19 novembre 2011

Je jubilerai jusqu'à 100 ans

je-jubilerai-jusqu-a-100ans.jpg" Je dis souvent que le temps qui passe ne pèse que sur les épaules de ceux qui ne savent pas tendre  les bras"

Exquise Marthe Mercadier.

S'il est vrai que les épreuves - un an de mutisme absolu, deux ans de paralysie, conséquence d'une chute, l'épreuve de la guerre et, à son insu,  de la Résistance- cela vous forge une personnalité, la pétillante octogénaire est la preuve qu'avec un zeste d'envie, on célèbre la vie,... à l'envi.

"En vie...deux mots qui, réunis, n'en font qu'un et pas n'importe lequel: envie."

.Joie de vivre, exubérance parfois éreintante ...sont  les leitmotive d'un parcours résolument placé sous le signe de la baraka.

Un parcours que la célèbre actrice trace à l'attention de ses lecteurs, revisitant quelques événements majeurs du XXe siècle et l'engagement social et politique qui est le sien.

Un parcours placé sous le signe de l'amitié qui fait revivre les grands noms des planches et du petit écran, Francis Blanche, Micheline Presle, Jean le Poulain, Michel Serrault, Michèle Morgan, André Bourvil, Fernandel... et autres célébrités tels  Edith Piaf, Jacqueline Auriol, Blaise Cendrars, ....

Un parcours dévoué à la générosité, à sa famille aimée, ses animaux chéris, et une jouvence dont cette nouvelle Denise Grey,  nous révèle quelques secrets truffés d'humour:

"Il y a encore quelques mois, lorsqu'un moins de vingt ans me reconnaissait dans la rue, cela relevait du miracle...ou de mauvais traitement à enfant de parents fanatiques! Puis, j'ai participé à l'émission de télévision "Danse avec les stars." Depuis, je ne peux plus passer devant un lycée, un collège ou même une école maternelle sans qu'on m'y délivre un sourire ou quelques mots que, faute d'une parfaite  audition, j'imagine gentils".

L'adepte des bains de siège glacés et des joggings dans le bois de Boulogne pourrait de la sorte réaliser un voeu qui devient également cher à nos yeux:

"J'aimerais assez atteindre mes quatre-vingt-dix-sept ans. On serait alors en 2025 et je pourrais fêter le cinq centième anniversaire du statut d'actrice."

Une vraie, belle et radieuse leçon de vie.

Apolline Elter

Je jubilerai jusqu'à cent ans. Souvenirs et bons conseils, Marthe Mercadier, avec la collaboration d'Alain Morel, biographie, Flammarion, octobre 2011, 239 pp, 19 €

Billet de saveur

AE: Après cette vibrante et délicieuse plongée dans un parcours pour le moins tonique, nous serions curieux de connaître, chère Marthe Mercadier, votre madeleine de Proust:

Marthe Mercadier:  Ma madeleine, ce sont trois personnes qui ont eu une importance toute particulière au cours de mon enfance et durant ma jeunesse (souvenirs renforcés par mes promenades dans Paris) : Napoléon III, Hausmann et Offenbach.

Mes grands-parents m’ont transmis tout ce que Napoléon III et Haussmann ont fait pour la France. Il y a eu beaucoup de joie, d’enthousiasme dans tous les travaux qu’ils ont réalisés pour la France, pour Paris : on en parle peu je trouve, ce qui est bien dommage car cela est vraiment important.

On a dit beaucoup de bien de leurs aménagements dans les villes françaises, on a dit que la France était belle (et elle l’est toujours). Napoléon III et Haussmann ont participé au renouveau de la France, ils ont triplé les réseaux de chemins de fer de notre pays.

Offenbach a, quant à lui, bercé mon enfance : c’était un grand musicien, dès que j’entends une de ses œuvres, je replonge dans mes souvenirs . »

12 novembre 2011

Cheyenn

 

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La rentrée littéraire est décidément féconde, cette année, qui voit la vitrine de ce blog, regorger de lectures hautement recommandées.

 

Il faut nous en réjouir.

 

Et vous mander ce nouveau coup de cœur.

 

Surnommé "Cheyenn", Sam Montana-Touré, un sans-abri, est retrouvé mort, au fond d'une filature désaffectée. Sans doute a-t-il été assassiné par une bande de skins. De sa vie sur terre, il ne reste que des haillons et les images d'une séquence documentaire prise, quelques mois avant sa mort,  par un cinéaste.

 

Signé de la belle écriture, riche, mélodieuse,  inspirée et aspirante de l'écrivain belge François Emmanuel, Cheyenn inscrit  une réflexion, une déontologie de la prise de vues et  de la propriété artistique: l'intrusion d'une caméra dans la vie d'un SDF - Cheyenn- impose au narrateur une responsabilité posthume écrasante: répondre à l'attente muette d'un regard saisi par hasard.

 

"Cette image  je la porte en moi désormais, il suffit que je ferme les yeux pour que j'en revoie le détail: sa face hirsute, son harnachement de sacs plastique dont les bandoulières de corde  se croisent sur son gilet matelassé et son accoutrement d'Indien d'Amérique avec des cordelettes qui lui barrent le front, une patte de chat en pendentif, des morceaux de fourrure qui balancent au bout de ses tresses, tout un attirail qui donnerait envie de rire si son regard n'était là fixe et tremblant, tout en terreur dépassée, comme s'il me disait prenez-moi maintenant, c'est moi que vous devez prendre, c'est pour moi que vous êtes venu."

 

Véritables tableaux, instantanés d'atmosphère, les descriptions du narrateur, cinéaste, sont quête d'âme. Il lui faut à tout prix remonter le passé de Cheyenn, comprendre les raisons de sa déchéance sociale, de son assassinat,  pour que la vie de ce dernier ne reste pas lettre morte, étiquette glacée attachée à un corps non réclamé.

 

"Je m'étais dit que mon film était devenu la seule marque d'identité sociale d'un homme qui n'avait pas encore de nom, était simplement désigné comme un sans-abri de peau métissée."

 

Un rendez-vous raté qui se meut en une magnifique prise de vie.

 

Apolline Elter

 

Cheyenn, François Emmanuel, roman, Le Seuil, août 2011, 128 pp, 14 €

 

Billet de faveur

 

AE: François Emmanuel, avec ce très beau récit, nourri du souffle de votre plume et d'une réflexion sur le rôle de l'image,  est-ce une certaine culture journalistique, avide d'émotion facile et superficielle que vous mettez sur la sellette ?

 

 François Emmanuel: Pour moi Cheyenn est un livre qui parle avant tout du lien social. Il s’y applique par la négative, en tentant de redonner une humanité à un homme qui est exclu de tout lien. Pour arriver à ses fins le cinéaste documentariste doit certes passer outre une forme de culture journalistique dominante mais aussi toute une série d’intervenants professionnels qui ne peuvent donner de Cheyenn que la « vérité », inscrite dans leur propre discours et formatée par celui-ci. Poussée ici à l’extrême c’est sans doute la difficulté de tout témoignage artistique.

 

AE: vous portez un regard respectueux, réfléchi sur les SDF, cette "communauté du bout de la vie", un regard, passerelle d'humanité. Est-ce à l'inverse notre absence de regard, notre indifférence qui  déshumanise les sans-abri?

 

François Emmanuel: Cheyenn s’est évidemment exclu lui-même autant qu’il a été exclu. Une fois qu’ils sont passés de l’autre côté, dans cette zone inhabitable de nos villes, nous sommes bien mal à l’aise pour tenter de redonner une présence humaine à ces errants d’aujourd’hui. La médiation du documentaire permet d’entrer (ici

 

a posteriori) dans le temps de cet homme mais bien sûr c’est à travers ce support, cette distanciation, qu’elle le réintroduit à nos yeux dans l’humanité qui nous est commune.

