21 septembre 2013

Rome en un jour

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Sur la terrasse d'un restaurant parisien,  un groupe disparate, réuni par la seule amitié qu'il porte à Paul attend que celui-ci débarque, héros du jour et de l'anniversaire-surprise que Marguerite, son épouse, lui a concoctée.

Oui mais voilà, à l'autre bout de Paris, vêtu d'un jogging flasque, d'une humeur adaptée et de la furieuse envie de suivre un match de foot à la télé, Paul résiste à toutes les tentatives qu'opère Marguerite pour l'extraire de son fauteuil.  Nous sommes fin juin, Paul est natif de février, quadragénaire, casanier, plutôt déprimé ..il est à mille lieux - quelques  kilomètres exactement - de se douter de l'amical complot dont il est l'objet. L'occasion idoine  pour faire le bilan de sa vie et d'une tyrannie conjugale dont il se lasse soudainement.

" Les couples se construisent aussi dans la violence, tout cela n'est rien d'autre, doit penser Marguerite, qu'un épisode un peu plus constructif que les autres. Elle a dû se convaincre, Marguerite, que rien de très grave ne s'est produit ce soir,  qu'on ne peut détruire Rome en une fois, comme ça, alors qu'on devait aller danser." 

Observatrice malicieuse, drôle et  farfelue, anthropologue  d'une comédie humaine parfaitement contemporaine, Maria Pourchet, alterne les scènes - d'intérieur,  en l'appartement de Marguerite et de Paul - d'extérieur, sur le toit-terrasse du restaurant. Elle prend le lecteur à parti et l'invite au spectacle d'un couple qui se déchire, d'un microcosme social qui tente tant bien que mal de passer le temps de l'attente... mêlant, pour ce faire, les styles narratif, direct et  indirect en un cocktail subtil, acrobatique et réussi.

" Le rituel se poursuivait dans le strict respect du contrat signé entre Marguerite et l'hôtelier, sans considération pour le fait qu'elle ne fût pas là. C'est aussi que personne n'avait songé à prévenir les cuisines de ce raté de l'organisation. Bientôt, transporté par une serveuse embarrassée de ne savoir à qui l'adresser, le gâteau d'anniversaire fit son entrée. Une sorte de fraisier hérissé de bougies  tempête. La serveuse conservait une expression interrogative, de plus en plus crispée aussi, du fait du poids de la charge. L'assemblée  considérait intensément les bougies tempête dont le pouvoir hypnotique est réel. Le temps passait, les yeux brillaient."

 Un deuxième roman.

Une toute belle découverte  de la rentrée littéraire

Apolline Elter

 Rome en un jour, Maria Pourchet, roman, Gallimard, août 2013, 180 pp, 16.9 €

 

Billet de faveur

AE : Après un premier roman remarqué, vous …avancez d’un cran, Maria Pourchet, dans le panthéon littéraire. Quels sont vos auteurs de prédilection ?

Maria Pourchet : Dans le désordre, Gary, Perec, Aymé, Giono, Faulkner ... mais je crois qu’aucun d’entre eux n’est au Panthéon.

AE : L’accueil réservé à Avancer (NDLR :  Gallimard, rentrée  littéraire 2012) a-t-il facilité l’écriture de ce deuxième roman ?

Maria Pourchet : L’écriture du deuxième roman est déjà désencombrée de bien des poids qui ralentissent l’écriture du 1er : un éditeur me lira t-il ? Suis je vraiment un auteur ? Y aura t-il des lecteurs au rendez-vous ? Toutes ces questions sont résolues. Et l’accueil fait à Avancer a aussi beaucoup compté oui. Pour avoir rencontré bien des lecteurs l’année dernière, je pouvais les identifier, savoir davantage pour qui, voire à qui, j’écrivais.Très stimulant, plus que ce que j’aurais imaginé.

AE : L’image des « quadras » véhiculée par Marguerite et Paul n’est pas très engageante… Est-ce la vision que vous avez de cette décennie ?

Maria Pourchet : Non, pas vraiment. J’ai davantage l’impression de proposer des caractères singuliersqu’une caricatured’une généralité générationnelle. Et je préfère les nuances au généralité. Mais ces caractères (Paul, Marguerite et les autres) sont réalistes et disent quelque chose de leur temps en revanche, ça oui.

AE : Question rituelle de nos billets de faveur, quelle est votre madeleine de Proust ?

Maria Pourchet :L’odeur du hêtre. Dist comme ça, ça fait un peu « jambon fumé » mais vraiment : rien ne me renvoie aussi loin en arrière que l’odeur de l’écorce des hêtres.

 

 

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