17 août 2017

Légende d'un dormeur éveillé

L'heure de la rentrée (littéraire) a sonné et avec elle, celle de nos chroniques, coups de coeurs, billets de ferveur.

Saluons la parution, ce jour, du troisième roman de Gaëlle Nohant, portrait saisissant,  parce que vécu de l'intérieur, du poète surréaliste Robert Desnos, né en 1900 - la même année qu'Antoine de Saint-Exupéry - décédé le 8 juin 1945, au camp de concentration de Theresienstadt (ancienne Tchécoslovaquie) , d'un typhus contracté, alors même que le camp venait d'être libéré de l'Occupant nazi...

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Centré sur les Années folles, la vie parisienne, amicale, amoureuse, littéraire .. de l'enfant du quartier des Halles, le focus ne quitte pas le protagoniste. Il est omniprésent, tant il habite l'esprit et le coeur de la romancière.

S'il côtoie un temps André Breton,  Robert Desnos rompt rapidement avec l'ombrageux père du surréalisme, Qu'importe, ses amis sont légion,  Man Ray, Alejo Carpentier, Paul Eluard,  Jacques Prévert,  Théodore Fraenkel,  Antonin Artaud, André Masson, Jean-Louis Barrault, Kiki, Fredrico Garcia Lorca,  Hemingway….

ils se rejoignent au café  (les Deux-Magots, la Coupole), refont le monde,  consolident leurs liens, leurs voies d'expression.

Côté amour, le cœur du poète bat intensément: accablé par la mort d'Yvonne George, Robert restera fidèle à son second amour, Youki Foujita.

Sa veine d'écriture laisse part large à l'expression "surréaliste"  de l'inconscient ; elle se décline en poèmes, bien sûr, mais aussi en scénarii de cinéma, de publicité, chroniques radiophoniques et même en chansons, telle la célèbre Complainte de Fantomas, écrite sur une musique de Kurt Weill, pour les besoins du film Fantomas, de Pierre Souvestre et Marcel Allain (1933)

Mais la guerre approche et l'antisémitisme oeuvre à sa sale besogne.

Engagé dans la résistance,  Robert Desnos est arrêté par la Gestapo,  le 22 février 1944, en son appartement de la rue Mazerine, sous les yeux de Youki, qui devient narratrice du récit (quatrième partie)

Usant d'humour et d'optimisme comme derniers remparts contre la barbarie,  Robert succombe à sa libération..

Sans tes lunettes, la nuit tu es aveugle. Dans la grange opaque où on vous a parqués, tu es désorienté. Tu t'égares dans le clan des Soviétiques. Depuis le début, les Russes, déshérités parmi les déshérités, forment contre vous un bloc hostile. À Flôha tu en plaisantais, imitant les prières de ton ami Rödel: « Mon Dieu, délivrez-nous des Russes. Les Allemands, on s'en chargera nous-mêmes. »

 Il est enterré au cimetière Montparnasse à Paris

Légende d'un dormeur éveillé, Gaëlle Nohant, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, 17 août 2017,  540 pp

Apolline Elter

 Billet de faveur

AE : Gaëlle Nohant, on vous sent totalement imprégnée de Robert Desnos. Vous lui rendez la vie, en quelque sorte. Qu’est-ce qui vous a menée à lui ?

Gaëlle Nohant :

Robert Desnos m’accompagne depuis l’âge de 16 ans, j’ai eu la chance d’avoir un professeur qui l’aimait beaucoup et nous a fait découvrir un large choix de ses poèmes. Sa poésie a été une révélation pour moi et ne m’a plus quittée. Au fil du temps, j’y ai puisé de l’énergie, une forme de consolation, de quoi raffermir ma vocation littéraire dans les périodes de doutes… C’est le poète qui me touche le plus. En 2015, je me suis dit qu’il était temps de lui rendre un peu de ce qu’il m’avait donné. C’était le 70ème anniversaire de sa mort, mais il était passé à peu près inaperçu. J’ai réalisé qu’il n’avait pas la postérité qu’il méritait en tant que poète et en tant qu’homme, et j’ai eu envie de le faire rencontrer aux lecteurs. Pour cela, le faire revivre avec ses amis, ses amours, ses combats, dans le Paris de l’époque m’a  paru la meilleure forme, et le plus bel hommage. Contrairement à la biographie, le roman me permettait de m’approcher tout près de lui, jusqu’à entendre battre son cœur. Le détour par la fiction est le meilleur moyen, me semble-t-il, de rejoindre un forme de vérité profonde de l’être. Ici, comme tous les personnages de ce roman ont existé, l’exercice tenait du numéro de funambule, il fallait tout inventer « entre les clous », en respectant la personnalité et la vérité de chacun, c’était difficile mais passionnant. La vie de Desnos est un roman, et lui-même est un vrai héros incroyablement vivant et attachant. Quand on fait sa connaissance, comment ne pas l’aimer ? J’espère que les lecteurs seront nombreux à s’attacher à lui et à aller le découvrir ensuite à travers son œuvre.