 

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Rencontre avec François Emmanuel, ce jeudi 16 février à 20 heures, au Café de la Boule Rouge, rue des fripiers, 3 à Namur - renseignements:

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 L'écrivain se prêta avec une exquise complaisance au jeu des questions  (AE) - réponses et lectures d'extraits .
 
La soirée se termina par une lecture de la "madeleine" de François Emmanuel et de la dégustation de madeleines...de Proust.
AE

15 octobre 2011

Messie malgré tout

9782930585055FS.jpg" Le vieil homme qui buvait avec nous ce soir-là ne faisait pas partie de ma troupe. Il n'avait pas non plus l'allure des touristes habituels de mon concurrent. Cheveux et barbe en broussaille, la peau très pâle, un peu moite, il ressemblait à une saucisse de Francfort dont la date de péremption était largement dépassée".

Le ton est donné.

Pas facile pour le Messie (mais si, c'est lui) d'atterrir  en notre troisième millénaire, embryonnaire. Vieillard barbu, affublé d'un âne, il débarque là où on ne l'attend pas.De toutes façons, on ne l'attend guère et plutôt que d'affronter une opposition musclée, il ne rencontre qu'indifférence feutrée.

Dix nouvelles, couronnées d'un retour à Jérusalem, offrent au vieil homme tant d'étapes à travers le monde - Buenos Aires, Bonn, Bruxelles, Odessa, Venise, l'Andalousie ...- à la  rencontre de son prochain et de son quotidien.

Loufoque, burlesque  et comique se confrontent que sous-tend une reflexion sur notre société contemporaine: sommes-nous prêts à recevoir le message que le Messie entend nous délivrer?

AE

Messie malgré tout, Alain Berenboom,  recueil de nouvelles, Editions Genèse, sept.2011, 144 pp, 17 €

 

  Alain Berenboom sera l'invité de la Librairie La Licorne à Uccle)  jeudi 17 novembre, à 12 heures et du "Litt&Lunch" (AE)  offert à dix lecteurs du magazine l'Evénement. Renseignements et inscriptions: L'Evénement d'octobre .

  Billet de faveur

AE: Alain Berenboom, "votre" messie, vieux et barbu, symbolise-t-il la (ré)conciliation de la religion juive et catholique? Les catholiques n’attendent pas plutôt le retour d’un homme, jeune  - certes barbu -  âgé de 33 ans?

Alain Berenboom: mon personnage est le messie tel que je l’imagine depuis mon enfance, à travers les histoires que me racontaient à ce sujet mon père et la lecture de l’ancien testament.

Dans mon esprit, mon propos est plus fantaisiste que religieux. Je ne crois pas (ou alors c’était inconscient) avoir envisagé ces histoires comme portant un message religieux et en tout cas il n’y est pas question dans mon esprit de la religion catholique (le messie à deux ou trois reprises s’étonne d’ailleurs de l’existence de Jésus qu’il ne connait pas apparemment ! )

AE: L'indifférence - l'apathie même -  que rencontre le Messie, est-elle plus grand fléau de notre société contemporaine?

Alain Berenboom:Non, c’est plutôt le manque de fantaisie. J’aimais bien ce slogan de 1968 : "L’imagination au pouvoir."

L’indifférence est le résultat d’un manque de volonté de réfléchir, de se cultiver, d’imaginer, pour relancer la civilisation

AE: En quoi consiste votre madeleine de Proust?

Alain Berenboom:Le souvenir de ma maman et de mon papa

 

 

08 octobre 2011

Pierre Bergé, le faiseur d'étoiles

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" C'est ainsi que dans une chambre d'hôpital naît ce qui deviendra l'une des plus belles histoires de la couture française. Qui aurait pu imaginer que le jeune affranchi de La Rochelle et un créateur de génie à la santé fragile formeraient un couple devenu légendaire."


"Jeune affranchi de La Rochelle", "Rastignac d'Oléron, d'Yves Saint Laurent, le célèbre compagnon,  Pierre Bergé cultive un certain hermétisme. Pour preuve, il n'a pas cautionné la publication de cette biographie  - brillante - que lui consacre  la journaliste Béatrice Peyrani.

 

Qu'à cela ne tienne, la vie de l'autodidacte de génie se révèle en tous points passionnante: "Monté" à Paris, sans bac, le natif d'Oléron rencontre, à l'aube des ses vingt ans, le peintre, Bernard Buffet.  Epris, les jeunes gens s'en iront vivre huit années en Provence qui verront l'art de Bernard Buffet et sa montée en cotation, décuplée par l'énergie d'une relation fusionnelle. Car c'est le trait majeur qui jaillit du portrait de Pierre Bergé: pygmalion inspiré, il offre le tapis rouge de la notoriété et... de la fortune, à ceux dont il "manage"' le destin.  La rencontre avec Yves Saint Laurent scellera la constitution d'un empire majeur de la mode.

" Si Yves, tel un général, se lance dans la grande bataille de la mode, Pierre, en Mazarin de l'ombre, entend déjà hisser la maison Yves Saint Laurent au firmament des étoiles de la haute couture."

Une relation qui durera quarante années, ponctuées de bonheur, de crises et de ruptures jusqu'à la séparation fatale que constitueront le décès d'Yves Saint Laurent et la vente, en 2009, de la collection Bergé- Saint Laurent.

Ami de Giono, de Jean Cocteau, de François Mitterand, Pierre Bergé se serait volontiers vu écrivain; la vie le guidera en d'autres sphères qui le propulsera  à l'inauguration et aux commandes de l'Opéra Bastille, du Globe et du journal Le Monde, dont il est le récent copropriétaire.

Rarement homme de l'ombre aura été si solaire.

Apolline Elter

Pierre Bergé. Le faiseur d'étoiles. Béatrice Peyrani, essai, éd. Pygmalion, sept.2011382 pp, 22 €

Billet de faveur

AE: Béatrice Peyrani, c'était un exercice particulièrement périlleux d'écrire la biographie d'un personnage vivant, sans sa caution. Cela incite ceux qui l'ont approché à une prudente réserve lorsque vous les interrogez. Pensez-vous que dans le chef de Pierre Bergé, cette mise à distance est indifférence, faute de temps ou coquetterie?

Béatrice Peyrani: Pierre Bergé n’est pas homme à se retourner sur son passé. Cette enquête qui m’a permis pendant plus de deux ans d’interroger prés d’une centaine de personnes- jusqu’à d’anciens camarades de lycée à La Rochelle me l’a démontré, rien ne compte plus pour Bergé que le présent et le futur. A bientôt 81ans, le faiseur d’étoiles n’est pas prêt à gaspiller une minute de son temps pour la nostalgie. Comme à l’aube de ses 18 ans, il semble toujours impatient de se lancer dans de nouvelles entreprises et a visiblement fait sien le conseil de son ami Cocteau, "Il ne s’agit pas d’être admiré, mais d’être incontournable". Incontournable, le coactionnaire du journal Le Monde l’est évidemment dans une France de nouveau en pleine campagne électorale.

AE: Avez-vous eu un écho, une réaction de  Pierre Bergé depuis la parution de l'ouvrage?

Béatrice Peyrani: A ce jour pas encore. Mais je sais que plusieurs de ses proches sont en train de le lire.

AE : Pouviez-vous trouver meilleure enseigne pour publier la biographie de Pierre Bergé qu’un éditeur répondant au nom de .. « Pygmalion » ?

Béatrice Peyrani: « Pygmalion », un nom rêvé bien sûr et idéal pour la biographie d’un faiseur d’étoiles !

