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08 décembre 2017

Coup d'envoi - point de grâce- de la semaine d'hommage à Marguerite Yourcenar

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La célèbre écrivain, académicienne - elle fut la première femme élue sous la Coupole  - décédait voici trente ans, le 17 décembre 1987. Elle avait 84 ans; son agenda fourmillait encore de projets.  

Nous  lui rendrons hommage, célébrons son écriture, son élégance verbale et quelques extraits de missives, toute la décade durant

Avec à la clef, la découverte d'une riche - certes complexe - personnalité

Vous en serez conquis.

Apolline Elter 

07 décembre 2017

Ma mère avait raison


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C'est une longue, tendre,  magnifique, déconcertante lettre d'amour, d'hommage posthume que l'écrivain adresse à  " Fanou"' sa mère, Stéphane Sauvage, un temps Jardin, encore (bien) vivante. Pour ce faire, il emprunte à l'un de ses trois zèbres, Sacha Guitry, le titre d'une de ses pièces , l'adapte en mode maternel et entreprend de faire le tour - reconnaissant - de l'imparable  et fantasque héritage de liberté mentale que lui lègue sa mère.

"Peut-être est-ce cela, éduquer ses enfants?  Les rendre fous de vie."

Découvrant le portrait de cette femme-question, livre ouvert, arsenic séduisant, instinctive, sensuelle, exorbitante, délirante d'intrépidité, d'infini,  de contradictions, en guerre ouverte contre la mesquinerie, la demi-vie, ... le lecteur réalise qu'un enfant ne peut émerger indemne de pareille filiation . D'autant qu'il se souvient que du côté de Pascal Jardin,  le "zèbre", son père, le terrain n'est pas triste non plus.

" Vivre, c'est ne pas finir de naître. Voilà pourquoi je t'aime tant d'être suprêmement inconfortable. 

Plutôt que déplorer le "vide gelé " ,  l'absence répétée que Fanou - éternelle amoureuse - imprime à son enfance, son éducation, Alexandre Jardin célèbre l'appétit de vie, l'intransigeante authenticité dont cette femme hors normes irradie son entourage.

"La mesquinerie n'était pas notre horizon"

Nous l'avions soupçonné...

Touchant, sublime, lyrique, l'hommage que l'écrivain rend à sa mère est pur enchantement.

Puisse cette dernière vivre follement encore bien longtemps, tant il est dit que 

" Ta mort, je ne veux pas m'en remettre"

Ma mère avait raison, Alexandre Jardin, hommage, Ed. Grasset, oct. 2017,  216 pp

 

 

06 décembre 2017

"Un jour, je m'en irai, sans en avoir tout dit"..

Ce vers d'Aragon, "Jean d'O" l'avait fait sien, au point qu'il me surgit aussitôt à l'esprit lorsque j'appris, hier, tôt matin,  la consternante nouvelle de sa disparition.4179qqc8AbL._SX210_.jpg

C'est que nous le pensions éternel,  l'affable, spirituel, vif, séduisant Académicien au regard d'acier...poli. Toujours prêt à s'émerveiller, vibrant d'enthousiasme au sens divin du concept.  Mort d'un arrêt cardiaque, lui qui a porté la courtoisie au rang d'art de vivre, l'a pratiquée à travers un parler aussi enjoué que raffiné. 

Alors, cher Jean d'Ormesson, soyez remercié pour l'élégance que vous incarnez.

Sans doute rencontrez-vous, en cet instant, ce Dieu que vous espérez, qui vous attend:

"J'ai aimé la vie qui est une épreuve très cruelle et très gaie. J'ai aimé son orgueil qui est absurde, sa beauté qui est un don de Dieu, le rire qui est le propre de l'homme, le mystère qui est notre lot. J'attends la mort sans impatience, mais avec une humble confiance. Parce que je crois qu'il y a un Dieu qui est un Dieu de pardon et d'amour

( Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, Ed. Robert Laffont, août 2013- chronique sur ce blog)

Sans doute aussi conversez-vous avec la Grande Demoiselle, de ce château de Saint-Fargeau qui vous fut si précieux, à tous deux, vous entretenez-vous avec  notre si chère marquise de Sévigné, avec Marguerite Yourcenar dont vous avez si élégamment orchestré l'entrée sous la Coupole. La célèbre écrivain vous précède de trente ans dans l'Au-delà; nul doute qu'elle aura "ourdi" en votre faveur ces amicales conjurations d'accueil que vous lui aviez réservées lors de son élection.

Avec vous, Jean d'Ormesson, jamais il n'y aura mot de la fin.

Il y a votre fille, Héloïse d'Ormesson, dont vous confiiez, il y a quelque dix ans : " Ce que j'ai fait de mieux dans ma vie, c'est ma fille. Je suis plus fier d'elle que de moi'

(L'odeur du temps, Jean d'Ormesson, Ed. Héloïse d'Ormesson, 2007) 

06:39 Publié dans Hommage | Commentaires (0) |  Facebook |

05 décembre 2017

Mar-dites-moi, Paul Gauguin : Lettres à sa femme et à ses amis

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Ne quittons pas l'ami Gauguin sans nous pencher, mar-dites oblige, sur sa correspondance.  Une correspondance conjugale à l'ordre de notre billet du jour. Nous reviendrons ....un jour sur celle qu'il entreprit avec Daniel de Monfreid, ami fidèle et rare.

 Nous l'avons évoqué: Gauguin quitte Copenhague,  son épouse et quatre de ses enfants en 1885: Mette et sa belle-famille sont un frein irréductible à l'éclosion de son talent, de sa créativité; Gauguin explose et veut voler de son propre pinceau. Séparé, le couple ne vivra plus jamais ensemble. Si elle profite de la vente d'oeuvres de son mari, Mette n'admettra jamais son art. Une correspondance de quelque treize années s'instaure entre les époux, oscillant, dans le chef de Paul Gauguin entre l'abnégation, la tolérance et l'amertume.

La lettre qui clôt leur commerce épistolier est ..assez conclusive, en effet.

