Marie de Sévigné  décède, le 17 avril 1696, au cours de son troisième séjour. Elle était venue pour soigner  Françoise-Marguerite; ne résiste aux perfides froids et attache, à son corps défendant,  son nom au superbe château des Adhémar, rejetant de la sorte, une nouvelle fois, sa fille  dans l'ombre de sa postérité.

L'évolution de cette  "femme d'esprit", les aléas de sa vie - elle perd jeune son mari - , les usages de son temps, le cercle de ses famille et amis,  le mythe qui suit son décès et la publication souvent remaniée de sa correspondance font l'objet de chapitres thématiques passionnants - et je pèse mes mots - nourris des sciences et publications de Jacqueline Duchêne, Christian Trézin,  David Brouzet, Cécile Lignereux, pour ne  nommer qu'eux..

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle -  collectif - beau livre illustré - catalogue de l'exposition du château de Grignan ( du 25 mai au 22 octobre 2017) , Co-édition  Ed. Libel - Département de la Drôme, Mai 2017,  140 pp, 22 €

10 juin 2017

Robinson

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Mon Robinson sans mot, sans surprise et sans fard, Sans sermon, sans surmoi, sans projet d'avenir, Sans bouteille à la mort au secours du hasard

Adressé à son fils "oui-autiste", un poème  beau, mélodieux  ouvre ce récit, témoignage d'une relation père-fils hors du commun.

Laurent est docteur  en Langues et Littératures romanes 

Il  enseigne la littérature française à l'Université de Liège, en Belgique. Barthes, la langue, les signifiants, les signifiés, il connaît ...

Il est poète, aussi.

Il est surtout le père de trois enfants, dont le cadet, âgé aujourd'hui d'une quinzaine d'années est "oui-autiste", absolument rétif à notre langage, isolé des pratiques de notre société,  vulnérable face à ses innombrables dangers. Aussi, quand il en a la garde, le père se consacre-t-il entièrement à son fils, son "bébé de Damoclès".  Ce qui exige une vigilance de chaque instant, mais aussi une appréhension neuve et vivifiante de la réalité:

Comme si, en compagnie de Robinson, je sortais un oeil hors de mes pensées pour entrer plus avant dans la réalité du monde. "

 Car c'est bien cela, le coeur, l'âme de ce témoignage sublime: observant ce fiston de 10 ans - à la date du récit - par le double prisme du père aimant et de l'entomologue, Laurent Demoulin tente, par tous les moyens, et surtout sans établir de hiérarchie ni de jugement, de créer une passerelle de communication entre deux univers radicalement incompatibles. Ce faisant,  il ose le paradoxe, n'hésite pas à remettre en question nos propres modes de fonctionnement, notre rapport à la vie.

Les  péripéties se succèdent sous formes de chapitres  thématiques, tantôt courts, vifs, emportés, tantôt plus détaillés, qui décrivent le quotidien semé d'embûches - les écueils des courses au supermarché, d'une virée à la piscine, ... tant d'épisodes tragi-comiques  -  de ce couple père-fils et de la sorte de huis-clos que la société leur impose.

Un humour manié d'autodérision et d'une très belle plume parcourt cette séquence de péripéties, qui ouvre large, primordial pan à la scatologie, ses effets, ses fantasmes, dotant l'éternel duo Eros-Thanatos d'un partenaire excrémentiel assez inédit.

Une lecture de toute puissante facture

Je vous la recommande vivement

Apolline Elter

 Robinson, Laurent Demoulin, récit, Ed. Gallimard, oct. 2016, 240 pp

 

Billet de ferveur

AE :  La communication est au cœur de ce récit.  Les « non-autistes » que nous pensons être sont, en somme, les autistes des « oui-autistes » ?

Laurent Demoulin : Jolie formule ! Oui, en un sens, on pourrait dire cela : les uns sont mystérieux et difficiles à comprendre pour les autres, dans les deux sens. Mais il me semble surtout qu’aucune forntière ne sépare nettement les  oui-autistes et les non-autistes : il s’agit d’un continuum tout au long duquel se rencontrent autant de cas que d’individus. Sur cette chaîne infinie, tous les chaînons sont des intermédiaires entre les deux extrémités.

 

 

08 juin 2017

Et si tu n'existais pas

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Si le titre du récit évoque la célèbre chanson de Joe Dassin, le contenu en est plus âpre. Il révèle l'arrachement de Claire à  Yaya, sa Nounou, l'impossible attachement à sa Maman.

Terrassée et rendue sourde par une crise d'éclampsie à la naissance de Claire,  le 8 octobre 1937, sa mère confie l'enfant à Yaya, une nourrice qui l'emmène dans la Creuse. Elle n'en vient la rechercher que quelques années plus tard, au mitan de la guerre.

Découvrant sa famille - pétainiste -  et l'appartement cossu du  Boulevard de Courcelles, l'enfant de 6 ans s'y sent d'emblée étrangère.  Face à cette mère, qui sans doute lui en veut inconsciemment de son infirmité, tout en essayant de lui donner de l'affection,  Claire Gallois va développer un mécanisme de défense, largement nourri d'indifférence.

"Face à elles, j’allais assez vite acquérir un réflexe qui me protégerait toute ma vie : l’indifférence immédiate envers qui vous embête."

Mais on ne peut vivre totalement protégé - c'est heureux - ni s'affranchir d'un amour véritable: celui que lui vouait Yaya.

Et la fillette devenue femme, écrivain, de mettre tout en oeuvre pour retrouver la fée de ses jeunes années.

Apolline Elter

 Et si tu n'existais pas, Claire Gallois, récit, Ed. Stock, janvier 2017, 144 pp

07 juin 2017

Elle était une fois

Hébard.jpg Le jour de ses quatre-vingts ans, Frédérique Hébrard fait le serment , à Anne Franck  à "toutes ses espérances massacrées" d'écrire un livre de souvenirs  et d'hommages à ces nombreuses  et admirables femmes qu'elle a côtoyées depuis sa tendre enfance.

La fille de l'académicien André Chamson, épouse de Louis Velle, romancière à succès - On lui doit La Demoiselle d'Avignon, Le château des Oliviers, - fête, ce 7 juin, ses 90 printemps, promesse accomplie.