 


01 octobre 2011

Le petit livre à offrir en guise de rayon de soleil

parce qu'il n'y a pas que les antidépresseurs pour voir la vie en rose.

 

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" Ce livre est un tapis roulant de rayons de soleil mis en page au lieu d'être mis en barquettes. Il y en a des jaunes, des rouges, des bleus (chacun sait que les rayons de soleil sont multicolores). On attrape celui qui nous tente, et on en fait son beurre."

Pas besoin d'avoir le blues, le moral en berne, de pédaler dans le cirage ou la choucroute ni même de broyer du noir pour se délecter de ce petit guide inventif orchestré par la pétillante Raphaëlle Vidaling.

Prenant à bras le corps (à corps) les situations qui ternissent quotidien et entrain, auteurs et graphiste vous proposent, en toute solidarité de:

- renommer les stations de métro

- vous désalterer jusqu'à plus soif de compliments

- vous gaver de tartes postales

-baptiser vos doigts de pieds de sobriquets charmants

-  rester bien au chaud sous la couette avec un kit d'excuses, prêtes à l'emploi.

Si d'aventure, malgré ces pages radieuses, il n'y a plus sombre héros que vous:

" Si parfois tu te sens nul,

incapable, tout petit dans l'univers

et déprimé, n'oublie pas une chose:

un jour, tu as été le plus rapide

et le meilleur spermatozoïde

de ta bande...

Tu as les gènes d'un GAGNANT!"

 

Apolline Elter

 

Le petit livre à offrir en guise de rayon de soleil, parce qu'il n'y a pas que les antidépresseurs pour voir la vie en rose, textes de Raphaëlle Vidaling et Sébastien Onoz, Tana Editions, août 2011, 128 pp, 14,9 €

 

Billet de faveur:

AE : Raphaële Vidaling, vous dirigez la collection des PLAO (Petits livres à offrir) auprès des Editions Tana, laquelle compte une bonne vingtaine de titres à son actif (www.lepetitlivreaoffrir.fr). Des guides qui pétillent de bonne humeur, de fantaisie et d’inventivité. Vous en faites une attitude existentielle ?
Raphaële Vidaling : Oui, j'ai eu la chance de créer cette collection "sur mesure" pour pouvoir écrire dedans à ma guise, donc, bien sûr, le choix du ton me ressemble. Le regard que je porte sur les choses qui m'entourent cherche naturellement l'insolite, le poétique, l'astucieux. J'aime faire feu de tout bois, me réjouir d'un alignement de pigeons qui forme un dessin, d'une station de métro dont je trouve une belle anagramme, d'une association de couleurs inspirante entre les vestes de deux passants qui n'avaient rien à faire côte à côté…

 

AE : Ce « petit livre à offrir en guise de rayon de soleil » fait passer notre quotidien du noir et blanc à la couleur. Est-ce dire que nous en avons tous besoin ?

Raphaële Vidaling : Oui. On a tous eu l'occasion de remarquer qu'une personne dépressive devient autocentrée, ne voit plus rien du monde, ne parle que de ses problèmes. Par contraste, le salut pour retrouver sa bonne humeur, quand on est juste un peu déprimé (je sais que la vraie dépression est une maladie plus sérieuse…) ne peut passer que par l'ouverture, l'attention au monde extérieur. Je crois qu'on y trouve toujours des détails capables de nous "enchanter à pas cher".

 

AE : Quelle chanson (ou air de musique) vous vient à l’esprit quand vous évoquez ce PLAO tout neuf ?

Raphaële Vidaling : Récemment, j'ai eu l'occasion de réveiller une amie venue m'aider à faire des travaux à la campagne (une superbe mosaïque de douche "à la Niki de Saint-Phalle", une accumulation de petits objets étanches collectés de-ci de-là ces derniers mois). On s'était promis de nous lever à l'aube pour être très efficaces. Pour la réveiller, je lui ai mis Charles Trenet "Bonjour bonjour les hirondelles, y a de la joie !" Ça a marché impec pour la faire lever !

24 septembre 2011

Le musée des Lettres et Manuscrits à Bruxelles

document.jpgAffirmons-le d'emblée: l'inauguration du Musée des lettres et manuscrits, ce 22 septembre, à Bruxelles,  suscite notre entière adhésion. (Photo: MLMb)

Venu droit de Paris, Gérard LHéritier, Président du Musée des lettres et manuscrits établi au Bd Saint-Germain, portait sur les fonds baptismaux, ce nouveau-né belge, premier d'un projet d'expansion européen. Un "petit frère"  qui aura une dynamique propre et une vocation belge - et bilingue-  affichée.

Investissant l'immeuble des anciens établissements Van Schelde, au coeur des Galeries Royales Saint-Hubert, le musée offre deux étages et quelque 500 m² au bonheur de ses visiteurs: un  rez-de-chaussée,  dévolu aux expositions temporaires - l'exposition inaugurale est consacrée à Georges Simenon* - et un étage dédié aux collections permanentes (néanmoins mobiles) selon une déclinaison thématique littéraire, artistique, historique, musicale et scientifique. Les lettres et manuscrits revêtent la signature de personnages majeurs, tels  Voltaire, Rousseau, Marcel Proust, Colette, Hergé, René Magritte, Napoléon Ier, Mozart, Chopin, Freud, Albert Einstein...) offrant au regard medusé une proximité quasi charnelle avec leur prestigieux scripteur. A l'heure du numérique et du courrier virtuel, nous ne pouvons que saluer la valeur de ce patrimoine et l'empathie graphologique que suscite la découverte des écritures.

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Lettre de René Magritte à la galériste Yvonne Zervos (5 mars 1958) dans laquelle le peintre consigne des instructions pour l'exposition d'un tableau  (© Coll. privée/Musée des lettres et manuscrits, Bruxelles.)

  Nouveauté technologique: des video-guides sont à disposition des visiteurs, qui proposent trois parcours: la collection permanente, l'exposition temporaire et un parcours spécialement conçu pour les enfants. Aux commentaires "audio"  diffusés sous le casque succède la projection " à la carte"  de séquence filmées, qui rendent la visite particulièrement vivante.

Sobre, lumineuse et engageante, alliant acier, verre et la chaleur du stratifié,  la scénographie invite à la découverte sereine et ..émue de trésors inestimables.

Apolline Elter

* Rendez-vous ce dimanche 25 septembre sur le blog pour un compte rendu de la visite de l'exposition consacrée à l'écrivain d'origine liégeoise.

 Informations pratiques:

Musée des lettres et manuscrits - Galerie du Roi, 3 - 1000 Bruxelles - Tél.: 02.346.52.06

Site web: www.mlmb.be

Horaires d'ouverture:

Du mardi au dimanche, de 10h à 19h

Nocturnes: le samedi, jusqu'à 20h et le jeudi jusque 21h30.

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A lire: le magazine PLUME  - magazine du patrimoine écrit (www.plume-mag.com) consacre un dossier événement à l'ouverture du Musée des lettres et manuscrits belges et à l'exposition consacrée à Georges Simenon. A la clef, un entretien avec son fils John et un portrait de l'écrivain à travers son regard.

Plume: sept.-oct-novembre 2011 (en vente au MLMb ainsi que dans certains kiosques - possibilité d'abonnements)

 

Billet de faveur

 Parrain du musée, Mark Eyskens, Professeur émérite et Ministre d'Etat, nous fait l'honneur d'un billet de faveur:

 

AE: Mark Eyskens, Ministre d'Etat, Docteur en Droit, en Economie, Professeur émérite à la K.U.L, Académicien, peintre, écrivain de langue néerlandaise et française,..-et je ne trace ici qu'une partie de vos activités - vous avez été choisi comme parrain du Musée des Lettres et Manuscrits. Quelle part réservez-vous à l'écriture manuscrite au sein de votre intense activité?
 
