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31 décembre 2017

Une lettre - madeleine de Nouvel An

Lettres à ses amis et.jpgJe ne vois pas plus idoine façon de clôturer 2017 que de reproduire la missive exquise que Marguerite Yourcenar ( 1903-1987) adresse à Claude Gallimard, voici tout juste soixante ans. 

La célèbre écrivain nous quittait, voici trente ans, le 17 décembre 1987

Elle nous offre par cette lettre, une percée sur une madeleine proustienne - celle du chocolat de son enfance - ainsi qu'un très beau modèle de carte de voeux et de remerciements

Que la nouvelle année vous soit aussi délicieuse.

 

 

 

A CLAUDE GALLIMARD

Petite Plaisance
Northeast Harbor
Maine USA

31 décembre 1957

Cher Monsieur,

 

   Tous mes remerciements pour vos bons vœux et pour la noble boîte de chocolats aux armes de la N.R.F., si inattendue et littéralement  tombée du ciel. Elle m'apporte cette saveur particulière qui est  celle de Paris. Un de mes plus vieux souvenirs d'enfant est cette espèce  de solennité qui consistait à aller choisir avec mon père chez Boissier  les cadeaux de Nouvel An; l'étiquette de cette boîte m'a fait l’effet  d'une «petite madeleine ».

    Croyez, je vous prie, à mes meilleurs vœux pour 1958 ainsi qu'à expression de mes très sympathiques souvenirs,

                                                                                               Marguerite Yourcenar

Marguerite Yourcenar – Lettres à ses amis et quelques autres, Edition établie, présentée et annotée par Michèle Sarde et Joseph Brami, Ed. Gallimard,  mars 1995, 724 pp

 

 

 

30 décembre 2017

Pavillon navré

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Il était un marronnier

Jaloux, quelque peu illettré 

Quelque peu mal portant

Qui d'une rafale de vent

Sa grosse branche planta

Dans le sol. Et le toit

Fracassa 

D'un Pavillon pantois...

 

Rassurez-vous, chers visiteurs, 

Rien n'entamera l'ardeur 

D'un Pavillon cher à vos coeurs

Il vous accueillera frais et pimpant

Sitôt passé le cap du nouvel An

Que nous vous souhaitons fervent

 

Apolline Elter

28 décembre 2017

Sois belge et amuse-toi

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La sympathique équipe de Sois belge et tais-toi fête son "Grand vingtième" et sous peu - en 2018 -  sa millième représentation.  Humour politique, gaieté, jeux de mots à tire-larigot, chorégraphies parfaitement synchro, ... ça fait vingt ans que la recette fait recette et on en redemande.... Si André Rémy était en mode off (hors scène), ses compagnons de joyeuse fortune ont mis les bouchées doubles en incarnant des Dupont-Dupond, Maggie De Block  couple royal, Elio, Charles MIchel, Angela Merkeln Jean-Claude Vandamme au sommet de leur truculence .

Ne boudez pas ce bon bain belge d'autodérision

C'est bon pour le moral

Apolline Elter

Avec Baudouin Rémy, Joël Riguelle, Elsa Erroyaux, Stéphanie Coerten, Philippe Peters.

Agenda des représentations: site http://www.soisbelge.be

27 décembre 2017

Construire un feu

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«Il se souvint des conseils du vieux de Sulphur Creek. Ce dernier lui avait exposé avec la plus grande gravité la règle de survie selon laquelle aucun homme ne doit voyager seul dans la région du Klondike, quand la température passe au-dessous de moins quarante-cinq degrés. Néanmoins, il s’y était risqué. Il avait eu l’accident tant redouté et il était seul.» 

Accompagné de son seul chien, un homme affronte les forêts du Grand Nord, la neige, le  froid -   -  50° C  - tentant de rejoindre le camp des siens, avant la nuit tombée. Mais ses membres s'endolorissent, se gèlent. Il lui faut construire un feu. Il y met toute sa rage,  son désespoir, puisant dans son instinct de survie la force de rassembler des brindilles.

Choisie et lue par la comédienne Julie Sicard pour compte du Grenier des Acteurs de la Comédie française, la nouvelle revêt, sous sa voix, une puissance visuelle, une intensité dramatique hors du commun.  Le froid engourdit votre esprit tandis que crépitent, fragiles,  les premières flammes, celles qui vont peut-être lui sauver la vie.  Tel le Passeur d'eau (Emile Verhaeren), l'homme défie avec ardeur la puissance confondante de la nature et de la météo. 

Un récit flamboyant. 

Une lecture sublime, que vous savourerez, cocoon,  yeux fermés et en famille plénière ...au coin du feu.

Apolline Elter

Construire un feu, Jack London, nouvelle, traduite de l'anglais(États-Unis) par Paul Gruyer et Louis Postif, texte intégral lui par Julie Sicard, Ed. Gallimard, Ecoutez lire/ Grenier des Acteurs,  23  nov.2017 1 CD MP3- durée d'écoute +/- 50 min.

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24 décembre 2017

Feu de survie

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L’aube, ce jour-là, était froide et grise, très grise et très froide, lorsque l’homme quittant le large tracé que dessinait le Yukongelé, gravit le haut coteau qui s’élevait sur une des rives du fleuve et où se dessinait confusément une piste étroite, qui s’en allait vers l’est, à travers l’épaisseur des sapins.

