23 mai 2017

A Anne Frank

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 Il est des dédicaces qui sont promesses, qui sont lettres

Ainsi s'adresse Frédérique Hébrard à  Anne Frank, le 7 juin 2007, jour de ses quatre-vingts ans.

 

7 juin 2007

7 heures 18 dans la maison qui dort encore ...

Aujourd'hui, j'ai quatre-vingts ans.
Quatre-vingts ans, ça fait biblique,
ça fait mythologique.
.. ça fait rire la petite jille
que je suis encore, la petite jille qui se souvient
d'une autre petite jille qui, elle, hélas,
n'a jamais eu de rides.

C'est à elle, à toutes ses espérances massacrées,
que je pense en ce jour d'anniversaire,
à elle qui fait partie des jèmmes de ma vie
que ma mémoire convoque ce matin .
..
Ces jèmmes à qui je vais tout raconter.

C'est à toi, petite sœur, que je dédie ce livre
au moment même où je décide de l'écrire un jour.

À toi, Anne Franck.

  

La pétillante actrice, scénariste, romancière accomplit, dix ans plus tard sa promesse.

Nous vous en proposerons chronique le 7 juin

 Elle était une fois, Frédérique Hébrard, souvenirs, Ed Flammarion, mars 2017, 382 pp

16 mai 2017

Camille et Lucile

3DMotsFinBD_small.pngGlanée en cet ouvrage sympathique dont je vous fais chronique, jeudi 18 mai, voici l'extrait d'une lettre que Camille  Desmoulins adresse à son épouse Lucile, depuis  la prison du Luxembourg, juste avant son passage à l'échafaud , le 5 avril 1794

 "Mes bras entrelacés te serrent, mes mains liées t'embrassent, et ma tête séparée repose
encore sur toi ses yeux mourants. Je vais mourir.
»

Lucile est exécutée, une semaine plus tard;  le couple laisse un orphelin, Horace

Les mots de la fin, 200 adieux historiques, Catherine Guennec,  recueil, Ed de l'Opportun, avril 2017, 352 pp

09 mai 2017

Lettre ouverte à ma main gauche

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Pianiste amateur, Catherine David se voit soudain, lâchée, trahie par sa main gauche.

" Je n'avais jamais eu à me plaindre de toi jusqu'à cette étrange alerte"

S'adressant à ce membre,  par à coups défaillant, la romancière, essayiste, critique littéraire entame une longue et belle réflexion sur les effets de la musique - sensuels, thérapeutiques, et autres,- son éternité, la pérennité de chefs d'oeuvre du répertoire classique, les bienfaits de leur pratique. Partant, elle  invite mélomanes et simples lecteurs à une approche sensible et éclairée de cette "médecine de l'âme" qui jaillit des touches du clavier.

"Il y a ce moment de bascule où la musique fuse, s’embrase et roule ses  galets, quand le toucher, la vue et l’ouïe se retrouvent solidaires, entrelacés, indiscernables. Une musique étonnante sourd alors de nos doigts comme une liqueur impalpable, une musique qui nous veut du bien, une thérapeutique antimorosité qui remplace les petites pilules du soir. À consommer sans modération, car il n’y a aucun risque d’effets secondaires dans cette médecine de l’âme. Seul un certain niveau d’addiction à la drogue appelée musique est à redouter."

Lettre ouverte à ma main gauche et autres essais sur la musique, Catherine David, essai, Ed. Acte Sud, février 2017, 316 pp

02 mai 2017

Ce n'est pas La Pen

Lettre ouverte à nos amis français, 

 

France et Français, les Belges vous aiment.

Partant, nous avons oreilles et yeux rivés sur votre actualité politique

Une femme présidente, c'eût été tentant 

Mais à ce prix, ce n'est pas la peine

Marine Le Pen aime la France, peut-être; les Français, j'en suis moins certaine

 

 

Mardites-moi, chère France

25 avril 2017

L'encrier de Madame de Sévigné

L'encrier.jpgVous savez, chers visiteurs, comme la célèbre Epistolière est chère à notre blog et aux séjours en cette  Drôme grignannaise que nous partageons avec elle.

 Aussi fûmes-nous attirée par l'angle d'approche biographique de Barbara Lecompte - bien engageant - à savoir les bureau chinois et encrier de la célèbre marquise.

Nous ne fûmes pas déçue.

" Réchappé des profondeurs océanes, le bureau chinois de madame de Sévigné peut se flatter d'être aujourd'hui un meuble vedette, une star à bichonner. "

 Fascinée par le destin du secrétaire laqué, conservé au musée Carnavalet, estampillé aux doubles armes Rabutin et Sévigné, la biographe mène enquête et restiitue, à travers les objets fonctionnels de son écriture, un portrait alerte de la trépidante marquise, si vivant que cette dernière aurait mauvaise grâce de le renier.

 Oui mais son encrier?

 " Mais à Carnavalet, son encrier manque à l'appel."

 Et l'enquêtrice de se lancer sur les traces du "fantôme", symbole paroxystique de la pérennité de madame de Sévigné.

Mais la marquise n'est pas qu'une mère, non plus qu'une seule épistolière.  Les chapitres se suivent qui étudient son rapport à l'eau, aux cures,  à la Cour, à la religion, à cette Bretagne qui lui tient encore grief de certains propos jugés désobligeants , à ce Grignan , pour nous, si important.