Prof.em. Mark Eyskens:"J'écris par ce que j'en ressens le besoin. Le besoin d'informer, d'expliquer, d'argumenter. Et de transcender le temps et l'espace. Les paroles écrites se coagulent et recèlent une  étincelle d'éternité. Dans nos sociétés complexes toutefois il y a manifestement pléthore de démagogues et pénurie de pédagogues.
 Il est émouvant de lire des textes parfois écrits dans un passé lointain et de ressentir la respiration de l'écrivain sourdre d'entre les lignes  L'écriture est l'expression la plus individuelle du moi  à la recherche de l'autre et de son altérité. Le lecteur parachève mentalement chaque phrase de son auteur ou la récrée en lui donnant un autre sens. 
Les historiens de l’histoire universelle considèrent l'invention de l'écriture comme le déclenchement de la civilisation humaine. Mais depuis six mille  ans beaucoup de choses se sont passées. L'imprimerie, développée par Johannes Gutenberg au XVe siècle, donna un formidable impact  à la diffusion des idées et des écrits de l'homme. Les splendides incunables devinrent des objets de collection. Aujourd'hui, grâce aux fabuleuses découvertes de la science et des technologies nous assistons à un bouleversement fondamental en ce qui concerne la communication et l'information interindividuelle. La digitalisation conquiert le monde. Rares sont les lettres encore manuscrites et les auteurs font appel à l'écran de leur ordinateur plutôt que de se confier à la  déconcertante  page blanche. Conserver les écrits devient un devoir de mémoire urgent de notre société à fin qu’elle puisse  porter témoignage et transmettre un message pour l'avenir de notre société. Un manuscrit révèle l'ADN spirituel de l'auteur et un musée qui s'y consacre constitue une espèce de génome intellectuel salutairement tentaculaire, capable d'ériger les générations futures en héritières d'un passé à transmettre comme un flambeau inextinguible. Mohamed n'avait probablement  pas tort quand il dit : « l'encre du savant est aussi précieuse que le sang du martyr ».

 

07:13 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur, L'Epistolière | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

17 septembre 2011

Des vies d'oiseaux

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Il séjournait dans un coin de votre esprit, vous le retrouvez comme un vieil ami, le phrasé de Véronique Ovaldé, balancelle rythmée, oscillant d'une quête analytique et sans fin, vers l'expression de la vérité. La vérité des âmes.

"...Taïbo avait cette sorte de pudeur qui lui interdirait toujours d'être plus qu'un lieutenant de police dans une ville désertée la moitié de l'année, il ne pouvait simplement pas poser la question qui fâchait, pris qu'il était d'une empathie encombrante."

Appelé à enquêter sur l'occupation clandestine de villas en l'absence de leurs riches occupants, le lieutenant Taïbo fait la connaissance de Vida Izzara.

Paloma, la fille de cette dernière, s'est envolée, quittant le nid familial et la magnifique propriété de Villanueva Nueva où résident ses parents.

Cette fuite est l'occasion pour Vida Izzara de remettre sa propre existence en question et de fuir la cage dorée dans laquelle Gustavo, son mari, la comprime.

Au départ d'une intrigue minimaliste - il n'est question pour les protagonistes que d'éprouver les ailes de leur liberté - Véronique Ovaldé aspire le lecteur dans la spirale d'une narration rythmée, majestueusement  imagée.

Apolline Elter

Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé, roman, Editions de L'Olivier, août 2011, 238 pp, 19 €

 

 

Billet de faveur

 

AE : Véronique Ovaldé , la métaphore aviaire traverse le roman : Paloma désigne la « colombe » en espagnol, ses parents vivent dans une villa climatisée, véritable cage,  dont on ne peut ouvrir les fenêtres, Vida a une cervelle d’oiseau – du moins aux yeux de son mari – et son père, atteint d’Alzheimer, tente de démêler les fils d’un « cerveau aux repères volatils ».  Le récit en  devient presque une allégorie. Comment s’est-elle imposée à vous ?

Véronique Ovaldé :  c’est en prenant le petit recul que donne la lecture de son propre manuscrit que je me suis rendu compte que mon roman était habité par des oiseaux. Que leur nature volatile, légère, tragique, joyeusement périssable se déployait au fur et à mesure de l’histoire.

 

AE : Paloma  s’interroge : « Il n’y a donc jamais d’autre solution que de partir ? » Faut-il obligatoirement quitter le nid (familial) pour connaître la liberté ? Pour accéder à une meilleure connaissance de soi ?

Véronique Ovaldé : La rupture, le départ, la disparition me semblent nécessaires et souvent inacceptables. Il faut, me semble-t-il, se défaire de ses liens et revenir sans cesse à notre nature solitaire…

 

AE : En quoi consiste votre madeleine de Proust ? (C’est la question rituelle de nos billets de faveur)

Véronique Ovaldé : En voici quelques-unes en vrac :Le Dix de Balenciaga, le cri des martinets, Luis Mariano, le bruit du ressac assourdi par le plomb d’un soleil à son midi, les cheveux électriques quand on enfile un col roulé en polyester, l’odeur de la gouache…

 

 

10 septembre 2011

Du domaine des murmures

du-domaine-des-murmures-224341-100-160.jpgPlonger dans le XIIe siècle et le quotidien d'une recluse, la jeune Esclarmonde, qui paie d'un enfermement à vie le prix de sa liberté intérieure,  peut sembler, à première vue, incongru. C'est compter sans l'enchantement d'une très belle plume, celle de Carole Martinez et d'une puissance narrative, féérique.

Promise à Lothaire de Montfaucon, la jeune châtelaine du Domaine des Murmures commet l'affront irréparable de ne pas s'engager à ses côtés, le jour de son mariage. Offerte au Christ dans une quête mystique de liberté paradoxale, elle fait construire une chapelle aux Murmures, dotée d'une cellule où elle sera emmurée à jamais. La communication avec le monde se limitera à une fenestrelle grillagée de barreaux. Violée, le jour de sa mort au monde, elle accouchera d'un petit Elzéar, plus de neuf mois après; il n'en faut pas plus pour que la légende de sa virginité naisse de concert et se propage: les pèlerins accourent de toutes contrées, en quête de sa bénédiction. Du reste, le taux de mortalité diminue de façon spectaculaire à l’entour des Murmures.

" J'étais posée comme une borne à la croisée des mondes."

Oscillant entre la sainteté, la pureté mystique et... l'hérésie, la vie de la jeune maman est remplie de la présence de Dieu, des pèlerins et de son nourrisson, tandis que son père, à jamais éprouvé par un démon intérieur, s'en va aux Croisades.

"Je ne pensais pas accomplir de vrais miracles, mais je ne pouvais nier la démission de la mort. Car les gens du pays ne mourraient toujours pas. Nul n'expirait sur les terres des Murmures et, à l'exception de quelques étrangers, on n'y avait plus enterré personne depuis ma réclusion. Et voilà ce que je ne m'expliquais pas."

Un Moyen Age rendu étonnamment vivant, par l'élégance d'un style contemporain et la distillation fine de quelques tournures d'époque. Envoûté par la magie de la narration, le lecteur se sent aspiré dans le récit, ses péripéties, enveloppé chaudement dans le froid cocon d'une robe de pierre.

Apolline Elter

Du domaine des Murmures, Carole Martinez, roman, Galliamrd, août 2011, 202 pp, 16,9 €

Billet de ferveur

AE : Carole Martinez, le roman d’Esclarmonde, résonne comme celui de la liberté ultime : refuser le destin tracé par sa famille pour vivre le choix de l’emmurement à vie et de la mort au monde. Le « phénomène » des emmurées était-il fréquent au Moyen Age ?