Le coteau était à pic. Une fois arrivé au sommet, l’homme fit une pause, pour reprendre haleine ; puis, machinalement, il regarda sa montre. Elle marquait neuf heures.

Il n’y avait pas de soleil, pas un soupçon de soleil, quoique aucun nuage ne fût au ciel.

Ains'INcipit un récit flamboyant dont la lecture accompagnera, qui sait, votre veillée de Noël. Dans tous les cas, je vous en conseille l'écoute et vous reviens, sous peu, pour la chronique ardente de la nouvelle 

 

 

  • Construire un feu, Jack London, nouvelle, traduite de l'anglais(États-Unis) par Paul Gruyer et Louis Postif, texte intégral lui par Julie Sicard, Ed. Gallimard, Ecoutez lire/ Grenier des Acteurs,  23  nov.2017 1 CD MP3- durée d'écoute +/- 50 min.

 

 

23 décembre 2017

Audio-livrons

Amis,

Amies 

Votre sapin joli

De paquets ficelés 

Rouge, or, mystérieux,  se garnit 

Je ne peux, ne veux manquer de vous signaler 

L'édition audiolivresque de trois coffrets

A haute valeur ajoutée

J'ai nommé:

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Pour toute précision, je vous engage à vous rendre sur le site des éditions Audiolib: www.audiolib.fr

A noter qu'Eric-Emmanuel Schmitt prête voix, donne chair au monument que demeure Oscar et la dame rose, soutenu d'extraits de Casse-noisette et du Bal des Souris de Tchaikovski, que la musique originale qui épouse Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est composée et interprétée par l'auteur himself.

Je vous souhaite de longues, poignantes et belles heures d'audition 

A Elter 

 

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22 décembre 2017

Mon selfie avec la Joconde

Selfie.jpg A l'heure où le pied de sapin se jonche de cadeaux variés et de livres multiples, il fait  bon se pencher sur les lectures de nos têtes blondes et - qui sait  - programmer une visite du Louvre à l'agenda des vacances de Noël...

C'est le propos du sympathique ouvrage écrit par Catherine de Duve, illustré par Filippo Farneti.

Inscrite dans l'événement annuel de la Nuit des Musées, la narration invite tout simplement  Monna Lisa - dotée d'un double "n" pour la festive occasion - à sortir du carcan de sa toile et d'un sourire par trop figé...

Ce faisant, elle rencontre Tom et Lili, leur évoque son histoire et certaines déclinaisons bizarres de la célébrissime oeuvre.

Mon selfie avec la Joconde, Catherine de Duve et Filippo Farneti, en collaboration avec Barbara Tazzari, livre illustré, Ed. Kate'Art, novembre 2017, 32 pp, 13.95 €

21 décembre 2017

Rebecca

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" Je m'étais fourvoyée comme une pauvre imbécile en territoire sacré." 

Publié en 1938, le chef d'oeuvre de la romancière britannique Daphné du Maurier bénéficiait, voici deux ans d'une nouvelle traduction opérée par Anouk Neuhoff pour compte des éditions Albin Michel. Les éditions Audiolib ont embrayé le pas qui éditaient voici quelques mois la version audiolivresque de ce bijou.

Attention : l'écoute en est particulièrement addictive, la diction de Virgnie Méry parfaitement adaptée aux différents intervenants; seule l'accumulation de passés simples à la première personne du pluriel alourdit çà et là  la fluidité du débit.

L'argument

Jeune femme de compagnie de Madame Van Hopper, en séjour à Monte Carlo, la narratrice se voit incongrûment proposer le mariage par Maximilien de Winter, frais veuf quadragénaire.  Elle débarque ainsi dans le domaine grandiose et fascinant de Manderley , découvrant le prestige du manoir, les us de la société alentour et d'une domesticité qu'il lui faut désormais diriger. Mais la timide jeune femme tarde à s'imposer, se sent traquée par la présence  trouble et persistante de la défunte Rebecca, l'ex Mrs de Winter ...

Ses rapports avec Madame Danvers, la gouvernante, sont grevés du spectre du regret : Madame Danvers adulait Rebecca, méprise la nouvelle arrivée.

Un bal est donné, dans la propriété qui va faire basculer l'équilibre du nouveau couple, la vérité hâtivement admise sur les vraies circonstances de la mort de Rebecca.

Un thriller passionnant qui voit défiler les heures d'écoute plus rapides que TGV

Je vous en conseille l'écoute

Apolline Elter

Rebecca, Daphné du Maurier, roman, traduit de l'anglais par Anouk Neuhof, (Ed. Albin Michel, 2015), texte intégral lu par Virginie Méry, Ed Audiolib, 2016, durée d'écoute: 15h54

 

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19 décembre 2017

Yourcenar en images

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 Nous ne pouvons mieux conclure cette décade consacrée à la célèbre écrivain, premier membre féminin de l'Académie française - qu'en célébrant la parution, ce jour, du magnifique album de vie que Michèle Goslar lui consacre.

Fondatrice  en 1989 du CIDMY - Centre International de Documentation Marguerite Yourcenar - à Bruxelles , la biographe peut prétendre à une connaissance intime de la femme de lettres. Croyez-moi, c'est un exploit car la vie privée de Marguerite Yourcenar était chasse gardée, la diffusion de ses photos,  aussi. Une partie de ses archives est du reste consignée, résolûment cadenassée,  jusqu'en 2037, année cinquantenaire de son décès.

