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26 janvier 2015

Lire, disait-il ..

" Les autres on les croise toujours de trop loin, c'est pourquoi les livres sont là. Les livres, c'est l'antidote à cette distance, au moins dans un livre on accède à ces êtres irrémédiablement manqués dans la vie, ces intangibles auxquels on n'aura jamais parlé, mais qui, pour peu de se plonger dans leur histoire, nous livreront tout de leur plus intimes ressorts, lire, c'est plonger au coeur d'inconnus dont on percevra la plus infime rumination de leur détresse. Lire, c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous de n'être que soi." 

L'écrivain national, Serge Joncour, roman, éd. Flammarion, août 2014, 390 pp

12 décembre 2014

Trente-six chandelles

 Un incipit qui vous met l'eau à la bouche et vous rappelle le rendez-vous de demain en la librairie Colophon, à Grignan

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"On a beau essayer de prévoir l'imprévisible, l'intempestif survient au plus mauvais moment: je m'apprêtais à mourir.

   Décéder fait partie de ces moments intimes qui supportent assez mal les témoins importuns."

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, roman, Ed. du Rouergue (coll. brune), août 2014, 288 pp

cOlOphOn

LIBRAIRIE-EDITIONS-TYPOGRAPHIE-PEDAGOGIE

3 PLACE SAINT-LOUIS MAISON DU BAILLI 26230 GRIGNAN

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MAISON SERIEUSE FONDEE DEPUIS UN BON MOMENT

 

02 décembre 2014

Chant furieux

 " Si Zidane parle un idiome fantôme, ce doit être une langue serpentine, comme l'italique d'un choeur inconnu, l'alphabet d'un cracheur de feu à rimes dansantes et quilles vernies. Le ballon bondit entre talons et semelles comme une boule de flipper entre les butoirs. Zidane suit une ligne brisée. La balle zigzague sous ses genoux et fuse d'un crampon sur l'autre sans se laisser deviner. Le ballon fait des z petits et des Z grands entre l'avant et l'arrière de ses souliers. Zidane impose au ballon une trajectoire au modèle de ses initiales."

Chant furieux, Philippe Bordas, roman, août 2014, 482 pp

29 novembre 2014

Karpathia

 Il est de tradition de considérer l'attribution du Prix Interallié comme conclusion de la période des grands prix littéraires.

Soit. 

Primoromancier, neurobiochimiste de formation, Souabe (Danube)  par ascendance maternelle,  le lauréat 2014, Mathias Menegoz (46 ans) renoue, visiblement heureux,  avec la tradition des grands romans du XIX e siècle. Et la magie opère car la langue nette,  soignée, farcie de descriptions analytiques et très évocatrices, est soutenue d'une tension impeccable. On pourrait juste lui reprocher un certain bavardage, un nombre de pages porté à 697... ce qui est tout de même  un peu long.

L'argument.

Années 1830:

Désireux de reprendre possession du domaine familial de Korvanya (Transsylvanie), le comte Alexander Korvanyi quitte l'armée et Vienne, avec sa jeune et toute fraîche  épouse, Cara von  Ampecht.  Ils y parviennent au terme d'un voyage de 16 jours.

Géré par l'intendant Lanffy, le domaine comprend un château noir, abandonné depuis une cinquantaine d'années (1784). Korvanyi se rétablit  souverain d'un fief encore pleinement géré sur le mode féodal médiéval.   

Tandis que le couple organise une grandiose Jadgfest, invitant pour plusieurs jours, toute la noblesse chassant des environs, il se voit rapidement confronté aux haines et querelles radicales des factions valaques, magyares et saxonnes des serfs.  L'épopée se double alors d'une investigation sociétale.

" La robustesse des hiérarchies locales apparaissait dans le maintien instinctif de la séparation des nobles et des serviteurs, des officiers et des soldats, même dans les circonstances tragiques. Seuls les morts étaient alignés sans ordre au dehors et nul ne pouvait songer à s'inspirer de cette égalité-là."

Et d'une réflexion psychologique  diffuse sur la construction d'un couple.

"Enfin, Cara et Alexander étaient, à ce moment, également intoxiqués par l'intensité que les événements et la lutte partagée donnaient à leurs amours. Ils étaient enivrés par l'impression de n'avoir jamais été si proches alors qu'ils ne faisaient que se raccrocher l'un à l'autre."

Karpathia, Mathias Menegoz, roman, Editions P.O.L, août 2014, 697 pp

14 novembre 2014

Les grands prix littéraires de novembre

agenda.jpgNovembre résonne d'automne et des grands prix littéraires.

Nous vous avons  présenté Lydie Salvayre, le week-end précédant l'attribution de son Goncourt ( de circonstances)

 

  Avec Charlotte (Ed. Gallimard) , David Foenkinos inaugurait, le 21 août, nos chroniques de la rentrée littéraire  Il s'est vu attribuer le Prix Renaudot : nous n'en attendions pas moins. 

Rendez-vous, dès  mercredi 19 novembre, sur votre blog préféré pour une revue séquentielle et critique des autres grands prix littéraires (Académie, Médicis,  Nobel et Femina) . Elle ouvre notre  2e cycle de présentation de l'actualité littéraire et des tables rondes intra/extra muros du Pavillon de la Littérature.

 

07 novembre 2014

Prix Renaudot 2014

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Notre chronique paraissait, en ce blog, le 21 août, jour de la sortie de l'ouvrage  en librairie: 

http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2014/06/24/charlotte-8221482.html

Jour choisi par  David Foenkinos pour une visite d'hommage au musée juif d'Amsterdam où sont exposées de nombreuses gouaches de la peintre berlinoise.

Porté depuis huit ans par une fascination mâtinée d'admiration pour l'artiste que fut Charlotte Salamon, David Foenkinos voit dans l'heureuse attribution du prix Renaudot l'occasion d'un regain d'intérêt à son égard.  Une exposition est prévue  qui verra le jour, dans quelques mois, dans le Sud de la France.

Je vous engage à écouter le bel entretien que l'écrivain accordait, il y a peu, à son lecteur fidèle, attentif et ami qu'est Brice Depasse, au micro de Radio Nostalgie : http://www.nostalgie.be/emissions/pop-culture/david-foenk...