 

Carole Martinez :Il était courant. Les villes avaient toutes leurs recluses et les habitants leur lançaient du pain pour les remercier de leurs prières. Les emmurées volontaires venaient de toutes les classes sociales et la taille de leur cellule était variable, certaines pouvaient communiquer avec l’extérieur, d’autres pas. A Rome, on dénombrait plus de 200 recluses au début du XIV ème siècle. La dernière recluse romaine est d’ailleurs morte, il y a une vingtaine d’années après quarante ans de réclusion.

 AE : Esclarmonde n’est pas une sainte : elle vit ses doutes, ses passages à vide, avec sincérité. C’est ce qui nous la rend étonnamment proche malgré son choix de vie et l’époque qu’elle incarne. Mais tout de même, ce n’était pas un pari gagné que de nous entraîner dans une expérience à ce point mystique. Comment l’argument s’est-il imposé à vous ?

Carole Martinez : J'ai cherché dans la grande Histoire des femmes des figures qui pourraient m'inspirer. J'aime les portraits de femmes et j'en voulais six pour représenter les différentes voies d'émancipation ou même de pouvoir que les femmes s’étaient frayées au fil du temps. La voie mystique a été l'une de ces voies, certaines béguines, certaines recluses ont réussi à acquérir une forme de puissance. Puis le marteau de l'hérésie et, plus tard, celui des sorcières se sont abattus reléguant le sacré féminin du côté de l'obscur et du mal.

Certes, Esclarmonde s’imagine qu’elle vivra loin du monde dans un tête à tête avec le divin, mais ce qu’elle découvre dans sa cellule, c’est son corps, sa chair, ses sens. Elle ne gagne pas la solitude, mais recueille les confidences de tous ces pèlerins qui viennent jusqu’à sa fenestrelle et, loin de se retrancher de son siècle, elle s’y plonge et en devient le témoin privilégié. Tout s’inverse. La jeune « morte » est infiniment vivante. Voilà ce que je voulais travailler : la beauté du monde à hauteur d’homme (ou de femme).

J'avais envie de me tenir en équilibre sur une petite surface, d'éliminer l’insignifiant pour pénétrer au plus profond d’un être, pour ressentir la moindre brise. Esclarmonde contemple le monde, elle ne s’en détache pas, elle se laisse progressivement absorber par l’ici-bas. Elle s’éloigne de la sainte pour se rapprocher de la fée. Il y a un monde entre les deux. C’est cette distance là qui m’intéresse.

« Ses repas ravivaient en moi une palette de goûts dont la réclusion grise m’avait sevrée »

 AE : Un magnifique passage décrit les repas qu’Esclarmonde donne à son bambin et la résurgence d’une sorte de madeleine de Proust. De quel ordre est la vôtre ?

 Carole Martinez : Les mantécaos et le créponne. La merveilleuse cuisine de ma grand-mère.

 Prix Goncourt des Lycéens 2011: un label qui a le souffle frais et vrai d'une lecture qui laisse des traces ..

03 septembre 2011

La faute de goût

9782742799503FS.jpg« Le début des vacances résonne dans la gare et dans ma tête. J’attends que l’on vienne me chercher, mon sac à mes pieds. Le préau de l’arrivée brûle sous un soleil impassible. »

 D’emblée, le ton est donné, le décor, campé : le  lecteur est  propulsé  au sein de la famille de Mathilde, la narratrice, et du château que son grand-père gère, en indivision avec ses quatre belles-sœurs : «  J’ai couru ici. La maison de mon arrière grand-père rassemble quatre générations et fait le plein la semaine du 15 août. »

 Observatrice lucide et bienveillante de ce microcosme familial, aux mœurs joyeuses, élégantes et convenues, la narratrice esquisse une délicieuse galerie de portraits et de conversations croisées, traçant, d’un style maîtrisé, gracieusement imagé, des fresques d’atmosphère et peintures d’ambiance savoureuses.

 Un bémol s’immisce , insidieux,  dans la partition familiale : mu d’un élan de générosité inconsidérée,  Paul,  le grand-père, a proposé à Rosana, la bonne, l’accès à la piscine…..

 « Rosana et mes grands-tantes s’accordent ce mépris patiné de longues années de cohabitation froide et d’intérêts réciproques.

 La faute de goût ?

  Un premier roman court et brillant, qui résonne comme un coup de maître.

 Apolline Elter

 La faute de goût, Caroline Lunoir, roman, Actes Sud – Un endroit où aller, août 2011, 114  pp, 16 €

 

Billet de faveur

 

AE : Caroline Lunoir,  ce premier roman, qui fleure bon la France et une certaine société « vieille France », vous l’avez écrit, tandis que vous résidiez à Boston. Était-ce par nostalgie du pays ? Mue par la lucidité que procurent les séjours à l’étranger ?

Caroline Lunoir : Je ne me suis effectivement jamais sentie aussi française qu'aux Etats-Unis, comme cela arrive souvent. Frappée par les inégalités de la société américaine, écrire "La faute de goût" a été ma façon de réfléchir, en écho, à celles de la société française et, en particulier, à la permanence des statuts qui me semblent la structurer.

AE : Certains vous comparent (déjà.. !) à Anna Gavalda. Sans doute pour l’ironie tendre, amusée, bienveillante, qui teinte vos portraits.  Comment ressentez-vous cette comparaison ?

Caroline Lunoir : Je suis confuse de devoir avouer que je n'ai jamais lu de roman d'Anna Gavalda, même si la couverture de ses livres est familière à  tout usager du métro... Il ne me reste donc plus qu'à courir acheter "Ensemble, c'est tout"!

AE : votre madeleine de Proust est –elle enfouie au fond d’une vieille demeure familiale ?

Caroline Lunoir: C'est vrai que l'on emporte avec soi les lieux qui incarnent une permanence dans notre vie ou recèlent les moments qui nous ont façonnés. Ma madeleine réside cependant moins dans des murs que dans une sensation: celle de la confiance sereine, presqu'alanguie, qui libère la parole lors de longues conversations au creux d'un après-midi ou d'une veillée.

 

 

27 août 2011

Rien ne s'oppose à la nuit

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Retenez ce titre, énigmatique, tout droit jailli de la célèbre chanson d'Alain Bashung ,"Osez Joséphine" car il ouvre les pages d'un roman magnifique. Bouleversant. Un roman fort de la rentrée littéraire. Je vous le recommande sans restriction aucune.

Un roman? Vraiment?

« J’écris  à cause du 31 janvier 1980 »

« Lucile est devenue cette femme fragile, d’une beauté singulière, drôle, silencieuse, souvent subversive, qui longtemps s’est tenue au bord du gouffre, sans jamais le quitter tout à fait des yeux, cette femme admirée, désirée, qui suscita les passions, cette femme meurtrie, blessée,  humiliée, qui perdit tout en une journée et fit plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, cette femme inconsolable, coupable à perpétuité,  murée dans sa solitude. »

Découvrant le cadavre de Lucile, sa mère, cinq jours après son suicide, la narratrice entreprend de reconstruire sa vie, au départ des témoignages qu'elle peut rassembler à son sujet: photos, lettres, fragments de manuscrits, souvenirs ancrés dans la mémoire familiale, ... Il lui faut, pour ce faire, étirer le fil d’une jeunesse, en apparence  joyeuse et bohème, au sein d’une fratrie nombreuse et d’une famille un peu fantasque.

