19 septembre 2017

Une très légère oscillation

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Longtemps, j'ai batifolé sur les toits.

 S'exclame, très proustien, l'écrivain-voyageur, cher à notre blog, Sylvain Tesson.

Las, un jour -arrosé - d'août 2014,  l'oscillant quadra chute de la toiture d'un chalet de Chamonix. S''ensuivent hospitalisation, convalescence, reprise rapide et courageuse de la marche à travers la France.  Il relate cette dernière dans le superbe récit, Sur les chemins noirs chroniqué à votre intention en date du 31 mars dernier: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2017/03/27/sur-les-chemins-noirs-8713665.html 

Mais il ne s'arrête là. Conscient du côté salutaire, voire thérapeutique, de la tenue d'un journal intime , "bouée de sauvetage dans l'océan [des] errements." et du "naufrage de la quarantaine",  l'écrivain livre, à notre intention, la relation d'événements et des convulsions intimes qui ont jalonné sa vie, de janvier 2014 au printemps 2017 de sa mise sous presse

Il épice ses propos de réflexions et d'aphorismes savoureux.

Si l'aphorisme est un fragment, peut-on dire que j'ai trouvé des tessons? 

 Une très légère oscillation, Journal 2014-2017, Sylvain Tesson, Ed.  Equateurs, mai 2017, 232 pp

Philippe et Sylvain Tesson étaient les invités d'une brillante, confondante,  confrontation père-fils, lors du dernier Festival de la correspondance de Grignan

Je reproduis à votre intention spéciale, le compte rendu que nous en avions établi:

La rencontre des Tesson, père et fils - Philippe et Sylvain - se fit  joute verbale de toute haute volée. Reliés par un scepticisme, un relativisme,  cultivés au sein du cercle familial, Philippe et Sylvain les déclinent de façon différente,  à la mode de Voltaire et du siècle des Lumières pour le premier,  sur un mode plutôt stoïcien pour le second, "resté  [selon ses propres dires]dans l'obscurité".  Maniant le verbe et les paradoxes jusqu'à plus soif - il faisait en effet caniculaire en cette cour des Adhémar - père et fils ont incarné une correspondance à ce point intime et suprême qu'elle se passe ....d'expression . N'est-ce pas là paradoxe suprême pour une lignée de "bavards " assumée. Et Sylvain Tesson de s'exclamer  : " Nous aimons tellement parler qu'il nous est arrivé de dire n'importe quoi plutôt que des vérités. " .

18 septembre 2017

Spoutnik-mail

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Connaissez-vous la notion de Spoutnik-mail ? 

Sans doute, non, puisqu'elle vient d'être inventée

Par... qui vous savez

Elle mérite don une définition

A votre intention.

 

 Vous l'aurez sans doute déjà  constaté: certaines messageries sont constipées, qui ne répondent pas à vos mails.

Ce genre de désinvolture, quand elle n'est grossièreté, peut gravement nuire à votre propre efficacité.

Dans ce cas, envoyez un spoutnik-mail, lequel glycériné de toute absence de reproche, permettra à votre interlocuteur de résoudre, par la grande porte, tout risque d'occlusion.

Apolline, Les pensées glycérinées du lundi

17 septembre 2017

Un parti-pris de vie

Les aristocates rebelles.jpg " J'appartiens à  çe parti d'opposition qui s'appelle la vie" ,répétait .. à l'envi le regretté Gonzague Saint Bris, faisant sienne, cette belle devise balzacienne.

Que toutes ces âmes qui vous avez si allègrement honorées, cher Gonzague Saint-Bris,  vous accueillent comme il sied au Paradis des écrivains, des gens de bien.

 

Apolline Elter

Aristocrates rebelles, Gonzague Saint Bris, essai, Ed. Les Arènes, août  2017, 336 pp

16 septembre 2017

Aristocrates rebelles

Le décLes aristocates rebelles.jpgès accidentel  de Gonzague Saint Bris, au début du mois d'août, confère à l'essai une allure testamentaire inopinée.  Car bien sûr il en est,  lui, de ces aristocrates pour qui la notion de service et de liberté priment celle de privilèges: il est un  petit-fils des comte et comtesse Jean Saint Bris, résistants, respectivement  décédés, à cinq jours d'écart, en décembre 1944, aux camps de  Gross-Rosen et de Ravensbrûck -

'L'aristocrate est noble parce qu'il sert les plus belles causes avec honneur. Il perd son panache et son statut quand il tombe dans la pire des servitudes, celle de la cour. L'aristocrate est lui -mêrne lorsqu'il est libre, encore plus lui-même lorsqu'il est rebelle. L'aristocrate est fidèle à ses valeurs lorsqu'il reste et qu'il résiste, il est encore dans la ligne de son idéal lorsqu'il fait le choix de partir pour la bonne cause."