Et à retrouver, sur le blog du Pavillon, les chroniques relatives aux Prix littéraires de novembre, dès le 19 de ce mois

AE

04 novembre 2014

Le roi disait que j'étais diable

téléchargement.jpg" Aliénor d'Aquitaine a vécu plus de quatre-vingts ans. Ce roman couvre la première partie de sa vie, depuis son mariage avec Louis VII (elle a treize ans jusqu'à son divorce, quinze ans plus tard. J'ai pris le parti de considérer ces quinze années comme celles  de l'ennui, de l'impatience, de la maturation jusqu'à cette reine qu'Aliénor deviendra aux côtés d'Henri Plantagenêt"

Qui mieux que l'auteur peut nous camper le propos, celui d'un roman à deux voix - et même trois vers la fin tandis que Raymond de Poitiers, seigneur d'Antioche prend la parole - celle d'Aliénor, la narratrice et la voix intérieure de  Louis VII qui s'adresse à elle.

Dotée d'un tempérament de feu, de colère, partant de guerre, la jeune Aliénor éprouve d'emblée une sorte de répulsion pour son frais mari, frais monté sur le trône royal : 

"Mon avenir se tient là, pâle et languide dans un écoeurant parfum de menthe. Car la vérité m'apparaît: je vais épouser un moine".

Epris autant qu'effrayé, fasciné par la personnalité de son épouse, le  roi comprend d'emblée qu'il a fini la partie avant même que de la commencer : " On ne marie pas impunément le pouvoir et l'innocence."

Enlevée à ses terres d'Aquitaine et ses chères forêts, la toute jeune fille découvre le Nord, Paris, "Plus grouillante que Bordeaux et Poitiers réunis" , la méfiance voire l'hostilité de certains courtisans. Elle introduit à la cour poésie, chants, musique ainsi que quelques usages de luxe et de liberté.Elle corrompt le Roi dans son rapport à l'Eglise, dans son intégrité même, dans son humanité: "Je hais cet attirail de clémence et de bouche tordue qui usurpe le trône."  La" calamiteuse croisade" de Damas aura raison de leur union: le 21 mars 1152 le couple obtient l'annulation de son mariage pour raison de consanguinité . Aliénor épouse alors , le 18 mai de cette même année, Henri Plantagenêt , à Poitiers .

Une lecture recommandée qui révèle un souffle épique maïtrisé.

Le roi disait que j'étais diable,  Clara Dupont-Monod, roman, Ed. Grasset, août 2014, 240 pp, 18 €

02 novembre 2014

Pas pleurer

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"Après maintes péripéties, elle finit par échouer dans un village du Languedoc, où elle dut apprendre une nouvelle langue (à laquelle elle fit subir un certain nombre d'outrages) et de nouvelles façons de vivre et de se comporter, pas pleurer."

 

Pas pleurer, Lydia Salvayre, roman, Ed. du Seuil, août 2014, 288 pp

01 novembre 2014

Pas pleurer

salvayre.jpg" Aujourd'hui elle est vieille, le visage ridé, le corps décrépit, la démarche égarée, vacillante, mais une jeunesse dans le regard que l'évocation de l'Espagne de 36 ravive d'une lumière que je ne lui avais jamais vue"

Elle, c'est "Montse", la maman de la narratrice - de Lydie Salvayre ...- toute jeune au moment de la Guerre civile espagnole.

Souffrant de troubles de la mémoire, elle retrouve, intacts, ses souvenirs de l'époque, sa condition de "mauvaise pauvre", soeur de Josep, un "rouge et noir"  et un début d'ascension sociale par son  mariage avec Diego Burgos. Elle les transmet à sa fille, dans un très personnel sabir hispano-français qui rythme et colore le récit. 

"J'écoute ma mère et je lis Les Grands Cimetières sous la lune, {...). J'y consacre, depuis quelques mois, la presque totalité de mes jours."

Sa relation, un peu décalée face à la réalité sanglante de l'époque est présentée, en contrepoint de l'indignation de Georges Bernanos tandis  il découvre les exactions commises par la nationalistes, avec le soutien  de sa chère Eglise catholique.  De cette colère naîtra son célèbre pamphlet,"Grands cimetières sous la lune" rédigé à son retour en France.

Une intéressante mise en perspective d'une histoire de famille, dans la Grande Histoire.

"La mort. La mort. La mort. A perte de vue la mort."

Un récit frappé de présent et de cette poétique particulière, vivante,  riche et féconde, de l'écriture de Lydie Salvayre.

Pas pleurer, Lydia Salvayre, roman, Ed. du Seuil, août 2014, 288 pp

31 octobre 2014

Une soirée d'exception

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Rencontre et lectures d'exception - A ne pas manquer : 

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26 octobre 2014

L'amour et les forêts

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"J'ai eu envie de connaître Bénédicte Ombredanne en découvrant sa première lettre: c'était une lettre dont la ferveur se nuançait de traits d'humour, des deux pages m'ont ému et fait sourire, elles étaient aussi très bien écrites, c'est un alliage suffisamment rare pour qu'il m'ait immédiatement accroché."

L'amour et les forêts, Eric Reinhardt, roman, Ed. Gallimard, août 2014, 367 pp

25 octobre 2014

L'amour et les forêts

l-amour-et-les-forets-504078.jpg"Quand, dans dix ans, on évoquera devant moi le printemps 2006, ce ne sera pas comme des accords plaqués sur un harmonium, mais plutôt comme les grandes orgues de Notre-Dame. Le 9 mars 2006, entre treize heures et dix-neuf heures, l'apothéose de ma jeunesse."

Persécutée par un mari pathologiquement possessif, Bénédicte Ombredanne vit avec Christian, rencontré au hasard d'une recherche sur un site de rencontres, une après-midi  en tout point fabuleuse.La réintégration du foyer conjugal n'en est que plus infernale, la pousse à se confier à un écrivain dont la lecture lui fait du bien, un certain...Eric Reinhardt.

Fusionnant les témoignages édifiants de lectrices, victimes de harcèlement conjugal, en un tableau effroyable de torture psychologique, Eric Reinhardt se (con) fond dans la peau d' un narrateur aussi interdit qu'impuissant face à la tragédie intime qu'il découvre lentement. Dans le même temps, il interroge son propre processus d'écriture;

"Si bien que ce roman, je n'en puis plus douter maintenant qu'il est fini, est un peu comme un tombereau monumental, majestueux, en pierre de taille (et magnifique, diront certains) , le tombeau de celui que j'ai été durant deux ans et demi et qui doutait de lui au point d'en mourir."