 Alors célébrons à notre tour ce magnifique hommage au trentenaire de sa disparition  - le 17 décembre 1987 -  en découvrant  une  " Yourcenar" de l'intérieur,  ses enfance, jeunesse, maturité, relations familiales  -  père, demi-frère, odieuse grand-mère,   bonnes, .... -  amours déçues, comblées (Grace Frick) , passion de l’Histoire,  du voyage - instrument de vraie connaissance humaine - philosophie, rapport à la nature , à la vie, à la mort.

 Une biographie introspective, richement illustrée de photos singulièrement vivantes

 Vous l'aurez compris: je suis conquise et vous recommande vivement la découverte de ce joyau.

 Apolline Elter

 Yourcenar en images, Michèle Goslar, Ed Racine,  beau livre, déc.2017, 208 pp

Billet de faveur

AE : Michèle Goslar, pouvez-vous rappeler,  à l’intention des visiteurs du Pavillon,  comment est née votre passion pour Marguerite Yourcenar. Avez-vous eu l’occasion de la rencontrer ?


Michèle Goslar :: Ma passion pour Yourcenar est née de la lecture de Mémoires d'Hadrien qu'un professeur m'avait conseillé de lire "plus tard" et que je n'ai redécouvert, par hasard que vingt ans après ce conseil judicieux. Cette lecture m'a bouleversée et j'ai plongé dans tous les écrits de Yourcenar. 

C'est un autre hasard de vacances manquées en mer qui m'a amenée à vouloir la rencontrer l'été 1987 à Petite Plaisance. La rencontre a été manquée et c''est en apprenant sa mort quelques mois plus tard que j'ai décidé de lui consacrer mon temps, mon énergie et de la rencontrer vraiment en rédigeant sa biographie et en lui consacrant un Centre de Documentation.Trente ans après, mon enthousiasme est resté intact.

 

18 décembre 2017

Manteau de neige

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- E: Vous n'avez pas froid?  je vois que vous avez la goutte au nez

- E: Cela va très bien, je vous en remercie . Vous êtes bien enveloppée, vous aussi...

 

Les salons hivernaux d'E & E...

 

17 décembre 2017

Entre loup et chien

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On atteignait l'heure entre loup et chien où les gens sensibles se confient, où les criminels avouent, où les plus silencieux eux-mêmes luttent contre le sommeil à coups d'histoires ou de souvenirs.

Le Coup de Grâce, Marguerite Yourcenar, roman, 1939 - Gall. Folio 2 €, mars 2016, 122 pp

 Ecrivain majeure du XXe siècle,  Marguerite Yourcenar décédait voici juste trente ans, le 17 décembre 1987. Nous lui rendons hommage, ce 17 décembre 2017, en notre High Tea de 17 heures,   l'heure de l'entre chien et loup 

16 décembre 2017

Marguerite Yourcenar - Croquis et Griffonnis

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 Marguerite Yourcenar annotait volontiers ses écrits - de quelque nature qu'ils fussent -  d'observations diverses, de dessins..  Ce qu'on appelle ses marginalia. 

 

 Une base de comparaison avec les dessins de Marcel Proust, ceux de Jean Cocteau et, dans le chef des cours que nous dispensons,  ceux que les artistes Félicien Rops et René Magritte introduisaient dans leur courrier.

Spécialiste de la littérature anglo-saxonne (Brontë, Wilkie Collins, …) -  elle enseigne à Harvard - l'Américaine Sue Lonoff de Cuevas s'est penché sur ces "griffonnis" , non pour leur qualité artistique - soulignons qu'il y en a de très beaux  - mais pour les valeurs symboliques qu'ils véhiculent et les précieux (r)enseignements littéraires et biographiques de ce "journal graphique

"  Pourquoi (...) leur accorder cette importance? Parce qu'ils peuvent éclairer ses centres d'intérêt, élargir le champ de ce que nous savons de ses préoccupations, apporter des clés sur ses méthodes de travail, ses premiers jets et leurs corrections,  et même inciter des lecteurs à reconsidérer leurs  hypothèses à propos de son œuvre. Au-delà des implications sur son écriture, ces dessins offrent une base de comparaison."

Si l'on peut évoquer pour ces derniers le concept de Mail-Art, d'art épistolaire, ce n'est pas le cas pour Marguerite Yourcenar : ses illustrations visent davantage ses manuscrits, tapuscrits, dédicaces .. que son courrier proprement dit.

N'empêche, c'était chez elle une vraie manie que de tout annoter 

A travers ses dessins, l'ordonnance esthétique, calligraphique, ....et même créative -  songeons à cet abat-jour décoré de textes -  de ses productions graphiques, c'est l'inconscient de Marguerite Yourcenar que nous pénétrons. Au-delà du simple enseignement sur sa méthode de travail, nous est offerte une fenêtre sur son âme. Il serait dommage de s'en priver , d'autant que l'écrivain en jaillit plus humaine, moins académique.