Nous sommes en 1897 - sans doute - Gauguin a encore six ans à vivre ...

 

A SA FEMME.

                                                                                      Sans date. (Tahiti, juin 1897.)
Je lis par dessus l'épaule d'un ami qui écrit :

   Madame,

   Je vous ai demandé que le 7 juin jour de ma naissance les enfants m'écrivent « mon cher Papa» et une
signature. Et vous m'avez répondu: « vous n'avez pas d'argent, n'y comptez pas ».

  Je ne vous dirai pas «que Dieu vous garde» mais moins fabuleusement «que votre conscience dorme pour vous empêcher d'attendre la mort comme une délivrance  ».

Paul Gauguin, Lettres à sa femme et à ses amis, recueillies, annotées et préfacées par Maurice Malingue,  Ed Grasset, Paris, 1946 -  nouvelle édition, in Les Carnets rouges, 2003 (2014)   416 pp

04 décembre 2017

Nos Litt & Lunchs des prix littéraires

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Notre deuxième cycle de présentation de la rentrée littéraire  de septembre met le focus sur la neige de prix tombée au mois de novembre.

Voici la liste des ouvrages présentés autour, au cours de nos tablées, depuis la mi-novembre. Je vous en souhaite bonne dégustation

 Côté romans:

  • Une mère, Stéphane Audeguy
  • Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable
  • Frère et sœur, Esther Gerritsen
  • La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez
  • Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel
  • La serpe, Philippe Jaenada
  • Le sympathisant, Viet Thanh Nguyen
  • L’abandon des prétentions, Blandine Rinkel
  • Mécaniques du chaos, Daniel Rondeau
  • La vengeance du pardon, Eric-Emmanuel Schmitt
  • Les rêveuses, Frédéric Verger
  • L’ordre du jour, Eric Vuillard

   Essais – biographies – beaux livres

 

  • Gabriële, Anne et Claire Berest
  • Che Guevara- Le temps des révélations, Jean Cormier
  • Le rêve de ma mère, Anny Duperey
  • Une’Apparition, Sophie Fontanel
  • L’évêque Cauchon et autres noms ridicules de l’histoire, Bruno Fuligni
  • Yourcenar en images, Michèle Goslar
  • Gauguin, David Haziot
  • Ma mère avait raison, Alexandre Jardin
  • Baudelaire, Marie-Christine Natta
  • La nostalgie de l’honneur, Jean-René Van der Plaetsen
  • Chez Barbara- La dame brune, Alain Vircondelet ( Ph. Lorin)
  • J’accuse, Emile Zola (Folio + Collège – Ph. Delpeusch)

  Audio-livres

 

  • Rebecca, Daphné du Maurier
  • Le jour où les lions mangeront de la salade verte, Raphaëlle Giordano
  • Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment), Frédéric Lenoir
  • Te laisser partir, Claire Mackintosh

 Rétro-liseur ( Prix Horizon) 

  • Frère des astres, Julien Delmaire
  • Majda en août, Samira Sedira,

  Convenez qu'il y a du pain sur la planche de nos réunions...

03 décembre 2017

Gauguin

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"Près de vingt-cinq ans plus tôt, en octobre 1872, ils s’étaient rencontrés dans une pension de famille, et cet amour, né sous les meilleurs auspices, avait été détruit par l’obstination de Mette à refuser d’accepter l’évolution irrésistible de son mari. Ce qui se jouait de si profond en lui ne trouva jamais l’aumône d’un regard généreux. Sans minimiser les torts de Gauguin, sa naïveté, son sens du temps inadapté, son irresponsabilité, sa foi en la reconnaissance très proche et pécuniaire de son talent, il m’est impossible d’accepter l’idée qu’elle n’ait jamais secouru le père de ses enfants, alors même qu’il crevait de faim, qu’elle le savait, et qu’elle engrangeait des sommes non négligeables dues aux ventes de ses toiles ou à celle de sa collection."

 

Gauguin, David Haziot, biographie, Ed. Fayard, sept. 2017, 808 pp

02 décembre 2017

Gauguin

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"Gauguin aime saisir le caractère du pays qu’il représente."

Et des pays, il en a connu, l'artiste.  Tôt orphelin de père - le prénommé Clovis [Gauguin] - Paul passe sa prime enfance auprès de sa famille (grand-)-maternelle, au Pérou. Il en revient,  âgé de six ans, avec sa mère, Aline Chazal,  et une pratique  lacunaire  de la langue française. Cette lacune sera comblée par l'écoute attentive des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau dont la pensée imprégnera la sienne.  Bon élève, il est également bon disciple, puisant à l'enseignement de Pissarro, Degas, Cézanne, les premières leçons d'un art en constante mutation, constante interrogation.

   Marié à une Danoise - Mette - père de cinq enfants, Paul Gauguin rompt après quelques années sa résidence à Copenhague et le constant obstacle que Mette oppose à sa pratique de l'art. La jeune femme n'admettra jamais qu'il choisisse la voie de l'art plutôt que le métier de négoce et de bourse auquel il s'astreint quelque temps.  A cette séparation s'ajoute la privation de quatre de ses enfants :  il emmène en France son fils Clovis, âgé de six ans, laissant notamment Aline, sa fille aimée -  qui a hérité de son caractère - à sa mère.

  A Paris, c'est la misère qui l'attend.

  Il met bientôt le cap sur Pont-Aven.

  L'entrée en contact avec Théo Van Gogh, le marchand d'art, frère de Vincent est une opportunité pour  Paul Gauguin.  S'il accepte, en 1888,  l'invitation de Vincent à Arles, dans la fameuse 'maison jaune", c'est surtout pour conserver les faveurs de Théo. Son attitude envers Vincent, fragile,  pétri de doutes,  est destructrice.  Vincent en vient à se trancher l'oreille, le 23 décembre 1888,  dans un accès de folie qui lui vaut un temps d'internement. La "crise d'Arles" interrompt – provisoirement-   les relations entre Paul  et Théo.

