17 août 2017

Légende d'un dormeur éveillé

L'heure de la rentrée (littéraire) a sonné et avec elle, celle de nos chroniques, coups de coeurs, billets de ferveur.

Saluons la parution, ce jour, du troisième roman de Gaëlle Nohant, portrait saisissant,  parce que vécu de l'intérieur, du poète surréaliste Robert Desnos, né en 1900 - la même année qu'Antoine de Saint-Exupéry - décédé le 8 juin 1945, au camp de concentration de Theresienstadt (ancienne Tchécoslovaquie) , d'un typhus contracté, alors même que le camp venait d'être libéré de l'Occupant nazi...

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Centré sur les Années folles, la vie parisienne, amicale, amoureuse, littéraire .. de l'enfant du quartier des Halles, le focus ne quitte pas le protagoniste. Il est omniprésent, tant il habite l'esprit et le coeur de la romancière.

S'il côtoie un temps André Breton,  Robert Desnos rompt rapidement avec l'ombrageux père du surréalisme, Qu'importe, ses amis sont légion,  Man Ray, Alejo Carpentier, Paul Eluard,  Jacques Prévert,  Théodore Fraenkel,  Antonin Artaud, André Masson, Jean-Louis Barrault, Kiki, Fredrico Garcia Lorca,  Hemingway….

ils se rejoignent au café  (les Deux-Magots, la Coupole), refont le monde,  consolident leurs liens, leurs voies d'expression.

Côté amour, le cœur du poète bat intensément: accablé par la mort d'Yvonne George, Robert restera fidèle à son second amour, Youki Foujita.

Sa veine d'écriture laisse part large à l'expression "surréaliste"  de l'inconscient ; elle se décline en poèmes, bien sûr, mais aussi en scénarii de cinéma, de publicité, chroniques radiophoniques et même en chansons, telle la célèbre Complainte de Fantomas, écrite sur une musique de Kurt Weill, pour les besoins du film Fantomas, de Pierre Souvestre et Marcel Allain (1933)

Mais la guerre approche et l'antisémitisme oeuvre à sa sale besogne.

Engagé dans la résistance,  Robert Desnos est arrêté par la Gestapo,  le 22 février 1944, en son appartement de la rue Mazerine, sous les yeux de Youki, qui devient narratrice du récit (quatrième partie)

Usant d'humour et d'optimisme comme derniers remparts contre la barbarie,  Robert succombe à sa libération..

Sans tes lunettes, la nuit tu es aveugle. Dans la grange opaque où on vous a parqués, tu es désorienté. Tu t'égares dans le clan des Soviétiques. Depuis le début, les Russes, déshérités parmi les déshérités, forment contre vous un bloc hostile. À Flôha tu en plaisantais, imitant les prières de ton ami Rödel: « Mon Dieu, délivrez-nous des Russes. Les Allemands, on s'en chargera nous-mêmes. »

 Il est enterré au cimetière Montparnasse à Paris

Légende d'un dormeur éveillé, Gaëlle Nohant, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, 17 août 2017,  540 pp

Apolline Elter

 Billet de faveur

AE : Gaëlle Nohant, on vous sent totalement imprégnée de Robert Desnos. Vous lui rendez la vie, en quelque sorte. Qu’est-ce qui vous a menée à lui ?

Gaëlle Nohant :

Robert Desnos m’accompagne depuis l’âge de 16 ans, j’ai eu la chance d’avoir un professeur qui l’aimait beaucoup et nous a fait découvrir un large choix de ses poèmes. Sa poésie a été une révélation pour moi et ne m’a plus quittée. Au fil du temps, j’y ai puisé de l’énergie, une forme de consolation, de quoi raffermir ma vocation littéraire dans les périodes de doutes… C’est le poète qui me touche le plus. En 2015, je me suis dit qu’il était temps de lui rendre un peu de ce qu’il m’avait donné. C’était le 70ème anniversaire de sa mort, mais il était passé à peu près inaperçu. J’ai réalisé qu’il n’avait pas la postérité qu’il méritait en tant que poète et en tant qu’homme, et j’ai eu envie de le faire rencontrer aux lecteurs. Pour cela, le faire revivre avec ses amis, ses amours, ses combats, dans le Paris de l’époque m’a  paru la meilleure forme, et le plus bel hommage. Contrairement à la biographie, le roman me permettait de m’approcher tout près de lui, jusqu’à entendre battre son cœur. Le détour par la fiction est le meilleur moyen, me semble-t-il, de rejoindre un forme de vérité profonde de l’être. Ici, comme tous les personnages de ce roman ont existé, l’exercice tenait du numéro de funambule, il fallait tout inventer « entre les clous », en respectant la personnalité et la vérité de chacun, c’était difficile mais passionnant. La vie de Desnos est un roman, et lui-même est un vrai héros incroyablement vivant et attachant. Quand on fait sa connaissance, comment ne pas l’aimer ? J’espère que les lecteurs seront nombreux à s’attacher à lui et à aller le découvrir ensuite à travers son œuvre.

05 août 2017

Moura - La mémoire incendiée

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Notre visite enchantée de Saint-Pétersbourg se conclut d'une lecture tout aussi ravie, captivée,  de la vie Maria Ignatievna Zakreskaïa, as comtesse von Benckendorff as baronne Budberg as Marouchka as Moura (1892-1974)

Une vie riche, aventureuse, dangereuse,qui subit et épouse le XXe siècle pétersbourgeois naissant, les sursauts violents, traumatismes radicaux de la révolution bolchévique, l'éradication de l'aristocratie, l'éclatement de sa cellule familiale.

Une vie de femme amoureuse qui mène Moura à côtoyer tant le diplomate anglais Bruce Lockhart, agent (secret) britannique que  l'écrivain d'idéal bolchévique,  Maxime Gorki dont elle se fait l'agent littéraire. 

Séductrice, généreuse, éminemment courageuse, Moura est une femme insaisissable. Sorte de Mata Hari à  la russe, elle suscite la méfiance, la vigilance des autorités de tous camps, quand ce ne sont des périodes d'emprisonnement dans des conditions éprouvantes, épouvantables.

Si Alexandra Lapierre a choisi la forme romanesque pour tracer ce destin qui ne l'est pas moins, c'est pour mieux saisir la vérité d'une femme -  volontairement énigmatique- les élans sans conteste sincères d'un coeur qui bat à l'heure d'un Petrograd ravagé, d'une guerre civile atroce,  d'un XXe siècle et d'une classe aristocratique passablement bousculés.

L'écrivain a rassemblé une documentation, une énergie colossales pour s'immerger - et nous, à sa suite -dans un destin, en tous points, hors du commun

A Elter

Moura- La mémoire incendiée, Alexandra Lapierre, roman, Ed. Flammarion, mars 2016 - Livre de Poche, avril 2017, 730 pp

03 août 2017

Quelques nouvelles de Saint-Pétersbourg

N.Gogol_by_F.Moller_(1840,_Tretyakov_gallery).jpgJe vous ai promis une (légère) approche de la littérature russe tandis qu'à Saint-Pétersbourg, nous nous trouvâmes nez-à-nez avec Nicolas Gogol (1809-1842) himself...

L'occasion de nous pencher sur ses fameuses Nouvelles de Saint-Pétersbourg, téléchargées sur notre aimable liseuse et de relire les Nez, Manteau, Portrait et Missive perdue, enfouis dans les tréfonds non irrigués de notre mémoire estudiantine.  Si les trois dernières nouvelles, au goût d'inachevées, risquent de reprendre la place dont nous les avions délogées, nous avons savouré, nez-en-moins, comme il se doit,  la première...

