28 février 2017

Dans l'attente de toi- Lettre à une femme aimée

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"Les livres naissent de ce que l'on ne sait pas dire.

Si on savait,  on dirait, et il n'y aurait pas de livres;  on n’y penserait même pas. Mais voilà, on ne sait pas  dire, et c’est une inquiétude, puis très vite un manque,  et enfin un désir; et le livre vient, qui est tout entier l’effort pour dire, bien que l'on ne puisse pas. Cela  n’empêche pas d’essayer,  d'échouer toujours, et d'essayer encore ; le livre qui s'écrit est la trace de ces essais ."

Ains'INcipit une belle, picturale déclaration d'amour à la femme aimée . Nous y reviendrons mardi prochain

Dans l'attente de toi, Alexis Jenni,  Lettre, Ed L'iconoclaste, sept.2016, 272 pp

27 février 2017

Quatrième de couverture ((1/2)

La rentrée de janvier est sortie, lente,  tardive, de sa torpeur hivernale

Elle s'active à présent

Que mars et  printemps

Poignent de multiples festivals

 

Profitons de ce temps de Carnaval

Pour vous donner les arguments

D'ouvrages pour lesquels, faute de temps

Nous nous sommes portée pâle..

 

Apolline, Les pensées repenties du lundi

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  "17 ans, Lionella, d’origine italienne, ne vit que pour le violoncelle, ce qui la distingue des autres adolescents de Seraing, la ville où elle habite en Belgique. Elle peine toutefois à trouver le morceau qui la démarquerait au prochain grand concours Arpèges. Jusqu’au jour où son meilleur ami lui apporte un coffret en métal, déniché dans une brocante. Lionella y découvre un journal intime, une médaille coupée et... une partition pour violoncelle qui ressemble étrangement à une sonate de Vivaldi. Elle plonge alors dans le destin d’Ada, jeune orpheline du XVIIIe siècle, pensionnaire de l’Ospedale della Pietà, à Venise, dans lequel "le prêtre roux", Antonio Vivaldi, enseignait la musique à des âmes dévouées.

Entremêlant les époques avec brio, ce premier roman vibrant nous fait voyager à travers la Sérénissime, rencontrer l’un des plus grands compositeurs de musique baroque, et rend un hommage poignant à ces orphelines musiciennes, virtuoses et très réputées au XVIIIe siècle, enfermées pour toujours dans l’anonymat."

La sonate oubliée, Christiana Moreau, roman, Ed Préludes, janvier 2017, 256 pp

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Dans ce recueil de textes inédits, Ismail Kadaré, qui partage désormais son temps entre l’Albanie et la France, commence par décrire sa première arrivée à Paris, au début des années 1970, alors qu’il est encore recouvert des miasmes du régime qui l’a laissé sortir quelques jours.
La Ville lumière lui apparaît alors comme dans un songe. Cette « liaison », selon ses propres mots, va durer quatre décennies et perdure. Ce furent d’abord vingt années pendant lesquelles il vécut sous la chape communiste, puis vingt autres qu’il qualifie d’intemporelles. Années où l’écrivain, tous les matins, et encore aujourd’hui, a posé ses notes et son stylo sur une table du café Rostand, face au jardin du Luxembourg, puisant dans ce rituel le moyen d’évoquer tour à tour Tirana, Moscou, l’Académie française, Macbeth, le prix Nobel, mais aussi ses compagnons de jeunesse dans une Albanie muselée et les figures littéraires qui surgissent au gré de ses promenades dans Paris.
Refuge de l’écrivain et, pour lui, lieu d’inspiration, le café, véritable fil conducteur de ces courtsrécits, lui permet de livrer ici le ferment d’une vie d’écriture.
 
 
Ismail Kadaré est né en 1936 à Gjirokastër dans le sud de l’Albanie. Traduit dans une quarantaine de pays, il a publié l’essentiel de son œuvre aux éditions Fayard. En 2005, il a reçu le Man Booker International Prize, en 2009, le prix Prince des Asturies et, en 2015, le prix Jérusalem.

Matinées au café Rostand, Ismail Kadaré, essai, Ed Fayard, janvier 2017, 400 pp

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C’est l’histoire d’une jeune fille qui désire repousser les limites de l’expérience humaine, d’un hacker qui veut optimiser la circulation mondiale des bananes et des coussins, d’une employée de la gendarmerie qui rêve d’en finir une bonne fois pour toutes avec la géographie, d’un conteneur fantôme qui sillonne les mers et les écrans d’ordinateurs, d’un septuagénaire qui perd un boulon, d’une acheteuse compulsive bipolaire, de six perruches et d’un chat intermittent, tous unis dans un jeu de société à l’échelle planétaire dont personne ne connaît les règles. En somme l’histoire d’un voyage qui échappe aux lois de la gravité, au-delà, bien au-delà, de ces six degrés de liberté.

Nicolas Dickner nous offre ici le grand roman de la mondialisation, brillant et hilarant, une ode à la liberté qui mêle la construction savante à l’énergie fantasque d’un polar poétique.

Nicolas Dickner est né à Rivière-du-Loup (Canada), a voyagé en Amérique latine et en Europe avant de jeter l’ancre à Montréal où il vit aujourd’hui avec sa famille. Il signe en 2005 Nikolski (Prix des libraires du Québec, Prix littéraire des collégiens, prix Anne-Hébert), puis Tarmac, en 2009. Six degrés de liberté (prix littéraire du Gouverneur général en 2016) est son troisième roman. Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues.

 Six degrés de liberté, Nicolas Dickner; roman, Ed Seuil, janvier 2017, 320 pp

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Pierre de Varages n’a que seize ans lorsqu’il entre au service du comte de Bouteville, l’un des plus valeureux soldats de Louis XIII, et l’un des plus turbulents. Au sortir des guerres de religions, les deux hommes plongent avec la fine fleur de la noblesse dans la folie des duels, éprouvant le délicieux frisson du danger, du sang versé et, peut-être, de la mort pour rien… En tirant l’épée, ils exposent deux fois leur vie car se battre en combat singulier, c’est affronter Richelieu. Le duel est un crime et le cardinal ambitionne de mettre fin à cette passion française.
Dans une langue virevoltante et avec esprit, Pierre Chavagné ranime un XVIIe siècle naissant, sauvage et raffiné, à travers le destin hors norme du comte de Bouteville-Montmorency, l’homme aux vingt-deux duels. À ses côtés on sillonne l’Europe au galop, on croise la sulfureuse Mme de Chevreuse, Descartes, les poètes libertins Théophile de Viau et Saint-Amand, l’infante d’Espagne et la belle Angélique...
 
