28 janvier 2012
Le sang de l'hermine

Paru fin 2011, ce premier volet de la nouvelle saga culinaire et criminelle de Michèle Barrière nous invite à la Cour d'Amboise, au début du règne d'un François Ier, tout frais auréolé de sa victoire à la bataille de Marignan (14 septembre 1515, comme tout le monde le sait).
Maître d'hôtel du jeune et sémillant souverain, son ami d'enfance, Quentin du Mesnil a pour mission de quérir et amener à Amboise un vieillard récalcitrant, peu commode et encombré d'une réputation sulfureuse... vous aurez reconnu Léonard de Vinci.
La mission s'avère périlleuse car le fantasque génie, gaucher - ce n'est bon signe - quoiqu'un tantinet ambidextre, est la cible d'une sombre vengeance et de pièges sanglants.. Quentin en fera les frais qui sera propulsé du sommet d'une montagne, à bord de la machine volante imaginée par le savant...
Un séjour contraint à la cour de Mantoue, régie par la terrible Isabelle d'Este, dévoile le faste d'une société dont le raffinement subjugue le jeune maître d'hôtel.
Une qualité majeure des polars gastronomiques de Michèle Barrière est d'allier la fiabilité historique, la table des pratiques alimentaires à un rythme narratif et sens du suspens savamment maîtrisés. Cela donne des romans à la fois didactiques et captivants. Un carnet de recettes conclut l'ouvrage qui ne demandent qu'à être mises en pratique.
Que demander de plus?
Le deuxième volet de la saga..assurément!
Apolline Elter
Le sang de l'hermine, Michèle Barrière, roman, JC Lattès, nov.2011, 350 pp, 18 €
Billet de faveur
AE : Le Chambord de François Ier qui s’ébauche , en filigranes du roman, c’est le Versailles de Louis XIV ?
Michèle Barrière : non, François Ier n'a que très peu séjourné à Chambord alors que Louis XIv n'a pas quitté Versailles. Il aurait d'ailleurs été très difficile d'y vivre. Chambord est un rêve, un magnifique objet d'apparat et il l'est resté à travers les siècles.
AE : Arrivé au Clos Lucé, où le roi compte l’établir, Léonard de Vinci s’écrie ; « Les petites demeures favorisent l’éclosion des grandes pensées. » Sublime. A-t-il vraiment prononcé ces paroles - et à quelle occasion – ou cette exclamation rentre-t-elle dans la logique romancée du personnage ?
Michèle Barrière :Il semblerait que oui, mais je ne peux pas le certifier. Par contre, de nombreuses tirades de Léonard sont directement tirées de ses Carnets.
AE : En marge de la quête et des péripéties qui adviennent aux deux héros, il y a la perte répétée de l’ouvrage de Platine, De Honesta Voluptate. Il semble que vous accordez une importance majeure à cet ouvrage :
Michèle Barrière : c'est l'ouvrage essentiel en matière culinaire datant de la fin du XV° siècle mais traduit en français en 1505 et qui place l'art de la table dans la perspective des penseurs humanistes.
AE : Combien de volets comportera cette nouvelle saga ? Pouvez-vous nous préciser la date de parution de la suite attendue des « Enquêtes de Quentin du Mesnil, maître d’hôtel à la cour de François Ier » ?
Michèle Barrière : cela dépendra de l'inspiration! Le suivant est déjà en chantier. Il se passera en 1520, lors du Camp du Drap d'or, rencontre au sommet entre François Ier et Henri VII. Il y en aura un après le désastre de Pavie où on retrouvera le roi de France prisonnier de Charles-Quint en Espagne. Un autre où Quentin s'adjoindra les services d'un certain Rabelais pour enquêter sur la mort du dauphin. Voilà, pour le moment!
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26 janvier 2012
Les ballons d'hélium
" Elle vivait seule en dessous de sa vie.
Mourir devenait une question de sincérité."
Il est des solitudes d'autant plus poignantes que vous vivez, entourée d'un mari aimant et de deux magnifiques enfants.
Il est des détresses à ce point indicibles qu'elles vous isolent du monde des vivants, vous projetant, tel un ballon gonflé d'hélium, dans l'infinie galaxie. Le seul moyen de revenir sur terre s'inscrit dans la perspective morbide de votre ...enterrement.
"Il sera très facile pour tes biographes de te décrire comme une personne répétitivement suicidaire et obsédée par la mort. Ils auront tort, tu le sais bien. Ils parleront de haine, et ils auront tort, tu le sais bien aussi. Il n'y a rien de plus haineux qu'un biographe, comme il n'y a plus menteur que le mémorialiste. Tu n'as jamais eu que l'amour en vue, du moins depuis le jour où tu l'as rencontré."
Dévastée intérieurement par une expérience amoureuse, avortée de façon inexpliquée, Ariana, ravissante jeune femme d'origine espagnole épouse le séduisant Axel, issu d'une famille norvégienne, aisée. Le couple s'installe dans une coquette maison de la banlieue bruxelloise...
" Ta future belle-mère, à Voss, en Norvège, dit que tu es typiquement la personne qui a l'air de fuir quelque chose et c'est pourquoi, sans le déclarer positivement, elle ne se réjouit pas que son fils veuille t'épouser. Alors que c'est tout le contraire, puisque tu ne fuis pas, tu cherches ce point fixe en toi, qui est toi-même, loin au-dessus duquel le temps te fait flotter et dont il menace toujours de t'exiler définitivement".
Au-delà des sentiments et de manifestations extérieures incomprises de son entourage, c'est l'âme d'Ariana que Grégoire Polet tente de cerner, multipliant les focus, les interpellations et points de vue. Affinant la perspective toujours et encore, du cisellement d'une plume finement taillée, trempée de métaphores et d'énumérations qui progressent, par petites touches, dans une quête essentielle de la vérité. La vérité de l'âme aspirée par une réalité qui n'a plus place sur terre, qui rend Ariana étrange, étrangère.
" Tu es une comète qui approche du soleil et qui se détruit progressivement en nuages de météores pas plus grands que des grains de sable."
Apolline Elter
Les ballons d'hélium, roman, Grégoire Polet, Gallimard, janvier 2012, 174 pp, 16 €
Billet de faveur
AE: Après le cycle lisse et lumineux de vos trois premiers romans [Madrid ne dort pas, Excusez les fautes du copiste, Leurs vies éclatantes] vous semblez entrer, avec Chucho [votre précédent roman] et les présents Ballons d'hélium, dans le cycle d'une réalité plus sombre mais aussi plus profonde. L'écriture doit en être encore plus exigeante. Plus engagée?
Grégoire Polet: L’inspiration sombre ou claire ne se choisit pas vraiment: on suit la marche de sa pensée et son évolution, qui nous font traverser parfois le jour, parfois la nuit. Les deux valent la peine d’être explorés.
Dans Chucho, nous avions un personnage fragile, qui mettait en question notre capacité de modifier notre vie pour accueillir l’autre.
Dans Les Ballons d’hélium, nous avons un personnage, une jeune femme, qui est déçue, insatisfaite, par la vie telle que le monde aujourd’hui la programme, et qui est poussée irrésistiblement à chercher plus loin, non plus dans la vie extérieure, mais du côté de la vie intérieure. Et le monde qu’elle découvre dans sa vie intérieure est très différent du monde matériel, superficiel. Tout est différent; le passage du temps est différent; l’espace est différent; la présence, l’absence sont différentes. Et surtout semblent beaucoup plus vrais que les mesquines réalités extérieures, faites d’oubli, de séparations, de propriétés, d’exclusions, d’irrémédiable. Elle fait l’expérience d’une très forte spiritualisation de l’existence, qui provoque la perte de ses repères habituels, et ne lui permet pas d’en trouver de nouveaux. Ou du moins pas facilement. C’est cette aventure dans l’intériorité, dans l’en-dessous des choses, qu’Ariana vit, guidée par une blessure d’amour. Aventure dramatique, exploration, tourbillon, c’est une trajectoire vitale qui tient à la fois de l’ascension et de la chute libre.
Est-ce une écriture exigeante? Oui. Parce qu’il s’agit de suivre au plus près une démarche vraiment radicale, avec la plus grande sincérité et la plus grande exactitude. De plus, techniquement, il s’agissait de rendre un développement narratif qui épouse les formes de la perception spiritualisante du monde: temporalité non linéaire mais mémorielle; points de vue changeants et glissants, comme dans les rêves.