Guerre de 40-45,  début sur les planches, rencontres avec l'homme de sa vie - son mari- et avec des personnalités solaires et généreuses, telles les actrices Michèle Morgan, Brigitte Fossey, Eva Darlan...glaciales,  telle Simone de Beauvoir ou violentes..., maternités, souci de santé.. jalonnent le récit d'une vie heureuse et bien remplie,  empreinte d'une fondamentale bienveillance et de l'idée thucydidienne que " Les choses n'arrivent qu'à ceux qui peuvent les raconter." 

Bon anniversaire, Madame

 Apolline Elter

  Elle était une fois, Frédérique Hébrard, souvenirs, Ed Flammarion, mars 2017, 382 pp

03 juin 2017

L'ordre du jour

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 Après un 14 juillet qui avait enflammé, à la rentrée,  notre gastronomie livresque( voir chronique sur ce  blog) Eric Vuillard nous revient avec un récit tout aussi flamboyant et nous plonge, d'entrée de pages, au coeur d'une réunion historique qui vit, le 20 février 1933, vingt-quatre patrons d'entreprise - les plus prospères d'Allemagne - accorder leur soutien à Hitler.

" Et ils se tiennent là, impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l'enfer."

 Et le lecteur subjugué d'assister à la montée en puissance méthodique d'Hitler et des siens, Goebbels, Goering et charmante compagnie, à la singulière cécité de Lord Halifax, surdité du président Lebrun,  humiliation de Schusshnigg, le chancelier autrichien qui voit imposer à son pays des mesures insoutenables tandis que l'Allemagne interdite de fabrication de chars depuis le traité de Versailles (1918) reconstitue, hors frontières, son équipement d'assaut.

"Une armée en panne, c'est le ridicule assuré."

L'annexion de l'Autriche  par l'Allemagne nazie, le 12 mars 1938, relève tant du machiavélisme que du rocambolesque, avec la congestion des chars d'assaut, à la frontière, pour panne technique, la fureur du ...Fürher et  l'interminable dîner londonien  qui empêche  Chamberlain de vaquer aux affaires d'Etat pour la simple raison qu'il n'arrive pas à se débarrasser de l'encombrant Ribbentrop ...

On se croit au cinéma tant l'auteur nous fait vivre les événements, les destins particuliers,  avec brio, juste tempo et un humour confondant. 

La farce est tragique: elle a coûté la vie à des millions d'Européens.

La fresque est grandiose, soutenue d'une plume, d'une écriture remarquables.

Apolline Elter

  L'ordre du jour, Eric Vuillard, récit, Ed. Actes-Sud, mai 2017, 156 pp

01 juin 2017

Jean-Michel FRANK, le chercheur de silence

Certaines biographies vous subjuguent tant elles ciblent l'essence de leur sujet, 

Tel le portrait, par Laurence  Benaïm,  du décorateur Jean-Michel FRANK ( 1895- 1941)  pape du minimalisme et de la période des Arts déco.

Je vous reviens, à son sujet, à la rentrée, mais je ne peux vous  laisser passer été sans toucher mot de cette découverte. Le nombre de post-it fleurissant sur la tranche de l'ouvrage est, pour le moins, .éloquent

Jugez-en:

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Né à Paris, le 28 février 1895, au sein d'une famille juive aisée, Jean-Michel doit à son teint bistre, sa petite taille, sa démarche ..insolite, la conscience immédiate d'être différent. L'affaire Dreyfus qui sévit, dès sa naissance, fait grand obstacle à la volonté d'intégration des Frank à la France.

Nés sur le sol français, les frères aînés de Jean-Michel meurent en 1915 sous les drapeaux - français - de la Grande Guerre tandis que leur père se voit refuser la nationalité française, sous prétexte d'origines allemandes; il  ne s'en remet pas, se suicide, le 11 novembre 1915 à 11 heures, tandis que son épouse tombe progressivement en grave dépression..  Jean-Michel a 20 ans. Le destin familial va le poursuivre toute sa vie, semer le germe de son propre suicide, à New York, le 8 mars 1941.

Entre-temps, il a connu le monde, exprimé son angoisse existentielle, à travers une série de chantiers de décoration intérieure, qui en raison de la fortune, de la notoriété des commanditaires, signeront sa gloire. Il aménage - et dépouille de la sorte -  les intérieurs de Colette et Pierre Drieu de la Rochelle,  Marie-Laure et Charles de Noailles, .. de François Mauriac, Elsa Schiaparelli,  Nelson Rockfeller.. faisant du vide, de l'absence, du silence mais aussi du jeu de la lumière, sa marque de fabrique.  Les tons sont sobres, d'une palette qui va du blanc au brun, en passant par le beige; les matériaux rares, luxueux et communs, s'associent en une mixité bien d'avant-garde, les revêtements en galuchat, côtoyant ceux faits de simple paille. Notamment...

Une ascèse qui invite à la méditation et préfigure par de nombreux points notre esthétique contemporaine.

Un récit flamboyant

A suivre, assurément.

Apolline Elter

Jean-Michel Frank, Le chercheur de silence, Laurence Benaïm, biographie, Ed. Flammarion, avril 2017, 342 pp

 

 

29 mai 2017

JFK

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John Fitzgerald Kennedy eût eu cent ans, ce jour; le 22 novembre 1963 en a décidé autrement qui commémore son tragique assassinat.

Derrière le mythe du président rayonnant,jeune, beau, en un mot, particulièrement séduisant,  du couple glamour qu'il forme avec "Jackie", se découvre un homme malade - il était notamment atteint d'insuffisance rénale, la fameuse maladie d'Addison - souffrant du dos et de multiples affections.  A cela se greffe une addiction au sexe - JFK aime les femmes, à l'instar de son père - et les multiples médications qu'il ingère, augmentent, entre autres, sa libido...

Un mythe s'effrite, celui de son union avec Jackie, laquelle en prend également pour son grade.

Mais tant son temps que la postérité, auront, je crois, l'envie de préserver au martyr de Dallas, sa légende, son intimité.

A Elter

JFK, Une histoire sexuelle,  Georges Ayache, essai, Ed. du Rocher, mai 2017, 222 pp

 

27 mai 2017

Deux remords de Claude Monet

 

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"A Londres, il rejoignit la forte colonie française rejetée de l’autre côté de la Manche par les remous de la  guerre. Les artistes y formaient un groupe à part qui fréquentait le même café où ils s'efforçaient de  réinventer un coin du pays perdu."

