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08 septembre 2017

Si on s'écrivait

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Comment rester de bronze face à une si charmante proposition..

L'agenda des rencontres littéraires et épistolaires du Pavillon est déjà comble, in et extra muros 

Il reste la possibilité  de constituer des groupes restreints (5 à 7 participants)

Lesquels trouveront assises

En notre salon Marquises....

Point de mire de nos cours de l'année:   les correspondances d'Emile Zola,  de Marguerite Yourcenar et de  Félicien Rops  Entendu que  les marquise (oblige) de Sévigné, comtesse de Ségur, comte de Saint-Exupéry, George Sand, Gabrielle Colette, Marcel Proust,  Albert Camus, Alexandra David-Néel seront toujours ravis de faire un bout de chemin avec vous .... 

Pour toute précision: Me contacter (via l'onglet)

07 septembre 2017

"Je me promets d'éclatantes revanches"

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 Récemment révélée au grand public par l'attribution, fin 2016,  du prix Femina de l'essai à sa biographe, Ghislaine Dunant ( Charlotte Delbo, La vie retrouvée, Ed. Grasset, août 2016, 608 pp) Charlotte Delbo (1913-1985)  résistante communiste, internée aux camps d'Auschwitz et de Ravensbrück,  avait très peu de chance de survivre, du moins moralement, à l'enfer concentrationnaire.  Elle perd son mari, Georges Dudach, fusillé fin mai 1942, quelques semaines après leur arrestation conjointe, le 2 mars 1942,  et connaît, au sortir des camps,  quelques épisodes de dépression.

Mais elle choisit de se tourner vers la vie,  de s'offrir d"éclatantes revanches " comme elle le promet dans une lettre adressée à Louis Jouvet, peu après sa libération. Elle le fait, construit une oeuvre rare,  puissante, singulière, cathartique, englobant en cette sorte de testament littéraire, ses pairs, compagnons de l'enfer.

Quitter Auschwitz par l'écriture

Entrée en contact avec l'écrivain lors de la rédaction de son suffocant  Kinderzimmer (roman, Ed. Actes-Sud, 2013), Valentine Goby est saisie par la puissance verbale de son écriture, d'un travail sur la langue qui tente de nommer l'indicible, de s'en affranchir, de témoigner pour ses compagnes non "Revenue[s] d'entre les morts'.

"Auschwitz y surgit en textes souvent courts, scènes tantôt hallucinées, tantôt d'une sidérante acuité, sensations vives, poèmes, récits du retour déclinés à la façon d'une litanie. C'est une mosaïque de visions stroboscopiques, de sons sans raccords, qui en dépit de la monotonie du décor, la boue, la neige à l'infini, ne forment jamais complètement paysage. La glace. Le ruisseau. La civière, les mortes tête pendante. L'appel. La tulipe à la fenêtre d'une maison isolée. Le block. La soif. La terre au fond des tabliers. Un râle, la nuit. Auschwitz est une expérience du fracas restituée tesson après tesson, et l'écriture une entreprise d'ordre archéologique." 

L'essayiste, romancière, balise sa démarche, le processus de sa quête - c'est par la non-juive Charlotte Delbo que la non-juive et partant, peut-être moins "autorisée",  Valentine Goby a accès à Auschwitz - et d'une révélation sidérante de solidarité:

"C'est mon voyage et non le sien. Je ne détiens aucune clé, j'ignore bien des motifs souterrains, des intentions silencieuses, conscientes ou inconscientes de Charlotte Delbo, j'émets seulement des hypothèses. Je cherche des clés moins en elle qu'en moi. Ce que j'écris, c'est un regard. Une tentative de décryptage du processus intime à l'œuvre entre auteur et lecteur, une traversée sur le fil mince, tremblant, qui nous relie l'un à l'autre, l'une à l'autre; relie nos langues, nos morts, notre préférence pour la vie."

Une solidarité qu'on retrouve -  du moins, je le crois, en infusant les extraits présentés - dans l'écriture même de cet hommage,  de cette rencontre d'âmes.

Qui en saisit les paradoxes, les côtés dérangeants:

"Jusqu'à la lecture de Charlotte Delbo, ces heures passées sous les néons de la bibliothèque Clignancourt, j'aurais juré aussi qu'un déporté était toujours mort à lui-même, en dépit de toute volonté. C'est une des raisons pour lesquelles l'écriture de Charlotte Delbo dérange: par sa grâce, elle peut refuser de vivre en victime."

Apolline Elter

"Je me promets d'éclatantes revanches" Une lecture intime de Charlote Delbo, Valentine Goby, essai, Ed. L'Iconoclaste, 30  août 2017, 192 pp

 

06 septembre 2017

Frappe-toi le coeur

Ah ! frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie.
C'est là qu'est la pitié, la souffrance et l'amour; 

 s'exclame le jeune Alfred ( de Musset 1810-1857) dans une de ses Premières poésies, adressée à un mystérieux Edouard B.Frappe-toi-le-coeur.jpg

Un (presque) hémistiche que la célèbre romancière fait sien, projetant le lecteur au...coeur d'un des romans les plus impitoyables qu'elle ait écrits.

Un roman qui commence tel un conte de fées, autour de Marie, une jeune beauté provinciale de 19 ans - en 1971 - convaincue que ses atouts la destinent  à un avenir aussi jouissif que la jalousie qu'elle suscite en son entourage.

Le jour neuf promettait des événements dont elle ignorait la nature. Elle chérissait cette impression d'imminence." 

Mariée un peu trop hâtivement à Olivier,  jeune et beau pharmacien du cru, Marie accouche tout aussi prestement d'une ravissante Diane et d'une indifférence abyssale envers le fruit de ses entrailles.

" C'est fini . J'ai 20 ans et c'est déjà fini. Comment la jeunesse peut-elle être si courte "

Et la jeune femme de développer, en même temps qu'un certain bovarysme,  une insidieuse et féroce jalousie envers sa délicieuse petite fille, laquelle nourrit  a contrario envers sa "déesse"-mère un sentiment d'amour absolu.

Les naissances de Nicolas mais surtout de Célia que Marie étouffe d'un amour démesuré vont exacerber le sentiment d'injustice, la souffrance infligés à son aînée:

"  Diane cessa d'être un enfant à cet instant. Pour autant, elle ne devint ni une adulte ni une adolescente: elle avait 5 ans. Elle se transforma en une créature désenchantée dont l''obsession fut de ne pas sombrer dans le gouffre que cette situation avait creusé en elle."

 Peut-on survivre à une telle carence affective, à un tel manque d'amour maternel? 

La réponse est oui.

Devenue cardiologue, Diane offre ses brillantes aptitudes au service d'Olivia Aubuisson, maître de conférences dont elle booste la carrière, tandis qu'elle emploie tout son coeur à entourer celui de Mariel Aubuisson, la fillette chêtive et délaissée du futur professeur de cardiologie.  La boucle de l'enfant trop peu, si mal aimé est ainsi scellée, celle de la jalousie aussi et des relations hautement toxiques dont Diane est l'inévitable cible.

Il est des coeurs frappés d'aucun génie

Qui dans leur vaine béance

N'offrent de nid qu'à la jalousie

Ou la cruelle indifférence.

Apolline Elter

Frappe-toi le coeur, Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, août 2017, 170 pp

05 septembre 2017

Amitié transcendentale

Dernier volet de notre focus sur la sainte correspondance d'amitié entre Jeanne de Chantal, grand-mère de notre I-Moyenne-155995-correspondance-francois-de-sales-jeanne-de-chantal.net.jpgEpistolière et François de Sales,  penchons-nous sur l'unité indivisible qui lie à jamais les  co-fondateurs de l'ordre de la Visitation.  