A savoir.

  Il nez point commun de retrouver, dans son pain chaud, les nasaux frémissants d'un client à qui l'on a fait la barbe. Telle est ...néanmoins, la surprise qui décoiffe Ivan Iakovlievitch, barbier à Saint-Pétersbourg, au lever de bonne heure, un jour qui le voit d'excellente humeur. Il recon-nez aussitôt l'organe d'un sien client, le major, Kovaliov, assesseur de collège... On imagine la panique qui saisit ainsi notre homme, dès potron-mi-nez. On imagine pareillement, celle qui s'empare de l'assesseur tandis qu'il découvre la platitude centrale et incongrue de son visage

Vous l'aurez saisi - pas le nez, mais le sens de la nouvelle - nous voguons en pleine intrigue fantastique;  l'enjeu est d'envergure,  Kosaliov va-t-il récupérer son appendice nasal?

 Le suspens est insoute-nez-ble

A Elter

  Le nez, Nicolas Gogol, nouvelle publiée dans Le Contemporain, oct. 1836, traduite par Léon Golschmann et Éric Jaubert, Ed. Paul Ollendorf, 1896

01 août 2017

Des lieux, des écrivains

Si les vacances d'été sont l'occasion - quelque peu contrainte - de préparer la rentrée, d'en découvrir, en avant-première,  les publications aimablement fournies, début juin,  par les aimables  éditeurs, elles nous permettent aussi d'échapper aux diktats de l'actualité littéraire et de revenir "gracieusement" sur des lectures échappées à notre vigilance... La surprise n'en est que plus savoureuse

Tel ce bien engageant essai, rédigé de la plume de Jacques Franck -il fut rédacteur en chef du quotidien La Libre Belgique ,  de 1984 à  1996- , nourri de quelque cinq années de voyages à travers les monde et  hôtels marqués du sceau de la littérature, à savoir le séjour "utile" d'écrivains prestigieux.

 

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"Ainsi en va-t-il de la vitesse, elle relance les trains mais raccourcit les voyages."

 D'emblée on sent poindre la douce nostalgie d'un esthète du temps,  d'un homme qui entend restituer à ce dernier sa magie, son éternité, en saisir l'atmosphère , les impressions en évitant de le brusquer.

Du Grand Hôtel de  Cabourg, si cher à Proust - on peut encore en visiter la chambre - au Sacher de Vienne, qui reçut Arthur Schnitzler, John Irving, .. Hôtel Cadogan de Londres  "où la vie d'Oscar Wilde se brisa" , Sils-Maria (Suisse - Engadine) "où Nietzsche voit apparaître Zarathoustra"  au Pera Palace d'Istanbul  qui s'honora des présences prestigieuses de Sissi, Mata-Hari, Jospéhine Baker, Greta Garbo et dont la chambre 411 rappelle les fréquents séjours d'Agatha Christie , .. ce sont dix-neuf lieux d'enchantement que nous dévoile la plume .. enchanteresse de l'homme de lettres, l'homme des voyages dans l'espace et dans le temps. Le critère de la sélection opérée fut qu'au-delà du simple passage desdits écrivains dans l'hôtel, ce dernier  " [eût]été le cadre où une oeuvre avait germé, où une embardée avait infléchi leur destin."

 Je partage avec l'auteur de Méphisto  [NDLR: Klaus Mann]le sentiment qu'une chambre d'hôtel est un espace de liberté, entre l'ancrage trop familer et l'aventure de la découverte, ou du moins sa promesse."

Des lieux, des écrivains, Jacques Franck, essai, Ed. La Renaissance du livre, sept 2003, 256 pp

19 juillet 2017

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle

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A qui appartient cette main qui nous invite si gracieusement à franchir la porte de l'exposition ? 

A la marquise de Sévigné, pardi ! Vous aurez reconnu son portrait, peint vers 1665 par Claude Lefebvre, l'aurez admiré maintes fois en l'Hôtel Carnavalet où l'huile règne en maître, en maîtresse des lieux.

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Nul besoin de vous rappeler que le musée Carnavalet (Paris III - Marais)  est fermé au public pour une durée de deux ans et demi encore - il rouvrira ses portes fin 2019 - et les besoins d'un chantier de rénovation drastique.  Alors ne boudons pas notre plaisir ni celui d'huiles aimablement prêtées par le musée parisien et célébrons les  retrouvailles, à Grignan, dans le beau château des Adhémar, des familles Bussy-Rabutin-Sévigné et Grignan et de leurs aimables compagnies 

 

 Si la marquise est le sujet de nombreux portraits exposés - venus des quatre coins de France - elle retrouve avec joie , du moins nous l'espérons,  ceux d'Henri, son mari, de Charles, leur fils (ci-dessous) , arrachés,  le temps de l'expo, à leur château des Rochers ( Vitré en Bretagne)

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 Françoise et François, dépêchés du Carnavalet, retrouvent leur beau "château d'Apollidon"

Il y fait frais, il y fait bon

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Attardons-nous, le temps d'un moment - émouvant - sur les différentes éditions de la correspondance de notre chère marquise.  Vous le savez - ou je vous l'apprends avec précautions.. - il ne reste guère de lettres autographes, jaillies de la plume alerte de l'épistolière .. une quarantaine tout au plus, si je ne m'abuse.

En voici l'une:

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L'instant est précieux et même  si,  graphologie oblige,  vous brûlez d'envie d'émettre des commentaires, prenez garde à l'anachronisme et aux conditions matérielles de l'écriture, qualité du papier, de l'encre, de la plume, modèle calligraphique de l'époque.. qui vous interdisent de  juger de votre oeil de XXIe siècle un écrit plus que trois fois centenaire.

 N'empêche...il y a de l'envahissement dans l'air...

Grandement émouvant est de découvrir l'édition des lettres dite de La Haye, photocopiée et annotée de l'écriture vive et précise de Roger Duchêne, LE spécialiste de la marquise.  C'est à son travail titanesque - et celui de son épouse Jacqueline Duchêne que nous devons l'édition des lettres, en trois volumes, dans la bibliothèque de la Pléiade. Ma lecture de chevet, comme vous le ...chavez.

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  Une vitrine d'éditions des lettres, soigneusement réunies, soutient sagement le regard vigilant de Roger de Bussy-Rabutin, fieffé coquin, lointain cousin de la marquise - à la mode de Bourgogne  - et de Pauline de Simiane, fille cadette du couple Grignan. Si cette dernière autorisa  une certaine édition des lettres de sa grand-mère, elle aurait sans doute  fait disparaître celles de sa propre mère!  Dans tous les cas, c'est la seule des enfants Grignan qui assura une descendance au couple.

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Au sortir de cette exposition à la scénographie parfaitement étudiée, vous ne manquerez de visiter les appartements de la marquise -  la chambre où elle résidait lors de ses séjours à Grignan. Sise au deuxième étage, elle jouxte le lieu de l'exposition

Vous visionnerez avec bonheur également le film d'une dizaine de minutes consacré à l'art épistolaire de la marquise, dûment commenté par Cécile Lignereux.