   C'est en 1891 – il va avoir 43 ans – que Gauguin met le cap sur Tahiti, entreprenant avec Daniel de Monfreid une correspondance d'éloignement précieuse pour ses biographes, et une période d'amours et d'art très créatrice. Imprégné de la mythologie et des moeurs locales, il sent la nécessité d’"outrer" les couleurs.  Quand il se trouve à court de toiles - difficultés financières obligent - il sculpte sur bois. Un art dont le biographe déplore qu'il passe trop souvent à la trappe.

   Le retour en France et en Bretagne est marqué d'un drame - la rixe de Concarneau , durant laquelle le peintre et ses amis sont sauvagement pris à partie -  qui lui fait perdre à vie l'usage d'un de ses pieds.  Souffrance, prise de morphine et l'incitation à l'alcoolisme qu'elle engendre auront de dramatiques effets sur la production de l'artiste.

   Il retourne à Tahiti toujours désargenté, tandis que Mette toujours à Copenhague tire un confortable profit de la vente de ses oeuvres.

   Grugé par  Charles Morice, un prétendu ami dans la publication de son récit Noa-Noa, Gauguin se sent également exploité par son marchand d'art Ambroise Vollard.  Voilà qui n'arrange pas un caractère déjà belliqueux à la base.

   La dernière partie de sa vie se déroule aux îles Marquises, lesquelles généreront une nouvelle mutation chromatique de son oeuvre. Sa santé se dégrade au même titre que ses finances. Son coeur cesse de battre le matin du 8 mai 1903.

  Précise et extraordinairement fouillée, cette biographie détaille toutes les oeuvres de l'artiste à l'aune de sa vie, de son tempérament. Elle nous révèle tant les influences, les éloignements - avec l'impressionnisme notamment - ruptures, ... que   le renouvellement constant qui caractérisent l'oeuvre de l'artiste.

« Quelles que soient les opinions qu'on peut se forger sur l'homme, ses moeurs, son tempérament, [Paul Gauguin] mérite d'être aimé pour son projet d'artiste-monde."

  Un portrait magistral 

  Apolline Elter

  Gauguin, David Haziot, biographie, Ed. Fayard, sept. 2017, 808 pp

Billet de ferveur

AE : Notre regard sur Gauguin est réducteur. Nous le cantonnons à sa production picturale « exotique ». Vous le déplorez

L’exposition, «  Gauguin, l’alchimiste »  qui se tient en ce moment au Grand Palais, tend à montrer toutes les facettes de son art,  peintures de toutes époques, esquisses, grès, céramiques, sculptures sur bois et même ses écrits.  Cette mise en perspective vous satisfait-elle ?  

David Haziot : Cette exposition parisienne est magnifique pour la sculpture, jamais je n’en ai vu d’aussi complète, ni d’aussi belle, pour révéler cet aspect de Gauguin qui fut un extraordinaire sculpteur, d’une originalité stupéfiante le plus souvent. Pissarro avait voulu l’inciter à aller pleinement dans cette direction, mais Gauguin refusa en écrivant à son ami et maître que si la peinture se vendait mal, c’était pire encore pour la sculpture.

   Il s’adonna donc à cet art quand il n’avait plus de toile à peindre, par envie brusque, pour se venger d’un ennemi ou adversaire dont il mit l’effigie sur son terrain ouvert à tous à Tahiti ou à Hiva Oa, ou quand il espéra en tirer profit en travaillant dans un atelier de céramique avec Chaplet ou Delaherche.

   Malgré ces restrictions, le catalogue des sculptures de Gauguin compte plus de 250 numéros, car il travailla aussi tous ses objets familiers, cannes, sabots, accoudoirs de meubles, compotiers, etc. Il confie à la sculpture le plus intime de son inspiration et cet art joue le rôle pour lui de journal, de laboratoire d’essais. Par exemple, quand il se cherche encore à Tahiti, c’est dans la sculpture qu’il trouvera la solution, en reprenant les formes et motifs de l’art marquisien et en les fracturant, en les ouvrant comme des fleurs pour faire des œuvres non plus closes dans une mythologie qui a réponse à tout, mais libres, ouvertes sur un avenir ignoré.

   On trouve aussi dans cette exposition des exemples de l’art de la gravure de Gauguin, si nouveaux par leur technique inversée : au lieu de creuser l’intérieur des formes sur son bois pour ne laisser s’encrer que les contours, il incise les contours et laisse le reste plein. Il en résulte ces surprenantes gravures noires pour représenter un pays de lumière comme Tahiti, ou sa mythologie religieuse.

  En revanche, je suis resté un peu sur ma faim pour la peinture présentée dans cette exposition. Il y a trop peu d’œuvres, malgré certaines qu’on ne voit pas souvent comme Intérieur rue Carcel, un chef d’œuvre inspiré de Degas, mais j’ai déploré l’accrochage et la mise en lumière un peu trop sombre à mon goût. L’impression de voir les œuvres au fond d’une crypte parfois. Cela nuit aux couleurs de Gauguin qui peint la plupart du temps en tons proches. J’avais trouvé la mise en lumière des Gauguin de la collection Chtchoukine bien meilleure à la Fondation Vuitton (œuvres sur murs gris éclairées par des spots en vraie lumière blanche à 5 à 6000°K). La salle Gauguin brillait de mille feux. Mais ne boudons pas notre plaisir de voir des œuvres qui voyagent rarement. Elles valent le détour et l’attente qui précède parfois l’entrée, si on n’a pas acheté un coupe-file. Une très belle exposition parisienne assurément, dont on peut remercier les organisateurs.  

01 décembre 2017

Gauguin, L'Alchimiste

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Si vous cantonnez la production artistique de Paul Gauguin (1848-1903) à ses seules séries de toiles bretonnes et tahitiennes, il est plus que (grand) temps de parcourir l'exposition d'ampleur que consacre le Grand Palais (Paris) à l' artiste prolifique, à sa production polymorphe.

Chronologique, didactique,  alternant les ambiances, le parcours de l'exposition - très prisée - révèle toutes les formes d'art que Gauguin exprime, farouche, sauvage, obstiné, sa vie durant: dessins, lithographies, toiles, céramiques, grès, sculptures sur bois, manuscrit de Noa-Noa..attestent d'une création vitale, variée, en constante évolution.