Saint-François de Sales définit ainsi  les termes d'une amitié prête à tout transcender

 " Allons, ma chère Fille, puisque Dieu est l'unité de notre coeur, qui nous en séparera jamais? Non, ni la mort ni la vie, ni les choses présentes, ni les futures, ne nous sépareront jamais, ni ne diviseront notre unité. Allons donc, ma très chère Fille, avec un seul coeur, où  Dieu nous appelle "

  Extrait de la Lettre 1037 in François de Sales et Jeanne de Chantal, Correspondance, éditée et présentée par David Laurent - introduction par Max Huot de Longchamp, Ed Desclée de Brouwer, 2016, 900 pp

 

03 septembre 2017

Le jour des fous

 

9782246813477-001-X.jpegIl y avait au Moyen Âge, à l'approche du nouvel an, une journée des fous. Ce jour-là, dans les abbayes, dans les monastères, dans les églises, la hiérarchie religieuse valse dans la liesse. Etc.

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Le déjeuner des barricades, Pauline Dreyfus, roman, Ed. Grasset, août 2017, 232 pp

 

 

02 septembre 2017

Le déjeuner des barricades

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Hôtel Meurice,  mercredi 22 mai 1968

Rien ne va plus au sein du prestigieux palace de la Rive droite. Entraîné dans la mouvance des événements de mai, le personnel a décidé d'en destituer le directeur et de prendre les rênes de l'établissement.

C'est le principe de l'autogestion

C'est le monde à l'envers

"Il fallait que cela arrive un jour, commente Denise, que le drame ne prend jamais au dépourvu.

Certes l'hôtel a connu d'autres vicissitudes. Réquisitionné par l'Occupant, de septembre 1940 au mois d'août 1944, il est le Quartier général du ..Général von Choltitz, lequel évite in extremis à Paris de brûler en désobéissant à un Hitler, frappé de délire et de grande colère.

Et voici qu'à nouveau Paris se consume sous les feux de la révolte; la disette est à ses portes qui ne permet plus aux lieux de prestige de s'approvisionner dignement.

Quand on songe que l'hôtel accueille en ses cent soixante chambres des hôtes aussi prestigieux que la milliardaire américaine Florence Gould- elle séjourne à l'année dans la suite 250-252-254 - Salvador, Gala Dali et Babou,  leur charmante panthère de compagnie - dans la suite 108-110-  J. Paul Getty, débauché de la concurrence,  on se dit que, direction décapitée,  hiérarchie inversée ou pas, il faut tout faire pour continuer à satisfaire cette clientèle de choix

D'autant que c'est précisément aujourd'hui qu'e lieu la remise du Prix Roger-NImier, parrainé par la milliardaire,  laquelle entend que tout se déroule comme d'habitude.

Comme il manque des convives - Paris congestionné oblige - il est décidé de faire appel aux ressources locales, le Maître, bien sûr, mais aussi,  et d'une autre facture,, un charmant notaire - honoraire - de Montargis, j'ai nommé, Maître Aristide Aubuisson. Après avoir mené une vie austère et exemplaire, au service de sa clientèle, l'homme de loi vient de se découvrir un cancer fulgurant; il a décidé d'écouler, au Palace, ce qui lui reste de vie et de liquidités.  Honoré d'être convié au prestigieux déjeuner littéraire, Aristide se précipite dans la première librairie ouverte - c'est un exploit - aux fins d'y acquérir le roman du jeune auteur primé: Place de l'étoile d'un certain Patrick Modiano.. inconnu au bataillon

"C'est Lucien Grapier qui, le premier, a compris que cet immense jeune homme brun, aux allures de gazelle égarée, doit être le lauréat que tout le monde attend."

Mêlant, d' un humour caustique, efficace, irrésistible, un sens aigü de l'observation sociologique, de la conscience professionnelle et des vanités sympathiques, Pauline Dreyfus revisite, en mode de comédie urbaine, les célèbres Jours des fous et fêtes du  Prince Carnaval de l'époque médiévale.

Une satire très réussie, parsemée de sentences savoureuses.

Puissiez-vous vous en délecter autant que je l'ai fait...

Apolline Elter 

 Le déjeuner des barricades, Pauline Dreyfus, roman, Ed. Grasset, août 2017, 232 pp

 Billet de faveur

AE : parmi toutes ces vanités que vous fustigez plaisamment, se dégagent au moins deux êtres qui ne trichent pas. Patrick Modiano, le lauréat du prix et Maître Aubuisson, le notaire dont vous tracez un portrait  affectueux  ..  C’est un des rares vrais lecteurs présents autour de la table Ce n’est pas fréquent d’avoir de la tendresse pour les représentants de cette profession :

 Pauline Dreyfus :  L’important n’est pas tant sa profession –encore que je n’ai rien contre les notaires !- mais son côté provincial (il vient de Montargis), et le fait qu’il soit très malade : il est le seul convive ébloui par ce déjeuner, celui qui n’est pas blasé comme tant de Parisiens, celui qui veut savourer chaque instant du feu d’artifice. Il a la délicatesse d’aller acheter le livre du lauréat avant le repas, pour pouvoir lui poser des questions, il réclame un autographe à Dali, il trouve l’hôtesse délicieuse alors que les autres invités la snobent. Bref, Aristide Aubuisson est le contrepoint des autres personnages qui sont frivoles, vaniteux et assez médiocres. Vous l’aurez compris : je l’aime beaucoup !

 AE : Patrick Modiano s’est vu décerner les prix Roger-Nimier en 1968. Pour autant, le « déjeuner des barricades » a-t-il bien eu lieu ?

Pauline Dreyfus : Ce roman mélange la fiction et la réalité mais le point de départ est authentique : le déjeuner des barricades a vraiment eu lieu, en ce 22 mai 1968 où le pays était paralysé par la grève générale et l’hôtel Meurice occupé par son personnel. Patrick Modiano se souvient encore des lustres clignotant à cause de la grève qui était aussi suivie chez EDF. Si beaucoup de rebondissements sont le fruit de mon imagination, c’est bien ce jour-là, dans cet endroit-là, que le futur prix Nobel a reçu sa première consécration littéraire.

01 septembre 2017

Le Pavillon fait sa rentrée

IMG_0469.JPGDistinguez-vous le pavillon, encore enfoui dans l'été et son écrin de verdure?  

Il va falloir le réveiller, le pomponner, faire battre son coeur de cette littérature

Qui signe de rouge et de blanc nos tablées

En agenda allègrement composé

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Je vous le livre sans hésiter:

 Le cycle "4 L" d'actualité littéraire vous ouvre ses portes, dès mi-septembre, à quatre moments-clefs de l'année pour évoquer:

- La rentrée littéraire

- Les grands prix de novembre et (belles) parutions de la fin de l'année

- La rentrée de janvier (2018 - oui déjà - que la santé vous soit exquise)

-  Les parutions du printemps et les lectures pochées, audiolivresques de l'été.

