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26 septembre 2012

Le terroriste noir

url (21).jpg" Il était là inerte, malgré la violence de ses râles; résolu et imperturbable comme tous ceux qui avaient décidé de s'en remettre au sort. Cela lui était devenu égal que ce fût la faim, le froid, les Allemands, les collabos ou simplement un paysan désireux de régler ses comptes à un sale nègre qui avait osé se traîner jusqu'à lui."

Echoué dans un village vosgien au début de la seconde guerre, Addi Bâ, guinéen d'origine, cristallise sur sa personne et sa couleur de peau les mesquineries, lâchetés mais aussi l'héroïque générosité des habitants de la contrée. Entré en Résistance, il prend la tête d'un maquis. Arrêté par les Allemands en 1943,il est exécuté à la fin de l'année.

Basé sur un fait historique avéré, le récit de Germaine Tergoresse, la narratrice, s'adresse au neveu du schwarze Terrorist, venu recevoir une  médaille  posthume, tardive reconnaissance des services rendus pour la Patrie. L'octogénaire rassemble ses souvenirs d'adolescente de l'époque , englobant neveu et lecteur en un vouvoiement et une série d'interpellations  tout droit issus de la tradition orale .

Une  écriture chaleureuse et belle.

AE

Le terroriste noir, Tierno Monénembo, roman, Le Seuil, août 2012, 226 pp, 17 €

 

 

 

23 septembre 2012

Laisser les cendres s'envoler

laisser_les_cendres_s_envoler_01.jpg"

theiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpg" Je découvre aujourd'hui que ce que je prenais à l'époque pour un carcan moral pesant sur cette famille était, en réalité, le véritable secret de sa réussite. L'art de prévoir le pire, tel était le savoir-faire à transmettre pour fabriquer ces princes de la finance, et que le règne se perpétue de pères en fils. (...) Le pire, pour cette dynastie, n'avait rien d'un mirage ou d'une sentence du destin. C'était au contraire, sa ressource: la matière première à partir de laquelle se bâtissait sa fortune. Le pire, il fallait l'envisager en permanence et ne jamais le perdre de vue. Trouver des moyens pour le voir venir avant les autres."

  Laisser les cendres s'envoler, Nathalie Rheims, roman, Ed. Léo Scheer, août 2012, 256 pp, 19 €

 

22 septembre 2012

Laisser les cendres s'envoler

laisser_les_cendres_s_envoler_01.jpg" Alors aujourd'hui, je désobéis, je transgresse, je romps le silence à mes risques et périls. Je ne veux pas mourir sans l'avoir pleurée. Normalement, avec le temps vient le moment du pardon. Sans lui, pas de travail de deuil possible. Il me suffirait de pardonner. Ce serait si simple, si facile, Hop, le problème serait réglé."

Se relève-t-on d'une trahison d'enfance, quand l'amour tendre, absolu d'une maman vous est d'un coup ôté, au bénéfice d'un amant de pacotille, de proie, sorte d'artiste mégalomane qui n'a autre inspiration que d'asservir sa maîtresse, à coups de réalisations aussi stupides que ruineuses.

Mais il est des familles où tout se tait. Telle cette dynastie Rothschild, patente en filigranes de pages décidées à franchir l'omerta du silence imposé à ses membres. Dénonçant un système dont elle se fait l'entomologue impitoyable et drôle à la fois, la fille de Maurice Rheims tente de comprendre, sinon de dédouaner, l'attitude de sa mère:

"Ce n'est qu'en écrivant cette histoire, celle de ma mère, la mienne, que je vois aujourd'hui à quel point elle était prisonnière de cette implacable  mécanique, de ces rouages que la rouille n'avait jamais atteints."

Erigeant une sévère anorexie en rempart contre l'abandon maternel, Nathalie Rheims va, au fil des ans,  gagner une liberté, couronnée par l'écriture de ce roman autobiographique majestueusement incendiaire

Apolline Elter

Laisser les cendres s'envoler, Nathalie Rheims, roman, Ed. Léo Scheer, août 2012, 256 pp, 19 €

Billet de faveur

AE : Nathalie Rheims,  c’est , au fond , la résurgence d’une lettre, infecte, que vous adresse  l’amant de votre mère,  qui met le feu aux poudres et signe le départ de ce roman.  Destructrice au possible, cette missive aura finalement eu un effet cathartique.