Est-ce une écriture engagée? En un certain sens, oui. Car indirectement elle milite pour un changement de mentalité, que par ailleurs je vois à l’œuvre autour de moi et que ce roman reflète. C’est un changement du modèle du bonheur. Les crises actuelles accentuent ce mouvement de déception par rapport à un modèle de bonheur attaché à la réussite matérielle et sociale. Ma génération a été élevée dans l’idée du bonheur (d’autres générations avaient été élevées dans l’idée du travail, ou de la liberté, ou de la foi, etc.), et particulièrement du bonheur par la commodité matérielle et le bien-être physique. Ce modèle, très bien intentionné, a pourtant de cruelles limites. Surtout quand l’argent et la prospérité viennent à être incertains. En temps de crise, le confort et la commodité deviennent soit de plus en plus inaccessibles, et donc angoissants; soit, pour ceux qui les obtiennent tout de même, ils deviennent des “blindeurs” d’individus. Or, le bonheur ne prend pas rendez-vous avec les angoissés, et ne pénètre pas les blindages. Devant les failles (la faillite?) de ce modèle de bonheur, la recherche d’autre chose est partout perceptible. Et cette recherche va dans le sens de l’Evolution, telle que l’ont montré les philosophes et paléonthologues (Teilhard de Chardin, par exemple, cité en début de roman). C’est-à-dire dans le sens de: moins de matière, plus d’esprit. Moins de masse, plus d’énergie. Cette fameuse spiritualisation en marche depuis les origines et qui a conduit la matière jusqu’à la vie, et la vie jusqu’à la conscience. Et la conscience jusque… là où nous voudrons bien la mener.
AE: "....mais l'euphorie pourtant était là, congelant momentanément toute possibilité de vie intérieure, et la jetant avec appétit vers le monde extérieur... "
Cette euphorie, singulièrement absente - du moins rare - dans le parcours d'Ariana , n'aurait-elle pas pu, au contraire, renverser le cours de sa vie, insuffler un peu de légèreté à la gravité ressentie, injecter de l'hélium dans des ballons qui, du coup, auraient revêtu une signification diamétralement opposée, celle de l'espoir et de la légèreté de la vie?
Grégoire Polet:
L’euphorie en question dans cette citation, si on se réfère au contexte du roman, est l’euphorie d’avoir gagné 1000 euros. Cette euphorie de la possession l’exile justement de la vie intérieure qui l’intéresse et la jette vers la vie extérieure qui la déçoit, et la pousse à acheter et à s’approprier, “à donner des coups d’euro comme des coups de hache dans le réel pour s’en approprier quelque chose.” Mais Ariana pense que cette euphorie-là en fin de compte ne gonfle que de décevantes baudruches. Avez-vous lu, à ce propos, le passage sur les courses et le shopping dans L’Art français de la guerre, d’Alexis Jenni?
AE: Je ne l'ai pas encore lu mais vais foncer sur ce passage!
Enrobée de mystère, Ariana échappe à la vie et parfois à la logique du lecteur, tel un ballon, gonflé d'hélium vous fausse compagnie. Vous tentez de la cerner de la manière la plus juste, la plus analytique possible; ne vous échappe-t-elle pas, par moments, à vous aussi?
Grégoire Polet: Ariana reflète un changement, une évadée du modèle, et à cause de cela elle subvertit ce modèle et échappe aux grilles habituelles. Après, il y a toutes les circonstances dramatiques de sa psychologie personnelle, qui ne sont certes pas généralisables, et qui la mènent à frôler la limite d’actes terribles. Car Les Ballons d’hélium est d’abord et avant tout un roman d’amour, une histoire d’amour passionnée et tragique.
Ce que j’ai répondu dans cette entrevue ne constitue qu’un commentaire, donne une piste, un éclairage. Mais, évidemment, le roman ne peut pas se résumer à cela.
*************
Invité de la librairie Agora-Libris de la Toison d'Or, ce samedi 10 mars, après-midi, Grégoire Polet se prêta avec sa courtoisie habituelle mais aussi une fougue, animée de passion et d'une sincérité inxoydable au jeu des questions et réponses que votre dévouée lui posa.

Sommée d'accomplir l'appel d'un amour avorté, d'une vie exclusivement intérieure, avec une même sincérité, Ariana échappe à l'ancrage terrien d'une vie programmée, par trop convenue. Cette plongée en elle l'isole du monde tel qu'il vit autour de lui, augmente sa détresse et semble rendre inéluctable l'échappée de la vie.
Riche, à l'instar du roman, d'une variété de lectures et de niveaux d'interprétation, le titre "Ballons d'hélium" s'imposa à l'écrivain, sitôt achevée, l'écriture de pages et d'une pensée qui l' habitent depuis plusieurs années. Un roman - qui semble s'inscrire dans le cyle "nocturne" amorcé avec Chucho - et révèle, sans conteste, l'extraordinaire maturité d'un écrivain, qui, âgé de 33 ans, a déjà publié cinq romans auprès des Editions Gallimard, ainsi qu'un délicieux Petit éloge de la goumandise.
AE
Grégoire Polet (photo: site de la RTBF) était, ce lundi 16 avril, l'invité de Thierry Bellefroid et de sa belle, intéressante, authentique émission "Livrés à domicile" (La Deux). Je vous engage à podcaster la vidéo de l'entretien sur le site de la RTBF :
http://www.rtbf.be/video/v_livres-a-domicile?id=1721086#.T42bCt_EvYE.email
Fidèle à son principe assez génial, l'équipe de Livrés à domicile recevait l'écrivain, dans le salon d'une lectrice, liégeoise, Véronique Pirotton.
Frappant est le naturel qui préside aux échanges, le spectateur se glisse, naturellement, dans le canapé de la conversation. Les avis sont échangés, avec écoute, respect, sans tabou.. selon les principes de la vraie convivialité.
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19 janvier 2012
Au pays des kangourous
" Je vais faire attention à toi, papa. Je vais veiller sur toi. Je ne veux plus que tu te caches dans le lave-vaisselle.(...) Je veux t'entendre rire et sentir tes mains qui me chatouillent ou me soulèvent de terre."
Petit Prince en porte-à-faux d'un monde adulte qui se dérobe à lui, Simon doit gérer, d'un même élan, le départ de sa maman pour l'Australie, la dépression de son père, assortie d'une tentative de suicide et une vie un peu fantasque auprès de Lola, sa grand-mère.
C'est alors qu'il rencontre Lily, une enfant autiste,internée dans l'hôpital où est soigné son papa. En lui offrant son amitié, Lily tend à Simon les clefs d'accès et de compréhension du monde des grandes personnes. Un monde qui renferme un secret douloureux, un secret que Simon n'est peut-être pas prêt à entendre.
Le refuge dans le rêve, marqué typographiquement d'italiques, sera une autre planche de salut, dans l'approche progressive de la vérité. Il nous vaut de très beaux passages, dans lesquels, la métaphore est reine, habillant pudiquement des sentiments qui n'osent s'exprimer.
Une maman préfère-t-elle à son enfant le pays des kangourous?
"Je suis une chaussure qui attend le pied de Carole Ravine. Toutes mes jumelles m'ont assuré que son pied était fait pour moi. Parfois la vendeuse me sort de ma boîte pour une cliente qui a remarqué mon double en vitrine. Je n'ai pas d'yeux pour voir, mais un odorat très puissant me dit que la cliente n'est pas celle que j'espère. Je déforme son pied, j'arrive même à la faire trébucher jusqu'à ce que la vendeuse me range à nouveau dans mon lit. Et le jour où Carole Ravine est entré dans notre magasin, elle m'a choisi sans hésiter. Elle a glissé son pied avec élégance et je l'ai accueilli en connaisseuse. Mes jumelles avaient raison. Ce pied-là est fait pour moi."
Il arrive cependant que le pied dérape...
AE
Au pays des kangourous, Gilles Paris, roman, éditions Don Quichotte, janvier 2012, 250 pp, 18 €
Billet de faveur
AE: Gilles Paris, ce qui rend le roman particulièrement attachant, c'est le regard bienveillant que Simon porte, du haut de ses presque dix ans, sur le monde des "grandes personnes" Un monde qui perd plutôt pied. Quand le pied des adultes dérape, le bal de la vie s'enlise, est-ce à l'enfant d'en régler la chorégraphie?