16 août 2017

Retour à la maison

 "Il avait oublié  odeurs puissantes des Halles, les voix hurlées, le choc des charrettes croulant sous les légumes et les  fruits. Il est heureux de retrouver sa ville. Le premier soleil enlumine les gargouilles de la tour Saint-Jacques. Les balayeurs abandonnent  le parvis de la gare Saint-Lazare et aux terrasses voisines, l'odeur du  café se mêle à l'encre fraîche des quotidiens du matin. La vieille clocharde de la rue de Seine replie soigneusement son lit de journaux. La sirène d'un remorqueur sous le pont Neuf, le tremblement des réverbères qu'on éteint, les cigarettes qui rougeoient entre chien et loup, à cette heure incertaine où ceux qui vivent à contretemps, ceux dont c'est l'ivresse, vont s'écrouler quelques heures. Robert est de ceux-là. Pour lui, la vie ne saurait se limiter au jour. Il y a trop à faire, tant de musiciens à écouter, de vins à boire et d'amis à saluer! Il dort le moins possible et des cernes profonds ombrent son drôle de regard myope"

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Ains'Incipit le roman de Gaëlle Nohant, Légende d'un dormeur éveillé (Ed. Héloïse d'Ormesson) coup d'envoi de la rentrée littéraire et terme de facto de nos Estivales de l'Ermitage

Rendez-vous dès demain sur votre blog préféré pour  découvrir le billet de faveur que l'auteur nous a consenti.

15 août 2017

Les inséparables

Nos quatrièmes de couverture vont bon train, bon 4x4: Renalut déserr.jpg

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Après Un été à Bluepoint, son premier roman, Stuart Nadler poursuit l’exploration des liens familiaux en s’attachant à trois générations de femmes qui vivent un moment charnière de leur existence.

Boston, de nos jours. Avec la mort de son mari, Henrietta Olyphant, a tout perdu. Confrontée à de sérieuses difficultés financières, elle accepte à contrecœur   que soit réédité le roman osé qu’elle a publié dans sa jeunesse  : Les Inséparables.  Jugé trash à l’époque, il est devenu culte mais a valu à son auteur, féministe engagée et universitaire accomplie, d’être rejetée par ses pairs.
Au même moment, Oona, sa fille, brillante chirurgienne de quarante ans, débarque chez elle après avoir quitté son mari. Sans savoir que Lydia, sa propre fille âgée de quinze ans, vit un cauchemar depuis que circule une photo d’elle dénudée dans son prestigieux pensionnat…
Bientôt réunies, toutes trois devront faire face à leurs désirs, à leurs contradictions et à leurs tabous.
 
Notre famille détermine-t-elle notre destinée  ? Comment devient-on femme  ? Incisif, brillant et d’un humour digne de Woody Allen, un roman très contemporain dans lequel on retrouve le talent éblouissant de Stuart Nadler pour disséquer la psychologie humaine et ses complexités.

Les inséparables, Stuart Nadler, roman traduit de l'anglais (USA) par Hélène Fournier, Ed. Albin Michel, mai 2017, 404 pp

14 août 2017

Vivant Denon

Renault.jpgC'est un de nos grands regrets d'une fin d'année surchargée: n'avoir pu lire (encore) l'essai biographique de Jean Marchioni

Je vous en livre argurment, extrait du site de l'éditeur

Dans l'attente de jours meilleurs

 