 Un portrait saisi, pétillant,  judicieusement frappéà l'instar de ce vin de champagne que Marie de Sévigné affectionnait.

 Apolline Elter

 L'encrier de madame de Sévigné, Barbara Lecompte, essai, Ed. Arléa, janvier 2017, 140 pp

11 avril 2017

L'abbé Mugnier

" Que mon âme se trouve dépaysée en ce monde de soutanes."

 

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Avec sa houppe et sa soutane élimée, Arthur Mugnier (1833-1944)  semble infirmer l'étiquette d'"abbé mondain" qui colle à son sacerdoce.  Passionné de lettres,  épris des génies de Châteaubriand, Georges Sand, Joris-Karl Huysmans, ami des comtesses Greffulhe, de Noailles, de Castries, .. de la Princesse Marthe Bibesco, de Jean Cocteau,  le prêtre est la coqueluche du Tout-Paris, affiche de déjeuners en dîners, son sens inaltérable  de l'écoute et de la répartie : " Jamais prêtre ne mangea plus en ville que moi. Je dissipe mon âme à pleine assiette."

Un peu trop ouvert d'esprit pour sa hiérarchie, prompt à la sympathie, l'enthousiasme et... l'imprudence, l'abbé Mugnier se fourvoie parfois. Mais il faut avoir l'esprit retors - les jaloux l'ont  qui l'offenseront - pour chercher querelle à un homme qui n'est que bienveillance, indulgence plénière.

S'il se complaît au sein d'un milieu qui n'est pas celui de ses origines - modestes - le bon abbé n'en oublie pas pour autant les êtres pauvres, esseulés. Il consigne ses nombreuses et précieuses observations en un Journal désormais célèbre, adoucissant les rigueurs d'un sacerdoce effectué loyalement par l'assouvissement de ses passions pour la Nature, les voyages, la culture, la rencontre de l'Autre.

La sainteté peut donc être mondaine et ...sympathique.

Biographe de notre chère Sophie de Ségur, Ghislain de Diesbach signe là un portrait des plus attachants.

Apolline Elter

 L’Abbé Mugnier, Ghislain de Diesbach, biographie, Ed. Perrin, 2003 ( réédition en coll. Tempus, 2013, 404 pp

04 avril 2017

Camille Claudel à Montdevergues

   

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Longue de trente années, du 10 mars 1913  au jour de sa mort, le 19 octobre 1943, la séquestration de Camille Claudel, la célèbre sculptrice, en institutions psychiatriques, asiles d'aliénés, émeut dès l'abord, l'opinion publique. Mais il faut davantage qu'une campagne de presse, aussi longue, aussi motivée, soit-elle pour infléchir la décisionde  Madame Claudel, mère, née Louise Cerveaux. Jamais cette femme rigide, bourrée d'aussi pieux principes que de peur du scandale, ne reverra sa fille.  Et même, elle sera la principale opposante à sa libération, lorsque proposition lui sera faite. Elle a peur de sa fille,  la tient au loin, très loin en ce Vaucluse si froid l'hiver, histoire de ménager sa quiétude. Sa conscience, elle la calme par l'envoi de colis que sa fille reçoit avec une joie d'enfant et une gratitude surprenante.

Décortiquant étape par étape, les signes avant-coureurs de la maladie,  le processus de l'internement, les courriers échangés et les quelque 16 rares visites que Camille Claudel reçu des siens et d'une amie durant  près de trois décennies de séquestration  à l'asile de Montdevergues, dans le Vaucluse,  le psychiatre Michel Deveaux offre un regard neuf et autorisé sur cette tragédie.

Si l'état de délabrement physique et sanitaire de la quinquagénaire nécessitait une prise en charge, sa paranoïa, un internement, il est certain que celle-ci ne devait se prolonger si longtemps. L'attitude de sa famille n'a pas été un adjuvant...

Une chronoscopie sidérante

Et bien intéressante

Apolline Elter

  Camille Claudel à Montdevergues. Histoire d’un internement, Michel Deveaux, essai, Ed. L’Harmattan, déc. 2014, 124 pp

28 mars 2017

Mar-dites-moi, Gabriel

Gabriel Metsu et les Maîtres de la peinture de genre

 

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  Nous évoquions, mercredi passé, la visite de l'expo-événement du Louvre, consacrée à Vermeer (voir chronique en ce blog)  L'occasion pour nous de découvrir la  merveilleuse huile sur panneau, signée Gabriel Metsu(1629- 1667) , compatriote et contemporain du "Sphinx de Delft", j'ai nommé, le Jeune homme écrivant une lettre ( dd+/- 1664-66) 

 

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 Je vous le recommande vivement à votre attention 

Tandis que vous visiterez l'exposition:

 

 Vermeer et les Maîtres de la peinture du genre

Du 22 février au 22 mai 2017

Renseignements et réservations sur le site du musée  Louvre :http://www.louvre.fr/expositions/vermeer-et-les-maitres-de-la-peinture-de-genre 

Entrée par la Pyarmide

22 mars 2017

Vermeer et les Maîtres de la peinture du genre


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C'est l'expo-événement de la rentrée de janvier,  au musée du Louvre. Elle est donc très visitée.... et pour la voir, il faut s'accrocher - Normal, me direz-vous, puisqu'il s'agit de tableaux....

