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09 décembre 2017

Marguerite Yourcenar - Carte d'identité

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   Pour évoquer les vie, personnalité et oeuvre complexes de la célèbre écrivain, Henriette Levillain, professeur émérite à Paris-Sorbonne a choisi un angle d'approche à multiples entrées, celles qui constituent tant son identité que la signature de ses écrits.  

   Amie des animaux , aristocrate, écologiste, écrivain, femme .. à part,  franco-américaine, libre d'esprit et de carcan, .. Marguerite Yourcenar était une prolixe épistolière. Sa résidence de Petite Plaisance,  dans le Maine (USA) rendait impérative la correspondance avec famille, amis et éditeurs restés de l'autre côté de l'Atlantique 

Nous ne pouvons que nous en réjouir et célébrer une lecture hautement instructive

Apolline Elter

 Yourcenar : Carte d'identité, Henriette Levillain,  biographie, Ed. Fayard, 2016, 206 pp

07 décembre 2017

Ma mère avait raison


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C'est une longue, tendre,  magnifique, déconcertante lettre d'amour, d'hommage posthume que l'écrivain adresse à  " Fanou"' sa mère, Stéphane Sauvage, un temps Jardin, encore (bien) vivante. Pour ce faire, il emprunte à l'un de ses trois zèbres, Sacha Guitry, le titre d'une de ses pièces , l'adapte en mode maternel et entreprend de faire le tour - reconnaissant - de l'imparable  et fantasque héritage de liberté mentale que lui lègue sa mère.

"Peut-être est-ce cela, éduquer ses enfants?  Les rendre fous de vie."

Découvrant le portrait de cette femme-question, livre ouvert, arsenic séduisant, instinctive, sensuelle, exorbitante, délirante d'intrépidité, d'infini,  de contradictions, en guerre ouverte contre la mesquinerie, la demi-vie, ... le lecteur réalise qu'un enfant ne peut émerger indemne de pareille filiation . D'autant qu'il se souvient que du côté de Pascal Jardin,  le "zèbre", son père, le terrain n'est pas triste non plus.

" Vivre, c'est ne pas finir de naître. Voilà pourquoi je t'aime tant d'être suprêmement inconfortable. 

Plutôt que déplorer le "vide gelé " ,  l'absence répétée que Fanou - éternelle amoureuse - imprime à son enfance, son éducation, Alexandre Jardin célèbre l'appétit de vie, l'intransigeante authenticité dont cette femme hors normes irradie son entourage.

"La mesquinerie n'était pas notre horizon"

Nous l'avions soupçonné...

Touchant, sublime, lyrique, l'hommage que l'écrivain rend à sa mère est pur enchantement.

Puisse cette dernière vivre follement encore bien longtemps, tant il est dit que 

" Ta mort, je ne veux pas m'en remettre"

Ma mère avait raison, Alexandre Jardin, hommage, Ed. Grasset, oct. 2017,  216 pp

 

 

05 décembre 2017

Mar-dites-moi, Paul Gauguin : Lettres à sa femme et à ses amis

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Ne quittons pas l'ami Gauguin sans nous pencher, mar-dites oblige, sur sa correspondance.  Une correspondance conjugale à l'ordre de notre billet du jour. Nous reviendrons ....un jour sur celle qu'il entreprit avec Daniel de Monfreid, ami fidèle et rare.

 Nous l'avons évoqué: Gauguin quitte Copenhague,  son épouse et quatre de ses enfants en 1885: Mette et sa belle-famille sont un frein irréductible à l'éclosion de son talent, de sa créativité; Gauguin explose et veut voler de son propre pinceau. Séparé, le couple ne vivra plus jamais ensemble. Si elle profite de la vente d'oeuvres de son mari, Mette n'admettra jamais son art. Une correspondance de quelque treize années s'instaure entre les époux, oscillant, dans le chef de Paul Gauguin entre l'abnégation, la tolérance et l'amertume.

La lettre qui clôt leur commerce épistolier est ..assez conclusive, en effet.

Nous sommes en 1897 - sans doute - Gauguin a encore six ans à vivre ...

 

A SA FEMME.

                                                                                      Sans date. (Tahiti, juin 1897.)
Je lis par dessus l'épaule d'un ami qui écrit :

   Madame,

   Je vous ai demandé que le 7 juin jour de ma naissance les enfants m'écrivent « mon cher Papa» et une
signature. Et vous m'avez répondu: « vous n'avez pas d'argent, n'y comptez pas ».

  Je ne vous dirai pas «que Dieu vous garde» mais moins fabuleusement «que votre conscience dorme pour vous empêcher d'attendre la mort comme une délivrance  ».

Paul Gauguin, Lettres à sa femme et à ses amis, recueillies, annotées et préfacées par Maurice Malingue,  Ed Grasset, Paris, 1946 -  nouvelle édition, in Les Carnets rouges, 2003 (2014)   416 pp

02 décembre 2017

Gauguin

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"Gauguin aime saisir le caractère du pays qu’il représente."

Et des pays, il en a connu, l'artiste.  Tôt orphelin de père - le prénommé Clovis [Gauguin] - Paul passe sa prime enfance auprès de sa famille (grand-)-maternelle, au Pérou. Il en revient,  âgé de six ans, avec sa mère, Aline Chazal,  et une pratique  lacunaire  de la langue française. Cette lacune sera comblée par l'écoute attentive des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau dont la pensée imprégnera la sienne.  Bon élève, il est également bon disciple, puisant à l'enseignement de Pissarro, Degas, Cézanne, les premières leçons d'un art en constante mutation, constante interrogation.

   Marié à une Danoise - Mette - père de cinq enfants, Paul Gauguin rompt après quelques années sa résidence à Copenhague et le constant obstacle que Mette oppose à sa pratique de l'art. La jeune femme n'admettra jamais qu'il choisisse la voie de l'art plutôt que le métier de négoce et de bourse auquel il s'astreint quelque temps.  A cette séparation s'ajoute la privation de quatre de ses enfants :  il emmène en France son fils Clovis, âgé de six ans, laissant notamment Aline, sa fille aimée -  qui a hérité de son caractère - à sa mère.

  A Paris, c'est la misère qui l'attend.

  Il met bientôt le cap sur Pont-Aven.

  L'entrée en contact avec Théo Van Gogh, le marchand d'art, frère de Vincent est une opportunité pour  Paul Gauguin.  S'il accepte, en 1888,  l'invitation de Vincent à Arles, dans la fameuse 'maison jaune", c'est surtout pour conserver les faveurs de Théo. Son attitude envers Vincent, fragile,  pétri de doutes,  est destructrice.  Vincent en vient à se trancher l'oreille, le 23 décembre 1888,  dans un accès de folie qui lui vaut un temps d'internement. La "crise d'Arles" interrompt – provisoirement-   les relations entre Paul  et Théo.

   C'est en 1891 – il va avoir 43 ans – que Gauguin met le cap sur Tahiti, entreprenant avec Daniel de Monfreid une correspondance d'éloignement précieuse pour ses biographes, et une période d'amours et d'art très créatrice. Imprégné de la mythologie et des moeurs locales, il sent la nécessité d’"outrer" les couleurs.  Quand il se trouve à court de toiles - difficultés financières obligent - il sculpte sur bois. Un art dont le biographe déplore qu'il passe trop souvent à la trappe.

   Le retour en France et en Bretagne est marqué d'un drame - la rixe de Concarneau , durant laquelle le peintre et ses amis sont sauvagement pris à partie -  qui lui fait perdre à vie l'usage d'un de ses pieds.  Souffrance, prise de morphine et l'incitation à l'alcoolisme qu'elle engendre auront de dramatiques effets sur la production de l'artiste.

   Il retourne à Tahiti toujours désargenté, tandis que Mette toujours à Copenhague tire un confortable profit de la vente de ses oeuvres.

   Grugé par  Charles Morice, un prétendu ami dans la publication de son récit Noa-Noa, Gauguin se sent également exploité par son marchand d'art Ambroise Vollard.  Voilà qui n'arrange pas un caractère déjà belliqueux à la base.