 

Le cycle consacré à la correspondance des grands écrivains  (et artistes de génies) portera ses lunettes sur celles de 

- Emile Zola (1840-1902) écrivain, journaliste, ami, amant, mari exquis  (2 modules) 

-   Marguerite Yourcenar (1903-1987) décédée, voici trente ans, le 17 décembre 1987

et Félicien Rops (1833-1898) , dès mars 2018

 

Des rencontres ponctuelles sont prévues qui ouvriront missives et serrures, sur les grands noms de la littérature, à savoir Colette, Une femme qui goûta la vie par tous ses sens-  La marquise de Sévigné, Une épistolière avant la lettre - Les (longs) courriers d’Antoine de Saint-Exupéry-Les tables d’écriture de George Sand et l’hospitalité légendaire de Nohant sans omettre Marcel Proust, Gustave Flaubert, Victor Hugo, Marguerite Duras, Denis Diderot, Jean-Jacques Rousseau,  La Grande Guerre 1914-18, Genèse et histoire de l’épistolaire, les petits plis de l’amitié, correspondances mères-filles,  etc…

 C'est dire comme il y a du pain

Sur la tranche sur vos calepins

 

 Pour toute précision, cliquez sur l'onglet "Me contacter"

31 août 2017

Baudelaire au pays des singes

Baudelaire au pays des singes.jpgLes singes, ce sont les Belges, c'est nous.

Voilà qui augure d'une belle approche de notre culture.

 Il est de notoriété publique que le célèbre auteur des Fleurs du Mal n'a pas aimé notre patrie, s'est vengé d'un accueil qui ne fut pas à la hauteur de ses espérances, dans un recueil de publication posthume, Pauvre Belgique.

 Biographe du poète ( Gallimard, collection Folio biographies, 2006), Jean-Baptiste Baronian nous trace la séquence des événements qui ont conduit l'écrivain à ce peu amène sentiment, en un essai alerte, vivant, en tous points passionnant.

 S'il quitte la France pour débarquer en Belgique, le 24 avril 1864, c'est parce que Charles Baudelaire a pris "Paris et la France en horreur"  ainsi qu'il l'écrit à sa mère, Caroline Aupick,  en lettre du 1O août 1863.  Son génie n'y est  pas reconnu à sa juste valeur et la condamnation  des Fleurs du Mal ne lui a pas valu la publicité conférée au Madame Bovary de son contemporain Gustave Flaubert.

 L'artiste incompris se fait donc inviter en notre plat pays pour rencontrer, à Bruxelles,  des éditeurs dynamiques, donner des conférences au Cercle artistique et littéraire, ancêtre du  "Gaulois"  et collaborer, de sa plume, au quotidien L'indépendance belge.

 Las, le succès n'est d'aucun rendez-vous.   Ses conférences sont des  fours -  il s'acharne,  en dispense gracieusement mais il n'est guère bon orateur - les éditeurs ne se pressent au portillon de son édition et L'indépendance belge entend bien se passer de ses services.

 De là à prendre la Belgique en aversion, il n'y a qu'un pas, que le génie aigri franchit allègrement.

Il prend des notes, se moque, fustige les moeurs, l'imbécillité des Belges, leur cuisine infecte - rédige même un pamphlet pour célébrer, à sa façon, le décès de leur Roi Léopold Ier.

 Que diable reste-t-il deux ans dans cette galère, dans un pays à ce point haïssable qu'il le  rend "sage par l'impossibilité de (se) satisfaire"  ?

 Parce qu'il veut rentrer en France la tête haute et.. les finances quelque peu rétablies.

 Ce ne sera pas le cas. 

 Il réintègre  son pays, en juillet 1866,  dans un état physique et cérébral pitoyable, pour y mourir un an plus tard, le 31 août 1867.

 Un triste anniversaire, dont nous célébrons, ce jour, les 150 ans

 Mais attention, tout n'est pas  sombre dans ce pénible séjour en La Grotesque Belgique: par le biais de son éditeur, Auguste Poulet-Malassis, Charles Baudelaire a rencontré l'artiste namurois,  Félicien Rops, un vrai ami. Nous reviendrons plus tard et longuement sur cette féconde amitié.  Arthur Stevens, frère d'Alfred et de Joseph,  le célèbre photographe Nadar, Théophile Gautier .. font partie de ces intimes qui rendront le séjour parmi  les singes, un peu moins pénible, moins mortellement ennuyeux. Victor Hugo l'accueille un temps dans son clan..

 Une lecture engageante, spirituelle,  que je vous recommande haut et fort

 Apolline Elter

 Baudelaire au pays des singes, Jean-Baptiste Baronian, essai, Ed  Pierre-Guillaume de Roux,  mai 2017, 160 pp

 

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Jean-Baptiste Baronian était l'invité, le dimanche 16 juillet, d'une sympathique balade littéraire fluviale,  joyeusement animée par Rony Demaeseneer et Roel Jacob, à l'initiative conjointe de Bruxelles-les-Bains et de la Bibliothèque des Riches-Claires

30 août 2017

"Je me promets d'éclatantes revanches"

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 "La femme qui m'a révélé Charlotte Delbo revenait d'entre les morts. Je me souviens de l'instant où Marie-José Chombart de Lauwe, ancienne résistante et déportée à Ravensbrück, a prononcé son nom. Elle est assise sur une chaise dans sa maison d'Antony, les coudes relevés sur la table à manger, menton posé sur ses doigts enlacés, ses yeux gris épinglés aux miens. Le soleil de septembre couronne ses cheveux d'une lumière d'opale."

Ains'Incipit  la "Lecture intime de Charlotte Delbo" , magistrale et poignante,  qu'opère Valentine Goby à travers l'oeuvre de la résistante, rescapée des camps d'Auschwitz et de Ravensbrück,  décédée en 1985. L'essai paraît ce jour; je vous  le recommande vivement et en livre chronique la semaine prochaine.

"Je me promets d'éclatantes revanches" Une lecture intime de Charlote Delbo, Valentine Goby, essai, Ed. L'Iconoclaste, 30  août 2017, 192 pp

 

29 août 2017

Point cardinal

titre_183.gifLaurent est femme.  Il est cette femme,  qui vit en lui et se  prénomme Mathilda. Laquelle s'épanouit quand il se travestit, se produit au Zanzi.

Cependant Laurent est marié - à Solange - il est père de famille - Thomas, seize ans et Claire, treize ans - et mène une carrière de cadre de la plus classique facture.

Alors il réprime de toutes ses forces les tensions croissantes qui le minent, le mal-être de sa condition masculine.

Mais on ne peut sans cesse endiguer le flux de pulsions identitaires; sans doute vaut-il mieux les affronter au grand jour, les confronter aux réactions de son entourage, miser sur leur amour source de compréhension..

C'est le chemin de croix et de foi que parcourt Laurent, qui le mène à  l'expression de Mathilda.

"Une extase qui le transporte, coeur battant, en son point cardinal là où Mathilda pousse un cri."

De cette écriture sobre, mélodieuse qui est sa signature, Léonor de Récondo explore avec tact, justesse,semble-t-il  et subtilité, le phénomène de la transsexualité et l'incompréhension première et primaire d'un entourage qui n'y est pas préparé.

Point cardinal, Léonor de Récondo, roman, Ed. Sabine Wespieser, août 2017, 228 pp

28 août 2017

Solidarités

La bourgade mosane de Namur ( Belgique) résonnait, ce week-end des fracassantes ( ultra-décibélantes ) fêtes de la Solidarité , organisées par mutuelle socialiste Solidaris et de  la cinquième édition de L'Intime Festival, événement littéraire, nettement plus cher à notre blog.

Si les premières mirent la quiétude des résidents de la Citadelle à ultra-rude épreuve d'invasion, de percussions insomniaques et de partages solidaires ...d'acouphènes parmi le public,  L'Imtime Festival se la joua très classe,  ravissant les .. subtils pavillons d'un public éclectique.

Soulignons la prestation hors pair de Jean-Quentin Châlelain  qui épousa le texte de L'Etranger (Albert Camus) d'une diction et intensité dramatique idoines . 