Gilles Paris: Simon a en effet un regard bienveillant du haut de ses neufs ans, bien qu’il partage parfois l’avis de Lily, cette étrange enfant autiste, qui ne comprend pas toujours les grandes personnes. Après tout « les grandes décisions » se prennent sans son avis et aucun adulte ne sait lui expliquer les aléas de la vie à commencer par la dépression de son père que sa grand-mère Lola qualifie de « grippe ». Ce regard bienveillant il le tient à sa bonne constitution, sa curiosité, son sens de l’optimisme, et sa belle naïveté (au sens positif du terme. Pour la moi la naïveté est une très belle qualité humaine). Oui, je pense qu’il règle la chorégraphie (j’aime bien ce mot) à sa manière, avec ses mots, et dédramatise ainsi les situations difficiles qui, sans sa voix et sa version des faits seraient des plus douloureuses à lire. J’avais envie qu’on puisse avoir un regard différent sur la dépression, un bien vilain mot, une maladie surtout qui fait peur à chacun ou presque. Beaucoup de gens sont sur ce fil tangible entre raison et déraison et un rien peut tout faire basculer d’un jour à l’autre. La dépression est un miroir devant lequel personne, à juste titre, n’a envie de s’arrêter. Toutefois si on prend un peu de temps pour mieux comprendre, peut-être alors aurais-je gagné ce pari difficile qu’on puisse porter un autre regard, bienveillant, un peu comme Simon, très largement aidé par Lily, une fée, un ange gardien – comme on veut-, qui saura lui parler franchement, sans détour, avant la confession ultime du père, seule voix adulte dénouant les fils de la dépression et de l’histoire. L’alternance des rêves que Simon est capable de convoquer et ses conversations avec Lily au sein des hôpitaux donnent un sens à la destinée de Simon qui saura devenir peu à peu un enfant comme les autres, ce que veulent les enfants à cet âge. C’est bien plus tard qu’on aime ou souhaite se distinguer… Mais c’est une autre histoire !
Communiqué de ce mercredi 28 mars: "Le Prix Coeur de France 2012 a été attribué à Gilles Paris pour son roman Au pays des kangourous (éditions Don Quichotte).
Ce prix à vocation littéraire récompense un roman accessible au plus grand nombre. Il sera décerné officiellement le samedi 31 mars à 17 heures au salon du livre de Limoges, par les membres du Jury : Mesdames Madeleine Chapsal, Janine Boissard, Ève Ruggieri, Sonia Rykiel, Régine Deforges, Marie-Paule Barruche, et Messieurs Éric Portais et Gonzague Saint-Bris."
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14 janvier 2012
A raison
Le Belge n'est pas chauvin - il a bien raison. Mais, tout de même, s'il peut s'enorgueillir d'une belle série télévisée made in Brussel et Charleroi, il aurait tort de bouder son plaisir.
J'avais proclamé, en 2009, mon enthousiasme en découvrant les épisodes-pilotes d'"A tort ou à raison", série télévisée judiciaire dont les scénarios, signés notamment de la plume de Marc Uyttendaele, se basent sur des faits vrais. Epris de justice, un quatuor de professionnels et amis, Joëlle, Florence, Mathieu et Yvan - respectivement interprétés par Marianne Basler, Alexandra Vandernoot, Olivier Minne et Bernard Yerlès, tentent de faire valoir la vérité, en des moments où celle-ci n'a que des détracteurs La palette est brillante, le jeu tonique, réaliste est diantrement accrocheur.
Une vraie et belle série (en six épisodes) que je vous invite à découvrir, chaque lundi à 20h20 sur les ondes des la Une (RTBF)
AE
(Copyright photo: Vinciane Pierart)

AE: Bernard Yerlès. Les épisodes-pilotes ont fonctionné sur toute la ligne puisqu'une première saison (gageons qu'il y en aura d'autres...) d'"A tort ou à raison" a vu le jour. C'est important pour vous, de vous produire en notre bon pays?
Bernard Yerlès: Très important. C’est une manière pour moi de m’inscrire dans « mon » champ culturel originel en tant qu’interprète. J’ai une sensibilité de Belge, et elle est différente de la française, légèrement différente mais elle est réelle, et j’ai l’impression parfois qu’elle s’ exprime ici avec plus d’évidence. J’ai cette sensation d’être dans mon environnement, dans ma maison et je m’y sens bien.
Un des grand plaisirs pour moi qui suis parti professionnellement vers la France, a été de retrouver, sur ces épisodes, des anciens partenaires, des anciens élèves (devenus grands) de retrouver des belles complicités , comme celle avec Alain Brunard, le réalisateur, avec qui j’avais travaillé il y a des années… Plus de 130 comédiens belges ont participé à l’aventure. C’est une fierté aussi pour moi de participer à cette première ambitieuse aventure de fiction, 100% belge. Je veux dire, majoritairement belge et conduite par la Rtbf qui affirme par là un positionnement clair sur les fictions de proximité auxquelles elle croit.
Et puis, de manière très pratique, cela me permet de ne pas prendre le Thalys 5x par semaine et de rentrer dans ma maison auderghemoise en un quart d’heure et de profiter d’un quotidien de vie de famille, même si on sait qu’un film et qu’un rôle en action occupe véritablement votre esprit. Par exemple, j’ai pu mettre en scène « Confidences trop intimes » que nous avons créé aux Bozar, durant la même période. J’ai pu aussi être présent à la tournée de notre spectacle « 84 charing cross road » avec ma femme comme interprète… Ma présence à Bruxelles et les trous pendant le tournage ont rendu cela possible. J’en suis heureux , participer à la vie culturelle, riche, de mon pays est une nécessité pour moi, comme être proche des gens que j’aime. J’ai un immense plaisir à être et à travailler à Paris, où la vie culturelle est riche et intense, et j’y ai une socialité très importante, c’est un enrichissement de pouvoir vivre entre Paris et Bruxelles, mais c’est aussi parfois un déchirement de ne pouvoir être des deux côté à la fois.
"A tort ou a raison", je pense, trouve aussi son public dans le fait qu’il reconnaît les personnages et les paysages de cette série, dont chaque histoire « s’inspire » de faits réels. L’identification, et puis le plaisir de se faire prendre par le rythme, le suspens, la richesse des sujets, comme la vie, et pas son résumé simpliste comme on nous le vend trop souvent, montrent aussi que les gens sont réceptifs à la qualité d’un programme comme le nôtre. La vérité, complexe, toujours différente selon le point de vue où l’on se situe, mais véritablement nécessaire et une obsession pour chacun des personnages, est le sujet de fond qui guide cette série, qui, comme je l’espère nous emmènera vers de nombreuses saisons, tant les sujets semblent inépuisables.Une troisième saison est déjà envisagée, d’ailleurs, et en cours d’écriture. J’en suis ravi.
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17 décembre 2011
Bruxelles vue par les grands écrivains

Qu'il est bon de voir Bruxelles décrite sous la plume aimable d'écrivains aussi prestigieux qu'Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Erasme, Colette, Victor Hugo, Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Jacqueline Harpman ...
" La Belgique est un livre d'art magnifique dont [...] les chapitres sont un peu partout, mais dont la préface est à Bruxelles et n'est qu'à Bruxelles. A toute personne qui serait tentée de sauter la préface pour courir au livre, je dirais qu'elle a tort, qu'elle ouvre le livre trop tôt et qu'elle le lira mal" (Eugène Fromentin)
D'autres, tels Châteaubriand, Voltaire ou Baudelaire . règlent son compte d'un mépris bien suspect - forcément subjectif - lui faisant parfois payer le prix d'un exil mal digéré...
Quoi qu’il en soit, ils en parlent de notre chère "cosmopole" , révélant, de leurs écrits, la part sans doute..capitale, qu'elle prit un jour dans leur destinée.
Spécialiste de Bruxelles, du bruxellois, qu'il pratique et enseigne, Georges Lebouc a extrait de sa prodigieuse culture littéraire un florilège de citations, passages, anecdotes...consignant les impressions - variées...- d'écrivains célèbres. La ballade dans la ville est on ne peut plus instructive, qui s'assortit de photos magnifiques.