Nous nous pencherons - la découverte de l'essai nous y invite - sur l'évolution graphologique de son écriture.  L'étude procédera de la même logique

 

Apolline Elter 

Marguerite Yourcenar – Croquis et griffonnis, Sue Lonoff de Cuevas, essai traduit de l’américain par Florence Gumpel, Ed. Le Promeneur, novembre 2008,  192 pp

15 décembre 2017

Question de style

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Dans son étude  «  De la pragmatique du courrier à la poétique de la lettre dans la correspondance de Marguerite Yourcenar » ,  Bruno Blanckeman souligne:

 « (…)par-delà sa fonction première de communication, le feuillet épistolaire est engagé en sa qualité même de trace bio-intellectuelle dans un processus de création littéraire auquel il n'est pas extérieur.

Nous ne pouvons que souscrire à cette assertion...

Les styles de Marguerite Yourcenar – Textes réunis et présentés par May Chehab , collectif,  Société internationale des études yourcenariennes, Clermon-Ferrand, 2015, 290 pp

 

06:05 Publié dans L'Epistolière | Commentaires (0) |  Facebook |

14 décembre 2017

Hospitalité paradoxale

 Marguerite Yourcenar cultivait certaines amitiés, guère les mondanités. Ce n'est pas lui faire offense que de le constater. Elle avait du reste la brouille assez aisée.... Rappelons-nous son courroux de se voir déranger en son antre par Elvire de Brissac, jeune écrivain en 1977  et surtout , crime de lèse- courtoisie, de découvrir la description peu amène que son invitée indélicate opérera  de Grace Frick, sa compagne.

D'aucuns sont plus discrets, plus modestes, tel le Canadien Yvon Bernier, véritable aficionado de l'écrivain qui, se rendant à Monts-Déserts, n'ose signaler sa présence à son idole.  Il le lui signifie après son séjour de 1974 dans les parages. Marguerite Yourcenar l'en gourmande aussi gentiment qu'elle l'en félicite. Ils deviendront amis à vie.

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«  Je ne puis trop vous dire combien j'ai apprécié les sentiments de discrétion et de véritable modestie (pour moi suprêmes vertus, en quoi je ne suis pas d'accord avec mon siècle) qui vous ont incité à ne pas me faire signe pendant votre séjour à Northeast Harbor où vous étiez pourtant venu voir "mon décor". [ ... ] Néanmoins, puisque vous aviez pris la peine de venir, j'ai un peu regretté que vous ne m'ayez pas donné un coup de téléphone. Nous aurions trouvé le temps d'un moment de conversation et d'une tasse de thé ou d'un verre de bière au jardin-.»

 Extrait de Marguerite Yourcenar, Archives d’une vie d’écrivain,  Achmy Halley, beau livre, catalogue d’exposition, Ed. Snoeck, nov. 2015, 120 pp

13 décembre 2017

"Qu'il eût été fade d'être heureux"

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Edition revue et augmentée de la première édition de 1998 (Ed Racine) cette enquête menée par notre compatriote Michèle Goslar, fondatrice du Centre International de Documentation Marguerite Yourcenar,à Bruxelles, couvre quelque dix ans d'investigations en Belgique, France, Grèce, Etats-Unis, sur les traces de la célèbre écrivain

En résulte une biographie intime - tant que faire se peut  - de Marguerite Yourcenar, de sa famille, amis, amants, son père,  son demi-frère, ses bonnes, "Francoeur", Andreas Embiricos, Jerry Wilson, Grace Frick... qui apporte des éléments neufs aux publications déjà existantes.

Révèle une passion toujours active, jamais démentie de Michèle Goslar pour l'oeuvre yourcenarienne

Décidément Marguerite Yourcenar a fédéré bien des engouements supérieurs.

Yourcenar Biographie, "Qu'il eût été fade d'être heureux", Michèle Goslar, essai, Ed. L'âge d'homme - Côté belge, 2014, 446 pp



12 décembre 2017

Alexis ou le traité du vain combat

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C'est sous la forme épistolaire que Marguerite Yourcenar (1903- 1987) débute sa carrière romanesque. Publié en 1929 aux éditions  Au Sans Pareil, Alexis ou le traité du vain combat, expose en une longue lettre adressée à Monique, son épouse, les étapes de jeunesse, de vie, de santé,  et d'un "mûrissement intime"  qui ont mené Alexis à la découverte de son homosexualité.

L'envoi en est tout simplement somptueux :

"J'avais pris envers vous d'imprudents engagements que devait protester la vie: je vous demande pardon,
le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d'être resté si longtemps.

Lausanne, 31 août 1927 - 17 septembre 1928."

  • Alexis ou le Traité du Vain Combat, suivi de Le coup de Grâce, Marguerite Yourcenar, romans, Ed. Au Sans Pareil, 1929 (Alexis) et Gallimard 1939 (Grâce), - Folio N° 1041, sept. 2016, 254 pp [abrév. Folio 1041]

11 décembre 2017

Les pensées (non) féministes de Marguerite Yourcenar

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Le chapitre consacré à la vision ..féminine de Marguerite Yourcenar n'est pas le plus aisé à traiter

Ainsi dans une lettre datée du 16 mars 1671 et adressée à notre compatriote l'écrivain et avocate Suzanne Lilar, Marguerite Yourcenar s'excclame-t-elle:

Mais j'avoue que les femmes me découragent par leur perpétuel refus d'être au meilleur sens du mot la femme."

 

 Yourcenar : Carte d'identité, Henriette Levillain,  biographie, Ed. Fayard, 2016, 206 pp

10 décembre 2017

Malentendus

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Entre Marguerite Yourcenar et ses lecteurs, le style engendre de grands malentendus: tandis qu'ils le contemplent, figés d'admiration comme devant un marbre de Canova, elle est convaincue d'être l'écrivain d'une langue incarnée, frémissante de passion, de vie.

