18 avril 2012
La force du gentil
C'est sous ce titre - un peu paradoxal - que Marie-Eve Malouines entreprend d'esquisser le portrait d'un homme politique pour le moins, énigmatique.
" Le preux chevalier s'est aguerri. Il ne se montre plus aussi crédule. S'est-il transformé en parfait courtisan, cynique et dissimulé? Il est sans doute excessif d'imaginer que François Hollande soit passé d'un extrême à l'autre. Le candide a perdu de son innocence, mais il n'est pas devenu immoral pour autant."
Traçant les parcours familial, scolaire et politique du candidat socialiste à l'élection présidentielle, Marie-Eve Malouines s'emploie à démontrer l'humour, le sens de la répartie et la consensualité à tout crin d'un homme "qui ne se reconnaît dans aucun modèle unique"
Taxé de "sucre qui se dissout dans l'eau" par un Nicolas Sarkozy à l'évidence moins soluble, l'énarque Hollande pourrait bien faire figure de Rastignac à l'ambition longuement dissimulée sous un faciès de gentillesse et de simplicité.
Le "gentil filleul" de Jacques Delors, fin décodeur de la pensée jospinienne gravira-t-il,en vainqueur, les marches de l'Elysée? Le mystère reste, lui aussi, entier...;
" François Hollande ressemble à ces chats qui reviennent sans cesse se lover dans les coussins d'un fauteuil interdit, il impose sa volonté à force d'insistance, de sourires et d'obstination."
" La force peut-elle être gentille? La force doit-elle être gentille?
Pour la première fois en France, un prétendant à la plus haute responsabilité politique pose l'enjeu de la présidentielle en ces termes inattendus.
Incongrue, bienvenue ou mal fichue, l'équation dépasse le seul terrain politique. Cette audace constitue à la fois la faiblesse et la force de François Hollande."
Paradoxal, vous disais-je...
Apolline Elter
François Hollande ou la force du gentil, Marie-Eve Malouines,essai, JC Lattès, février 2012, 198 pp, 15 €
08:54 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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17 avril 2012
La demoiselle des tic-tac

" Je croyais en la puissance de notre Führer. Je le trouvais piètre écrivain, je n'approuvais pas toutes ses idées mais je lui faisais confiance. Qui mieux que lui pouvait nous protéger? Or l'idée que les Amis viennent de si loin pour aider les Français et les Anglais à nous voler notre chère Lothringen m'angoissait"
Réfugiée, seule, dans la cave d'une maison lorraine détruite en 1944, par les bombardements alliés, Rosy, 14 ans, tente de survivre, resassant les souvenirs d'une très courte enfance ....
Peu à peu, elle s'affranchit de l'estime inconditionnelle que Mutti, sa mère, voue au Führer.
"J'ai fabriqué d'autres torches avec les pages de Mein Kampf, mais j'ai gardé celles où M. Hitler parle de la mort de sa mère. C'est la seule douleur que nous partagerons jamais. Mutti aurait soulevé la maison pierre après pierre pour me retrouver, ne serait-ce que pour s'assurer que je deviendrais la secrétaire de notre Fûhrer..."
Exercice subtil que de sonder la délicate position des Lorrains et des Alsaciens vis-à-vis de l'Occupant, de la France et d'un passé fait de revirements incessants. Nathalie Hug s"y emploie avec talent.
AE
La demoiselle des tic-tac, Nathalie Hug, roman, Calmann-Lévy, mars 2012, 200 pp, 15 €
06:27 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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15 avril 2012
Les petits mouchoirs

Notre 'High Tea' de ce dimanche vous aiguillera vers le spectacle d'un DVD....
Ils sont un goupe de copains, unis par les petits plaisirs de la vie et la perspective des vacances annuelles, chez Véronique (Valérie Bonneton) et Max Cantara (François Cluzet) , dans leur propriété du Bassin d'Arcachon..
Ebranlé par l'accident de moto de Ludo (Jean Dujardin), le groupe décide de maintenir néanmoins le programme des vacances, confiant de retrouver Ludo en meilleure forme à la rentrée. Défiguré (grâce à un maquillage impressionnant) Ludo devra se contenter de quelque (rare) soutien téléphonique ou visite, réconforté à la pensée que le groupe l'associe -à distance - à ses joyeuses tablées.