 "La singularité de Vivant Denon (1747-1825) est d’être pluriel en toute chose. Multiples talents, métiers divers, incessants voyages ont façonné non pas une vie mais “des vies”. Aussi, les biographies qui lui ont été consacrées n’ont pas manqué jusqu’aux années 1990. Or, depuis, deux sources archivistiques majeures ont paru et éclairent de façon nouvelle la vie de Denon : les Lettres à Bettine (Actes Sud, 1999) dévoilent le secret bien gardé d’un amour durablement partagé, et pénètrent la psychologie de l’homme ; sa Correspondance administrative permet de suivre au jour le jour le labeur prodigieux du protecteur des arts sous le règne de Napoléon Ier. Bâti sur le dépouillement systématique de ces lettres, cet essai se veut comme une “interview” de Denon. L’ ensemble permet d’offrir un portrait tout à fait inédit de l’homme et de son activité créatrice.
Mystérieux, insaisissable, déconcertant, surprenant, secret, cet homme pétri de l’humanisme encyclopédique du xviiie siècle a fait de sa vie une aventure prodigieuse guidée par le génie et le talent. De l’atelier de gravure au feu du combat, de Paris à Louxor et aux capitales européennes, il a tout connu des hommes comme des événements de son époque.
À la nation a été dévolu son véritable héritage moral et artistique. Sans lui, nous n’aurions ni le Louvre actuel, ni la primeur de la recherche égyptologique, ni la colonne Vendôme, et le musée de Versailles n’abriterait pas l’iconographie picturale du Premier Empire dont il avait su inspirer les commandes.

Vivant Denon ou l'Ame du Louvre,  Jean Marchioni, essai biographique, Ed. Actes Sud, avril 2017, 304 pp

13 août 2017

Les couleurs de la vie

Fouchet.jpgtheiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpg"La médiathèque de Groix a eu la géniale idée des « livres bateau ». Les adhérents piochent dans un carton spécial où les attend un choix de nouvelles et de courts romans qu'on peut lire le temps de l'aller-retour Groix-Lorient. "


Les grands esprits se croisent, chère Lorraine Fouchet. Si je vous dis que je nourris une même idée..en version ferroviaire. A infuser, cela va sans dire

Les couleurs de la vie, Lorraine Fouchet, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, avril 2017, 400 pp

12 août 2017

Les retrouvailles

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"Vingt-cinq ans qu'ils ne s'étaient revus ! Quand son vieux camarade de fac l'invite à passer un week-end dans la grande bâtisse de son frère, nichée au coeur des montagnes de Savoie, Laurent Campanelli est un homme accompli, un père de famille qui a trouvé sa voie. Il s'y rend avec femme et enfants et revoit avec plaisir Michel, Yvon et leur soeur Flore, son amour de jeunesse à présent mariée à un riche avocat qui est aussi collectionneur. Mais la camaraderie retrouvée ne tiendra pas longtemps. De lointaines rancoeurs se réveillent, ainsi que des passions enfouies et des regrets agissant comme un lent poison. Éclats de voix alcoolisées, étreintes furtives et clandestines, le week-end dérape ; les cadavres sortent peu à peu du placard et font vaciller les vérités que l'on croyait les plus solides. Sous la neige, à l'écart du monde, un drame se noue. Il n'est pas certain que tous s'en relèveront. Le huis clos se transforme alors en cauchemar, dans une ambiance que ne renierait pas le Stephen King de Shining.
 
Olivier Maulin vit et travaille à Paris. Il a publié de nombreux romans salués par la critique, la plupart d'entre eux étant disponibles en format poche. Il a reçu le prix Étonnant voyageur pour En attendant le Roi du monde. Les retrouvailles est son 10e roman.
 
Les retrouvailles,  Olivier Maulin, roman, Ed. du Rocher, mai 2017, 188 pp

11 août 2017

La rue

Renalut déserr.jpg Les vintages se suivent, point ne se ressemblent

Voici l'argument que nous donnent les éditions Belfond, du roman d'Anne Petry:

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Un premier roman poignant, par une auteure injustement oubliée dans l'héritage du Harlem Renaissance, un véritable morceau de bravoure vendu à plus d'un million d'exemplaires lors de sa parution aux États-Unis, en 1947. Dans le Harlem des années 1940, le combat acharné de Lutie Johnson, jeune mère célibataire noire, qui tente de s'élever au-dessus de sa condition.

Avec La Rue, la collection « Vintage » poursuit son exploration du noir, genre aux multiples facettes, et dévoile une misère sociale extrême, où règnent en maîtres la pauvreté et la corruption.