L'expo, je l'ai déjà visitée deux fois; Gageons qu'il y en aura une troisième

Apolline Elter 

Sévigné, Epistolière du Grand Siècle - au château de Grignan (Drôme), à visiter, du 25 mai au 22 octobre 2017

18 juillet 2017

Raison et Sentiments

Jane Austen (1775-1817), mourrait, le 18 juillet 1817,  il y a tout juste 200 ans.

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Nous avons découvert sa correspondance à ses nièces, lors du récent festival de la correspondance de Grignan et ne manquerons pas d'y revenir.  Pour l'heure, pour le jour, nous vous proposons d'écouter l'excellente lecture par Cachou Kirsch du texte intégral de Raison et sentiments, un roman paru en 1811. 

Reléguées, avec leur mère,   dans le Devonshire après la mort de leur père, les soeurs Elinor, Marianne et Margaret Dashwood voient leur train de vie fortement comprimé.A cette gène qu'elles ont l'élégance de cacher s'ajoute celle de ne pas être un parti enviable pour qui loucherait sur leur dot.  Ce qui n'empêche l"éclosion des  sentiments, les vrais, clamés au grand jour, leur lot de trahisons et de désillusions.

Avec finesse et une plume diantrement efficace, Jane Austen brosse toute la gamme d'expression d'une société bourgeoise very british.  Les tableaux sont vivants, éloquents, pétris de fraîcheur et de suspens adroitement distillé.

Décidément l'auteur n'a pas pris de ride; son roman non plus

L'écoute audiolivresque  en est des plus agréable

Je vous la recommande

Apolline Elter 

Raison et sentiments,  Jane Austen, roman traduit de l'anglais par Jean Privat, texte intégral lu par Cachou Kirsch, Ed Audiolib, 5 juillet  2017,  Durée d'écoute: 12h02

15 juillet 2017

Madame Zola

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C'est par l'"épisode fondateur " et tragique de l'abandon de son bébé - une "Caroline" de 4 jours - qu'Evelyne Bloch-Dano entame la biographie d' Eléonore Alexandrine as  Gabrielle Meley (1839- 1925) future Alexandrine Zola.  La jeune femme ne pourra plus concevoir d'enfant. Cette stérilité s'accompagne, sa vie durant, d'un sentiment de culpabilité, diffus, latent, difficile à supporter. Qui s'exprimera, faute de mots,  par des maux répétés

Certes.

Il ne faut toutefois pas réduire Gabrielle à cet épisode fondateur, Alexandrine, à sa seule qualité d'épouse d'Emile Zola

Issue d'un milieu modeste, la jeune, fougueuse, sensuelle  et jolie fille- elle pose pour Paul Cézanne - rencontre Emile en mars 1864, l'épouse le 31 mai 1870 - elle a 31 ans - optant de façon définitive, cette fois, pour le prénom d'Alexandrine.  

 Elle épouse l'homme mais aussi la carrière d'écrivain, de journaliste, de proscrit... dont elle sera un pilier fort, indispensable.

Le couple s'écrit, quand il est séparé, de longues missives, tendres et , dans le chef d'Alexandrine, parfumées de cet humour acidulé, pétri d'autodérision dont elle a le secret.

Fine cuisinière, Alexandrine est l'âme de ces soirées de Médan sur lesquelles nous reviendrons amplement.

Coup de tonnerre fin 1891: Alexandrine apprend la liaison de son mari avec leur lingère la charmante Jeanne Rozerot.

Passée la réaction de stupeur, de sidération, de colère abyssale que lui dicte son caractère entier et emporté, Alexandrine composera avec la "bigamie" de son mari, tout le reste de sa vie.

Elle s'attache à Denise et Jacques, les enfants d'Emile et Jeanne, puis à cette dernière, à la mort inopinée, fin 1902, de l'être qu'elles se partagent.

Peut-on être plus généreuse? 

Plus amoureuse? 

Je ne le crois pas; Emile Zola non plus qui ne pourra jamais se séparer d'Alexandrine.. ni de Jeanne.

Soucieuse de respectabilité, Alexandrine saura faire face à une humiliation publique et se laisser guider par la grandeur de son coeur.

Les enfants le lui rendront bien, qu'elle instituera ses légataires universels  (pour moitié avec la Fondation Emile Zola), à son décès, après leur avoir fait adopter le patronyme d'Emile-Zola.

Avec la finesse qui caractérise sa plume, un don d'introspection et d'empathie saisissant, Evelyne Bloch-Dano rend hommage à une bien grande dame.

Une découverte que je vous recommande haut et fort.

Apolline Elter 

Madame Zola, Evelyne Bloch-Dano, biographie, Ed Grasset, 1997, 372 pp ( rééditions en Livre de Poche) 

13 juillet 2017

La Vivaldi

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La lecture des deuxièmes romans à nous confiés pour la sélection du Prix Horizon 2018 m'a permis d'arrêter le cours du temps pour me pencher, sur celui  va-et-vient entre l'enfance et le présent, d'une octogénaire, fraîche pensionnaire en la nouvelle maison de retraite des Arpèges.

Désignée par le seul  nom de sa chambre - c'est  par le nom du compositeur dont est affublée leur chambre que chacun des pensionnaires de la maison est identifié...- "la Vivaldi" relate événements et affects qui meublent son quotidien, tandis que jaillit chaque fois à son esprit, l'enfance qui fut la sienne et son refuge, durant la guerre, dans la ferme  de Gaston. Ce dialogue avec la jeune fille - juive et donc privée de vraie liberté - qu'elle était alors fait surgir à l'esprit du lecteur quelques subtiles ressemblances avec sa condition actuelle, en même temps qu'une même faculté de ne pas s'en laisser affecter.

"Voir la vie en Vivaldi, c'est la voir limitée à une chambre, quelques murs et deux ou trois couloirs. Mais voir la vie en Vivaldi, c'est aussi bien la voir par un simple regard dans le regard des autres."

La Vivaldi, Serge Peker, roman, Ed. M.E.O, février 2017, 136 pp

12 juillet 2017

On regrettera plus tard

9782367623009-001-X_0.jpeg Un viatique- peut-être - pour votre route des vacances. ...

Par une nuit d'orage, Eric débarque chez Valentine, avec une fillette dans les bras. L'enfant a sept ans, elle se prénomme Anna-Nina et sillonne la France avec son père, dans une roulotte. Le  toit de celle-ci s'est fracassé sous le coup de la foudre; l'enfant est fiévreuse : Eric n'a d'autre solution que demander l'hospitalité dans la première maison venue.

Le hasard fait bien les choses. Valentine est célibataire, institutrice et généreuse. Elle va non seulement accueillir ce couple insolite père - fille, découvrir qu'Eric est inconsolable de la mort, il y a sept ans, de son épouse, Hélène,  qu'il vit depuis, en fusion avec l'enfant conçue de leur amour, et  dans le même temps, s'attacher à  l'enfant - notamment ...- s'intéresser à sa scolarité, sa  socialisation.

Un "feel-good-book" , une histoire qui fait du bien, traversée de bons sentiments et de chapitres qui se reportent à la guerre , à l'accouchement périlleux de Suzanne, à la détention de son fiancé, Léon, par la Gestapo pour faits de résistance...

On ne comprend enfin qu'en fin de narration, les liens entre les différents protagonistes.