 

 Yourcenar : Carte d'identité, Henriette Levillain,  biographie, Ed. Fayard, 2016, 206 pp

09 décembre 2017

Marguerite Yourcenar - Carte d'identité

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   Pour évoquer les vie, personnalité et oeuvre complexes de la célèbre écrivain, Henriette Levillain, professeur émérite à Paris-Sorbonne a choisi un angle d'approche à multiples entrées, celles qui constituent tant son identité que la signature de ses écrits.  

   Amie des animaux , aristocrate, écologiste, écrivain, femme .. à part,  franco-américaine, libre d'esprit et de carcan, .. Marguerite Yourcenar était une prolixe épistolière. Sa résidence de Petite Plaisance,  dans le Maine (USA) rendait impérative la correspondance avec famille, amis et éditeurs restés de l'autre côté de l'Atlantique 

Nous ne pouvons que nous en réjouir et célébrer une lecture hautement instructive

Apolline Elter

 Yourcenar : Carte d'identité, Henriette Levillain,  biographie, Ed. Fayard, 2016, 206 pp

08 décembre 2017

Coup d'envoi - point de grâce- de la semaine d'hommage à Marguerite Yourcenar

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La célèbre écrivain, académicienne - elle fut la première femme élue sous la Coupole  - décédait voici trente ans, le 17 décembre 1987. Elle avait 84 ans; son agenda fourmillait encore de projets.  

Nous  lui rendrons hommage, célébrons son écriture, son élégance verbale et quelques extraits de missives, toute la décade durant

Avec à la clef, la découverte d'une riche - certes complexe - personnalité

Vous en serez conquis.

Apolline Elter 

07 décembre 2017

Ma mère avait raison


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C'est une longue, tendre,  magnifique, déconcertante lettre d'amour, d'hommage posthume que l'écrivain adresse à  " Fanou"' sa mère, Stéphane Sauvage, un temps Jardin, encore (bien) vivante. Pour ce faire, il emprunte à l'un de ses trois zèbres, Sacha Guitry, le titre d'une de ses pièces , l'adapte en mode maternel et entreprend de faire le tour - reconnaissant - de l'imparable  et fantasque héritage de liberté mentale que lui lègue sa mère.

"Peut-être est-ce cela, éduquer ses enfants?  Les rendre fous de vie."

Découvrant le portrait de cette femme-question, livre ouvert, arsenic séduisant, instinctive, sensuelle, exorbitante, délirante d'intrépidité, d'infini,  de contradictions, en guerre ouverte contre la mesquinerie, la demi-vie, ... le lecteur réalise qu'un enfant ne peut émerger indemne de pareille filiation . D'autant qu'il se souvient que du côté de Pascal Jardin,  le "zèbre", son père, le terrain n'est pas triste non plus.

" Vivre, c'est ne pas finir de naître. Voilà pourquoi je t'aime tant d'être suprêmement inconfortable. 

Plutôt que déplorer le "vide gelé " ,  l'absence répétée que Fanou - éternelle amoureuse - imprime à son enfance, son éducation, Alexandre Jardin célèbre l'appétit de vie, l'intransigeante authenticité dont cette femme hors normes irradie son entourage.

"La mesquinerie n'était pas notre horizon"

Nous l'avions soupçonné...

Touchant, sublime, lyrique, l'hommage que l'écrivain rend à sa mère est pur enchantement.

Puisse cette dernière vivre follement encore bien longtemps, tant il est dit que 

" Ta mort, je ne veux pas m'en remettre"

Ma mère avait raison, Alexandre Jardin, hommage, Ed. Grasset, oct. 2017,  216 pp

 

 

06 décembre 2017

"Un jour, je m'en irai, sans en avoir tout dit"..

Ce vers d'Aragon, "Jean d'O" l'avait fait sien, au point qu'il me surgit aussitôt à l'esprit lorsque j'appris, hier, tôt matin,  la consternante nouvelle de sa disparition.4179qqc8AbL._SX210_.jpg

C'est que nous le pensions éternel,  l'affable, spirituel, vif, séduisant Académicien au regard d'acier...poli. Toujours prêt à s'émerveiller, vibrant d'enthousiasme au sens divin du concept.  Mort d'un arrêt cardiaque, lui qui a porté la courtoisie au rang d'art de vivre, l'a pratiquée à travers un parler aussi enjoué que raffiné. 

Alors, cher Jean d'Ormesson, soyez remercié pour l'élégance que vous incarnez.

Sans doute rencontrez-vous, en cet instant, ce Dieu que vous espérez, qui vous attend:

"J'ai aimé la vie qui est une épreuve très cruelle et très gaie. J'ai aimé son orgueil qui est absurde, sa beauté qui est un don de Dieu, le rire qui est le propre de l'homme, le mystère qui est notre lot. J'attends la mort sans impatience, mais avec une humble confiance. Parce que je crois qu'il y a un Dieu qui est un Dieu de pardon et d'amour

( Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, Ed. Robert Laffont, août 2013- chronique sur ce blog)

Sans doute aussi conversez-vous avec la Grande Demoiselle, de ce château de Saint-Fargeau qui vous fut si précieux, à tous deux, vous entretenez-vous avec  notre si chère marquise de Sévigné, avec Marguerite Yourcenar dont vous avez si élégamment orchestré l'entrée sous la Coupole. La célèbre écrivain vous précède de trente ans dans l'Au-delà; nul doute qu'elle aura "ourdi" en votre faveur ces amicales conjurations d'accueil que vous lui aviez réservées lors de son élection.