Un roman plein de fougue où il est question d’honneur, d’amitié, d’insolence, et de la tragique vanité de ces « mâles vertus » face aux réalités politiques d’un monde qui change.

Les duellistes, Pierre Chavagné, roman, Ed Albin Michel, février 2017, 400 pp

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9782863743614-001-X.jpegBaltimore, 2014. Le laboratoire de recherches en neurosciences du professeur Joe Cheyefski est saccagé par des défenseurs de la cause animale. Peu après, Joe apprend que les menaces qui pèsent sur lui et sur sa famille sont liées au fils qu’il a eu avec sa première épouse, devenu militant extrémiste, qu’il n’a pas revu depuis qu’il a quitté la Finlande deux décennies plus tôt en abandonnant femme et enfant. Joe s’inquiète également pour sa fille, Rebecca. Une grande entreprise l’a choisie pour être son porte-étendard au lycée : en échange de vêtements, de maquillage et d’accessoires, Rebecca doit promouvoir les produits de cette compagnie auprès de ses camarades, notamment une drogue contre l’anxiété sociale, Altius. Elle se voit aussi remettre un engin hyperconnecté relié directement à ses neurones, l’iAm, qui capte toutes ses données 24 h/24 et oriente ses choix, ses goûts, ses activités. Joe découvre bientôt que la multinationale qui se trouve derrière tout ça a infiltré différents secteurs de la société, et que ses propres recherches ne sont peut-être pas pour rien dans son malheur.
Jussi Valtonen livre un roman d’une ampleur magistrale, à la croisée de la Pastorale américaine de Philip Roth et du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Il y aborde avec audace et ingéniosité quelques grandes questions de notre temps : la perte de repères dans une société hyperconnectée et impersonnelle, les écueils du consumérisme, les problèmes éthiques posés par la recherche scientifique. La dimension dystopique du récit, qui confine pourtant au réalisme, la qualité de l’écriture et la profondeur psychologique des personnages en font un grand roman contemporain qui tend un miroir terrifiant à ses lecteurs.
 
Prix Finlandia 2014
 
Né en 1974, Jussi Valtonen est un écrivain et psychologue finlandais. Après avoir étudié la neuropsychologie aux États-Unis et vécu en Grande-Bretagne, il a travaillé comme journaliste scientifique pour différentes revues. Il est l’auteur de trois romans et d’un recueil de nouvelles. Ils ne savent pas ce qu’ils font, son premier livre publié en France, meilleure vente de l’année 2014 en Finlande et traduit dans une dizaine de pays, s’est vu décerner le prestigieux Prix Finlandia. 

Ils ne savent pas ce qu'ils font, Jussi Valtonen, roman traduit du finnois par Sébastien Cagnolli, Ed Fayard, janvier 2017, 668 pp

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Le premier livre sur Roberto Alagna, soixante rôles, trente ans de carrière.

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Le ténor qui se révèle dans ces pages est celui que le public ne voit jamais.

Dans les loges, les coulisses, les studios, les plateaux des plus grands Opéras où se préparent les spectacles dans lesquels il triomphe, Roberto Alagna recherche les personnages qu'il incarne sur scène par la splendeur de son chant et la perfection de son jeu.

En compagnie de l'écrivain qui l'a suivi dans ces lieux interdits, vous découvrez ici le prodigieux travail en coulisses d'un artiste génial et la fabuleuse métamorphose du chanteur au divo.

Jacqueline Dauxois, Doctorat de Littérature, Études politiques, plus de trente livres traduits, adaptés, filmés, a accompagné Roberto Alagna pendant dix-huit mois pour raconter ces Quatre Saisons.

Quatre saisons avec Roberto Alagna, Jacqueline Dauxois, essai, Ed Rocher, février 2017, 260 pp

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Quakers de stricte observance, Hannah et Rufus Barnes déménagent dans le New Jersey sans imaginer un seul instant que ce départ sera à l'origine de tant de bouleversements.

Leur fils Solon, amoureux fou d'une jeune fille riche, Benecia Wallin, l'épouse malgré leur différence de milieu. Le jeune couple s'installe à Philadelphie où, grâce aux relations de sa belle-famille, il se voit offrir un emploi dans une banque dont les pratiques entrent rapidement en conflit avec son éthique. Il essaie d'intervenir contre l'immoralité et la rapacité de la banque, mais se heurte à un mur. Les valeurs morales issues de la tradition quaker sont également bafouées par ses propres enfants, son monde se désagrège... Publié à titre posthume, roman ultime, rageur et passionnant, Le Rempart clôt de manière magistrale l'oeuvre immense de Theodore Dreiser. 

Le Rempart, Theodore Dresier, roman traduit de l'américain par Paul Roche, Ed Motifs, janvier 2017, 382 pp

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Une odyssée pleine d'humour, de mordant et d'originalité pour aborder l'American dream, l'ambition, le racisme, les conflits familiaux ou encore le snobisme de la scène artistique new-yorkaise. Portée par un style ravageur, une découverte irrésistible.
Dans la famille Wang, il y a le patriarche, Charles, tycoon du cosmétique aux États-Unis ; la belle-mère, Barbra, seconde épouse trop engoncée dans ses fourrures et ses carrés de soie pour trouver sa place ; Saina, l'aînée, artiste iconoclaste qu'un scandale de trop a exilée dans la campagne au nord de New York ; Andrew, le fils, obsédé par la perte de sa virginité et par sa future et très hypothétique carrière dans le stand-up ; Grace, la benjamine, fashion blogueuse/lycéenne intermittente, et Ama, la vieille nourrice chinoise.

Hélas, nous sommes en 2008, au plus fort de la crise financière, et, à la suite de placements pour le moins hasardeux, Charles Wang vient de tout perdre.