   La dernière partie de sa vie se déroule aux îles Marquises, lesquelles généreront une nouvelle mutation chromatique de son oeuvre. Sa santé se dégrade au même titre que ses finances. Son coeur cesse de battre le matin du 8 mai 1903.

  Précise et extraordinairement fouillée, cette biographie détaille toutes les oeuvres de l'artiste à l'aune de sa vie, de son tempérament. Elle nous révèle tant les influences, les éloignements - avec l'impressionnisme notamment - ruptures, ... que   le renouvellement constant qui caractérisent l'oeuvre de l'artiste.

« Quelles que soient les opinions qu'on peut se forger sur l'homme, ses moeurs, son tempérament, [Paul Gauguin] mérite d'être aimé pour son projet d'artiste-monde."

  Un portrait magistral 

  Apolline Elter

  Gauguin, David Haziot, biographie, Ed. Fayard, sept. 2017, 808 pp

Billet de ferveur

AE : Notre regard sur Gauguin est réducteur. Nous le cantonnons à sa production picturale « exotique ». Vous le déplorez

L’exposition, «  Gauguin, l’alchimiste »  qui se tient en ce moment au Grand Palais, tend à montrer toutes les facettes de son art,  peintures de toutes époques, esquisses, grès, céramiques, sculptures sur bois et même ses écrits.  Cette mise en perspective vous satisfait-elle ?  

David Haziot : Cette exposition parisienne est magnifique pour la sculpture, jamais je n’en ai vu d’aussi complète, ni d’aussi belle, pour révéler cet aspect de Gauguin qui fut un extraordinaire sculpteur, d’une originalité stupéfiante le plus souvent. Pissarro avait voulu l’inciter à aller pleinement dans cette direction, mais Gauguin refusa en écrivant à son ami et maître que si la peinture se vendait mal, c’était pire encore pour la sculpture.

   Il s’adonna donc à cet art quand il n’avait plus de toile à peindre, par envie brusque, pour se venger d’un ennemi ou adversaire dont il mit l’effigie sur son terrain ouvert à tous à Tahiti ou à Hiva Oa, ou quand il espéra en tirer profit en travaillant dans un atelier de céramique avec Chaplet ou Delaherche.

   Malgré ces restrictions, le catalogue des sculptures de Gauguin compte plus de 250 numéros, car il travailla aussi tous ses objets familiers, cannes, sabots, accoudoirs de meubles, compotiers, etc. Il confie à la sculpture le plus intime de son inspiration et cet art joue le rôle pour lui de journal, de laboratoire d’essais. Par exemple, quand il se cherche encore à Tahiti, c’est dans la sculpture qu’il trouvera la solution, en reprenant les formes et motifs de l’art marquisien et en les fracturant, en les ouvrant comme des fleurs pour faire des œuvres non plus closes dans une mythologie qui a réponse à tout, mais libres, ouvertes sur un avenir ignoré.

   On trouve aussi dans cette exposition des exemples de l’art de la gravure de Gauguin, si nouveaux par leur technique inversée : au lieu de creuser l’intérieur des formes sur son bois pour ne laisser s’encrer que les contours, il incise les contours et laisse le reste plein. Il en résulte ces surprenantes gravures noires pour représenter un pays de lumière comme Tahiti, ou sa mythologie religieuse.

  En revanche, je suis resté un peu sur ma faim pour la peinture présentée dans cette exposition. Il y a trop peu d’œuvres, malgré certaines qu’on ne voit pas souvent comme Intérieur rue Carcel, un chef d’œuvre inspiré de Degas, mais j’ai déploré l’accrochage et la mise en lumière un peu trop sombre à mon goût. L’impression de voir les œuvres au fond d’une crypte parfois. Cela nuit aux couleurs de Gauguin qui peint la plupart du temps en tons proches. J’avais trouvé la mise en lumière des Gauguin de la collection Chtchoukine bien meilleure à la Fondation Vuitton (œuvres sur murs gris éclairées par des spots en vraie lumière blanche à 5 à 6000°K). La salle Gauguin brillait de mille feux. Mais ne boudons pas notre plaisir de voir des œuvres qui voyagent rarement. Elles valent le détour et l’attente qui précède parfois l’entrée, si on n’a pas acheté un coupe-file. Une très belle exposition parisienne assurément, dont on peut remercier les organisateurs.  

01 décembre 2017

Gauguin, L'Alchimiste

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Si vous cantonnez la production artistique de Paul Gauguin (1848-1903) à ses seules séries de toiles bretonnes et tahitiennes, il est plus que (grand) temps de parcourir l'exposition d'ampleur que consacre le Grand Palais (Paris) à l' artiste prolifique, à sa production polymorphe.

Chronologique, didactique,  alternant les ambiances, le parcours de l'exposition - très prisée - révèle toutes les formes d'art que Gauguin exprime, farouche, sauvage, obstiné, sa vie durant: dessins, lithographies, toiles, céramiques, grès, sculptures sur bois, manuscrit de Noa-Noa..attestent d'une création vitale, variée, en constante évolution.

Gauguin a tellement l'art dans le sang qu'il le préfère à sa famille, tandis que sa femme Mette le préfère boursier, vendeur de bâches casé... Ennuis de santé, précarité financière et même misère n'auront jamais raison de son expression artistique vitale.

Et "le sauvage malgré lui" de souscrire à l'idée d'une nature, matière et d'un esprit,matrice.

Année-charnière de son parcours artistique -et de ses  quarante ans  -  1888 consacre aussi la cohabitation houleuse avec Vincent Van Gogh , à Arles, dans " la maison jaune".   Les artistes sont censés entreprendre une réflexion commune sur leur art : en témoigne la toile "Les lavandières à Arles" (ci -dessous)  -  l'une des dix-sept oeuvres  réalisées par Paul Gauguin durant son séjour arlésien d'octobre à décembre '88. Elle sent l'influence du peintre hollandais. Mais, et on le lira en détail dans la biographie que David Hoziot consacre à Gauguin ( Ed Fayard, oct. 2017 - à l'honneur du blog, ce week-end) , la présence de Gauguin sera néfaste à un Vincent Van Gogh déjà fragile. Le séjour de Gauguin se conclut par la "querelle d'Arles" et l'épisode sanglant de l'oreille que Vincent se tranche, en date du 23 décembre (ou du 24, selon certains biographes)

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Son récit Noa-Noa, "la parfumée" vise à faire comprendre sa peinture aux Parisiens. Un montage audiovisuel permet d'en découvrir les pages tracées de sa belle écriture inclinée, illustrées de dessins éloquents.

Une exposition à découvrir en famille jusqu'au 22 janvier 2018

Rendez-vous, demain, sur le blog enneigé du Pavillon pour le billet de ferveur que David Haziot nous consent

Apolline Elter 

Gauguin l'Alchimiste - Paris - Le Grand Palais : www.grandpalais.fr

30 novembre 2017

La Disparition de Josef Mengele

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 Il était des principales listes de présélections des prix littéraires.Et c'est sans doute le prix Renaudot qui  lui sied le mieux, reconnaissance d'un roman de facture journalistique par un jury qui se revendique du fondateur de la presse-  j'ai nommé Théophraste Renaudot  (1586-1563) , concepteur de la Gazette ( fin mai 1631)

 Sobre, factuel et précis, le  récit revêt davantage l'allure d'un documentaire  que d'un roman. Le journaliste Olivier Guez a mené une enquête approfondie, nourrie de voyages d'investigation  sur le sujet- l'évaporation de Josef Mengele, le bourreau d'Auschwitz, sitôt la défaite du Reich, sa  vile soustraction aux procès de l'Après-Guerre

La confusion du genre - roman / récit me laisse, je l'avoue, un peu perplexe.

Soit.

Focus donc sur le débarquement en Argentine d'un prénommé Gregor, sorte de dandy moustachu dont le lecteur réalise illico qu'il s'agit du docteur Mengele, l'"ingénieur de la race aryenne" ,  assez  bienvenu, ainsi que ses congénères au pays de Perón : 

"À la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l'ordre noir déchu. S'y croisent des nazis, des ouachis croates, des ultranationalistes serbes, des fascistes italiens, des Croix fléchées hongrois, des légionnaires roumains de la garde de fer, des vichystes français, des rexistes belges, des phalangistes espagnols, des catholiques intégristes; des assassins, des tortionnaires et des aventuriers: un Quatrième Reich fantôme."