Un moment d'exception

 

Apolline , Les pensées....étrang(èr)es du  lundi 

27 août 2017

Fascination

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Elle rejoint sa vie d'avant, ses ancêtres et tous les parias de son espèce, les esclaves éternels, les Noirs pour touiours. Elle porte en elle cette malédiction et la fascination pour tout ce qu'on imagine d'elle et qu'elle n'est pas. Elle fait peur aux enfants, elle dégoûte les vieillards, et elle attire les hommes, comme une bête qu'on aimerait dompter pour tester sa propre puissance et révéler sa suprématie. Elle est assise et elle se tait, on lui a dit de se taire  surtout, sa voix, ils la découvriront plus tard, ils la craindront et l'imiteront entre eux, maintenant, et pour les siècles des siècles

 

 

Bakhita, Véronique Olmi, roman, Ed. Albin Michel, août 2017, 460 pp

26 août 2017

Bakhita

  Il est des lectures - elles sont rares  - qui vous saisissent d'une telle émotion, d'une telle justesse de ton que vous vous ne vous sentez pas à la hauteur de leur compte rendu.

9782226393227-j.jpgC'est le cas de Bakhita, le roman vrai de Véronique Olmi, sans doute le  plus accompli, qui trace, qui épouse  la vie de  " Giuseppina Bakhita", (1869(?)  - 1947)  'une esclave soudanaise, sanctifiée en 2000, sous le pontificat de Jean -Paul II

Née à Olgossa, au Darfour, vers 1869, "Bakhita" - qui ne porte pas encore ce prénom - est soudain arrachée aux siens par des négriers  musulmans pour être vendue comme esclave.  Elle a sept  ans, à peine, et se voit confronter à la cruautéà la violence extrême d'une humanité qui ne mérite pas ce nom.  Si elle s'attache - à d'autres enfants - on les lui arrache. Elle n'est qu'objet de tractations, subissant son inconsciente beauté comme le joug d'une malédiction.

Et puis un jour de 1883, la vie de l'adolescente change:

"Elle est achetée pour la cinquième fois, achetée par un homme qui s'appelle Calisto 
Legnani, consul italien à Khartoum. Et cet homme Va changer le cours de sa vie."

Une vie qui se poursuit en Vénétie - après quelques péripéties -  Bakhita est offerte à une famille amie.  L'Italie ne pratique pas l'esclavage - Bakhita est donc affranchie;  mais elle n'en est pas moins asservie. Alors lorsque frappée par la révélation de Dieu, par l'amour vrai d'une famille, celle de Stefano, Clémentine  et leurs cinq enfants et celui de la Madre Marietta Fabretti , religieuse canossienne de l'Institut des Catéchistes de Venise,  Bakhita demande à sa Patrona Maria Michiali , de la libérer de ses obligations, d’adhérer à la congrégation canossienne,  elle se voit infliger un véritable procès.

Elle le gagne, dévastée, le 29 novembre 1889, s'arrachant à  Miammina, l'enfant des Michiali dont elle avait la garde et la suprême affection . Désormais sa vie se consacre au service de Dieu. Elle est baptisée Gioseffa et plus familièrement Giuseppina et prononce bientôt ses vœux.

"Elle a vingt-quatre ans et elle a beau suivre le même enseignement, dire les mêmes prières, communier, 
confesser et porter le même uniforme que les autres, elle n'est pas comme les autres. Elle est à part. Et pour toujours  Pour elle, on fera toujours une exception. On demandera une dérogation. On hésitera à I'accepter ou, au contraire, on s'en félicitera bruyamment"

Une fresque d'une rare puissance narrative, mélodieusement rythmée par l'effet d'un style sobre, cadencé de phrases courtes, saccadées,  qui n'endigue l'émotion que pour mieux la révéler.

Un roman majeur de la rentrée littéraire, je vous le certifie

Apolline Elter 

Bakhita, Véronique Olmi, roman, Ed. Albin Michel, août 2017, 460 pp

  Billet de ferveur

AE : Véronique Olmi,  Qu’est-ce qui vous a conduite à Bakhita ?

Véronique Olmi : Il y a deux ans, un dimanche d’été, je suis rentrée dans la petite église du village de Langeais, en Touraine. Il y avait, exposé, le portrait de Bakhita, que je ne connaissais pas, avec quelques dates qui situaient à peu prés sa vie. Je travaillais alors à un autre roman. Mais rentrée chez moi, j’ai tout jeté. J’ai décidé sur le champ, d’écrire la vie de Bakhita. J’ai pris ma vieille vieille voiture, et de la Touraine je suis allée en Vénétie, sur ses traces… Ainsi a commencé cette aventure… Cette écriture.

 

AE : Vous vous êtes rendue, à Venise, auprès de sœurs canossiennes :

Véronique Olmi : Oui. Et à Schio, et Vimercate, tous les lieux importants qui sont cités dans le livre. Il y a encore beaucoup de couvents de Canossiennes en Italie. Mais pas seulement. Il y en a un à Lourdes. Et des missions en Amérique latine, au Canada, à Hong Kong, en Afrique.

AE : On ne sort pas indemne d’un tel récit :  une telle succession d’arrachements, la malédiction de la beauté, sa mutilation et au bout du chemin, la reconnaissance de la sainteté. Faut-il vraiment « ne s’attacher à personne, sauf à Dieu ? « 

Véronique Olmi :  Dans le livre Bakhita n’obeit pas à cette injonction. Elle dit « Les hommes sont divins mais ils ne le savent pas. » Elle aimait les êtres humains à travers Dieu, qu’elle appelait « EL paron ». « Le patron » en dialecte vénitien. Elle aimait les enfants, dont elle s’est occupée toute sa vie.  

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Lundi 18 septembre, à 20 heures, au théâtre des Mathurins ( Paris VIIIe)

Véronique Olmi et Julia Sarr opéreront une lecture musicale de Bakhita, mise en espace par Anne Rotenberg . Une soirée qui se profile d'exception

25 août 2017

La Forêt des Livres est maintenue!

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Il n'est, en effet, de meilleur hommage au Président-Fondateur de la Forêt des Livres que de maintenir et faire vibrer l'édition 2017 de cette manifestation incontournable de la rentrée littéraire.

Elle aura lieu, ce dimanche, de 9h à 21 heures, à Chanceaux-près-Loches,en Touraine.

Décédé inopinément dans un accident de voiture, la nuit du 7 au 8 août dernier Gonzague Saint-Bris créait en 1995  cette manifestation d'envergue, véritable Woodstock de la Littérature, d'un an l'aînée du Festival de la correspondance de Grignan.

Des hommages lui seront rendus tout au long de la journée

Puissiez-vous venir nombreux saluer le génie d'un écrivain très attachant, d'un enthousiasme et d'une créativité contagieux.  Nous l'avions rencontré, voici deux ans, en cet hôtel bruxellois où il avait ses quartiers, le XVIIe. C'était début janvier, Gonzague Saint-Bris rentrait tout juste d'un périple effectué à dos de mulet, dans les Alpes, cinq siècles après la traversée qu'en avait faite un Léonard de Vinci si cher à son coeur et à la propriété familiale du Clos Lucé (Amboise) 

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A ce passeur invétéré de culture  et d'histoire, j'avais demandé son moteur de vie: 

J’essaie d’être bénéfique., m'avait-il répondu «  Le comble de l’intelligence, c’est la bonté », affirmait Marcel Proust. Je fais également  mien l’adage wagnérien, «  La gaieté est le secret des vaillants. »  J’aime enfin la devise de Balzac : « J’appartiens à ce parti d’opposition qui s’appelle la vie. »

Généreux de sa personne et de son temps, il avait soutenu la première édition du Salon "Ecrire l'Histoire" , empêché d'assister à la deuxième pour un conflit d'agenda : https://drive.google.com/file/d/0Bzd3nwVieF3AeFE2Y1JoeW5TX2c/view?usp=driv 

Un être affable, éminemment sociable, aussi à l'aise et fier de rencontrer Michaël Jackson que Napoléon en personne. Nul doute, cher Gonzague Saint-Bris que vous avez déjà Là-Haut un agenda bien rempli de rencontres historiques !

