27 mai 2011
Namur gourmand...et radieux
Lancé depuis les hauteurs de la Citadelle, par un délicieux déjeuner au Château de Namur, Le guide gourmand de.... Namur fut porté, lundi, sur les fonds baptismaux en présence de ses deux auteurs: Joëlle Rochette, chroniqueuse, critique gastronomique et .. pétillante et Denis Mathen, Gouverneur de la Province et ..cordial, vif et avenant...tout simplement.
Après le Guide gourmand de Liège (paru en 201, aux Editions de la Renaissance), il s'agissait de faire (re)découvrir aux Namurois de souche, d'adoption et aux touristes de plus en plus nombreux, les merveilles gourmandes de la Capitale wallonne. Pour ce faire, Joëlle Rochette nous propose une promenade pédestre, en 10 circuits, au départ d'une Place d'Armes, prête aux assauts les plus gourmands... Et la journaliste de tester tous les établissements et limiter volontairement son encre - sympathique - aux coups de coeur qu'en bonne amie et un peu namuroise de naissance, elle recommande. Les autres, tant pis, on n'en parle pas. Et de nous préciser pour chaque enseigne, outre l'adresse et le précieux numéro de téléphone, l'ambiance des lieux et ses spécialités "incontournables"
Commis aux "clignettes d'histoire gourmande", Denis Mathen signe, d'une plume visiblement épicée de plaisir, les nombreux encadrés culturels qui inscrivent les spécificités namuroises au rang de légitimes fiertés: les Wépionnais se voient dotés d'un cœur en forme de fraise, la cathédrale Saint-Aubain, qualifiée de baba au (Rome? ), et Félicien Rops, perçu sous son angle gourmand d'amateur de belles chairs.. Quant aux échassiers namurois, ils deviennent des "échasseurs", pour notre plus grand bonheur.
Le "Grand Namur" n'est pas oublié qui fait l'objet d'un important abécédaire. Les recettes ne sont pas en reste qui nous dévoilent les secrets des fameuses "avisances" et sauce "Sambre &Meuse"
Un guide qui fait enfin fi de la légendaire - et excessive - modestie namuroise pour dévoiler au grand jour une centaine d’attraits joyeux et gourmands de la ville et de ses environs.
Un guide à découvrir et à...(s')offrir.
Apolline Elter
Guide gourmand de Namur, Joëlle Rochette et Denis Mathen, Renaissance du Livre, mai 2011, 160 pp, 18 €

A noter que ce lundi 23 mai célébrait conjointement la naissance du nouveau blog de Joëlle Rochette : Le lifestyle de la gastronomie ou l’art de vivre en « Epicurie » Je vous invite instamment à le découvrir. C'est sûr, nous en reparlerons.
06:53 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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26 avril 2011
De bouche à bouches

« Je m’empiffrais de kilos de chocolat. La boue coulait dans mon gosier, onctueuse, peut-être de la réglisse, du rimmel, du machefer. »
C'est sûr que quand on a perdu le goût..... Voir chronique de l'ouvrage, mardi 22 mars, sur ce même blog: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2011/03...
De bouche à bouches, Chantal Pelletier, roman, Ed. Joëlle Losfeld, décembre 2010, 134 pp, 12,9 €
06:30 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Infusions | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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24 avril 2011
Le meilleur du Nutella et des pâtes à tartiner

Parce que c'est Pâques , parce que c'est vous:
Notre High Tea du jour cède la place à un billet un peu fou:
Le verdict est sans appel: Un petit déjeuner sans pâte à tartiner est signe de journée mal engagée.
Vous aurez beau tenter les confitures les plus moelleuses, les parades les plus avantageuses, rien n'y fera: on veut du Nutella! Grand poûêt et petit Na! Et puis, avouez-le, vous ne le détestez pas ce pot débonnaire qui trône toujours ouvert sur la table non débarrassée.... C'est par pur souci d'ordre que vous en raclez les bords d'une cuillère bien léchée. Et d'une seconde, ...stop arrêtez!
Partant de ce constat indéniable d'un Nutella... incontournable, Delphine Gaston vous propose tout simplement d'en sublimer votre consommation. Comment? En intégrant de raisonnables - quoique..- quantités de pâte à des recettes ..mémorables. Ainsi vous retrouvez le goût de la divine pâte sans en absorber toutes les calories. Fondante mauvaise foi. De plus, vous épatez vos amis. Pas de doute, Delphine Gaston est bienfaitrice de l'Humanité.