Nathalie Rheims : La lettre est un élément parmi tant d’autres. Oui, j’aime beaucoup l’idée d’un meurtre littéraire. Et que l’idée de la lettre était une bonne façon d’y parvenir mais que depuis la sortie du livre j’ai appris que d’autres lettres arrivaient ça et là, ce qui veut dire que le « cadavre » bouge encore !

 AE : La métaphore du feu embrase ce roman beau et courageux.  Jusqu’en son titre qui évoque le phénix,  oiseau légendaire qui renaît de ses cendres.   Est-cela le bénéfice de l’écriture ?

Nathalie Rheims : Le phénix, c’est beaucoup dire ! Le poussin éventuellement ! L’écriture m’a donnée la reconnaissance qui me manquait.

 AE : Avez-vous  des réactions de membres de votre famille,  devant cette dénonciation, à peine voilée, d’un système  uniquement basé sur la conservation d’un patrimoine.

Nathalie Rheims : Oui. Ils savent  ce qu’est la littérature. J’ai l’impression d’avoir préservé ce qui réellement ne peut pas être dit. Ma famille a trop de respect pour la « création », quelle qu’elle soit pour ne pas porter sur ce livre un regard bienveillant.

 AE : Découvrir le secret (inconscient) de votre mère, réaliser que c’était  à ce carcan qu’elle tentait de se soustraire plutôt qu’à vous, vous  rapproche-t-il d’elle ?

Nathalie Rheims : C’est uniquement une hypothèse littéraire. Et la frontière entre l’imaginaire et le réel est bien mince. Seule l’émotion que me rendent les lecteurs peuvent me restituer une image d’elle qui est pourtant assez floue.

 

18 septembre 2012

La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis

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L'hiver s'installe sur la (belge) capitale  offrant à Max, Judith,  Marie-Louise, Catherine, Kate, Annick, Jean-François , Muriel, Sarah et bientôt, Felisa, la perspective d'un bon  feu de bois pour les réunions hebdomadaires de leur ciné-club.

Accueillis en la maison légèrement croûlante  de Max, le psy, ces quadra, quinqua- et,  même plus que sexa-génaires - la doyenne du comité étant la charmante Marie-Louise agée de 74 ans - partagent, outre une passion commune pour l'âge d'or du cinéma américain, ces confidences du quotidien qui scellent la vraie amitié (et plus si affinités)

" A  voir tout le monde blotti dans la même bulle où il faisait chaud, on aurait pu se dire que le plus juste aurait été de ne toucher à rien, de laisser chacun et chacune où il était. Max y pensa, et il ne fut pas le seul. C'est finalement Muriel qui donna le signal du départ. Un départ très particulier: à leur manière, le père de Jean-François et Carol Clyde accompagnèrent Annick, Marie-Louise et Felisa, accompagnèrent Sarah, Judith et Kate, Catherine et Muriel. S'ils l'avaient été un jour, ils ne furent certainement pas cette nuit-la des fantômes abandonnés au coin d'une rue."

Rompant, le temps d'un (?) long roman, avec la veine elliptique à laquelle il nous avait habitués, Francis Dannemark invite le lecteur au sein d'un groupe d'amis, de son intimité, sans douten et d'une passion de vie: les cinéphiles boiront du petit lait à l'évocation des programmes concoctés par Jean-François, commentés par les participants et détaillés in extenso en un généreux génerique de fin.

Annexe dotée d'un index des personnages du roman  et de recommandations  biblographiques, témoins d'un  élan de partage passionnel qui ne peut laisser notre blog de marbre...

AE

La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis,  Francis Dannemark, roman, Ed Robert Laffont, aoüt 2012, 472 pp.

En prolongement de cette chronique, je vous invite à écouter l'ITW que Francis Dannemark a accordée à Edmond Morrel (Espace-livres) en cliquant sur le lien: http://www.demandezleprogramme.be/Ecoutez-Francis-Danemar... 

16 septembre 2012

La réparation

url (19).jpgthéière high tea.jpg" Après la guerre, Ginda n'espère plus rien, ce qui est arrivé à ses soeurs, Raya et Macha, à son frère Nahum ne laisse aucune place à quoi que ce soit d'heureux. Sa détresse est telle qu'elle la prive de mots. Elle ne dit pas à sa fille Hélène qu'elle est belle, elle répète qu'il faut travailler, elle ne la complimente pas. La paix n'apporte pas de consolations, les morts ne ressuscitent pas, seul, croit-elle, le silence permet de vivre encore. Une vie parcimonieuse, sans éclat, sans plaisir, faite d'effort, de travail. Raya, Macha, Nahum, Myriam décident du contraire. Il faut vivre"

La réparation, Colombe Schneck, témoignage, Grasset, août 2012, 220 pp

15 septembre 2012

La réparation

url (19).jpg"Entre Hélène et Ginda, il y avait ce silence autour de cette absente, Salomé. Ni images ni paroles échangées."