C'est à cette définition non paradoxale de rébellion que vont répondre ces quelque vingt-quatre portraits d'aristocrates , qui du XVIe siècle de Saint-Louis de Gonzague au XXe siècle beauvoirien  vont défiler une vie dense et riche, sous la plume alerte, tellement vivante du regretté passeur d'Histoire.

Olympe de Gouges, Germaine de Staël, George Sand, Isabelle de Bragance, Simone de Beauvoir  et même Sissi, sont pionnières de cette vision de femme forte, assumée,  qui mit tant de siècles à s'installer.  Leurs portraits sont flamboyants. A l'instar de ceux du marquis de La Fayette, Lord Byron, Alphonse de Lamartine,  Léon Tolstoï, Henri de Toulouse-Lautrec, Winston Churchill,  Antoine de Saint-Exupéry, Luchino Visconti et Nelson Mandela ,  le "Gandhi", sud-africain qui a payé sa rébellion de quelque vingt sept années de prison.

Une galerie de portraits, assortie d'un essai, de très noble facture

Apolline Elter

Aristocrates rebelles, Gonzague Saint Bris, essai, Ed. Les Arènes, août  2017, 336 pp

15 septembre 2017

La rentrée en Pavillon

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C'est dit, c'est fait

Frais pomponné

Astisqué, rutilant

Tambour de porte battant

Le Pavillon a redémarré

Ses joyeuses tablées

Elles se déclinent en ses murs

Pour la région de Namur

 

Voici la liste des ouvrages soumis à la potentielle lecture de ses aimables participants

 Côté romans 

  • Le jour d'avant, Sorj Chalandon
  • Le Déjeuner des barricades, Pauline Dreyfus
  • Je suis Jeanne Hébuterne, Olivia Elkaïm
  • Mon autopsie, Jean-Louis Fournier
  • La gloire des maudits, Nicolas d’Estienne d’Orves
  • L’empereur à pied, Charif Majdalani
  • Légende d’un dormeur éveillé, Gaëlle Nohant
  • Frappe-toi le cœur, Amélie Nothomb
  • Bakhita, Véronique Olmi
  • Votre commande a bien été expédiée, Nathalie Peyrebonne
  • Point cardinal, Léonor de Recondo
  • L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, Romain Slocombe

 

Côtés essais, biographies 

  • Baudelaire au pays des singes, Jean-Baptiste Baronian
  • Colette et les siennes, Dominique Bona
  • Une jeunesse de Proust, Evelyne Bloch-Dano
  • « Je me promets d’éclatantes revanches », Valentine Goby
  • Marcher à côté de ses pompes, Catherine Guennec
  • La petite danseuse de quatorze ans, Camille Laurens
  • Yourcenar, carte d’identité, Henriette Levillain
  • La Fontaine, une école buissonnière, Erik Orsenna
  • Aristocrates rebelles , Gonzague Saint Bris

 Lectures audiolvresques 

 

  • Raison et sentiments, Jane Austen
  • Le mariage de plaisir, Tahar Ben Jelloun
  • Article 353 du code pénal, Tanguy Viel

 Sans oublier notre séquence ; Rétro-liseur 

  • Des lieux, des écrivains, Jacques Franck
  • Moura, La mémoire incendiée, Alexandra Lapierre

14 septembre 2017

Je suis Jeanne Hébuterne

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"Mon corps se dérobe, mon âme vagabonde, entièrement aspirés pour n'exister qu'immobiles et figés sur les tableaux de Modigliani"

             Un récit court pour épouser de l'intérieur la courte vie de Jeanne Hébuterne ( 1898 - 1920) compagne et muse d'Amedeo Modigliani, tragiquement interrompue, par défenestration, le 26 janvier 1920. Amedeo s'est éteint l'avant-veille, frappé par une méningite tuberculeuse. Enceinte de huit mois accomplis, Jeanne se jette du  cinquième étage de l'appartement de ses parents, rue Amyot