Avec vous, Jean d'Ormesson, jamais il n'y aura mot de la fin.

Il y a votre fille, Héloïse d'Ormesson, dont vous confiiez, il y a quelque dix ans : " Ce que j'ai fait de mieux dans ma vie, c'est ma fille. Je suis plus fier d'elle que de moi'

(L'odeur du temps, Jean d'Ormesson, Ed. Héloïse d'Ormesson, 2007) 

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05 décembre 2017

Mar-dites-moi, Paul Gauguin : Lettres à sa femme et à ses amis

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Ne quittons pas l'ami Gauguin sans nous pencher, mar-dites oblige, sur sa correspondance.  Une correspondance conjugale à l'ordre de notre billet du jour. Nous reviendrons ....un jour sur celle qu'il entreprit avec Daniel de Monfreid, ami fidèle et rare.

 Nous l'avons évoqué: Gauguin quitte Copenhague,  son épouse et quatre de ses enfants en 1885: Mette et sa belle-famille sont un frein irréductible à l'éclosion de son talent, de sa créativité; Gauguin explose et veut voler de son propre pinceau. Séparé, le couple ne vivra plus jamais ensemble. Si elle profite de la vente d'oeuvres de son mari, Mette n'admettra jamais son art. Une correspondance de quelque treize années s'instaure entre les époux, oscillant, dans le chef de Paul Gauguin entre l'abnégation, la tolérance et l'amertume.

La lettre qui clôt leur commerce épistolier est ..assez conclusive, en effet.

Nous sommes en 1897 - sans doute - Gauguin a encore six ans à vivre ...

 

A SA FEMME.

                                                                                      Sans date. (Tahiti, juin 1897.)
Je lis par dessus l'épaule d'un ami qui écrit :

   Madame,

   Je vous ai demandé que le 7 juin jour de ma naissance les enfants m'écrivent « mon cher Papa» et une
signature. Et vous m'avez répondu: « vous n'avez pas d'argent, n'y comptez pas ».

  Je ne vous dirai pas «que Dieu vous garde» mais moins fabuleusement «que votre conscience dorme pour vous empêcher d'attendre la mort comme une délivrance  ».

Paul Gauguin, Lettres à sa femme et à ses amis, recueillies, annotées et préfacées par Maurice Malingue,  Ed Grasset, Paris, 1946 -  nouvelle édition, in Les Carnets rouges, 2003 (2014)   416 pp

04 décembre 2017

Nos Litt & Lunchs des prix littéraires

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Notre deuxième cycle de présentation de la rentrée littéraire  de septembre met le focus sur la neige de prix tombée au mois de novembre.

Voici la liste des ouvrages présentés autour, au cours de nos tablées, depuis la mi-novembre. Je vous en souhaite bonne dégustation

 Côté romans:

  • Une mère, Stéphane Audeguy
  • Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable
  • Frère et sœur, Esther Gerritsen
  • La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez
  • Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel
  • La serpe, Philippe Jaenada
  • Le sympathisant, Viet Thanh Nguyen
  • L’abandon des prétentions, Blandine Rinkel
  • Mécaniques du chaos, Daniel Rondeau
  • La vengeance du pardon, Eric-Emmanuel Schmitt
  • Les rêveuses, Frédéric Verger
  • L’ordre du jour, Eric Vuillard

   Essais – biographies – beaux livres

 

  • Gabriële, Anne et Claire Berest
  • Che Guevara- Le temps des révélations, Jean Cormier
  • Le rêve de ma mère, Anny Duperey
  • Une’Apparition, Sophie Fontanel
  • L’évêque Cauchon et autres noms ridicules de l’histoire, Bruno Fuligni
  • Yourcenar en images, Michèle Goslar
  • Gauguin, David Haziot
  • Ma mère avait raison, Alexandre Jardin
  • Baudelaire, Marie-Christine Natta
  • La nostalgie de l’honneur, Jean-René Van der Plaetsen
  • Chez Barbara- La dame brune, Alain Vircondelet ( Ph. Lorin)
  • J’accuse, Emile Zola (Folio + Collège – Ph. Delpeusch)

  Audio-livres

 

  • Rebecca, Daphné du Maurier
  • Le jour où les lions mangeront de la salade verte, Raphaëlle Giordano
  • Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment), Frédéric Lenoir
  • Te laisser partir, Claire Mackintosh

 Rétro-liseur ( Prix Horizon) 

  • Frère des astres, Julien Delmaire
  • Majda en août, Samira Sedira,

  Convenez qu'il y a du pain sur la planche de nos réunions...

03 décembre 2017

Gauguin

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"Près de vingt-cinq ans plus tôt, en octobre 1872, ils s’étaient rencontrés dans une pension de famille, et cet amour, né sous les meilleurs auspices, avait été détruit par l’obstination de Mette à refuser d’accepter l’évolution irrésistible de son mari. Ce qui se jouait de si profond en lui ne trouva jamais l’aumône d’un regard généreux. Sans minimiser les torts de Gauguin, sa naïveté, son sens du temps inadapté, son irresponsabilité, sa foi en la reconnaissance très proche et pécuniaire de son talent, il m’est impossible d’accepter l’idée qu’elle n’ait jamais secouru le père de ses enfants, alors même qu’il crevait de faim, qu’elle le savait, et qu’elle engrangeait des sommes non négligeables dues aux ventes de ses toiles ou à celle de sa collection."