Une écriture dense, précise au phrasé par moment, incontestablement  proustien.

Il pourrait lui valoir un beau prix de cette fin d'année..

AE 

L'amour et les forêts, Eric Reinhardt, roman, Ed. Gallimard, août 2014, 367 pp 

 

23 octobre 2014

Jacob, Jacob

 

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"(...) ils disent d'où ils viennent, ils ne savent pas où ils vont, ils jouent à être des soldats fringants, mais la chaleur sous la bâche les alourdit et leur impose le silence qui a déjà gagné ceux qui se taisent, ceux qui savent qu'ici n'est pas leur place, pas parmi ces jeunes gens , pas dans l'armée, qu'elle soit française ou non , mais ils ont honte même de le penser, ils rouleront plusieurs heures entre le ciel et les rochers, dans un paysage désolé qui les assigne à leur solitude nouvelle."

Tel est le sort que partage Jacob Melki, jeune Juif de Constantine. Agé de 19 ans, il est enrôlé dans l'armée française, en cet été de 1944 qui suit le débarquement des Américains en Normandie.Enlevé à sa mère Rachel dont il est le dernier, tant aimé  et à une famille écrasée sous le despotisme  d'Haïm, le patriarche, Jacob entend libérer cette France dont il admire la culture.

Fresque lumineuse d'un certain pan de la Libération, du déracinement, du choc des cultures et des attentes avortées, le roman de Valérie Zenatti nous fait vibrer d'empathie, au diapason d'un phrasé harmonieusement cadencé.

Une écriture magistrale.

AE

Jacob, Jacob,  Valérie Zenatti, roman, Ed. de l'Olivier, août 2014, 166 pp

19 octobre 2014

Aphorisme freudien et ...épistolier

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"Un rêve non interprété est comme une lettre qui n'aurait pas été ouverte."

 

Un secret de Freud, Eliette Abécassis, roman, Ed. Flammarion, août 2014, 196 pp, 18 €

18 octobre 2014

Un secret du docteur Freud

 

Vienne, 1938

S'il enjoint ses disciples, membres de la Société psychanalytique de Vienne, à fuir les méfaits du nazisme qui déjà fait rage dans la capitale autrichienne, le célèbre psychanalyste répugne à faire de même.

Il est pourtant grand temps: dépêché par les nazis, le "Kommissar" Anton Sauerwald opère une perquisition en son domicile, avec pour ambition marquée de le confondre d'un placement de fonds à l'étranger, délit majeur dans le chef des Juifs.

Pressé par l'amitié que lui porte la Princesse Mathilde Bonaparte, l'une de ses patientes, et les fonds qu'elle met à sa disposition pour lui permettre de gagner la France, accablé des horribles douleurs que suscite son cancer de la mâchoire et ses opérations répétées,  Sigmund Freud redoute par dessus tout que soit révélée au grand jour la raison de la brusque interruption de son amitié avec le docteur Wilhem Fliess et,  partant, le secret enfoui dans l'abondante  correspondance qu'il lui a adressée, primordiale pour la connaissance du génie de la psychanalyse.

"(...) les missives qu'il lui avait adressées ne contenaient pas seulement de longs échanges théoriques par lesquels il construisait son oeuvre et sa méthode, elles cachaient également des secrets. Des révélations intimes, des confidences, des confessions - de celles qu'on ne fait à personne. Même pas à sa femme. Même pas à soi-même."

Si elle habille de fiction les dialogues, l'accès aux pensées intimes de Freud, Eliette Abécassis nous ouvre une percée claire et passionnante sur sa biographie, son entourage et quelques concepts-clefs de ses théorie et pratique psychanalytiques. Elle nous révèle surtout - le point est primordial pour un blog comme le nôtre - la passion épistolaire du grand homme.

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Un secret de Freud, Eliette Abécassis, roman, Ed. Flammarion, août 2014, 196 pp, 18 €

Billet de faveur

AE : L’amitié, la relation épistolaire sont au cœur de ce superbe roman.  Un débat, aussi, celui de savoir si la lettre est propriété de celui qui l’écrit ou de celui qui la reçoit.  Quelle est votre position à ce sujet, Eliette Abécassis ? 

Eliette Abécassis : C'est tout le problème. Surtout quand il s'agit d'un homme de la stature de Sigmund Freud, dont les écrits ont marqué l'histoire de l'humanité. Je crois que ses lettres lui appartiennent intimement, et en même temps, elles appartiennent au patrimoine de l'humanité. C'est quelque chose qui lui échappe, comme son génie. Mais ses secrets lui appartiennent. C'est la part romanesque de ce roman.

AE : votre maman, Janine Abécassis, enseigne la psychanalyse.  Quelle part a-t-elle pris dans l’élaboration de ce récit? 

Eliette Abécassis : Une grande part. Elle est à l'origine de ce roman. D'une certaine façon, elle en est aussi la destinataire. Elle m'a beaucoup aidé concernant la documentation. Elle m'a initiée à Freud dès mon plus jeune âge. Elle le connaît intimement, comme s'il était un personnage de la famille. Elle le fait vivre à mes yeux. C'est une grande psychanalyste et une grande psychologue qui m'a beaucoup inspirée pour écrire ce roman et qui m'a captivée depuis toujours par sa passion pour Freud, les enfants et la psychothérapie. En plus d'être une excellente clinicienne, elle est aussi un professeur d'université qui  a marqué ses élèves par la qualité de son enseignement et de ses recherches.Dans ce roman, je lui rends hommage. 

 

 

15 octobre 2014

Il bouge encore

" Seul dans son silence, Antoine ploie sous cette existence à reconstruire, sous le poids de ce qu'il doit accomplir pour retrouver l'ancrage qui était le sien dans la société, il ploie parce qu'il n'a pas envie. Pas envie de retrouver du travail, pas envie de tout recommencer, pas envie de courir encore après un prestige de pacotille. Pas envie. Le visage calé dans sa main droite, il considère ses erreurs de jugement, ses égarements, ses emportements, il soupèse dix ans, dix ans et le vide étourdissant."

 Cadre jeune, dynamique, Antoine perd son job et les repères d'une réussite insolente, par trop focalisée sur les aspects matériels , les poncifs d'une vie réglée d'avance.  Il décide peu à peu de rompre avec ce schéma existentiel et la vie de couple toute tracée qu'il mène aux côtés de Mélanie:  

" Empêtrée dans une vie professionnelle chronophage, conditionnée par un esprit revanchard, obsédée par un idéal de vie aussi médiocre que fantasmagorique, Mélanie s'absout de tout."