Alors, fondons. Revisitons les roulé, diplomate, marquise, charlotte, galette des Rois, bûche et pudding de Noël,île flottante, Mont-Blanc, mille et une feuilles, profiteroles, cheese cake, Tatin, croque-monsieur, couscous et même pizza d'une bonne dose de Nutella. Retrouvons les pains perdus de notre enfance, trempons les mikado de notre adolescence dans une aérienne Mayonnella...
"Infichu de résister à la tentation"?
Oyons Delphine Gaston:
"Diététique, je vous dis. Et puis, il n'y a pas de diététique sans plaisir, et la privation ne peut être que contre-productive."
Le meilleur du Nutella et des pâtes à tartiner. 75 recettes pour fondre de plaisir, Delphine Gaston, City-éditions (Hachette), mars 2011, 82 pp, 7,9 €
07:11 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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19 avril 2011
Abécédaire gourmand
C
oncluons notre semaine thématique, consacrée aux légumes par un extrait de L'Abécédaire gourmand de Michèle Gazier. Nous avons nommé l'endive.
"Aujourd'hui, je ne boude pas mon plaisir devant un gratin d'endives roulées dans du jambon dit de Paris, baignant dans une béchamel corsée à la noix de muscade et saupoudrées de comté râpé. La couleur fade de l'endive - ce blanc à peine ourlé de jaune pâle - est à l'origine de sa mauvaise réputation. A la fois légume et salade, elle n'a pas l'exubérance de la frisée ou de la scarole, l'énergie de la romaine, le charme menu de la mâche, la bonne mine dela tomate, de la carotte ou de l'aubergine. L'endive, serrée dans son corset de feuilles livides, s'apparente au poireau enroulé dans les siennes, blanc et vert. Comme l'endive, s'il ne se consomme pas cru, ils'accomode bien d'une vinaigrette ou d'un gratin."
Abécédaire gourmand,Michèle Gazier, Nil Editions, coll. Exquis d'écrivains, sept 2008, 120 pp, 12 €
07:00 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Infusions | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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16 avril 2011
La fabuleuse histoire des légumes
Un titre qui fleure bon le destin d'Amélie Poulain pour un ouvrage qui en mérite un identique....
La célèbre biographe - on doit à Evelyne Bloch-Dano les bio remarquées de Madame Zola, Madame Proust,...- se penche sur celles des légumes, augmentant notre culture d'une bien savoureuse érudition: "Parler des légumes, c'est donc partir à la recherche d'un territoire, d'une culture, c'est retrouver les traces d'une histoire qui se faufile dans l'étymologie d'un mot, le voyage d'un produit d'une région à une autre, d'un pays à un autre, d'un domaine symbolique à un autre, (...). Eh oui! Les légumes ne sont pas aussi végétatifs qu'on pourrait le penser. Ils naissent, vivent et meurent, et modestement, sans en avoir l'air, constituent peut-être, depuis l'aube des temps, la rencontre la plus féconde de la nature et de la culture."
Remaniant le texte d'interventions opérées auprès de l'Université populaire du goût d'Argentan (de décembre 2006 à juin 2007) Evelyne Bloch-Dano évoque l'histoire du goût et la hiérarchie des aliments forgée dans l'Antiquité, avant de passer séquentiellement en revue les différents légumes, artichaut, topinambour, choux, panais, carotte, petit pois , tomate, haricot, courge et cucurbitacées, leurs origines géographiques et historiques, valeurs symboliques, connotations sexuelles et faveurs parfois fluctuantes acquises au cours des siècles.
Et le lecteur de découvrir de la sorte que la carotte n'a pas toujours été orange, la tomate doit aux Etats-Unis d'être taxée de légume et que le haricot, "champion de la conserve familiale" doit au génial Nicolas Appert, ce fabuleux destin.
L'ouvrage - remarquable - est ponctué d'extraits littéraires éminemment savoureux.
Apolline Elter
La fabuleuse histoire des légumes, Evelyne Bloch-Dano, essai, Grasset, 2008 (réédition en Livre de Poche, février 2011)
06:04 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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14 avril 2011
La salade des pélerins

De salades, je ne vous conterai que celle de François Rabelais(1494- 1553), notre invité du jour et de la semaine dédiée aux légumes dans la littérature. Il y a vraiment de quoi en faire un plat...