En l'occurrence, douze tableaux de Johannes Vermeer (1632-1675), s'offrent aux yeux des visiteurs,  soit un tiers de la production du  célèbre maître hollandais , toutes scènes de genre, qui présentent la société- élégante-  de l'époque, dans la sphère privée de ses loisirs.  Une section est ainsi consacrée aux épistolières et missives amoureuses, nous l'évoquions, il y a très peu.

Parti est pris de confronter l'art du "Sphinx de Delft"-  ainsi fut qualifié Vermeer par le critique d'art français Théophile Toré -  à celui de ses pairs, peintres de genre également, de sortir son oeuvre de l'isolement dans lequel il fut par trop confiné. Le parcours de l'exposition - assez court - est scindé en sections thématiques de Pesée, Correspondances amoureuses, Epistolières, Duos, Invitation à la musique, Cordes sensibles,  Jeunes beautés, Variations, Mal d'Amour, Perroquets,  Dentellière,  Sublimation, La Nuit et le jour, Profils perdus et Tributs. 

Si le visiteur découvre, ébahi, les merveilles d'effets de lumière et de drapés des Lettre, Lettre interrompue, Jeune femme assise au virginal, Laitière et Géographe  il réalise que Vermeer n'est guère l'inspirateur de ces thèmes que l'on retrouve, notamment sous le pinceau de son aîné, Gérard Ter Borch (1608-1681)

Il le reconnecte - c'est le parti voulu - à ce Grand Siècle qui nous est si cher

Nous reviendrons sur le sujet, mardi prochain, nous pencherons sur le tableau de Gabriel Metsu, Jeune homme écrivant une lettre qui nous a pareillement séduite

 Vermeer et les Maîtres de la peinture du genre

Du 22 février au 22 mai 2017

Renseignements et réservations sur le site du musée  Louvre :http://www.louvre.fr/expositions/vermeer-et-les-maitres-de-la-peinture-de-genre 

Entrée par la Pyarmide

21 mars 2017

Mar-dites-moi, Camille Claudel

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Correspondances de génies

Camille Claudel : les lettres du mal-être 

 

Reprise des tables rondes

Pavillon de la Littérature  

 

         L’inauguration du musée Camille Claudel, à Nogent-Sur-Seine, ce dimanche 26 mars,  nous offre l’occasion de nous pencher sur  le parcours d’art et de vie, d’une jeune fille impétueuse dont le destin croisa un temps, celui d’Auguste Rodin (1840-1917)  avant de sombrer dans le mal-être et l’isolement d’une séquestration de trente années,  en asile psychiatrique.

 L’examen de sa correspondance nous révèle tant ses faces. ..facétieuses que celles, bouleversantes,  d’une artiste incomprise de tous, y compris d’elle-même.

Pour connaître l'agenda des  conférence et  tables rondes, cliquer sur l'onglet: me contacter

Tous renseignements sur le musée de Nogent-sur-Seine: www.museecamilleclaudel.fr 

14 mars 2017

Mar-dites-moi, Johannes Vermeer

 S'il est un peintre bienvenu en notre rubrique épistolaire du mardi, c'est bien Johannes Vermeer (1632- 1675)

Contemporain de notre chère marquise (de Sévigné)  - il lui est cadet de six ans - le célèbre maître hollandais aime arrêter ses yeux, ravir les nôtres, de ces instants hors du temps que constituent la découverte d'une missive quand ce n'est son écriture.

Quelques toiles pour illustrer le propos et mieux vous revenir, jeudi, avec la chronique de l'essai que Jacques Darriulat et Raphaël Enthoven consacrent au peintre, Vermeer, le jour et l'heure, essai, Ed Fayard, février 2017, 304 pp et sous très peu, avec le compte rendu de visite de l'expo du Louvre

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La liseuse à la fenêtre ( +/- 1657) 

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Femme en bleu lisant une lettre (+/- 1663-64)

 

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La lettre d'amour ( vers 1669-70)

Sans oublier 

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Les (jeune) Femme écrivant une lettre, +/- 1665 et 1670, respectivement 

07 mars 2017

Lettre à une femme aimée

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Le nom d'Alexis Jenni vous évoquera, à coup sûr, le Prix Goncourt 2011 pour son roman, L'art français de la guerre ( Ed Gallimard) 

Nous le retrouvons dans un contexte différent. ...

Parce qu'il ne trouve pas les mots, l'expression juste, pour qualifier les sensations qu'il éprouve  à la vue, au contact de la femme qu'il aime, le narrateur lui écrit une longue lettre, convoquant la peinture -  Pierre Bonnard (et Maria Boursin..) , Pablo Picasso, Georges  de la Tour, Jean-Honoré Fragonard et même quelque esquisse d'Auguste Rodin, .... au secours de sa plume .

Et de la beauté

"Le sentiment de la beauté est très particulier, il donne à boire et étanche la soif, il entretient la soif et il redonne toujours à boire. La beauté emporte dans un ravissement profond et paradoxal, qui reste identique à lui-même, et n'arrête jamais."

Dans l'attente de toi, Alexis Jenni,  Lettre, Ed L'iconoclaste, sept.2016, 272 pp

28 février 2017

Dans l'attente de toi- Lettre à une femme aimée

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"Les livres naissent de ce que l'on ne sait pas dire.