 

Gauguin, David Haziot, biographie, Ed. Fayard, sept. 2017, 808 pp

02 décembre 2017

Gauguin

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"Gauguin aime saisir le caractère du pays qu’il représente."

Et des pays, il en a connu, l'artiste.  Tôt orphelin de père - le prénommé Clovis [Gauguin] - Paul passe sa prime enfance auprès de sa famille (grand-)-maternelle, au Pérou. Il en revient,  âgé de six ans, avec sa mère, Aline Chazal,  et une pratique  lacunaire  de la langue française. Cette lacune sera comblée par l'écoute attentive des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau dont la pensée imprégnera la sienne.  Bon élève, il est également bon disciple, puisant à l'enseignement de Pissarro, Degas, Cézanne, les premières leçons d'un art en constante mutation, constante interrogation.

   Marié à une Danoise - Mette - père de cinq enfants, Paul Gauguin rompt après quelques années sa résidence à Copenhague et le constant obstacle que Mette oppose à sa pratique de l'art. La jeune femme n'admettra jamais qu'il choisisse la voie de l'art plutôt que le métier de négoce et de bourse auquel il s'astreint quelque temps.  A cette séparation s'ajoute la privation de quatre de ses enfants :  il emmène en France son fils Clovis, âgé de six ans, laissant notamment Aline, sa fille aimée -  qui a hérité de son caractère - à sa mère.

  A Paris, c'est la misère qui l'attend.

  Il met bientôt le cap sur Pont-Aven.

  L'entrée en contact avec Théo Van Gogh, le marchand d'art, frère de Vincent est une opportunité pour  Paul Gauguin.  S'il accepte, en 1888,  l'invitation de Vincent à Arles, dans la fameuse 'maison jaune", c'est surtout pour conserver les faveurs de Théo. Son attitude envers Vincent, fragile,  pétri de doutes,  est destructrice.  Vincent en vient à se trancher l'oreille, le 23 décembre 1888,  dans un accès de folie qui lui vaut un temps d'internement. La "crise d'Arles" interrompt – provisoirement-   les relations entre Paul  et Théo.

   C'est en 1891 – il va avoir 43 ans – que Gauguin met le cap sur Tahiti, entreprenant avec Daniel de Monfreid une correspondance d'éloignement précieuse pour ses biographes, et une période d'amours et d'art très créatrice. Imprégné de la mythologie et des moeurs locales, il sent la nécessité d’"outrer" les couleurs.  Quand il se trouve à court de toiles - difficultés financières obligent - il sculpte sur bois. Un art dont le biographe déplore qu'il passe trop souvent à la trappe.

   Le retour en France et en Bretagne est marqué d'un drame - la rixe de Concarneau , durant laquelle le peintre et ses amis sont sauvagement pris à partie -  qui lui fait perdre à vie l'usage d'un de ses pieds.  Souffrance, prise de morphine et l'incitation à l'alcoolisme qu'elle engendre auront de dramatiques effets sur la production de l'artiste.

   Il retourne à Tahiti toujours désargenté, tandis que Mette toujours à Copenhague tire un confortable profit de la vente de ses oeuvres.

   Grugé par  Charles Morice, un prétendu ami dans la publication de son récit Noa-Noa, Gauguin se sent également exploité par son marchand d'art Ambroise Vollard.  Voilà qui n'arrange pas un caractère déjà belliqueux à la base.

   La dernière partie de sa vie se déroule aux îles Marquises, lesquelles généreront une nouvelle mutation chromatique de son oeuvre. Sa santé se dégrade au même titre que ses finances. Son coeur cesse de battre le matin du 8 mai 1903.

  Précise et extraordinairement fouillée, cette biographie détaille toutes les oeuvres de l'artiste à l'aune de sa vie, de son tempérament. Elle nous révèle tant les influences, les éloignements - avec l'impressionnisme notamment - ruptures, ... que   le renouvellement constant qui caractérisent l'oeuvre de l'artiste.

« Quelles que soient les opinions qu'on peut se forger sur l'homme, ses moeurs, son tempérament, [Paul Gauguin] mérite d'être aimé pour son projet d'artiste-monde."

  Un portrait magistral 

  Apolline Elter

  Gauguin, David Haziot, biographie, Ed. Fayard, sept. 2017, 808 pp

Billet de ferveur

AE : Notre regard sur Gauguin est réducteur. Nous le cantonnons à sa production picturale « exotique ». Vous le déplorez

L’exposition, «  Gauguin, l’alchimiste »  qui se tient en ce moment au Grand Palais, tend à montrer toutes les facettes de son art,  peintures de toutes époques, esquisses, grès, céramiques, sculptures sur bois et même ses écrits.  Cette mise en perspective vous satisfait-elle ?  

