30 avril 2012

Péremption postale

Avant (avant) -dernier épisode des Lundis de la marquise, dont les propos remplacent avantageusement nos Blondes pensées du lundi

Lettre_Belgique_Ixelles_1870.jpgParis, mercredi 6 mai 1671

" C'est une belle chose qu'une vieille lettre! Il y a longtemps que je les trouve encore pires que les vieilles gens; tout ce qui est dedans est une vraie radoterie"

Extrait de Madame de Sévigné - Correspondance (I) (mars 1646-juillet 1675) - texte établi, présenté et annoté par Roger Duchêne, Gallimard, La Pléiade  (1972)

29 avril 2012

Le tombeau du guerrier

theiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpg9791090175037FS.jpg" Un thé rouge sombre arriva. Un seul regard au verre me fit regretter mon choix: la cuillère en fer blanc tenait droit dans le verre tant la boisson était sucrée. Dès la première gorgée de ce sirop avalée, le peu d'eau qu'elle contenait me ressortit par les pores. Je regardai, fascinée,ma sueur tomber en  gouttes épaisses sur le chapiteau corinthien de la reine de Palmyre. Je voulus les essuyer, un peu gênée; le temps de sortir un mouchoir, elles s'étaient déjà évaporées, comme si je les avais rêvées."

Le tombeau du guerrier, Marie-Eve Sténuit, roman, éd. Serge Safran, mars 2012, 192 pp, 17 €

28 avril 2012

Le tombeau du guerrier

9791090175037FS.jpg" Ce n'est pas croyable! C'est le genre de choses qui ne se passe que dans les romans... Seize ans pour exhumer trois lettres d'un tiroir, ce n'est pas terrible pour un archéologue, tu l'avoueras!"

Surgissant dans la vie de Margaux après un silence inexpliqué de seize ans, Howard Lejeune, éminent archéologue, l'arrache à sa routine parisienne pour l'emmener en Syrie, sur un chantier de fouilles, majeur pour l'Histoire de l'Humanité: il s'agit d'expliquer le "destin ultime de Lugalzagezi", roi de Sumer et de dater sa mort avec précision.

Cédant à la double résurgence de sa passion amoureuse et scientifique, Margaux intègre l'équipe de la mission. Elle en observe les personnalités avec un regard empreint d'humour et d'acuité:

" Puis il y avait Clémence, la doyenne du groupe, qui exerçait la profession de paléoanthropologue. A plus de quatre-vingts ans, l'essentiel de ce qui différenciait cette antique demoiselle de son sujet d’étude était une couche de peau ridée recouvrant son ossature et le fait qu'elle avait l'usage de la parole. Clémence parlait plus que Cévé, ce qui n'était pas difficile, usant d'un vocabulaire suranné qui ne lui servait qu'à exprimer des idées positives et un émerveillement immarcescible pour tout ce qui l'entourait"

Oscillant entre complicité et ...frustrations, le couple  formé par Margaux et Howard s'engage dans le chemin ardu des fouilles  - on doit à Marie-Eve Sténuit une relation vivante et précise du mode opératoire de celles-ci - et de l'éthique scientifique.

"Les ruines n'ont pas de seconde chance"

L’ amour l'aura-t-il?

Le cinquième roman de Marie-Eve Sténuit confirme une plume très belle, subtile,  finement ciselée d'humour, d'(auto)-dérision et de rigueur philosophique.

Je vous le recommande.

AE

Le tombeau du guerrier, Marie-Eve Sténuit, roman, Ed. Serge Safran, avril 2012, 192 pp, 17 €

 Billet de faveur

AE : Marie-Eve Sténuit, vous êtes archéologue, vous dédiez le roman à un archéologue décédé, quelle est la part de vécu dans cette expédition en Syrie :

Marie-Eve Sténuit : Elle est importante bien sûr, certains passages du « Tombeau du guerrier » ont été écrits sur le terrain et les héros de ce livre sont des personnages mosaïques qui doivent chacun un petit quelque chose à l’un ou l’autre de mes collègues. Mais il s’agit tout de même d’une pure fiction. Il y a longtemps que j’avais envie d’écrire une histoire se déroulant dans milieu de l’archéologie, un monde de passions, peuplé de bien étranges oiseaux. Je crois pouvoir me permettre de le dire, puisque j’en fais partie...