Or donc Gargantua est revenu de la guerre. Grandgousier décide d'organiser un grand festin pour fêter son retour.Gargantua a envie de salade ; il cueille les laitues réputées les plus grandes dans un jardin et emporte inopinément six pèlerins qui s’y étaient abrités pour la nuit....
Gargantua - chapitre XXXVIII
Comment Gargantua mangea en salade six pèlerins.
Ici il est nécessaire que nous racontions ce qui advint à six pèlerins, qui venaient de Saint-Sébastien, près de Nantes, et qui pour s’abriter cette nuit, de peur des ennemis, s’étaient cachés dans le jardin sur les tiges de pois, entre les choux et les laitues.
Gargantua se trouva quelque peu altéré et demanda si l’on pourrait trouver des laitues pour faire une salade et, entendant qu’il y en avait de très belles et grandes dans cette région, car elles étaient grandes comme des pruniers ou des noyers, il voulut y aller lui-même et emporta dans sa main ce que bon lui sembla. En même temps il emporta les six pèlerins, lesquels avaient si grande peur qu’ils n’osaient ni parler ni tousser.
Comme il les lavait donc d’abord dans la fontaine, les pèlerins disaient à voix basse l’un à l’autre : « Que devons-nous faire? Nous nous noyons ici, entre ces laitues. Parlerons nous ? Mais, si nous parlons, il nous tuera comme espions. » Et,comme ils délibéraient ainsi, Gargantua les mit avec ses laitues dans un plat de la maison, grand comme la tonne de Citeaux, et, avec huile, vinaigre et sel, il les mangeait pour se rafraîchir avant de souper, et il avait déjà avalé cinq des pèlerins. Le sixième était dans le plat, caché sous une laitue, excepté son bourdon qui apparaissait au-dessus. Le voyant, Grandgousier dit à Gargantua :« Je crois que c’est là une corne d’escargot ; ne le mangez point. - Pourquoi ?, dit Gargantua. Ils sont bons tout ce mois. » Et, tirant le bourdon, il enleva en même temps le pèlerin, et il le mangeait très bien ; puis il but un horrible trait de vin pineau, et ils attendirent que l’on préparât le souper.
Les pèlerins ainsi dévorés se tirèrent hors des meules de ses dents du mieux qu’ils purent, et ils pensaient qu’on les avait mis en quelque basse fosse de prison et, lorsque Gargantua but le grand trait, ils crurent se noyer dans sa bouche, et le torrent du vin presque les emporta au gouffre de son estomac ; toutefois, sautant avec leurs bourdons, comme font les micquelots, ils se mirent à l’abri à l’orée des dents. Mais, par malheur, l’un d’eux, tâtant avec son bourdon le pays pour savoir s’ils étaient en sûreté, frappa rudement sur la faute d’une dent creuse et frappa le nerf de la mandibule, ce qui fit très mal à Gargantua, et il commença à crier à cause de la rage qu’il endurait. Pour donc se soulager du mal, il se fit apporter son cure-dents et, sortant vers le noyer grollier, il vous dénicha Messieurs les pèlerins. Car il attrapait l’un par les jambes, l’autre par les épaules, l’autre par la besace, l’autre par la bourse, l’autre par l’écharpe, et le pauvre hère qui l’avait frappé avec son bourdon, il l’accrocha par la braguette ; toutefois ce fut une grande chance pour lui, car il lui perça un chancre qui le martyrisait depuis qu’ils avaient passé Ancenys. Ainsi les pelerins dénichés s’enfuirent à beau trot à travers la vigne nouvellement plantée, et la douleur s’apaisa.