             Née le 6 avril 1898, à Galluis,  au sein d'une famille de petite bourgeoisie catholique,  Jeanne suit des cours de peinture à l'académie Colarossi, dont la section sculpture a accueilli la jeune Camille Claudel  bien des années auparavant. Son frère André, peintre paysagiste,  au front, en ce début de 1917, l'a introduite parmi les artistes de Montparnasse. Jeanne y rencontre Amedeo, le coup de foudre est immédiat.  La "gentille fille sage" à son papa ne résiste pas à cette renaissance qui la propulse nue sous le regard d'Amedeo Modigliani,  ce 16 février 1917

             Fondue en Jeanne Hébuterne, Olivia Elkaïm se substitue à la protagoniste, adoptant le "je"  du journal intime, de la confidence, intégrant çà et là l'intervention "off"  d'André, la voix moralisatrice qui la ramène à la réalité et qui s'estompe au fil des mois.

La jeune femme restée trop bourgeoise aux yeux de son amant, devenue gitane à ceux de ses parents, mène une vie de bohême et souvent de misère au sein d'une avant-garde artistique par trop imbibée d'alcool

              "Mes phalanges raides agrippent la pierre granuleuse du parapet. Une pellicule de neige s'est déposée au fil de la nuit. Le tic-tac de l'horloge rythme le va-et-vient de mon corps au-dessus du vide. "

 Je suis Jeanne Hébuterne, Olivia ELKAÏM, roman, Ed; Stock, * août 2017,  248 pp

 

13 septembre 2017

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski

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 La séquence chronologique des chroniques, offre parfois de bien troublantes confrontations.  

Après avoir évoqué, la semaine passée, le personnage lumineux de Charlotte Delbo (Je me promets d'éclatantes revanches, Valentine Goby) , je vous propose de passer de l'autre côté de la barrière - je vous préviens, ce n'est pas confortable - et de nous glisser dans le mental d'un vrai salaud, j'ai nommé Léon Sadorski, inspecteur principal adjoint chef du Rayon juif de la 3e section de la direction générale des Renseignements généraux et des Jeux.

D'aucuns reconnaîtront en ce sinistre personnage l'inspecteur consciencieux, fonctionnaire- modèle de L'Affaire Léon Sadorski (Romain Slocombe, Ed. Robert Laffont, août 2016) lequel est investi d'une double mission en ce début du mois de juin 1942: veiller à la stricte observance du port de l'insigne juif - en application de la circulaire n° 140-42 du 6 juin 1942 - et retrouver les auteurs d'un attentat perpétré dans un café.

" Sadorski n'aime  pas plus les amis des Juifs que les vrais Juifs. "

S'il est instructif de cerner, de l'intérieur, la logique antisémite, pétainiste, anti-communiste et la puissante désinformation qui induisaient une certaine "orthodoxie" française, l'intrusion dans le mental pervers de Léon Sadorski rend la révélation de ses exactions particulièrement dérangeante.  D'autant qu'il use de son statut pour assouvir ses pulsions sexuelles, flirter avec la pédophilie et la confiance absolue que lui voue Julie Odwak, une jeune fille juive de 15 ans. Qu'il se fait passer pour un résistant.

Et le lecteur de se voir confirmer le rôle actif, zélé  des milieux pétainistes dans la dénaturalisation de leurs concitoyens et les rafles abjectes dont la tristement célèbre rafle du Vel d'Hiv, le 16 juillet 1942.

Une lecture dont on ne sort indemne

Un véritable exercice d'équilibriste dans le chef de son auteur.

L'accomplissement  utile d'un devoir de mémoire.