Des rues comme la 116e, réservées aux nègres ou aux mulâtres, avaient fait de Pop un vieil ivrogne timide et tué Mom quand Lutie était encore tout bébé.
Dans cet immeuble où elle habitait actuellement, c'était aussi la rue qui avait amené Mrs Hedges à faire de sa chambre un bordel.
Et le concierge, la rue l'avait maintenu dans les bas-fonds, loin de l'air et de la lumière, jusqu'à ce que l'horrible obsession de la chair l'ait dévoré. Mais rien de tout cela ne lui arriverait à elle, Lutie, parce qu'elle avait la volonté de lutter sans relâche.
 
La rue, Anne Petry, roman [vintage noir] traduit de l'américain par Martine Monod, Nicole et Philippe Soupault, Ed. Belfond, mai 2017, 384 pp
 
 

10 août 2017

Des femmes remarquables

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Renalut déserr.jpgNotre mode 4x 4e de couverture se poursuit, avec un petit tour (de roue) du côté de chez Belfond: 
 
Dans la veine de La Ferme de cousine Judith (Belfond Vintage, 2016) et des Aventures de Cluny Brown de Margery Sharp (Belfond Vintage, 2015), Des femmes remarquables, aussi drôle que savoureux, compte parmi les meilleures comédies anglaises. Avec sa bouilloire à la main et son oreille compatissante, Mildred Lathbury est l'incarnation même de la chic fille. Mais l'arrivée d'un couple de jeunes mariés dans son immeuble va bouleverser sa vie bien ordonnée...
Londres, dans les années 1950. Mildred Lathbury, jeune femme célibataire au quotidien partagé entre la vie de la paroisse et les tâches domestiques, voit son existence bouleversée lorsque débarque dans son immeuble une fougueuse anthropologue au bras d'un très bel homme...

Je laissai Dora poursuivre, mais sans réellement lui prêter l'oreille car je connaissais l'opinion que nourrissait Dora à l'égard de miss Protheroe et de tout précepte religieux. Nous nous étions souvent querellées autrefois à ce sujet. Je me demandais comment elle pouvait gâcher autant d'énergie à lutter pour une vétille telle que le port du chapeau à l'office ; puis je me dis qu'après tout, la vie se réduisait, pour la plupart d'entre nous, à des détails de cet ordre : les petits désagréments plus que les grandes tragédies, les dérisoires petites envies plus que les grands renoncements et les tragiques passions amoureuses de l'histoire ou des romans.
 
Des femmes remarquables, Barbara Pym, roman [vintage], traduit de l'anglais par Sabine Porte, Ed. Belfond, juin 2017, 320 pp

09 août 2017

Des vampires dans la citronneraie

 On en dit grand bien; je n'ai pas eu le temps de découvrir ce "bijou" et vous en livre l'argument que nous en offre l'éditeur: 

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"Finaliste du Prix Pulitzer pour son formidable roman Swamplandia, la jeune Karen Russell, à l’imaginaire débridé, excelle dans tous les registres et s’impose une fois encore, avec ce recueil, comme un maître du réalisme magique.

Des fillettes retenues prisonnières dans une manufacture japonaise sont lentement métamorphosées en vers à soie… Une masseuse se découvre dotée d’étranges pouvoirs en manipulant les tatouages d’un jeune soldat revenu d’Irak… Deux vampires prisonniers d’une citronneraie brûlée par le soleil tentent désespérément d’étancher leur soif de sang, au risque de mettre un terme à leur relation immortelle… 

Autant de mondes parallèles fascinants, entre mythe et réalité, qui confirment la subtile extravagance et l’inventivité hors pair d’un des meilleurs écrivains de sa génération.

« Inspirée par George Saunders, Stephen King ou encore Carson McCullers, Karen Russell a une voix bien à elle, tour à tour lyrique et drôle, fantastique et méditative. » The New York Times

 

Renault 4-4.jpgDes vampires dans la citronneraie, Karen Russell, roman traduit de l'américain par Valérie Malfoy, Ed. Albin Michel, avril 2017, 310 pp

08 août 2017

Des hommes sans femmes

Renalut déserr.jpgHaruki.jpg Le point de vue de l'éditeur:
 
Neuf ans après Saules aveugles, femme endormie,  voici le retour d'Haruki Murakami à la forme courte. Dans ce recueil comme un clin d'oeil à Hemingway, des hommes cherchent des femmes qui les abandonnent ou qui sont sur le point de le faire. Musique, solitude, rêve et mélancolie, le maître au sommet de son art.
 