Si on savait,  on dirait, et il n'y aurait pas de livres;  on n’y penserait même pas. Mais voilà, on ne sait pas  dire, et c’est une inquiétude, puis très vite un manque,  et enfin un désir; et le livre vient, qui est tout entier l’effort pour dire, bien que l'on ne puisse pas. Cela  n’empêche pas d’essayer,  d'échouer toujours, et d'essayer encore ; le livre qui s'écrit est la trace de ces essais ."

Ains'INcipit une belle, picturale déclaration d'amour à la femme aimée . Nous y reviendrons mardi prochain

Dans l'attente de toi, Alexis Jenni,  Lettre, Ed L'iconoclaste, sept.2016, 272 pp

14 février 2017

Mar-dites-moi, Sire

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   Point n'est fortuit que de produire, en ce jour valentinesque,  l'extrait d'une lettre d'amour adressée par Henri IV à sa chère maîtresse Gabrielle d'Estrées (1573-1599) .

   Séduit par la beauté, la grâce et la fraîcheur de la jeune fille -  à l'heure de leur première rencontre, Gabrielle n'a pas 17 ans, Henri en a vingt de plus - le volage souverain en tombe éperdument amoureux, lui conçoit quatre enfants et songe à l'épouser.  La mort,en (suite de)  couches, de Gabrielle, le 10 avril 1599, l'empêchera de conclure l'union.

Séparé de ses "Belles Amours", le roi lui envoie des missives passionnées:

"J’ai vu par votre lettre la hâte qu’avez d’aller Germain. Je suis fort aise qu'aimiez bien ma sœur: c'est un des plus assurés témoignages que vous me pouvez me rendre de votre bonne grâce,  que je chéris plus que ma vie, encore que je m'aime bien. C'est trop causé, pour vous voir si tôt. Bonjour,  mon tout. Je baise vos beaux yeux des millions de fois.

              Ce douzième septembre,  de nos délicieux déserts de Fontainebleau."

 

 Gabrielle d'Estrées ou les belles amours, Isaure de Saint Pierre, Ed Albin Michel, février 2017, 400 pp

 

 

07 février 2017

Mar-dites-moi, Emile Zola

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Pédalant à travers la correspondance d'Emile Zola en ces jours peu grisants de grisaille - mais oui, je prépare activement les cours de la rentrée -  je découvre ses lettres de jeunesse - vous en reparlerai - dont la fameuse et infiniment longue "Lettre sur les écrans" qui lui permet de structurer sa pensée du moment. Le futur écrivain est âgé de 24 ans. Il affirme , un brin pontifiant, à son jeune ami Antony Valabrègue :

 "Les écoles n'ont jamais produit un seul grand homme; ce sont les grands hommes qui ont produit les écoles"

A creuser, c'est sûr; nous y reviendrons, cela ne fait pas un pli

-Zola. Correspondance. Choix de textes et présentation par Alain Pagès,Ed. Garnier Flammarion, février 2012, 382 pp

31 janvier 2017

Mar-dites-moi, Philippe Néel

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C'est parce qu'elle rencontre le bel et fringant Philippe Néel, ingénieur en chef des chemins de fer tunisiens, qu'Alexandra David succombe, mi-septembre 1900, à une folle nuit en L'Hirondelle, la garçonnière flottante de Philippe. Elle va alors  commettre l'impensable: s'unir à lui d'un "singulier mariage".  Papa David n'en revient pas, qui donne son accord mais point ne se déplace. Le mariage se conclut au consulat de Tunis le 4 août 1904.

Poète à ses heures, Philippe Néel envoyait à ses conquêtes d'un soir et du voilier, le même billet: 

 «  L’image d’un doux souvenir

Vient de s’offrir à ta pensée

Sur la trace qu’il a laissée

                                                              Pourquoi crains-tu de revenir ? «

Alexandra revient mais lorsqu'elle constate que son bien-aimé a envoyé même billet aux autres passagères du voilier., elle n'en ...revient pas.

Cet épisode constitue le premier volet de nos trois mar-dites- moi, spécialement consacrés aux plis d'amour (et leurs couacs) en vue de la Saint-Valentin

A Elter

 

24 janvier 2017

Point de vue matrimonial

 

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 Fraîche mariée avec le fringant Philippe Néel, Alexandra David réalise - on pouvait s'en douter - qu'elle n'est point faite pour le mariage. Elle s'en confie à l'intéressé, avec la franchise qu'on lui connaît:µ

 "Nous avons fait un singulier mariage, nous nous sommes épousés plus par méchanceté que par tendresse. Ce fut une folie, sans doute, mais elle est faite. La vraie sagesse serait d'organiser, maintenant, notre vie en conséquence, telle qu'elle peut convenir à des êtres de notre tempérament. Tu n'es pas le compagnon que j'aurais rêvé, je suis encore moins, peut-être, la femme qu'il t'aurait fallu ... Et quand nous gémirions sur cette constatation, la belle avance! ... Avec de la bonne volonté et de l'intelligence on remédie à bien des choses (…) »

    Paris, 3 octobre 1904

 Alexandra David-Néel. Correspondance avec son mari – Edition intégrale 1904-1941, Ed. Plon  sept. 2000, 946 pp

17 janvier 2017

L'excentricité du docteur Gachet vue par Vincent Van Gogh

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  "(...) J'ai vu monsieur le docteur Gachet qui a fait sur moi l'impression d'être assez excentrique, mais son expérience de docteur doit le tenir lui-même en équilibre en combattant le mal nerveux duquel certes il me paraît attaqué au moins aussi gravement que moi. "

 La  valse des arbres et du ciel,  Jean-Michel Guenassia, roman, Ed; Albin Michel, août 2016, 300 pp

03 janvier 2017

Le bon dos des versos de lettres

 

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 Les versos  de lettres ont parfois ... bon dos, sont de plaisants facteurs de..factures

Tel ce charmant envoi qu'écrit le célèbre François Villon (1431- 1463(?)) au dos d'une lettre quémandant quelque argent au duc de Bourbon.