Mais le self-made-man n'a pas dit son dernier mot. Sa fortune, il sait où la récupérer : en Chine, sur les terres de ses ancêtres, confisquées par les communistes.
Et le voici qui embarque à leur corps défendant femme et enfants à bord de la seule rescapée des splendeurs passées : la vieille Mercedes très vintage.

Le début d'un périple sous haute tension à travers les États-Unis qui pourrait bien rompre les derniers liens qui rassemblaient encore les Wang...
 
Les Wang contre le monde entier, Jade Chang, roman traduit de l'américain par Catherine Gibert, Ed Belfond, janvier 2017, 480 pp
 
Rendez-vous samedi 4 mars pour le seconde volet de nos quatrièmes de couvertures... de mars.

26 février 2017

La ville en Europe

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"Pouvoir cultiver sa singularité est le secret de la culture urbaine européenne."

 

La ville en Europe,  Monique von Westinghausen,  essai/beau livre, Ed Avant-Propos, janvier 2017, 160 pp (et illustration) 

25 février 2017

La ville en Europe

LaVILLEenEurope-C1(1000).jpgHistorienne et épouse d'un diplomate allemand, Monique von Westinghausen est aussi la fille de Jean-Charles Snoy,  un des signataires du célèbre  Traité de Rome, constitutif de l'Europe,  en 1957.  Une Europe au sein de laquelle elle a énormément voyagé, résidé.

D'un essai clair, structuré,  richement illustré, l'historienne nous révèle l'émergence de des cités, au Moyen Orient, la conception de "polis" grecque qui fondera notre perspective européenne, citoyenne et le rôle de la ville à travers l'Histoire et la constitution progressive des Etats.

Une réflexion utile pour lui restituer sa juste place, son rôle efficace, fédérateur de bien-être et de créativité pour ses habitants dans un contexte - actuel - de mondialisation.

La ville en Europe,  Monique von Westinghausen,  essai/beau livre, Ed Avant-Propos, janvier 2017, 160 pp (et illustration) 

24 février 2017

Jackson Bay

Le Théâtre Jean Vilar  (Louvain-la-Neuve-Belgique) accueille pour deux soirées encore, ces vendredi 24 et samedi 25 février, la création de Stéphanie Blanchoud, Jackson Bay

Nous avions pu admirer son  talent d'écriture lors de l'édition 2016 du  Festival  Paris des femmes (son texte, Le temps qu'il faut à un bébé girafe pour tenir debout, était interprété par la merveilleuse Marie-Sophie Ferdane) , son jeu d'actrice dans le rôle majeur de la série télévisuelle Ennemi public, nous lui découvrons un indéniable génie de mise en scène.

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Huis clos entre quatre personnages - un couple, Jeanne et Norman, campés par les très convaincants Véronique Olmi et Philippe Jeusette, et deux jeunes gens, Mendy et Fish, incarnés avec une même justesse  par Adrien Barazzone et Pieara Beliato - coincés dans la cuisine d'un camping de Jackson Bay ( Nouvelle-Zélande) tandis que sévit une  tempète , la pièce installe un désarçonnant et subtil conflit entre les expressions verbale et non-verbale.

Arrivés chacun avec un lourd bagage de solitude, deuil, angoisse, les protagonistes ne s'expriment oralement que de banalités, obsessions personnelles et de soudains éclats. Une poétique de répétitions stigmatise ce malaise de communication, tandis que les corps et les non-dits prennent le relais, de superbes chorégraphies et langages gestuels. Le rythme est soutenu, la musique, belle, qui donne à cette partition une  tension idoine, une réelle  harmonie .

Une radioscopie réussie des différentes strates d'expression de l'âme, de la vie.

Apolline Elter 

Au Théâtre Jean Vilar (du 21 au 25 février) , rue du Sablon, 9 -1348 Louvain-la-Neuve

Réservations: 0800 25 325

23 février 2017

Au confluent des maths et de la logique

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 © Photo : grandes conférences namuroises

Les grandes conférences namuroises célébraient, ce mardi 21 février,  le double anniversaire de leurs cinq années d'existence et des cinquante printemps de la faculté de mathématiques de l'Université de Namur

Annie DEGEN et  Charles DELHEZ  (s.j.) avaient, à cette occasion, invité Luc de Brabandere pour une conférence traitant du plaisir des mathématiques.

 Et le spirituel  ingénieur civil - en mathématiques appliquées- philosophe, consultant d'entreprise, professeur, adepte inconditionnel de Bertrand Russell ( 1872-1970), tout frais grand-père d'une quatrième petite-fille, de tracer la genèse des mathématiques,  leurs degrés  évolutifs d'abstraction : arithmétique, géométrie, algèbre... et  tentatives de fusion à travers les siècles , par le prisme majeur des grands hommes (hélas, pas de femmes...) qui les incarnent.

Aux mathématiques, l'orateur préfère les mathématiciens, à la philosophie, les philosophes.

S'il entreprend, à 44 ans, des études de philosophie,  c'est que Luc de Brabandere est tout simplement persuadé que cette dernière "est le niveau d'abstraction supérieur des mathématiques"

Et de démontrer à un public dense, conquis et subjugué,  d'une toile de cartoon progressivement remplie au long de l'exposé,  la confluence des mathématiques et de  la logique, à travers l'histoire de l'Humanité et les théories complémentaires, voire efficacement contradictoires  de quelques penseurs majeurs: Platon, Aristote, Blaise  Pascal,  René Descartes, Leibniz,  Thomas Baye, Galilée, Euler, George Boole, Bertrand Russell, Norbert Wiener, Kurt Gödel,  Alan Turing, Claude Shannon, Benoît Mandelbrot ...,

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© Luc de Brabandere : www.cartoonbase.com

Ponctué d'anecdotes savoureuses, l'exposé n'a pas failli à sa vocation apéritive.

Il a, à coup sûr, "sorti les mathématiques du silo dans lesquels on les [avait] enfermés", convaincu que 'les mathématiques sont au coeur de notre vie quotidienne, plus que nous le croyons."