Portée par les voix de Matthieu Buscatto et d'Isabelle Miller,  la lecture dure 7h02, le temps d'un périple dans la Drôme...sans embouteillage

On regrettera plus tard, Agnès Ledig, roman, Ed Albin Michel, 2016 - Audiolib, mars 2017 texte intégral lu par  Matthieu Buscatto et d'Isabelle Miller Durée : 7h02min

11 juillet 2017

The Girls

9782367622965-001-X.jpegA l'évidence, le roman se base sur les tristement célèbres filles du clan de Charles Manson - ci représenté par un certain Russell - qui aliénées par une vie de violence, de drogue et  de communauté perpètrent des crimes sauvages, en août 1969, dont l'un cause la mort de Sharon Tate, l'épouse de Roman Polanski, enceinte de huit mois et demi...

Simon Liberati célébrait la même tragédie, avec ses Californan Girls, parus en cette même rentrée 2016

L'histoire est trash, elle est dense et sa lecture doit beaucoup de sa qualité à  l'excellente interprétation qu'en réalise Rachel Arditi

The Girls, Emma Cline, roman traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Ed. de la Table ronde, août 2016, Audiolib, avril 2017, durée d'écoute 9h20

06 juillet 2017

Silencieuse

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Saluons la présence, ce jour, de Michèle Gazier, au Festival de la correspondance de Grignan, pour une rencontre, à 12 h, en la cour des Adhémar, animée par Judith Sibony, avec le soutien de la Fondation de la Poste La rencontre a pour titre " Le lourd héritage immatériel"

L'occasion de nous pencher sur le dernier roman de l'écrivain, Silencieuse (Ed. Seuil) et de vous en livrer chronique. 

La vie s'écoule, monotone, étriquée, dans  le village de Saint-Julien des Sources. Seuls 
Silencieuse.jpgdérogent à cette grisaille autochtone, Annie Dollet,  caissière de la supérette, Louis, sorte de Polonais, sans âge,  jailli de nulle part, Hans Glawe, un peintre allemand de notoriété universelle et Claude Ribaute, sociologue, natif du cru, monté à Paris et revenu en son village pour publier une étude  sur l'oeuvre du peintre.  Observateur de nature et de métier,  il endosse le rôle de narrateur de la  deuxième partie du roman

 " Quand sa belle-soeur qu'elle connaissait à peine lui avait annoncé sa venue, Annie avait d'abord été surprise."

 Et de cette surprise naît l'action, si l'on peut dire, de ce roman d'atmosphère:  Sofia Dollet, superbe Italienne, est accompagnée de Valentina,  sa fille de quatre ans, résolument muette.

 " Valentina ne répondait à aucune injonction, pas même à son prénom. Et pourtant entre elle et sa mère on sentait un magnétisme, une sorte d'accord primitif. "

 Et la narration d'épouser le mystère de la fillette, ses élections affectives qui l'aimantent  ver  Louis, Claude,...tous  êtres singuliers dont elle révèle l'humanité.

 Une subtile approche de la différence dans ses déclinaisons psychologiques, artistiques, amoureuses et même politiques

 A Elter

 Silencieuse, Michèle Gazier, roman, Ed Seuil, mars 2017, 214 pp

 

03 juillet 2017

Entre amis

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A l"heure de partir en vacances, il fait bon visionner ce film (DVD) injustement traité par la critique, lors de sa sortie en salles obscures (avril 2015). Sous un faciès loufoque et, il est vrai, peu crédible, le film pose la question de la vraie amitié, celle qui subsiste après évacuation des pique-assiettes et amis de circonstances; sans compter les jaloux.

Ainsi Richard (Daniel Auteuil  invite-t-il ses vieux amis, Gilles  (Gérard Jugnot) et Philippe ( François Berléand - il les connaît depuis cinq décennies -  et leurs partenaires, pour leur présenter Daphnée (Mélanie Doutey) sa nouvelle fiancée, de vingt ans, sa cadette.

Pour ce faire, il a mis les petits plats dans les grands et réservé un somptueux voilier et son équipage pour joindre la Corse depuis Marseille

Si le courant passe d'emblée entre Carole (Isabelle Gelinas) et Daphnée, aussi  sympa que maladroite , il n'en va pas de même avec Astrid (Zabou Breitman) qui, omni-branchée à son portable , révèle le caractère pénible qu'elle fait endurer à Philippe.  On peut compter sur elle pour plomber l'ambiance, décocher, punaise, la réflexion qui fâche, qui peine.

Le côté idyllique du voilier va bientôt lui aussi se fracasser à une réalité météorologique déchaînée.

Et c'est là que s'enchaînent les péripéties rocambolesques d'une vraie descente aux enfers.

Un film des plus rythmés..

Entre amis, un film d'Olivier Baroux, Pathé -  DVD (août 2015) 

 

30 juin 2017

Des pierres dans ma poche

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" Je suis une barre médiane: bien au milieu, pas  devant, pas derrière, pas laide, pas magnifique. Coincée entre Alger et Paris, entre l'acharnement de ma mère à me faire revenir à la maison pour me marier et ma douillette vie parisienne

Être une barre médiane c'est comme un intégriste sans  barbe, un  policier sans moustache, un chanteur de raï sans cheveux. C'est incohérent."

Rappelée à Alger pour le mariage de sa soeur cadette, la narratrice convoque les souvenirs liés à sa famille,  àson enfance, toutes ces " pierres" qui meublent la poche de son habit devenu parisien.  Et de s'interroger sur son identité et la pression maternelle exercée sur son célibat de trentenaire jugé indécent.

On rejoint en là bien des observations autobiographiques jaillies de la plume de Magyd Cherfi et sa "Part de Gaulois"' (chronique sur ce blog) .

Le texte est porté par une plume fluide, coupé de chapitres courts, vifs et parfois lapidaires.

Un deuxième roman soumis également à notre lecture pour le jury du Prix Horizon 2018

Des pierres dans ma poche, Kaouther Adimi, roman, Ed. Seuil, mars 2016, 176 pp

29 juin 2017

Petite fantôme

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 Deuxième roman de Mathilde Alet, Petite fantôme figure parmi les quelque quarante ouvrages soumis à notre jury du Prix Horizon 2018  et à ce titre, une belle découverte.

"Les quelques jours deviennent semaine,  les semaines  s'enchaînent, une, puis deux, puis trois. Elles sont
remplies de mercredis: les avant-mercredis, les après- mercredis et les mercredis. Même les week-ends quittent le calendrier. Les avant-mercredis sont essentiellement consacrés à la crainte du mercredi, et les après-mercredis aux regrets. Le mercredi lui-même est aussi terrifiant qu'un troisième lundi de janvier"

Le mercredi est jour de rendez-vous entre Gil (berte) et Jo(séphine), deux soeurs aux physiques et tempéraments assez dissemblables.. Un projet commun les réunit - mais peut tout autant fissurer leur relation -  qui va générer un contrat incongru:  après s'être vu refuser son premier roman, Gil va en écrire un deuxième qu'elle signera du pseudonyme d'Esther Egova, tandis que Jo, belle et médiatique endossera toute la promotion du roman. Autrement dit, le soeurs fusionnent, le temps de la publication,  leurs identité sous  une seule, celle d'Esther,  avec interdiction à Gil d'apparaître au public. Jo est le "visage" d'Esther, Gil en est la "petite fantôme"

" Mais l'inéluctable destin d'une fissure, c'est l'effondrement"

Analyse intéressante du milieu littéraire, ses us, ses réactions et des mécanismes qui procèdent de la genèse d'une oeuvre, le roman est porté par une écriture sobre, factuelle, agréable.