Quelle surprise - oserions-nous parler de déconvenue - de constater la lâcheté, l'insignifiance intrinsèque d'un homme traqué par la crainte d'être démasqué. Le contraste avec l'indicible inhumanité des exactions perpétrés dans le camp d'Auschwitz par un être dépourvu de toute humanité défie l'entendement . " Sous-merde basanée"  le monstre termine sa vie en 1979 - il a 68 ans-  mystérieusement échoué sur une plage brésilienne.

Les jours, les semaines, les mois défilent, ainsi stagne la vie confinée de Mengele au Brésil dans son cachot ouvert sur l'infini et loin des hommes, une vie figée dans un bourdonnement incessant, dans l'alternance des saisons sèches ou bien humides, les ouragans, les chaleurs hermétiques, les pluies languides, cernée de mille-pattes et de serpents, de scorpions et de vers parasites, d'eucalyptus et de jacquiers aux racines entrelacées, monstrueuses pattes de dinosaures.

 A. Elter

La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez, roman, Ed. Grasset, août 2017, 240 pp

29 novembre 2017

La vraie vie

La vraie vie.jpgC'est la question que chacun se pose - acteurs de la pièce, spectateurs de la salle - comment vivre vraiment sa vie, sans mentir aux autres ni,  avant tout,  à soi-même.

Elle ne sera pas résolue.

Tout honoré de recevoir la visite de son ancien prof de philo, " Monsieur Machin", au prénom de Maxime (Bernard Murat), PIerre Costa (Guillaume de Tonquédec) craint de ne plus mériter  la considération que son prof lui portait à l'époque de ses dix-huit ans. Monsieur Machin avait en effet laissé entendre que Pierre n'était pas complètement démuni d'intelligence...

Profitant d'une absence bienvenue de sa compagne, Florence (Léa Drucker), Pierre réorganise son appartement sur un mode austère et  intello, laissant négligemment traîner des traités à haute portée philosophique.....

La situation, vous vous en doutez, va rapidement échapper à sa maîtrise.

D'autant que le banal Pierre Costa subit les effets de l'écrasante notoriété d'un comédien homonyme

Avec des rôles taillés sur mesure pour chacun des acteurs - soulignons les subtiles interprétations de Léa Drucker, Guillaume de Tonquédec et Anne Benoît - le vaudeville soutient rythme et tonus tout au long de la pièce. Sous la drôlerie se cachent le doute, le mensonge et la frustration. Et surtout la question: c'est quoi, la vraie vie? 

Je vous recommande la pièce

Apolline Elter

Une pièce de Fabrice Roger - Lacan - Mise en scène par Bernard Murat - A voir jusqu'au 6 janvier 2018 au théâtre Edouard VII -  10, place Edouard VII - 75.009 Paris 

Apolline Elter 

24 novembre 2017

Chez Barbara- La dame brune

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 " L'exode mais aussi la fuite et les caches, et l'histoire banale d'une petite fille juive qui ne veut pas mourir et comprend trop tôt la violence des hommes, l'injustice et la haine."

A cette violence s'ajoute celle - incestueuse - d'un père qui laissera des traces indélébiles dans le coeur de la jeune Monique Serf, future Barbara Brody (1930-1997) , dans son approche des hommes.  La fascination première exercée par Edith Piaf, quelques rencontres et séjours en Belgique - mais oui, chez nous - et un mariage avec l'étudiant juriste Claude Sluys,  le 31 octobre 1953, lanceront l'artiste sur les escaliers de la gloire.

Fragile, rebelle, écorchée, Barbara se donne à son public, module sa voix de façon singulière, émouvante, entraînant nos oreilles, nos lèvres - notre coeur aussi -  en ces  mélodies envoûtantes de L'Aigle noir, Göttingen, Vienne, Gaughin et  surtout, [Sa] plus belle histoire d'amour .

Elle décède inopinément le 24 novembre 1997, à 67 ans,  tandis qu'elle s'est attelée à la rédaction de Mémoires, dès lors inachevées et à un combat en faveur du sida.

Le beau texte que le biographe Alain Vircondelet lui consacre est sublimement  soutenu des aquarelles et portraits signés Philippe Lorin.

Un poignant hommage à une femme vraie et généreuse.

Apolline Elter 

Chez Barbara, La Dame brune, Alain Vircondelet (texte) et Philippe Lorin (illustrations), beau livre, Ed. du Rocher, sept. 2017, 120 pp

23 novembre 2017

Un certain M.Piekielny

piekileny.png" C'est en écrivant ce livre que j'ai compris pourquoi La Promesse, que j'avais lue à un âge où l'on est si peu clairvoyant sur soi-même, m'avait à ce point fasciné: ma mère était de la dynastie des Mina, il fallait que le front de son fils fût ceint de lauriers pour qu'elle pût s'en coiffer à son tour. Mais là où Romain s'est mis à écrire pour la sienne, c'est à la fois grâce à la mienne et contre elle que je suis devenu écrivain: ce qui aujourd'hui m'emporte et m'exalte et me tient lieu de vie, c'est à elle, sans doute que je le dois." 

Centré sur la (célèbre) Promesse de l'Aube publiée par Romain Gary en 1960 et celle qu'enfant,  voué à un brillant avenir , il aurait faite à un voisin juif de Vilnius, un certain m. Piekielny de prononcer ses noms et adresse,  chaque fois qu'il rencontrerait des "grands de ce monde" ,  le roman de François - Henri Deserable se fait enquête : il s'agit de retrouver la trace,  sur place et par la consultation des registres d'époque, de ce personnage mystérieux. Ce faisant l'écrivain découvre de troublantes similitudes entre son destin et celui de Romain Gary et double sa recherche d'une quête sur son propre avènement à l'écriture.

Une écriture qu'il possède maîtrisée, brillante.

Qu'il offre,tel un hommage, à l'auteur de La Promesse.

A Elter

Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable, roman, Ed. Gallimard,  août 2017, 321 pp

 

22 novembre 2017

Frère et soeur

" Il appela juste avant d'être amputé de la jambe. C'était la première fois de l'année qu'ils se parlaient.

"Je suis à l'hôpital", dit-il. Et il se mit à pleurer."

Ains'Incipit un roman.. intrigant

Gerritsen.jpgTraduit du néerlandais, il a fait un tabac, aux Pays-Bas, vendu à quelque 650.000 exemplaires.

Déconcertant.

Les relations entre Olivia et son frère Marcus se sont étiolées au fil des années.

Olivia mène sa barque professionnelle et familiale de façon ferme et assurée, tandis que Marcus végète et mène un mou combat contre le diabète.

"Aussi le sentiment qu'Olivia éprouva à l'idée qu'on risquait d'amputer Marcus d'une jambe l'assaillit-il comme un voleur dans la nuit."

Et OLivia de s'interroger sur la solidarité obligée des liens de la fratrie

"Ils étaient tous deux prisonniers de cette position  détestable"

Une interrogation, une culpabilité diffuse, la solution engendrée  qui  pourraient mettre à mal l'équilibre familial

Une radioscopie des relations de la famille

A Elter

Frère et soeur, Esther Gerritsen, roman traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Ed. Albin Michel, octobre 2017, 176 pp

18 novembre 2017

La Serpe

Oserais-je un avis tranchant sur le sujet:  ce "roman vrai" par trop bavard, eût gagné d'être allégé de moitié. Simple question d'embonpoint.

A la ligne

La serpe.jpgSon argument est intéressant, traité avec une méticulosité absolue, célébrant, à sa manière, le centenaire de la naissance de l'écrivain Georges Arnaud (1917-1987)  concepteur du  Salaire de la peur,  rendu célèbre par son adaptation cinématographique, le trentenaire de son décès et une tentative de résolution d'un triple et sanglant meurtre perpétré fin octobre 1941 dans le château d'Escoire (Dordogne) 

Mais encore.