Radioscopie subtile, incisive - en un mot remarquable - des limites de l'amitié, le film de Guillaume Canet campe la psychologie de trentenaires, engloutis dans les soucis de leurs vies affectives respectives. Il bénéficie d'un casting choisi, d'une crédibilité imparable: Marion Cotillard, François Cluzet, Gilles Lellouche, Valérie Bonneton, Benoît Magimel, Pascale Arbillot, Laurent Lafitte, Louise Monot.. . Une mention pour Jean-Louis, (Joël Dupuch) , qui telle l'église au milieu du village, incarne la sincérité d'amitié que le groupe n'arrive pas à exprimer..
AE
Les petits mouchoirs ( 2010) - un film de Guillaume Canet, disponible en DVD
17:00 Écrit par Apolline Elter dans High Tea dominical, IDées-VD, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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08 avril 2012
Perles de la littérature

Notre High Tea de ce dimanche pascal se ravira de quelques Perles de la Littérature:
" L'intr
oduction accidentelle d'une impureté dans un coquillage est à l'origine de la formation des perles. Dans la nacre d'une oeuvre littéraire, un grain d'étourderie, une goutte d'inadvertance donneront également naissance à une perle."
Sont-elles savoureuses ces incongruités langagières (pléonasmes, catachrèses..) que l'on découvre sous la plume des plus grands écrivains. Etoffant l'ouvrage de feu Pierre Ferran de quelques récoltes personnelles, David Jacob opère un parcours de la Littérature sous un angle légèrement décoiffant..
A Victor Hugo qui "applaudit des deux mains" ert admire "commes les Belges parlent flamand en français et Jules Goncourt qui espère serrer la main de vive voix s'ajoutent Stendhal et sa fameuse "lettre anonyme signée Gordon", une princesse, précédée de sa suite, des gardes du corps qui n'ont ni armes à feu, ni l'idée de s'en sevir...
Et un sublime Cid (Pierre Corneille) :
"Son flanc était ouvert; et, pour mieux m"émouvoir,
Son sang dans la poussière écrivait mon devoir."
AE
Perles de la Littérature, Pierre Ferran, Dominique Jacob, recueil, 132 pp, 5,99 €
17:00 Écrit par Apolline Elter dans Evénements littéraires, High Tea dominical, Infusions, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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07 avril 2012
Versailles. Château de la France et orgueil des rois
Paru dans la prodigieuse collection des Découvertes Gallimard (en association avec la Réunion des Musées nationaux) l'opus de Claire Constans, conservateur général honoraire du Patrimoine, restitue à merveille et avec force illustrations la genèse d'un palais magnifique, issu de la transformation d'un pavillon de chasse.
Malgré les pressions de son entourage, Colbert et consorts et du simple bon sens, Louis XIV refuse de raser le pavillon de chasse hérité de son père.
"Piquant "à l'infortuné Fouquet, le trio de choc qui fit la gloire de Vaux-le-Vicomte, à savoir Louis Le Vau, Charles Le Brun et André Le Nôtre, le jeune souverain, émancipé de la tutelle de Mazarin, se lance dans un chantier d'agrandissement, grandiose, irraisonnable, féérique, ..qui mettra plus de vingt ans, de constructions, décorations, aménagements, tatonnements, recommencements..
"Mais comment supposer que Versailles soit le fruit d'une longue préméditation, quand modifications, improvisations, ou à-peu-près sont si présents dans les documents du temps? Louis XIV ne se fixe dans sa chambre qu'en 1701 "
S'il décide dès 1675 d'y installer sa Cour, Louis XIV ne s'établit à Versailles qu'en 1682 et vit encore dans la pleine confusion d'un chantier inachevé.
Présentant les différentes étapes de l'édification du site, selon un mode à la fois chronologique et thématique, Claire Constans rétablit, dans sa perspective historique, l'incarnation d'un rêve de grandeur et de l'orgueil d'une nation.
AE
Versailles. Château de France et orgueil des rois, Claire Constans, Découvertes Gallimard / Réunion des musées nationaux- 2009 (1er dépôt légal 1989), 160pp
06:59 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter, Vie parisienne | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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05 avril 2012
Jean-Jacques Rousseau en verve
Facétie des agendas ..les sympathiques éditions Horay publiaient, ce 28 mars , d'un conjoint mouvement, les mots, propos et aphorismes de personnalités aussi peu amies que Voltaire - voir notre chronique d'hier - et Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)....