Gauguin a tellement l'art dans le sang qu'il le préfère à sa famille, tandis que sa femme Mette le préfère boursier, vendeur de bâches casé... Ennuis de santé, précarité financière et même misère n'auront jamais raison de son expression artistique vitale.

Et "le sauvage malgré lui" de souscrire à l'idée d'une nature, matière et d'un esprit,matrice.

Année-charnière de son parcours artistique -et de ses  quarante ans  -  1888 consacre aussi la cohabitation houleuse avec Vincent Van Gogh , à Arles, dans " la maison jaune".   Les artistes sont censés entreprendre une réflexion commune sur leur art : en témoigne la toile "Les lavandières à Arles" (ci -dessous)  -  l'une des dix-sept oeuvres  réalisées par Paul Gauguin durant son séjour arlésien d'octobre à décembre '88. Elle sent l'influence du peintre hollandais. Mais, et on le lira en détail dans la biographie que David Hoziot consacre à Gauguin ( Ed Fayard, oct. 2017 - à l'honneur du blog, ce week-end) , la présence de Gauguin sera néfaste à un Vincent Van Gogh déjà fragile. Le séjour de Gauguin se conclut par la "querelle d'Arles" et l'épisode sanglant de l'oreille que Vincent se tranche, en date du 23 décembre (ou du 24, selon certains biographes)

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Son récit Noa-Noa, "la parfumée" vise à faire comprendre sa peinture aux Parisiens. Un montage audiovisuel permet d'en découvrir les pages tracées de sa belle écriture inclinée, illustrées de dessins éloquents.

Une exposition à découvrir en famille jusqu'au 22 janvier 2018

Rendez-vous, demain, sur le blog enneigé du Pavillon pour le billet de ferveur que David Haziot nous consent

Apolline Elter 

Gauguin l'Alchimiste - Paris - Le Grand Palais : www.grandpalais.fr

30 novembre 2017

La Disparition de Josef Mengele

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 Il était des principales listes de présélections des prix littéraires.Et c'est sans doute le prix Renaudot qui  lui sied le mieux, reconnaissance d'un roman de facture journalistique par un jury qui se revendique du fondateur de la presse-  j'ai nommé Théophraste Renaudot  (1586-1563) , concepteur de la Gazette ( fin mai 1631)

 Sobre, factuel et précis, le  récit revêt davantage l'allure d'un documentaire  que d'un roman. Le journaliste Olivier Guez a mené une enquête approfondie, nourrie de voyages d'investigation  sur le sujet- l'évaporation de Josef Mengele, le bourreau d'Auschwitz, sitôt la défaite du Reich, sa  vile soustraction aux procès de l'Après-Guerre

La confusion du genre - roman / récit me laisse, je l'avoue, un peu perplexe.

Soit.

Focus donc sur le débarquement en Argentine d'un prénommé Gregor, sorte de dandy moustachu dont le lecteur réalise illico qu'il s'agit du docteur Mengele, l'"ingénieur de la race aryenne" ,  assez  bienvenu, ainsi que ses congénères au pays de Perón : 

"À la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l'ordre noir déchu. S'y croisent des nazis, des ouachis croates, des ultranationalistes serbes, des fascistes italiens, des Croix fléchées hongrois, des légionnaires roumains de la garde de fer, des vichystes français, des rexistes belges, des phalangistes espagnols, des catholiques intégristes; des assassins, des tortionnaires et des aventuriers: un Quatrième Reich fantôme."

Quelle surprise - oserions-nous parler de déconvenue - de constater la lâcheté, l'insignifiance intrinsèque d'un homme traqué par la crainte d'être démasqué. Le contraste avec l'indicible inhumanité des exactions perpétrés dans le camp d'Auschwitz par un être dépourvu de toute humanité défie l'entendement . " Sous-merde basanée"  le monstre termine sa vie en 1979 - il a 68 ans-  mystérieusement échoué sur une plage brésilienne.

Les jours, les semaines, les mois défilent, ainsi stagne la vie confinée de Mengele au Brésil dans son cachot ouvert sur l'infini et loin des hommes, une vie figée dans un bourdonnement incessant, dans l'alternance des saisons sèches ou bien humides, les ouragans, les chaleurs hermétiques, les pluies languides, cernée de mille-pattes et de serpents, de scorpions et de vers parasites, d'eucalyptus et de jacquiers aux racines entrelacées, monstrueuses pattes de dinosaures.

 A. Elter

La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez, roman, Ed. Grasset, août 2017, 240 pp

29 novembre 2017

La vraie vie

La vraie vie.jpgC'est la question que chacun se pose - acteurs de la pièce, spectateurs de la salle - comment vivre vraiment sa vie, sans mentir aux autres ni,  avant tout,  à soi-même.

Elle ne sera pas résolue.

Tout honoré de recevoir la visite de son ancien prof de philo, " Monsieur Machin", au prénom de Maxime (Bernard Murat), PIerre Costa (Guillaume de Tonquédec) craint de ne plus mériter  la considération que son prof lui portait à l'époque de ses dix-huit ans. Monsieur Machin avait en effet laissé entendre que Pierre n'était pas complètement démuni d'intelligence...

Profitant d'une absence bienvenue de sa compagne, Florence (Léa Drucker), Pierre réorganise son appartement sur un mode austère et  intello, laissant négligemment traîner des traités à haute portée philosophique.....

La situation, vous vous en doutez, va rapidement échapper à sa maîtrise.

D'autant que le banal Pierre Costa subit les effets de l'écrasante notoriété d'un comédien homonyme

Avec des rôles taillés sur mesure pour chacun des acteurs - soulignons les subtiles interprétations de Léa Drucker, Guillaume de Tonquédec et Anne Benoît - le vaudeville soutient rythme et tonus tout au long de la pièce. Sous la drôlerie se cachent le doute, le mensonge et la frustration. Et surtout la question: c'est quoi, la vraie vie? 