Source de l'extrait: michel.balmont.free.fr/pedago/rabelais_geants/pelerins.pdf
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13 avril 2011
L'asperge
Poursuivons notre voyage au pays des légumes, avec un extrait de La citrouille est une lune naufragée (chronique, hier, sur le blog) et un portrait bien de saison:
"Un tube filandreux gorgé d'eau. Certains vous diront qu'elle n'a pas de saveur. Bizarre, intrigante par sa simplicité, l'asperge est élégante et diurétique. (...) Dédaigneuse, hautaine, elle ne peut se manger que seule et réclame l'exclusivité d'une entrée. C'est une reine, l'aristocrate des primeurs, elle en a le port et les exigences. Longue, effilée, il faut dire qu'elle a fière allure et une grâce assurée. Peu de légumes peuvent se vanter de se tenir aussi droit, absolument droit, sans embonpoint ni quelconque renflement. Port altier d'une déesse vénérée. (...) L'asperge blanche a toutes les vertus d'une vierge militante, l'inébranlable volonté, la force souterraine de la combativité et de la foi. C'est la Pasionaria des légumes, le lys armé des primeurs. (...) L'asperge est une promesse printanière, une passante, un absolu fugace qui suscite autant d'amour que de regrets. Une apparition vite envolée."
La citrouille est une lune naufragée. Sur l’imaginaire des légumes, Marie-Christine Clément, Albin Michel, mars 2008, 118 pp, 12 €.
07:00 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Infusions | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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12 avril 2011
La citrouille est une lune naufragée
C’est par le biais gourmand de l’écrivain Colette que nous sommes entrée en contact avec Marie-Christine Clément (voir chronique de Colette gourmande en vitrine du blog) : vaste bien nous en prit qui nous permit de découvrir, au-delà d’une personnalité éminemment sympathique, un autre de ses ouvrages, joyau de littérature gastronomique : La citrouille est une lune naufragée. Dédié aux légumes, à l’imaginaire que nous nourrissons à leur égard, l’essai est ... flamboyant, manié d’esprit, d’humour et d’une plume que n’aurait reniée Colette.
Transcendant la banalité existentielle qu’on attirbue aux légumes, Marie-Christine Clément nous convie à une poétique de haute volée, leur prêtant des traits humains, une valeur symbolique, sexuée, psychologique et même psychanalytique. Réhabilités, le prédiluvien navet, les légumes verts, objets d’une injuste aversion, aristocratique, l’asperge altière, « promesse printanière », ambiguë, la salade, coincée toujours entre deux mets, entre deux chaises, …. Pomme de discorde quand elle ne se fait pas projectile, La tomate est prétexte à un discours chromatique convaincant : elle rallie ascétisme et sensualité en un même plaisir gourmand, …éminemment féminin. La ratatouille est le théâtre d’une commedia dell’arte dont les vedettes, Colombine, l’ingénue courgette, Fracasse, le poivron et Ubu, l’androgyne aubergine aux allures de pacha, se produisent en une scène méridionale aux accents de Pagnol. Résigné à son rôle d’éternel second, l’oignon, stripteaseur averti est le héros d’un épluchage dithyrambique, véritable passage d’anthologie.
« On aime à enlever ses tuniques, parfois même avec un certain sadisme, une certaine violence. Le couteau déchire ses pelures dans un bruit crissant. On tire, une autre vient puis une autre encore. Le supplice est digne de Tantale mais le bougre ménage ses surprises ; il a de quoi se défendre ! »
Vous l’aurez compris : ce petit ouvrage est un caviar d’écriture. A déguster sans modération.
Apolline Elter
La citrouille est une lune naufragée. Sur l’imaginaire des légumes, Marie-Christine Clément, Albin Michel, mars 2008, 118 pp, 12 €.
Rendez-vous demain pour un portrait de l'asperge altière, bien de saison.
07:14 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22 mars 2011
De bouche à bouches
Déconcertant. Et, à la fois, fascinant, un rien envoûtant, bien écrit, décalé, ...le roman de Chantal Pelletier tient de tout cela, à la fois.
Penchons-nous sur l'argument: victime d'un accident de voiture largement imputable à son père - honni - la narratrice, photographe de son métier, se voit privée du goût. Mais pas de l'odorat. S'ensuit un rapport nouveau, détestable et détesté, à la nourriture, perçue pour sa seule consistance, peu ragoutante dans la plupart des cas. Face à ce handicap, l'enjeu devient vital d'accéder à une forme de bonheur gastronomique, par le seul biais de la texture, fi fait du goût..
" La colère passée, je m'efforçais de retrouver mon calme dans la contemplation des jaspures rubanées d'une lamelle de truffe. Je m'amusais avec des framboises fraîches, me les fourrais au bout des doigts, transformés en phalliques marionnettes, léchais sans vergogne leur gland rubis, me caressais les lèvres et les joues avec leur velours tendre, reniflais leur douceur mate...mais les croquer ne me laissait que des graines agaçantes entre les dents."