Nous sommes le matin du 25 octobre 1941

Le futur Georges Arnaud, nommé alors Henri Girard contacte les services d'urgence: un triple meurtre a été commis durant la nuit - un massacre à la serpe - qui a entraîné la mort atroce de Georges Girard, son père, de sa tante Amélie et de la bonne, Louise Soudeix. Seul rescapé , Henri fait illico figure de suspect : il a emprunté la serpe assassine à Yvonne, une voisine; rien n'a été volé dans le château, lequel n'a subi aucune trace d'effraction... Il paraît, en outre, peu mortifié à  l'évocation des faits

Magistralement défendu par l'avocat Maurice Garçon , Henri Girard est acquitté, le 3 juin 1943, après avoir purgé dix-neuf mois de prison préventive. 

Le jeune homme de 26 ans  va dès lors changer de nom, de vie,pourfendre les injustices, défendre la veuve et l'orphelin, ...sans que jamais ne soit élucidée la vérité de la fatale serpe.

Ami d'Emmanuel Girard, petit-fils d'Henri, Philippe Jaenada enfourche une voiture de location - aux pneumatiques incertains - se fend d'un séjour d'investigation dans les lieux mêmes des faits -savourant le confort moelleux des oreillers de l'hôtel Mercure - examinant du microscope impitoyable d'un Cluedo ..puissance 4 tous les éléments du dossier Henri Girard et nous propose une résolution nouvelle de l'affaire, dûment, croyez-m'en, étayée d'argumetns.

Est-ce à dire que Philippe Jaenada est dépourvu d'esprit de synthèse? Que du contraire. le résumé parfait  de ce portrait, vous le trouvez, p 141

Une drôle de vie, avec le recul. Ce que j'en sais, je l'ai appris dans les livres. Sale gosse, sale type, des claques, insupportable, il ne mue, instantanément, qu'en anéantissant la fortune familiale, et se transforme en nomade combatif qui ne possède rien et vient en aide à ceux qui en ont besoin. Un bon gars, finalement.

 Il ne vous reste dès lors que 507 pages à savourer.

 A Elter

La serpe, Philippe Jaenada, roman, Ed Julliard, août 2017, 648 pp

Roman attributaire, faut-il le rappeler, du Prix Femina 2017

16 novembre 2017

Les Rêveuses.

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Juin 1940.  L'armée française est en déroute.

Dérouté aussi, Peter Siderman, " jeune homme, plein d'amertume et d'innocence".  Engagé dans l'armée française, il pressent que sa nationalité allemande ne va pas plaire aux assaillants...  Tant qu'à être fait prisonnier,  mieux vaut utiliser l'identité d'un Français. C'est ce qu'il fait, troquant l'identité d'un frais cadavre français-  celle d'Alexandre d'Andelange-  contre la sienne.

Capturé, il passe de camps (allemands) en camps,  bénissant l'imposture qui lui a sans doute sauvé la vie.

" Mais au début de l'hiver il fut convoqué chez le commandant du camp qui lui annonça que, par faveur exceptionnelle, l'autorité militaire avait accepté la requête de sa mère mourante et qu'on allait immédiatement le ramener auprès d'elle.

Le roman est lancé,  grevé d'une intrigue, certes un peu compliquée,  de l'intervention du journal intime d'Alexandre et  de religieuses cloîtrées, gravé d'une écriture maîtrisée, du souffle romanesque qui révèle l'étoffe d'un vrai écrivain

Un deuxième roman

A Elter

Les Rêveuses,  Frédéric Verger, roman, Ed. Gallimard, août 2017, 448 pp

15 novembre 2017

Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment)

9782367624464-001-T.jpeg« Nous assistons probablement, et je le souhaite de tout coeur, au passage à un stade éthique supérieur où la pensée humaniste s’émancipe de son cadre anthropocentrique pour s’étendre à tous les êtres sensibles qui peuplent la Terre. Dès lors, faire preuve d’“humanité” ne signifie plus simplement respecter les autres êtres humains, mais tout être vivant, selon son degré de sensibilité et de conscience. La vie s’est exprimée sur Terre à travers une foisonnante diversité.
Puisque l’être humain est aujourd’hui l’espèce la plus consciente et la plus puissante, puisse-t-il utiliser ses forces non plus pour exploiter et détruire ces formes de vie, mais pour les protéger et les servir. C’est pour moi notre plus belle vocation : protecteurs et serviteurs du monde. "

Tel est l'exergue de la lettre ouverte que Frédéric Lenoir adresse, non guère aux animaux mais à ceux qui ont la capacité de les respecter sinon de les aimer: nous.

Partant du constat effrayant de la  surconsommation actuelle de viande et de poisson, de ses  effets néfastes au niveau planétaire et de la maltraitance corollaire des animaux,  le philosophe nous enjoint au respect minimal d'une espèce animale, vivante, fort proche de la nôtre.  Une proximité dont il marque les différences en même temps que les convergences. 

S'il constitue un plaidoyer pour une nourriture végétarienne, l'essai induit, force exemples à l'appui, que la maltraitance des animaux risque de s'étendre à celle des humains.  Le genre de pas abject qu'ont déjà franchi bien des tortionnaires; il suffit de se rappeler la cruelle mémoire des camps de concentration nazis.

A l'inverse, la bienveillance à l'égard des bêtes - si l'on exclut le syndrome de Noé, pathologie d'un attachement excessif à leur égard  - induirait une même attitude à l'égard de nos semblables.

Pour étayer son propos, le philosophe convoque nombre de ses confrères, philosophes, écrivains - Emile Zola, Marguerite Yourcenar, le Pape François -   à travers les temps, citations à l'appui. Il propose des pistes concrètes de respect du règne animal,  introduction d'un code du droit des animaux, d'un label éthique.. qui sont tant de solutions alternatives.

Une réflexion très engageante

Apolline Elter  

Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment), Frédéric Lenoir, essai, Ed. Fayard, mai 2017, Ed Audiolib, sept. 2017,  lu par Christophe Chêne- Cailleteau,, CD - MP3, durée d'écoute : 2h50 min.
 

11 novembre 2017

Le Rêve de ma mère

"C'est un travail étrange que d'écrire un livre comme celui-ci. Il n'est pas anodin, en tout cas, de se remémorer son parcours, ses émotions, de tenter de décrypter la ligne, parfois les hasards (?) qui vous ont menés. On se surprend à garder en mémoire des détails qui vous ont profondément marqué - comme l'affreux raclement sur le plancher de ce pupitre de terminale traîné pour moi au fond de la classe de quatrième - alors que d'autres événements, qui se révéleront décisifs, sont curieusement flous, absents des souvenirs marquants."137150_couverture_Hres_0.jpg

 Marquée à vie par la mort conjointe de ses parents, Ginette et Lucien Legras, le 6 novembre 1955 - asphyxiés par les émanations d'un chauffe-bain défectueux-   Anny Duperey est encore transpercée de questions.

 L'enfant de huit ans qu'elle est au moment du drame est frappée d'amnésie, d'une sourde culpabilité,  d'une dépression larvée. Des moments forts qu'elle raconte dans le merveilleux Voile noir ( Le Seuil, 1992) 

 Si la radieuse actrice revient sur son enfance  dans ce nouveau (et beau) récit, c'est parce qu'elle va enfin tenter de "rencontrer" sa mère, "maman",  - cette inconnue  -  de déceler son projet de vie - avorté - glanant parmi les souvenirs rapportés et ceux qu'elle a occultés, les éléments d'une (re) connaissance.

 Et c'est ainsi que certains hasards, voire "évidences " de son  propre parcours de vie et artistique surgissent comme l'accomplissement du rêve maternel.

 Un parcours dont elle nous livre les embûches et joies en une sincérité désarmante. Généreuse.

 Ce faisant, elle rend un hommage appuyé à  " Tata", sa tante paternelle, tutrice dévouée

 Merci Anny Duperey.