 

Allez, lettre, faites un saut

Bien que vous n'ayez ni pieds ni langue

Faites comprendre en votre harangue comment

Je suis sans cesse en butte au manque d'argent.

 

"De moi, pauvre, je veux parler" Vie et mort de François Villon, Sophie Cassagne-Brouquet, biographie, Ed. Albin Michel, oct. 2016, 352 pp

30 décembre 2016

Le Titanic renaît de son naufrage

Il est un écrin d'exception,  où coule l'encre de la passion et des plus belles plumes..

J'ai nommé Les "must" de Lipajou, antre dédié à l'écriture

A Bouge, aux confins de Namur

La rencontre avec Monsieur DIEU -  en personne - jamais ne laisse de glace

Un blog voué à l'épistolaire,  à l'écrit, sous toutes ses faces.

 

Nous découvrions ainsi, hier, au hasard d'une visite et d'une amène conversation, le stylo TITANIC, droit issu des ateliers de Jean-Pierre Lépine et de l'épave du (tristement) célèbre paquebot...

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La pièce centrale de ce stylo de légende est en acier, récupéré du naufrage de 1912

Leonardo di Caprio ne pouvait passer à côté de pareil hommage,  qui en acquit quelques pièces pour sa collection.

Et nos yeux béats, fascinés, d'écouter le portrait d'un être hors normes, animé d'une créativité de chaque instant, le Jurassien Jean-Pierre Lépine.  

Héritier de l'atelier de fabrication de pipes de son grand-père, Jean-Pierre Lépine décide, un jour, d'enrober de bois, un stylo basique et commun, acheté pour son épouse. .. Il met ainsi le pied dans l'étrier d'une série infinie de créations, baptisées de noms évocateurs - je vous invite à les découvrir sur le site : www.lepineatelier.com - , décide de créer, en parallèle, une ligne de couteaux, montres et lunettes,... dans la pure tradition - certes revisitée - de ce Jura qui colle à son être. A son âme.

Qu'il est bon de conclure 2016 sur pareille découverte

Merci Dominique Dieu pour ce relai que vous établissez à merveille...

Apolline Elter

Les "musts de Lipajou" -  Place des Tilleuls, 4 - B-5004 Bouge 

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27 décembre 2016

Mar-dites-moi, Marguerite

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 "En octobre 1939, l'Amérique commence à Bordeaux. Un Bordeaux sombre et encombré, obscurci comme à plaisir, qui semble envier à Paris ses ténèbres, et, dans ce duel entre deux noirceurs, la Gironde l'emporte sur la Seine."

Première des quatre lettres ouvertes que Marguerite Yourcenar adresse à son éditeur et néanmoins ami Emmanuel Boudot- Lamotte, cette "Lettre des Etats-Unis"  démontre, à l'envi, la qualité stylistique de la correspondance yourcenarienne/ Nous reviendrons amplement sur le sujet, à la rentrée ...2017

 En 1939, l'Amérique commence à Bordeaux. Lettres de Marguerite Yourcenar à Emmanuel Boudot-Lamotte (1938-1980). Edition établie, présentée et annotée par Elyane Dezon-Jones et Michèle Sarde, Ed. Gallimard, oct. 2016, 308 pp

 

20 décembre 2016

En 1939, l'Amérique commence à Bordeaux

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Emmanuel Boudot-Lamotte est l'éditeur, chez Gallimard, des Nouvelles orientales et du Coup de Grâce, de Marguerite Yourcenar. Il est aussi un fidèle ami. 

L'édition de leur correspondance -  du moins la partie rendue publique à ce jour,  compte tenu qu'une partie des archives yourcenariennes est consignée jusqu'en 2037 - révèle bien des faces de la célèbre académicienne. Celle d'un "exil" américain qui lui fait rejoindre,  dès 1939,  Grâce Frick, sa compagne et d'un regard porté, partant, sur l'Europe et la littérature française de l'après-guerre.  Celle de traductrice et de passeuse de littérature et de culture américaines.  

Le travail d'oeuvres demeurées à ce jour inédites - notamment le Dramatis Personae - son regard de critique d'art nourrissent une série de lettres de haute facture, de franchise mâtinée d'une courtoisie exquise.  Des modèles de savoir-faire épistolaire.

Et puis que dire de ces innombrables colis remplis de friandises et de denrées rares qu'elle expédie en France à haute cadence. Son souci constant de l'état de santé de la maman de "Nel" (Emmanuel Boudot-Lamotte)...