Nous vous reviendrons sous peu avec la chronique de Petite Philosophie des mots espiègles ( Luc de Brabandere, Ed Eyrolles, nov.. 2016) , acquise dans la foulée de cette rencontre mémorable

Apolline Elter 

22 février 2017

Les liseuses de bonne aventure

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J'évoquai, il y a très peu et à votre attention (billet du 10 février sur votre blog  préféré http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2017/02/09/les-liseuses-de-bonne-aventure-8699154.html ) , l'exposition que vous pourrez découvrir, dès demain soir (16h-20h)  à la Villa des Arts.

Nous avons interrogé Audrey Siourd, l'artiste mélomane qui a saisi toutes ces liseuses, à travers le métro, pour connaître les éventuels liens tissés avec les  intéressées, leurs réactions  à ces instantanés et celle de la RATP, l'exposition nous paraissant hautement digne d'honorer une station de métro

Audrey Siourd : 

J'ai souvent demandé l'autorisation aux liseuses après les avoir prises en photo (et je n'ai jamais eu de réponse négative), mais pas toujours car ce n'est pas toujours possible (elles sortent du métro ou je sors du métro, je n'ai pas toujours "l'énergie" d'aller les voir parfois). J'ai donc collecté un certain nombre d'autorisations (notamment parce que la RATP avait financé une première expo au salon du livre 2015 et qu'ils ne pouvaient prendre aucun risque avec cela).

Certaines sont devenues des "connaissances", oui, il m'est souvent arrivé de sympathiser avec elles.

Si vous regardez sur mon facebook [NDLR: https://www.facebook.com/audrey.siourd) , dans les commentaires de l'événement, vous verrez que la jeune femme de l'invitation (taïwanaise) s'est manifestée (je n'avais pas l'autorisation) et qu'elle a plutôt très bien pris la chose. Lorsque je l'ai photographiée, je sortais du métro et n'ai pas pu aller la voir..(...)Elle prévoit de venir à l'expo. D'autres aussi.

La RATP - qui m'a soutenu dans ce projet - avait pensé faire une expo dans le métro, mais finalement cela n'a pas pu se faire.



21 février 2017

La La Land

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C'est LE film dont on parle, la plupart du temps en bien et même très bien; notre confrère Hugues Dayez, qui rarement garde langue en poche, la déroulait en dithyrambe convaincu, assez convaincant.

Nous vous devions une opinion perso.

Joyeuse et soutenue d'une belle orchestration, de chorégraphies magnifiques et parfaitement synchro , la comédie nous mène en un monde magique, holywoodien et onirique, celui des rêves de Séb ( Ryan Gosling) , pianiste de jazz en devenir, de Mia (Emma Stone) , comédienne qui essuie les échecs de castings.  Leur coup de foudre, pas vraiment commandé, leur amour, en construction,  leur permettra-t-il de réaliser leurs rêves en un monde qui ne leur fait pas de cadeau? 

C'est tout l'enjeu du film, traité plus subtilement que son argument ne le laisse supposer.

La confrontation du rêve et de la réalité évite au film de verser dans le désuet, tout en offrant des clins d'yeux répétés aux célèbres  comédies musicales.

Un exercice plutôt réussi pour une comédie de charme et de belle musicalité

Que demander de plus ? 

D'opter absolument pour une version originale (en anglais d'USA)

A Elter

 

La La Land, Une comédie de Damien Chazelle (USA), avec Emma Stone et Ryan Gosling

 

 

 

20 février 2017

Mortel atout

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" Les morts ont sur nous ce droit inaltérable d'une vie à jamais privée" 

 

 Madame Zola, Evelyne Bloch-Dano, biographie, Ed Grasset, 1997, 372 pp ( rééditions en Livre de Poche) 

19 février 2017

sibyllines étiquettes

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" Les livres me sont comme des boîtes closes, aux étiquettes terriblement sibyllines et excitantes, et je suis quelqu'un de curieux(...) je veux savoir ce qu'ils renferment, je ne sais pas m'arrêter."

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Une activité respectable, Julia Kerninon, récit, Ed Brume au Rouergue, janvier 2017, 64 pp

18 février 2017

Une activité respectable

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Primée, en 2016,  par le prestigieux prix de la Closerie des Lilas ... et par notre blog, pour son merveilleux Dernier amour d'Attila Kiss (Ed du Rouergue- billet de ferveur en vitrine du blog), Julia Kerninon est déjà, bien que fraîche trentenaire, une grande romancière. Une vraie, pure, de la race de ceux qui ne trichent pas, qui enveloppent  les lecteurs d'une musique, d'une ambiance à nulle autre pareille.

Il est  intéressant,  dès lors,  de connaître la genèse de son écriture.

Née de parents bibliophages, Julia contracte dès sa prime enfance la passion de la lecture. Rien n'échappe à son intérêt, ni la composition des shampoings, ni les étiquettes des vêtements... Un rythme de vie s'installe tôt qui la structure maintenant encore, stimulée par ses précieux mentors.

Alternant jobs alimentaires, de "serveuse par accident"  et longues retraites d'écriture -  telle l'année 2007 vécue en solitude extrême à Budapest -  Julia Kerninon se révèle peu à peu à elle -même, aux lecteurs fascinés..

"... et je suis exactement ça, je suis aussi les fille des cinq étés écrasants d'amour et d'alcool, celle qui fait des choses, et qui sait que c'est seulement pour cela que je peux écrire des livres."

Ode à la littérature, au travail physique, aux racines familiales et expériences fondatrices de l'écriture, cet essai est lui aussi un bijou de lecture.

Je vous le recommande.