Subtile radioscopie d'un conformisme de vie, des réflexes qui l'emprisonnent et de l'insidieux effritement d'un couple, le roman de Jennifer Murzeau  - le deuxième de sa plume - affiche une vraie maîtrise d'écriture: il allie oralité, style indirect et celui de l'écrit en un cocktail savoureux, bien négocié, tragi-comique, délicieusement rythmé.

Une belle révélation.

 AE

Il bouge encore, Jennifer Murzeau, roman, Ed. Robert Laffont, août 2014, 256 pp

14 octobre 2014

Voyageur malgré lui

De séjour à New York durant l'été 2012, la narratrice se prend d'intérêt et de fascination pour le cas d' Albert Dadas (1860-1907) , un " fou fugueur", atteint, en d'autres termes, de "dromomanie", pathologie qui se manifeste par  des "poussées de marches", un constant, irrépressible besoin de se déplacer, de voyager. 

L'investigation la mène rapidement à évoquer son père, exilé du Vietnam à Paris, dans les années 60. Ingénieur informatique, père modèle et aimant,  il a vu périr, en son pays, sa proche famille, père, grand-père et même fratrie. Il a enfoui toutes ses images en lui, n'offrant aux siens que le silence dans lequel il veut enfermer ses souvenirs. De son métier, enregistreuse de sons, Line, la narratrice, tente de décoder le silence paternel, de le faire parler.

Reviennent à la surface des souvenirs de toute une vie, d'une jeunesse malmenée par les conflits incessants qui secouent le Vietnam de l'époque, depuis la fin de la domination française d'Indochine, jusqu'à la chute de Saïgon en 1975.

 Récit d'exils successifs et de la quête d'identité  et du "chez moi" corollaires,  le roman de  Minh Tran Huy résonne comme un vibrant hommage au destin de son propre père.

"L'impression née de ce premier voyage ne m'a jamais quittée: par la suite, je me suis demandé si mon père, enfant réfugié, parent pauvre, étudiant étranger, travailleur expatrié, touriste en son propre pays, s'était jamais senti à sa place quelque part."

Voyageur malgré lui, Minh Tran Huy, roman, Ed. Flammarion, août 2014, 240 pp

12 octobre 2014

Trente-six chandelles

 

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Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. Plus le temps passe, plus on est ligoté, bâillonné, serré dans une gangue. Incapable de bouger, de parler.

D'exister."

 

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, roman, Ed. du Rouergue (coll. brune), août 2014, 288 pp

11 octobre 2014

Trente-six chandelles

 

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Les romans de Marie-Sabine Roger ont un petit air de fête. On sait qu'on y trouvera ce cocktail délicieux d'humour, de tendresse et de fantaisie. Ce loufoque mâtiné de vraie convivialité humaine.  Réjouissez-vous chers visiteurs, vous ne serez pas déçus...

" Dans ma famille paternelle non seulement les garçons (un exemplaire unique à chaque génération) sont affligés d'une espérance de vie de serf pestiféré au coeur du Moyen Age, mais leurs prénoms commencent par "Mor", de la même façon que les prénoms de leurs soeurs , s'il y en a, commencent par "Vi"."

Tel est le  destin de Mortimer Decime, le narrateur: issu d'une lignée d'hommes tous morts à 11 heures, le jour de leur 36e anniversaire, il se prépare d'entrée de narration à cette funeste échéance. Pour ce faire, il a revêtu son plus beau costume, mis en ordre tous ses papiers, vidé son frigo et mis un terme à son bail d'appartement. Il est fin prêt à croiser... sa fin.

Analysant, avec une jubilation confondante, toutes les facettes d'un tel déterminisme  - si l'on connaît la date de son décès, on est forcément invincible, avant ! - la romancière nous régale. Elle pimente son propos de métaphores acrobatiques, images inédites et tellement éloquentes.

Un souffle d'air frais, espiègle et tendre.

On en redemande

Apolline Elter 

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, roman, Ed. du Rouergue (coll. brune), août 2014, 288 pp

 Billet de faveur

AE: votre héros, le narrateur, est programmé pour mourir à 36 ans. Vous pensez que ce serait une bonne chose de connaître l'heure exact de notre trépas?

Marie-Sabine Roger: Je pense que ce serait une chose réjouissante si la date annoncée était très lointaine, mais que la situation tendrait à devenir de plus en plus inconfortable au fur et à mesure qu’on se rapprocherait de la date butoir! (Sans jeu de mots, ou bien avec - comme vous préférez). A moins, bien entendu, d’avoir une solide force morale, et une grande sérénité, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde.

Notre étrange condition d’humain boitille entre une certitude : nous allons mourir, et une ignorance : nous ne savons pas quand. 

En attendant le jour fatidique, nous avons à cœur de faire comme si de rien n’était. C'est légitime, car si le passé est passé, le futur, par définition, n’existe pas encore ... Ce qui fait de notre existence une succession d’instants présents, durant lesquels nous pouvons tout à fait nous prétendre immortels.

Vu sous cet angle là, mourir semble un peu plus vivable, non?  

 

AE: votre langue est vivante, votre style très imagé. Il est rythmé çà et là, d'alexandrins discrets.

Tel " Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. "  en qui résonnent les célèbres vers du « Sonnet des correspondances » :

"La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles"

Vous avez conscience de cet aspect étonnamment  "baudelérien" de votre plume? 

 Marie-Sabine Roger: "Baudelérien", comme vous y allez ! C’est un très bel hommage, en tout cas. Complètement immérité, sans aucun doute, mais j’en suis tout de même ravie.  

Lorsque j’étais jeune (hier, donc), j’ai commencé par écrire des poèmes, comme beaucoup d’adolescents. 

J’en ai gardé une tendance à travailler « à l’oreille », à jouer avec les rimes, les cadences, surtout dans mes albums jeunesse. Mais je glisse parfois sournoisement quelques alexandrins - ou des octosyllabes - dans mes romans et mes nouvelles, aussi. Mine de rien. 

Je ne recherche pas cette écriture, elle est naturelle. Il a même fallu que je me discipline, pour ne pas me laisser déborder constamment par cette musique qui, de légère, aurait fini par devenir omniprésente, lancinante, et peut-être un peu… somnifère? 