Atteinte au plus profond de sa sensualité gourmande, la narratrice connaîtra une ébauche de rédemption, tandis qu'elle rencontre Pol, un ado de treize ans, atteint de diabète. Nourrissant lui aussi un rapport fort - et vital - avec la nourriture, ce dernier deviendra la bouche d'un duo aussi inattendu qu'attachant: " A table, il a savouré chaque bouchée, attentif, concentré. J'ai cru alors percevoir, de sa bouche à ma bouche, fantomatiques et jouissives, l'acidité charnue des tomates séchées, l'amertume suave du caviar d'aubergine, les saveurs d'étables d'un gorgonzola brillant de crème...."
Un roman initiatique, sensuel, truffé de symboles et de cette science imparable du goût qui n'a de réelle valeur que de partage...
Apolline Elter
De bouche à bouches, Chantal Pelletier, roman, Joëlle Losfeld, décembre 2010, 134 pp, 12, 9€
06:45 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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05 mars 2011
L'Eau à la bouche
De cette poésie qu'elle définit comme sa "langue maternelle", Colette Nys-Mazure nous convie à un festin de textes issus de son anthologie personnelle: "Je me nourris de poèmes familiers ou étrangers et je leur rends grâce."
Et l'écrivain, poète, essayiste, romancière, nouvelliste... d'introduire chacun des convives, avec cette grâce des mots simples, justes et vrais qui sont sa signature et de tisser la nappe d'une tablée chaleureuse qui conjugue la Chanson de.. toile au présent poétique le plus actuel.
Hommage à des écrivains, poètes de toutes époques mais aussi de toutes nations - française, belge, marocaine, haïtienne, chinoise, anglaise, égyptienne, turque, ... , la "saison" que nous offre Colette Nys-Mazure honore aussi la mémoire d'artistes récemment disparus: Andrée Chedid, Serge Wellens et Pierre Etienne.
Ces pages de poésie se voudraient viatiques pour les sédentaires comme pour les nomades qui peuvent toujours emporter un recueil en poche ou dans la mémoire. Elles proposent une flambée ordinaire. Puisse cette série susciter chez les plus jeunes comme chez les aînés l'envie de mordre à même la chair du poème."
Que vous souhaiter de meilleur qu'une excellente dégustation.
Apolline Elter
L'Eau à la bouche. Poésie, ma saison, Colette Nys-Mazure, recueil, Desclée de Brouwer - Littérature ouverte, mars 2011, 150 pp, 14 €
06:52 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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22 février 2011
J'irai cracher dans vos soupes

Déconfit de l'infâme "jatte" qui règle son "frichtis" de taulard, Frédéric Boucher, dit Fredo le Toqué, décide de se faire la malle, s'évade de la prison "La Santé" et s'en va narguer la France par le biais des ses prestigieux chefs étoilés: Pierre Bocuse, Alain Ducasse, Joël Rebuchon, Frédéric Anton, Thierry Marx, les frères Pourcel.... - dont les noms ont été finement déguisés pour les besoins de la fiction- se verront punis par leurs pêchés capitaux respectifs. Justicier aux allures de "Pieds Nickelés", l'escroc donnera bien du fil à tordre au commissaire Broutard et son équipe, les conviant à un de jeu de piste, constitué de plats successifs, des plus inventifs...
Mêlant argot et le talent d'une écriture soignée en une joyeuse envolée masculine, Danielle Thiéry saisit l'occasion du polar pour régler quelques comptes en matière de gastronomie:
"Toute la journée, Thierry Crax [entendons Marx] peaufina son menu. Le but était atteint, ce soir, grâce aux conseils avisés de son âme damnée, Germain Pipette, le physicien qui l'aidait à mettre au point ses recettes moléculaires et à mettre des bulles et de la légèreté dans une cuisine qui finissait par ne plus guère avoir de sens ni de goût mais qui, grâce aux textures surgonflées, permettait de faire de gros profits avec peu de matière première"
Une sympathique cavale dans l'univers des étoiles...