Dotant sa fille du gracieux prénom de Salomé, Colombe Schneck réveille, à son insu, la mémoire de Salomé Bernstein, une cousine de sa mère, exterminée fin 1943, à la suite d'une rafle dans le ghetto de Kovno (Lituanie).

Le silence familial qui pèse sur la période de guerre est à ce point plombé que la narratrice réalise la malédiction diffuse qui pèse désormais sur la tête de son enfant. Elle entreprend dès lors de remonter le cours de l'histoire familiale, celle du ghetto de Kovno et de l’immédiate après-guerre,  interrogeant méthodiquement les survivants, témoins des événements, et leurs enfants.

Une enquête qui la mène à New York,  Jérusalem,  Kovno et Poniwej ... au coeur de son ascendance maternelle et de son appartenance à la communauté juive - et  à s'interroger, clef de voûte de ce somptueux témoignage, sur l'essence de la maternité.

" Pourtant, dix ans après, le jour où enfin j'apprendrai, j'écouterai, je ne jugerai pas, j'approuverai, je serai heureuse de savoir, je serai rassurée, je n'aurai plus peur, j'aurai le droit de me plaindre, d'être de mauvaise foi, d'écouter la peine de ma mère, ma grand-mère, de leur rétorquer, Raya et Macha ont choisi la vie, elles ont bien fait, soyez comme elles, oubliez la honte et la culpabilité."

La vie est à ce prix.

Apolline Elter

La réparation, Colombe Schneck, témoignage, Grasset, août 2012, 220 pp

Billet de faveur 

AE : Bien plus que le dédommagement symbolique que vous offre la « Commission d’indemnisation des victimes de spoliations intervenues du fait des législations antisémites en vigueur pendant l’Occupation » la vraie réparation, est celle que vous avez opérée, par l’enquête et l’écriture de ce témoignage, restituant à Salomé Bernstein son statut d’absente, expurgeant du prénom de votre fille, la malédiction qui lui était associée ?

Colombe Schneck : C’est d’avoir trouvé, le mois et l’année de naissance, le mois et l’année de la mort de Salomé Bernstein, que j’ai eu le sentiment qu’elle devenait enfin une absente. Cette  tentative de réparation est valable pour moi, j’espère mes enfants, neveux et nièces. Elle ne l’est pas pour Raya et Macha, pour lesquelles, il n’y a pas de réparation possible.

AE : C’est l’écriture – épistolaire – qui permet à votre grand-tante Raya de renaître quelque peu à la vie, à la sortie de la guerre.  Il semble, qu’en parallèle, votre propre travail d’écriture, vous a permis de vaincre une sourde menace. La réparation, c’est une ode à la vie ? 

Colombe Schneck : Je ne suis pas certaine que le retour à la vie a été possible pour Raya et Macha. Elles ont eu à nouveau des enfants, écrivaient des poèmes et des lettres, ne se plaignaient jamais, elles pensaient, il me semble,  à la vie future, celle de leurs enfants et petits-enfants. Pour moi, je reprends à mon compte les mots de David Grosman, On n’est plus victime de rien, même de l’arbitraire, quand on le décrit avec ses mots propres. L’écriture de ce livre m’a permis d’entrer plus entièrement dans la vie présente. En ce sens, oui, ce livre est une ode à la vie.

 AE : Le choix qu’a posé Mary, pour ses filles..et petits-enfants est terrible. Nous ne le dévoilons pas car il est le cœur et la clef  du récit : il ne peut se comprendre ex abrupto. Les réactions des lecteurs sont-elles virulentes, à ce sujet ou plutôt compréhensives, bienveillantes ?

Colombe Schneck : Elles sont bienveillantes. Chacun comprend qu’il est impossible de savoir ce que l’on aurait fait à leur place.