Décidément, cette fin d'année regorge de bijoux à (se faire) offrir!
Apolline Elter
Bruxelles vue par les grands écrivains, Georges Lebouc- Préface de Jean-Baptiste Baronian, beau livre, éd. Luc pire, novembre 2011, 162 pp, 29 €
Billet de ferveur
AE: Georges Lebouc, quelque quatre-vingts écrivains - et non des moindres - passent sous la loupe passionnante de votre bien allègre plume. Mentionnons aussi le précieux index biographique que vous leur consacrez en fin d'ouvrage. Rares - heureusement - sont les écrivains que Bruxelles laisse indifférents. Avez-vous eu des surprises à cet égard, cherchant vainement les traces d'un quelconque état d’âme?
Georges Lebouc: J’ai, en effet, pour principe, de ne pas étaler mes états d’âme mais puisque vous m’invitez à me « déboutonner », je vous avouerai que la plus surprenante des idées relatives à Bruxelles, je l’ai trouvée sous la plume d’Alfred Jarry, lui qui imagina qu’on pourrait transformer les Vierges à l’Enfant en… vierges au Manneken-Pis. Aggravant son cas, il ajoutait que cela nécessiterait une « canalisation ingénieuse » et, pire encore, justifiait que puisqu’on « met le gaz dans les églises, pourquoi pas l’eau ? ». Il fallait être le créateur d’Ubu pour oser se permettre une idée aussi blasphématoire avec une aussi tranquille impudeur !
AE: vous séjournez à Paris, en ce moment. J'ose espère qu’à son tour, la ville ne vous laisse pas indifférent..
Georges Lebouc: En effet, Paris fut la ville de mes grands-parents et mon père y est né. J’en garde la double nationalité et j’ai écrit, comme mon grand âge m’y autorise, un Paris des jeunes seniors (j’insiste sur jeunes) ouvrage qui me fut commandé par des éditeurs parisiens, étonné que je connaisse certains coins de la Ville Lumière aussi bien qu’eux. Oserais-je écrire « Parfois mieux » sans rougir ?
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15 décembre 2011
La Terre en héritage

Il nous avait enchantés en 2009, avec La mémoire du petit prince (voir chronique du 25 octobre 2099: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2009/10/25/la-memoire-du-petit-prince.html), Jean-Pierre Guéno nous revient en cette fin 2011 avec un (très) beau livre et la complicité de son génial metteur en images, Jérôme Pecnard, magnifique hommage au testament d'Antoine de Saint-Exupéry.
Vous l'aurez compris: le superlatif est de mise.
"Nous vous laissons la Terre en héritage. Puissiez-vous ne jamais arrêter de porter sur elle ce regard neuf qui protège de la vieillesse; puissiez-vous ne pas en faire le désert de nos aigreurs et de notre ingratitude, mais plutôt le nouveau monde de nos rêves et de nos espérances"
Instituant le célèbre écrivain-aviateur, père spirituel de notre écologie contemporaine, Jean-Pierre Guéno revêt le costume marin du Petit Prince et l'esprit de Saint-Exupéry enfant pour délivrer un vibrant message d'amour de notre Terre - de mises en garde aussi - illustré de splendides photos issues de la photothèque d’ Yann Arthus-Bertrand, ainsi que de la Nasa.
Traversant les thématiques de l'eau, la nuit, la ville, la planète (et sa nécessaire sauvegarde), l'auteur choisit d'en montrer les merveilles plutôt que de s'enliser dans un discours culpabilisant. Des extraits d'œuvres (Terre des Hommes, Citadelle, Lettre à un otage, Le Petit Prince, Vol de nuit, ..) et des dessins d'Antoine de Saint-Exupéry jalonnent les chapitres qui révèlent le côté visionnaire de l'écrivain de génie et la rare beauté de cette planète qui nous est donnée..en héritage.
L'écologie se fait admirative, diversifiée, sociale, citoyenne, responsable..visant l'être, atteignant l'âme, au terme d'un ouvrage que je vous recommande particulièrement.
Apolline Elter
La Terre en héritage. Antoine de Saint-Exupéry: Sauver la planète du Petit Prince, Jean-Pierre Guéno (Mise en image Jérôme Pecnard), beau livre, Editions Jacob-Duvernet, oct. 2011, 144 pp, 25,5 €
Billet de ferveur
AE: Jean-Pierre Guéno, révélé par la passion qui vous lie à l'écrivain, le testament d'Antoine de Saint-Exupéry est porteur d'un message fort, extraordinairement positif. Voyez-vous en lui, un nouveau Messie? Un messie porteur d'un message d'éternité et de salut de l'âme?
Jean-Pierre Guéno : Il n’y a pas de messies : uniquement certains hommes de bonne volonté qui à force d’empathie avec les autres hommes arrivent à déduire de leur trajectoire passée le devenir de leur trajectoire future. On les pense visionnaires alors qu’ils ne sont en fait que de fabuleux déducteurs capables de poser leur stéthoscope sur le cœur de l’histoire pour en percevoir les battements et pour projeter ces battements dans l’avenir… Au cœur des années 1930, l’écrivain avait connu les grandes mégalopoles nord et sur américaines. Son œil d’aviateur lui donnait ce recul qui permit 40 ans plus tard aux terriens de comprendre la valeur de leur planète lorsqu’ils en découvrirent les photos prises dans les premiers vol habités de la Nasa, les vols des missions Apollo.
AE: Etes-vous un humaniste? Avançant peu à peu dans la découverte de vos écrits (Les Diamants de l'Histoire, La Vie en toutes lettres, Paroles de détenus, La mémoire du Petit Prince, Paroles de l'Ombre, ..), je suis portée à le croire..
Jean-Pierre Guéno: Notre vie ne s’éclaire que lorsque nous la tournons vers les autres. C’est un peu le message essentiel du créateur du Petit Prince. Je ne cesse de traquer depuis que je suis en état de le faire la petite musique de l’âme des hommes, la vibration de leur âme. Je m’efforce d’être à la fois le passeur de leur mémoire et celui de cette petite musique…
AE: une partie des bénéfices issus de la vente du livre sera versée à la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse. Dotée de parrains prestigieux, tels le docteur Bertrand Piccard, Antoine Gallimard, Xavier Emmanuelli, Patrick Poivre d'Arvor, André Borchberg et Marie-Christine Barrault, ... et vous-même, elle a pour mission de diffuser "les valeurs humanistes universelles d'Antoine de Saint-Exupéry". C'est dire comme votre ouvrage s'inscrit dans cette vocation!
Jean-Pierre Guéno: J’ai divisé par deux les droits habituels qu’un auteur reçoit pour écrire un livre illustré. Cela permet à mon éditeur de verser une partie des recettes de l’ouvrage à la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse. J’ai déduit du livre une exposition de 33 panneaux qui à partir de Février 2012 va faire le tour de notre beau pays. Organisée elle aussi au profit de la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la Jeunesse, elle a été parrainée et financée par le Musée des Lettres et Manuscrits situé 222 Boulevard Saint-Germain à Paris. Grâce au Président de ce Musée, Gérard Lhéritier, l’exposition « La terre en héritage » sera accessible gratuitement au public et comme elle pourra exister à trois exemplaires simultanés, elle devrait avoir un bel impact. Le 21ème siècle est et sera celui de la transmission : transmission de ces valeurs et de ces points de repère dont les jeunes ont tant besoin, à l’heure de la grande Mondialisation et de la grande virtualisation qui parfois donnent le vertige.
Ma citation, ma pépite préférée dans ce livre que j’ai eu tant de plaisir à écrire est tirée de Pilote de Guerre et suffit à résumer le message clef de Saint-Exupéry : « Nul ne peut se sentir à la fois responsable et désespéré ». Si vous vous sentez en déserrance, si vous vous sentez désespéré, tournez-vous vers les autres. Assumez des responsabilités. Devenez à votre manière à votre échelle, devenez un berger : le désespoir et le spleen, si caractéristiques de la société du « tout à l’égo » qui nous encercle, s’envoleront comme par magie !