Petite fantôme, Mathilde Alet, roman, Ed. Luce Wilquin, oct.2016, 152

 

 

28 juin 2017

Marcher à côté de ses pompes

Ce n'est vraiment pas ce que je vous souhaite, en cette veille des vacances d'été.

Je préfère vous inviter à une aimable balade , " à la bonne franquette" dans ce recueil de 100 expressions populaires dont Catherine Guennec, infatigable traqueuse de bons mots nous révèle l'origine, depuis la nuit des temps.

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"C'est Byzance" me direz-vous .

Certes.

D'autant que parfois, "les bras vous en tomberont"  en constatant les glissement de sens, de sons, de certaines expressions.

Du ton alerte et enjoué qui signe ses écrits, Catherine Guennec ne se contente de vous signifier l'origine des métaphores - souvent argotiques - elle vous nourrit également - c'est que du bonheur - de synonymes. Vous apprendrez ainsi qu'au lieu de rouler [la viande$ dans la farine , vous pouvez simplement la "singer'"

Prenez-en de la graine plutôt que pour votre grade.

Loin de ramener sa fraise, Catherine Guennec a la culture aussi généreuse qu'elle est abyssale.

Vous boirez du petit-lait, à la lecture de ce sympathique recueil. C'est tout le bien que je vous souhaite.

Ainsi qu'un merveilleux été

Apolline Elter

Marcher à côté de ses pompe et 99 autres expressions populaires, Catherine Guennec, recueil, Ed. First, mai 2017, 208 pp

26 juin 2017

Article 353 du code pénal

9782367623214-001-X.jpeg Poussé à bout par un enchaînements d'événements toxiques - son divorce, le délire qui a mené son fils, Erwan en prison , son licenciement et l'arnaque opérée   par Antoine Lazenec,  un promoteur immobilier véreux,  Martial Kermeur précipite ce dernier à la mer.

Il va de soi que cela ne se fait pas et qu'il devra répondre de cet homicide devant la Justice.

Interrogé par le juge di'instruction , Martial  décline,, méthodiquement et par la voix sublime de Feodor Atkine - la séquence des événements qui l'ont conduit à accomplir le geste fatal. La séance semble relever davantage d'un entretien psychanalytique que d'un interrogatoire judiciaire.

Va-t-il convaincre le juge, dans l'intime liberté de son verdict du bien-fondé de son ressentiment? 

Vous le saurez en écoutant ce roman fascinant.

Article 353 du code pénal,  Tanguy Viel, roman, , Ed. Minuit, février 2017, Ed. Audiolib, avril 2017, texte intégral lu par Féodor Atkine, , durée: 4 heures.

25 juin 2017

Votre commande a bien été expédiée

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"La nuit est le refuge indispensable des conversations à cœur ouvert, où l'on se livre et l'on partage sans compter. Jamais la journée ne pourra offrir ce temps qui s'étire, cet éloignement du quotidien nécessaire à ceux qui se racontent, il faut pour cela que la majorité donne, que les commerces soient clos, que le monde ait baissé d'un ton pour que l'on puisse s'entendre. Alors peuvent s'ouvrir ces brèches magnifiques, élargies peut-être par un vin soyeux emportant plus loin encore les conversations nocturnes."

Votre commande a bien été expédiée, Nathalie Peyrebonne, roman, Ed Albin Michel, juin 2017, 222 pp 

24 juin 2017

Votre commande a bien été expédiée

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"Le 6 janvier 2014, Eugène passe commande d'une cocotte lrone, fonte émaillée intérieur et extérieur, couleur rouge, vingt-huit centimètres, utilisable sur tous feux dont induction et au four, répartition homogène et progressive de la chaleur, lavable au lave-vaisselle,garantie à vie.

Il exerce alors le métier de comptable depuis plus de dix-neuf ans."

  Ains'Incipit le roman savoureux de Nathalie Peyrebonne, tout frais paru en ce joyeux premier mois de l'été.

D'emblée, la commande d'Eugène Benengeli  revêt une  portée dramatique qui préfigure une séquence d'événements aussi loufoques que distrayants. Car vous vous en doutez, l'envoi ne se réalisera pas telle  une lettre à la poste...

S'ensuivent une série d'échanges de mails entre Eugène, inquiet de la non-réception de son colis et Lucia, consciencieuse conseillère-clientèle auprès de la firme de commercialisation desdites cocottes .

On peut comprendre notre infortuné comptable : "L'absence de cet objet dont il s'est jusqu'alors parfaitement bien passé l'irrite un peu plus chaque jour."

Et l'on ne peut que se réjouir de la tournure épistolaire que prend alors le roman. Des échanges à ce points réussis, adaptés, que les scripteurs décident de se voir - à Biarritz, où vit Eugène - passant de la sympathie virtuelle à la rencontre incarnée.. Elle est belle, la vie..

Plus belle, à coup sûr, que celle décrite dans cette émission de télé-réalité, version seniors, qui investit, par épisodes, la toile du roman.

Et la cocotte, me demanderez-vous, est-elle arrivée à bon port? 

Je ne vous réponds pas... me contentant d'affirmer : " Votre commande a bien été expédiée"

A Elter

Votre commande a bien été expédiée, Nathalie Peyrebonne, roman, Ed Albin Michel, juin 2017, 222 pp

 

22 juin 2017

Romain Gary s'en va-t-en guerre

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 Son père demeure une intrigue. Le garçon n'arrive pas à le voir comme celui que Nina lui décrit, un être ignoble, un lâche dont les valeurs morales ont été corrompues par la concupiscence et la luxure.
Roman reste persuadé qu'un jour, ayant soudain mesuré la gravité des faits qui lui sont reprochés, l'homme se reprendra, réintégrera le domicile familial pour retrouver la place qui est la sienne. Le fils a foi en son père. Il nourrit l'espoir de revivre à ses côtés les splendeurs du temps d'avant."

S'il est lié à sa mère, Nina,  par une relation fusionnelle que ses biographes ne manquent  de souligner, Roman Kacev, as Romain Gary ( 1914-1980) as aussi Emile Ajar, ... notamment .. n'était pas le fils de cet acteur célèbre qu'il s'est inventé. Arieh, son père, était fourreur - Roman pense, un temps, lui succéder en son métier - mais surtout, il a déserté le foyer conjugal pour refaire sa vie avec une autre femme.

A l'heure où il dit adieu à son propre  père, le romancier Laurent Seksik nous plonge dans le  milieu de années '20 et ce ghetto de Wilno ( Vilnius en Lituanie) dont Nina tente de s'extraire pour emmener son fils à Paris, ville de tous les espoirs.

Sa mère répétait qu'à Paris on ouvrait sa porte aux étrangers, on partageait le pain et l'eau; on vous disait français à peine aviez-vous entonné La Marseillaise, ou si vous récitiez un seul vers de Victor Hugo – il connaissait par cœur six poèmes des Feuilles d'automne. À Berlin, affirmait Nina, on avait compté un grand ministre juif du nom de Rathenau.
L'homme était mort assassiné. Roman, lui, saurait vendre cher sa peau.

ô mythes, qui nous tenez..

A Elter

Romain Gary s'en va-t-en guerre, Laurent Seksik, roman, Ed. Flammarion, janvier 2017, 230 pp

14 juin 2017

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle

Le château de Grignan (Drôme) est le siège d'une exposition d'envergure,  re-mar-quable, si j'en juge par le catalogue qu'il m'en a été donné de lire.