 

14 septembre 2012

Pour seul cortège

Vendredi:  jour d'agenda et d'informations que je me fais une joie de relayer

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Laurent Gaudé sera pour deux jours en Belgique et vous donne rendez-vous, notamment, en deux librairies joyeuses et conviviales:

 

- Le mercredi 19 septembre, à 19h30 en la librairie La Licorne, à Uccle (654 Chaussée d'Alsemberg)

Renseignements et inscriptions (obligatoires) : info [info@librairielalicorne.be]

Résumé de l'ouvrage ci-dessous.

Il sera à Namur, le lendemain:

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Dans le cadre de notre partenariat avec le Théâtre de Namur, ce dernier vous propose son spectacle La vie devant soi au prix de 14€ (place adulte) au lieu de 18€. Pour bénéficier de ce tarif, il suffit de contacter la billetterie au 081 226 026 et dire le mot de passe "papyrus".

 

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12 septembre 2012

Citoyen Park

 9782021059540.jpg" La Révolution kamchéenne, sous la direction éminente de Park Jung-wan, poursuit sa marche énergique sur la voie du Muju, et elle remportera indubitablement la victoire finale en dépit de toutes les épreuves et difficultés, tandis que le Kamcha rayonnera dans le monde en tant que patrie du Muju, où toute la nation kamchéenne forte de soixante-douze millions d'âmes jouira d'authentiques libertés et connaîtra une grand prospérité sur son territoire national réunifié"

Le crédo est celui de Park Jung-wan, né, d'une première naissance soviétique, Dmitri Nablovski, tandis qu'il succède à son père, Park Min-hun, "Grand meneur" de  Kamcha du Nord.

Profilant, sous le couvert d'un roman et d'une nation imaginaire, la dictature de Kim-Jong-il, "Dirigeant bien aimé" de Corée du Nord, décédé en décembre 2011, Charly Delwart réalise une gigantesque mise en scène cinématographique, faisant des citoyens d'un pays devenu studio, les figurants d'un film aux allures étranges. La caméra se focalise sur la délirante ascension d'un dictateur, volontairement fondu - de dévotion - en l'image de son père.

"Il avait fallu une mesure, un lien avec la réalité dans le travail de constitution du héros, il ne le fallait plus, dépassé."

 Troisième roman de notre concitoyen Charly Delwart, Citoyen Park, explore, sans concession, les tréfonds d'une certaine âme asiatique et d'une dictature pour le moins ..saisissante.

Apolline Elter

Citoyen Park, Charly Delwart, roman, Le Seuil, août 2012, 490 pp, 21 €

09 septembre 2012

La vie rêvée d'Ernesto G.

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théière high tea.jpg" Finalement, personne ne parle. Les choses importantes restent cachées au fond de nous. C'est vrai que si on devait tout se dire, il faudrait au moins une autre vie. On est probablement fabriqués pour vivre ainsi les uns à côté des autres, à se regarder de loin et à avoir des regrets de s'ignorer autant. C'est peut-être ça aussi le mystère de la vie."

La vie rêvée d'Ernesto G., Jean-Michel Guenessia, roman, Albin Michel, août 2012, 538 pp, 22,9 €

 

 

 

08 septembre 2012

La vie rêvée d'Ernesto G.

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Il n'est jamais aisé de rejoindre la scène littéraire après le succès considérable d'un premier roman... Cette dernière vous guette, vous attend au tournant.

Ce défi, Jean-Michel Guenassia le relève brillamment, prouvant que l'encre du conteur nourrit son sang.

L’argument de cette nouvelle fiction :

Né en 1910, à Prague, Joseph Kaplan est issu d'une lignée de médecins. Brillant élément, il débarque à Paris, afin d'y compléter sa formation, d'une spécialisation en biologie. "Avec ses traits fins, sa cambrure fière, sa mèche au vent, Joseph ressemblait à un de ces jeunes seigneurs florentins au sourire limpide de Ghirlandaio"  Un  seigneur qui danse comme un dieu, accumule les conquêtes féminines,  rejoint, à 28 ans,  l'Institut Pasteur d'Alger, pour effectuer des recherches sur les maladies infectieuses. L'occasion - fortuite -  pour ce Tchèque d'origine juive d'échapper aux persécutions nazies et aux débuts d'une guerre dont les Algérois ne réalisent pas l'ampleur.