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10 décembre 2011
Hôtel Hallet signé Horta

Quand, en 1901, Victor Horta (1861-1947) s'attaque à la construction de l'Hôtel, pour son frère de Loge, l'avocat Max Hallet, il a déjà de belles réalisations à son actif: les hôtels Autrique, Van Eetvelde, Tassel, Solvay, ....notamment. Il peut dès lors décliner son génie en toute maturité, s'adaptant, comme chaque fois, aux besoins spécifiques de son commanditaire.
Député socialiste, dévoué à la cause des plus démunis, Max Hallet préfère le raffinement à toute forme d'ostentation.
Le marbre blanc veiné alternera dès lors avec des sols en mosaïque, soutenant, réverbérant la luminosité remarquable des lieux. L'omniprésence de boiseries et de courbes réchauffe le coup d'oeil tandis que l'usage des ferronneries et de métal doré allège le côté imposant des lieux.
De son côté, Madame Hallet, passionnée de fleurs, se verra construire, à l'entresol, un jardin - d'hiver - ...extraordinaire: jaillies de la façade, trois baies vitrées, lobées offrent, sur le jardin extérieur, une perspective en triple cul-de-four. Les radiateurs en épousent les courbes. L'eau de pluie, nécessaire à l'arrosage des plantes, est acheminée dans la pièce par un système des plus ingénieux...signé Horta.
Réalisation majeure de l'architecte de génie, l'Hôtel Hallet est un des rares joyaux rescapés de la destruction ou de transformations indues. Acquis en 2006, par Michel Gilbert, passionné d'Art Nouveau et propriétaire de quatre immeubles Horta, l'hôtel a bénéficié d'une restauration intégrale, dans le plus pur souci de son aspect originel. Il est désormais ouvert au public, sur rendez-vous et théâtre de réceptions privées.
Passionnée par l'oeuvre de Victor Horta, Michèle Goslar signe ici une monographie remarquable: elle intègre la biographie de l'Hôtel Hallet dans la perspective complète de la vie et de l’œuvre de l’architecte mais aussi de l'époque et de l’aménagement de la célèbre avenue Louise. L'occasion rêvée pour le lecteur de rassembler, d'organiser ses connaissances sur le sujet. Les quelque cinquante illustrations soulignent magnifiquement le propos et rendent la visite virtuelle très engageante.
Une lecture hautement recommandée.
A (s')offrir sans hésitation.
Apolline Elter
Hôtel Hallet, signé Horta, Michèle Goslar, Beau-livre, Ed. Avant-Propos, octobre 2011, 96 pp, 24,95 €
Billet de faveur
AE : Michèle Goslar, passionnée de l’œuvre de Victor Horta, vous l’êtes aussi de celle – littéraire – de Marguerite Yourcenar. Rappelons que vous avez créé et que vous dirigez Le Centre international de Documentation Marguerite Yourcenar, à Bruxelles. A part le fait, comme vous le rappelez, que la célèbre écrivain est née, avenue Louise, établissez-vous un lien entre ces deux passions ?
Michèle Goslar : Finalement, Marguerite Yourcenar et Victor Horta ont nombre de points en commun : sens du travail acharné et lent (un livre important tout les dix ans pour Yourcenar, remise sur le chantier de ses constructions pour Horta ; recherche de l’expression la plus « exacte » pour les deux ; audace de la pensée dans les deux cas…) même si c’est le hasard d’une interview de Gérard Valley sur la biographie de Yourcenar qui m’a mise sur la voie de la continuation de l’écriture… et la rencontre du livre sur la Maison du Peuple qui m’a conduite à écrire sur Horta. Loin de l’accident de l’avenue Louise, Yourcenar comme Horta sont, pour moi, deux passions. La seule différence entre eux, pour moi, est que l’une est écrivain et l’autre architecte.
La monographie sur l’hôtel Hallet n’est qu’une excroissance d’un gros ouvrage sur Victor Horta qui doit paraître chez Mercator d’ici peu. J’y ai travaillé pendant 12 ans et c’est Michel Gilbert qui, connaissant cet autre vaste projet, m’a demandé de rédiger un livre sur son hôtel ouvert au public et à divers événements car il n’en existait pas.
AE : L’année 2011 célèbre le 150e anniversaire de la naissance de Victor Horta. Michel Gilbert lui rend un hommage remarquable avec la restauration , parachevée, de l’Hôtel Hallet :
Michèle Goslar : J’ai dédicacé mon gros livre sur Horta à Michel Gilbert qui réalise un travail de restauration remarquable des hôtels qu’il a acquis, construits par l’architecte. Je suis heureuse que le livre sur l’hôtel Hallet soit sorti pour cet anniversaire. J’escomptais que le livre sur la vie et l’œuvre de Horta sortirait aussi en 2011, mais il n’est annoncé que pour mars 2012, afin de le rendre unique, notamment par les illustrations (des plans de toutes les constructions de Horta).
[NDLR: Heureux lecteurs de L'Evénement: Michel Gilbert et Michèle Goslar accueilleront 15 de nos lecteurs , au printemps 2012, pour une visite privée du somptueux Hôtel .]
06:56 Publié dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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26 novembre 2011
Le dernier amour de George Sand
"Voilà peut-être ce que l'on appelle la maturité: le sentiment du bonheur, la capacité d'en jouir, la conscience de sa fragilité."
C'est à la figure d'Alexandre Manceau - le "dernier amour" de George Sand que la biographe Evelyne Bloch-Dano s'attache, dans un essai vivant, brillant, passionnant.
La célèbre écrivain a 45 ans quand Alexandre Manceau entre dans sa vie; il en a 13 de moins. A première vue, il paraît son valet, attentif à ses moindres désirs, lui qui "se met tout entier dans un verre d'eau qu'il m'apporte ou dans une cigarette qu'il m'allume." Mais la relation est bien plus riche qu'il n'y paraît: "seul homme à la mesure de la générosité [sandienne]", Alexandre sera 15 ans durant le compagnon "à la fois homme et femme comme elle", d'une George Sand apaisée, simplement heureuse d'aimer. La période est féconde pour l'écrivain qui publiera alors pas moins de cinquante ouvrages. Seule la mort d'Alexandre, en 1865, rompra l'harmonie du couple.
Au départ de cette période de quinze ans et d'une analyse approfondie du couple Sand - Manceau, Evelyne Bloch-Dano autopsie la relation violente qui unit George Sand à Solange, sa fille: fille présumée de Stéphane d'Ajasson de Grandsagne, Solange restera toute sa vie, « la part d'ombre » (et d'échec) de sa mère.
En parallèle et écho contrasté, la relation tendre, généreuse, passionnée qui lie l'écrivain à son fils chéri, Maurice, alias "Bibi", à ses petits-enfants, dont sa chère Nini, tragiquement décédée, à sa belle –fille, Lina Calamatta - "J'adore ma nouvelle fille » - et à tous ces enfants d'adoption que George Sand couvera de son aile bienveillante.
Et puis, il y a le portrait de Nohant, la demeure qui incarne l'hospitalité légendaire de sa propriétaire (rendez-vous, demain à 17 heures pour un High Tea centré sur un magnifique passage de l'ouvrage). Nohant qui aura vu tant de personnalités de prestige, Balzac, Flaubert, Tourgueniev, Liszt, Marie d'Agoult, Théophile Gauthier, Edmond Plauchut.... s'assoir à sa table, goûter aux joies d'un séjour qui pouvait parfois se prolonger plusieurs années...
Merveilleuse George Sand, sincère, altruiste et entière dans ses engagements.
Une lecture hautement recommandée
Apolline Elter
Le dernier amour de George Sand, Evelyne Bloch-Dano, biographie, Grasset, septembre 2010, 320 pp, 20 €
Billet de ferveur
AE: Evelyne Bloch-Dano, vous voyez en Nohant, la "texture du paysage mental" de George Sand. Le lecteur sent battre le coeur de la demeure, à travers les passages que vous lui consacrez. (Quand) nous concocterez-vous une biographie de Nohant?
Evelyne Bloch-Dano: Ce n’est pas dans mes projets ! J’ai jadis consacré un livre à la maison d’Émile Zola (Le roman d’une maison – Chez les Zola à Médan Payot), mais on a déjà beaucoup écrit sur Médan…
AE: George Sand se serait-elle éprise d'Alexandre Manceau si elle l'avait rencontré, dix ans plus tôt?