 Apolline Elter

 Le Rêve de ma mère, Anny Duperey, récit, Ed. du Seuil, nov. 2017, 212 pp

 

09 novembre 2017

Majda en août

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La pluie tombait, tiède et fine. Elle tirait sa petite valise à roulettes dans les flaques, sur le bord de la route; ses pieds étaient nus; ses joues noires de crasse. Le délire l'avait menée vers les rivages salés de son enfance, l'aveuglante lumière du Sud. À toutes les personnes qu'elle avait croisées ce jour-là, elle avait demandé: Babylone, c'est encore loin?

Ains’Incipit  un roman poignant. 

Sa lecture ne vous laissera pas de marbre.

  Aînée d’une fratrie nombreuse – constituée de seuls garçons -  Majda subit, à l’entrée de l’adolescence, les  persécutions de son entourage,  puis le viol perpétré par une bande amie de son frère Aziz. Aussitôt, elle en est salie au regard des autres et  le sien .Sa vie ne sera dès lors qu’une tentative de fuite – par les études et une maîtrise en sociologie  - d’oubli, « suite vertigineuse de petits hauts et de grands bas. »

Des crises de délire vont se succéder qui lui vaudront de retourner –  en ce torride mois d’août 2014 – chez ses parents.  Brave couple  maghébin, Fouzia, tunisoise, et Ahmed algérois, venus s’établir dans le sud de la France dans les années soixante, se sentent désarmés face à la déchéance de leur fille …

Le roman est court, qu’importe :  il est dense. L’’écriture, puissante,  fait vivre et vibrer les scènes poignantes, transpirer l’instant, la souffrance.

Un roman remarquable

Un deuxième roman…

Apolline Elter

Majda en août, Samira Sedira, roman, Ed du Rouergue 2016, 138 p

 

08 novembre 2017

Prix Goncourt à Eric Vuillard

 A l'ordre du jour ... un retour sur le prix Goncourt

Nous en avions souligné le côté flamboyant,  l'écriture magistrale et reproduisons, ci-dessous,  à votre intention la chronique publiée le 3 juin sur votre blog préféré

Le sympathique destinataire du prix littéraire le plus prestigieux a dû vaincre quatre obstacles externes et de taille pour l'obtention de la récompense : 

                - une date de parution prématurée (premier semestre 2017)

                -  une  facture de récit plutôt que de roman

               - la concurrence du merveilleux Bakhita ( Véronique Olmi)  dont nous souhaitons qu'il obtienne le prix Femina 

                 - la nomination de Françoise Nyssen - qui dirige les Editions Actes Sud  - au Ministère de la culture

 

 Il les a vaincus.  Inclinons-nous avec joie devant la décision du Jury du Prix Goncourt

D'autant que le récit est dense, il est court

Ca fait du bien par les temps qui courent

Vive la littérature, promise à de beaux jours

Apolline Elter

 

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 Après un 14 juillet qui avait enflammé, à la rentrée,  notre gastronomie livresque( voir chronique sur ce  blog) Eric Vuillard nous revient avec un récit tout aussi flamboyant et nous plonge, d'entrée de pages, au coeur d'une réunion historique qui vit, le 20 février 1933, vingt-quatre patrons d'entreprise - les plus prospères d'Allemagne - accorder leur soutien à Hitler.

" Et ils se tiennent là, impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l'enfer."

 Et le lecteur subjugué d'assister à la montée en puissance méthodique d'Hitler et des siens, Goebbels, Goering et charmante compagnie, à la singulière cécité de Lord Halifax, surdité du président Lebrun,  humiliation de Schusshnigg, le chancelier autrichien qui voit imposer à son pays des mesures insoutenables tandis que l'Allemagne interdite de fabrication de chars depuis le traité de Versailles (1918) reconstitue, hors frontières, son équipement d'assaut.

"Une armée en panne, c'est le ridicule assuré."

L'annexion de l'Autriche  par l'Allemagne nazie, le 12 mars 1938, relève tant du machiavélisme que du rocambolesque, avec la congestion des chars d'assaut, à la frontière, pour panne technique, la fureur du ...Fürher et  l'interminable dîner londonien  qui empêche  Chamberlain de vaquer aux affaires d'Etat pour la simple raison qu'il n'arrive pas à se débarrasser de l'encombrant Ribbentrop ...

On se croit au cinéma tant l'auteur nous fait vivre les événements, les destins particuliers,  avec brio, juste tempo et un humour confondant. 

La farce est tragique: elle a coûté la vie à des millions d'Européens.

La fresque est grandiose, soutenue d'une plume, d'une écriture remarquables.

Apolline Elter

  L'ordre du jour, Eric Vuillard, récit, Ed. Actes-Sud, mai 2017, 156 pp

04 novembre 2017

J'exulte!

Je l'attendais, de pied et libraire fermes, elle est là

La célèbre lettre qu' Emile Zola

Au Président Faure adresse

Par voie de presse

Voix de détresse

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Destinée aux élèves de quatrième - nous le sommes tous - la publication intégrale de la lettre ouverte, "J'accuse" parue en première page du quotidien L'Aurore, le 13 janvier 1898,  est assortie d'un dossier clair et didactique. 

 Son auteur, Philippe Delpeuch,  restitue le contexte exact de l'émission explosive de la lettre, le climat politique, social et culturel qui entoure l'Affaire Dreyfus, analysant le fond, la structure et la forme de ce monument du journalisme engagé.  Un engagement qui vaudra à Zola l'exil  - en Angleterre - si ce n'est son décès accidentel, le 29 septembre 1902.

" J'accuse....!", Emile Zola, Lettre ouverte, texte intégral +  dossier par Philippe Delpeusch, Ed. Folio+ collège, nov. 2017, 100pp, 2.9 €

 

02 novembre 2017

Les jours où les lions mangeront de la salade verte

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Nous avions découvert Raphaëlle Giordano en routinologue ( Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une - voir chronique sur ce blog; l'ouvrage sera bientôt adapté au cinéma) , nous la retrouvons avisée burnologue.

Késesa? 

Friande de néologismes et de la mise en scène  romanesque de concepts de bon sens via ce qu'il convient d'appeler des feel good book , Raphaëlle Giordano nous propose désormais  de lutter contre la burnerie, ce fléau  qui pourrit la vie, de ceux qui en sont porteurs ou victimes.

La burnerie, c'est l'arrogance, le manque de conscience de l'autre et partant de respect, de simple courtoisie.  Romane, jeune femme dynamique et par moments, volcanique, a décidé de lui livrer un combat sans merci. Elle anime à cette fin des séminaires pour amener bourreaux et victimes de burnerie à un aimable modus vivendi.

La session qu'elle entame va lui donner corde à retordre, en la personne de Maximilien Vogue,  aussi brillant PDG que pétri d'une burnerie puissante et ancrée...

Le jour où les lions mangeront de la salade verte, Raphaëlle Giordano, roman, Ed. Eyrolles, juin 2017, Ed. Audiolib,  août 2017, texte intégral lu par Léovanie Raud, durée:  8 h55 

 

01 novembre 2017

Victoria & Abdul

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Elle s'appelle Victoria (Judi Dench) reine fatiguée et revêche du Royaume-Uni et des Indes, ... Son par trop long règne  s'éternise, en une succession d'obligations, de banquets , oppressé d'une étiquette stricte et  d'une série de courtisans very british.... 

Alors quand surgit Abdul Karim (Ali Fazal), jeune musulman indien venu solennellement lui offrir un mohur, son royal sang ne fait qu'un tour, elle renaît à la vie, bientôt à la gaieté.

Inspirée d'une histoire vraie, largement pimenté de scènes cocasses à la sauce anglo-saxonne - on croit assister au Grand Hôtel Budapest -  l'amitié singulière, teintée d'amour maternel, entre Victoria et Abdul, ouvrira à cette dernière une fenêtre sur la vraie vie, celle de ses colonies, dotera ses poumons presque éteints d'un souffle d'oxygène salutaire. Elle sera très mal perçue de son entourage, de son royal fils Bertie....

Un film distrayant à visionner absolutely en version originale

Merveilleuse prestation de Judi DENSH

A Elter

Confident royal,  un film de Stephen Frears, en salles depuis le 4 octobre 

28 octobre 2017

La Nostalgie de l'honneur

Van der Plaetsen - c.jpg"Une certaine conception de l'honneur peut conduire un homme à se dépasser jusqu'à se transcender - et à mourir pour l'idée qu'il se fait de la vie dont il est l'obligé."