 

27 septembre 2014

La nuit de Bombay

 

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"Loumia et moi avions failli devenir des amies. Mais l'histoire restait incomplète. Il me semblait que je devais repartir à sa rencontre, parcourir le chemin que nous ne ferions pas ensemble. Retracer sa courte existence comme une revanche sur le néant, sur le chaos, sur la terreur. Sur l'absurdité de sa mort. Combattre la violence par les mots, la seule arme que je veux connaître."

Michèle Fitoussi est à Pondichéry, dans le Sud-Est de l'Inde, le 26 novembre 2008. Elle s'apprête à rejoindre à Bombay,  Loumia Hiridjee, la fougueuse et  pétillante co-fondatrice de Princesse tam.tam, célèbre enseigne de lingerie féminine. Les événements en décident autrement: Loumia et son mari, Mourad Amarsy,  périssent ce soir-là, dans un des attentats qui mettent la ville à feu et à sang.

Répartis en cinq lieux mythiques de la cité bombayite, les luxueux hôtel Taj Mahal Palace et Oberoi, la Chhatrapati Shivaji Terminus plus communément appelée gare CST, le  très branché café Léopold  et l'accueillante Nariman House, ouverte -notamment- aux hôtes juifs, dix terroristes pakistanais issus de l'organisation Lashkar -e-Taiba (de la mouvance d'Al-Qaida) vont causer la mort- violente et barbare -  de 165 innocents, blesser plus de 300 personnes, suscitant  pagaille et déroute policière.

Investie d’ un devoir de mémoire, d'une amitié tragiquement avortée, la journaliste entame une longue quête auprès de la famille Hiridjee,  de Shama, la soeur complice, co-fondatrice de l'enseigne précitée, des amis et collaborateurs de Loumia, un pèlerinage parmi ses ports d’attache, pour restituer dans sa vérité, son éclat et sa contagieuse sympathie,  la personnalité d'une  femme aussi survoltée qu'attachante. Une épouse aimante, maman de trois jeunes enfants au moment des événements. En parallèle, Michèle Fitoussi opère une enquête méthodique pour connaître le vrai enjeu des attentats : le ressentiment meurtrier issu de la Partition délétère de l’Inde et du Pakistan lors de l'été 1947. 

Pétri de sobriété, d'intégrité intellectuelle et d'un sens aigu, bienveillant,  de l'introspection, le récit se lit d'une traite tant coule fluide la plume de l'écrivain.

 Le livre - événement de la rentrée.

Saisissant d'effroi, d’empathie,  d'amitié.

Apolline Elter

La nuit de Bombay, Michèle Fitoussi, récit, éditions Fayard/Versilio, sept.2014, 340 pp

Billet de ferveur

AE: Michèle Fitoussi, par ce récit vrai, sobre et vivant, vous opérez un poignant, merveilleux  hommage d'amitié à une femme enthousiaste, chaleureuse , que nous avons tous envie de rencontrer. Ses chers enfants, Naeem, Ilana et Rayane, tout jeunes au moment des événements ont aussitôt été adoptés  par leur tante Shama. Ont-ils lu La Nuit de Bombay ? Est-ce pour eux, en partie, que vous avez opéré ce devoir de mémoire? 

Michèle Fitoussi:  Dés 2010,  moment où j’ai conçu l’idée du projet et suis venue en parler à Shama , j’ai souvent rencontré  les enfants.

 Je les ai vus grandir, évoluer. 

Tout de suite Shama m’a dit,  et je la cite à la fin du livre, «  je voudrais ranger ce livre dans un coffre fort et le ressortir quand Rayane aura 18 ans, pour qu’il sache qui étaient ses parents »

Je n’ai pas écrit ce livre pour eux  mais je m’étais fixé une ligne de conduite : ne rien écrire qui  puisse les heurter ou les blesser. Ils étaient au courant de ce que je faisais, cela les intéressait beaucoup. Quand j’allais  chez eux discuter avec Shama ou avec ses fils, Michaël et Kevin, leurs cousins, ils venaient me parler. 

Je me suis tout de suite prise d’affection pour eux , ce sont des enfants sensibles, intelligents, très bien élevés. 

Quand j’ai fini la première version du livre, je l’ai fait lire à Shama et à ses fils.

 Naeem et Ilana, les ainés, ont alors manifesté le désir de me parler de leurs parents. Shama était d’accord, alors   je les ai vus tous les deux , séparément. Ils ont dix-sept ans et quinze ans et sont trés mûrs pour leur âge. C’était trés émouvant pour moi, même si aujourd’hui ils réussissent à mettre une certaine distance entre la tragédie et eux. 

Ils ont lu le livre et en sont trés touchés.  Pour eux, faire revivre leurs parents est un cadeau. 

 

Michèle Fitoussi était l'invitée du déjeuner littéraire de rentrée de L'Eventail. Il avait lieu dans le téléchargement.jpgsalon asiatique du Cercle de Lorraine (Bxl), en présence d'une quarantaine de lecteurs.  Affable et passionnante, la journaliste se prêta sans compter au jeu de questions-réponses, prolongations d'une lecture mémorable. Un moment vrai et d'exception. Vous en retrouverez le reportage-photographique en notre édition de décembre.

 Pour l'heure, je vous en propose un aperçu apéritif, sur le site de L'Eventail   http://www.eventail.be/art-culture/litterature/item/803-dejeuner-litteraire-la-nuit-de-bombay

Il serait dommage de s'arrêter en si bon chemin, l'aventure de La nuit de Bombay ne fait que commencer..

C'est avec conviction que je relaie cette très belle invitation, promesse d'une rencontre riche, chaleureuse et émouvante: 

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22 septembre 2014

Première neige sur le mont Fuji

" -Aujourd'hui... nous sommes le 22 septembre? 

- Oui, demain, c'est l'équinoxe, au coeur de l'automne.

- Je me demande s'il neige sur le Fuji chaque année au même moment. S'il s'agit bien de la première neige..."

Recueil de six nouvelles, publié à l'occasion de l'exposition qui se tient, en ce moment à la Maison de la Culture du Japon * , orchestré par Cécile Sakai, traductrice et spécialiste de l'oeuvre du Prix Nobel de Littérature (1968), l'ouvrage déploie quelques tonalités de la riche palette littéraire de Kawabata.