« À ce que je sais, votre épouse était vraiment une femme merveilleuse [...] vous devez vous sentir reconnaissant d'avoir vécu presque vingt ans auprès d'une femme comme elle. Je le crois profondément. Néanmoins, vous aurez beau penser que vous avez compris quelqu'un, que vous l'avez aimé, il n'en reste pas moins impossible de voir au plus profond de son coeur. Vous aurez pu vous y efforcer, mais vous n'aurez réussi qu'à vous faire du mal. Vous ne pouvez voir qu'au fond de votre propre coeur, et encore, seulement si vous le voulez vraiment, et si vous faites l'effort d'y parvenir. En fin de compte, notre seule prérogative est d'arriver à nous mettre d'accord avec nous-même, honnêtement, intelligemment. Si nous voulons vraiment voir l'autre, nous n'avons d'autre moyen que de plonger en nous-même. Telle est ma conviction. »

Des hommes sans femmes, Haruki Murakami, recueil de nouvelles traduites du japonais par Hélène Morita, Ed. Belfond, mars 2017, 304 pp

07 août 2017

Marche avec la nuit

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Un argument bien de saison, que nous livre l'éditeur:

Vous voyez l'ombre et moi je contemple les astres. Chacun a sa façon de contempler la nuit.

Victor Hugo

Loin de sa Normandie natale, le jeune Renaud marche en Inde où il découvre ses propres désirs et les plaisirs de la vie en même temps qu'une tradition qu'il ignore. La secrète Sanjana se réfugie auprès de lui et l'éveille au lien de l'amour et du sacré. Au cours de son périple, il croise aussi Flavia, une ardente Brésilienne qui lui offre le feu de la chair. Puis un sage facétieux lui ouvre la voie de la méditation.

Les initiations se poursuivent avec d'autres signes venus du ciel : le premier sourire d'un enfant, l'appel d'un précipice... le souvenir d'une parole glissée par l'un des siens : « En te perdant, tu prendras des forces.»

S'attachant aux présences mystérieuses qui émaillent son chemin, Renaud va s'interroger radicalement sur le sens de son existence.

D'une écriture méditative et entraînante, ce roman invite à accueillir les mouvements intérieurs qui parcourent nos vies. Une aventure déroutante où sensualité et spiritualité s'entremêlent au fil de la rivière Narmada.

Olivier Germain-Thomas a reçu un Grand Prix de Littérature décerné par l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre ainsi que le prix Renaudot essai pour Le Bénarès-Kyôto.

 

Marche avec la nuit, Olivier Germain-Thomas, roman, Ed. du Rocher, mars 2017, 206 p

06 août 2017

Un High-Tea tout d'août

Je le sais, vous me le dites, m'en remerciez, l'attendez..

Cette infusion dominicale qui, sur le coup, très précis, de 17 heures vous est livrée chaque dimanche

Alors en ce dimanche tout d'août, qui me voit travailler d'arrache-yeux, à cette rentrée littéraire qui s'approche à grandes pages,  je vous livre cette incursion exclusive dans mon dur labeur

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La mise en scène théière est signée Thibault Jadoul ..d'août

05 août 2017

Moura - La mémoire incendiée

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Notre visite enchantée de Saint-Pétersbourg se conclut d'une lecture tout aussi ravie, captivée,  de la vie Maria Ignatievna Zakreskaïa, as comtesse von Benckendorff as baronne Budberg as Marouchka as Moura (1892-1974)

Une vie riche, aventureuse, dangereuse,qui subit et épouse le XXe siècle pétersbourgeois naissant, les sursauts violents, traumatismes radicaux de la révolution bolchévique, l'éradication de l'aristocratie, l'éclatement de sa cellule familiale.

Une vie de femme amoureuse qui mène Moura à côtoyer tant le diplomate anglais Bruce Lockhart, agent (secret) britannique que  l'écrivain d'idéal bolchévique,  Maxime Gorki dont elle se fait l'agent littéraire. 