David Haziot : Cette exposition parisienne est magnifique pour la sculpture, jamais je n’en ai vu d’aussi complète, ni d’aussi belle, pour révéler cet aspect de Gauguin qui fut un extraordinaire sculpteur, d’une originalité stupéfiante le plus souvent. Pissarro avait voulu l’inciter à aller pleinement dans cette direction, mais Gauguin refusa en écrivant à son ami et maître que si la peinture se vendait mal, c’était pire encore pour la sculpture.

   Il s’adonna donc à cet art quand il n’avait plus de toile à peindre, par envie brusque, pour se venger d’un ennemi ou adversaire dont il mit l’effigie sur son terrain ouvert à tous à Tahiti ou à Hiva Oa, ou quand il espéra en tirer profit en travaillant dans un atelier de céramique avec Chaplet ou Delaherche.

   Malgré ces restrictions, le catalogue des sculptures de Gauguin compte plus de 250 numéros, car il travailla aussi tous ses objets familiers, cannes, sabots, accoudoirs de meubles, compotiers, etc. Il confie à la sculpture le plus intime de son inspiration et cet art joue le rôle pour lui de journal, de laboratoire d’essais. Par exemple, quand il se cherche encore à Tahiti, c’est dans la sculpture qu’il trouvera la solution, en reprenant les formes et motifs de l’art marquisien et en les fracturant, en les ouvrant comme des fleurs pour faire des œuvres non plus closes dans une mythologie qui a réponse à tout, mais libres, ouvertes sur un avenir ignoré.

   On trouve aussi dans cette exposition des exemples de l’art de la gravure de Gauguin, si nouveaux par leur technique inversée : au lieu de creuser l’intérieur des formes sur son bois pour ne laisser s’encrer que les contours, il incise les contours et laisse le reste plein. Il en résulte ces surprenantes gravures noires pour représenter un pays de lumière comme Tahiti, ou sa mythologie religieuse.

  En revanche, je suis resté un peu sur ma faim pour la peinture présentée dans cette exposition. Il y a trop peu d’œuvres, malgré certaines qu’on ne voit pas souvent comme Intérieur rue Carcel, un chef d’œuvre inspiré de Degas, mais j’ai déploré l’accrochage et la mise en lumière un peu trop sombre à mon goût. L’impression de voir les œuvres au fond d’une crypte parfois. Cela nuit aux couleurs de Gauguin qui peint la plupart du temps en tons proches. J’avais trouvé la mise en lumière des Gauguin de la collection Chtchoukine bien meilleure à la Fondation Vuitton (œuvres sur murs gris éclairées par des spots en vraie lumière blanche à 5 à 6000°K). La salle Gauguin brillait de mille feux. Mais ne boudons pas notre plaisir de voir des œuvres qui voyagent rarement. Elles valent le détour et l’attente qui précède parfois l’entrée, si on n’a pas acheté un coupe-file. Une très belle exposition parisienne assurément, dont on peut remercier les organisateurs.  

01 décembre 2017

Gauguin, L'Alchimiste

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Si vous cantonnez la production artistique de Paul Gauguin (1848-1903) à ses seules séries de toiles bretonnes et tahitiennes, il est plus que (grand) temps de parcourir l'exposition d'ampleur que consacre le Grand Palais (Paris) à l' artiste prolifique, à sa production polymorphe.

Chronologique, didactique,  alternant les ambiances, le parcours de l'exposition - très prisée - révèle toutes les formes d'art que Gauguin exprime, farouche, sauvage, obstiné, sa vie durant: dessins, lithographies, toiles, céramiques, grès, sculptures sur bois, manuscrit de Noa-Noa..attestent d'une création vitale, variée, en constante évolution.

Gauguin a tellement l'art dans le sang qu'il le préfère à sa famille, tandis que sa femme Mette le préfère boursier, vendeur de bâches casé... Ennuis de santé, précarité financière et même misère n'auront jamais raison de son expression artistique vitale.

Et "le sauvage malgré lui" de souscrire à l'idée d'une nature, matière et d'un esprit,matrice.

Année-charnière de son parcours artistique -et de ses  quarante ans  -  1888 consacre aussi la cohabitation houleuse avec Vincent Van Gogh , à Arles, dans " la maison jaune".   Les artistes sont censés entreprendre une réflexion commune sur leur art : en témoigne la toile "Les lavandières à Arles" (ci -dessous)  -  l'une des dix-sept oeuvres  réalisées par Paul Gauguin durant son séjour arlésien d'octobre à décembre '88. Elle sent l'influence du peintre hollandais. Mais, et on le lira en détail dans la biographie que David Hoziot consacre à Gauguin ( Ed Fayard, oct. 2017 - à l'honneur du blog, ce week-end) , la présence de Gauguin sera néfaste à un Vincent Van Gogh déjà fragile. Le séjour de Gauguin se conclut par la "querelle d'Arles" et l'épisode sanglant de l'oreille que Vincent se tranche, en date du 23 décembre (ou du 24, selon certains biographes)

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Son récit Noa-Noa, "la parfumée" vise à faire comprendre sa peinture aux Parisiens. Un montage audiovisuel permet d'en découvrir les pages tracées de sa belle écriture inclinée, illustrées de dessins éloquents.

Une exposition à découvrir en famille jusqu'au 22 janvier 2018

Rendez-vous, demain, sur le blog enneigé du Pavillon pour le billet de ferveur que David Haziot nous consent

Apolline Elter 

Gauguin l'Alchimiste - Paris - Le Grand Palais : www.grandpalais.fr