*Yasunari Kawabata et la « beauté du Japon » - tradition et modernisme

Exposition

Du mardi 16 septembre au vendredi 31 octobre
http://www.mcjp.fr/francais

20 septembre 2014

Dans les yeux des autres

 

  "Si l'on scrutait l'âme d'Anna, on découvrirait la naïveté de celle qui n'a pas compris que le temps passe pour de bon, et l'optimisme terrifiant qui jette les êtres par-dessus les balustrades"

C'est bien d'âme, de quête existentielle qu'il agit, dans ce nouveau roman de Geneviève Brisac. Un roman douloureux - " Nous sommes devenus des épines dans les yeux des autres " s'écriait la poétesse Rosa Ausländer- dense, cocasse et même féroce par moments, ample et magistral sur toute sa longueur.

"Tapie dans un coin de mon âme, j'écris ce journal pour me souvenir de tout

Réunies par un même élan altruiste,  communiste, communautaire, deux soeurs, Anna et Molly voient la vie - et leur mère, l'excentrique, délétère Mélini-  lézarder peu à peu l'édifice de leur affection.   Si Molly, la fille préférée, a choisi la médecine pour déployer, pragmatique, son altruisme, Anna a privilégié   la voie de l'écriture - et le pseudo de Deborah  Fox -   écho de ces carnets dans lesquels elle consignait événements et impressions. Proclamée pour un temps, écrivain à succès, elle a déserté  l'écriture.

"Et a coulé comme une brique"

 Hébergée par sa soeur, dévouée, Anna vit une sorte de dépression, dont elle émerge lentement en relisant ses carnets d'antan.  Elle revit l'idéal de sa jeunesse, ses amours, le séjour au Mexique qui se conclut sur l'emprisonnement de son compagnon, Marek Meursault, et quelques scènes cruelles et désopilantes aux côtés de sa mère.

Peu à peu se met en place le retour à l'écriture, celui d'un roman, "Dans les yeux des autres" ..

Apolline Elter

Dans les yeux des autres, Geneviève Brisac, roman, Editions de l'Olivier, août 2014, 306 pp

Billet de faveur

AE : Marek Meursault – patronyme camusien…-  le compagnon de jeunesse d’Anna, voit, dans l’enfermement carcéral la possibilité de se réaliser, de faire une œuvre existentielle ; il semblerait qu’Anna ne puisse sortir de sa propre prison mentale que par le biais de l’écriture. Une façon de réaliser la prophétie de Meursault ?

 Geneviève Brisac : La littérature se nourrit de sa mythologie, dont elle est indissociable. J'ai grandi baignée par la légende innombrable des humiliés et des offensés, de  Villon à Hugo, ou Apollinaire, Pavese ou Morante,   forcément du côté des perdants, des fragiles, des vulnérables.

  Pour en venir à Meursault, qui est aussi, à une lettre près, le nom du héros du Premier Homme de Camus, croyez-moi ou non, c'est une étiquette de Bourgogne qui m'a inspirée. Pourtant, la première pièce dans laquelle j'ai joué, c'était Les Justes, du même Camus, une histoire de révolutionnaires confrontés à des problèmes moraux. Ce fut donc un choix inconscient. Mais dès que j'ai écrit ce nom, j'ai su que c'était le bon.

 Vous évoquez la prison dont il parle beaucoup, mais tous les artistes, au cours des siècles passés, comme les humanistes, les rebelles, tous ceux et celles qui pensent qu'on n'est pas sur la terre pour rester les bras croisés à accepter l'inacceptable, ont su que la prison était un horizon vraisemblable. Et cela reste vrai sur les trois quarts de la planète.

 On écrit parce qu'on baigne dans le fleuve immense des livres. Et de même que Boulgakhov réécrit Faust ou Le Roman de Molière, de même que Vassili Grossman réécrit Guerre et Paix, que Cynthia  Ozick réécrit Henry James, Doris Lessing, quand elle écrit Le Carnet d'or, fait explicitement référence à Joyce en nommant ses deux héroïnes Anna et Molly. Je reprends le flambeau où elle l'a laissé.  Pourquoi?

Parce que cela s'impose à mes yeux: Dans Le Carnet d'or, Doris Lessing interroge la crise politique et la crise littéraire traversées par son héroïne et met en oeuvre sa reconstruction à travers la réécriture de son destin. Cela méritait d'être retenté.

Comme dit Virginia Woolf, une autre de ces artistes à qui je dois tant, Il nous faut des ainées qui nous tendent la main et nous donnent confiance. Cette confiance tellement essentielle à l'art.  

 Vous vous souvenez sans doute de ce film, Nos meilleures années, de Marco Tullio Giordana. Comme ce cinéaste, j'ai voulu raconter une époque que l'on a caricaturée, moquée, et j'ai voulu le faire à ma manière, celle d'une fille devenue femme. La révolution a toujours été racontée par ses héros masculins. Les femmes étaient là, elles se sont tues. Or, comme le dit encore Virginia Woolf, Il y a différentes manières d'appréhender les mêmes faits.

Cependant je ne parlerai pas de désillusion, plutôt de fidélité à des espoirs: espoir de justice, espoir de liberté, espoir de solidarité, espoir de gaité- la si belle riscossa-  sans cette fidélité à ce qu'elle a de meilleur, l'humanité régresse et s'abêtit. La barbarie n'est jamais très loin. Cela s'est vu.

Ca rate toujours? Certes, et alors? N'est ce pas le propre de l'humain de toujours reprendre l'ouvrage. C'est la vie même, et la civilisation. Y croire, mettre ses convictions et sa fierté au -dessus des conformismes ou des intérêts. Une nouvelle génération arrive, rebelle, joyeuse, insolente, solidaire.Vulnérable et consciente de l'être.   Et trouve, maints exemples en témoignent, comme Occupy wall street, que le monde est de plus en plus irrespirable, inhabitable, et que ce n'est pas une fatalité.

 

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Geneviève Brisac ouvrira la saison des rencontres de la Librairie Point-Virgule, à Namur, le mercredi 1er octobre à 20 heures

L'entretien sera riche, je peux déjà vous l'affirmer

Renseignements et inscriptions: 

Librairie
Point Virgule

   

Rue Lelièvre, 1 B-5000 Namur | Tél. : +32(0)81 22 79 37 | info@librairiepointvirgule.be
Du lundi au samedi de 9h30 à 18h30

18 septembre 2014

Le manteau de Greta Garbo

Le manteau de Greta Garbo 

"Le manteau de Greta Garbo que j'avais acheté était large lui aussi. Surtout dans le dos, comme une cape. Une cape de super-héroïne, la cape de Fantômette, une cape comme un grande aile d'oiseau greffée au corps humain sur le dos et qui le métamorphosait en chimère. J'adorais porter le manteau de Garbo, j'avais toujours conscience qu'elle l'avait choisi, que ce manteau était le sien."