A. Elter

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski, Romain Slocombe, roman Ed. Robert Laffont - coll. La bête noire - août 2017, 592 pp

 

12 septembre 2017

Oscillation existentielle

Tesson.jpgUn journal intime est une entreprise de lutte contre le désordre. Sans lui, comment contenir les hoquets de l'existence ? Toute vie est une convulsion : on passe une semaine au soleil, une autre dans l'ombre, un mois dans le calme plat, un autre dans la vague, et ainsi fusent les années avec l'illusion, à la fin, que tout fut chapeauté par un principe unique, un motif général, un « cadre de direction 1>, diraient les petits patrons. Quelle foutaise! En réalité, personne ne tient sérieusement son cap. Et ceux qui le prétendent ne se sont jamais retournés sur leur sillage

 

Ains'Incipit le Journal 2014-2017 que l'écrivain voyageur, rebelle par tradition familiale , nous dévoile, sorte de longue missive adressé à lui tant qu'à nous. Nous reviendrons sous peu sur le sujet et souvenir d'une rencontre père-fils .. hors pair

A Elter

Une très légère oscillation, Journal 2014-2017, Sylvain Tesson, Ed.  Equateurs, mai 2017, 232 pp

11 septembre 2017

Compte rendu d'enquête: la publication des lettres de Mme de Sévigné à Mme de Grignan

 

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Romancière, biographe  et spécialiste du XVIIe siècle , Jacqueline Duchêne publiait, notamment, en 2009, le portrait remarqué de Françoise de Grignan  (Ed Laffite  - voir chronique sur ce blog, remaniant l'édition de 1985, Françoise de Grignan ou le mal d'amour ( Ed.Fayard) . Elle a collaboré à l'édition annotée de la correspondance de la marquise de Sévigné, en trois volumes, en la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade, aux côtés de son mari, feu le Professeur Roger Duchêne. Membre de l'Académie de Marseille, 

Deux chapitres du magnifique catalogue de l'exposition "Sévigné - Epistolière du Grand Siècle (château de Grignan - du 25 mai au 22 octobre 2017) sont rédigés de sa plume., l'un concerne les séjours cumulés de la marquise à Grignan - soit quatre ans - le second nous dévoile les transformations, censures et corrections qu'a subies la correspondance originale de la marquise à sa fille, au fil d'éditions successives. L'enquête en est déconcertante, mais surtout  passionnante...

 A lire (le catalogue) -  à visiter (l'expo) - à déguster (la correspondance de notre chère marquise)  

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle -  collectif - beau livre illustré - catalogue de l'exposition du château de Grignan ( du 25 mai au 22 octobre 2017) , Co-édition  Ed. Libel - Département de la Drôme, Mai 2017,  140 pp, 22 €

10 septembre 2017

La gloire des maudits et .. du roman

NEO.jpgtheiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpgNous vous livrions chronique, hier; voici l'extrait jouissif  qui préfigure la construction d'un roman, si ce n'est celle de La Gloire des maudits 

Ah, Gabrielle ! Je vous souhaite de connaître un jour la jouissance intime, absolue, de cette écriture de l'aube. C'est l'instant où tout est possible, où le monde balbutie, où le langage n'existe pas encore. Tout est affaire de regards, d'intuitions, d'idées confuses. Nous sommes dans le grand magma qui a précédé les mots.  Il faut alors extraire un cocon de lave, puis le muer en phrases, en pays, en personnages. Il perd déjà de son innocence mais il est grisant. Et, jour après jour, ces pages deviennent des chapitres, ces chapitres des parties, ces parties un volume. Et bientôt le livre existe, et ce monde que vous  croyiez à vous seul réservé ne vous appartient plus et prend le nom de roman ...

La gloire des maudits, Nicolas d'Estienne d'Orves, roman, Ed. Albin Michel, août 2017, 528 pp

09 septembre 2017

La gloire des maudits

NEO.jpgSommes-nous au coeur d'une imposture littéraire? 

La célèbre Sidonie Porel, pressentie pour l'attribution du  prix Nobel de Littérature - ne cherchez pas,  elle n'a pas existé - est-elle bien l'auteur de la saga magistrale, Les Deux France ou s'est-elle approprié le fruit d'un travail de couple, après éviction de  Léon Drameille, son amour de jeunesse.

C'est la question qui parcourt le roman de Nicolas d'Estienne d'Orves, bien vite taraude le lecteur.

Pourquoi Léon Drameille rompt-il un long silence, en ce début de l'année 1955 , entreprend-t-il Gabrielle Valoria, une inconnue, d'un véritable feuilleton épistolaire?  La jeune femme traîne une " culpabilité fantôme '  depuis la Libération, depuis qu'elle a vu exécuter son père Enrique , condensé expiatoire du comportement de ses pairs.  Elle assume  aussi de lourds soucis financiers et la charge de son jeune frère, Simon..