Je vous recommande la pièce

Apolline Elter

Une pièce de Fabrice Roger - Lacan - Mise en scène par Bernard Murat - A voir jusqu'au 6 janvier 2018 au théâtre Edouard VII -  10, place Edouard VII - 75.009 Paris 

Apolline Elter 

28 novembre 2017

Mardi-tes moi, Barbara

Ne concluons pas ces quelques jours d'hommage à   Barbara (1930-1997) sans évoquer en notre rubrique épistolaire du mardi, les lettres qu'elle chanta, à savoir Vienne et Gauguin,  sous-titrée, Lettre à Jacques Brel

Je vous invite à les visionner sur Youtube et les liens :



 

06:18 Publié dans Mar-Dites-moi | Commentaires (0) |  Facebook |

27 novembre 2017

Prix Interallié

Après notre billet de lundi passé et un bilan en demi-teinte de l'attribution des principaux prix littéraires, soulignons avec conviction, cette fois, la judicieuse attribution du prix Interallié à Jean-René Van der Plaetsen pour son récit d'hommage à son grand-père le Général Crépin , La nostalgie de l'honneur (Ed. Grasset, août 2017) 

Je vous invite à cliquer sur le couverture du livre en vitrine du blog et découvrir le billet de faveur que nous a consenti l'auteur.

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26 novembre 2017

Le paradoxe de Barbara

FIC134171HAB0.jpgthéière high tea.jpg" Elle transperce le coeur de son public et , en même temps, elle ne peut pas aller totalement à sa rencontre physique"

Chez Barbara, La Dame brune, Alain Vircondelet (texte) et Philippe Lorin (illustrations), beau livre, Ed. du Rocher, sept. 2017, 120 pp

25 novembre 2017

Barbara

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En ce week-end d'hommage à la grande chanteuse Barbara, née Monique Serf et décédée le 24 novembre 1997, infusons un court extrait du roman de Julie Bonnie lui consacre.

Au jardin, Monique parle aux arbres, danse et chante. Oublier l'école et l'arithmétique, chorégraphier une révérence solennelle et crouler sous les applaudissements de chaque brin d'herbe, son meilleur public.

Barbara, roman, Julie Bonnie, roman, Ed. Grasset, sept. 2018,  198 pp

 

06:46 Publié dans Infusions | Commentaires (0) |  Facebook |

24 novembre 2017

Chez Barbara- La dame brune

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 " L'exode mais aussi la fuite et les caches, et l'histoire banale d'une petite fille juive qui ne veut pas mourir et comprend trop tôt la violence des hommes, l'injustice et la haine."

A cette violence s'ajoute celle - incestueuse - d'un père qui laissera des traces indélébiles dans le coeur de la jeune Monique Serf, future Barbara Brody (1930-1997) , dans son approche des hommes.  La fascination première exercée par Edith Piaf, quelques rencontres et séjours en Belgique - mais oui, chez nous - et un mariage avec l'étudiant juriste Claude Sluys,  le 31 octobre 1953, lanceront l'artiste sur les escaliers de la gloire.

Fragile, rebelle, écorchée, Barbara se donne à son public, module sa voix de façon singulière, émouvante, entraînant nos oreilles, nos lèvres - notre coeur aussi -  en ces  mélodies envoûtantes de L'Aigle noir, Göttingen, Vienne, Gaughin et  surtout, [Sa] plus belle histoire d'amour .

Elle décède inopinément le 24 novembre 1997, à 67 ans,  tandis qu'elle s'est attelée à la rédaction de Mémoires, dès lors inachevées et à un combat en faveur du sida.

Le beau texte que le biographe Alain Vircondelet lui consacre est sublimement  soutenu des aquarelles et portraits signés Philippe Lorin.

Un poignant hommage à une femme vraie et généreuse.

Apolline Elter 

Chez Barbara, La Dame brune, Alain Vircondelet (texte) et Philippe Lorin (illustrations), beau livre, Ed. du Rocher, sept. 2017, 120 pp

23 novembre 2017

Un certain M.Piekielny

piekileny.png" C'est en écrivant ce livre que j'ai compris pourquoi La Promesse, que j'avais lue à un âge où l'on est si peu clairvoyant sur soi-même, m'avait à ce point fasciné: ma mère était de la dynastie des Mina, il fallait que le front de son fils fût ceint de lauriers pour qu'elle pût s'en coiffer à son tour. Mais là où Romain s'est mis à écrire pour la sienne, c'est à la fois grâce à la mienne et contre elle que je suis devenu écrivain: ce qui aujourd'hui m'emporte et m'exalte et me tient lieu de vie, c'est à elle, sans doute que je le dois." 

Centré sur la (célèbre) Promesse de l'Aube publiée par Romain Gary en 1960 et celle qu'enfant,  voué à un brillant avenir , il aurait faite à un voisin juif de Vilnius, un certain m. Piekielny de prononcer ses noms et adresse,  chaque fois qu'il rencontrerait des "grands de ce monde" ,  le roman de François - Henri Deserable se fait enquête : il s'agit de retrouver la trace,  sur place et par la consultation des registres d'époque, de ce personnage mystérieux. Ce faisant l'écrivain découvre de troublantes similitudes entre son destin et celui de Romain Gary et double sa recherche d'une quête sur son propre avènement à l'écriture.

Une écriture qu'il possède maîtrisée, brillante.

Qu'il offre,tel un hommage, à l'auteur de La Promesse.

A Elter

Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable, roman, Ed. Gallimard,  août 2017, 321 pp

 

22 novembre 2017

Frère et soeur

" Il appela juste avant d'être amputé de la jambe. C'était la première fois de l'année qu'ils se parlaient.

"Je suis à l'hôpital", dit-il. Et il se mit à pleurer."

Ains'Incipit un roman.. intrigant

Gerritsen.jpgTraduit du néerlandais, il a fait un tabac, aux Pays-Bas, vendu à quelque 650.000 exemplaires.

Déconcertant.

Les relations entre Olivia et son frère Marcus se sont étiolées au fil des années.

Olivia mène sa barque professionnelle et familiale de façon ferme et assurée, tandis que Marcus végète et mène un mou combat contre le diabète.