«  J 'aurais voulu donner à lire les multiples étés que Liane et Georges ont passés avec leurs enfants sur les plages du sud, en France, en Italie ou en Espagne, cette capacité que Georges avait de vivre au-dessus de ses moyens, de dénicher des endroits  à sa démesure et au moindre coût, d’y entraîner sa tribu, sur laquelle se greffait toujours quelque cousin jugé pâlichon ou voisin carencé en globules rouges. » 

Mais derrière l’imagerie d’Epinal des grandes tablées familiales, bruyantes et enjouées,  se tissent les éléments d’une malédiction et d’un naufrage inéluctable. En point de mire, Georges, patriarche de la famille Poirier, dont le portrait, contrasté, porte en lui, le germe des dérives.

Oscillant entre l’émotion forte de descriptions denses et construites –  l’écriture de Delphine  de Vigan est précise, travaillée, loyale …royale, son style, lumineux - et le soulagement amusé de descriptions légères, comiques de scènes de la mythologie familiale, le lecteur se sent peu à peu aspiré dans la tribu « Poirier », ses non-dits, son humanité.

L’hommage tragique, honnête et beau d’une fille à sa mère

A découvrir de toute évidence. Un ouvrage-phare et fort de la rentrée littéraire. De votre bibliothèque personnelle.

Apolline Elter

Rien ne s’oppose à  la nuit, Delphine de Vigan, roman, JC Lattès, 438 pp, 19 €

Prix littéraires: Prix du roman Fnac (31.8.2011)

 

Billet de ferveur

 

« J’écris ce livre parce que j’ai la force aujourd’hui de m’arrêter sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, mon énergie, ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l’ombre. »

AE : Delphine de Vigan, à plusieurs reprises, vous vous interrogez sur le bien-fondé de votre démarche ; avoir mené à bien (à tellement bien…) la rédaction de ce récit vous apporte-t-il cette sérénité escomptée ?

Delphine de Vigan : Je n’envisageais pas l’écriture de ce livre comme une démarche thérapeutique mais il est vrai qu’il s’est imposé à moi comme quelque chose d’incontournable. Je suis fière que ce livre existe, c’est important pour moi d’être allée au bout. En tant qu’auteur, il me semble que chaque livre achevé est une victoire, celui-ci peut-être un peu plus qu’un autre.

AE : Votre sœur, vos tantes.., ont collaboré à votre entreprise. Comment accueillent-elles la publication ?

Delphine de Vigan: Ma sœur est la seule à avoir lu le texte sur manuscrit et elle est la seule qui aurait pu m’arrêter dans ma démarche. J’ai modifié quelques détails à sa demande. Les frères et sœurs de ma mère ont accueilli le livre avec beaucoup de chaleur, de respect pour mon travail d’écriture malgré leurs inquiétudes. Ils ont été formidables.

AE : Dans l’ombre de Georges, le patriarche, le tout-puissant, abusif et attachant   « cet homme  qui aurait pu se contenter d’être un père merveilleux », il y a Liane, lumineuse grand-mère, dont le portrait (il ne manque à son prénom que le « p » d’Epinal)  a juste un goût de « trop peu » : une femme amoureuse, stoïque et soumise, sportive, excentrique et généreuse, mère de famille nombreuse, …. Saura-t-on jamais ce qu’elle a  réellement  enduré à travers les épreuves et deuils que la vie lui a réservés ?

Delphine de Vigan : Non, nous ne le saurons jamais. Ma grand-mère était, je crois, telle que je la décris et mes proches ont aimé ce portrait d’elle, haut en couleurs au sens propre du terme. Ma grand-mère était la personne la plus solaire, la plus lumineuse que j’ai rencontrée, la plus limpide en apparence. Sa foi et sa candeur l’ont protégée, et son énergie n’avait d’égale que sa gaité. Mais elle abritait aussi sans aucun doute une part d’ombre, à laquelle nous avons rarement eu accès. Il est évident qu’elle a beaucoup souffert. Elle avait décidé une bonne fois pour toutes de se tenir debout, et, consciemment ou pas, de ne pas voir un certain nombre de choses qui l’auraient littéralement tuée.

AE : Il y a Georges, il y a Pierremont. LA maison familiale, sa salle de bains bleue, sa cuisine jaune et ses  grandes tablées familiales, toutes générations confondues. Qu’est-elle aujourd’hui devenue ?

Delphine de Vigan : Lorsque ma grand-mère est morte, la maison était en très mauvais état. Aucun des frères et sœurs de ma mère n’avait les moyens de l’entretenir. Elle a été mise en vente et elle était préemptée par la Mairie. Comme je le raconte dans le livre, cette maison se trouve (ou se trouvait) dans le prolongement d’une route et le projet de la raser pour prolonger cette route existait depuis des années. Mon grand-père s’est énormément battu pour l’éviter. Une fois achetée par la Mairie, il était prévu que la maison soit rasée. Aucun de nous ne s’est renseigné pour savoir si cela avait déjà été fait. Je crois que l’idée est trop douloureuse.

AE : Quelle est votre madeleine de Proust ?

Delphine de Vigan : en ce qui concerne Pierremont et ma famille, ma madeleine s’appelle le Gâteau Anna. C’est un gâteau aux fruits que ma grand-mère faisait et que nous faisons tous, avec beaucoup de beurre !

 

06:27 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |

18 août 2011

Tuer le père

9782226229755FS.jpgUne rentrée littéraire sans Amélie Nothomb se révèlerait aussi incongrue qu'un pain sans sel,  une vigne sans raisin, un beaujolais sans  mention de nouveauté. Notre compatriote ne faillit pas à ses obligations, qui propose, ce 18 août, la parution d'un nouvel opus,  au titre assassin, "Tuer le père"

Et le lecteur d'appréhender  le pire (scénario), Oedipe et compagnie. ...

Mais encore.

Rejeté par Cassandra,  sa mère, le jeune Joe Whip se fait aussitôt adopter par un jeune couple, Norman, célèbre magicien et Christina, sa délicieuse compagne, au demeurant, danseuse du feu. Il apprendra aux côtés de Norman, l'art de la magie et les principes éthiques qui le soutiennent.

"...la magie déforme la réalité dans l'intérêt de l'autre, afin de provoquer en lui un doute libérateur."

Les années pourraient s'écouler paisibles et sans arrière-pensées; ce serait faire fi de la complexité mentale de Joe, l'(anti-)héros et de sa décision inébranlabre"de construire [sa] vie sur une parole"

Les lecteurs seront partagés en deux camps  les uns jugeant qu'Amélie Nothomb joue par trop avec... le feu et la logique de thèmes sophistiqués, les autres saluant le côté implacable du même raisonnement, la divine plume qui le sous-tend et l'approche fascinée de disciplines peu usuelles: la magie et la danse du feu; sans oublier le côté planant de substances hallucinogènes.... Bien qu'ancré dans la ville de Reno - USA, Etat du Nevada -  et une époque récente, le récit revêt des allures de conte qui échappe à la temporalité. C'est la magie nothombienne, celle même qui ne se contente pas de ne tuer le père ...qu'une seule fois.

Apolline Elter

Tuer le père, Amélie Nothomb, roman, Albin Michel, août 2011, 152 pp, 16 €

Billet de faveur

AE: Esthétique du feu, de la magie et leur éthique corollaire, le jeu, la tricherie, la drogue, l'abandon, l'adoption, la passion amoureuse, participent de la riche thématique du roman. Le tout sur fond d'une monstrueuse ingratitude et d'un renversement des générations. Sont-ce les fils qui créent les pères ?

Amélie Nothomb:

Bien sûr, rien n'est pire pour un père que d'être rejeté par son fils. Le fils fonde la paternité  plus que l'inverse.