S'il n'épouse pas le point de vue séquentiel, chronologique des biographies classiques,  ce roman "vrai" entend cerner le célèbre peintre (1840-1926) de l'intérieur, à l'aune des faits majeurs de son existence et plus précisément,  de la mort, en décembre 1870, de son ami Frédéric Bazile , sur le front de la guerre contre la Prusse  - tandis que Claude Monet séjourne en Angleterre -  et  de l'amour qu'il voue à sa première épouse, Camille Doncieux, mère de ses deux fils, Jean et Michel, décédée en septembre 1879, d'un "cancer de la matrice" . Représentée sur en page de couverture, vêtue d'une capeline rouge, Camille inspire de nombreuses oeuvres au célèbre peintre, dont ladite " Femme à la capeline rouge", mais aussi  la " Femme à la robe verte."

Remarié avec Alice  veuve de son ami et mécène, le collectionneur Emile Hoschedé, Claude Monet termine ses jours à Giverny, entouré de Blanche Hoschedé,  bru et belle-fille à la fois. Soucieux de perpétuer la mémoire de son ami Frédéric, le peintre négocie, par l'entremise de son ami Georges Clemenceau, le don de ses célèbres Nymphéas à l'Etat, contre la garantie d'exposition au Louvre de l'oeuvre"Femmes au jardin".

Structuré en trois parties focalisées sur les trois protagonistes de la narration - ci en gras - le roman se fait quête d'âme

A Elter

Deux remords de Claude Monet,   Michel Bernard, roman, Ed de la Table ronde, août 2016, 216 pp

 

24 mai 2017

Their Finest

 L'affiche, l'argument sont prometteurs.

their-finest.20170512101610.jpgTandis que la guerre mine Londres de ses bombardements incessants, le moral des troupes et des civils, le Gouvernement invite une société de production cinématographique à créer une fiction, au départ d'un fait réel, héroïque, pour rendre ardeur à une nation qui n'a ..guère de distractions et endure tant de privations.

On le sait, les salles de cinéma furent des puissants instruments de propagande, d'information et de désinformation. 

Surgit la ravissante Catrin Cole (Gemma Arterton), armée d'abnégation et d'une intuition hors du commun. Engagée comme secrétaire, elle révèle aussitôt ses talents de scénariste et de diplomate car il s'agit tant de respecter le cahier de charges des autorités que les velléités d'acteurs imbus de leur prestige (l'excellent Bill Nighy)

N'empêche, l'intrigue ne décolle pas et livre à nos regards  somnolents un scénario désuet, parfumé d'eau de rose légèrement périmée. 

Tel est mon sentiment

J'espère qu'il n'est pas trop partagé

Sans doute en ai-je raté le second degré, la subtilité.

A Elter

Their Finest, un film de Lone Scherfig (UK) actuellement en salles; durée : 117 min.  A voir en VO

 

20 mai 2017

Les Macron

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Il semble qu'on ait tout dit déjà - le vrai et son contraire - sur le couple hors normes, nouveau résident de l'Elysée.

 Vous connaissez mon professionnalisme - merci -  il fallait que je me fisse une opinion perso; et ce  côté "incorruptible", qui m'enjoint d'acquérir certains ouvrages de mes deniers,  pour garder pleine liberté... de penser.

Résultat: je suis entrée en sympathie avec le couple et particulièrement Brigitte Macron, as "Bibi" , une personne vraie, joyeuse, généreuse, .. amoureuse, maman de trois enfants, grand-mère de sept bambins. Il me semble que le célèbre palais présidentiel n'a plus connu un couple aussi fort, aussi soudé, depuis Claude et Georges Pompidou.  Féru, fiévreux de lettres, il saura imprimer une marque personnelle, fraîche et efficace sur le quinquennat entamé.

Tel est mon credo.

Pour l'heure penchons-nous sur ces éléments de portraits "vrais", teintés de bienveillance.

 "Elle, se présente, libre, franchement drôle, truffant ses phrases de termes anglais, dans ce monde si normé, où quelque statisticien en économie l’aurait déjà rangée côté seniors."

C'est de la Première dame qu'il s'agit.  Sexygénaire radieuse, Brigitte Macron enseignait le français et le latin à l'institut de la Providence d'Amiens, en ce début de la décennie '90 qui vit surgir dans la troupe de théâtre amateur qu'elle animait, un adolescent brillant, fougueux, "stratosphérique".... 

"La passion est insidieuse, le terrain glissant. Emmanuel et elle pressentent ce qui se joue, mais n’en disent rien."

Si elle tente d'apaiser la flamme du jeune homme - et la crise qui s'ensuit pour le couple qu'elle forme avec André-Louis Auzière -  et d'appuyer  son exil scolaire à Paris,  la quadragénaire ne résistera pas à cette passion, au pouvoir de conviction du jeune Macron.

Et les journalistes Caroline Derrien et Candice Nedelec d'illustrer le cursus académique d'un jeune homme hors normes, époustoufflant,  insensible au clivage de l'âge - il entretenait avec sa grand-mère maternelle une relation riche et constructive -   doté d'un optimisme forcené.

Un optimisme qui lui vaudra mariage, en 2007 avec l'élue de son coeur et l'accession, dix ans plus tard, à la fonction suprême de l'Etat, avec toutes les péripéties abondamment commentées par les media.

Un "réflexe de séduction automatique"

L'électron  n'a pas froid aux yeux,- bleus - ces yeux qu'il plante dans les vôtres  pour y enraciner une vérité, à laquelle il ne consent que de "légers arrangements".

Avec une totale liberté pour seul guide, Emmanuel Macron ne résiste pas à casser tous les codes. Tout est bon pour faire avancer un dossier. Il n’a d’ailleurs pas son pareil pour marcher sur les plates-bandes d’autres ministres et envoyer, in petto, à ceux qui s’en émeuvent, un provocateur « Je suis désolé ma poule ! » en pianotant, rigolard, sur son portable. Une aisance qui le fait aussi déraper, même s’il ne juge pas une seconde l’avoir fait…

En un mot, comme en cent, il est séduisant. Affiche une telle confiance en lui, qu'elle en est contagieuse.