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Il va sans dire que j'y cours, j'y vole dès juillet et vous en fais rapport

Inaugurée le 23 mai dernier, l'exposition couvre l'été et le début de l'automne,  jusqu'au 22 octobre; elle attend quelque 50.000 visiteurs.

Pour l'heure penchons-nous sur les passionnants  portraits multi-faces de L'Epistolière, rédigés par un comité scientifique de haut vol.

De sa ville natale - et essentielle - de Paris, où elle naît, le 5 février 1626 et occupe onze résidences toutes situées dans le quartier du Marais - dont le célèbre Hôtel Carnavalet -  au château de Grignan,  où elle séjourne à trois reprises - pour une durée cumulée de quatre années - auprès de sa fille Françoise, de son gendre, François, comte de Grignan, la pétillante marquise a également séjourné à seize reprises au château breton des Rochers, fief des Sévigné.

Ces différents séjours sont prétextes à une correspondance abondante, vive et spirituelle, dont la plus connue est celle qu'elle adresse à sa fille,  dont elle se voit séparée, le 4 février 1671; jeune mariée, fraîche accouchée, Françoise rejoint son mari en Provence, au grand dam de sa possessive maman.

C'est à Grignan que Marie de Sévigné  décède, le 17 avril 1696, au cours de son troisième séjour. Elle était venue pour soigner  Françoise-Marguerite; ne résiste aux perfides froids et attache, à son corps défendant,  son nom au superbe château des Adhémar, rejetant de la sorte, une nouvelle fois, sa fille  dans l'ombre de sa postérité.

L'évolution de cette  "femme d'esprit", les aléas de sa vie - elle perd jeune son mari - , les usages de son temps, le cercle de ses famille et amis,  le mythe qui suit son décès et la publication souvent remaniée de sa correspondance font l'objet de chapitres thématiques passionnants - et je pèse mes mots - nourris des sciences et publications de Jacqueline Duchêne, Christian Trézin,  David Brouzet, Cécile Lignereux, pour ne  nommer qu'eux..

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle -  collectif - beau livre illustré - catalogue de l'exposition du château de Grignan ( du 25 mai au 22 octobre 2017) , Co-édition  Ed. Libel - Département de la Drôme, Mai 2017,  140 pp, 22 €

10 juin 2017

Robinson

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Mon Robinson sans mot, sans surprise et sans fard, Sans sermon, sans surmoi, sans projet d'avenir, Sans bouteille à la mort au secours du hasard

Adressé à son fils "oui-autiste", un poème  beau, mélodieux  ouvre ce récit, témoignage d'une relation père-fils hors du commun.

Laurent est docteur  en Langues et Littératures romanes 

Il  enseigne la littérature française à l'Université de Liège, en Belgique. Barthes, la langue, les signifiants, les signifiés, il connaît ...

Il est poète, aussi.

Il est surtout le père de trois enfants, dont le cadet, âgé aujourd'hui d'une quinzaine d'années est "oui-autiste", absolument rétif à notre langage, isolé des pratiques de notre société,  vulnérable face à ses innombrables dangers. Aussi, quand il en a la garde, le père se consacre-t-il entièrement à son fils, son "bébé de Damoclès".  Ce qui exige une vigilance de chaque instant, mais aussi une appréhension neuve et vivifiante de la réalité:

Comme si, en compagnie de Robinson, je sortais un oeil hors de mes pensées pour entrer plus avant dans la réalité du monde. "

 Car c'est bien cela, le coeur, l'âme de ce témoignage sublime: observant ce fiston de 10 ans - à la date du récit - par le double prisme du père aimant et de l'entomologue, Laurent Demoulin tente, par tous les moyens, et surtout sans établir de hiérarchie ni de jugement, de créer une passerelle de communication entre deux univers radicalement incompatibles. Ce faisant,  il ose le paradoxe, n'hésite pas à remettre en question nos propres modes de fonctionnement, notre rapport à la vie.

Les  péripéties se succèdent sous formes de chapitres  thématiques, tantôt courts, vifs, emportés, tantôt plus détaillés, qui décrivent le quotidien semé d'embûches - les écueils des courses au supermarché, d'une virée à la piscine, ... tant d'épisodes tragi-comiques  -  de ce couple père-fils et de la sorte de huis-clos que la société leur impose.

Un humour manié d'autodérision et d'une très belle plume parcourt cette séquence de péripéties, qui ouvre large, primordial pan à la scatologie, ses effets, ses fantasmes, dotant l'éternel duo Eros-Thanatos d'un partenaire excrémentiel assez inédit.

Une lecture de toute puissante facture

Je vous la recommande vivement

Apolline Elter

 Robinson, Laurent Demoulin, récit, Ed. Gallimard, oct. 2016, 240 pp

 

Billet de ferveur

AE :  La communication est au cœur de ce récit.  Les « non-autistes » que nous pensons être sont, en somme, les autistes des « oui-autistes » ?

Laurent Demoulin : Jolie formule ! Oui, en un sens, on pourrait dire cela : les uns sont mystérieux et difficiles à comprendre pour les autres, dans les deux sens. Mais il me semble surtout qu’aucune forntière ne sépare nettement les  oui-autistes et les non-autistes : il s’agit d’un continuum tout au long duquel se rencontrent autant de cas que d’individus. Sur cette chaîne infinie, tous les chaînons sont des intermédiaires entre les deux extrémités.

 

 

08 juin 2017

Et si tu n'existais pas

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Si le titre du récit évoque la célèbre chanson de Joe Dassin, le contenu en est plus âpre. Il révèle l'arrachement de Claire à  Yaya, sa Nounou, l'impossible attachement à sa Maman.

Terrassée et rendue sourde par une crise d'éclampsie à la naissance de Claire,  le 8 octobre 1937, sa mère confie l'enfant à Yaya, une nourrice qui l'emmène dans la Creuse. Elle n'en vient la rechercher que quelques années plus tard, au mitan de la guerre.

Découvrant sa famille - pétainiste -  et l'appartement cossu du  Boulevard de Courcelles, l'enfant de 6 ans s'y sent d'emblée étrangère.  Face à cette mère, qui sans doute lui en veut inconsciemment de son infirmité, tout en essayant de lui donner de l'affection,  Claire Gallois va développer un mécanisme de défense, largement nourri d'indifférence.

"Face à elles, j’allais assez vite acquérir un réflexe qui me protégerait toute ma vie : l’indifférence immédiate envers qui vous embête."

Mais on ne peut vivre totalement protégé - c'est heureux - ni s'affranchir d'un amour véritable: celui que lui vouait Yaya.

Et la fillette devenue femme, écrivain, de mettre tout en oeuvre pour retrouver la fée de ses jeunes années.

Apolline Elter

 Et si tu n'existais pas, Claire Gallois, récit, Ed. Stock, janvier 2017, 144 pp

07 juin 2017

Elle était une fois

Hébard.jpg Le jour de ses quatre-vingts ans, Frédérique Hébrard fait le serment , à Anne Franck  à "toutes ses espérances massacrées" d'écrire un livre de souvenirs  et d'hommages à ces nombreuses  et admirables femmes qu'elle a côtoyées depuis sa tendre enfance.

La fille de l'académicien André Chamson, épouse de Louis Velle, romancière à succès - On lui doit La Demoiselle d'Avignon, Le château des Oliviers, - fête, ce 7 juin, ses 90 printemps, promesse accomplie.