Pas de doute, nous reviendrons sur le sujet, dès l'an prochain, qui célèbrera,  le 17 décembre, les quarante ans du décès  de la grande écrivain. 

Lettres de Marguerite Yourcenar à Emmanuel Boudot-Lamotte (1938-1980). Edition établie, présentée et annotée par Elyane Dezon-Jones et Michèle Sarde, Ed. Gallimard, oct. 2016, 308 p

15 décembre 2016

Lettres croisées

 product_9782070178506_195x320.jpg Petit clin d'oeil aux jeudis de Zola, nous dérogeons, ce jour, à nos Mar-dites-moi, épistolaires, Zhebdomadaires ...

Le film de Danielle Thompson, Cézanne et moi (sept.2016) a porté l'amitié des deux génies,  le peintre et le romancier, sur le devant de la scène, de  l'actualité. L'occasion de se pencher sur leur correspondance - la partie subsistante- éditée, superbement annotée par Henri Mitterand, grand spécialiste de l'oeuvre de Zola.

Les lettres de Paul Cézanne sont quatre fois plus nombreuses que celles, conservées, d'Emile Zola. Elles révèlent, ô surprise, une belle qualité d'écriture, de celle qui faot suggérer à Emile une possible voie, pour Paul,  dans... la littérature.De son côté,  depuis Paris, Emile envoie parfois des lettres conjointes à Paul et Jean-Baptistin Bailli, dernier membre du trio

Encouragements, manifestations d'amitié, échange de points de vue artistiques, ... les lettres renseignent tant sur la qualité de leur relation, leur vie intime que sur leurs évolutions artistiques respectives. Elles infirment certaines rumeurs , telle la légende  de la rupture de 1886 suite à la parution de L'Oeuvre ( Zola) et au dépit prêté à Cézanne de se reconnaître dans les traits de Claude Lantier.

Cinq chapitres introduisent les 115 lettres réparties en tant d'époques. Leurs textes introductifs constituent une vraie biographie de cette belle amitié.

Gageons que nous reviendrons sur le sujet

Apolline Elter

Paul Cézanne- Emile Zola, Lettres croisées, 1858-1887, Edition établie, présentée et annotée par Henri Mitterand, Ed. Gallimard, sept. 2016, 460 pp

13 décembre 2016

Ecrire au Pape et au Père Noël. Cabinet des curiosités épistolaires

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Arguant des grands destinataires de lettres que sont le Pape et le Père Noël,  Le professeur ès lettres, Benoït Melançon - il enseigne et dirige le Département des Littératures de langue française à l'Université de Montréal - nous propose une promenade plaisante à travers les différentes formes de correspondance, ses spécificités et miscellanées. 

Voilà qui ne peut qu'attirer un blog largement dévolu à l'épistolaire.

Lettres chantées, testamentaires, posthumes, anthumes, anonymes,  volées, codées,  recommandées, parfumées,  bouteilles à la mer, ballons, fusées, lettres portées par des pigeons, ....passent au crible, bien charmant, de ce passionné d'épistolarité. Spécialiste de Denis Diderot, dont la correspondance fut l'objet de son doctorat, l'auteur nous propose quelques extraits de lettres  particulièrement éloquents.

Avec au passage, l'émergence d'un terme nouveau - à savoir celui d'"épistologue ", attribué à Michel Pierssens, notre propre enveloppe de curiosités s'enrichit de bien plaisante manière.

Votre épistolière

Apolline Elter

 Ecrire au  Pape et au Père Noël,  Cabinet de curiosités épistolaires, Benoît Melançon, essai,  co-édition Ed. Del Busso, et  Numérik livres, 2011

06 décembre 2016

Mar-Dites-moi, chère Camille. Le prix de la pension Claudel

Buste JL par CC.jpgMadame Claudel, mère de Camille, Paul et Louise accepte de prendre en pension l'Anglaise, Jessie Lipscomb, amie de Camille. Reste à résoudre l'épineuse question des modalités financières. Voici comment s'y prend cette bonne mère...

Camille vient de me faire part de votre résolution de venir à Paris passer quelques mois. Je ne puis que vous en féliciter et nous aussi, car nous aurons vraiment beaucoup de plaisir à vous recevoir et vous pourrez perfectionner votre éducation artistique. Nous serons très heureux de vous recevoir à la maison, de vous faire partager notre vie. Je voudrais être riche pour ne pas agiter la question d’intérêt à ce sujet, malheureusement notre position de fortune, les dépenses que nous sommes obligés de faire en divisant notre ménage et le prix si élevé de toutes choses à Paris ne me permettent pas de vous recevoir comme je voudrais c’est-à-dire sans indemnité. Je suis donc forcée chère mademoiselle de vous demander ce que je crois devoir dépenser pour votre entretien. En réduisant le plus possible j’arrive encore au chiffre de 200 francs par mois. » 27 janvier 1884

 Illustration: buste de Jessie Lipscomb réalisé par Camille Claudel 

Camille Claudel, sa vie, Odile Ayral-Clause, biographie,  Editions Harzan, 2008, 341 pp (réécrite par l’auteur au départ de la version anglaise, Camille Claudel, A  life, 2002

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26 novembre 2016

Hommage à Emile Verhaeren

Depuis la mi-juillet, votre blog préféré a honoré la mémoire d'Emile Verhaeren (1855-1916) consacrant à ses vie, écrits et correspondance, un billet hebdomadaire (Mar-dites-moi, Emile Verhaeren) .