Nous vous reviendrons sous très peu avec la chronique des Aristocrates rebelles, dont nous saluons la toute fraîche  parution posthume, aux Editions Arènes .

 

Apolline Elter 

 La Forêt des Livres: http://www.laforetdeslivres.com/

© Photo: Frédéric Myss.

24 août 2017

Bakhita

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"Elle  ne sait pas comment elle s'appelle. Elle ne sait pas en quelle langue sont ses rêves. Elle se souvient de mots en  arabe, en turc, en italien, et elle parle quelques dialectes. Plusieurs viennent du Soudan et un autre, de Vénétie. Les gens disent: «un mélange ». Elle parle un mélange et on la comprend mal. On doit tout redire avec d’autres  mots. Qu’elle ne connaît pas. Elle lit avec une lenteur  passionnée l'italien, et elle signe d'une écriture tremblante, presque enfantine. Elle connaît trois prières en latin. Des chants religieux qu'elle chante d'une voix basse et forte."

Ains'Incipit un roman majeur - je vous le certifie- de notre rentrée littéraire

Il paraît ce jeudi 24 août.

Je vous donne rendez-vous ce week-end pour la chronique de lecture et  le billet de ferveur que Véronique Olmi nous consent 

Bakhita, Véronique Olmi, roman, Ed. Albin Michel, août 2017, 460 pp

23 août 2017

Le jour d'avant

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 C'est un roman gris, plombé de suie, accablé  de la catastrophe minière du 27 décembre 1974 - un coup de grisou, dans la galerie 3 bis  du puits Saint-Amé, à Liévin -   du décès de Joseph Flavent, as "Jojo", le frère aîné, mineur et adulé du narrateur, du suicide de leur père, du cancer et  de la mort de Cécile, son épouse.

 Un roman gris puissant - la couleur est célèbre pour ses multiples nuances - qui, d'une fusion, d’une empathie  initiale avec  le narrateur, Michel Flavent, 57 ans, amène le lecteur à peu à peu s'interroger sur son désarroi existentiel,  s'en détacher peut-être...  Michel lui devient étrange, étranger à l'instar du célèbre héros camusien. Il semble vouloir "épuiser (son) capital de sympathie"  Que cachent tous ces non-dits?  L'envol de l'ado de 14 ans s'est-il  définitivement figé dans ce bonheur simple d'une balade en mobylette, avec son frère, le 26 décembre 1974,  jour d'avant la fatale explosion, lui plombant irrémédiablement les ailes d'un possible accès à la sérénité.

 " Je trouvais qu'avril ressemblait à novembre et que le vendredi soir empestait le lundi. "

 S'il mène la vie réglée, consciencieuse  et terne d'un chauffeur de poids lourds,  mari aimant et dévoué, Michel reste frappé  d'une obsession morbide: venger la mort de Jojo, celle des 42 mineurs tués par négligence avérée,  criminelle,  de sécurité. Il se sent investi dans cette mission par lettre testamentaire de son père.

 "Après Jojo, je n'ai plus ri, j'ai repoussé la joie à coups de pied, à coup de poing, j'ai défié la mort, partout, tout le temps. J'ai bravé la charogne qui rôdait autour de moi. "

 La mort de Cécile, le jour... d'avant le printemps 2014, le quarantième anniversaire de la catastrophe incitent conjointement Michel à regagner la région houillère de son enfance aux fins d'y accomplir sa mission de vengeance.

  " Depuis ce jeudi  26 décembre 1974, chaque soir mon coeur renonçait. Il faiblissait avec le jour qui meurt et cessait de battre au milieu de la nuit. "

Apolline Elter

 Le jour d'avant, Sorj Chalandon, roman, Ed; Grasset, août 2017,  336 pp

22 août 2017

Ame-mitié

I-Moyenne-155995-correspondance-francois-de-sales-jeanne-de-chantal.net.jpgC'est une amitié supérieure qui unit Jeanne, baronne de Chantal (1572- 1641) à  François de Sales (1567-1622) , évêque de Genève, son directeur de conscience. Une relation ancrée sur les cimes oxygénées de l'amour pur, désincarné. Une amitié "surnaturelle" Une relation d'âme à âme, tout simplement. Vécue dans une surprenante sérénité.

 Fraîche veuve du baron Christophe de Rabutin Chantal, inopinément tué  en 1601, lors d'une partie de chasse,  par la maladresse d'un de ses compagnons,  Jeanne Frémyot est elle-même issue de la noblesse de robe - de mortier -  fille de Bénigne Frémyot, Président ...à mortier du Parlement de Bourgogne.  La jeune femme assume un veuvage d'autant plus éprouvant qu'elle a la charge de quatre jeunes enfants, dont Celse-Bénigne, l'aïné, âgé d'à peine cinq ans au décès de son père. Vous aurez reconnu en lui le futur père de Marie de Rabutin- Chantal, future marquise de Sévigné mais ça c'est une autre histoire.

Lors du Carême 1604 e plus précisément en date du 5 mars, Jeanne fait LA rencontre spirituelle de sa vie. Elle assiste, à Dijon, aux sermons d'un jeune et charismatique évêque de Genève, nommé François de Sales. D'emblée les âmes se reconnaissent et savent qu'elles auront un destin commun: Jeanne et François fondent en 1610, à Annecy, l'ordre de la Visitation en un modeste couvent dont Jeanne sera mère supérieure.

 D"emblée aussi se génère une abondante correspondance qui permet aux scripteurs d'exprimer tant leur -sainte- affection, que des soucis matériels et de santé. Il semble, en effet que Jeanne ait été la proie de maux constants, constamment enjointe par François, son directeur de conscience, de se reposer, de prendre soin d'elle; De cette correspondance, il reste quelque trois cents lettres écrites de la plume de François, 46 seulement, de celle de Jeanne. A la mort  de François de Sales, fin 1622, Jeanne a entrepris de brûler la majeure partie de sa correspondance. C'est décidément un trait de famille.

 Une correspondance aux tournures vives, fraîches, assez spontanées, qui montre, si besoin est, que la sainteté n'est ni figée, ni exempte de doutes. Une sainteté toute simple, en somme. Elle fut éditée en un généreux volume de 900 pages, voici un an, telle " la chronique de la plus extraordinaire amitié de tous les temps. ".  

 " Ecrivez-moi donc, et souvent et sans ordre, et le plus naïvement que vous pourrez, j'en recevrai toujours un extrême contentement. "

 Soulignons également le côté pionnier de Saint François de Sales de la rédiger en français.  Un côté pionnier que l'on retrouve dans l'heureuse initiative du prélat de faire imprimer ses sermons pour les placarder à travers la ville, distribuer dans les habitations, ouvrant ainsi un large public à la voie de la méditation.  C'est ce qui a valu à Saint François de Sales de se voir décerner , en 1923, du titre de saint patron des journalistes ( NDLR et des écrivains), fêté le 24 janvier de chaque année...

 François de Sales et Jeanne de Chantal, Correspondance, éditée et présentée par David Laurent - introduction par Max Huot de Longchamp, Ed Desclée de Brouwer, 2016, 900 pp

 

21 août 2017

Tout par amour, rien par la force

I-Moyenne-155995-correspondance-francois-de-sales-jeanne-de-chantal.net.jpgCe 21 août  célèbre le 350 e anniversaire - que le temps passe - de la naissance, à Sales, en Savoie, de Saint-François.. de Sales, patron des journalistes, écrivains,  ami d'âme de Sainte-Jeanne de Chantal - grand-mère de notre chère Epistolière - avec qui il fonde, en 1610, l'Ordre de la Visitation.