Apolline Elter

Une activité respectable, Julia Kerninon, récit, Ed Brume au Rouergue, janvier 2017, 64 pp

 

17 février 2017

Troisième roue de nos" 4 L"

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 Le Pavillon entamait, hier jeudi, la troisième roue de ses cycles d'actualité littéraire

Voici les ouvrages présentés au cours de nos conviviales tablées 

Romans- pièce

 Le dernier chômeur, DJF Audebert

  • Histoire du lion Personne, Stéphane Audeguy
  • Hong Kong Blues, Alain Berenboom
  • Les années Solex, Emmanuelle de Boysson
  • Intimidation, Harlan Coben
  • Danser au bord de l’abîme, Grégoire Delacourt
  • Désorientale, Négar Djavadi
  • Pamela, Stéphanie des Horts
  • Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue
  • Gabrielle d’Estrées ou les belles amours, Isaure de Saint Pierre
  • Le tableau, Laurence Venturi

  Essais – biographies

 

  • Vie de ma voisine, Geneviève Brisac
  • De bruit et de fureur, Virginie de Clausade
  • Victor Hugo amoureux, Christine Clerc
  • La consolation, Flavie Flament
  • Une activité respectable, Julie Kerninon
  • Michel Drucker. Une vie, Franck Lacroix
  • Thomas Jefferson. Vie, liberté et bonheur, André Querton
  • Zinc, David van Reybroeck
  • Antoinette Spaak, Francis Van de Woestyne
  • L’humour du côté de chez Proust, Hippolyte Wouters
  • En 1939, l’Amérique commence à Bordeaux, Yourcenar

Beau- livre

 

  • Bakst, des ballets russes à la haute couture (coll., Opéra Garnier)

   Audiolivres

         . 3 minutes à méditer, Christophe André

  • Le terrorisme expliqué à nos enfants, Tahar Ben Jelloun
  • Des chauves-souris, des singes et des hommes, Paule Constant

 Rétroliseur

  • Un sac de billes, Joseph Joffo (1973)

  Idées-VD

  Retour chez ma mère, Eric Lavaine

 Vous en trouverez chroniques, of course, sur votre blog préféré

Apolline Elter 

16 février 2017

Le terrorisme expliqué à nos enfants

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La langue est claire, factuelle et sans tabou.

D'un dialogue vivant avec sa fille, musulmane aussi, le célèbre écrivain, philosophe, Prix Goncourt 1987 pour sa célèbre Nuit sacrée (Ed. Seuil), explique le terrorisme, ses faits, méfaits, exactions, sans aucunement le justifier.

Il remonte à son origine - le régime de la Terreur imposé sitôt après la Révolution - fustige la rupture du contrat social que le terrorisme implique, l'interprétation fallacieuse du dogme islamique qu'il entraîne.

Né à Fès, Tahar Ben Jelloun a appris le Coran par coeur. Il sait ce dont il parle. Il parle aussi merveilleusement aux enfants,  pleinement conscient de leur faculté à saisir la réalité, pleinement convaincu que le seul salut réside dans l'éducation. 

Un dialogue qui place les événements dans une juste perspective historique

Très instructif pour les adultes que nous sommes

Apolline Elter

Le terrorisme expliqué aux enfants, Tahar Ben Jelloun, Ed. Seuil , août 201, - Audiolib, janvier 2017, texte intégral lu par Jean-Paul Solal et Astrid Roos, durée 3h06

 

 

15 février 2017

Un sac de billes

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Porté pour la deuxième fois à l'écran- la première, c'était en 1975, peu après la parution du récit éponyme -  le film Un sac de billes a pour réalisateur le Québécois, Christian Duguay, celui même qui réalisait, voici deux ans, Belle & Sébastien, l'histoire continue. Et cela se sent. D'ailleurs il s'est à de nouveau adjoint la musique d'Amand Amar. On se retrouve donc en famille.

Merveilleuse relation de fraternité entre deux enfants juifs , Maurice et Joseph Joffo , respectivement campés par Batyste Fleurial et le formidable Dorian Le Clech, le récit les porte sur les routes de Paris à la zone libre, bientôt occupée, elle aussi, constamment traqués par la répression nazie.  Patrick Bruel est très convaincant en Roman Joffo, le chef de famille, qui mourra à Auschwitz, Elsa Zylberstein, son épouse lui donne idoine réplique au point que Joseph Joffo (85 ans) dit avoir retrouvé en eux l'image de ses parents,  en ces années de guerre.

Un film grand public, émouvant, soutenu de sentiments tranchés. 

Il préfère le registre du beau, du poignant, aux scènes par trop sordides que les films offrent généralement sur le sujet.

Gageons que le best-seller de Joseph Joffo (Ed. JC Lattès, 1973)  gagnera encore des milliers de lecteurs

Apolline Elter 

14 février 2017

Mar-dites-moi, Sire

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   Point n'est fortuit que de produire, en ce jour valentinesque,  l'extrait d'une lettre d'amour adressée par Henri IV à sa chère maîtresse Gabrielle d'Estrées (1573-1599) .

   Séduit par la beauté, la grâce et la fraîcheur de la jeune fille -  à l'heure de leur première rencontre, Gabrielle n'a pas 17 ans, Henri en a vingt de plus - le volage souverain en tombe éperdument amoureux, lui conçoit quatre enfants et songe à l'épouser.  La mort,en (suite de)  couches, de Gabrielle, le 10 avril 1599, l'empêchera de conclure l'union.

Séparé de ses "Belles Amours", le roi lui envoie des missives passionnées:

"J’ai vu par votre lettre la hâte qu’avez d’aller Germain. Je suis fort aise qu'aimiez bien ma sœur: c'est un des plus assurés témoignages que vous me pouvez me rendre de votre bonne grâce,  que je chéris plus que ma vie, encore que je m'aime bien. C'est trop causé, pour vous voir si tôt. Bonjour,  mon tout. Je baise vos beaux yeux des millions de fois.

              Ce douzième septembre,  de nos délicieux déserts de Fontainebleau."

 

 Gabrielle d'Estrées ou les belles amours, Isaure de Saint Pierre, Ed Albin Michel, février 2017, 400 pp

 

 

13 février 2017

Le lendemain d'éveil

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© Peyo

 

Sont-ils doux, les lundis matins

Aux réveils de week-end multi-animés...

Mâtinés de mots câlins

Et d'esprits bien disposés 

 

Apolline, Les pensée fracassées du Lundi

12 février 2017

Traversé par les frontières

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  "Sans avoir déménagé une seule fois de sa vie, il [NDLR: Joseph/Emil Rixen] a été successivement citoyen d'un État neutre, sujet de l'Empire allemand, habitant du royaume de Belgique et citoyen du troisième Reich. Avant de redevenir belge, ce qui sera son cinquième changement de nationalité, il est emmené comme prisonnier de guerre allemand. Il n' a pas traversé de frontières, ce sont les frontières qui l'ont traversé."