Apolline Elter
J'irai cracher dans vos soupes, Danielle Thiery, policier, Ed. Jacob Duvernet, janvier 2011 264pp, 16,9 €
06:43 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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16 février 2011
Le Palais gourmande : une initiative ..fondante
J-1 pour l'événement majeur de notre paysage littéraire ....
La Foire du livre de Bruxelles ouvrira ses pages demain pour une 41e édition dédiée aux femmes (cliquer sur la couverture en vitrine du blog) et ...à la gourmandise, inaugurant, cette année un concept bien alléchant: celui du PALAIS GOURMAND.
A savoir: un espace de 400 m² dédié aux livres de cuisine et à la gastronomie.
Sa gestion en est confiée à la librairie Filigranes (qui gère aussi le Cafffé), à Samantha Hoggart (Le Petit Filigranes - Coordinatrice ) et au Libraire Toqué (Benoît Cloës), bien connu de nos visiteurs (www.lelibrairetoque.com)
Divisé en trois zones - la librairie culinaire, l'espace de démonstration et de rencontres et l'espace de dégustation, Le Palais gourmand sera également l'antre de rencontres avec des personnalités connues et sympathiques (forcément - nombre d'entre eux sont les héros de chroniques sur ce blog ) de la littérature ...gourmande: Bénédicte Appels,Michèle Barrière, Eric Boschman, Jean-Pierre Coffe, Sang Hoon Degeimbre, Martine Fallon, Pol Grégoire, Pierre Marcolini, Anne Martinetti, Juliette Nothomb, Carlo de Pascale, Joëlle Rochette, Paul Wittamer, ..
Je vous convie, pour ma part, à la Table ronde qui y sera organisée, ce vendredi 18 février , de 18h à 19h, sur le thème frisonnnant: Gastronomie et polar, même scène de crime. Le débat qui réunira Michèle Barrière (Meurtre au café de l'Arbre sec, JC Lattès), Anne Martinetti (Crèmes et Châtiments - voir chronique http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/11... sur ce blog) et ...môa (A la table de la littérature -cliquer sur la table en vitrine du blog) , sera animé par Samantha Hoggart.
Je vous engage plus que vivement à consulter le programme des festivités sur le site de la Foire du livre de Bruxelles: www.flb.be
Apolline Elter
07:06 Écrit par Apolline Elter dans Actu-éditoriale, Gourmandises | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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08 février 2011
Lettres gourmandes des terres lointaines et d'outre-mer

Après son intéressant recueil Littérature et gourmandise - Minerva 2007 (voir notre chronique du 27 octobre : http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/10...) François Desgrandchamps nous revient, en force, avec un recueil d'extraits et de recettes - très orientales - inspirés de lointains horizons.
Le principe: s'appuyant sur la fascination qu'a exercé l'Orient et autres contrées exotiques sur une trentaine de grandes plumes - éteintes - de la littérature française: Albert Camus, Alphonse Daudet, Charles Baudelaire, Pierre Loti, Bernardin de Saint-Pierre, Eugène Fromentin, Romain Gary, Jules Verne, Edmond et Jules Goncourt... et les beaux textes qu'elle a générés, François Desgranchamps a entrepris de la traduire en repas imaginaires, appuyé, cette fois, sur l'imagination complice de Sophie Brissaud, créatrice des recettes.
Un choix de textes aimable, des recettes qui ne le sont pas moins, des illustrations agréables et soignées (Claire Curt) ; une exploration conjointe de l'espace et du temps qui nous laisse, malgré tout, quelque peu sur notre faim...
Apolline Elter
Lettres gourmandes des terres lointaines et d'outre-mer, François Desgrandchamps, Sophie Brissaud, Claire Curt, Editions de La Martinière, novembre 2010, 240 pp, 35 €
06:41 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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30 janvier 2011
Colette et le vin
Il serait dommage de quitter Colette et ses 3 days sans un High Tea versé dans la divine boisson.

Consacrant des pages superbes à son amour pour le vin, Colette dit avoir été très bien élevée, très - NDLR : trop - tôt initiée à la dégustation du vin… :
« J’ai été très bien élevée. Pour preuve première d’une affirmation aussi catégorique, je dirai que je n’avais pas plus de trois ans lorsque mon père me donna à boire un plein verre à liqueur d’un vin mordoré, envoyé de son Midi natal : le muscat de Frontignan.