Et rend rapidement caducs les commentaires désobligeants.

C'est une force

Une force qui va, dirait Victor Hugo, une force.. en marche.

Puisse-t-elle rayonner

Apolline Elter

Les Macron, Caroline Derrien et Candice Nedelec, essai, Ed. Fayard, mars 2017, 234 pp

  

18 mai 2017

Les mots de la fin

3DMotsFinBD_small.pngCatherine Guennec aime les répertoires.

Au gré de lectures nombreuses et d'une curiosité insatiable, elle collectionne les histoires d'amour ( Le petit livre des grandes histoires d'amour), les mots doux ( Mon petit trognon potelé) , les  insultes (Espèce de savon à culotte), tous savoureux recueils répertoriés sur votre blog préféfé.

Aussi est-ce avec une joie sans... fin que nous avons lu, d'une traite - mais oui - les quelque deux cents adieux historiques, légendaires ou avérés , qu'ont prononcés des personnages célèbres, restitués, dans leur contexte d'émission, par ordre alphabétique des patronymes.

D'Honoré de Balzac qui aurait réclamé à son chevet le docteur Horace Bianchon,  acteur de sa Comédie humaine à Stefan Zweig, qui en sa lettre testamentaire révèle son impatience à en finir avec la vie, les sentences défilent, souvent sobres, factuelles  " Je ne me sens pas bien " ( Maria Callas), " C'est comme cela que l'on meurt " (Coco Chanel),  " Tout est bien " ( André Gide)  " C'est fait!" (Prince de LIgne) gourmandes " Il y a longtemps que je n'ai mangé avec tant de plaisir" (Denis Diderot) , "J'ai faim" (Philippe Pétain)   élégantes " Tu leur diras, toi, que j'ai eu une belle vie" (Charlotte Delbo)  , litotes " Ce n'est rien" ( d'Henri IV, poignardé)  quand elles ne sont simple soupir (Chopin, Stendhal) 

Une lecture instructive qui nous rappelle, finement, que toute existence connaît son terme.

Apolline Elter

Les mots de la fin, 200 adieux historiques, Catherine Guennec,  recueil, Ed de l'Opportun, avril 2017, 352 pp

17 mai 2017

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"Si on n'a pas attendu 2014 pour commémorer 14-18, j'ai vu arriver 17 sur le tard. Alors, il m'a paru que je n'avais pas le droit de laisser filer un anniversaire pareil, ce coup de cymbales sidérant. Oui, j'ai vu arriver 17 et 17 brillait d'une lumière étrange avec son étoile rouge toute déglinguée. Et jamais nous n'aurions cru qu'elle pût pâlir à ce point, ne plus émettre qu'une espèce de rayonnement fossile."

 Centenaire des révolutions russes de février et d'octobre, de l'exécution de Mata-Hari, 2017 rend hommage, par la plume virevoltante de Bernard Chambaz, à 17..+2 personnages historiques, célèbres ou inconnus au régiment.

D'Alexandre Kerenski, porteur des espoirs de la Révolution  russe de février à Suzy Delair, qui, née un 31 décembre, "devra patienter tout 17 pour devenir centenaire.", l'écrivain nous emmène d'un pas alerte et de chapitres courts, à travers une galerie de portraits saisis dans leur rapport avec le nombre premier.

Bicentenaire de la mort de Jane Austen, de Germaine de Staël, 2017 célèbre aussi celui de la naissance de Pierre Larousse et le harassant et ruineux travail qui l'a conduit à nous léguer son Dictionnaire universel . Jean Le Rond, dit d'Alembert - ami, un temps de Denis Diderot - naissait voici tout juste trois cents ans, tandis qu'un siècle plus tôt mourait Pocahontas.  Dieu ait son âme.

Le tricentenaire du décès d'Anna Maria Sibylla Merian ne devra pas non plus échapper à votre attention, non plus que le souvenir de son glorieux essai scientifique, relatif à la Métamorphose des insectes du Surinam.

Le survol est brillant, la plume, maîtrisée, qui donne à cet essai une allure bien engageante

Nous avons élu 17 mai pour vous le recommander

Apolline Elter

17, Bernard Chambaz, Ed. Seuil, mars 2017, 144 pp

13 mai 2017

Ma part de Gaulois

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 La lecture par Magyd Cherfi himself de ce récit autobiographique est un vrai événement de l'actualité littéraire. L'audiolivre figure,  à bien juste titre,  dans la sélection du Prix Audiolib 2017.

" Ne promettez jamais à vos parents d'être leur avenir."

Né en 1962, à Toulouse, au sein d'une famille d'origine algérienne,  Magyd se voit investi d'une puissante, oppressante ambition maternelle. Sa mère, en effet,  se saigne, se dévoue,  fait fondre ses bijoux, sacrifie quelque peu le reste de la fratrie afin que Magyd obtienne le bac,  en 1980. Pareille pression n'est pas facile à vivre, d'autant que la confrontation avec son entourage rend sa position d'"intello" passablement inconfortable.

Quête d'identité, clivage des cultures algérienne et française, le récit du chanteur du groupe Zebda est riche, coloré, pétri d'humour et d'autodérision, passant sans vergogne de la langue de Voltaire, au parler beur, cru, savoureux, truffé d'argot de la meilleure facture.

Un récit qui lui a valu quelques ennuis de la part de protagonistes peu ravis de se voir peindre ainsi.

Teinté d'un accent toulousain "beuré", le récit restitue de façon vivante, saisissante,  la violence verbale de la confrontation, l'inconfort vital, existentiel de l'appartenance hybride.

Un récit haut en couleurs, que je vous recommande.

Apolline Elter

Ma part de Gaulois,  Magyd Cherfi, récit,Ed. Acte Sud, août 2016, 272 pp. Audilolib, avril 2017, texte intégral lu par Magyd Cherfi, durée : 6h 14 minutes

 

11 mai 2017

La lanterne des morts

 

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 " Je décide d'oublier, tout en sachant que je n'y parviendrai pas"

 Tandis qu'Adèle  Mercoeur fête ses sept ans, ce vendredi 16 août, elle assiste au décès de sa Maman. Inopiné. Inquiétant.