 Zinc, David Van Reybrouck, récit, Ed. Actes-Sud,  nov. 2016, 76 pp

11 février 2017

Zinc

Zinc.jpg"C'est peut-être même là qu'elle commence, l'histoire de l'homme perdu dans ses pensées devant la fenêtre, avec les gisements de zinc de Germanie auxquels Pline fait allusion. Mais l'histoire ne connaît pas de signal de départ,seulement un entrelacement de bouts de ficelle à travers les siècles, de corde usée, de haillons imbriqués."

On dirait une fable; c'est un récit Il repose sur des faits avérés, peu connus, hallucinants: la constitution, en 1816,  d''une curiosité de Droit national , minuscule zone neutre,  jouxtant les frontières des Pays-Bas et Prusse, baptisée Moresnet-Neutre, actuelle commune belge,  Kelmis ou, si vous préférerez,  La Calamine, de son appellation franzôsisch.

La faute à qui donc, la faute à Napoléon.....

 Défaite de Napoléon à Waterloo (1815), Congrès de Vienne (1816) redessinent les frontières de la Prusse et des Pays-Bas; le village de Moresnet est l'enjeu de tous les débats, il se voit coupé en trois, réparti entre Prusse, Pays-Bas et une zone minière particulièrement convoitée, Kelmis, riche d'une mine de zinc. Or le XIXe siècle, Paris, Haussmann et compagnie sont particulièrement friands de ce minerai léger et malléable. Il est donc décidé de doter Kelmis d'un statut neutre et temporaire, de baptiser la zone "Moresnet-Neutre". Elle conservera le statut près d'un siècle, un an après l'entrée en guerre de 1914.

" (...), le 27 juin 1915, l'occupant décrétait que Moresnet serait désormais du ressort exclusif des autorités allemandes. Cette situation devait durer trois ans."

Fief de la société Vieille-Montagne (Altenberg), fondée en 1837, le territoire va prospérer. Les directeurs de la célèbre entreprise, dont un certain Saint-Paul de Sinçay (père) ,  "maire" de 'l'entité, ont particulièrement à coeur de soigner leurs administrés, créant une sorte d'utopie de gestion sociale et de personnel,  avec création d'école, souci du bien-être, du bien vivre général. Eldorado de vente d'alcool, Moresnet-Neutre devient aussi foyer actif de pratique de l'esperanto.

Cette singularité historique, David Van Reybrouck a décidé de la décrire par la vie emblématique d'un homme,  Emil Pauly,né Joseph Rixen (1903-1971) ,  illustration vivante - si l'on peut dire - du destin mouvementé de l'entité. Conçu d'un amour ancillaire et d'une mère prussienne, Joseph est recueilli par la famille Pauly, changeant conjointement d'identité et de statut national; la guerre 14 lui vaut une nouvelle nationalité; l'Armistice de 1918 le fait Belge: c'est donc sous les drapeaux de sa nouvelle patrie que Joseph effectue son service militaire en 1923 , "cantonné dans une caserne de Krefeld, sur la rive gauche du Rhin."

Démobilisé en 1926, Emil épouse Jeanne, une Néerlandaise. Le couple conçoit 11 enfants, 9 garçons et 2 filles.

 L'invasion de la Belgique par Hitler, le 10 mai 1940 aura pour effet immédiat d'annexer au Reich les Cantons de l'Est, en ce compris, Moresnet-Neutre, aux motifs et principe idéologique d'un "retour à la patrie", d'entraîner la fracture de nombreuses familles.

" Dans une même famille, on pouvait avoir des garçons qui s'engageaient avec enthousiasme au service du Fürher, tandis que leurs frères se tenaient cachés pendant cinq ans quelque part dans une grange."

Boulanger, quadragénaire et père d'une famille déjà nombreuse, Emil est mobilisé en 1943, envoyé sur le front en 1944, sous uniforme allemand.. et sera donc fait prisonnier allemand, à la Libération, réquisitionné  par De Gaulle comme main-d'oeuvre au service de la reconstruction de la France

 "Et le voilà, Emil, au milieu de soldats allemands et d'anciens nazis, lui qui a donné à son fils le prénom du roi des Belges, et dont la femme a refusé la Mutterkreuz. Le voilà, lui,l'homme qui a participé à l'occupation de l'Allemagne sous l'uniforme belge et à celle de la Belgique sous l'uniforme allemand, lui, l'enfant adultérin, l'homme dont l'identité, tel un bloc de minerai de zinc, a été fondue et refondue si souvent qu'il en est résulté détachement et résignation. Un moderne Job, frappé et éprouvé par l'histoire. Le voilà, Emil, un vieil homme de quarante-deux ans, grelottant et toussant sous une couverture."

Souffrant d'une double affection pulmonaire et cardiaque, Emil doit cesser toute activité professionnelle dès 1952.

Nourrissant ce récit court,  dense, prodigieux, de précisions historiques, documentaires et  du fruit de nombreux entretiens, David Van Reybrouck offre à notre culture, à notre réflexion.. une mine d'or.

Une lecture absolument recommandée

Apolline Elter

Zinc, David Van Reybrouck, récit, Ed. Actes-Sud,  nov. 2016, 76 pp

10 février 2017

Les liseuses de bonne aventure

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© Audrey Siourd

Elles sont paisibles, concentrées, fascinées, fascinantes, .. ces "liseuses" que l'artiste photographe mélomane Audrey Siourd a saisies,  dans les profondeurs du métro et d'un dialogue d'âmes  à livre ouvert, au gré  d'instants échappés au temps, au lieu et  à la promiscuité de la foule .

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© Audrey Siourd

Je vous invite, dès lors, à noter en vos agendas l'exposition multimedia, belle, créative  qui investira, du jeudi 23 février au dimanche 5 mars, de 16h à 20h la galerie La Villa des Arts,  15 rue Hégésippe Moreau ( Paris XVIIIe) 

 

Et à découvrir, déjà, l'accroche musicale d'ambiance de l'expo, particulièrement attrayante:

https://soundcloud.com/liseuses

Apolline Elter

09 février 2017

De bruit et de fureur

"Les faits que vous lirez ici sont réels. Leur mise en mouvement révélera sans doute autant l'auteur que le sujet, puisqu'on ne parle jamais que de soi."