C'est à la vie et surtout à l'action de son grand-père maternel, le Général Jean Crépin, qu'est dédié le récit de Jean-René Van der Plaetsen.

            Une vie, un destin qui se décide le matin du 28 août 1940, à Manoka (Cameroun) et voit un jeune capitaine d'artillerie, marié, père de deux fillettes, rallier le Général de Gaulle et le combat pour la France libre, prêter serment d'une fidélité qui jamais ne faillira.

Bras droit du (futur) maréchal Leclerc - alias Philippe de Hauteclocque (1902-1947) -  Jean Crépin est nommé colonel à trente-deux ans. Il commande alors l’artillerie de la Deuxième Division blindée, la fameuse 2e DB.

" Si l’infanterie est la reine des batailles, comme on l’a souvent dit, l’artillerie en est l’impératrice. Ce que Napoléon, qui était artilleur de formation, traduisait ainsi, avec son génie de la concision : « Le feu est tout, le reste est peu de chose ». C’est en effet l’artillerie qui prépare les victoires. "

La victoire de la France, ce Compagnon de la Libération la célèbre le 26 août 1944, sur les Champs-Elysées, aux côtés des généraux Leclerc et de Gaulle, " ces deux hommes auxquels il avait voué son existence et qui ont donné un sens supérieur à sa vie" ; elle lui coûte celle de son épouse le 8 septembre suivant - mutilée par une mine antipersonnel allemande - et un profond sentiment de culpabilité.

Remarié en 1947, l'officier enchaîne, à contre-coeur, l'Indochine, avec ardeur, l'Algérie, avant d'accéder à la vice-présidence de l’Aérospatiale, futur Airbus group, aux présidences de Nord-Aviation, d'Euromissile et d'assurer des missions supérieures, secrètes et névralgiques de développement stratégique.

A travers sa personnalité, son action, son humilité, c'est également " les vies admirables de ces Boissieu, Dio, Massu, Messmer, Simon ... " que Jean-René Van der Plaetsen célèbre, réalisant, d'une plume alerte et fluide, un essentiel devoir de mémoire, de transmission.

            Un récit édifiant.

Apolline Elter

La Nostalgie de l'honneur, Jean-René Van der Plaetsen, récit littéraire, Ed. Grasset, septembre 2017, 240 pp

 

Billet de faveur

AE : Vous rendez au panache – cocktail d’honneur et d’humilité qu’incarne votre grand-père – ses lettres de noblesse ; notre époque en semble moins pourvue. Imputez-vous cette attitude à une forme d’arrogance qui nous fait voir la vie comme un dû, un droit acquis, nous libérant d’obligations à son égard ?

Jean-René Van der Plaetsen :

Tout à fait. Je pense que, la vie nous étant donnée, il convient de s’en réjouir et d’apprécier à sa juste mesure l’immense chance qu’est le simple fait de pouvoir vivre. Mais je pense aussi que certaines obligations nous incombent lors de notre passage sur terre. Certaines tombent sous le sens, comme de s’efforcer d’être heureux, de respecter ceux qui nous entourent, ou encore d’essayer de progresser dans les domaines qui sont propres à chacun ; d’autres le sont moins aujourd’hui parce qu’elles se perdent ou que nous les avons oubliées. Parmi celles-ci, il y a le sens de l’honneur qui, selon moi, doit nécessairement être accompagné du souci de l’humilité.

AE :  votre grand-père vous a en quelque sorte institué dépositaire de sa mémoire : vous étiez seul garçon, il vous sentait imprégné de ses propos.  Le fait d’avoir un fils à votre tour a-t-il amplifié l’urgence de cette transmission ?

Jean-René Van der Plaetsen :

Certainement. Ce livre n’est pas seulement le récit de vies d’hommes héroïques ou exemplaires, c’est aussi une histoire de transmission et d’héritage. L’éternelle histoire du vieil homme et de l’enfant, au fond. J’espère que mon fils, âgé de dix ans, saura trouver dans ce livre des enseignements qu’il transmettra à son tour à ses enfants. Car je crois que ces valeurs de courage et de droiture dont il est question dans La Nostalgie de l'honneur n’ont pas d’âge, même si certains les jugent dépassées aujourd’hui, et qu’elles peuvent servir à tous les temps.

26 octobre 2017

Une mère

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"Ma mère n'était pas un exemple. Simplement une personne singulière, d'une joie et d'une puissance de vie admirables. Son souvenir m'accompagne. Qu'il accompagne le lecteur de ce livre, en lui faisant penser à d'autres êtres de cet ordre, et je serai content."

 A Sabine Sobczac, sa mère, décédée début juillet 2016, Stéphane Audeguy rend le plus digne des hommages, traçant sa vie, ses deux mariages et son portrait, sous forme d'une "tendre élégie", mâtinée d'humour mais surtout d'amour.

 Troisième de fratrie, l'écrivain a conscience d'avoir été désiré "fille"; il analyse finement  les répercussions de cette espérance déçue dans les rapports avec sa mère et son propre avènement à l'écriture.

 Des noms successifs de Sobczak, Audeguy et Julienne qui structurent l'histoire de  cette mère et les parties du récit,  jaillit son prénom de "Sabine" , chapeau de la quatrième et dernière partie ,  voie d'accès à la femme, à  son être intime.

Ce faisant, et c'est le motif du titre, de la publication, Stéphane Audeguy, entend, par le biais de la sienne, rendre hommage à toutes les mères singulières. Les nôtres.

 Un enfant admire sa mère; cela n'est rien.Elle se trouve, rétrospectivement, mériter cette admiration ?  Voilà qui est un peu mieux. Et si je me permets de l'évoquer publiquement, c'est pour celles à qui elle ressemble, et pour saluer leur courage

Une mère, Stéphane Audeguy, élégie, Ed. du Seuil, sept. 2017, 160 pp

 

25 octobre 2017

La dernière tournée... (en) chantée de Michel Sardou

 Belges etsardou.jpg Belges, 

Fort de cinquante années chantées et d'un répertoire de 350 titres, Michel Sardou tire une  révérence enchantée: il se consacre désormais aux planches, à son métier de comédien.

La salle de Forest National ( Bruxelles) était donc comble, hier, pour la première représentation d'une tournée de quatre soirées,  le public, comblé.

Il faut dire qu'il lui est acquis, son public : Michel Sardou n'a pas à lacer son noeud papillon que déjà  Papys et Mamys se lèvent et trémoussent  de liesse et d'allégresse.  Et le monstre sacré d'arriver, tel le Messie, les bras larges ouverts pour célébrer , d'une gestuelle certes modérée - voire minimaliste - un répertoire tellement actif au fond de nos mémoires.

D'enchaîner Salut,  la Java de Broadway, La maladie d'amour,  les Ricains, Vladimir Illitch, Les vieux mariés, Le successeur, My way, Femmes des années quatre-vingts, Le France, Les Cathédrales, La dernière danse    .. soutenu d'une orchestration, acoustique,  effets de scène et de lumières magistraux . D'associer Barbara, Jackie Sardou, sa mère, ...  en une "nostalgie du futur" affirmée.

D'intégrer deux nouveaux titres , San Lorenzo (dédié au Pape François - peu convaincant)  - et le (beau) Figurant, issu de son album Le choix d'un fou

Un choix que j'aurais souhaité, pour sa tournée, moins..  convenu

Que diable Michel ne nous avez-vous  offert les sublimes Vincent, Elle pleure son homme, ...

J'en aurais vibré d'émotion..

Mais votre public était acquis et vous l'avez, une nouvelle fois séduit

Ajoutons que votre voix n'a rien perdu de sa puissance, de son velouté, elle aurait même gagné en densité

Alors, bon vent pour cette dernière tournée

 

Apolline Elter

Michel Sardou, La dernière danse- A Forest National, du mardi 24 au vendredi 27 octobre 

 

21 octobre 2017

L'abandon des prétentions

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 C'est avec humour que Blandine Rinkel, attributaire de la Bourse découverte, décernée le 5 octobre par la Fondation Prince Pierre de Monaco, des mains de sa Présidente, S.A.R la Princesse de Hanovre (as Caroline de Monaco)  pour son premier roman, L'abandon des prétentions, souligna l'inadéquation apparente du titre...