C'est qu'il n'y a pas meilleure façon de célébrer le tricentenaire de la naissance d'un "..matricide, dévoreur précoce de livres, adepte de la fessée, exhibitionniste, inventeur d'un nouveau code musical, auteur d'opéra, tarentule morale , père dénaturé, pédagogue, relaps, malade imaginaire incontinent, copiste de musique,rêveur solitaire, amoureux transi, misogyne, paranoïaque adepte de la théorie du complot, herboriste, citoyen, voyageur, exilé, pourfendeur du théâtre, Arménien de pacotille, ..." mais aussi et surtout du génial "inventeur du Moi-je" , "philosophe et antiphilosophe immense et révolutionnaire".
Complexes, prolixes, provocantes.. nourries à la devise de la vérité ( le fameux Vitam impendere vito), les sentences recueillies et classées par Grégoire Prat sont terrains de réflexion, enjeux d'oppositions musclées. Rien de meilleur pour la santé!
Et à travers elles, se dégage le portrait d'un être incandescent:
"Le repos et la liberté me paraissent incompatibles: il faut opter"
" Je ne puis méditer qu'en marchant; sitôt que je m'arrête, je ne pense plus, et ma tête ne va qu'avec mes pieds"
"Les femmes ne sont pas faites pour courir; quand elles fuient, c'est pour être atteintes"
" Je ne redirai jamais assez que la bonne éducation doit être négative.Empêchez les vices de naître, vous aurez assez fait pour la vertu."
« Je hais les livres ; ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas »
"Je ne suis ni assez fou, ni assez sage pour avoir raison"
A méditer (et rétorquer), vous certifié-je..
AE
Jean-Jacques Rousseau en verve - Mots, propos, aphorismes, réunis par Grégoire Prat, Ed. Horay, 28 mars 2012, 120 pp, 7,7 €
06:42 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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04 avril 2012
Voltaire en verve
" Depuis plus de deux siècles, ses combats restent d'une actualité brûlante. Aujourd'hui -plus que jamais - il faut lire et relire Voltaire. Un ouvrage de Voltaire dans une bibliothèque est une arme contre la bêtise, un rempart contre l'ignorance. Plus que jamais, l'oeuvre de Voltaire est un phare, un signe de reconnaissance, une petite lueur de Raison dans un océan d'obscurantisme. C'est à nous à veiller à ce qu'elle ne s'éteigne pas."
Rassemblant les propos, bons mots et aphorismes d'un François-Marie Arouët (1694-1778) dit Voltaire, décidément très en verve, David Alliot nous offre, en guise de mise-en-bouche, un florilège de réflexions de l'écrivain, philosophe éclairé du Siècle des Lumières. Classées thématiquement, elles alimenteront, outre nos conversations, notre carnet de citations et les sujets de quelques dissertations...
A savoir:
"Protégez-moi de mes amis, les ennemis, je m'en charge" (à Ferney)
" La vertu s'avilit à se justifier"
" Les calomniateurs sont comme le vieux qui noircit le bois vert, ne pouvant le brûler.""Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer"
Sans oublier, ces "vérités" (?) criantes d'actualité:
"Qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux"
"Gouverne qui peut; et quand on est parvenu à être le maître, on gouverne comme on peut."
" Le grand homme d'Etat est celui dont il reste de grands monuments utiles à la patrie"
"Ce n'est point une pénétration supérieure qui fait les hommes d'Etat, c'est leur caractère."
Pas de doute, en cet avril d'électoral, l'ami Voltaire aurait eu grand mal à se taire:
"Les Français ne sont pas faits pour la liberté: ils en abuseraient."
Voltaire en verve - Mots, propos, aphorismes - Présentation et choix, David Alliot, éd. Horay, mars 2012, 130 pp, 7,7 €
AE
06:49 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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03 avril 2012
Perles de librairies
Les éditions Horay ont frappé fort, en cette fin du mois de mars, égrénant quatre publications, au collier de collections décidément bien sympathiques.....Nous vous les dévoilerons,perle par perle, au menu de cette semaine (pré-) pascale:
En guise de mise en bouche, quelques savoureuses Perles de librairies, rassemblées par David Alliot, au départ des demandes des clients, lapsus et approximations incongrues et des réponses des libraires, qui ne le sont pas moins ...