L'acquisition, en décembre 2012, du manteau rouge de la célèbre actrice hollywoodienne lors d'une vente publique de sa garde-robe - une façon  de la faire mourir une seconde fois -  invite la narratrice à se plonger dans la vie de Greta Garbo (1905-1990) , la complexité de son tempérament  et le mythe de la solitude érigé autour d'elle.

Accumulant les robes, qu'elle ne portait pas, leur préférant le pantalon,  Greta Garbo passe la seconde moitié de sa vie, avec pour seule ambition,  l'invisibilité. 

L'occasion pour Nelly Kaprièlan de s'interroger, façon Jean-Claude Kaufmann, sur la fonction du vêtement, la psychanalyse de son port, rempart d'une intimité qu'on oppose au monde.

Elle voulait en faire un essai, elle l'a changé en roman..  

Le propos est intéressant quoiqu'un peu ..décousu.

AE

 

Le manteau de Greta Garbo, Nelly Kaprièlan, roman, Ed. Grasset, sept. 2014, 286 p

16 septembre 2014

Merci pour ce moment

"Je dois tourner la page. Chaque jour je tiens bon en me citant cette magnifique phrase de Tahar Ben Jelloun que je connais par coeur: "Le silence de l'être aimé est un crime tranquille"

Tandis que la rentrée littéraire se déploie sagement, survient un livre, témoignage de vie, d'amour-passion délétère et déçu, qui suscite engouement, curiosité, perplexité et lynchage médiatique. Nous l'avons lu, pour vous, pour nous, pour nous faire une idée et avouons-le, cerner la personnalité ambigüe de François Hollande.

Autopsie d'un amour - fou - et d'une liaison de 9 ans, chronologiquement établie entre le  jeudi 14 avril 2005, jour du fameux "baiser de Limoges" et le samedi 25 janvier 2014,  qui d'un communiqué officiel de « 18 mots glacés » annonçait la fin de la vie que partageait le chef de l'Etat avec Valérie Trierwieler, le récit de la journaliste a des accents indéniables de sincérité. La sobriété du style, son côté factuel rend crédible le propos mais il outrepasse le devoir de réserve attaché à sa fonction d'ex-Première Dame et à l'exercice même de la fonction présidentielle.  

Propension presque maladive au mensonge, fourberie, lâcheté masculine, froideur, insensibilité., cynisme.. entachent le portrait de François Hollande dans toutes ses relations; le mépris foncier qu'elle lui prête vis-à-vis de la pauvreté - songeons au fameux passage des "sans dents" relayé en boucle par  la presse - scie l'édifice de son action politique.

Elle n'avait pas le droit. Tout simplement.

"Il m'est apparu comme une évidence que la seule manière de reprendre le contrôle de ma vie était de la raconter." 

Et à la fois, on peut comprendre que minée par cette relation, dont elle impute l'enfer, la destruction à l'élection présidentielle de François Hollande, elle éprouve le besoin - cathartique - de mettre les faits à plats, d'humaniser un  autoportrait, fameusement malmené. Méchanceté de certains membres de son entourage, calomnies, trahisons répétées semblent avoir eu raison de sa réserve. Cécilia Attias répondait au même besoin, qui publiait, fin 2013, Une envie de vérité (billet de faveur en vitrine du blog); elle le fit avec une élégance innée et un total respect pour l'homme politique qu'est Nicolas Sarkozy.

Puisse cette relation des faits libérer totalement Valérie Trierwieler et lui permettre de magnifier cette humanité qui se dégage de son récit, son amour pour ses trois fils, son respect pour Denis Trierwieler, son deuxième mari dont elle garde le patronyme, pour la famille, modeste et digne dont elle est issue, et une générosité qui ne demande qu'à se déployer. 

" Je reconnaîtrais l'odeur de la poussière des livres qui ne sont pas sortis des rayonnages depuis des lustres. Elle est là ma madeleine de Proust, il est là, mon parfum d'enfance."

Puisse-t-elle se donner pleinement au goût de la lecture, dont elle nous offre de belles, intéressantes chroniques dans Paris-Match.

Puisse ce récit - et c'est sûrement un de ses desseins - mettre en garde la jolie Julie contre certains serments d'hypocrite.. puisque Valérie Trierwieler affirme qu'à l'heure où elle écrit ces lignes, elle est harcelée de textos repentis, amoureux de son ex-compagnon..

AE

Merci pour ce moment, Valérie Trierweiler, témoignage, Ed. Arène, sept 2014, 320 pp

 

 

 

14 septembre 2014

Le règne du vivant

 

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"La Terre ancienne se rappelle à nous à travers cette espèce qui l'a connue. Ma liesse est intérieure, étouffée par l'éblouissement et la crainte d'effrayer le groupe des nageuses. Un banc d'animaux est monté respirer. Ils s'ébattent sous nos yeux. Leurs jets vaporeux fusent dans l'air blanc (...) Pouvons-nous vraiment être cette génération qui cherche dans l'univers la moindre trace de vie et en laisse disparaître la forme géante sur la Terre? "

 Le règne du vivant, Alice Ferney, roman, Ed. Actes Sud, août 2014, 206 p

 

13 septembre 2014

Le règne du vivant

 

Quelle place devons-nous réserver au règne animal, quels droits lui conférer? 

C'est un débat écologique que pose et merveilleusement propose Alice Ferney, en son nouvel opus de la rentrée.

Intrigué par le (mauvais) procès fait à Magnus Wallace, activiste écologiste déterminé, Gérald Asmussen, un reporter photographe norvégien, entreprend à ses côtés une expédition antarctique à bord de l'Arrowhead, en vue d'arraisonner des baleiniers frauduleux. Ce faisant, il nous livre des descriptions d'une beauté majeure - on peut compter sur la plume d'Alice Ferney - en même temps que le récit d'exactions effroyables.