04 août 2011

Jury

9782226221353FS.jpg"Je raconterai cette histoire, la rencontre de six femmes que le hasard a enfermées dans un bocal pour une période donnée, comme des souris de laboratoire dont les comportements seront minutieusement étudiés. Six cultures éloignées, six vécus, six âges différents. Six femmes sélectionnées par des hommes, six femmes en lumière, chacune dans son domaine, projetées hors de leur environnement habituel, qui vont passer une semaine dans les mêmes conditions, avec la même fonction, et accoucher ensemble d'un palmarès qui leur ressemblera, pour le meilleur et pour le pire."

Lumineuse Macha Méril.

Invitée à présider le jury d'un festival du cinéma - féminin -  à Salé (Maroc), l'actrice française se réjouit de retrouver,  de la sorte, la terre de son enfance. Les faits s'inscrivent en septembre 2010. L'écrivain y saisit l'occasion d'un retour sur elle-même, évoque son engagement au service du cinéma et  la genèse de la "Nouvelle Vague" qui consacra le début de sa carrière. Elle trace, avec brio, le portrait de ses cinq compagnes du jury et la lente éclosion d'une tendresse amusée. L'irruption de Sandro, son compagnon, à Salé,  chamboulera le cours des événements, le cours de sa vie. L'occasion pour l'écrivain de se livrer à une analyse lucide, honnête et percutante - Macha Méril ne s'encombre pas de langue de bois - de la vie de couple.

Princière Macha Méril.

Jury, Macha Méril, roman, Albin Michel, juin 2011, 238 pp, 17 €

Billet de ferveur

AE : Macha Méril, ce récit dont vous maîtrisez les lignes –brillamment  - confirme cette force positive que nous vous connaissons (et admirons..).  Avoués sans tabou, vos  moments de faiblesses sont aussitôt  - suprême courtoisie - maîtrisés.  Faites-vous un point d’honneur de cette attitude ?

Macha Méril : Je ne sais pas, ça m'est naturel. Je ne pense pas que les faiblesses soient honteuses, au contraire. Ce sont elles qui nous font progresser.

Comme les chagrins. On avance, de chagrin en chagrin. Autant le faire avec grâce!

 AE : Avez-vous revu, l’une ou l’autre des membres du Jury de Salé ? Ont-elles réagi – les francophones, du moins -  à la publication de l’ouvrage ?

Macha Méril : Je vois la Portugaise. C'est une cinéaste de talent. Elle présente son nouveau film à Venise. Elle s'est amusée à me lire, et si nous faisons le film (il en est question), elle jouera peut-être son propre rôle, comme moi.

Les autres sont loin, j'ignore si elles m'ont lue. Le français n'est pas leur langue. J'ai bien sûr changé leurs prénoms.

 AE : Question rituelle de nos billets de faveur, pouvez-vous nous évoquer votre «madeleine de Proust » ?

Macha Méril : J'ai un pincement au coeur chaque fois que je sens l'odeur de néflier.

C'était mon fruit préféré quand j'étais petite au Maroc. J'ai demandé à un parfumeur de me faire une bougie d'ambiance avec cette fragrance!

 ***************

[Ndlr: un billet de ferveur que je vous invite à prolonger, si vous ne l'avez pas encore fait, de l'entretien accordé à Nicky Depasse: http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/archive/2011/07/06... ]

29 juillet 2011

Escapade gastronomique

anniversaire Martine 005.jpgC'est une escapade gourmande sur le blog de Joëlle Rochette que je vous propose en cette fin du mois de juillet qui déjà voit s'écouler la moitié de vacances bien arrosées...

Spécialiste ès "art de vivre en Epicurie" la  critique gastronomique promène plume et palais  à travers les différents établissements de notre pays. De bons plans à la clef, ainsi que des recettes gracieusement révélées par quelques-uns de nos plus grands chefs, Lionel Rigolet, Paul Wittamer, ...

 

Site recommandé: www.joellerochette.com

 

Billet de saveurs

 

AE: Joëlle Rochette, vous collaborez pour différents media et venez de rejoindre, depuis peu, l'équipe du tout neuf magazine First. Pouvez-vous nous toucher un mot sur ce dernier et la rubrique que vous y anime(rez)?

Joelle Rochette: Ma rubrique dans le First est reprise sous le titre générique de : Art de Vivre (en rappel de mon blog « Art de vivre en Epicurie »).

 

Elle est composée de :

 

* L’actualité des papilles  = News des restos soit : les nouveaux, les meilleurs à mes papilles ( !), les plus trendy ou plus belles décos, les plus en vue, glamour, etc. à Bxl et un peu ailleurs/Wallonie mais aussi diverses infos du secteur de la gastronomie (association chocolatier & chef : B.Nihant/L. Rigolet ; Maîtres cuisiniers de Belgique ; Dining with the Stars ; Libraire Toqué/Namur ; Guide Gourmand de  Namur ; Design Brussels/restos)

 

* Des papilles aux neurones = infos diverses (livre Grèce Gourmande ; macarons Pierre Ledent et Jacmotte café ; cuiseur vapeur Magimix)

 

* Côté cave, côté zinc = L’actualité des bars et cave à vin : vins grecs de Canette Greek Quality Wines ; Champagne Summer Time de Pommery ; recette cocktail Frigg Kiss ; barmen à l’honneur...

 

* A table avec … = une page portait d’un VIP du style « dis-moi ce que tu manges … » ; rubrique que j’avais initié dans la Tribune de Bruxelles puis reprise dans le Steps Magazine et maintenant que je relance ici pour le First et ce toujours en parallèle avec mon blog puisqu’il y a là une rubrique similaire intitulée VIP à table – cette fois, c’est Elvis Pompilio (en septembre dans le First) et ensuite il y aura Pierre Arditi (mois dernier sur mon blog), puis Michel Drucker, etc. en fonction de mes rencontres, affinités et opportunités de passage de ces « people-gourmets ».

 

AE: Et votre blog*: quels en sont les axes principaux? 

Joëlle Rochette: Les axes principaux en font sa singularité. A savoir: un aperçu de toute l’actualité gastronomique d’ici et d’ailleurs en fonction de mes déplacements (Belgique), découvertes et voyages (Belgique et étranger), les échos/restos de saison présentant mes derniers coups de cœur ; un chef invité chaque mois et ses recettes exclusives pour le blog (du moins le plus exclusives possible et seule rubrique du blog présentant des recettes de cuisine) ; un VIP rencontré et apprécié et son actu (j’ai déjà rencontré  Michel Drucker, le mois dernier,  et ai prévu, à son invitation, d’aller prolonger l’interview en Provence en août – Pierre Arditi va sortir un livre sur les plus belles répliques de théâtre, ...;, une rubrique BAR (avec l’actu des barmen et cocktail – très peu souvent présentés ailleurs) ; des news de tout et de tous (chefs, restos, produits de saison, actu des grandes marques, …), des voyages (ceux que je peux faire un peu partout sur la piste des meilleurs produits locaux et ce,  de la Normandie à la.... République Dominicaine) ; bien sûr une rubrique « livres »  et enfin une rubrique fourre-tout intitulée What else, pour tout ce qui ne trouve pas place ailleurs !

 * pour rappel: www.joellerochette.com

25 juin 2011

Les âmes nocturnes

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Il est de ces spectacles dont vous sortez enchantés. Vous avez envie de crier à la terre entière:  Allez-y, c'est génial, vous ne le regretterez pas.

Pris par la magie d'un thème onirique - Les âmes nocturnes mettent en scène un couple en proie aux prémices de la nuit - vous assistez, béats et ravis, à l'enchaînement de performances acrobatiques, inventives, rythmées, drôles, cocasses, loufoques, émouvantes, décalées, justes, ..sensationnelles.