"Aussi le sentiment qu'Olivia éprouva à l'idée qu'on risquait d'amputer Marcus d'une jambe l'assaillit-il comme un voleur dans la nuit."

Et OLivia de s'interroger sur la solidarité obligée des liens de la fratrie

"Ils étaient tous deux prisonniers de cette position  détestable"

Une interrogation, une culpabilité diffuse, la solution engendrée  qui  pourraient mettre à mal l'équilibre familial

Une radioscopie des relations de la famille

A Elter

Frère et soeur, Esther Gerritsen, roman traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron, Ed. Albin Michel, octobre 2017, 176 pp

21 novembre 2017

Les nouvelles orientales

 product_9782070179480_195x320.jpg Publiées d'abord séparément et en revues, les dix nouvelles qui constituent le recueil "orientalisant" de Marguerite Yourcenar lui furent inspirées par ses nombreux voyages et pénétrations de l'Histoire, des légendes et culture intime des peuples visités.  Elles paraissent une première fois en 1938, chez Gallimard, sous la direction éditoriale d'Emmanuel Boudot-Lamote, seront quelque peu retravaillées, en 1963, pour une nouvelle édition.

Saluons leur version audiolivresque et la belle lecture qu'en opère Christian Gonon.

Laissons-nous pénétrer dans une sorte de rêve et de moeurs arrachés au temps, quête sous-jacente d'une sagesse peut-être universelle

Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar, recueil . Texte intégral lu par Christian Gonon, Ed Gallimard, Ecoutez lire, 1 CD MP3  2011 et 2016- durée d"écoute : +/- 2h50

20 novembre 2017

Petit bilan des prix littéraires de l'automne

A l"ordre du jour du billet de ce lundi 20 novembre, une bref focus sur l'attribution des principaux prix littéraires de l'automne, catégorie : romans 

Des Mécaniques du chaos, bien nommées ( Daniel Rondeau, éd. Grasset) se sont vu décerner le  grand prix  du roman de l'Académie française, tandis qu' Ordre du jour flamboyant  (Eric Vuillard, ed. Actes Sud) emportait le Goncourt,  à juste  et même titre, nous semble-t-il que Bakhita de Véronique Olmi (Ed. Albin Michel)  notre grand favori. Le Prix Goncourt des Lycéens revient à l'Art de perdre, d'Alice Zeniter. Nous l'avons commencé et vous en livrerons chronique sous peu.

Un Renaudot attribué à une sorte de documentaire, La disparition de Josef Mengele (Olivier Guez, ed. Grasset), ça se défend puisque le prix, décerné par des journalistes, honore le fondateur de la célèbre Gazette (1631), j'ai nommée Théophraste Renaudot.

Couronné par le Médicis - qui a pour vocation de promouvoir un romancier méconnu- le Tiens ferme ta couronne, de Yannick Haenel ( Ed. Gallimard) eût gagné ..d'un peu plus de fermeté, tandis que le par trop bavard La Serpe, de Philippe Jaenada (Ed Julliard)- attributaire du Femina,  eût supporté d'être ...tranché de la moitié de son nombre de pages...

Nous attendons les résultats de l'Interallié, ce sera ce mercredi 22 novembre, pour voir si décidément, nous pouvons nous rallier à un palmarès 2017 pas vraiment emballant, jusqu'à présent. Gageons que le titre L'art de perdre (Alice Zeniter, Ed. Flammarion) n'aura rien de prémonitoire et que la Nostalgie de l'Honneur (Jean-René Van der Plaetsen, Ed. Grasset) glanera le présent d'une bel avenir.

Grande et très regrettée absente reste le Bakhita, qui méritait, nous persistons et signons, le prix Femina.

Ne le ratez pas!

 

Apolline, Les pensées primées du lundi

19 novembre 2017

Excipit - non expié

téléchargement.jpgtheiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpg"Mengele, ou l'histoire d'un homme sans scrupules à l'âme verrouillée, que percute une idéologie venimeuse et mortifère dans une société bouleversée par l'irruption de la modernité. Elle n'a aucune difficulté à séduire le jeune médecin ambitieux, à abuser de ses penchants médiocres, la vanité, la jalousie, l'argent, jusqu'à l'inciter à commettre des crimes abjects et à les justifier. Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s'étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s'éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

 Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit.

 Méfiance, l'homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes."

  La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez, roman, Ed. Grasset, août 2017, 240 pp

  

 

18 novembre 2017

La Serpe

Oserais-je un avis tranchant sur le sujet:  ce "roman vrai" par trop bavard, eût gagné d'être allégé de moitié. Simple question d'embonpoint.

A la ligne

La serpe.jpgSon argument est intéressant, traité avec une méticulosité absolue, célébrant, à sa manière, le centenaire de la naissance de l'écrivain Georges Arnaud (1917-1987)  concepteur du  Salaire de la peur,  rendu célèbre par son adaptation cinématographique, le trentenaire de son décès et une tentative de résolution d'un triple et sanglant meurtre perpétré fin octobre 1941 dans le château d'Escoire (Dordogne) 

Mais encore.

Nous sommes le matin du 25 octobre 1941

Le futur Georges Arnaud, nommé alors Henri Girard contacte les services d'urgence: un triple meurtre a été commis durant la nuit - un massacre à la serpe - qui a entraîné la mort atroce de Georges Girard, son père, de sa tante Amélie et de la bonne, Louise Soudeix. Seul rescapé , Henri fait illico figure de suspect : il a emprunté la serpe assassine à Yvonne, une voisine; rien n'a été volé dans le château, lequel n'a subi aucune trace d'effraction... Il paraît, en outre, peu mortifié à  l'évocation des faits

Magistralement défendu par l'avocat Maurice Garçon , Henri Girard est acquitté, le 3 juin 1943, après avoir purgé dix-neuf mois de prison préventive. 

Le jeune homme de 26 ans  va dès lors changer de nom, de vie,pourfendre les injustices, défendre la veuve et l'orphelin, ...sans que jamais ne soit élucidée la vérité de la fatale serpe.