Séductrice, généreuse, éminemment courageuse, Moura est une femme insaisissable. Sorte de Mata Hari à  la russe, elle suscite la méfiance, la vigilance des autorités de tous camps, quand ce ne sont des périodes d'emprisonnement dans des conditions éprouvantes, épouvantables.

Si Alexandra Lapierre a choisi la forme romanesque pour tracer ce destin qui ne l'est pas moins, c'est pour mieux saisir la vérité d'une femme -  volontairement énigmatique- les élans sans conteste sincères d'un coeur qui bat à l'heure d'un Petrograd ravagé, d'une guerre civile atroce,  d'un XXe siècle et d'une classe aristocratique passablement bousculés.

L'écrivain a rassemblé une documentation, une énergie colossales pour s'immerger - et nous, à sa suite -dans un destin, en tous points, hors du commun

A Elter

Moura- La mémoire incendiée, Alexandra Lapierre, roman, Ed. Flammarion, mars 2016 - Livre de Poche, avril 2017, 730 pp

04 août 2017

A la rencontre de Pouchkine

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Sis Moïka, 12 à Saint-Petersboug, l'appartement qu'occupa l'écrivain Alexandre Pouchkine (1799-1937)  représentant majeur du Siècle d'Or de la poésie russe, juste avant son décès, se visite en mode musée. Un décès inopiné,  le "Soleil russe"' n'a pas quarante ans, pas même trente-huit, lorsqu'il succombe à la blessure fatale du duel qui l'oppose à Georges d'Anthès,  amoureux éconduit - du moins, nous l'espérons -de son épouse Nathalie.

Le jeune père de famille - il a quatre enfants dont l'aîné n'a pas cinq ans à l'heure de son décès - laisse une oeuvre forcément inachevée, des chefs d'oeuvre qui passeront à la postérité,  Eugène Onéguine, Boris Goudonov,  et des dettes importantes.

Focalisée sur cette fin tragique, la visite de l'appartement, se plombe, dès le vestibule d'une atmosphère assez pesante, confortée par le récit audioguidé des pièces.  Mais elle n'en n'est pas moins intéressante et permet de découvrir son cabinet de travail, la bibliothèque bien nourries d'ouvrages en toutes langues - il en possédait quatre mille - et les instruments qui permirent l'expression de son art.

S'il aborde la journée du 27 janvier 1837 d'humeur légère et joyeuse, Alexandre Pouchkine, ne regagnera son appartement, le soir, que pour y mourir, deux jours plus tard, aux termes d'affreuses souffrances.

03 août 2017

Quelques nouvelles de Saint-Pétersbourg

N.Gogol_by_F.Moller_(1840,_Tretyakov_gallery).jpgJe vous ai promis une (légère) approche de la littérature russe tandis qu'à Saint-Pétersbourg, nous nous trouvâmes nez-à-nez avec Nicolas Gogol (1809-1842) himself...

L'occasion de nous pencher sur ses fameuses Nouvelles de Saint-Pétersbourg, téléchargées sur notre aimable liseuse et de relire les Nez, Manteau, Portrait et Missive perdue, enfouis dans les tréfonds non irrigués de notre mémoire estudiantine.  Si les trois dernières nouvelles, au goût d'inachevées, risquent de reprendre la place dont nous les avions délogées, nous avons savouré, nez-en-moins, comme il se doit,  la première...

A savoir.

  Il nez point commun de retrouver, dans son pain chaud, les nasaux frémissants d'un client à qui l'on a fait la barbe. Telle est ...néanmoins, la surprise qui décoiffe Ivan Iakovlievitch, barbier à Saint-Pétersbourg, au lever de bonne heure, un jour qui le voit d'excellente humeur. Il recon-nez aussitôt l'organe d'un sien client, le major, Kovaliov, assesseur de collège... On imagine la panique qui saisit ainsi notre homme, dès potron-mi-nez. On imagine pareillement, celle qui s'empare de l'assesseur tandis qu'il découvre la platitude centrale et incongrue de son visage

Vous l'aurez saisi - pas le nez, mais le sens de la nouvelle - nous voguons en pleine intrigue fantastique;  l'enjeu est d'envergure,  Kosaliov va-t-il récupérer son appendice nasal?