Elle l'ignore encore, sa cellule familiale, ainsi fissurée,  va lentement s'intoxiquer du poison de la méfiance, de l'alerte à la vigilance. En point de mire, le portrait haut en couleurs et contrastes de Lila, sa soeur,  belle et fantasque, au tempérament bipolaire.

Promenade gourmande dans le Périgord noir,  l'exploitation truffière  des Mercoeur et celle, viticole, du domaine Saint-Sernin, leur voisin, le nouveau roman de Janine Boissard prend rapidement l'allure d'un thriller, appelant de concert, protagonistes et lecteurs, à une vigilance de chaque instant.

Il constitue à la fois une observation sociologique - comme l'écrivain les aime- , une radioscopie des liens de fratrie et une approche psychologique  de la bipolarité.

La plume est alerte, efficace,  le rythme, soutenu.

Apolline Elter

La lanterne des morts,  Janine Boissard, roman, Ed. Fayard, mars 2017, 352 pp

10 mai 2017

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi

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Conseillère en communication, Alice retrouve Jérémie, son ami d'enfance, qui fut un temps amoureux d'elle.  Depuis, il  est entré dans les ordres. 

Les sermons de Jérémie résonnent dans le (presque) vide d'une église cruellement privée de pratiquants. Le jeune prêtre ne semble guère épanoui. 

Bien que non croyante, Alice tente alors de l'aider à drainer de nouveaux fidèles, adaptant, pour ce faire, sa propre pratique professionnelle aux usages des fidèles,  astreignant son esprit à une lecture intensive des paroles d'Evangile . Les résultats sont surprenants qui invitent Alice à une quête spirituelle imprévue.

"L'ego est à l'inconscient ce que le dentifrice est au tube: quand on l'a fait sortir, essayez donc de l'y faire rentrer à nouveau."

Epris de différents courants de pensée,    Laurent Gounelle établit, une nouvelle fois, des liens syncrétiques de spiritualité, sous la forme bien ficelée d'un roman à rebondissements, d'une observation psycho-sociologique rondement menée.

Une écoute audiolivresque plaisante.

A Elter

 

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi, Laurent Gounelle, roman,  Ed Kero, 2016, texte intégral lu par Ingrid Donnadieu, Ed. Audiolib, 2017, durée: 6h 46 min.

09 mai 2017

Lettre ouverte à ma main gauche

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Pianiste amateur, Catherine David se voit soudain, lâchée, trahie par sa main gauche.

" Je n'avais jamais eu à me plaindre de toi jusqu'à cette étrange alerte"

S'adressant à ce membre,  par à coups défaillant, la romancière, essayiste, critique littéraire entame une longue et belle réflexion sur les effets de la musique - sensuels, thérapeutiques, et autres,- son éternité, la pérennité de chefs d'oeuvre du répertoire classique, les bienfaits de leur pratique. Partant, elle  invite mélomanes et simples lecteurs à une approche sensible et éclairée de cette "médecine de l'âme" qui jaillit des touches du clavier.

"Il y a ce moment de bascule où la musique fuse, s’embrase et roule ses  galets, quand le toucher, la vue et l’ouïe se retrouvent solidaires, entrelacés, indiscernables. Une musique étonnante sourd alors de nos doigts comme une liqueur impalpable, une musique qui nous veut du bien, une thérapeutique antimorosité qui remplace les petites pilules du soir. À consommer sans modération, car il n’y a aucun risque d’effets secondaires dans cette médecine de l’âme. Seul un certain niveau d’addiction à la drogue appelée musique est à redouter."

Lettre ouverte à ma main gauche et autres essais sur la musique, Catherine David, essai, Ed. Acte Sud, février 2017, 316 pp

06 mai 2017

Le dernier jour d'un condamné

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Victor Hugo est à la littérature, ce que De Gaulle est à la France affirmait.. je ne sais qui; après tout c'est peut-être moi. C'est peut-être aussi, le climat électoral qui me poursuit jusque dans mes lectures les plus classiques...

Si le texte hugolien reste actuel, singulièrement vivant et surtout émouvant, n'y voyez  aucun rapport avec le week-end qui condamnera l'un des candidats à  gouverner l'énorme paquebot appelé France et l'autre, à s'effacer.. enfin,  plus ou moins.

Publié en 1829,  le texte revêt la forme d'un journal intime, celui d'un condamné, qui attend le prononcé de sa sentence et son passage sous le tranchant de la lame. Aucun détail n'est épargné, de ses espoirs, angoisses, réactions maladroites ou cyniques de sa garde rapprochée, de l'affreuse banalisation de son exécution.

Le débat ne porte ni sur le crime commis par le condamné, ni sur les circonstances de son jugement. Il condamne seulement la barbarie de l'application de la peine de mort. Partant, il n'en revêt que plus de force.

Portée par la voix de Bernard Métraux, cette lecture -sublime - saisit d'empathie et de compassion l'auditeur.

Un monument de la littérature.

Je vous en conseille vivement l'écoute (ou la lecture)

Apolline Elter

Le dernier jour d'un condamné, Victor Hugo, récit, 1829, texte intégral lu par Bernard Métraux, Ed Gallimard/ Ecoutez lire,  mars 2017, durée d'écoute: 3h15minutes

 

04 mai 2017

Haussmann

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"Contrairement à ce qu 'Haussmann laissa entendre par la suite, Napoléon III ne lui confia pas tout d'un coup, comme sous l'effet d'une illumination, la conduite de la mission la plus personnelle qu'il se soit jamais assignée. Il comptait pour cela s'entourer d'une commission chargée de mettre en forme, d'évaluer et de planifier systématiquement -les projets qu'il caressait pour sa capitale. Les Mémoires en font état, succinctement-, ainsi que de la contrariété que ressentit leur auteur à ce sujet: "L'Empereur avait jugé bon de constituer une commission, composée de divers personnages qu'il me désigna (<< commission officieuse », dont le préfet de la Seine faisait partie de droit), pour étudier, avec lui, chacun de ces projets et arrêter le plan du réseau général de toutes les nouvelles voies publiques à ouvrir successivement dans Paris.(...) "

Conscient du "clair-obscur" qui subsiste mordicus autour des personne et oeuvre du célèbre préfet de la Seine, du côté idéalisé, bien approximatif, de ses propres Mémoires, Nicolas Chaudun entend leur restituer vérité, évaluer la part exacte de l'action d'Haussmann dans la transformation radicale de Paris,  entamée sous le Second Empire. La tâche est colossale; elle est sensible tant l'oeuvre d'urbanisme et d'édification d'immeubles, créations de parc, d'un réseau d'égoûts, ....fonde l'identité de la Ville Lumière, exécution d'une vision d'ensemble et de travaux pharaoniques impulsés par l'empereur Napoléon III.