Nous reviendrons, sous peu, sur la correspondance d'âme-mitié qui réunit les saints, éditée, voici un an auprès des Editions Desclée de Brouwer

 Pour l'heure, célébrons la pureté candide qui intime à François d'outrepasser toute réserve, toute modestie, pour légitimer l'hésitante Jeanne, dans le choix de sa conduite spirituelle, l'affranchir des "scrupules " qui l'assaillent :

 "  Le choix que vous avez fait de moi pour être votre père spirituel  a toutes les marques d'une bonne et légitime élection; de cela, n'en doutez plus, je vous supplie"

 Extrait de François de Sales et Jeanne de Chantal, Correspondance, éditée et présentée par David Laurent - introduction par Max Huot de Longchamp, Ed Desclée de Brouwer, 2016, 900 pp

 

20 août 2017

Colette et les siennes

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  "  De l’amour, Colette avait surtout connu les déceptions. Son premier mari la trompait. Georgie RaoulDuval
l’avait trahie, Natalie Barney, délaissée pour d’autres maîtresses. C’est Missy qui lui a révélé la force et la
douceur d’une liaison de femmes."

Colette  et les siennes, Dominique Bona, biographie, Ed. Grasset, mars 2017,  432 pp

19 août 2017

Colette et les siennes

Les vacances ont ceci de bon qu'elles vous permettent de rectifier quelque tir, quelque retard de lecture, tel cet angle d'approche majeur d'une écrivain chère à notre blog.
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    Quand on découvre la biographie que l'Académicienne Dominique Bona consacre à la célèbre romancière et ses amitiés féminines - et plus quand affinités - on se dit qu'on est loin d'en avoir tout dit sur Colette, d'en avoir tout su.

             Colette gourmande, Colette éternelle amoureuse, Colette est aussi une amie au coeur pétri de générosité.

             L' angle d'approche est - à mon sens - inédit, qui saisit Gabrielle Sidonie ... Colette au début de la Grande Guerre -  elle a 41 ans - au coeur du vieux chalet en bois, sis au numéro 57 de la rue Cortambert (Paris - XVIe) qu'elle partage avec  trois beautés brunes, Annie de Pène, journaliste, écrivain, son "alter égale", son annie d'enfance, Musidora, as " petit Musi", une artiste polymorphe, future vamp incontestée du cinéma muet, et Marguerite Moreno, actrice également . Henry de Jouvenel est parti au front et avant de le rejoindre à Verdun, en toute discrétion, Colette meuble d'un quatuor de grande amitié cette solitude qu'elle ne peut supporter. Les quatre femmes ont quasiment le même âge, à l'exception de Musidora, la jeunette du phalanstère.

             Quatre femmes aux cheveux courts  -  elles font fi des codes capillaires - qui se la jouent garçonnes en ce temps où Paris, livré aux femmes, ressemble à un gynécée.

            Quatre femmes qui se partagent les tâches domestiques, à la guerre comme à la guerre, leurs ressources et secrets intimes. Quatre femmes qui font de leur amitié et de cette liberté inédite,  une force.

  " Quatre gourmandes que les restrictions alimentaires dues à la guerre mettent alors à rude épreuve. "

          Prétexte à une nouvelle et passionnante approche d'une femme pour qui l'amour, sous toutes ses formes, est le credo de vie, la biographie aborde avec allant ,  ses deux mariages, avec Willy puis avec Henry de Jouvenel, sa liaison avec Missy - marquise Mathilde de Morny - Bertrand de Jouvenel   de trente ans son cadet, mais aussi - et cela donne envie de creuser le sujet - le sentiment maternel qu'elle a porté à d'autres heureuses élues que Bel-Gazou, sa propre fille.

              Si son allure semble rustique, si ce n'est excentrique,  à bien des Parisiens et à l'aimable abbé Mugnier, Colette révèle, sous l'extraordinaire richesse de sa plume, un tempérament d'une sensibilité, d'une complexité abyssales.

Colette  et les siennes, Dominique Bona, biographie, Ed. Grasset, mars 2017,  432 pp

18 août 2017

L'empereur à pied

9782021372502.jpg"Puis en s'adressant à Seyf, son fils aîné, mon grand-père, il lui fit prêter serment qu'il n'accepterait jamais de marier que le premier-né de ses propres fils et qu'il lui imposerait cette même loi. Puis il conclut solennellement que tout héritier qui oserait mettre en péril l'unité des propriétés de la famille serait banni de l'héritage et du nom et que dès cet instant donc et jusqu'à la dernière génération, seul le premier descendant mâle de chaque lignée serait autorisé à se marier et à avoir des enfants, et que ses frères et sœurs, s'il en avait, seraient simplement appelés à l'assister dans la gestion des biens incalculables et sacrés des Jbeli"

Lui, c'est Khanjar Jbeli, " L'empereur à pied' , fondateur, en ce milieu du XIXe siècle d'une dynastie à laquelle il impose un bien contraignant diktat, à savoir que seuls les fils aînés  de chaque branche.3. aînée - forcément - pourraient se marier et enfanter. Ainsi héritage et terres seraient sauvés de toute dissémination. 

C'est à cette malédiction que le nouveau roman de l'écrivain libanais, Charif Majdalani, va s'attacher, observant son application, à chaque génération et les effets de sa non-observance.  Ecartés d'héritage, les branches cadettes vont parcourir Mexique, Italie, France et même Belgique, qui toujours sentiront peser le poids du sortilège ancestral, du "Serment de l'Arbre sec" et , partant, de la tragédie.

L'"empereur à pied " avait tout prévu, sauf sans doute, le simple droit à l'accomplissement, au bonheur...

 A Elter

L'empereur à pied, Charif Majdalani, roman, Ed. Seuil, 17 aoput 2017, 398 pp

17 août 2017

Légende d'un dormeur éveillé

L'heure de la rentrée (littéraire) a sonné et avec elle, celle de nos chroniques, coups de coeurs, billets de ferveur.

Saluons la parution, ce jour, du troisième roman de Gaëlle Nohant, portrait saisissant,  parce que vécu de l'intérieur, du poète surréaliste Robert Desnos, né en 1900 - la même année qu'Antoine de Saint-Exupéry - décédé le 8 juin 1945, au camp de concentration de Theresienstadt (ancienne Tchécoslovaquie) , d'un typhus contracté, alors même que le camp venait d'être libéré de l'Occupant nazi...

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Centré sur les Années folles, la vie parisienne, amicale, amoureuse, littéraire .. de l'enfant du quartier des Halles, le focus ne quitte pas le protagoniste. Il est omniprésent, tant il habite l'esprit et le coeur de la romancière.

S'il côtoie un temps André Breton,  Robert Desnos rompt rapidement avec l'ombrageux père du surréalisme, Qu'importe, ses amis sont légion,  Man Ray, Alejo Carpentier, Paul Eluard,  Jacques Prévert,  Théodore Fraenkel,  Antonin Artaud, André Masson, Jean-Louis Barrault, Kiki, Fredrico Garcia Lorca,  Hemingway….

ils se rejoignent au café  (les Deux-Magots, la Coupole), refont le monde,  consolident leurs liens, leurs voies d'expression.

Côté amour, le cœur du poète bat intensément: accablé par la mort d'Yvonne George, Robert restera fidèle à son second amour, Youki Foujita.