Evelyne Bloch-Dano: Comment savoir ? Probablement, non. Dix ans plus tôt, à peu de choses près, elle rencontrait Chopin…
AE: A votre avis, quelle serait la "madeleine de Proust" de George Sand?
Evelyne Bloch-Dano: Je renvoie vos lecteurs au très beau début du chapitre 11 de la deuxième partie de Histoire de ma vie, dans lequel elle évoque la mémoire et les souvenirs d’enfance…
06:31 Publié dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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19 novembre 2011
Je jubilerai jusqu'à 100 ans
" Je dis souvent que le temps qui passe ne pèse que sur les épaules de ceux qui ne savent pas tendre les bras"
Exquise Marthe Mercadier.
S'il est vrai que les épreuves - un an de mutisme absolu, deux ans de paralysie, conséquence d'une chute, l'épreuve de la guerre et, à son insu, de la Résistance- cela vous forge une personnalité, la pétillante octogénaire est la preuve qu'avec un zeste d'envie, on célèbre la vie,... à l'envi.
"En vie...deux mots qui, réunis, n'en font qu'un et pas n'importe lequel: envie."
.Joie de vivre, exubérance parfois éreintante ...sont les leitmotive d'un parcours résolument placé sous le signe de la baraka.
Un parcours que la célèbre actrice trace à l'attention de ses lecteurs, revisitant quelques événements majeurs du XXe siècle et l'engagement social et politique qui est le sien.
Un parcours placé sous le signe de l'amitié qui fait revivre les grands noms des planches et du petit écran, Francis Blanche, Micheline Presle, Jean le Poulain, Michel Serrault, Michèle Morgan, André Bourvil, Fernandel... et autres célébrités tels Edith Piaf, Jacqueline Auriol, Blaise Cendrars, ....
Un parcours dévoué à la générosité, à sa famille aimée, ses animaux chéris, et une jouvence dont cette nouvelle Denise Grey, nous révèle quelques secrets truffés d'humour:
"Il y a encore quelques mois, lorsqu'un moins de vingt ans me reconnaissait dans la rue, cela relevait du miracle...ou de mauvais traitement à enfant de parents fanatiques! Puis, j'ai participé à l'émission de télévision "Danse avec les stars." Depuis, je ne peux plus passer devant un lycée, un collège ou même une école maternelle sans qu'on m'y délivre un sourire ou quelques mots que, faute d'une parfaite audition, j'imagine gentils".
L'adepte des bains de siège glacés et des joggings dans le bois de Boulogne pourrait de la sorte réaliser un voeu qui devient également cher à nos yeux:
"J'aimerais assez atteindre mes quatre-vingt-dix-sept ans. On serait alors en 2025 et je pourrais fêter le cinq centième anniversaire du statut d'actrice."
Une vraie, belle et radieuse leçon de vie.
Apolline Elter
Je jubilerai jusqu'à cent ans. Souvenirs et bons conseils, Marthe Mercadier, avec la collaboration d'Alain Morel, biographie, Flammarion, octobre 2011, 239 pp, 19 €
Billet de saveur
AE: Après cette vibrante et délicieuse plongée dans un parcours pour le moins tonique, nous serions curieux de connaître, chère Marthe Mercadier, votre madeleine de Proust:
Marthe Mercadier: Ma madeleine, ce sont trois personnes qui ont eu une importance toute particulière au cours de mon enfance et durant ma jeunesse (souvenirs renforcés par mes promenades dans Paris) : Napoléon III, Hausmann et Offenbach.
Mes grands-parents m’ont transmis tout ce que Napoléon III et Haussmann ont fait pour la France. Il y a eu beaucoup de joie, d’enthousiasme dans tous les travaux qu’ils ont réalisés pour la France, pour Paris : on en parle peu je trouve, ce qui est bien dommage car cela est vraiment important.
On a dit beaucoup de bien de leurs aménagements dans les villes françaises, on a dit que la France était belle (et elle l’est toujours). Napoléon III et Haussmann ont participé au renouveau de la France, ils ont triplé les réseaux de chemins de fer de notre pays.
Offenbach a, quant à lui, bercé mon enfance : c’était un grand musicien, dès que j’entends une de ses œuvres, je replonge dans mes souvenirs . »
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12 novembre 2011
Cheyenn

La rentrée littéraire est décidément féconde, cette année, qui voit la vitrine de ce blog, regorger de lectures hautement recommandées.
Il faut nous en réjouir.
Et vous mander ce nouveau coup de cœur.
Surnommé "Cheyenn", Sam Montana-Touré, un sans-abri, est retrouvé mort, au fond d'une filature désaffectée. Sans doute a-t-il été assassiné par une bande de skins. De sa vie sur terre, il ne reste que des haillons et les images d'une séquence documentaire prise, quelques mois avant sa mort, par un cinéaste.
Signé de la belle écriture, riche, mélodieuse, inspirée et aspirante de l'écrivain belge François Emmanuel, Cheyenn inscrit une réflexion, une déontologie de la prise de vues et de la propriété artistique: l'intrusion d'une caméra dans la vie d'un SDF - Cheyenn- impose au narrateur une responsabilité posthume écrasante: répondre à l'attente muette d'un regard saisi par hasard.
"Cette image je la porte en moi désormais, il suffit que je ferme les yeux pour que j'en revoie le détail: sa face hirsute, son harnachement de sacs plastique dont les bandoulières de corde se croisent sur son gilet matelassé et son accoutrement d'Indien d'Amérique avec des cordelettes qui lui barrent le front, une patte de chat en pendentif, des morceaux de fourrure qui balancent au bout de ses tresses, tout un attirail qui donnerait envie de rire si son regard n'était là fixe et tremblant, tout en terreur dépassée, comme s'il me disait prenez-moi maintenant, c'est moi que vous devez prendre, c'est pour moi que vous êtes venu."
Véritables tableaux, instantanés d'atmosphère, les descriptions du narrateur, cinéaste, sont quête d'âme. Il lui faut à tout prix remonter le passé de Cheyenn, comprendre les raisons de sa déchéance sociale, de son assassinat, pour que la vie de ce dernier ne reste pas lettre morte, étiquette glacée attachée à un corps non réclamé.
"Je m'étais dit que mon film était devenu la seule marque d'identité sociale d'un homme qui n'avait pas encore de nom, était simplement désigné comme un sans-abri de peau métissée."
Un rendez-vous raté qui se meut en une magnifique prise de vie.
Apolline Elter
Cheyenn, François Emmanuel, roman, Le Seuil, août 2011, 128 pp, 14 €
Billet de faveur
AE: François Emmanuel, avec ce très beau récit, nourri du souffle de votre plume et d'une réflexion sur le rôle de l'image, est-ce une certaine culture journalistique, avide d'émotion facile et superficielle que vous mettez sur la sellette ?
François Emmanuel: Pour moi Cheyenn est un livre qui parle avant tout du lien social. Il s’y applique par la négative, en tentant de redonner une humanité à un homme qui est exclu de tout lien. Pour arriver à ses fins le cinéaste documentariste doit certes passer outre une forme de culture journalistique dominante mais aussi toute une série d’intervenants professionnels qui ne peuvent donner de Cheyenn que la « vérité », inscrite dans leur propre discours et formatée par celui-ci. Poussée ici à l’extrême c’est sans doute la difficulté de tout témoignage artistique.
AE: vous portez un regard respectueux, réfléchi sur les SDF, cette "communauté du bout de la vie", un regard, passerelle d'humanité. Est-ce à l'inverse notre absence de regard, notre indifférence qui déshumanise les sans-abri?
François Emmanuel: Cheyenn s’est évidemment exclu lui-même autant qu’il a été exclu. Une fois qu’ils sont passés de l’autre côté, dans cette zone inhabitable de nos villes, nous sommes bien mal à l’aise pour tenter de redonner une présence humaine à ces errants d’aujourd’hui. La médiation du documentaire permet d’entrer (ici
a posteriori) dans le temps de cet homme mais bien sûr c’est à travers ce support, cette distanciation, qu’elle le réintroduit à nos yeux dans l’humanité qui nous est commune.