Les mémoires d'une jeune fille rangée se font "Souvenirs d'une jeune fille oubliée' "Les Trois contes de Flaubert", le Journal d'Anne Franck, "La métamorphose de Carcasse" ... manquent de mention d'auteur, tandis que les" Lésions dangereuses"(Choderlos de Laclos) "Sadique" (Voltaire) "Bécassine" (Racine) se disputent la vedette avec un Le Rouge et le Noir, stendhalien souhaité en achat différé:
"Je voudrais Le Rouge et le Noir de Stendhal, mais aujourd'hui, je ne vais prendre que le rouge.."
Les libraires ne sont pas en reste qui rétorquent à qui cherche Madame de Sévigné, qui "le dernier prix Nobel", que la première "ne travaille pas ici" et que, pour le second "il y a très peu de chances que je le reçoive un jour"
Quand les libraires rient...
AE
Perles de librairies, David Alliot, recueil, éd. Horay, 28 mars 2012, 142 pp, 5,99 €
06:17 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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31 mars 2012
Et puis Paulette
Y avait Fer(di)nand, Y a Marceline, Y avait Hortense , Guy et Simone, Y avait Muriel, Kim , les Lulus...et puis Paulette...
Pris dans l'engrenage d'une humanité généreuse, Ferdinand voit peu à peu sa ferme se (re) peupler d'une série improbable de prochains: il y a d'abord Marceline, la voisine, qu'il propose d'héberger le temps que sa maison soit réparée, il y a les soeurs Lumière, Hortense et Simone, ravies de partager un quotidien devenu terne avec l'éclatante jeunesse de Muriel, l'infirmière et de Kim, le dernier pensionnaire. Sans oublier Guy, le vieil ami devenu veuf, les "Lulus", ses petit-fils ..et puis Paulette.
Tout ce petit monde vit en belle intelligence
Plaisant plaidoyer d'une vie intergénérationnelle harmonieuse à laquelle notre société paraît aspirer de plus en plus, le roman de Barbara Constantine revêt un savoureux petit air d" 'Ensemble c'est tout"
Ce n'est pas nous qui nous en plaindrons.
AE
Et puis Paulette, Barbara Constantine, roman, Calmann-Lévy, janvier 2012, 314 pp, 15,5 €
07:15 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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29 mars 2012
Une vie sans gluten
" Malgré le chemin parcouru, je redoute toujours d'être invitée à dîner chez des amis. Si la bêtise de certains invités me surprend, c'est la méchanceté gratuite qui m'ébahit le plus. Peut-être qu'elle laisse entrevoir certains aspects de la nature humaine que je préférerais ne pas voir."
Radioscopie de la maladie coeliaque, caractérisée par une intolérance vitale au gluten, le témoignage de Delphine de Turckheim offre aux malades qui en sont porteurs - 1 personne sur 250 serait atteinte de la maladie sans le savoir nécessairement - mais aussi à leur entourage, les pistes utiles à sa compréhension.
Si Delphine de Turckheim doit à une famille aimante et attentive, ainsi qu'à un pédiatre perspicace et obstiné de pouvoir mener aujourd'hui une vie normale et heureuse, elle n'oublie pas le parcours du combattant qui l'attendait au berceau. Séjours à l'hôpital, incompréhension de médecins, jugements expéditifs sur une sélectivité alimentaire qualifiée de caprice, développement d'une dermatite sans doute liée à une réalité "dure à avaler" ont jalonné une jeunesse dont elle partage l'expérience avec simplicité et générosité. Recettes, conseils pratiques, liste des aliments à éviter..concluent un ouvrage, en tout point intéressant, fondamentalement optimiste.
Mannequin, animatrice - TV, Delphine de Turckheim est aussi marraine de l'AFDIAG - Association française des intolérants au gluten.
AE
Une vie sans gluten, Delphine de Turckheim, témoignage, Ed. Tchou, coll." Le corps à vivre", mars 2012, 140 pp
06:47 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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27 mars 2012
Les veilleurs de chagrin
" A présent, je me découvre comme un palimpseste. A la façon des moines du Moyen Age, nos parents nous ont inscrit d'autres textes sur un parchemin recouvert d'un récit bien plus ancien. Notre histoire commune est là, mais dessous, dans l'épaisseur du support, un message antérieur existe toujours, nous n'en savions rien mais il palpite comme un coeur dans un corps."