" Mais le film avait rangé la beauté pour en venir à la cruauté. Une furie de capturer, de tuer, d'engranger, habitait les hommes. On devait la révéler. On pouvait rendre les gens malades devant la mise à mort de cette grosse bête inoffensive. Il suffisait de montrer comment elle crie, saigne, s'asphyxie, met si longtemps à mourir"

Une lecture recommandée

AE

 Le règne du vivant, Alice Ferney, roman, Ed. Actes Sud, août 2014

11 septembre 2014

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage

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" Il se peut que je sois un homme vide de contenu, pensait Tsukuru. Il y a néanmoins des gens qui m'approchent, au moins temporairement. Comme des oiseaux de nuit solitaires en quête d'un lieu sûr et désert, sous les toits, où ils pourront se reposer durant la journée Ces oiseaux-là se sentent bien dans un espace vide, peu éclairé, très silencieux. Donc Tsukuru devait peut-être se réjouir de son vide" 

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Haruki  Murakami, roman traduit du japonais par Hélène Morita, Ed. Belfond, sept. 2014 ,384 pp

10 septembre 2014

Joseph

" Les mains de Joseph sont posées à plat sur ses cuisses. Elles ont l'air d'avoir une vie propre et sont parcourus de menus trésaillements. (...) Joseph tourne le dos à la télévision. Ses pieds sont immobiles et parallèles dans les pantoufles à carreaux verts et bleu marine achetées au Casino chez la Cécile"

D'Incipit, le ton est donné, l'ambiance, campée: Joseph, ouvrier agricole, dans une ferme du Cantal, passe en un film doux, brave  et  sobre, le déroulé de quelque soixante ans de vie, d'un amour avorté, d'addiction à la boisson, de deuils, et de soirées-TV, passées avec ses patrons : "..on ne la regardait pas forcément, on l'entendait, on était tous les trois dans son bruit, des images apparaissaient, disparaissaient, en fortes couleurs qui circulaient dans la pièce autour des corps, on était traversé par elles, on attrapait des morceaux, on sentait que le monde était vaste autour de la ferme et de ce pays tout petit dans lequel on aurait vécu."

Un roman de portrait et d'ambiance..

Nourri de touches et de retouches..

AE

Joseph, Marie-Hélène Lafon, roman, Ed. Buchet-Chasterl, août 2014, 144 pp

04 septembre 2014

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage

Parution-événement ce jeudi 4 septembre : 9782714456878.jpg

Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort."

L'incipit est incisif, le ton est donné: exclu inopinément d'un quintet d'amis très liés - cinq condisciples d'un lycée proche de Nagoya - Tsukuru, le seul dont le patronyme ne mentionne pas de couleur, vit la médiocrité d'un être irréprochable. Et surtout, l'incompréhension face à son éviction l'enferme au fil des ans dans une solitude que conforte sa difficulté à nouer de vraies relations.

Il a  désormais 36 ans.Architecte, il peut assouvir sa passion pour les gares en surveillant leur bon état d'entretien. S'ébauche une relation avec Sara Kimoto, une trentenaire sincèrement éprise, qui l'oblige - enfin-  à revenir sur son passé, à comprendre les raisons de son exclusion afin de surmonter  le blocage et les dommages existentiels que celle-ci a générés.

" J'avais peut-être peur d'aimer une femme sérieusement, qu'elle me devienne indispensable. Peur qu'un beau jour, soudain, sans aucun  préavis, elle disparaisse, je ne sais où, et que je me retrouve seul en fin de compte.

Il part à la recherche de ses anciens amis, soutenu en sa quête par l'interprétation par Lazar Berman des Années de pèlerinage de Frantz Liszt.

Changeant d'atmosphère et de ton  après ses célèbres  1Q84, Haruki Murakami offre à notre lecture un roman initiatique, d'introspection, sobre et terriblement attachant.

Une lecture recommandée

Apolline Elter 

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Haruki  Murakami, roman traduit du japonais par Hélène Morita, Ed. Belfond, sept. 2014 ,384 pp

03 septembre 2014

Oona & Salinger

 

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 Un prénom & un patronyme, celui d'Oona O'Neill, quatrième épouse de Charlie Chaplin associé, le temps d'une courte idylle, à celui de Jerry D. Salinger - Jérôme David Salinger- l'auteur de L'attrape-coeurs, écrivain préféré de Frédéric Beigbeder.

Optant pour le mode "faction", relation de faits avérés mâtinée d'éléments  fictionnels, l'écrivain français lie son propre récit de vie à celui de ses protagonistes.Partant, il s'invite au gré des pages et des chapitres, compare subtilement les destinées  et révèle une pratique aigüe de la littérature américaine du XXe siècle, "Génération perdue" et après-guerre confondues.

"Nous sommes face à face, et je les contemple, malgré les soixante-dix années qui me séparent de cette soirée de l'été 1941, malgré l'Atlantique,  malgré leur mort,  je les vois se tourner autour et s'embrasser comme s'ils croquaient des fruits mûrs, gorgés de sève... S'embrasser et se disputer, tel est le secret du bonheur. " Love is a touch and yet not a touch.

De la rencontre coup de foudre de 1940 au Stork Club où Oona, "Glamour girl"  se produit avec deux filles à Papa fortunées, la courte et chaste idylle interrompue pour fait d'enrôlement de Jerry à la guerre et de mariage d'Oona , en 1943,  à l'entrevue de 1980,  le narrateur chronique toutes les étapes de  leurs destinées antipodiques,  irréconciliables, ponctuant le récit de missives reconstituées.

Eprise de Charlie Chaplin, de 36 ans son ainé, Oona lui donne huit enfants, mène vie aisée  et sombre à son décès dans la dépression et l'alcool.

Profondément affecté, psychiquement détruit  par la guerre et la découverte d'exactions horribles JD Salinger consacre  son reste d'âme  à l'écriture.

"Salinger et Oona, c'est une histoire d'amour courtois. Chaplin et Oona, c'est le mariage le plus réussi que je connaisse. La vie parfaite, c'est d'avoir vécu les deux, comme Oona." 

A l'intérêt littéraire d'une plume et d'un rythme de récit maîtrisés, Frédéric Begbeider ajoute à cette lecture - recommandée -  un indéniable attrait documentaire, une percée parallèle sur son propre destin amoureux et son mariage récent avec Lara Micheli.

Apolline Elter

Oona & Salinger, Frédéric Beigbeder, roman, Ed. Bernard Grasset, août 2014, 336 pp