C'est beaucoup pour une seule personne , fût-elle la protagoniste du récit

Alors Léon Drameille lui propose contrat: Gabrielle doit entrer en contact avec Sidonie et la démasquer. Aussi aisé qu'un numéro de haute voltige

Oui mais...

Réalisant que Gabrielle est la fille d'un de ses anciens amants, Sidonie lui propose à son tour un " contrat affreusement malhonnête" à savoir rédiger sa biographie.

Voici notre protagoniste investie d'une mission d'agent double 

Il va falloir jouer serrer, d'autant que Marie, la bonne de Sidonie, ne voit guère d'un bon oeil l'incursion de la biographe en la " Cour de Rohant."

D'autant que la personnalité de Sidonie est fascinante, envoûtante...

Que le lecteur fasciné, subjugué,... se laisse prendre aux rêts d'un récit addictif,  doté de rebondissements savamment dosés et d'une tension dramatique imparable.

Personnages vrais et  de fiction - on croit reconnaître Colette sous certains traits d'une Sidonie dont elle partage, avec Gabrielle, le prénom  - se côtoient et s'affrontent, à la grande jubilation de l'auteur..et du lecteur.

 Apolline Elter

La gloire des maudits, Nicolas d'Estienne d'Orves, roman, Ed. Albin Michel, août 2017, 528 pp

08 septembre 2017

Si on s'écrivait

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Comment rester de bronze face à une si charmante proposition..

L'agenda des rencontres littéraires et épistolaires du Pavillon est déjà comble, in et extra muros 

Il reste la possibilité  de constituer des groupes restreints (5 à 7 participants)

Lesquels trouveront assises

En notre salon Marquises....

Point de mire de nos cours de l'année:   les correspondances d'Emile Zola,  de Marguerite Yourcenar et de  Félicien Rops  Entendu que  les marquise (oblige) de Sévigné, comtesse de Ségur, comte de Saint-Exupéry, George Sand, Gabrielle Colette, Marcel Proust,  Albert Camus, Alexandra David-Néel seront toujours ravis de faire un bout de chemin avec vous .... 

Pour toute précision: Me contacter (via l'onglet)

07 septembre 2017

"Je me promets d'éclatantes revanches"

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 Récemment révélée au grand public par l'attribution, fin 2016,  du prix Femina de l'essai à sa biographe, Ghislaine Dunant ( Charlotte Delbo, La vie retrouvée, Ed. Grasset, août 2016, 608 pp) Charlotte Delbo (1913-1985)  résistante communiste, internée aux camps d'Auschwitz et de Ravensbrück,  avait très peu de chance de survivre, du moins moralement, à l'enfer concentrationnaire.  Elle perd son mari, Georges Dudach, fusillé fin mai 1942, quelques semaines après leur arrestation conjointe, le 2 mars 1942,  et connaît, au sortir des camps,  quelques épisodes de dépression.

Mais elle choisit de se tourner vers la vie,  de s'offrir d"éclatantes revanches " comme elle le promet dans une lettre adressée à Louis Jouvet, peu après sa libération. Elle le fait, construit une oeuvre rare,  puissante, singulière, cathartique, englobant en cette sorte de testament littéraire, ses pairs, compagnons de l'enfer.

Quitter Auschwitz par l'écriture

Entrée en contact avec l'écrivain lors de la rédaction de son suffocant  Kinderzimmer (roman, Ed. Actes-Sud, 2013), Valentine Goby est saisie par la puissance verbale de son écriture, d'un travail sur la langue qui tente de nommer l'indicible, de s'en affranchir, de témoigner pour ses compagnes non "Revenue[s] d'entre les morts'.

"Auschwitz y surgit en textes souvent courts, scènes tantôt hallucinées, tantôt d'une sidérante acuité, sensations vives, poèmes, récits du retour déclinés à la façon d'une litanie. C'est une mosaïque de visions stroboscopiques, de sons sans raccords, qui en dépit de la monotonie du décor, la boue, la neige à l'infini, ne forment jamais complètement paysage. La glace. Le ruisseau. La civière, les mortes tête pendante. L'appel. La tulipe à la fenêtre d'une maison isolée. Le block. La soif. La terre au fond des tabliers. Un râle, la nuit. Auschwitz est une expérience du fracas restituée tesson après tesson, et l'écriture une entreprise d'ordre archéologique." 