Sa veine d'écriture laisse part large à l'expression "surréaliste"  de l'inconscient ; elle se décline en poèmes, bien sûr, mais aussi en scénarii de cinéma, de publicité, chroniques radiophoniques et même en chansons, telle la célèbre Complainte de Fantomas, écrite sur une musique de Kurt Weill, pour les besoins du film Fantomas, de Pierre Souvestre et Marcel Allain (1933)

Mais la guerre approche et l'antisémitisme oeuvre à sa sale besogne.

Engagé dans la résistance,  Robert Desnos est arrêté par la Gestapo,  le 22 février 1944, en son appartement de la rue Mazerine, sous les yeux de Youki, qui devient narratrice du récit (quatrième partie)

Usant d'humour et d'optimisme comme derniers remparts contre la barbarie,  Robert succombe à sa libération..

Sans tes lunettes, la nuit tu es aveugle. Dans la grange opaque où on vous a parqués, tu es désorienté. Tu t'égares dans le clan des Soviétiques. Depuis le début, les Russes, déshérités parmi les déshérités, forment contre vous un bloc hostile. À Flôha tu en plaisantais, imitant les prières de ton ami Rödel: « Mon Dieu, délivrez-nous des Russes. Les Allemands, on s'en chargera nous-mêmes. »

 Il est enterré au cimetière Montparnasse à Paris

Légende d'un dormeur éveillé, Gaëlle Nohant, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, 17 août 2017,  540 pp

Apolline Elter

 Billet de faveur

AE : Gaëlle Nohant, on vous sent totalement imprégnée de Robert Desnos. Vous lui rendez la vie, en quelque sorte. Qu’est-ce qui vous a menée à lui ?

Gaëlle Nohant :

Robert Desnos m’accompagne depuis l’âge de 16 ans, j’ai eu la chance d’avoir un professeur qui l’aimait beaucoup et nous a fait découvrir un large choix de ses poèmes. Sa poésie a été une révélation pour moi et ne m’a plus quittée. Au fil du temps, j’y ai puisé de l’énergie, une forme de consolation, de quoi raffermir ma vocation littéraire dans les périodes de doutes… C’est le poète qui me touche le plus. En 2015, je me suis dit qu’il était temps de lui rendre un peu de ce qu’il m’avait donné. C’était le 70ème anniversaire de sa mort, mais il était passé à peu près inaperçu. J’ai réalisé qu’il n’avait pas la postérité qu’il méritait en tant que poète et en tant qu’homme, et j’ai eu envie de le faire rencontrer aux lecteurs. Pour cela, le faire revivre avec ses amis, ses amours, ses combats, dans le Paris de l’époque m’a  paru la meilleure forme, et le plus bel hommage. Contrairement à la biographie, le roman me permettait de m’approcher tout près de lui, jusqu’à entendre battre son cœur. Le détour par la fiction est le meilleur moyen, me semble-t-il, de rejoindre un forme de vérité profonde de l’être. Ici, comme tous les personnages de ce roman ont existé, l’exercice tenait du numéro de funambule, il fallait tout inventer « entre les clous », en respectant la personnalité et la vérité de chacun, c’était difficile mais passionnant. La vie de Desnos est un roman, et lui-même est un vrai héros incroyablement vivant et attachant. Quand on fait sa connaissance, comment ne pas l’aimer ? J’espère que les lecteurs seront nombreux à s’attacher à lui et à aller le découvrir ensuite à travers son œuvre.

16 août 2017

Retour à la maison

 "Il avait oublié  odeurs puissantes des Halles, les voix hurlées, le choc des charrettes croulant sous les légumes et les  fruits. Il est heureux de retrouver sa ville. Le premier soleil enlumine les gargouilles de la tour Saint-Jacques. Les balayeurs abandonnent  le parvis de la gare Saint-Lazare et aux terrasses voisines, l'odeur du  café se mêle à l'encre fraîche des quotidiens du matin. La vieille clocharde de la rue de Seine replie soigneusement son lit de journaux. La sirène d'un remorqueur sous le pont Neuf, le tremblement des réverbères qu'on éteint, les cigarettes qui rougeoient entre chien et loup, à cette heure incertaine où ceux qui vivent à contretemps, ceux dont c'est l'ivresse, vont s'écrouler quelques heures. Robert est de ceux-là. Pour lui, la vie ne saurait se limiter au jour. Il y a trop à faire, tant de musiciens à écouter, de vins à boire et d'amis à saluer! Il dort le moins possible et des cernes profonds ombrent son drôle de regard myope"

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Ains'Incipit le roman de Gaëlle Nohant, Légende d'un dormeur éveillé (Ed. Héloïse d'Ormesson) coup d'envoi de la rentrée littéraire et terme de facto de nos Estivales de l'Ermitage

Rendez-vous dès demain sur votre blog préféré pour  découvrir le billet de faveur que l'auteur nous a consenti.

15 août 2017

Les inséparables

Nos quatrièmes de couverture vont bon train, bon 4x4: Renalut déserr.jpg

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Après Un été à Bluepoint, son premier roman, Stuart Nadler poursuit l’exploration des liens familiaux en s’attachant à trois générations de femmes qui vivent un moment charnière de leur existence.

Boston, de nos jours. Avec la mort de son mari, Henrietta Olyphant, a tout perdu. Confrontée à de sérieuses difficultés financières, elle accepte à contrecœur   que soit réédité le roman osé qu’elle a publié dans sa jeunesse  : Les Inséparables.  Jugé trash à l’époque, il est devenu culte mais a valu à son auteur, féministe engagée et universitaire accomplie, d’être rejetée par ses pairs.
Au même moment, Oona, sa fille, brillante chirurgienne de quarante ans, débarque chez elle après avoir quitté son mari. Sans savoir que Lydia, sa propre fille âgée de quinze ans, vit un cauchemar depuis que circule une photo d’elle dénudée dans son prestigieux pensionnat…
Bientôt réunies, toutes trois devront faire face à leurs désirs, à leurs contradictions et à leurs tabous.
 
Notre famille détermine-t-elle notre destinée  ? Comment devient-on femme  ? Incisif, brillant et d’un humour digne de Woody Allen, un roman très contemporain dans lequel on retrouve le talent éblouissant de Stuart Nadler pour disséquer la psychologie humaine et ses complexités.

Les inséparables, Stuart Nadler, roman traduit de l'anglais (USA) par Hélène Fournier, Ed. Albin Michel, mai 2017, 404 pp

14 août 2017

Vivant Denon

Renault.jpgC'est un de nos grands regrets d'une fin d'année surchargée: n'avoir pu lire (encore) l'essai biographique de Jean Marchioni

Je vous en livre argurment, extrait du site de l'éditeur

Dans l'attente de jours meilleurs

 

 "La singularité de Vivant Denon (1747-1825) est d’être pluriel en toute chose. Multiples talents, métiers divers, incessants voyages ont façonné non pas une vie mais “des vies”. Aussi, les biographies qui lui ont été consacrées n’ont pas manqué jusqu’aux années 1990. Or, depuis, deux sources archivistiques majeures ont paru et éclairent de façon nouvelle la vie de Denon : les Lettres à Bettine (Actes Sud, 1999) dévoilent le secret bien gardé d’un amour durablement partagé, et pénètrent la psychologie de l’homme ; sa Correspondance administrative permet de suivre au jour le jour le labeur prodigieux du protecteur des arts sous le règne de Napoléon Ier. Bâti sur le dépouillement systématique de ces lettres, cet essai se veut comme une “interview” de Denon. L’ ensemble permet d’offrir un portrait tout à fait inédit de l’homme et de son activité créatrice.
Mystérieux, insaisissable, déconcertant, surprenant, secret, cet homme pétri de l’humanisme encyclopédique du xviiie siècle a fait de sa vie une aventure prodigieuse guidée par le génie et le talent. De l’atelier de gravure au feu du combat, de Paris à Louxor et aux capitales européennes, il a tout connu des hommes comme des événements de son époque.
À la nation a été dévolu son véritable héritage moral et artistique. Sans lui, nous n’aurions ni le Louvre actuel, ni la primeur de la recherche égyptologique, ni la colonne Vendôme, et le musée de Versailles n’abriterait pas l’iconographie picturale du Premier Empire dont il avait su inspirer les commandes.