 Un essai de haute facture, qui soutient, à l'évidence, la visite de l'exposition, au Pavillon .. de l'Arsenal, évoquée, ce lundi 1er mai (voir billet), conclu d'une précieuse chronologie et d'un index des personnages cités.

Nous laissons à l'auteur le mot de la fin :

"Bourgeois ordinaire, fonctionnaire exemplaire, exemplaire de la carrière comme de la lente émergence d'une technocratie, Haussmann est le pur produit de son temps. Il en incarne à la fois les conquêtes et les rigidités. Rallié à la monarchie de Juillet, il se fait l'adepte d'un matérialisme libéral, fondé sur la communication et les échanges, et qui seul, selon lui, peut guérir le royaume de ses tentations réactionnaires. Le triomphe de l'argent contre la race, du progrès contre la pérennité, de la science contre la conscience, Haussmann l'assume donc, et crânement, mais dans les limites que lui fixent bientôt des réflexes de classe."

 Haussmann, Georges Eugène, Préfet-baron de la Seine, Nicolas Chaudun, essai, Ed. des Syrtes, 2000 (1re publication), Actes Sud 2009, Babel, 2013, 366 pp

03 mai 2017

Chez Dalida - Le temps d'aimer

004585378.jpgOn se rappelle sa chevelure, flamboyante, son regard, doté d'un subtil strabisme-  magnétique- ses Paroles, paroles, aux "r" roulés, en duo avec Alain Delon, .. Bambino  et compagnie, ...  et la façon brusque dont Dalida quitte la vie, le 3 mai 1987, lestée d'une importante dose de barbituriques.

L'hommage que lui  rendent Fabien Lecoeuvre et Philippe Lorin ( merveilleuses illustrations et portraits) , à l'occasion de ce poignant  trentenaire, nous permet de remonter le cours de la vie Yolanda Gigliotti, depuis sa naissance, près du Caire, le 17 janvier 1933, son élection au titre de "Miss Egypte", en 1954, sa montée à Paris, ses premiers amours, amants, succès, qui la mènent de l'Olympia aux galas en USA jusqu'à ses deux tentatives de suicide, en 1967 et 1987

"Faussement forte", la diva a-t-elle succombé à ses doutes, angoisses existentielles, à la peur de se voir vieillir, celle de la solitude, au suicide de trois de ses anciens compagnons,  à l'impossibilité d'avoir pu enfanter, après un avortement? 

Une chose est sûre, le public n'oublie pas, qui l'entend encore déclarer, de son timbre velouté: " Pour moi, le public a le visage de l'amour" 

Apolline Elter

Chez Dalida- Le temps d'aimer, Fabien Lecoeuvre, Philippe Lorin (illustrations), beau livre, Ed. du Rocher, janvier 2017,  120 pp

29 avril 2017

En son absence

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Au coeur de Montange, un village ardennais, comme l'écrivain les affectionne, disparaît Bénédicte, une adolescente de quinze ans,  paisible, sans histoire. 

Plutôt, elle s'évapore

Nous sommes mi- mars 2005. Le  spectre de l'affaire Dutroux qui meurtrissait la Belgique, dix ans auparavant, enflamme aussitôt les consciences et l'interprétation des coïncidences. L'aiguillage des soupçons ravive, en effet, bien des rancoeurs, mesquineries, secrets enfouis.

Armel Job excelle et se complaît dans l'observation des âmes en demi-teintes. D'une longue scène d'exposition, il place les pions et entraîne le lecteurs dans les méandres d'un thriller rondement mené.  L'écriture est nette, précise, alerte,  en un mot addictive.

"Sans doute l'amour des coeurs purs est-il insupportable. Que deviendrions-nous si nous nous laissions aimer par eux? "

 En son absence, Armel Job, roman, Ed. Robert Laffont, mars 2017, 312 pp

27 avril 2017

Blockbuster

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Certains spectacles vous saisissent de stupéfaction, d'hilarité.. tant est grande, remarquable, leur créativité

Le fait est rare, il est précieux.

Tel Blockbuster, basé sur un écrit de notre compatriote Nicolas Ancion, interprété de façon épous-tou-flante par Le Collectif mensuel. 

 Puisant quelque 1400 plans au sein de 160 films -cultes (enfin pas tous) hollywoodiens, Le Collectif en détourne les paroles au service d'une intrigue socialisante,  belgo-belge des plus loufoques: il s'agit d'empêcher Mortier, le patron des patrons, de ruiner le peuple, de ses agissements sordides et sans scrupules, il s'agit tout simplement de lui déclarer la guerre, à lui et à tous ses sinistres sbires.

 Interprétations parfaitement synchro, bruitages en direct, d'une inventivité qui évoque le mythique Kiss & Cry ( de Jaco van Dormael) , humour, dérision.. font de ce spectacle un chef d'oeuvre.

Vous l'aurez compris, nous en sommes sortis bluffés.

Il se joue au théâtre de Namur, ce soir et demain encore - à bureaux fermés, je le crains.; ensuite, il faudra vous rendre à Bourge  - il en vaut la peine et puis, vous ne risquez pas de vous ..embourgeoiser

Apolline  Elter

 http://www.collectifmensuel.be/spectacles/blockbuster

Avec Sandrine Bergot, Quentin Halloy, Baptiste Isaia, Philippe Lecrenier, Renaud Riga

25 avril 2017

L'encrier de Madame de Sévigné

L'encrier.jpgVous savez, chers visiteurs, comme la célèbre Epistolière est chère à notre blog et aux séjours en cette  Drôme grignannaise que nous partageons avec elle.

 Aussi fûmes-nous attirée par l'angle d'approche biographique de Barbara Lecompte - bien engageant - à savoir les bureau chinois et encrier de la célèbre marquise.

Nous ne fûmes pas déçue.