L'essayiste, romancière, balise sa démarche, le processus de sa quête - c'est par la non-juive Charlotte Delbo que la non-juive et partant, peut-être moins "autorisée",  Valentine Goby a accès à Auschwitz - et d'une révélation sidérante de solidarité:

"C'est mon voyage et non le sien. Je ne détiens aucune clé, j'ignore bien des motifs souterrains, des intentions silencieuses, conscientes ou inconscientes de Charlotte Delbo, j'émets seulement des hypothèses. Je cherche des clés moins en elle qu'en moi. Ce que j'écris, c'est un regard. Une tentative de décryptage du processus intime à l'œuvre entre auteur et lecteur, une traversée sur le fil mince, tremblant, qui nous relie l'un à l'autre, l'une à l'autre; relie nos langues, nos morts, notre préférence pour la vie."

Une solidarité qu'on retrouve -  du moins, je le crois, en infusant les extraits présentés - dans l'écriture même de cet hommage,  de cette rencontre d'âmes.

Qui en saisit les paradoxes, les côtés dérangeants:

"Jusqu'à la lecture de Charlotte Delbo, ces heures passées sous les néons de la bibliothèque Clignancourt, j'aurais juré aussi qu'un déporté était toujours mort à lui-même, en dépit de toute volonté. C'est une des raisons pour lesquelles l'écriture de Charlotte Delbo dérange: par sa grâce, elle peut refuser de vivre en victime."

Apolline Elter

"Je me promets d'éclatantes revanches" Une lecture intime de Charlote Delbo, Valentine Goby, essai, Ed. L'Iconoclaste, 30  août 2017, 192 pp

 

06 septembre 2017

Frappe-toi le coeur

Ah ! frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie.
C'est là qu'est la pitié, la souffrance et l'amour; 

 s'exclame le jeune Alfred ( de Musset 1810-1857) dans une de ses Premières poésies, adressée à un mystérieux Edouard B.Frappe-toi-le-coeur.jpg

Un (presque) hémistiche que la célèbre romancière fait sien, projetant le lecteur au...coeur d'un des romans les plus impitoyables qu'elle ait écrits.

Un roman qui commence tel un conte de fées, autour de Marie, une jeune beauté provinciale de 19 ans - en 1971 - convaincue que ses atouts la destinent  à un avenir aussi jouissif que la jalousie qu'elle suscite en son entourage.

Le jour neuf promettait des événements dont elle ignorait la nature. Elle chérissait cette impression d'imminence." 

Mariée un peu trop hâtivement à Olivier,  jeune et beau pharmacien du cru, Marie accouche tout aussi prestement d'une ravissante Diane et d'une indifférence abyssale envers le fruit de ses entrailles.

" C'est fini . J'ai 20 ans et c'est déjà fini. Comment la jeunesse peut-elle être si courte "

Et la jeune femme de développer, en même temps qu'un certain bovarysme,  une insidieuse et féroce jalousie envers sa délicieuse petite fille, laquelle nourrit  a contrario envers sa "déesse"-mère un sentiment d'amour absolu.

Les naissances de Nicolas mais surtout de Célia que Marie étouffe d'un amour démesuré vont exacerber le sentiment d'injustice, la souffrance infligés à son aînée:

"  Diane cessa d'être un enfant à cet instant. Pour autant, elle ne devint ni une adulte ni une adolescente: elle avait 5 ans. Elle se transforma en une créature désenchantée dont l''obsession fut de ne pas sombrer dans le gouffre que cette situation avait creusé en elle."

 Peut-on survivre à une telle carence affective, à un tel manque d'amour maternel? 

La réponse est oui.

Devenue cardiologue, Diane offre ses brillantes aptitudes au service d'Olivia Aubuisson, maître de conférences dont elle booste la carrière, tandis qu'elle emploie tout son coeur à entourer celui de Mariel Aubuisson, la fillette chêtive et délaissée du futur professeur de cardiologie.  La boucle de l'enfant trop peu, si mal aimé est ainsi scellée, celle de la jalousie aussi et des relations hautement toxiques dont Diane est l'inévitable cible.

Il est des coeurs frappés d'aucun génie

Qui dans leur vaine béance

N'offrent de nid qu'à la jalousie

Ou la cruelle indifférence.