Avec en point de mire, le portrait de sa mère, Jeanine, sexagénaire, frais retraitée,   Blandine Rinkel révèle, en effet, une belle plume, tantôt ciselée à la façon d'un orfèvre, tantôt déliée sur un mode plus récréatif . .et créatif , pétrie de métaphores inventives et d'un humour mâtiné de tendresse.

C'est qu'on a bien envie de la connaître, cette Jeanine, généreuse, loufoque, inattendue, "femme-oreille" qui apprend l'arabe sitôt sa retraite entamée, fait de sa cuisine fuschia un lieu d'écoute sociale et de confidences, administrant aux écorchés de la vie  force crèpes et cidre.

Il lui arrive d'être grugée mais la "douceur l'emporte toujours sur la méfiance." , de ne savoir que dire -  Jeanine, agitant vainement sa cuillère dans sa tasse sèche , fixait Moussa avec un regard compliqué, à la fois vide et grave, ignorant mais concerné".- mais elle se donne tout entière avec une candeur aussi jubilatoire que désarmante.

Une coeur simple? 

Oui mais sur un mode volontaire. Assumé.

Contre la tyrannie des ambitions, elle a préféré affiner sa part sensible : plutôt que les dîners à plusieurs, elle choisissait les tête-à-tête, au champagne qui frappe préférant le cidre doux ; plutôt que de s’inscrire au concours pour l’agrégation, qu’on lui conseillait de passer, elle apprit la peinture et effeuilla des livres d’histoire"

Sujet d'observation, d'étonnement, d"étude déconcertée pour sa fille, Jeanine jaillit de ce portrait dans toute la splendeur de son altruisme et d'une sagesse peu commune.

Elle devient oeuvre d'art,  mirée dans le regard adulte, pénétrant et aimant de la narratrice,  mue créatrice par une  sorte d'inversion de leurs autorités respectives 

"Peut-on en vouloir à quelqu'un de ne jamais en vouloir à personne

Une lecture subtile, drôle, bienveillante, bienfaisante .. hautement recommandée.

Apolline Elter

   L'abandon des prétentions, Blandine Rinkel, roman, Ed. Fayard, janvier 2017,  248 pp

Billet de faveur

AE :  Tout entière dévouée aux tiers, votre mère ne paraît pas avoir une grande estime d’elle-même. Ce n’est pas son propos ; Comment a-t-elle réagi à l’annonce de l’attribution du prix et de la bourse découverte de la Fondation Prince Pierre de Monaco ?

 Blandine Rinkel : - Jeanine n'a pas grande préoccupation de son propre ego, mais ça ne l'empêche en rien de se réjouir quand quelque chose de réjouissant et d'étonnant advient, comme l'obtention d'un prix - fusse un prix pour un livre dont elle est le centre. L'ironie joyeuse de ce prix décerné dans l'Opéra Garnier de Monaco pour un livre portant le titre  "L'abandon des prétentions" l'a amusée et émue,  elle voulait en savoir plus, sur la cette ville, ses humains, le Palais, les paysages, les protocoles et les cérémonies. Le réel est cocasse et porteur de mille histoires : l'obtention de ce prix en était une nouvelle, un récit à broder, une petite odyssée, et sur ce point, ma mère et moi sommes semblables, avides d'épopées minuscules comme celles qui grouillent partout à Monaco, donc sans hésiter : joie. 

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Blandine Rinkel  (au centre) attributaire de la Bourse découverte attribuée, ce 5 octobre dernier, par la Fondation Prince Pierre de Monaco

18 octobre 2017

Le sens de la fête

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S'il est écueil à éviter - forcément - c'est de comparer Le sens de la fête à l'intouchable, inaccessible, sacré, ... Intouchables au simple prétexte que ce sont les mêmes producteurs.

Certes, on pourrait voir en Eye Haïdara as Adèle, chef de brigade soupe au lait, le pendant féminin d'Omar Sy.

Soit

Pour le reste, vous oubliez, ne vous prenez la tête et savourez, en toute impunité, le stress d'un traiteur rompu de trente années de métier- as Jean-Pierre Bacri - et d'un rôle taillé sur mesure.

Tout semble, en effet, au point pour que le dîner de  mariage tout haut de gamme  de Pierre (Benjamin Laverhne - rappelez-vous Le Goût des merveilles) et d'Helena ( Judith Chemla) soit à la hauteur des espérances et exigences pointues du marié. 

Bien entendu, incidents, impairs et défections.. vont faire de l'événement un concentré de très haute tension.

Jubilatoire pour le spectateur même si le scénario est, par moment, quelque peu convenu, les déboires, parfaitement attendus..

Ne boudons pas notre plaisir: il ne s'agit pas de notre mariage.....

Saluons aussi l'excellente prestation de Gilles Lellouche en DJ "haut de gamme" qui en remet .. une louche

Le sens de la fête, Un film d'Olivier Nakache et Eric Toledano, en salle depuis le 4 octobre 

14 octobre 2017

Che Guevara - Le temps des révélations.

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Décédé il y a cinquante ans, le 9 octobre 1967,  Le Che reste La figure emblématique des guérilleros cubains,  des combattants farouches pour  la liberté des peuples. A l'occasion de cet anniversaire, le journaliste, écrivain, grand reporter Jean Cormier a augmenté d'éléments neufs la biographie qu'il lui consacrait en 1995, nourrie alors  de la collaboration d'Hilda, la fille aînée du Che (décédée en 1995) et d'Alberto Granado, l'ami de jeunesse et des grandes traversées à mobylettes. Ce dernier s'est éteint en 2011.

 Médecin, archéologue, écrivain, journaliste, photographe, poète, joueur d'échecs, sportif, il va devenir guérillero, président de la Banque  nationale, ministre, ambassadeur ... Pas de doute, le Che est  pluriel.

 Pas de doute non plus, la valeur n'attend pas le nombre des années. 

Né en Argentine, le 14 juin 1928,  aîné d'une fratrie nombreuse, Ernesto est tôt frappé d'asthme; le mal sera le moteur de son fabuleux destin.  Il justifie sa soif de lectures - qui meublent les nuits frappées de crises et d'insomnies - son activité exubérante.

S'il étudie la médecine,  pour soigner son prochain, il veut surtout partager avec lui cette soif de liberté dont il fait son combat de vie.  La rencontre avec le Cubain  Fidel Castro, au Mexique, le soir du 9 juillet 1955 scelle son intégration dans le Mouvement du 26  juillet et la lutte qui mènera les barbudos à la prise de la Havane, le 2 janvier 1959 et au renversement corollaire du régime de Batista.

Leader incontesté du pays, Fidel Castro offre la nationalité cubaine à son ..fidèle allié, dès le 9 janvier 1959.  Che accède ainsi aux plus hautes responsabilités de l'Etat (Présidence de la Banque nationale cubaine,  attribution du tout nouveau ministère de l'Industrie, ...) Mais l'homme des révolutions ne peut se satisfaire à vie des situations apaisées. Il se sent bientôt appelé vers d'autres combats, au Congo, meutri par le récent assassinat de Patrice Lumumba, en Bolivie, où il sera capturé,  mitraillé de nombreuses balles.

Cette défection à la cause cubaine, qui ne fut qu'un temps la sienne, ne fera pas la joie de Fidel Castro qui rendra publique, le 3 octobre 1965, la célèbre lettre de démission, d'adieu du Che, à vocation strictement posthume..

Une enquête fouillée, minutieuse, qui restitue dans son élan de vie, la grande figure christique du Che

Apolline Elter 

S : Che Guevara- Le temps des révélations, Jean Cormier, essai, Ed. du Rocher 1995,  6e éd.,  augmentée, sept. 2017,  540 pp

12 octobre 2017

Te laisser partir

 9782367624334-001-T.jpeg " Un si petit impact sur le monde et pourtant, le centre du mien."