De retour à Prague avec Christine, la femme de sa vie, Joseph fonde famille. Helena naît en 1948, suivie, en 1950, de Martin, qui scellent le naufrage du couple. Naufrage aussi de ses convictions politiques, de  l'adhésion sans faille que Joseph voue au parti communiste: " Il ne voulait plus dissimuler ses opinions et soutenir qu'ils vivaient dans une démocratie parfaite, que tous les problèmes étaient en passe d'être résolus quand la situation n'avait jamais été pire. Il ne supportait plus l'optimisme gluant de ce catéchisme socialiste qui les ensevelissait dans une tombe collective. Intolérables aussi la foi obligatoire en un avenir radieux, l'interdiction d'émettre le moindre doute pour ne pas passer pour un traître et le devoir de s'extasier sur les réussites d'un régime dont il ne voyait que les échecs.

Mars 1966 voit confier au docteur Kaplan, une mission capitale: le salut d'un mystérieux malade, camarade uruguayen très mal en point,  Ernesto G(uevara),  pour ne pas le nommer. Le Ministère de l'Intérieur entoure ce service commandé d'un luxe de précautions inouï, confinant Joseph et sa proche famille au seul chevet du mourant.

Une cohabitation forcée qui imprime un angle neuf et ...palpitant à la fiction, introduisant le mythique Che dont on sait qu'il séjourna à Prague, cette année-là:

" Je viens d'avoir trente-huit ans, j'ai consacré ma vie à me battre pour ces idées, à essayer de les faire triompher, j'espère sincèrement que ça se fera mais je ne prendrai plus un fusil pour ça, il y a d'autres chemins. Je ne suis pas certain d'avoir pris les bons."

Et scelle le destin d'Helena et  le bilan d'une vie que Joseph Kaplan poursuivra, centenaire, spectateur attentif du "Printemps de Prague",  de sa répression et de la chute du régime communiste.

Une lecture... de rêve.

Je vous la recommande.

Apolline Elter

La vie rêvée d'Ernesto G., Jean-Michel Guenassia, roman, Albin Michel, août 2012, 538 pp, 22,9 €

Billet de faveur

AE : Jean-Michel Guenassia, vous avez l’âme d’un conteur. Un souffle chaud parcourt le récit  qui donne envie de le dévorer d’une traite. La rédaction en a-t-elle, elle aussi, coulé de source ?  

Jean-Michel Guenassia : Oh que non. La rédaction a été longue, et très laborieuse. Pas un paragraphe qui n’ait été réécrit dix fois (au moins). Surtout que mon objectif est la fluidité de la lecture et c’est difficile à obtenir.

AE : vous introduisez le personnage de Che Guevara, lui prêtant pensées, propos, quelques missives et  revirements … Tel ce moment où le Che se compare à Joseph Kaplan : «  Il ressemble à l’homme que j’aurais aimé être . Je crois que j’aurais fait un bon médecin aussi. J’aimais ça. J’étais proche des gens. J’aurais pu être utile. Et puis, le destin en a voulu autrement »

Ces propos sont-ils extraits de documents ou pure fiction ?

Jean-Michel Guenassia : Les propos de Guevara sont inventés. On ne connait aucun texte de lui équivalent. Par contre, je me suis inspiré de l’extraordinaire biographie de Pierre Kalfon (Points) et des différents textes que Régis Debray a écrit sur lui pour saisir ce personnage si complexe et intéressant

AE «  Quand un révolutionnaire n’a pas la chance de mourir jeune, il finit obligatoirement dictateur et bourreau (…) A un moment, le courage consiste à s’arrêter et à passer à autre chose » affirme Ernesto G. N’est-ce pas précisément le revirement que Joseph Kaplan a réalisé ?

Jean-Michel Guenassia : L’idée surtout était d’opposer un héros anonyme (Joseph) et un héros malgré lui (Guevara) mais surtout Guevara va découvrir en Joseph l’homme qu’il aurait voulu être.

AE : Carlos Gardel [NDLR : « la voix du tango »]  c’est votre madeleine de Proust musicale ?  

 Jean-Michel Guenassia : Pas vraiment mais pour ce roman j’ai beaucoup écouté Gardel et Piazolla (et beaucoup d’autres aussi j’écris en musique)

04 septembre 2012

L'école 100 % humour

l_ecole_01.jpgTant qu'à céder à la rentrée scolaire - le choix ne se pose guère -  autant le faire avec humour, voire avec liesse...

C'est ce que nous propose Christophe Besse, illustrateur de d'ouvrages pour la jeunesse - à son actif, plus d'une centaine d'ouvrages parus chez Casterman, Hachette, Gallimard, Grasset Milan, Nathan, ... - en un ouvrage pétri de situations aussi cocasses que vraisemblables.