Apolline Elter

Frappe-toi le coeur, Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, août 2017, 170 pp

05 septembre 2017

Amitié transcendentale

Dernier volet de notre focus sur la sainte correspondance d'amitié entre Jeanne de Chantal, grand-mère de notre I-Moyenne-155995-correspondance-francois-de-sales-jeanne-de-chantal.net.jpgEpistolière et François de Sales,  penchons-nous sur l'unité indivisible qui lie à jamais les  co-fondateurs de l'ordre de la Visitation.  

Saint-François de Sales définit ainsi  les termes d'une amitié prête à tout transcender

 " Allons, ma chère Fille, puisque Dieu est l'unité de notre coeur, qui nous en séparera jamais? Non, ni la mort ni la vie, ni les choses présentes, ni les futures, ne nous sépareront jamais, ni ne diviseront notre unité. Allons donc, ma très chère Fille, avec un seul coeur, où  Dieu nous appelle "

  Extrait de la Lettre 1037 in François de Sales et Jeanne de Chantal, Correspondance, éditée et présentée par David Laurent - introduction par Max Huot de Longchamp, Ed Desclée de Brouwer, 2016, 900 pp

 

03 septembre 2017

Le jour des fous

 

9782246813477-001-X.jpegIl y avait au Moyen Âge, à l'approche du nouvel an, une journée des fous. Ce jour-là, dans les abbayes, dans les monastères, dans les églises, la hiérarchie religieuse valse dans la liesse. Etc.

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Le déjeuner des barricades, Pauline Dreyfus, roman, Ed. Grasset, août 2017, 232 pp

 

 

02 septembre 2017

Le déjeuner des barricades

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Hôtel Meurice,  mercredi 22 mai 1968

Rien ne va plus au sein du prestigieux palace de la Rive droite. Entraîné dans la mouvance des événements de mai, le personnel a décidé d'en destituer le directeur et de prendre les rênes de l'établissement.

C'est le principe de l'autogestion

C'est le monde à l'envers

"Il fallait que cela arrive un jour, commente Denise, que le drame ne prend jamais au dépourvu.

Certes l'hôtel a connu d'autres vicissitudes. Réquisitionné par l'Occupant, de septembre 1940 au mois d'août 1944, il est le Quartier général du ..Général von Choltitz, lequel évite in extremis à Paris de brûler en désobéissant à un Hitler, frappé de délire et de grande colère.

Et voici qu'à nouveau Paris se consume sous les feux de la révolte; la disette est à ses portes qui ne permet plus aux lieux de prestige de s'approvisionner dignement.

Quand on songe que l'hôtel accueille en ses cent soixante chambres des hôtes aussi prestigieux que la milliardaire américaine Florence Gould- elle séjourne à l'année dans la suite 250-252-254 - Salvador, Gala Dali et Babou,  leur charmante panthère de compagnie - dans la suite 108-110-  J. Paul Getty, débauché de la concurrence,  on se dit que, direction décapitée,  hiérarchie inversée ou pas, il faut tout faire pour continuer à satisfaire cette clientèle de choix

D'autant que c'est précisément aujourd'hui qu'e lieu la remise du Prix Roger-NImier, parrainé par la milliardaire,  laquelle entend que tout se déroule comme d'habitude.

Comme il manque des convives - Paris congestionné oblige - il est décidé de faire appel aux ressources locales, le Maître, bien sûr, mais aussi,  et d'une autre facture,, un charmant notaire - honoraire - de Montargis, j'ai nommé, Maître Aristide Aubuisson. Après avoir mené une vie austère et exemplaire, au service de sa clientèle, l'homme de loi vient de se découvrir un cancer fulgurant; il a décidé d'écouler, au Palace, ce qui lui reste de vie et de liquidités.  Honoré d'être convié au prestigieux déjeuner littéraire, Aristide se précipite dans la première librairie ouverte - c'est un exploit - aux fins d'y acquérir le roman du jeune auteur primé: Place de l'étoile d'un certain Patrick Modiano.. inconnu au bataillon

"C'est Lucien Grapier qui, le premier, a compris que cet immense jeune homme brun, aux allures de gazelle égarée, doit être le lauréat que tout le monde attend."

Mêlant, d' un humour caustique, efficace, irrésistible, un sens aigü de l'observation sociologique, de la conscience professionnelle et des vanités sympathiques, Pauline Dreyfus revisite, en mode de comédie urbaine, les célèbres Jours des fous et fêtes du  Prince Carnaval de l'époque médiévale.