Ami d'Emmanuel Girard, petit-fils d'Henri, Philippe Jaenada enfourche une voiture de location - aux pneumatiques incertains - se fend d'un séjour d'investigation dans les lieux mêmes des faits -savourant le confort moelleux des oreillers de l'hôtel Mercure - examinant du microscope impitoyable d'un Cluedo ..puissance 4 tous les éléments du dossier Henri Girard et nous propose une résolution nouvelle de l'affaire, dûment, croyez-m'en, étayée d'argumetns.

Est-ce à dire que Philippe Jaenada est dépourvu d'esprit de synthèse? Que du contraire. le résumé parfait  de ce portrait, vous le trouvez, p 141

Une drôle de vie, avec le recul. Ce que j'en sais, je l'ai appris dans les livres. Sale gosse, sale type, des claques, insupportable, il ne mue, instantanément, qu'en anéantissant la fortune familiale, et se transforme en nomade combatif qui ne possède rien et vient en aide à ceux qui en ont besoin. Un bon gars, finalement.

 Il ne vous reste dès lors que 507 pages à savourer.

 A Elter

La serpe, Philippe Jaenada, roman, Ed Julliard, août 2017, 648 pp

Roman attributaire, faut-il le rappeler, du Prix Femina 2017

17 novembre 2017

Foire du Livre belge: sur le thème de l'anniversaire

 Si dagenda.jpg'aventure se profile pour vous un week-end un peu plus libre que le mien, je ne puis que rappeler à votre attention le quinzième anniversaire de la Foire du Livre belge:

 

FLB Leaflet V10 copier - copie_preview.jpeg

L'entrée y est gracieuse, les tentations, nombreuses

Vous trouverez tous renseignements utiles sur le site : www.ccu.be

 

16 novembre 2017

Les Rêveuses.

Les rêveuses.jpg

 

Juin 1940.  L'armée française est en déroute.

Dérouté aussi, Peter Siderman, " jeune homme, plein d'amertume et d'innocence".  Engagé dans l'armée française, il pressent que sa nationalité allemande ne va pas plaire aux assaillants...  Tant qu'à être fait prisonnier,  mieux vaut utiliser l'identité d'un Français. C'est ce qu'il fait, troquant l'identité d'un frais cadavre français-  celle d'Alexandre d'Andelange-  contre la sienne.

Capturé, il passe de camps (allemands) en camps,  bénissant l'imposture qui lui a sans doute sauvé la vie.

" Mais au début de l'hiver il fut convoqué chez le commandant du camp qui lui annonça que, par faveur exceptionnelle, l'autorité militaire avait accepté la requête de sa mère mourante et qu'on allait immédiatement le ramener auprès d'elle.

Le roman est lancé,  grevé d'une intrigue, certes un peu compliquée,  de l'intervention du journal intime d'Alexandre et  de religieuses cloîtrées, gravé d'une écriture maîtrisée, du souffle romanesque qui révèle l'étoffe d'un vrai écrivain

Un deuxième roman

A Elter

Les Rêveuses,  Frédéric Verger, roman, Ed. Gallimard, août 2017, 448 pp

15 novembre 2017

Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment)

9782367624464-001-T.jpeg« Nous assistons probablement, et je le souhaite de tout coeur, au passage à un stade éthique supérieur où la pensée humaniste s’émancipe de son cadre anthropocentrique pour s’étendre à tous les êtres sensibles qui peuplent la Terre. Dès lors, faire preuve d’“humanité” ne signifie plus simplement respecter les autres êtres humains, mais tout être vivant, selon son degré de sensibilité et de conscience. La vie s’est exprimée sur Terre à travers une foisonnante diversité.
Puisque l’être humain est aujourd’hui l’espèce la plus consciente et la plus puissante, puisse-t-il utiliser ses forces non plus pour exploiter et détruire ces formes de vie, mais pour les protéger et les servir. C’est pour moi notre plus belle vocation : protecteurs et serviteurs du monde. "

Tel est l'exergue de la lettre ouverte que Frédéric Lenoir adresse, non guère aux animaux mais à ceux qui ont la capacité de les respecter sinon de les aimer: nous.

Partant du constat effrayant de la  surconsommation actuelle de viande et de poisson, de ses  effets néfastes au niveau planétaire et de la maltraitance corollaire des animaux,  le philosophe nous enjoint au respect minimal d'une espèce animale, vivante, fort proche de la nôtre.  Une proximité dont il marque les différences en même temps que les convergences. 

S'il constitue un plaidoyer pour une nourriture végétarienne, l'essai induit, force exemples à l'appui, que la maltraitance des animaux risque de s'étendre à celle des humains.  Le genre de pas abject qu'ont déjà franchi bien des tortionnaires; il suffit de se rappeler la cruelle mémoire des camps de concentration nazis.

A l'inverse, la bienveillance à l'égard des bêtes - si l'on exclut le syndrome de Noé, pathologie d'un attachement excessif à leur égard  - induirait une même attitude à l'égard de nos semblables.

Pour étayer son propos, le philosophe convoque nombre de ses confrères, philosophes, écrivains - Emile Zola, Marguerite Yourcenar, le Pape François -   à travers les temps, citations à l'appui. Il propose des pistes concrètes de respect du règne animal,  introduction d'un code du droit des animaux, d'un label éthique.. qui sont tant de solutions alternatives.

Une réflexion très engageante

Apolline Elter  

Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment), Frédéric Lenoir, essai, Ed. Fayard, mai 2017, Ed Audiolib, sept. 2017,  lu par Christophe Chêne- Cailleteau,, CD - MP3, durée d'écoute : 2h50 min.
 

14 novembre 2017

C'est parti, Yourcy

Que la célèbre - et respectée - Académicienne me pardonne ce surnom: l'étude intense de sa correspondance me l'a rendue, sinon familière,  particulièrement attachante.

Aujourd'hui est grand jour qui nous voit entamer les tables rondes consacrées à la femme des lettres. 