Rencontre avec François Emmanuel, ce jeudi 16 février à 20 heures, au Café de la Boule Rouge, rue des fripiers, 3 à Namur - renseignements:
06:27 Publié dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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15 octobre 2011
Messie malgré tout
" Le vieil homme qui buvait avec nous ce soir-là ne faisait pas partie de ma troupe. Il n'avait pas non plus l'allure des touristes habituels de mon concurrent. Cheveux et barbe en broussaille, la peau très pâle, un peu moite, il ressemblait à une saucisse de Francfort dont la date de péremption était largement dépassée".
Le ton est donné.
Pas facile pour le Messie (mais si, c'est lui) d'atterrir en notre troisième millénaire, embryonnaire. Vieillard barbu, affublé d'un âne, il débarque là où on ne l'attend pas.De toutes façons, on ne l'attend guère et plutôt que d'affronter une opposition musclée, il ne rencontre qu'indifférence feutrée.
Dix nouvelles, couronnées d'un retour à Jérusalem, offrent au vieil homme tant d'étapes à travers le monde - Buenos Aires, Bonn, Bruxelles, Odessa, Venise, l'Andalousie ...- à la rencontre de son prochain et de son quotidien.
Loufoque, burlesque et comique se confrontent que sous-tend une reflexion sur notre société contemporaine: sommes-nous prêts à recevoir le message que le Messie entend nous délivrer?
AE
Messie malgré tout, Alain Berenboom, recueil de nouvelles, Editions Genèse, sept.2011, 144 pp, 17 €
Alain Berenboom sera l'invité de la Librairie La Licorne à Uccle) jeudi 17 novembre, à 12 heures et du "Litt&Lunch" (AE) offert à dix lecteurs du magazine l'Evénement. Renseignements et inscriptions: L'Evénement d'octobre .
Billet de faveur
AE: Alain Berenboom, "votre" messie, vieux et barbu, symbolise-t-il la (ré)conciliation de la religion juive et catholique? Les catholiques n’attendent pas plutôt le retour d’un homme, jeune - certes barbu - âgé de 33 ans?
Alain Berenboom: mon personnage est le messie tel que je l’imagine depuis mon enfance, à travers les histoires que me racontaient à ce sujet mon père et la lecture de l’ancien testament.
Dans mon esprit, mon propos est plus fantaisiste que religieux. Je ne crois pas (ou alors c’était inconscient) avoir envisagé ces histoires comme portant un message religieux et en tout cas il n’y est pas question dans mon esprit de la religion catholique (le messie à deux ou trois reprises s’étonne d’ailleurs de l’existence de Jésus qu’il ne connait pas apparemment ! )
AE: L'indifférence - l'apathie même - que rencontre le Messie, est-elle plus grand fléau de notre société contemporaine?
Alain Berenboom:Non, c’est plutôt le manque de fantaisie. J’aimais bien ce slogan de 1968 : "L’imagination au pouvoir."
L’indifférence est le résultat d’un manque de volonté de réfléchir, de se cultiver, d’imaginer, pour relancer la civilisation
AE: En quoi consiste votre madeleine de Proust?
Alain Berenboom:Le souvenir de ma maman et de mon papa
06:46 Publié dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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08 octobre 2011
Pierre Bergé, le faiseur d'étoiles

" C'est ainsi que dans une chambre d'hôpital naît ce qui deviendra l'une des plus belles histoires de la couture française. Qui aurait pu imaginer que le jeune affranchi de La Rochelle et un créateur de génie à la santé fragile formeraient un couple devenu légendaire."
"Jeune affranchi de La Rochelle", "Rastignac d'Oléron, d'Yves Saint Laurent, le célèbre compagnon, Pierre Bergé cultive un certain hermétisme. Pour preuve, il n'a pas cautionné la publication de cette biographie - brillante - que lui consacre la journaliste Béatrice Peyrani.
Qu'à cela ne tienne, la vie de l'autodidacte de génie se révèle en tous points passionnante: "Monté" à Paris, sans bac, le natif d'Oléron rencontre, à l'aube des ses vingt ans, le peintre, Bernard Buffet. Epris, les jeunes gens s'en iront vivre huit années en Provence qui verront l'art de Bernard Buffet et sa montée en cotation, décuplée par l'énergie d'une relation fusionnelle. Car c'est le trait majeur qui jaillit du portrait de Pierre Bergé: pygmalion inspiré, il offre le tapis rouge de la notoriété et... de la fortune, à ceux dont il "manage"' le destin. La rencontre avec Yves Saint Laurent scellera la constitution d'un empire majeur de la mode.
" Si Yves, tel un général, se lance dans la grande bataille de la mode, Pierre, en Mazarin de l'ombre, entend déjà hisser la maison Yves Saint Laurent au firmament des étoiles de la haute couture."
Une relation qui durera quarante années, ponctuées de bonheur, de crises et de ruptures jusqu'à la séparation fatale que constitueront le décès d'Yves Saint Laurent et la vente, en 2009, de la collection Bergé- Saint Laurent.
Ami de Giono, de Jean Cocteau, de François Mitterand, Pierre Bergé se serait volontiers vu écrivain; la vie le guidera en d'autres sphères qui le propulsera à l'inauguration et aux commandes de l'Opéra Bastille, du Globe et du journal Le Monde, dont il est le récent copropriétaire.
Rarement homme de l'ombre aura été si solaire.
Apolline Elter
Pierre Bergé. Le faiseur d'étoiles. Béatrice Peyrani, essai, éd. Pygmalion, sept.2011382 pp, 22 €
Billet de faveur
AE: Béatrice Peyrani, c'était un exercice particulièrement périlleux d'écrire la biographie d'un personnage vivant, sans sa caution. Cela incite ceux qui l'ont approché à une prudente réserve lorsque vous les interrogez. Pensez-vous que dans le chef de Pierre Bergé, cette mise à distance est indifférence, faute de temps ou coquetterie?
Béatrice Peyrani: Pierre Bergé n’est pas homme à se retourner sur son passé. Cette enquête qui m’a permis pendant plus de deux ans d’interroger prés d’une centaine de personnes- jusqu’à d’anciens camarades de lycée à La Rochelle me l’a démontré, rien ne compte plus pour Bergé que le présent et le futur. A bientôt 81ans, le faiseur d’étoiles n’est pas prêt à gaspiller une minute de son temps pour la nostalgie. Comme à l’aube de ses 18 ans, il semble toujours impatient de se lancer dans de nouvelles entreprises et a visiblement fait sien le conseil de son ami Cocteau, "Il ne s’agit pas d’être admiré, mais d’être incontournable". Incontournable, le coactionnaire du journal Le Monde l’est évidemment dans une France de nouveau en pleine campagne électorale.
AE: Avez-vous eu un écho, une réaction de Pierre Bergé depuis la parution de l'ouvrage?
Béatrice Peyrani: A ce jour pas encore. Mais je sais que plusieurs de ses proches sont en train de le lire.
AE : Pouviez-vous trouver meilleure enseigne pour publier la biographie de Pierre Bergé qu’un éditeur répondant au nom de .. « Pygmalion » ?
Béatrice Peyrani: « Pygmalion », un nom rêvé bien sûr et idéal pour la biographie d’un faiseur d’étoiles !
06:21 Publié dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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01 octobre 2011
Le petit livre à offrir en guise de rayon de soleil
parce qu'il n'y a pas que les antidépresseurs pour voir la vie en rose.

" Ce livre est un tapis roulant de rayons de soleil mis en page au lieu d'être mis en barquettes. Il y en a des jaunes, des rouges, des bleus (chacun sait que les rayons de soleil sont multicolores). On attrape celui qui nous tente, et on en fait son beurre."
Pas besoin d'avoir le blues, le moral en berne, de pédaler dans le cirage ou la choucroute ni même de broyer du noir pour se délecter de ce petit guide inventif orchestré par la pétillante Raphaëlle Vidaling.
Prenant à bras le corps (à corps) les situations qui ternissent quotidien et entrain, auteurs et graphiste vous proposent, en toute solidarité de:
- renommer les stations de métro
- vous désalterer jusqu'à plus soif de compliments
- vous gaver de tartes postales
-baptiser vos doigts de pieds de sobriquets charmants
- rester bien au chaud sous la couette avec un kit d'excuses, prêtes à l'emploi.