Conjuguant dessins, esquisses et textes en un joyeux équilibre  "BD",  l'auteur promène le lecteur à travers les classes, désespérantes, les cantines, tout aussi affolantes, excursions scolaires....affriolantes et réunions de parents criantes ..de vécu.

Idéal pour booster le moral d'un directeur en peine de rentrée..

AE

L'école 100 % humour, Christophe Besse, Ed. Cherche-midi, 30 août 2012, 144 pp, 14,9 €

01 septembre 2012

Nous étions faits pour être heureux

cvt_Nous-etions-faits-pour-etre-heureux_4444.jpeg"C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, précieuse, perde son harmonie et sa valeur."

A ceci près qu'un rien, c'est quelque chose.

Sans cela, Serge, brillant sexagénaire, doté d'une belle, aimante et jeune femme, Lucie, de deux bambins adorables, Théo et Chloé, d'une situation aisée - il est agent immobilier - et de migraines effroyables, n'aurait pas remarqué Suzanne,  narratrice, quadragénaire un peu fanée, accordant sa vie à celle d'Antoine, son mari et à ces pianos dont elle restitue l'harmonie.

Car, et c'est sans doute, la clé.. de voûte de ce roman, subtil, complexe, "olmien" dans toute son ampleur, la vie est une partition dont il faut (tenter de)  trouver le juste accord.

Charles Gounod et son Air de Valentin ("Avant de quitter ces lieux...", Faust), Franz Liszt et sa célèbre sonate en Si mineur (un penchant perso pour  l'interprétation de Georges Cziffra...) impriment à une lecture déjà riche de sens, de parfums et de couleurs, une atmosphère particulière, émouvante, attachante.

Passerelle d'un retour sur enfance d'un homme qui s'est trompé d'octave, Suzanne se donne à Serge, voit son couple voler en éclats-  "Je ne lui ai pas dit que ma vie avait été sauvée, et perdue, grâce à lui." - mesurant par le biais des confidences dont elle est la dépositaire, le mystère et l'imperfection cruelle de leur relation amoureuse. 

" Je suis cette femme qui se retourne et s'en va.Se perd pour la première  fois. Dans son propre quartier. Je marche, et les rues que je laisse derrière moi s'écroulent en silence."

Apolline Elter

 Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi, roman, Albin Michel, août 2012,  230 pp, 18 €

 

Billet de faveur

AE : «  Nous étions faits pour être libres, nous étions faits pour être heureux », le poème de Louis Aragon ( « Un homme passe sous la fenêtre et chante ») consacre l’échec de la jeunesse, votre roman, une culpabilité enfantine insidieuse et destructrice, un drame de la filiation. La vie est-elle une musique dont la partition s’écrit de l’encre indélébile de l’enfance ?

Véronique Olmi : L'enfance est fondatrice, mais nous pouvons dépasser, adultes, les traumatismes et les blessures qui y sont parfois liés. Ainsi, nous ne serons pas victimes, mais conscients et agissants. Bien sûr, cela est possible si nous ne nous mentons pas à nous-mêmes, si nous acceptons d'être lucides, ce qui n'est pas simple.  

 AE : Une figure émerge, lentement, parmi les protagonistes du roman : celle de Lucie, l’épouse de Serge, jeune, belle, aimante ; comblée de deux enfants et d’un mari fortuné qui n’entend rien lui refuser. Elle semble lisse, heureuse, lumineuse, soucieuse d’accorder son humeur à celle de son mari…une vraie icône des années soixante. Dans la souffrance, elle fait front, honnête et digne car elle ne triche pas. Cette pureté la rapproche de Suzanne, sa rivale,… une propension au sacrifice, aussi ?

Véronique Olmi: J'espère qu’aucune des deux ne se sacrifient. Ce sont des femmes libres. Chacune quitte son mari, tout de même ! Elles ne sont simplement jamais dans l’aigreur ou la mesquinerie, elles souffrent mais sans être rivales, elles sont trop intelligentes pour ça.

AE : Acteur majeur de l’histoire, le piano lie de ses cordes – et nœuds - tous les personnages du roman. Son clavier symbolise la vie et cette musique que chacun tente de (se) composer. Jouez-vous de cet instrument?


Véronique Olmi: J'aimerais bien. Mais non. Hélas. Je l’écoute, beaucoup, il m’accompagne, mais je suis toujours sur le fauteuil de l’auditrice, jamais sur le tabouret de piano !