Il est temps de prendre congé en ce week-end tristement anniversaire - centenaire du décès accidentel, en pleine guerre, du poète. 

Je vous invite à (re)lire l'excellente biographie que lui consacrait , voici dix ans, Vincent Leroy et reproduis à votre intention la recension de l'ouvrage opérée, sur ce blog, en 2010

 

Publiée en 2006, cette biographie d'Emile Verhaeren est particulièrement agréable à découvrir: le style clair et concis qui parcourt les 108 pages de l'ouvrage donne envie de le lire d'une traite. Je ne m'en suis pas privée.

Né en 1855, au sein d'une famille aisée, le jeune avocat aura rapidement la liberté financière de se consacrer à sa seule plume: il commence sa carrière dans la revue La Jeune Belgique, collabore au "Cercle des XX"  - nous l'évoquions en parlant de James Ensor (voir billet de dimanche 3 janvier), avant de rejoindre la revue progressiste La Wallonie, fondée par Albert Mockel.

Ami de Georges Rodenbach, Camille Lemonnier , James Ensor - auquel il consacre une monographie - Stéphane Mallarmé, Stefan Zweig, du peintre Théo Van Rysselberghe (qui signe le tableau de couverture de l'ouvrage), socialiste de convictions, le poète sera également hautement estimé par le Roi Albert :  "Les oeuvres d'Emile Verhaeren ont magnifiquement glorifié le sol natal. Poète vraiment belge par la puissante expression de nos forces ataviques et des caractères de notre race, n'est-il pas en même temps un poète mondial célébrant la vie humaine dans ses manifestations les plus ardentes? "

Patriote ardent, il mènera sur le front verbal sa participation à la Première Guerre Mondiale, regrettant que l'âge l'éloigne du combat:

" Ce n'est qu'un bout de sol étroit

Mais qui renferme et sa Reine et son Roi

Et l'amour condensé d'un peuple qui les aime

Le Nord a beau y déchaîner le froid qui gerce et qui mord.

Il est brûlant ce sol suprême"

(Lambeau de Patrie)

Glissé sous les roues d'un train le poète ne survivra pas à l'amputation de ses deux jambes, brisant de sa mort, le couple heureux qu'il formait avec Marthe Massin.

La dernière partie de l'ouvrage de Vincent Leroy évoque les manifestations consacrées à la mémoire de l'écrivain et particulièrement celles qui célébrèrent, en 2005, le 150 e anniversaire de sa naissance.

" J'espère de tout coeur que toutes ces festivités, expositions, émissions de télévision et articles de presse rendront les Belges plus fiers de leur pays. Petite par la taille, la Belgique possède un remarquable patrimoine architectural, une vie associative très importante, de très nombreux talents notamment dans les arts plastiques et la littérature (dont Emile Verhaeren) et un folklore désormais soutenu par l'Unesco"

J'espère, quant à moi, que les élèves de Vincent Leroy et de nombreux lecteurs auront l'appétit de mieux connaître Emile Verhaeren et  la joie de savourer la qualité du travail accompli.

Apolline Elter

Le poète belge Emile Verhaeren, biographie, Vincent Leroy, Editions Azimuts, février 2006, 108 pp, 8 €

22 novembre 2016

Plus loin que les gares, le soir

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 Dernier billet de nos Mar-Dites-moi, Emile Verhaeren....

Le- 27 novembre célèbre en effet le centenaire du tragique accident ferroviaire qui coûta la vie de l'illustre poète

Nous l'aurons célébré six mois durant, honoré sa mémoire épistolaire de nombreuses tablées.

 Plongeons-nous en son recueil de La Multiple Splendeur (1906), au coeur d'un poème, d'allure prémonitoire, 

Plus loin que les gares, le soir

Je vous en livre les premières strophes:

L'ombre s'installe, avec brutalité ;
Mais les ciseaux de la lumière,
Au long des quais, coupent l'obscurité,
A coups menus, de réverbère en réverbère.

La gare immense et ses vitraux larges et droits
Brillent, comme une châsse, en la nuit sourde,
Tandis que des voiles de suie et d'ombre lourde
Choient sur les murs trapus et les hautains beffrois.

Et le lent défilé des trains funèbres
Commence, avec leurs bruits de gonds
Et l'entrechoquement brutal de leurs wagons,
Disparaissant - tels des cercueils - vers les ténèbres.

Des cris ! - Et quelquefois de tragiques signaux,
Par-dessus les adieux et les gestes des foules.
Puis un départ, puis un arrêt - et le train roule
Et roule avec des bruits de lime et de marteaux.

La campagne sournoise et la forêt sauvage
L'absorbent tour à tour en leur nocturne effroi ;
Et c'est le mont énorme et le tunnel étroit
Et la mer tout entière, au bout du long voyage.

(...)

17 novembre 2016

Rilke. Une existence vagabonde

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" Car ma force réside également en ceci que je ne réfrène pas en moi les plus secrètes forces."  

 Enoncée en français, cette sentence stigmatise la complexité d'approche de Rainer Maria Rilke .  Catherine Sauvat s'est attelée à la tâche,  qui produit une juste relation de la vie du poète, de son tempérament et de ses relations aux femmes.