Tandis que sa mère est internée dans une maison de soin médicalisée, la narratrice rejoint une mission d'anthropologues, au Kosovo, chargés d'exhumer de nombreux corps des charniers et de déterminer les circonstances de leur décès. Un travail de reconstitution qui lui permet de reconstruire sa propre vie, allégée des strates qui lui furent néfastes.
" J'ai creusé avec ma pioche, ma truelle, ma souffrance, ma peur, pour dégager cette forme indéterminée qui m'enferme; je l'ai déchirée au scalpel. J'ai mal à moi, à eux, j'ai mal, mais ma bouche tremble du désir de vivre."
Entrecoupé de séances d'analyse, nourri d'une réflexion profonde sur le sens de la vie, du déclin mental, de la mort et des "deuils blancs " qu'il faut opérer, le deuxième roman de Nicole Roland (Kosaburo 1945 - Actes Sud, 2011 - Prix Première 2011), inscrit douleur et douceur au coeur d'une écriture belle et confirmée.
AE
Les veilleurs de chagrin, Nicole Roland, roman, Actes Sud, janvier 2012, 232 pp, 18,9 €
05:20 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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24 mars 2012
Une collection très particulière

"Oui, je le dis: combiner du Laspallières, c'est être un écrivain. C'est dans cet esprit qu'il a conçu son oeuvre: comme une bibliothèque ouverte où les hommes de bonne volonté peuvent puiser pour écrire, dès lors qu'ils ont du courage, du caractère et un peu de talent."
Retrouvant son cher Pierre Gould - le héros récurrent des Contes carnivores - le narrateur est invité à découvrir les sections de son étrange bibliothèque: les ouvrages écrits par des amnésiques côtoient ceux qui tuent le lecteur, le font mourir d'ennui, lui insufflent de l'énergie, exigent un dress code, se prêtent, en vraies gigognes à une infinité de lectures et ceux qui se sont vus renier par leurs auteurs, ou dont le contenu s'évapore, faute d'être consulté.
Nouvelles, fables, allégorie de l'écriture, les chapitres consacrés à la littérature et son absurdité jubilatoire sont coupés des récits de découvertes de villes imaginaires - ville-miroir, ville soporifique, hypermnésique... - et de travers de société pour le moins déconcertants: échangisme...d'identité, multiplication de celles-ci, rajeunissements intempestifs, ....
Renouant avec la veine drôlissime des "Contes carnivores" (Le Seuil 2008 - Prix Rossel) et celle d'un Petit Prince, en voyage en Absurdie, l'écrivain belge - il enseigne le Droit à Dijon - mène à son comble, avec une rigueur cartésienne, la logique de raisonnements loufoques.
Quiriny rime avec… génie.
Apolline Elter
Une collection très particulière, Bernard Quiriny, nouvelles, 186 pp, 17 €
Prolongation de lecture:
AE, Bernard Quiriny, la visite de la bibliothèque de Pierre Gould dévoile une série important e de pistes de romans. C’est le côté « gigogne » d’Une collection très particulière ?
Bernard Quiriny : D’une certaine manière, oui : ce livre possède un côté « malle aux trésors », ainsi qu’un côté Rubik’s Cube. Mais je crois que les faux romans inventoriés par Gould sont destinés à demeurer à l’état imaginaire. A moins qu’un auteur désoeuvré ne veuille les écrire…
AE : Enrique Vila –Matas avait signé la préface des Contes carnivores. Est-il meilleur hommage que d’évoquer La Lecture assassine, « un livre qui tue ses lecteurs. »
Bernard Quiriny : Non seulement il m’avait fait l’honneur de préfacer « Contes carnivores », mais il m’a cité dans son « Journal Volubile ». La moindre des choses était de l’inclure à mon tour dans ce livre, comme je l’avais déjà fait dans « L’Angoisse… ». Disons que c’est une sorte de correspondance implicite transportée par livres.
AE : Un écrivain a-t-il toujours besoin d’un « caillou dans sa chaussure pour le faire boiter » ?
Bernard Quiriny : Je n’en suis pas sûr. C’est une théorie de Gould, mais elle ne me convainc qu’à moitié. Personnellement, le moindre caillou dans ma chaussure aurait tendance à me paralyser. Ce qui me permet, pour une fois, de n’être pas d’accord avec lui.
09:09 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22 mars 2012
La métamorphose de Sarkozy
Bilan pour le moins documenté du quinquennat présidentiel, l'essai de Bruno Dive met en exergue les maladresses et les faux pas qui ont émaillé le mandat sans mettre en doute la sincérité, le courage et la franchise..impulsive de "l'hyper-président".