Guerre de 40-45,  début sur les planches, rencontres avec l'homme de sa vie - son mari- et avec des personnalités solaires et généreuses, telles les actrices Michèle Morgan, Brigitte Fossey, Eva Darlan...glaciales,  telle Simone de Beauvoir ou violentes..., maternités, souci de santé.. jalonnent le récit d'une vie heureuse et bien remplie,  empreinte d'une fondamentale bienveillance et de l'idée thucydidienne que " Les choses n'arrivent qu'à ceux qui peuvent les raconter." 

Bon anniversaire, Madame

 Apolline Elter

  Elle était une fois, Frédérique Hébrard, souvenirs, Ed Flammarion, mars 2017, 382 pp

03 juin 2017

L'ordre du jour

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 Après un 14 juillet qui avait enflammé, à la rentrée,  notre gastronomie livresque( voir chronique sur ce  blog) Eric Vuillard nous revient avec un récit tout aussi flamboyant et nous plonge, d'entrée de pages, au coeur d'une réunion historique qui vit, le 20 février 1933, vingt-quatre patrons d'entreprise - les plus prospères d'Allemagne - accorder leur soutien à Hitler.

" Et ils se tiennent là, impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l'enfer."

 Et le lecteur subjugué d'assister à la montée en puissance méthodique d'Hitler et des siens, Goebbels, Goering et charmante compagnie, à la singulière cécité de Lord Halifax, surdité du président Lebrun,  humiliation de Schusshnigg, le chancelier autrichien qui voit imposer à son pays des mesures insoutenables tandis que l'Allemagne interdite de fabrication de chars depuis le traité de Versailles (1918) reconstitue, hors frontières, son équipement d'assaut.

"Une armée en panne, c'est le ridicule assuré."

L'annexion de l'Autriche  par l'Allemagne nazie, le 12 mars 1938, relève tant du machiavélisme que du rocambolesque, avec la congestion des chars d'assaut, à la frontière, pour panne technique, la fureur du ...Fürher et  l'interminable dîner londonien  qui empêche  Chamberlain de vaquer aux affaires d'Etat pour la simple raison qu'il n'arrive pas à se débarrasser de l'encombrant Ribbentrop ...

On se croit au cinéma tant l'auteur nous fait vivre les événements, les destins particuliers,  avec brio, juste tempo et un humour confondant. 

La farce est tragique: elle a coûté la vie à des millions d'Européens.

La fresque est grandiose, soutenue d'une plume, d'une écriture remarquables.

Apolline Elter

  L'ordre du jour, Eric Vuillard, récit, Ed. Actes-Sud, mai 2017, 156 pp

01 juin 2017

Jean-Michel FRANK, le chercheur de silence

Certaines biographies vous subjuguent tant elles ciblent l'essence de leur sujet, 

Tel le portrait, par Laurence  Benaïm,  du décorateur Jean-Michel FRANK ( 1895- 1941)  pape du minimalisme et de la période des Arts déco.

Je vous reviens, à son sujet, à la rentrée, mais je ne peux vous  laisser passer été sans toucher mot de cette découverte. Le nombre de post-it fleurissant sur la tranche de l'ouvrage est, pour le moins, .éloquent

Jugez-en:

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Né à Paris, le 28 février 1895, au sein d'une famille juive aisée, Jean-Michel doit à son teint bistre, sa petite taille, sa démarche ..insolite, la conscience immédiate d'être différent. L'affaire Dreyfus qui sévit, dès sa naissance, fait grand obstacle à la volonté d'intégration des Frank à la France.

Nés sur le sol français, les frères aînés de Jean-Michel meurent en 1915 sous les drapeaux - français - de la Grande Guerre tandis que leur père se voit refuser la nationalité française, sous prétexte d'origines allemandes; il  ne s'en remet pas, se suicide, le 11 novembre 1915 à 11 heures, tandis que son épouse tombe progressivement en grave dépression..  Jean-Michel a 20 ans. Le destin familial va le poursuivre toute sa vie, semer le germe de son propre suicide, à New York, le 8 mars 1941.

Entre-temps, il a connu le monde, exprimé son angoisse existentielle, à travers une série de chantiers de décoration intérieure, qui en raison de la fortune, de la notoriété des commanditaires, signeront sa gloire. Il aménage - et dépouille de la sorte -  les intérieurs de Colette et Pierre Drieu de la Rochelle,  Marie-Laure et Charles de Noailles, .. de François Mauriac, Elsa Schiaparelli,  Nelson Rockfeller.. faisant du vide, de l'absence, du silence mais aussi du jeu de la lumière, sa marque de fabrique.  Les tons sont sobres, d'une palette qui va du blanc au brun, en passant par le beige; les matériaux rares, luxueux et communs, s'associent en une mixité bien d'avant-garde, les revêtements en galuchat, côtoyant ceux faits de simple paille. Notamment...

Une ascèse qui invite à la méditation et préfigure par de nombreux points notre esthétique contemporaine.

Un récit flamboyant

A suivre, assurément.

Apolline Elter

Jean-Michel Frank, Le chercheur de silence, Laurence Benaïm, biographie, Ed. Flammarion, avril 2017, 342 pp

 

 

29 mai 2017

JFK

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John Fitzgerald Kennedy eût eu cent ans, ce jour; le 22 novembre 1963 en a décidé autrement qui commémore son tragique assassinat.

Derrière le mythe du président rayonnant,jeune, beau, en un mot, particulièrement séduisant,  du couple glamour qu'il forme avec "Jackie", se découvre un homme malade - il était notamment atteint d'insuffisance rénale, la fameuse maladie d'Addison - souffrant du dos et de multiples affections.  A cela se greffe une addiction au sexe - JFK aime les femmes, à l'instar de son père - et les multiples médications qu'il ingère, augmentent, entre autres, sa libido...

Un mythe s'effrite, celui de son union avec Jackie, laquelle en prend également pour son grade.

Mais tant son temps que la postérité, auront, je crois, l'envie de préserver au martyr de Dallas, sa légende, son intimité.

A Elter

JFK, Une histoire sexuelle,  Georges Ayache, essai, Ed. du Rocher, mai 2017, 222 pp

 

27 mai 2017

Deux remords de Claude Monet

 

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"A Londres, il rejoignit la forte colonie française rejetée de l’autre côté de la Manche par les remous de la  guerre. Les artistes y formaient un groupe à part qui fréquentait le même café où ils s'efforçaient de  réinventer un coin du pays perdu."

S'il n'épouse pas le point de vue séquentiel, chronologique des biographies classiques,  ce roman "vrai" entend cerner le célèbre peintre (1840-1926) de l'intérieur, à l'aune des faits majeurs de son existence et plus précisément,  de la mort, en décembre 1870, de son ami Frédéric Bazile , sur le front de la guerre contre la Prusse  - tandis que Claude Monet séjourne en Angleterre -  et  de l'amour qu'il voue à sa première épouse, Camille Doncieux, mère de ses deux fils, Jean et Michel, décédée en septembre 1879, d'un "cancer de la matrice" . Représentée sur en page de couverture, vêtue d'une capeline rouge, Camille inspire de nombreuses oeuvres au célèbre peintre, dont ladite " Femme à la capeline rouge", mais aussi  la " Femme à la robe verte."