Un bambin de cinq ans meurt,  écrasé par une voiture,à Bristol, un soir pluvieux de novembre.

Il a juste lâché  la main de sa maman...

Le chauffeur de la voiture prend la fuite. On ne retrouve sa trace. L'enquête piétine et est bientôt abandonnée.

Pour un temps.

Un temps qui nous focalise sur Jenna, jeune femme meurtrie, réfugiée en un village de la côte galloise. Elle est douce, seule et abîmée...

Le polar est en route, qui ne nous lâchera plus les yeux - les oreilles -  saisissant ll'auditeur d'émois multiples, de l'oppression d'une relation conjugale perverse et violente ...

Une lecture addictive, vous dis-je.

Je vous la recommande.  Elle a remporté, à juste titre, le prix du Polar 2016 au Festival de Cognac. Buvez-en une gorgée, elle vous remettra les idées en place.

Apolline  Elter

Te laisser partir, Claire Mackintosh,  polar  traduit de l’anglais par Mathieu Bathol,  texte intégral lu par Joséphine de Renesse et Philippe Résimont, Ed. Audiolib, août 2017, 1 CD MP3- durée de lecture : 11h 36 min.

 

11 octobre 2017

Totem au Cirque du Soleil

totem.jpgRôdé de sept années et plus de 2500 représentations à travers une quarantaine de villes, le spectacle TOTEM du Cirque du Soleil n'en reste pas moins ébouriffant. Il vous rend âme d'enfant.

Impossible de ne pas frémir aux acrobaties périlleuses des trapézistes, aux rythme tribal des percussions, effets de scène, costumes,  décors, ..grandioses, enchaînés en un tempo envolé, parfaitement maîtrisé.

Stu-pé-faction

Si l'orchestration musicale paraît plus primitive - et pour cause  -  partant, moins mélodieuse que celle des spectacles Alegria, Corteo, .. vous en prenez plein la vue, d'étoiles et de merveilles

Une mention spéciale et sidérée pour l'époustouflante prestation des monocyclistes , gracieuses et synchro, entassant sur leurs aimables chefs une batterie de bols en inox attrapés au vol. Tout simplement incroyable.

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DR: photo extraite du site du Cirque du Soleil

Le cirque se produit à Brussels- Expo ( Parking près du bâtiment 12 du Heyzel) jusqu'au 29 octobre

Informations et réservations de tickets: https://www.cirquedusoleil.com/fr/belgique/bruxelles/totem/acheter-billets 

A Elter 

Attention : une facétie informatique a fait exploser, à l'impression des billets, le groupement de places qui nous avait été annoncé à l'écran et accepté en notre panier...  Une expérience qui manque de charme...

 

05 octobre 2017

L'évêque Cauchon et autres noms ridicules de l'Histoire

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"Ceci est un livre idiot. Idiot comme les rires de l'enfanee, les blagues de la récré, les murmures du dernier rang; idiot comme la joie de vivre et les jeunes années.

Du cancre au premier de la classe, en effet, l'évêque Cauchon qui fit brûler Jeanne d'Arc, le gendarme
Merda qui tira sur Robespierre, ont fait rire des générations d'écoliers."

 D'emblée, le ton est donné: tous les patronymes ne sont pas bons à porter ... On nomme "caconymes" ceux qui par leur consonance tournent en ridicule les malheureuses victimes qui en sont affublées. Nul doute qu' à l'inverse des callonymes - si vous avez fait du grec, c'est le moment de l'utiliser - les caconymes, sobriquets, inaptonymes peuvent influencer le cours de votre destin, votre mise au rebut des manuels d'histoire 

"Comment ont pu sortir de la mémoire collective des personnages aussi intéressants que la baronne de La Queue, fille naturelle de Louis XIV, la comtesse de Verrue, connue pour son élégance, ou le tonitruant sénateur Pèdebidou? Et pourquoi ne lit-on plus le poète Troccon?

Ces caconymes, ou noms difficiles à porter, ont beau avoir de solides vertus mnémotechniques, ils constituent un handicap sérieux pour figurer au panthéon des gloires nationales."

Qu'on se le dise .. et qu'on lise surtout ce savoureux recueil  de miscellanées patronymiques

Apolline Elter

L'évêque Cauchon et autres noms ridicules à porter, Bruno Fuligni, essai, Ed. Les Arênes, septembre 2017, 142 pp

04 octobre 2017

Gabriële

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"Nous avons choisi le point de vue de la vie pour raconter celle de Gabriële Buffet"

 Et c'est en effet un portrait particulièrement vivant de leur arrière-grand-mère, Gabriële Buffet (1881-1985) que tracent, à plumes chorales, parfaitement synchronisées,  les soeurs Berest, Anne et Claire.

Jeune fille indépendante, musicienne avertie, Gabriële vit à Berlin, en ce XXe siècle débutant. Elle rencontre l'artiste- peintre d'origine cubaine Francis Picabia, au cours d'un déjeuner familial. Riche, fantasque,  gâté,  amateur de voitures, ..  Francis Picabia (1879-1951) trouve en Gabriële, l'interlocutrice, la muse, la protectrice dont il ne pourra se passer, toute sa vie durant, même s'il multiplie les frasques et infidélités d'une union matrimoniale contractée en 1909.

A l'âge de 27 ans, Gabriële sacrifie sa carrière musicale - prometteuse -  à celle de son mari.Ce sera au même âge que  Vincente Picabia, leur fils cadet, mettra fin à séjours quelques décennies plus tard.. Il était le grand-père des narratrices.

Le couple est insolite, aussi indépendant qu'interdépendant. Son histoire nous mène de Paris à New York, en passant par la Suisse, au coeur des liens tissés avec Marcel Duchamp, Guillaume Apollinaire, Tristan Tzara et les mouvances avant-gardistes de la première moitié du XXe siècle.. Un curieux marché, conclu avec Germaine Everling, maîtresse de Francis Picabia, porte, un temps, le ménage à trois personnes..

La séparation qui advient peu après (en 1919)  n'entamera jamais les liens d'un duo décidément singulier.De son côté, Gabriële  "retournera à New York où elle vivra enfin une relation amoureuse exclusive avec Marcel Duchamp" 

Un récit de vie - plus que centenaire - captivant

Apolline Elter

Gabriële, Anne et Claire Berest, récit, Ed. Stock, août 2017,  450 pp

03 octobre 2017

Le sympathisant

Il faut rendre à César, ce qui est à ....Michel Dufranne

En effet, c'est en écoutant le compte rendu de lecture si élogieux de notre confrère (mardi 26 septembre dernier, au cours de l'émission "Entrez sans frapper", que je me suis précipitée dans la lecture, quasi d'une traite -j'exagère  - de ce roman, attributaire du prestigieux Prix Pulitzer 2016. 

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Son auteur est vietnamien d'origine: Viet Thanh Nguyen est né  en 1971 et a fui SaIgon, quatre ans plus tard, avec sa famille pour les Etats-Unis.  Il signe un premier roman aux allures de confession, de conditionnement psychologique, d'espionnage et même de contre-espionnage....

Mandaté par la Corée du Nord, le narrateur s'est infiltré dans l'armée du Sud et la fuite de ses dignitaires pour les Etats-Unis. Il débarque ainsi en Californie.

De ce regard double et partant ...louche, il observe l'accueil - mitigé - réservé par les Américains aux siens - ouI mais sont-ce vraiment les siens?   - leur phobie du communisme, se moquant subtilement - et avec force détails - de leur mode de vie. 

Qualifié de "multi-couches" par notre confrère, le sympathisant est un texte bavard. Aucun détail n'est laissé au hasard. Il imprègne  la lecture d'une atmosphère trouble - c'est son paradoxe - diantrement efficace, rendant  sa synthèse..ardue.  C'est voulu.

 A Elter

Le sympathisant, Viet Thanh Nguyen, roman, traduit de l'américain par Clément Baude, Ed. Belfond, août 2017, 504 pp

Entrez sans frapper dans  la chronique de Michel Dufranne ( 26 septembre 2017) : https://www.rtbf.be/auvio/detail_viet-thanh-nguyen-prix-pulitzer-2016?id=2259030