Une approche vivifiante, démythifiante.. .que je vous recommande, assortie, why not, d'une nice cup of tea  - Meert, s'entend - en notre salon Marquises 

 

Yourcy blog.jpg

13 novembre 2017

Quand la mémoire vous joue des tours

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C'est un roman de la rentrée littéraire

Il a bonne presse je le sais 

Et pour moi, c'est galère

Le titre ne puis me rappeler..

Apolline, Les pensées amnésiques du lundi 

 

12 novembre 2017

Ligne intérieure

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Je ne vais pas ici retracer ma carrière. Ce n'est pas un livre de souvenirs professionnels. Je ne raconte que ce qui me paraît intimement spécifique, important et décisif pour définir cette ligne intérieure que j'ai suivie, à défaut de réel choix, d'ambition, et même de rêves."

Le Rêve de ma mère, Anny Duperey, récit, Ed. du Seuil, nov. 2017, 212 pp

11 novembre 2017

Le Rêve de ma mère

"C'est un travail étrange que d'écrire un livre comme celui-ci. Il n'est pas anodin, en tout cas, de se remémorer son parcours, ses émotions, de tenter de décrypter la ligne, parfois les hasards (?) qui vous ont menés. On se surprend à garder en mémoire des détails qui vous ont profondément marqué - comme l'affreux raclement sur le plancher de ce pupitre de terminale traîné pour moi au fond de la classe de quatrième - alors que d'autres événements, qui se révéleront décisifs, sont curieusement flous, absents des souvenirs marquants."137150_couverture_Hres_0.jpg

 Marquée à vie par la mort conjointe de ses parents, Ginette et Lucien Legras, le 6 novembre 1955 - asphyxiés par les émanations d'un chauffe-bain défectueux-   Anny Duperey est encore transpercée de questions.

 L'enfant de huit ans qu'elle est au moment du drame est frappée d'amnésie, d'une sourde culpabilité,  d'une dépression larvée. Des moments forts qu'elle raconte dans le merveilleux Voile noir ( Le Seuil, 1992) 

 Si la radieuse actrice revient sur son enfance  dans ce nouveau (et beau) récit, c'est parce qu'elle va enfin tenter de "rencontrer" sa mère, "maman",  - cette inconnue  -  de déceler son projet de vie - avorté - glanant parmi les souvenirs rapportés et ceux qu'elle a occultés, les éléments d'une (re) connaissance.

 Et c'est ainsi que certains hasards, voire "évidences " de son  propre parcours de vie et artistique surgissent comme l'accomplissement du rêve maternel.

 Un parcours dont elle nous livre les embûches et joies en une sincérité désarmante. Généreuse.

 Ce faisant, elle rend un hommage appuyé à  " Tata", sa tante paternelle, tutrice dévouée

 Merci Anny Duperey.

 Apolline Elter

 Le Rêve de ma mère, Anny Duperey, récit, Ed. du Seuil, nov. 2017, 212 pp

 

10 novembre 2017

Prix Horizon 2018 - La sélection d'un jury de choc

téléchargement (4).jpg La semaine fut chargée en attributions prestigieuses et  multiples des principaux prix littéraires:  les jurys  Goncourt, Renaudot, Femina et Médicis ont proclamé leurs choix, sitôt entériné celui de l'Académie française.

Il est donc temps de vous révéler à vous et en avant-première la sélection des six romans retenus par le jury de présélection du Prix Horizon. Lequel prix,  généreusement organisé par la ville de Marche -en-Famenne ( Belgique) , efficacement, magistralement présidé par Armel Job,  entend promouvoir les auteurs d'un deuxième roman..

Voici la liste des romans retenus:

 

  - Frères des astres, de Julien DELMAIRE   (Ed Grasset) 

 Le dernier amour d'Attilla Kiss,  de Julia Kerninon, (Ed Rouergue) 

-   L'ombre de la lune,  de  Agnès Mathieu-Daudé (Ed Gallimard) 

-  Défaite des maîtres et possesseur, de Vincent Message ( Ed Seuil) 

Le meilleur des amis,   de Rose Sean (  Ed. Actes-Sud) 

-  Majda en août,  de Sedira Samira ( Ed. Rouergue) 

 

 Nul doute que vous ne résisterez pas à cette sélection  - z'avez raison - et  inscrirez illico votre joyeux comité - si ce n'est fait, il est plus que grand temps - en vous rendant d'un clic d'ordi sur le site du Prix Horizon : https://www.marche.be/2eroman/

Nous vous y attendons

Apolline Elter 

09 novembre 2017

Majda en août

 Majda.jpg

La pluie tombait, tiède et fine. Elle tirait sa petite valise à roulettes dans les flaques, sur le bord de la route; ses pieds étaient nus; ses joues noires de crasse. Le délire l'avait menée vers les rivages salés de son enfance, l'aveuglante lumière du Sud. À toutes les personnes qu'elle avait croisées ce jour-là, elle avait demandé: Babylone, c'est encore loin?

Ains’Incipit  un roman poignant. 

Sa lecture ne vous laissera pas de marbre.

  Aînée d’une fratrie nombreuse – constituée de seuls garçons -  Majda subit, à l’entrée de l’adolescence, les  persécutions de son entourage,  puis le viol perpétré par une bande amie de son frère Aziz. Aussitôt, elle en est salie au regard des autres et  le sien .Sa vie ne sera dès lors qu’une tentative de fuite – par les études et une maîtrise en sociologie  - d’oubli, « suite vertigineuse de petits hauts et de grands bas. »

Des crises de délire vont se succéder qui lui vaudront de retourner –  en ce torride mois d’août 2014 – chez ses parents.  Brave couple  maghébin, Fouzia, tunisoise, et Ahmed algérois, venus s’établir dans le sud de la France dans les années soixante, se sentent désarmés face à la déchéance de leur fille …

Le roman est court, qu’importe :  il est dense. L’’écriture, puissante,  fait vivre et vibrer les scènes poignantes, transpirer l’instant, la souffrance.

Un roman remarquable

Un deuxième roman…

Apolline Elter

Majda en août, Samira Sedira, roman, Ed du Rouergue 2016, 138 p