Une satire très réussie, parsemée de sentences savoureuses.

Puissiez-vous vous en délecter autant que je l'ai fait...

Apolline Elter 

 Le déjeuner des barricades, Pauline Dreyfus, roman, Ed. Grasset, août 2017, 232 pp

 Billet de faveur

AE : parmi toutes ces vanités que vous fustigez plaisamment, se dégagent au moins deux êtres qui ne trichent pas. Patrick Modiano, le lauréat du prix et Maître Aubuisson, le notaire dont vous tracez un portrait  affectueux  ..  C’est un des rares vrais lecteurs présents autour de la table Ce n’est pas fréquent d’avoir de la tendresse pour les représentants de cette profession :

 Pauline Dreyfus :  L’important n’est pas tant sa profession –encore que je n’ai rien contre les notaires !- mais son côté provincial (il vient de Montargis), et le fait qu’il soit très malade : il est le seul convive ébloui par ce déjeuner, celui qui n’est pas blasé comme tant de Parisiens, celui qui veut savourer chaque instant du feu d’artifice. Il a la délicatesse d’aller acheter le livre du lauréat avant le repas, pour pouvoir lui poser des questions, il réclame un autographe à Dali, il trouve l’hôtesse délicieuse alors que les autres invités la snobent. Bref, Aristide Aubuisson est le contrepoint des autres personnages qui sont frivoles, vaniteux et assez médiocres. Vous l’aurez compris : je l’aime beaucoup !

 AE : Patrick Modiano s’est vu décerner les prix Roger-Nimier en 1968. Pour autant, le « déjeuner des barricades » a-t-il bien eu lieu ?

Pauline Dreyfus : Ce roman mélange la fiction et la réalité mais le point de départ est authentique : le déjeuner des barricades a vraiment eu lieu, en ce 22 mai 1968 où le pays était paralysé par la grève générale et l’hôtel Meurice occupé par son personnel. Patrick Modiano se souvient encore des lustres clignotant à cause de la grève qui était aussi suivie chez EDF. Si beaucoup de rebondissements sont le fruit de mon imagination, c’est bien ce jour-là, dans cet endroit-là, que le futur prix Nobel a reçu sa première consécration littéraire.

01 septembre 2017

Le Pavillon fait sa rentrée

IMG_0469.JPGDistinguez-vous le pavillon, encore enfoui dans l'été et son écrin de verdure?  

Il va falloir le réveiller, le pomponner, faire battre son coeur de cette littérature

Qui signe de rouge et de blanc nos tablées

En agenda allègrement composé

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Je vous le livre sans hésiter:

 Le cycle "4 L" d'actualité littéraire vous ouvre ses portes, dès mi-septembre, à quatre moments-clefs de l'année pour évoquer:

- La rentrée littéraire

- Les grands prix de novembre et (belles) parutions de la fin de l'année

- La rentrée de janvier (2018 - oui déjà - que la santé vous soit exquise)

-  Les parutions du printemps et les lectures pochées, audiolivresques de l'été.

 

Le cycle consacré à la correspondance des grands écrivains  (et artistes de génies) portera ses lunettes sur celles de 

- Emile Zola (1840-1902) écrivain, journaliste, ami, amant, mari exquis  (2 modules) 

-   Marguerite Yourcenar (1903-1987) décédée, voici trente ans, le 17 décembre 1987

et Félicien Rops (1833-1898) , dès mars 2018

 

Des rencontres ponctuelles sont prévues qui ouvriront missives et serrures, sur les grands noms de la littérature, à savoir Colette, Une femme qui goûta la vie par tous ses sens-  La marquise de Sévigné, Une épistolière avant la lettre - Les (longs) courriers d’Antoine de Saint-Exupéry-Les tables d’écriture de George Sand et l’hospitalité légendaire de Nohant sans omettre Marcel Proust, Gustave Flaubert, Victor Hugo, Marguerite Duras, Denis Diderot, Jean-Jacques Rousseau,  La Grande Guerre 1914-18, Genèse et histoire de l’épistolaire, les petits plis de l’amitié, correspondances mères-filles,  etc…

 C'est dire comme il y a du pain

Sur la tranche sur vos calepins

 

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