" Réchappé des profondeurs océanes, le bureau chinois de madame de Sévigné peut se flatter d'être aujourd'hui un meuble vedette, une star à bichonner. "

 Fascinée par le destin du secrétaire laqué, conservé au musée Carnavalet, estampillé aux doubles armes Rabutin et Sévigné, la biographe mène enquête et restiitue, à travers les objets fonctionnels de son écriture, un portrait alerte de la trépidante marquise, si vivant que cette dernière aurait mauvaise grâce de le renier.

 Oui mais son encrier?

 " Mais à Carnavalet, son encrier manque à l'appel."

 Et l'enquêtrice de se lancer sur les traces du "fantôme", symbole paroxystique de la pérennité de madame de Sévigné.

Mais la marquise n'est pas qu'une mère, non plus qu'une seule épistolière.  Les chapitres se suivent qui étudient son rapport à l'eau, aux cures,  à la Cour, à la religion, à cette Bretagne qui lui tient encore grief de certains propos jugés désobligeants , à ce Grignan , pour nous, si important.

 Un portrait saisi, pétillant,  judicieusement frappéà l'instar de ce vin de champagne que Marie de Sévigné affectionnait.

 Apolline Elter

 L'encrier de madame de Sévigné, Barbara Lecompte, essai, Ed. Arléa, janvier 2017, 140 pp

22 avril 2017

Tous

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En ce week-end qui verra tous yeux rivés sur les résultats du premier tour de l'éléction présidentielle française, il fait (très) bon se pencher sur le nouveau roman de Grégoire Polet. Pré-texte à un passionnant débat d'idées, la révolution pacifique que suggère l'auteur offre aux citoyens européens les clefs de leurs gouvernances. Il rejoint en cela les thèses tout aussi convaincantes d'un David van Reybrouck ou Alexandre Jardin (Laissez-nous faire,  Ed. Laffont 2015, chronique sur ce blog) . Nous ne manquerons pas d'y revenir.

Pour l'heure, penchons-nous sur le propos:

Tandis que d'Espagne et de moult autres places d'Europe, jaillissent les voix - pacifiques - des Indignés, une jeune Liégeoise, Carolina Gracq, gravement amputée suite à l'attentat de la place Saint-Lambert, le 13 décembre 2011,  fédère  et active, avec ses amis Romuald  Solis et Rémy Thiers , les mouvements citoyens EO et Tous, qui feront boule de neige à travers l'Europe et  porteront Romuald à la présidence de la ..VIe République française.  Qui dit gouvernance citoyenne,  impose en effet un changement de Constitution.

 La deuxième partie de la fiction  prend la voix d'un diplomate grec Elefthérios Viridis, celle de son fils Iannis et la voie du salut économique de leur patrie

La dernière partie soutient le deuil d'un citoyen polonais, orphelin de son fils autiste Adam, asphyxié par une marée toxique pendant qu'il effectuait une plongée avec son amie Anna...

IMG_0084.JPGUne fiction politique  nourrie de tant de pistes de réflexions, mûrement étayées de cette culture abyssale,constitutive de l'écriture polétienne , facteur de tant d'ouvertures pour un monde meilleur..que nous n(v)ous promettons de vous revenir et de  vous en rendre compte,  à la  ferveur du dense bouquet de post-it jailli de ses pages.

 

Tous, Grégoire Polet, roman, Ed. Gallimard, février 2017, 352 pp

 

20 avril 2017

La course à l'oubli

J'ai failli concourir à cette Course à l'oubli....  Voici un an paraissait ce prodigieux roman; je ne l'ai pas lu,  chroniqué dans les temps : Mea maxima culpa

Qu'à cela ne tienne, c'est décidé, je crée une rubrique "rétro-liseur' - pour les dix ans de votre blog préféré - le roman de Philippe Langenieux en sera l'initiateur


téléchargement (3).jpg La grande force d'Ahmed, c'est cette joie de vivre, cette infinie gentillesse qui s'offre sans calcul ni réserve à tous ceux qu'il rencontre. Il a la victoire généreuse comme d'autres l'ont orgueilleuse. Ce petit champion a un coeur de géant.

 Silhouette fragile, l'agile Algérien Ahmed Boughera El Ouafi débarque en métropole à la fin de la Grande Guerre pour y servir sa mère-patrie, cette France grande, grasse et grise. Il est pur, loyal, d'humeur joyeuse et d'une gentillesse à tout crin.

Engagé comme ouvrier à la chaîne dans les usines Renault de Boulogne-Billancourt, il se découvre une aptitude à la course qui mène le champion inattendu, en 1928 sur la plus haute marche du podium du marathon olympique. Si ce n'est, qu'en ces temps-là, la médaille  d'or lui est décernée à la va-vite dans les vestiaires de l'exploit.

Ses choix de vie, par la suite, ne seront pas heureux, dictés par une confiance trop absolue dans les hommes - ils ne partagent pas tous sa pureté.

 C'est ce destin tragique, poignant, bouleversant que l'essayiste Philippe Langenieux-Villard, ressuscite, comblant de sa plume - soignée- de romancier, les vides nombreux du peu d'archives subsistantes sur la vraie vie de l'athlète.

 Une lecture qui mériterait mention dans les écoles

Et une adaptation au cinéma.

 La course à l'oubli, Philippe Langenieux-Villard, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, avril 2016, 160  pp

 

19 avril 2017

Mobutu

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 "Ses deux ressorts, la violence et l’argent, ont terrorisé et corrompu deux générations de Zaïrois. On rêve à ce qu’aurait pu devenir son pays si Mobutu avait réussi son rendez-vous avec l’histoire en canalisant, pour le meilleur, l’énergie positive et le génie créatif hors pair du peuple congolais."

Mobutu Sese Seko décédait  d'un cancer, le 7 septembre 1997. Ce vingtième anniversaire offre l'occasion au journaliste français  Jean-Pierre Langellier de se pencher sur le parcours  politique et de vie du président zaïrois , en un essai passionnant, d'une maturité confondante.

Jeune journaliste malin et vif, Mobutu - qui signifie "poussière" en dialecte Ngbandi, de sa tribu natale - s'adjoint rapidement le titre de Sese Seko, gage d'éternité.  Tout frais trentenaire - il est né le 14 octobre 1930 - il se rend rapidement indispensable aux instances politiques qui vont gérer la toute fraîche indépendance du Congo ( 0 juin 1960) .  Ami de Lumumba, il prend bientôt ses distances et oeuvre, discrètement, à son assassinat.