Remarié avec Alice  veuve de son ami et mécène, le collectionneur Emile Hoschedé, Claude Monet termine ses jours à Giverny, entouré de Blanche Hoschedé,  bru et belle-fille à la fois. Soucieux de perpétuer la mémoire de son ami Frédéric, le peintre négocie, par l'entremise de son ami Georges Clemenceau, le don de ses célèbres Nymphéas à l'Etat, contre la garantie d'exposition au Louvre de l'oeuvre"Femmes au jardin".

Structuré en trois parties focalisées sur les trois protagonistes de la narration - ci en gras - le roman se fait quête d'âme

A Elter

Deux remords de Claude Monet,   Michel Bernard, roman, Ed de la Table ronde, août 2016, 216 pp

 

24 mai 2017

Their Finest

 L'affiche, l'argument sont prometteurs.

their-finest.20170512101610.jpgTandis que la guerre mine Londres de ses bombardements incessants, le moral des troupes et des civils, le Gouvernement invite une société de production cinématographique à créer une fiction, au départ d'un fait réel, héroïque, pour rendre ardeur à une nation qui n'a ..guère de distractions et endure tant de privations.

On le sait, les salles de cinéma furent des puissants instruments de propagande, d'information et de désinformation. 

Surgit la ravissante Catrin Cole (Gemma Arterton), armée d'abnégation et d'une intuition hors du commun. Engagée comme secrétaire, elle révèle aussitôt ses talents de scénariste et de diplomate car il s'agit tant de respecter le cahier de charges des autorités que les velléités d'acteurs imbus de leur prestige (l'excellent Bill Nighy)

N'empêche, l'intrigue ne décolle pas et livre à nos regards  somnolents un scénario désuet, parfumé d'eau de rose légèrement périmée. 

Tel est mon sentiment

J'espère qu'il n'est pas trop partagé

Sans doute en ai-je raté le second degré, la subtilité.

A Elter

Their Finest, un film de Lone Scherfig (UK) actuellement en salles; durée : 117 min.  A voir en VO

 

20 mai 2017

Les Macron

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Il semble qu'on ait tout dit déjà - le vrai et son contraire - sur le couple hors normes, nouveau résident de l'Elysée.

 Vous connaissez mon professionnalisme - merci -  il fallait que je me fisse une opinion perso; et ce  côté "incorruptible", qui m'enjoint d'acquérir certains ouvrages de mes deniers,  pour garder pleine liberté... de penser.

Résultat: je suis entrée en sympathie avec le couple et particulièrement Brigitte Macron, as "Bibi" , une personne vraie, joyeuse, généreuse, .. amoureuse, maman de trois enfants, grand-mère de sept bambins. Il me semble que le célèbre palais présidentiel n'a plus connu un couple aussi fort, aussi soudé, depuis Claude et Georges Pompidou.  Féru, fiévreux de lettres, il saura imprimer une marque personnelle, fraîche et efficace sur le quinquennat entamé.

Tel est mon credo.

Pour l'heure penchons-nous sur ces éléments de portraits "vrais", teintés de bienveillance.

 "Elle, se présente, libre, franchement drôle, truffant ses phrases de termes anglais, dans ce monde si normé, où quelque statisticien en économie l’aurait déjà rangée côté seniors."

C'est de la Première dame qu'il s'agit.  Sexygénaire radieuse, Brigitte Macron enseignait le français et le latin à l'institut de la Providence d'Amiens, en ce début de la décennie '90 qui vit surgir dans la troupe de théâtre amateur qu'elle animait, un adolescent brillant, fougueux, "stratosphérique".... 

"La passion est insidieuse, le terrain glissant. Emmanuel et elle pressentent ce qui se joue, mais n’en disent rien."

Si elle tente d'apaiser la flamme du jeune homme - et la crise qui s'ensuit pour le couple qu'elle forme avec André-Louis Auzière -  et d'appuyer  son exil scolaire à Paris,  la quadragénaire ne résistera pas à cette passion, au pouvoir de conviction du jeune Macron.

Et les journalistes Caroline Derrien et Candice Nedelec d'illustrer le cursus académique d'un jeune homme hors normes, époustoufflant,  insensible au clivage de l'âge - il entretenait avec sa grand-mère maternelle une relation riche et constructive -   doté d'un optimisme forcené.

Un optimisme qui lui vaudra mariage, en 2007 avec l'élue de son coeur et l'accession, dix ans plus tard, à la fonction suprême de l'Etat, avec toutes les péripéties abondamment commentées par les media.

Un "réflexe de séduction automatique"

L'électron  n'a pas froid aux yeux,- bleus - ces yeux qu'il plante dans les vôtres  pour y enraciner une vérité, à laquelle il ne consent que de "légers arrangements".

Avec une totale liberté pour seul guide, Emmanuel Macron ne résiste pas à casser tous les codes. Tout est bon pour faire avancer un dossier. Il n’a d’ailleurs pas son pareil pour marcher sur les plates-bandes d’autres ministres et envoyer, in petto, à ceux qui s’en émeuvent, un provocateur « Je suis désolé ma poule ! » en pianotant, rigolard, sur son portable. Une aisance qui le fait aussi déraper, même s’il ne juge pas une seconde l’avoir fait…

En un mot, comme en cent, il est séduisant. Affiche une telle confiance en lui, qu'elle en est contagieuse.

Et rend rapidement caducs les commentaires désobligeants.

C'est une force

Une force qui va, dirait Victor Hugo, une force.. en marche.

Puisse-t-elle rayonner

Apolline Elter

Les Macron, Caroline Derrien et Candice Nedelec, essai, Ed. Fayard, mars 2017, 234 pp

  

18 mai 2017

Les mots de la fin

3DMotsFinBD_small.pngCatherine Guennec aime les répertoires.

Au gré de lectures nombreuses et d'une curiosité insatiable, elle collectionne les histoires d'amour ( Le petit livre des grandes histoires d'amour), les mots doux ( Mon petit trognon potelé) , les  insultes (Espèce de savon à culotte), tous savoureux recueils répertoriés sur votre blog préféfé.

Aussi est-ce avec une joie sans... fin que nous avons lu, d'une traite - mais oui - les quelque deux cents adieux historiques, légendaires ou avérés , qu'ont prononcés des personnages célèbres, restitués, dans leur contexte d'émission, par ordre alphabétique des patronymes.

D'Honoré de Balzac qui aurait réclamé à son chevet le docteur Horace Bianchon,  acteur de sa Comédie humaine à Stefan Zweig, qui en sa lettre testamentaire révèle son impatience à en finir avec la vie, les sentences défilent, souvent sobres, factuelles  " Je ne me sens pas bien " ( Maria Callas), " C'est comme cela que l'on meurt " (Coco Chanel),  " Tout est bien " ( André Gide)  " C'est fait!" (Prince de LIgne) gourmandes " Il y a longtemps que je n'ai mangé avec tant de plaisir" (Denis Diderot) , "J'ai faim" (Philippe Pétain)   élégantes " Tu leur diras, toi, que j'ai eu une belle vie" (Charlotte Delbo)  , litotes " Ce n'est rien" ( d'Henri IV, poignardé)  quand elles ne sont simple soupir (Chopin, Stendhal) 

Une lecture instructive qui nous rappelle, finement, que toute existence connaît son terme.

Apolline Elter

Les mots de la fin, 200 adieux historiques, Catherine Guennec,  recueil, Ed de l'Opportun, avril 2017, 352 pp