Coup de soleil, choc voluptueux, illumination des papilles neuves ! Ce sacre me rendit à jamais digne du vin. Un peu plus tard j’appris à vider mon gobelet de vin chaud, aromatisé de cannelle et de citron, en dînant de châtaignes bouillies. A l’âge où l’on lit à peine, j’épelai, goutte à goutte, des bordeaux rouges anciens et légers, d’éblouissants yquem. Le champagne passa à son tour, murmure d’écume, perles d’air bondissantes, à travers des banquets d’anniversaire et de première communion, il arrosa les truffes grises de la Puisaye…Bonnes études, d’où je me haussai à l’usage familier et discret du vin, non point avalé goulûment, mais mesuré dans des verres étroits, absorbé à gorgées espacées, réfléchies.
C’est entre la onzième et la quinzième année que se parfit un si beau programme éducatif. Ma mère craignait qu’en grandissant je ne prisse les « pâles couleurs ». Une à une elle déterra de leur sable sec, des bouteilles qui vieillissaient sous notre maison, dans une cave – elle est, Dieu merci, intacte – minée à même un bon granit. J’envie, quand j’y pense, la gamine privilégiée que je fus. Pour accompagner au retour de l’école mes en-cas modestes – côtelette, cuisse de poulet froid ou l’un de ces fromages durs, « passés » sous la cendre de bois et qu’on rompt en éclats, comme une vitre, d’un coup de poing – j’eus des château-larose, des château-lafitte, des chambertin et des corton qui avaient échappé, en 70, aux « Prussiens ». Certains vins défaillaient, pâlis et parfumés encore comme la rose morte ; ils reposaient sur une lie de tannin qui teignait la bouteille, mais la plupart gardaient leur ardeur distinguée, leur vertu roborative. Le bon temps !
J’ai tari le plus fin de la cave paternelle, godet à godet, délicatement…Ma mère rebouchait la bouteille entamée, et contemplait sur mes joues la gloire des crus français »
Prisons et paradis, Fayard 1932 (nombreuses rééditions, dont Le Livre de Poche, pp 49-50)
Chaque dimanche, dès 17 heures, savourez quelque infusion, quelque extrait d'oeuvre, de DVD, présenté dans son contexte. Une façon de (re)découvrir des oeuvres, qui transcendent l'actualité littéraire
17:00 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, High Tea dominical, Infusions | Commentaires (4) | Envoyer cette note |
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29 janvier 2011
Colette gourmande

S'il est un trait majeur de la personnalité de Gabrielle-Sidonie Colette, c'est bien celui de la gourmandise. Laquelle, déclinée dans toutes les circonstances de la vie - quand on aime, on ne compte pas - fit valoir à l'écrivain une réputation ..sulfureuse et une mise à l'index inéluctable. Mariée trois fois, liée à Missy, marquise lesbienne qui lui fit don d'une propriété en Bretagne, Colette fut tôt élevée dans le goût des saveurs authentiques. Sido, mère aimante, craignait par-dessus tout que sa progéniture ne manquât d'une juste nourriture.
Spécialiste des formes littéraires du goût, Marie-Christine Clément s'est penchée, des années durant, sur la personnalité et l'œuvre de Colette, traquant à travers ses écrits et les précieux témoignages de Pauline Tissandier, cuisinière encore en vie fin des années '80, les recettes les plus conformes aux propres réalisations de l'auteur.
Consacrant la première partie de l'ouvrage à une biographie riche et étayée d'extraits d'œuvres délicieusement choisis, Marie-Christine Clément s'est ensuite assuré la complicité de son mari, Didier Clément - le couple préside, aujourd'hui encore, aux destinées de l'hôtel du Lion d'or de Romorantin - pour reconstituer une centaine de recettes-phares de l'écrivain, farcies, quand point trop s'en faut, de cet ail qu'elle avait "homicide".
Les recettes, agrémentées d'extraits d'atmosphère invitent le lecteur à la table d'un écrivain majeur du siècle passé.
Un ouvrage riche, harmonieusement illustré de photographies d'André Martin et d'époque, véritable trésor pour illustrer les rapports entre l'écriture, la littérature et la table.