Savoureux "zoom" de la cuisine interne du pouvoir, de relations, tensions, formules, bons mots et anecdotes croustillantes, La métamorphose de Sarkozy, traque les constantes du caractère - bouillant - de Nicolas Sarkozy en même temps que les révolutions internes que l'expérience lui impose: le mariage avec Carla Bruni l'attire vers une vie plus calme, des soirées retirées à regarder des DVD en leur home-cinéma, la cohabitation avec François Fillon l'amène à enfin conférer un semblant de place à ce dernier tandis que les relations avec la chancelière allemande Angela Merkel virent au beau fixe, après une incompréhension initiale assez nébuleuse.
"Fillon a découvert que, quand on est loyal, on peut tout dire à Sarkozy explique un conseiller élyséen."
Kafkaïen en son titre, légèrement infantilisant en son portrait du président, l'ouvrage de Bruno Dive dissèque les faits, paroles et gestes d'un personnage attachant et marquant, que les Français se plaisent tellement à critiquer, qu'ils ne pourraient peut-être pas s'en passer.
AE
La métamorphose de Sarkozy, Bruno Dive, essai, Editions Jacob-Duvernet, janvier 2012, 262 pp, 18,9 e
06:18 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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21 mars 2012
Conan Doyle contre Sherlock Holmes
" Tout va très bien. J'en suis au milieu de la dernière histoire de Holmes, après quoi ce gentleman disparaîtra pour ne jamais revenir! Je suis fatigué de son nom et de sa réputation!"
Contrairement à ce qu'affirme Arthur Conan Doyle (1839-1930) dans une lettre à sa mère, datée du 6 avril 1693, on ne se débarrasse pas si aisément d'un héros aussi encombrant, que Sherlock Holmes ...
Les lecteurs sont là qui ne peuvent souffrir la disparition du célèbre détective. Scotland Yard s'adresse à Conan Doyle pour résoudre des enquêtes complexes. Ce dernier doit donc se ...résoudre à le ressusciter et répondre d'une identité confondue avec la sienne. A la longue, c'est agaçant, surtout que l'écrivain a écrit nombre ouvrages qu'il voudrait également produire sur le devant de la scène.
Personnage haut en couleurs, médecin, sportif, aventurier, visionnaire, travailleur acharné, passionné d'histoire, défenseur des causes nobles, l'écrivain eut , lui aussi, une vie des plus remplies. Emmanuel Le Bret nous la trace en tous points, détaillant avec clarté, les relations établies avec les personnages de ses romans, Sherlock H., particulièrement.
Avec, en filigranes, le portrait d'une Angleterre victorienne, pétrie de contrastes.
AE
Conan Doyle contre Sherlock Holmes, Emmanuel Le Bret, biographie, Editions du Moment, janvier 2012, 204 pp, 18,8 €
06:45 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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20 mars 2012
Rapaces
"Ce 20 mars, ça ne l'arrangeait plus du tout. Son protégé baignait encore dans l'eau glacée d'un étang de la forêt de Rambouillet, et l'on comprenait mieux l'embarras du procureur de la République"
Bien qu'il est avéré que " toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n'est que fortuite. Et regrettable" le tout frais thriller politico-médiatique de Patrick Poivre d'Arvor résonne d'une actualité particulièrement ..intriguante.
Journaliste-vedette du journal télévisé de 20 heures, pour le compte d'une puissante chaîne nationale, Chris Rather est retrouvé, assassiné - ce 20 mars 2012- dans un des étangs de... Hollande (toute allusion à un quelconque candidat à l'élection présidentielle étant fortuit, assurément).
Fait on ne peut plus troublant, "le vainqueur de la révolution de la cravate", est ramené sur la berge, entraîné par le noeud de cet accessoire (et de l'intrigue...). L'enquête sera des plus délicate à résoudre, qui jette un énorme pavé dans l'étang de la campagne présidentielle.
Assassinat? Suicide (assisté)? le très populaire journaliste venait précisément d'interviewer le président de la République...
Toute ressemblance avec l'actualité politique est décidément à exclure.
Catégoriquement.
AE
Rapaces, Patrick Poivre d'Arvor, roman, Ed. Le Cherche -midi, mars 2012, 306 pp, 17 €
05:15 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (5) | Envoyer cette note |
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