Si d'aventure, malgré ces pages radieuses, il n'y a plus sombre héros que vous:
" Si parfois tu te sens nul,
incapable, tout petit dans l'univers
et déprimé, n'oublie pas une chose:
un jour, tu as été le plus rapide
et le meilleur spermatozoïde
de ta bande...
Tu as les gènes d'un GAGNANT!"
Apolline Elter
Le petit livre à offrir en guise de rayon de soleil, parce qu'il n'y a pas que les antidépresseurs pour voir la vie en rose, textes de Raphaëlle Vidaling et Sébastien Onoz, Tana Editions, août 2011, 128 pp, 14,9 €
Billet de faveur:
AE : Ce « petit livre à offrir en guise de rayon de soleil » fait passer notre quotidien du noir et blanc à la couleur. Est-ce dire que nous en avons tous besoin ?
Raphaële Vidaling : Oui. On a tous eu l'occasion de remarquer qu'une personne dépressive devient autocentrée, ne voit plus rien du monde, ne parle que de ses problèmes. Par contraste, le salut pour retrouver sa bonne humeur, quand on est juste un peu déprimé (je sais que la vraie dépression est une maladie plus sérieuse…) ne peut passer que par l'ouverture, l'attention au monde extérieur. Je crois qu'on y trouve toujours des détails capables de nous "enchanter à pas cher".
AE : Quelle chanson (ou air de musique) vous vient à l’esprit quand vous évoquez ce PLAO tout neuf ?
Raphaële Vidaling : Récemment, j'ai eu l'occasion de réveiller une amie venue m'aider à faire des travaux à la campagne (une superbe mosaïque de douche "à la Niki de Saint-Phalle", une accumulation de petits objets étanches collectés de-ci de-là ces derniers mois). On s'était promis de nous lever à l'aube pour être très efficaces. Pour la réveiller, je lui ai mis Charles Trenet "Bonjour bonjour les hirondelles, y a de la joie !" Ça a marché impec pour la faire lever !
06:48 Publié dans Billet de faveur, Bon plan, Cadeau(x), Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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24 septembre 2011
Le musée des Lettres et Manuscrits à Bruxelles
Affirmons-le d'emblée: l'inauguration du Musée des lettres et manuscrits, ce 22 septembre, à Bruxelles, suscite notre entière adhésion. (Photo: MLMb)
Venu droit de Paris, Gérard LHéritier, Président du Musée des lettres et manuscrits établi au Bd Saint-Germain, portait sur les fonds baptismaux, ce nouveau-né belge, premier d'un projet d'expansion européen. Un "petit frère" qui aura une dynamique propre et une vocation belge - et bilingue- affichée.
Investissant l'immeuble des anciens établissements Van Schelde, au coeur des Galeries Royales Saint-Hubert, le musée offre deux étages et quelque 500 m² au bonheur de ses visiteurs: un rez-de-chaussée, dévolu aux expositions temporaires - l'exposition inaugurale est consacrée à Georges Simenon* - et un étage dédié aux collections permanentes (néanmoins mobiles) selon une déclinaison thématique littéraire, artistique, historique, musicale et scientifique. Les lettres et manuscrits revêtent la signature de personnages majeurs, tels Voltaire, Rousseau, Marcel Proust, Colette, Hergé, René Magritte, Napoléon Ier, Mozart, Chopin, Freud, Albert Einstein...) offrant au regard medusé une proximité quasi charnelle avec leur prestigieux scripteur. A l'heure du numérique et du courrier virtuel, nous ne pouvons que saluer la valeur de ce patrimoine et l'empathie graphologique que suscite la découverte des écritures.

Lettre de René Magritte à la galériste Yvonne Zervos (5 mars 1958) dans laquelle le peintre consigne des instructions pour l'exposition d'un tableau (© Coll. privée/Musée des lettres et manuscrits, Bruxelles.)
Nouveauté technologique: des video-guides sont à disposition des visiteurs, qui proposent trois parcours: la collection permanente, l'exposition temporaire et un parcours spécialement conçu pour les enfants. Aux commentaires "audio" diffusés sous le casque succède la projection " à la carte" de séquence filmées, qui rendent la visite particulièrement vivante.
Sobre, lumineuse et engageante, alliant acier, verre et la chaleur du stratifié, la scénographie invite à la découverte sereine et ..émue de trésors inestimables.
Apolline Elter
* Rendez-vous ce dimanche 25 septembre sur le blog pour un compte rendu de la visite de l'exposition consacrée à l'écrivain d'origine liégeoise.
Informations pratiques:
Musée des lettres et manuscrits - Galerie du Roi, 3 - 1000 Bruxelles - Tél.: 02.346.52.06
Site web: www.mlmb.be
Horaires d'ouverture:
Du mardi au dimanche, de 10h à 19h
Nocturnes: le samedi, jusqu'à 20h et le jeudi jusque 21h30.
A lire: le magazine PLUME - magazine du patrimoine écrit (www.plume-mag.com) consacre un dossier événement à l'ouverture du Musée des lettres et manuscrits belges et à l'exposition consacrée à Georges Simenon. A la clef, un entretien avec son fils John et un portrait de l'écrivain à travers son regard.
Plume: sept.-oct-novembre 2011 (en vente au MLMb ainsi que dans certains kiosques - possibilité d'abonnements)
Billet de faveur
Parrain du musée, Mark Eyskens, Professeur émérite et Ministre d'Etat, nous fait l'honneur d'un billet de faveur:
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17 septembre 2011
Des vies d'oiseaux

Il séjournait dans un coin de votre esprit, vous le retrouvez comme un vieil ami, le phrasé de Véronique Ovaldé, balancelle rythmée, oscillant d'une quête analytique et sans fin, vers l'expression de la vérité. La vérité des âmes.
"...Taïbo avait cette sorte de pudeur qui lui interdirait toujours d'être plus qu'un lieutenant de police dans une ville désertée la moitié de l'année, il ne pouvait simplement pas poser la question qui fâchait, pris qu'il était d'une empathie encombrante."
Appelé à enquêter sur l'occupation clandestine de villas en l'absence de leurs riches occupants, le lieutenant Taïbo fait la connaissance de Vida Izzara.
Paloma, la fille de cette dernière, s'est envolée, quittant le nid familial et la magnifique propriété de Villanueva Nueva où résident ses parents.
Cette fuite est l'occasion pour Vida Izzara de remettre sa propre existence en question et de fuir la cage dorée dans laquelle Gustavo, son mari, la comprime.
Au départ d'une intrigue minimaliste - il n'est question pour les protagonistes que d'éprouver les ailes de leur liberté - Véronique Ovaldé aspire le lecteur dans la spirale d'une narration rythmée, majestueusement imagée.
Apolline Elter
Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé, roman, Editions de L'Olivier, août 2011, 238 pp, 19 €
Billet de faveur
AE : Véronique Ovaldé , la métaphore aviaire traverse le roman : Paloma désigne la « colombe » en espagnol, ses parents vivent dans une villa climatisée, véritable cage, dont on ne peut ouvrir les fenêtres, Vida a une cervelle d’oiseau – du moins aux yeux de son mari – et son père, atteint d’Alzheimer, tente de démêler les fils d’un « cerveau aux repères volatils ». Le récit en devient presque une allégorie. Comment s’est-elle imposée à vous ?
Véronique Ovaldé : c’est en prenant le petit recul que donne la lecture de son propre manuscrit que je me suis rendu compte que mon roman était habité par des oiseaux. Que leur nature volatile, légère, tragique, joyeusement périssable se déployait au fur et à mesure de l’histoire.
AE : Paloma s’interroge : « Il n’y a donc jamais d’autre solution que de partir ? » Faut-il obligatoirement quitter le nid (familial) pour connaître la liberté ? Pour accéder à une meilleure connaissance de soi ?
Véronique Ovaldé : La rupture, le départ, la disparition me semblent nécessaires et souvent inacceptables. Il faut, me semble-t-il, se défaire de ses liens et revenir sans cesse à notre nature solitaire…
AE : En quoi consiste votre madeleine de Proust ? (C’est la question rituelle de nos billets de faveur)
Véronique Ovaldé : En voici quelques-unes en vrac :Le Dix de Balenciaga, le cri des martinets, Luis Mariano, le bruit du ressac assourdi par le plomb d’un soleil à son midi, les cheveux électriques quand on enfile un col roulé en polyester, l’odeur de la gouache…
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