 Le suspens est insoute-nez-ble

A Elter

  Le nez, Nicolas Gogol, nouvelle publiée dans Le Contemporain, oct. 1836, traduite par Léon Golschmann et Éric Jaubert, Ed. Paul Ollendorf, 1896

02 août 2017

D'un Pavillon, l'autre

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Il y a bien, à Namur

Blotti dans un coin de verdure

Un certain... Pavillon de la Littérature.

Situé au lieu dit de l'Ermitage, 

Il accueille les ermites sages

Qui se tiennent à la page

 

La découverte saisissante du Pavillon de l'Ermitage, sis en regard et droite allée du Palais Catherine (résidence d'été, notamment, des impératrices Elisabeth et Catherine II - à Pouchkine- 25 km de Saint-Pétersbourg) nous invite à une toute aussi saisissante modestie...

Construit, sans doute,  par le fameux Rastrelli - à qui l'impératrice Elisabeth donnait blanc seing et chèques en ...blanc-  le pavillon, puisqu'il nous faut l'appeler ainsi offrait  farniente et détente à ses augustes occupants. Exit le protocole, un lieu réservé aux intimes. Une sorte de petit Trianon, en version russe, si vous voulez.  

Nanti d'un pont levant, l'édifice était dépourvu d'escalier. L'accès à l'étage s'opérait par un ingénieux système d'ascenseur, avant la lettre. Pareillement magique, une table dressée, jaillissait du rez-de-chaussée, pourvue de plats chauffés dans les proches cuisines.

Vous imaginez comme cette perspective nous séduit. Hélas, aucune visite ne fut possible au moment où nous approchâmes ce repaire magique. Nous y reviendrons, nous nous (vous) le promettons, investiguons les moindres relations sur le sujet et découvrons, avec un pareil saisissement que le pavillon de l'ermitage du célèbre Peterhof était doté d'un système similaire

Alors de Peter, d'Elisabeth ou de Catherine..  à qui devons-nous cette brillantissime idée ? 

A suivre, assurément 

Apolline Elter 

01 août 2017

Des lieux, des écrivains

Si les vacances d'été sont l'occasion - quelque peu contrainte - de préparer la rentrée, d'en découvrir, en avant-première,  les publications aimablement fournies, début juin,  par les aimables  éditeurs, elles nous permettent aussi d'échapper aux diktats de l'actualité littéraire et de revenir "gracieusement" sur des lectures échappées à notre vigilance... La surprise n'en est que plus savoureuse

Tel ce bien engageant essai, rédigé de la plume de Jacques Franck -il fut rédacteur en chef du quotidien La Libre Belgique ,  de 1984 à  1996- , nourri de quelque cinq années de voyages à travers les monde et  hôtels marqués du sceau de la littérature, à savoir le séjour "utile" d'écrivains prestigieux.

 

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"Ainsi en va-t-il de la vitesse, elle relance les trains mais raccourcit les voyages."

 D'emblée on sent poindre la douce nostalgie d'un esthète du temps,  d'un homme qui entend restituer à ce dernier sa magie, son éternité, en saisir l'atmosphère , les impressions en évitant de le brusquer.

Du Grand Hôtel de  Cabourg, si cher à Proust - on peut encore en visiter la chambre - au Sacher de Vienne, qui reçut Arthur Schnitzler, John Irving, .. Hôtel Cadogan de Londres  "où la vie d'Oscar Wilde se brisa" , Sils-Maria (Suisse - Engadine) "où Nietzsche voit apparaître Zarathoustra"  au Pera Palace d'Istanbul  qui s'honora des présences prestigieuses de Sissi, Mata-Hari, Jospéhine Baker, Greta Garbo et dont la chambre 411 rappelle les fréquents séjours d'Agatha Christie , .. ce sont dix-neuf lieux d'enchantement que nous dévoile la plume .. enchanteresse de l'homme de lettres, l'homme des voyages dans l'espace et dans le temps. Le critère de la sélection opérée fut qu'au-delà du simple passage desdits écrivains dans l'hôtel, ce dernier  " [eût]été le cadre où une oeuvre avait germé, où une embardée avait infléchi leur destin."

 Je partage avec l'auteur de Méphisto  [NDLR: Klaus Mann]le sentiment qu'une chambre d'hôtel est un espace de liberté, entre l'ancrage trop familer et l'aventure de la découverte, ou du moins sa promesse."

Des lieux, des écrivains, Jacques Franck, essai, Ed. La Renaissance du livre, sept 2003, 256 pp