Je vous le recommande chaleureusement,
Apolline Elter
Colette gourmande, Marie-Christine et Didier Clément, Albin Michel, 1990, 3 rééditions, 208 pp, 52 €
Billet de saveurs
AE : Votre opus, Marie-Christine Clément, est né d’un coup de cœur pour l’écrivain qu’était Colette, la précision de sa prose et la justesse de ses remarques sur le goût. Comment êtes-vous venue à elle ?
Marie-Christine Clément :
Je devais préparer une thèse de doctorat sur le thème de la nourriture chez Proust. Proust est un Dieu et comme étudiante en littérature, il n’y avait qu’un écrivain digne de ce nom à étudier, lui. Mon directeur de thèses a eu l’intelligence de me dire de mettre plusieurs écrivains du début XXème siècle à mon programme de lectures avant de commencer et il se trouve que j’ai commencé, non sans quelque dédain à l’époque, par lire Colette. Dès la première page, ce fut un coup de foudre ! J’ai immédiatement ressenti sa sensualité et, au choix de son mot précis, ajusté comme une lame sur la sensation, je me suis immédiatement dit que cette femme-là savait manger. Je ne pouvais me douter alors combien j’avais raison. J’ai aussitôt perçu une expression où je retrouvais la justesse des sensations que je pouvais vivre de mon côté au quotidien, en tant que professionnelle. Colette n’est pas seulement un écrivain du goût ; elle est L’écrivain du goût, celle qui a écrit en gourmet, faisant de sa vie une dégustation de chaque instant, que ce soit une dégustation de couleurs, de lumières, d’odeurs, d’amours, de bêtes, de nourritures, de mots…
AE : Les recherches biographique, bibliographique, l’établissement des recettes, l’organisation de cet ouvrage, remarquablement illustré des photos d’atmosphère d’André Martin, cela a dû prendre un temps considérable :
Marie-Christine Clément : J’ai mis 3 ans pour composer cet ouvrage. Cela a été une véritable quête aussi bien qu’une enquête minutieuse. J’ai d’abord lu toute l’œuvre de Colette y compris ses nombreuses correspondances. J’ai établi à partir de ses écrits une liste de plats que j’ai ensuite soumis à Pauline Tissandier, sa fidèle cuisinière, qui était alors encore en vie et qui a bien voulu me recevoir. Nous avons passé côte à côte de nombreux après-midi autour de la table de sa cuisine et Pauline m’a confié ses petits secrets. Mon mari a ensuite écrit les recettes selon ses indications. Dans un second temps, il a fallu retrouver sa vaisselle, son linge, son argenterie. J’ai parcouru la France entière à la recherche de descendants de ses amis qui pouvaient avoir ses objets entre les mains puis j’ai consciencieusement rapporté chaque objet dans la maison qui lui seyait et ai « remis le couvert », dressé la table dans chacune de ses « provinces » comme elle disait, comme elle le faisait, à sa façon propre. L’un des plus beaux souvenirs reste la table de la Treille muscate dressée sous cette tonnelle de glycine, ce manteau de verdure devra-t-on plutôt dire, dans une lumière mordorée, magique.
AE : Vous présidez, avec votre mari, Didier Clément, aux destinées du Grand Hôtel du Lion d’Or, à Romorantin-lanthenay (www.hotel-liondor.fr), y créez-vous parfois des événements dédiés à Colette ?
Marie-Christine Clément : Nous faisons plutôt des clins d’œil réguliers à Colette. Dans l’une de nos chambres trône son portrait en cuisinière et elle fut tellement présente parmi nous en esprit qu’il ne se passe pas de jours sans que nous parlions d’elle et que nous évoquions sa gourmandise. Mais dans notre maison, mon mari présente sa cuisine, une cuisine d’auteur, qui n’a rien à voir avec la cuisine ménagère et bourgeoise de Colette qui correspond à son époque.
AE : Rêveriez-vous d’y recevoir Gabrielle-Sidonie Colette ?
Marie-Christine Clément : Ce serait une belle gageure ! J’ai eu l’occasion de recevoir dernièrement Marie Rouanet et de dîner en tête à tête avec elle. Nous avons passé un dîner merveilleux… Marie est aussi une amoureuse de la bonne chère et une vraie bonne cuisinière. Avec Colette, je ne sais même pas si j’aurais osé m’asseoir avec elle à table. Je crois que malgré plus de dix ans passés avec elle à l’étudier, elle m’intimide encore…
06:48 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur, Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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