 De_bruit_et_de_fureur.jpg Thierry Le Luron mourait voici trente ans,  le 13 novembre 1986.

On l'avait dit atteint d'un cancer des voies pulmonaires; il décède du SIDA, ce "cancer gay" longtemps considéré comme honteux.

Nièce d'Hervé Hubert, manager et intime du célèbre humoriste, Virginie de Clausade nous fait vivre ses dix derniers mois , depuis révélation de la maladie. Elle engage, pour ce faire, un dialogue poignant entre le SIDA, personnifié en séquences italiques et le combat du courageux trentenaire.

Révélé par la scène dès l'âge de 17 ans, Thierry le Luron s'éteint  à 34 ans, au terme de 17 ans de carrière

Bosseur invétéré, il saisit la vie comme une fête perpétuelle et , innombrables,  les amants d'un soir défilent en son lit; mais il est discret sur sa vie privée et tait son homosexualité, à une époque où le sujet est encore grandement tabou.

Il vit, dans la terreur et grande solitude,  le diagnostic qui se présente à lui, ce mercredi 8 janvier 1986.

C'en est fini du déni. Il lui faut affronter la maladie,  les espoirs qui s'offrent à lui: avec l'aide amicale et généreuse de Line Renaud, Thierry Le Luron participe à un programme-pilote, aux USA, de mise en veilleuse du mal. Mais le rythme effréné de son retour sur scène aura tôt fait de raviver l'ennemi assoupi.

Symptomatique de la perception malveillante du SIDA qui sévit à l'époque,  de la culpabilité induite sur les porteurs du virus, le récit de Virginie de Clausade est empreint de  sobriété, de respect et d'une attraction posthume envers l'imitateur.

Je vous en conseille la lecture

Apolline Elter

De bruit et de fureur, Virginie de Clausade, hommage, Ed Plon, octobre 2016, 270 pp

 

 

08 février 2017

Retour chez ma mère

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 Quadra, divorcée et sans le sou , Stéphanie (Alexandra Lamy)  est contrainte de revenir vivre chez sa mère , la fraîche veuve Jacqueline (Josiane Balasko)

Si elle accueille sa cadette à bras ouverts, en son appartement aixois,  Jacqueline n'en sacrifie pour autant ses manies: levers très matinaux; écoute, en boucle, de Cabrel , parties de scrabble en "duplicate " téléphonique... Elle a aussi un amant (Didier Flamand), s'en cache aux enfants, donnant libre voix aux inquiétudes les plus diverses sur son comportement.

Observation fine  d'une difficile cohabitation entre générations et des reproductions, par les fratries, de scénarios enfouis dans le plus tendre de l'enfance,  le film se déploie, joyeux, alerte et tendre, parfois émouvant. 

Il doit beaucoup au jeu subtil et naturel des acteurs

Je vous le recommande, il vient de paraître en DVD

Apolline Elter

Retour chez ma mère, un film d'Eric Lavaine -août 2016 - DVD 2016  durée 1h31 min.

06:41 Publié dans IDées-VD | Commentaires (2) |  Facebook |

07 février 2017

Mar-dites-moi, Emile Zola

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Pédalant à travers la correspondance d'Emile Zola en ces jours peu grisants de grisaille - mais oui, je prépare activement les cours de la rentrée -  je découvre ses lettres de jeunesse - vous en reparlerai - dont la fameuse et infiniment longue "Lettre sur les écrans" qui lui permet de structurer sa pensée du moment. Le futur écrivain est âgé de 24 ans. Il affirme , un brin pontifiant, à son jeune ami Antony Valabrègue :

 "Les écoles n'ont jamais produit un seul grand homme; ce sont les grands hommes qui ont produit les écoles"

A creuser, c'est sûr; nous y reviendrons, cela ne fait pas un pli

-Zola. Correspondance. Choix de textes et présentation par Alain Pagès,Ed. Garnier Flammarion, février 2012, 382 pp

06 février 2017

Pénélopie

Pénélopie, 

La France est jolie ...

Chantent les Poppys

Un peu moins vrai, ces jours-ci...

Des turbuli, cumuli

Pas vraiment jolis, jolis

*

Pour qui 

Prendre parti? 

*

Pénélopie, 

Réponds, je t'en prie, ...

 Apolline, Les pensées perplexes du Lundi

05 février 2017

L'Echanteresse

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Oscar de la Renta l'appelait l'Enchanteresse, elle n'obéissait qu'à ses propres lois. Pamela Churchill a attiré la lumière. Elle ne s'est jamais excusée pour quoi que ce soit. Était-elle une salope ou une fleur bleue amoureuse de l'amour? Une seule personne connaît la vérité, et elle est morte, Dieu ait son âme!

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Pamela, Stéphanie des Horts, Ed. Albin Michel, février 2017, 286 pp

04 février 2017

Pamela

pamela_01.jpg"Pamela Churchill est totalement amorale, bien au-delà du bien et du mal. Elle joue avec la mort et les sentiments, complotant ou sanglotant, choisissant avec application les tenues appropriées et le bras sur lequel elle s'appuiera pour la prochaine sauterie macabre. Car autour d'elle les gens tombent comme des mouches. Il y a la mort qui dévaste, qui assomme, comme celle de Winston Churchill, il y a la mort qui fracasse puis laisse terriblement désemparée, comme celle de Leland, il y a la mort injuste et frivole d'Ali Khan au volant de sa Lancia alors qu'il va dîner chez Lorraine Bonnet, il y a la mort bruyante de Martin Luther King, et soudain voici venue la mort guillerette, courtoise et gracieuse de Marie Harriman."

 Née Pamela Beryl DIGBY, le 20 mars 1920, cette aristocrate anglaise n'aura de cesse, sa vie durant, d'offrir son corps au plus offrant.. d'argent et de gloire. Belle, rousse, flamboyante, elle fascine, séduit, materne, règne sur les hommes bien nés et puissants. Si elle épouse, en premières noces, Randolph Churchill, le fils déjà déclinant du célèbre Winston, elle ne le supporte pas longtemps et passe dans les bras et lits dorés d 'Averell Harriman, Ed Murrow, Ali Khan, Gianni Agnelli, Elie de Rothschild, Maurice Druobn, Leland Haymard....