Vivant Denon ou l'Ame du Louvre,  Jean Marchioni, essai biographique, Ed. Actes Sud, avril 2017, 304 pp

13 août 2017

Les couleurs de la vie

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"La médiathèque de Groix a eu la géniale idée des « livres bateau ». Les adhérents piochent dans un carton spécial où les attend un choix de nouvelles et de courts romans qu'on peut lire le temps de l'aller-retour Groix-Lorient. "

Les grands esprits se croisent, chère Lorraine Fouchet. Si je vous dis que je nourris une même idée..en version ferroviaire. A infuser, cela va sans dire

Les couleurs de la vie, Lorraine Fouchet, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, avril 2017, 400 pp

12 août 2017

Les retrouvailles

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"Vingt-cinq ans qu'ils ne s'étaient revus ! Quand son vieux camarade de fac l'invite à passer un week-end dans la grande bâtisse de son frère, nichée au coeur des montagnes de Savoie, Laurent Campanelli est un homme accompli, un père de famille qui a trouvé sa voie. Il s'y rend avec femme et enfants et revoit avec plaisir Michel, Yvon et leur soeur Flore, son amour de jeunesse à présent mariée à un riche avocat qui est aussi collectionneur. Mais la camaraderie retrouvée ne tiendra pas longtemps. De lointaines rancoeurs se réveillent, ainsi que des passions enfouies et des regrets agissant comme un lent poison. Éclats de voix alcoolisées, étreintes furtives et clandestines, le week-end dérape ; les cadavres sortent peu à peu du placard et font vaciller les vérités que l'on croyait les plus solides. Sous la neige, à l'écart du monde, un drame se noue. Il n'est pas certain que tous s'en relèveront. Le huis clos se transforme alors en cauchemar, dans une ambiance que ne renierait pas le Stephen King de Shining.
 
Olivier Maulin vit et travaille à Paris. Il a publié de nombreux romans salués par la critique, la plupart d'entre eux étant disponibles en format poche. Il a reçu le prix Étonnant voyageur pour En attendant le Roi du monde. Les retrouvailles est son 10e roman.
 
Les retrouvailles,  Olivier Maulin, roman, Ed. du Rocher, mai 2017, 188 pp

11 août 2017

La rue

Renalut déserr.jpg Les vintages se suivent, point ne se ressemblent

Voici l'argument que nous donnent les éditions Belfond, du roman d'Anne Petry:

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Un premier roman poignant, par une auteure injustement oubliée dans l'héritage du Harlem Renaissance, un véritable morceau de bravoure vendu à plus d'un million d'exemplaires lors de sa parution aux États-Unis, en 1947. Dans le Harlem des années 1940, le combat acharné de Lutie Johnson, jeune mère célibataire noire, qui tente de s'élever au-dessus de sa condition.

Avec La Rue, la collection « Vintage » poursuit son exploration du noir, genre aux multiples facettes, et dévoile une misère sociale extrême, où règnent en maîtres la pauvreté et la corruption.

Des rues comme la 116e, réservées aux nègres ou aux mulâtres, avaient fait de Pop un vieil ivrogne timide et tué Mom quand Lutie était encore tout bébé.
Dans cet immeuble où elle habitait actuellement, c'était aussi la rue qui avait amené Mrs Hedges à faire de sa chambre un bordel.
Et le concierge, la rue l'avait maintenu dans les bas-fonds, loin de l'air et de la lumière, jusqu'à ce que l'horrible obsession de la chair l'ait dévoré. Mais rien de tout cela ne lui arriverait à elle, Lutie, parce qu'elle avait la volonté de lutter sans relâche.
 
La rue, Anne Petry, roman [vintage noir] traduit de l'américain par Martine Monod, Nicole et Philippe Soupault, Ed. Belfond, mai 2017, 384 pp
 
 

10 août 2017

Des femmes remarquables

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Renalut déserr.jpgNotre mode 4x 4e de couverture se poursuit, avec un petit tour (de roue) du côté de chez Belfond: 
 
Dans la veine de La Ferme de cousine Judith (Belfond Vintage, 2016) et des Aventures de Cluny Brown de Margery Sharp (Belfond Vintage, 2015), Des femmes remarquables, aussi drôle que savoureux, compte parmi les meilleures comédies anglaises. Avec sa bouilloire à la main et son oreille compatissante, Mildred Lathbury est l'incarnation même de la chic fille. Mais l'arrivée d'un couple de jeunes mariés dans son immeuble va bouleverser sa vie bien ordonnée...
Londres, dans les années 1950. Mildred Lathbury, jeune femme célibataire au quotidien partagé entre la vie de la paroisse et les tâches domestiques, voit son existence bouleversée lorsque débarque dans son immeuble une fougueuse anthropologue au bras d'un très bel homme...

Je laissai Dora poursuivre, mais sans réellement lui prêter l'oreille car je connaissais l'opinion que nourrissait Dora à l'égard de miss Protheroe et de tout précepte religieux. Nous nous étions souvent querellées autrefois à ce sujet. Je me demandais comment elle pouvait gâcher autant d'énergie à lutter pour une vétille telle que le port du chapeau à l'office ; puis je me dis qu'après tout, la vie se réduisait, pour la plupart d'entre nous, à des détails de cet ordre : les petits désagréments plus que les grandes tragédies, les dérisoires petites envies plus que les grands renoncements et les tragiques passions amoureuses de l'histoire ou des romans.
 
Des femmes remarquables, Barbara Pym, roman [vintage], traduit de l'anglais par Sabine Porte, Ed. Belfond, juin 2017, 320 pp

09 août 2017

Des vampires dans la citronneraie

 On en dit grand bien; je n'ai pas eu le temps de découvrir ce "bijou" et vous en livre l'argument que nous en offre l'éditeur: 

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"Finaliste du Prix Pulitzer pour son formidable roman Swamplandia, la jeune Karen Russell, à l’imaginaire débridé, excelle dans tous les registres et s’impose une fois encore, avec ce recueil, comme un maître du réalisme magique.

Des fillettes retenues prisonnières dans une manufacture japonaise sont lentement métamorphosées en vers à soie… Une masseuse se découvre dotée d’étranges pouvoirs en manipulant les tatouages d’un jeune soldat revenu d’Irak… Deux vampires prisonniers d’une citronneraie brûlée par le soleil tentent désespérément d’étancher leur soif de sang, au risque de mettre un terme à leur relation immortelle… 

Autant de mondes parallèles fascinants, entre mythe et réalité, qui confirment la subtile extravagance et l’inventivité hors pair d’un des meilleurs écrivains de sa génération.

« Inspirée par George Saunders, Stephen King ou encore Carson McCullers, Karen Russell a une voix bien à elle, tour à tour lyrique et drôle, fantastique et méditative. » The New York Times

 

Renault 4-4.jpgDes vampires dans la citronneraie, Karen Russell, roman traduit de l'américain par Valérie Malfoy, Ed. Albin Michel, avril 2017, 310 pp