Né à Prague, le 4 décembre 1875, René est enfant sur-couvé d'une mère, Phia ( Sophie) qui ne se remet pas de la perte de son premier enfant.  Il est traité en fille. La séparation de ses parents constitue un premier drame dans le parcours de l'enfant, aussitôt suivi d'une épreuve qui le marque à vie: une scolarité dans une école militaire dont il ne s'extirpe que grâce à son "état maladif permanent." Il en veut désormais à sa mère de lui avoir fait vivre cet enfer et se rapproche de son père: un rapport affectueux lie désormais les deux hommes.

Conditionné dans son rapport aux femmes par sa relation destructive à sa mère, René, devenu "Rainer" par suggestion de Lou Andreas-Salomé multiplie les conquêtes et mises sous protection. Mais il se lasse tôt des premières et ne sait comment s'en défaire, maintenant un ersatz de tendresse par voie épistolaire.. .Une désinvolture qui créera bien des blessures. Quant aux secondes, de la trempe de Lou, de la Princesse de Thurn und Taxis et même Clara Westhoff, qu'il épouse en 1901, il profitera allègrement de leur maternelle sollicitude.

Car c'est un trait - et non des plus sympathiques - du poète que de se laisser entretenir - songeons à son mécène, le banquier Karl von der Heudt - d'être de toutes les mondanités, tout en revendiquant une solitude bien orchestrée. La pratique de la correspondance vient souvent en aide à cet "épistolier intarrissable" , qui lui permet de garder le lien tout  en maintenant une nécessaire distance. C'est le gage de sa liberté.

"Ses lettres composent bien une parfaite échappatoire à sa propre vie, elles favorisent sa solitude et le protègent des intrusions non désirées. Elles forment un complément idéal à ses relations amicales, ou amoureuses, car elles jouent sur la promesse et l’attachement, mais ne le lient nullement. Dans son isolement volontaire, le courrier reçu lui apporte une bouffée de l’extérieur ; il épanche de cette manière sa soif et son manque de l’autre. En outre, lors de ses voyages, il peut communiquer au rythme qui lui convient."

Epris tant de voyages que de femmes,  le poète aime puiser dans un certain mal -être le secret d'une plume qui, aujourd'hui encore suscite bien des passions.

Rainer Maria Rilke s'éteint à 51 ans, frappé par une leucémie.

Rilke. Une existence vagabonde, Catherine Sauvat, biographie, Ed. Fayard, sept.2016, 264 pp

15 novembre 2016

A deux plumes

Pour cet avant-dernier épisode de notre saga du mardi, je vous propose une charmante lettre écrite à deux plumes, deux langues, par Emile Verhaeren et son compère Zweig, alors en séjour au Caillou-qui-Bique. Nous sommes en août 1908. Il s'agit d'inclure le poète autrichien Rainer Maria Rilke dans ce bienfaisant sentiment d'amitié qui lie les écrivains.

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Émile Verhaeren et Stefan Zweig à Rainer Maria Rilke

                                                                                   [Roisin, 13 août 1908]

Mon cher Rilke

Zweig est chez moi, au Caillou[ Nous causons de vous – combien souvent & avec quelle sympathie ! - & c’est, parfois, comme si vous étiez ici, tellement votre présence y est évoquée. J’espère bien vous rencontrer en hiver, à Paris, souvent & vous envoie déjà, d’avance, la bonne poignée de main que j’espère vous donner bientôt. Très à vous

                                                                        Verhaeren.

Verehrter Herr Rilke, gerne wüBte ich, ob Sie Ende August noch in Paris sind. Es ist noch nichr ganz bestimmr, daB ich hinkornme, aber die Freude, Sie endlich zu sehen, würde mir den Entschluf leichter machen. Hoffentlich kommen Sie in diesem Jahre nach Wien, ich bin
bis Dezember und ab April dort – dazwischen lallt eine Reise nach Indien. Herzlich ergeben ihr

                                                                       Stefan Zweig

 

Verhaeren – Zweig. Correspondance. Edition établie par Fabrice van de Kerkhove, Ed Labor, 1996, coll. Archives du futur, 608 pp

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08 novembre 2016

Comment Paul Léautaud voit Vehaeren

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  Tandis qu'il se livre, en 1912,  à un compte rendu du drame verhaerenien, Hélène de Sparte, l'écrivain et critique dramatique Paul Léautaud (1872-1956) , nous livre son regard sur son confrère aîné:

 "Sans souci de plaire ou de déplaire, il a parlé selon sa voix. C'est une voix forte, rude, souvent même un peu rauque, qui secoue plus qu'elle ne caresse, qui crie plus qu'elle ne chante. Ce que fut Constantin Meunier en sculpture, on pourrait dire que M. Verhaeren l'est en poésie, et sans doute cela est-il parfois un peu fruste pour nos yeux et pour nos oreilles habitués à plus de finesse, - une finesse qui n'est d'ailleurs souvent que de la fadeur."

  Nous devons cet extrait à: 

Des lueurs du fleuve à la lumière de la peinture, Emile Verhaeren et les siens, Marc Quaghebeur et Christophe Meurée,  volume composé dans le cadre de l'exposition "Emile Verhaeren. Lumières de l'Escaut, Lumière des Arts, Musée des Beaux-Arts de Tournai, septembre 2016, 148 pp

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