Sitôt la citoyenneté américaine acquise - nous sommes en 1984 - Pamela crée, avec Averell Harriman, son mari de l'époque,  la PamPAC, fonds d'investissement à fins politiques. Des événements mondains outrageusement payants financeront ses actions. C'est ainsi qu'elle soutient le démocrate Bill Clinton dans sa campagne présidentielle. Ce dernier la remercie en lui offrant le poste d'ambassadrice des Etats-Unis, à Paris. Elle décède le 5 février 1997, dans la piscine du Ritz.

Femme scandaleuse, Pamela intrigue, fascine.. elle éprouve une réelle affection - partagée - pour Winston Churchill, son dear papa, un vrai amour pour Gianni Agnelli, richissime héritier de l'empire Fiat. 

Avec la plume alerte, vive, enjouée  qu'on lui connaît, Stéphanie des Horts fait virevolter, d'un "roman vrai", la vie extraordinaire de cette personnalité ..hors normes

Pamela, Stéphanie des Horts, Ed. Albin Michel, février 2017, 286 pp

 

03 février 2017

Vie de ma voisine

 

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C'est par l'évocation de Charlotte Delbo, résistante déportée dans les camps d'Auschwitz et de Ravensbrück, que la narratrice, fraîchement emménagée en un immeuble parisien, fait la connaissance de sa voisine, Jenny,  une nonagénaire juive, tôt orpheline de parents décédés en déportation.

Et l'attachante vieille dame de revivre pas à pas, d'un récit sobre et factuel, l'inexorable progression des mesures humiliantes et cruelles qui dès l'Occupation enserrent les siens d'un étau d'acier.

" L'obéissance des honnêtes gens au règlement et à la loi faisait partie de ce monde ancien." 

Recensés, affublés d'une étoile jaune - la couleur des traîtres -  les citoyens juifs français seront victimes des rafles successives, celle du billet vert, celle des notables, la tristement célèbre rafle du Vel d'hiv,  le 16 juillet 1942...

 Demeurée seule avec son jeune frère, Jenny sera assistée, recueillie par la Maman de son amie, Monique. Une juste

" Toute ma vie, j'ai séparé les gens en deux groupes, dit Jenny (...) Il y a ceux qui comprennent et les autres. Les autres. Elle n'épilogue pas."

La simplicité de la relation en rend la lecture bouleversante. 

Elle obéit, tout simplement à un devoir de mémoire

Apolline Elter

Vie de ma voisine, Geneviève Brisac, Ed. Grasset, janvier 2017, 180 pp

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Geneviève Brisac est  l'invitée, ce vendredi 3 février, à 20 heures, de la libraire Point Virgule, à Namur (Rue Lelièvre, 1)

© photo JF ¨PAGA

 

Renseignements et réservations par téléphone (081 22 79 37) ou par courriel.

La rencontre est organisée avec le soutien du Service de la Promotion des Lettres.

02 février 2017

Les Années Solex

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  Les madeleines proustiennes sont souvent olfactives.. nous l'avons maintes fois constaté.

" C"'est ainsi qu'il y eut, avant que tout ne se referme, une belle échappée dont il me reste, dans l'armoire de la salle de bain, un flacon de Jolie Madame aux effluves si sucrées qu'une goutte suffit pour que je me souvienne."

C'est ainsi que Juliette, la narratrice, va se plonger dans son passé d'ado post-soixante-huitarde, offrir au lecteur un tableau d'ambiance et d'époque particulièrement incarné.

Fascinée par la conduite très libérée de sa cousine Camille, Juliette tente d'enfreindre les diktats d'une éducation provinciale - elle vit à Mulhouse-  bien trop coincée.  Elle s'éprend de Patrice, lors d'un séjour de Toussaint,  dans le château de ses grands-parents, à Mullerhof.  Les jeunes gens passent une nuit dans un grenier à foin....

Symbole de cette liberté si chère à acquérir, le Solex de Juliette sera ...moteur de son émancipation.

Le roman sort, ce jeudi 2 février, de fête et de Chandeleur

Apolline Elter

Les Années Solex, Emmanuelle de Boysson, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, février 2017, 220 pp

01 février 2017

Danser au bord de l'abîme

9782709659567-001-X_1.jpeg"C’est là, dans un décor semblable à un film de Sautet, dans le coup de feu d’une brasserie à l’heure du déjeuner, dans le bruit de la vaisselle, le brouhaha des conversations, que ma vie a basculé. Là que j’ai vu cet homme."

Emma a tout pour être heureuse. Et il se fait qu'elle l'est. La quarantaine avenante, un mari, trois enfants, ... une existence paisible, aisée, à Bondues, près de Roubaix.

Enclenchée de chapitres comptés à rebours, la  "mécanique du désastre" va faire voler en éclats famille et vie par trop convenue. D'un simple et furtif regard porté à un homme, marié lui aussi...

Est-ce cela la liberté? 

A l'instar de  la chèvre de Monsieur Seguin - dont l'ombre précède la narratrice et e célèbre conte issu des Lettres de mon moulin (Alphonse Daudet)  nous est donné - cadeau - à la fin de la narration- Emma va jouer avec le feu, s'offrir au loup.

Mais là encore, rien ne se passe comme convenu...

Doté d'une structure tripartite, de chapitres courts, dynamiques et d'une poétique particulièrement soignée - Grégoire Delacourt a travaillé la langue, sa musicalité - le roman s'articule autour de l'Eros/Thanatos, de l'amour et de la mort,  de leur fatalité, qui poursuit, nous semble-t-il, la réflexion entreprise dans On ne voyait que le bonheur ( Ed JcLattès, 2014) 

Avec cette différence, cette prouesse .., que cette fois, le narrateur est une femme.

Et cette conviction que Grégoire Delacourt a mis beaucoup de lui en cette écriture

Apolline Elter

Danser au bord de l'abîme, Grégoire Delacourt, roman, Ed. JcLattès, janvier 2017, 320 pp