 Comment un couple sur la scène - Cécile Roussat et Julien LUBEK, formés tant au cours Florent,  qu'au théâtre de texte, à l'acrobatie, à l'art du clown et de la marionnette, qu'auprès de Marcel Marceau - peut-il cumuler tant de performances à la fois?

La question ne se pose pas, la prouesse se reçoit, de concert avec une orchestration musicale magique qui, du répertoire baroque - une spécialité du Shlémil Théâtre  et une mention pour le magistral "Gemo in un punto", extrait de L'Olimpiade de Vivaldi - vous emmène vers des horizons romantiques et classiques  (des impromptus  et un lied de Schubert, une nocturne - of course - de Chopin,  ...)  et même contemporains, avec de la musique Klezmer et de Coco Rosie.

Un univers en suspension qui défie les lois les plus élémentaires de la gravité. Telle la scène du piano vertical qui  entonne une Marche turque..sidérante.

Vous souhaitez en savoir davantage?

Je vous invite à découvrir un extrait du spectacle sur Youtube: http://youtu.be/p84d23BYDWc

Et à vous rendre sur le site du Shlémil Théâtre : www.shlemiltheatre.com

Découvert à l'occasion de Namur en mai (édition 2011), le spectacle suscite en nous l'envie d'explorer  toutes les productions du SHLEMIL Théâtre

Apolline Elter

Billet de ferveur

 

AE: Julien LUBEK, d'où vient le nom de "SHLEMIL Théâtre"?

Julien LUBEK: le Shlemil est un personnage du monde Yiddish, c’est le naïf, le malchanceux, celui qui en tombant sur la tête se fait mal au bras…le fou du village, le simple qui dit la vérité sans le savoir… Mais aussi peut-être celui qui est capable, dans sa douce folie, de rêver la vie autrement qu’elle n’est.

Nous ne nous sentons ni vraiment comédiens, ni mimes, ni musiciens ni artistes de cirque… Mais nous sentons en revanche bien que nous appartenons au « village » des artistes ! Nous cherchons dans nos spectacles une forme d’évidence, de simplicité, entre l’humour et la nostalgie… celle de l’humain.

 AE:  Bien que les textes soient en français, votre spectacle privilégie les sensations visuelles et acoustiques. Vous partez en tournée à Taiwan, Hong Kong et Heidelberg. Adapterez-vous le spectacle à ces publics, supprimant éventuellement les quelques scènes en français?

Julien LUBEK: c’est un grand privilège que de pouvoir jouer nos spectacles devant des publics de cultures aussi variées… et c’est la puissance évocatrice de l’art du mime, ainsi qu’une forme d’humour absurde finalement assez universelle qui nous permet cela – portés par des musiques sans frontières. Nous créons des spectacles « vivants », et donc en effet, nous les adaptons quand il faut, en retranchant des séquences, en ajoutant d’autres, et toujours en faisant l’effort d’aller vers notre public, en adoptant, pour quelques mots au moins, leur langue et leurs références !

AE: Quand nous revenez-vous en Belgique?

Julien LUBEK: Concernant notre éventuel retour en Belgique... Nous en serions ravis ! Nous avons mis en scène un opéra à l'Opéra royal de Wallonie en octobre dernier (La Flûte Enchantée), suite auquel le directeur nous a récemment confié vouloir nous inviter à nouveau en... 2014 !

Le hasard nous y mènera, espérons-le, peut-être avant..

 

06:40 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

21 juin 2011

L'écrivain de la famille

A vingt-neuf ans, je vivais de ma plume. Mais je m'étais trompé d'encrier."

Consacré écrivain, à l'âge de sept ans, pour quelques rimes commises sur un bout de papier, Edouard passera les premières décennies de sa vie à tenter de reconquérir l'estime - l'amour - dont il fut, au sein de sa famille,  l'éphémère attributaire.

Chronique des années '70, 80 et 90 qui enfilent pension, divorce de ses parents, mariage mal engagé, percée dans l'univers de la publicité avec un séjour de quelques années à Bruxelles,  naissance de ses filles, le récit poursuit la quête engagée par un narrateur à l'existence ...décalée.

Pour son premier roman - espérons qu'il y en aura d'autres - Grégoire Delacourt, publicitaire de son métier, révèle une écriture maîtrisée, habilement rythmée d'autodérision, humour,  désabusement mais aussi de tendresse. Pudeur de l'émotion qui tente de se couvrir d'une tendre ironie?

La couverture est réussie.

Assurément.

Apolline Elter

L'écrivain de la famille, Grégoire Delacourt, roman, JcLattès, janvier 2011, 266 pp, 17 €

Le Prix Marcel Pagnol vient d'être attribué à Grégoire Delacourt , qui récompense, chaque année depuis 2000, la plus belle évocation de souvenirs d'enfance. Ainsi que le prix Rive gauche. Gageons que ce ne sera pas le dernier.

Billet de faveur

AE: Grégoire Delacourt, entre "Grégoire", votre prénom  et "Edouard", celui du narrateur, il y a similitude de consonance : le lecteur est fort tenté de voir, en votre récit,  une projection autobiographique. Songeons, peut-être ( ?), à la jeune fille, perchée sur le capot d’une voiture… Quelle en est la part?

Grégoire Delacourt: Je me suis amusé de cette homophonie Grégoire-Edouard. Elle va dans le sens de la recherche de rimes du jeune héros du livre et oui, elle est un clin d’œil à l’idée d’une autobiographie. C’est là pour brouiller les pistes. Boris Vian disait « Cette histoire est vraie parce que je l’ai inventée » ; ce roman, c’est pareil. Il croise le vrai, le faux, le rêvé, le subi, l’enfoui pour tisser un texte drôle, émouvant, vraisemblable et vrai.
Quant à « la jeune fille assise sur le capot de la voiture », elle est une métaphore du désir amoureux ; de l’évidence silencieuse de l’amour. Je me suis inspiré de mon coup de foudre avec ma femme pour dessiner ce personnage.

AE: Quel rôle a eu Jean-Louis Fournier, dans la genèse de votre roman?

Grégoire Delacourt: Jean-Louis n’est pas à la genèse de mon roman, plutôt dans son entrée dans le monde.
Je venais de terminer la rédaction du livre lorsque j’ai lu « Il a jamais tué personne, mon papa »  J’ai refermé le livre doucement, je pleurais. Tout me touchait dans le texte de Jean-Louis, l’écriture, l’émotion retenue, le doux cynisme. Je me sentais proche de tous ses sentiments et j’ai eu le culot de lui envoyer « L’Ecrivain de la Famille ». Quatre jours après, il me téléphonait. Il a juste dit « C’est formidable, je m’en occupe ». Un merveilleux cadeau d’un grand auteur…

 AE: Vous a-t-on déjà dit que votre écriture évoquait  - ô label - celle de David Foenkinos?

Grégoire Delacourt: Oui. Et ça a l’air d’un sacré compliment, merci. Mais, chose curieuse, je n’ai encore rien lu de David Foenkinos bien que ma sœur me presse de le découvrir. C’est juré, je lis La Délicatesse ce week-end, et les autres ensuite.

AE: L'écriture de ce premier roman vous ouvre (libère) -t-elle la voie de prochains ouvrages? 

Grégoire Delacourt: Outre la joie indescriptible de voir mon livre exister, ce qui me touche le plus, ce sont les réactions des lecteurs, lointains, inconnus, qui prennent le temps de m’écrire pour partager leur émotion à la lecture du livre ; le souvenir d’un personnage déjà, qui habite leur mémoire ; leur envie de lire autre chose, découvrir une nouvelle histoire. Alors oui, ces encouragements délient la pudeur, me donnent envie de poursuivre… A très bientôt, donc !

Merci Apolline.