Il s'arroge le pouvoir suprême fin 1965, en organisant un coup d'Etat dont il nie le nom. S'instaure alors une dictature faite de répressions - cruelles et sanglantes - de manipulations, sophismes et d'une confusion entretenue entre l'information et la propagande. 

"Mobutu utilise le passé récent du pays, chaotique et sanglant, comme un repoussoir légitimant sa remise en ordre autoritaire."

Le Président s'enrichit à outrance tandis que l'Etat sombre dans la banqueroute; il  élimine ses ennemis , d'une simple sentence " Faites disparaître" sans souiller ses mains poncepilatiennes du moindre sang.

S'il parvient, avec entregent et dépenses somptuaires , à placer son  pays sur les devants de la scène internationale,  il rate l'opportunité de s'en retirer dignement, après l'"échec fracassant" de la zaïrisation, et doit à l'hospitalité de son ami, le Roi Hassan II du Maroc, son ultime salut.

Richement étayée de recherches et de sources livresques de haut vol - dont les études de notre compatriote David van Reybrouck - cette biographie est remarquable.

Apolline Elter 

Mobutu, Jean-Pierre Langeliier, biographie, Ed. Perrin, mars 2017, 450 pp

15 avril 2017

Le père prodigue

 

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 Il n'est pas courant de  confronter, de mêler paraboles, paroles d'Evangile; c'est le choix- réussi - que pose André Querton, offrant au personnage du jeune homme riche - celui à qui le Christ demande d'abandonner famille et biens matériels pour l'accompagner sur  son chemin spirituel - la destinée du père ..du fils prodigue. Et le croisement fonctionne bien, offrant à notre réflexion des pistes nouvelles, vivifiantes.

Je vivais donc en pleine satisfaction avec moi- même et si je souris maintenant en y songeant, ce sourire n'est pas d'ironie, mais d'allégresse et de reconnaissance. Mes familiers étaient également satisfaits. Mais mon père était sans doute celui qui était le plus heureux. Je portais son nom et il en était fier comme je l'étais. Chaque fils est pour son père la preuve qu'a été tenue une promesse faite à son propre père; celui qui engendre rend ainsi hommage à celui-là même qui l'a engendré."

Le portrait est d'une actualité patente...

C'est celui d'un rendez-vous manqué, ou du moins, reporté.

Et le jeune homme, d' "[aller] donc, jeune et souple, sans tourment",   sans rimbaldienne bohême,   de se muer, selon lignée et destinée en père  digne et aimant de ses deux fils.

Devenu adulte, son fils cadet rompt la chaîne des générations , quitte maison et famille, nanti de la bénédiction paternelle, des angoisses nocturnes corollaires et de sa part d'héritage...

La fable est belle; la réflexion ne l'est pas moins qui interroge les pères sur les limites des voies  et trames familiales tissées dès le berceau.

" Des nouvelles vies commençaient pour chacun et nous nous en réjouissions."

A Elter

Le père prodigue, André Querton,  essai, Ed. Mardaga, février 2017, 60 pp

13 avril 2017

Le songe d'Anton Sorrus

134319_couverture_Hres_0.jpg"Depuis le début, c'est-à-dire depuis qu'il n'arrivait pas à  dormir, Anton pensait - bien qu'il n'y accordât jamais vraiment  crédit -, il pensait que cette chose, ce phénomène, ce ' son qui lui chatouillait les sens (et le ravissait parfois aussi) . sans être totalement chimérique, avait peut-être à voir  avec un défaut de l'audition - un défaut de l'oreille interne, du labyrinthe, de sa cochlée, ou des petits osselets de  l'équilibre. Et cette idée, sans l'indisposer, sans le chagriner ou le terroriser, le chiffonnait."

En proie à une insomnie, Anton Sorrus passe en revue le fil de sa vie , ses démons, obsessions .. tandis que son épouse, Cécile, dort tranquillement à ses côtés. 

Un son étrange meuble ses pensées, qu'il cherche à identifier.

Ponctué de paragraphes vifs, courts, sautillants, à l'instar de l'esprit d'Anton,  ce deuxième roman confirme une plume raffinée

A Elter

Le songe d'Anton Sorrus, Aram Kebabjian, roman, Ed Seuil, mars 2017, 160 pp

11 avril 2017

L'abbé Mugnier

" Que mon âme se trouve dépaysée en ce monde de soutanes."

 

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Avec sa houppe et sa soutane élimée, Arthur Mugnier (1833-1944)  semble infirmer l'étiquette d'"abbé mondain" qui colle à son sacerdoce.  Passionné de lettres,  épris des génies de Châteaubriand, Georges Sand, Joris-Karl Huysmans, ami des comtesses Greffulhe, de Noailles, de Castries, .. de la Princesse Marthe Bibesco, de Jean Cocteau,  le prêtre est la coqueluche du Tout-Paris, affiche de déjeuners en dîners, son sens inaltérable  de l'écoute et de la répartie : " Jamais prêtre ne mangea plus en ville que moi. Je dissipe mon âme à pleine assiette."

Un peu trop ouvert d'esprit pour sa hiérarchie, prompt à la sympathie, l'enthousiasme et... l'imprudence, l'abbé Mugnier se fourvoie parfois. Mais il faut avoir l'esprit retors - les jaloux l'ont  qui l'offenseront - pour chercher querelle à un homme qui n'est que bienveillance, indulgence plénière.

S'il se complaît au sein d'un milieu qui n'est pas celui de ses origines - modestes - le bon abbé n'en oublie pas pour autant les êtres pauvres, esseulés. Il consigne ses nombreuses et précieuses observations en un Journal désormais célèbre, adoucissant les rigueurs d'un sacerdoce effectué loyalement par l'assouvissement de ses passions pour la Nature, les voyages, la culture, la rencontre de l'Autre.

La sainteté peut donc être mondaine et ...sympathique.

Biographe de notre chère Sophie de Ségur, Ghislain de Diesbach signe là un portrait des plus attachants.

Apolline Elter

 L’Abbé Mugnier, Ghislain de Diesbach, biographie, Ed. Perrin, 2003 ( réédition en coll. Tempus, 2013, 404 pp