AE :  « Avec  le recul, je réalise que c’est là que se joua mon destin, entre deux bouchées de magret et trois gorgées de graves. » déclare Margaux, émoustillée par ses retrouvailles avec Howard et un charmant dîner en tête-à-tête… On retrouve souvent des propos de table dans vos écrits,  des descriptions ..délicieuses,  rédigées avec un plaisir manifeste. La table a-t-elle une vocation destinale ?

Marie-Eve Sténuit : C’est vrai qu’en y repensant, il y a trois scènes de repas dans ce roman qui n’est pas tellement long. Trois tables différentes, trois atmosphères différentes. Ces scènes ne sont pas gratuites, des choses importantes s’y passent ou y sont dites. Un repas en tête-à-tête ou en famille n’est jamais quelque chose d’anodin. C’est un moment d’intimité et de partage, très révélateur, qui peut déboucher sur le meilleur ou sur le pire. Il y a des scènes de table dans chacun de mes romans, même dans « La veuve du gouverneur » où elles apparaissent plutôt « en creux » puisque je décris une situation de famine sur un navire en perdition et même dans « Le bataillon des bronzes » où les personnages sont des statues qui, en principe, ne mangent pas... Sans doute est-ce parce que je considère la gastronomie comme une des grandes réussites de l’Humanité et le signe d’un degré élevé de culture. (Ou plus prosaïquement parce que j’aime bien manger ?)

AE :  « L’Histoire aujourd’hui devenait mon histoire. Une histoire où la terre était aride, couverte de la poussière des siècles, de millénaires de naissances, d’amours, de destins et de morts. L’aventure que j’étais en train de vivre me parut soudain un grain de sable dans l’immensité de ce désert de civilisations enfouies. »

Est-il meilleure, plus sublime définition de votre métier, de votre passion :

Marie-Eve Sténuit : Il y a certainement beaucoup d’autres définitions possibles, mais l’archéologie est un certainement un métier qui vous donne une perspective particulière sur le monde d’aujourd’hui. A l’échelle de l’Humanité, le destin de nos petites personnes représente encore beaucoup moins qu’un grain de sable. Nous sommes des entités infimes sur la ligne du Temps et parmi les milliards d’êtres qui nous ont précédés et qui nous succèderont. Mais les efforts que nous faisons pour exister et pour faire quelque chose de nos vies ridiculement courtes est précisément ce qui fait notre grandeur et la valeur inestimable de chaque jour vécu, dont il ne faut surtout gaspiller aucune seconde. Jongler avec les millénaires vous apprend vite à remettre les événements à leur juste place.

 

27 avril 2012

Geneviève Brisac et Olivier Cohen - rencontre à la Librairie Point-Virgule

agenda.jpg Une information d'agenda que je relaie avec plaisir et amitié:

 
La librairie Point Virgule vous invite
le jeudi 3 mai à 20 heures
pour une rencontre exceptionnelle avec
 
Geneviève Brisac et Olivier Cohen.
 
 
Olivier Cohen a créé il y a un peu plus de vingt ans les éditions de l'Olivier, maison indépendante qui est devenue une référence dans le paysage éditorial français. C'est grâce à lui que nous avons pu lire en langue française des auteurs tels que Raymond Carver, Cormac McCarthy, Jonathan Franzen, Cynthia Ozick, Jay McInerney, Jonathan Safran Foer, Nicole Krauss, Alice Munro ou Aharon Appelfeld. C'est lui aussi qui publie des auteurs français devenus incontournables comme Olivier Adam, Valérie Zenatti, Agnès Desarthe, Geneviève Brisac, Christophe Honoré, Jean-Paul Dubois, Véronique Ovaldé...
 
Les éditions de l'Olivier occupent donc une place majeure dans nos vies de lecteurs. À la librairie Point Virgule, nous avons toujours veillé à mettre en avant cette maison pour ces textes originaux, importants, exigeants. Elle incarne la littérature que nous aimons, que nous défendons. Olivier Cohen est un éditeur incroyable et nous sommes fiers de l'accueillir à Namur pour évoquer avec lui sa carrière, ses lectures, ses projets.
 
Geneviève Brisac sera aussi des nôtres ce soir-là. Nous avons déjà eu l'immense plaisir de la recevoir il y a quelques années et nous la retrouvons avec joie. Éditrice à l'Ecole de Loisirs, essayiste (elle est l'une des spécialistes en France de Virginia Woolf), immense lectrice, Geneviève Brisac est surtout un écrivain majeur. Depuis son premier roman, "Les filles", paru chez Gallimard en 1987, elle partage avec ses lecteurs un univers très personnel, tantôt grave tantôt fantasque, toujours plein de malice et d'étincelles. Ses livres pour les petits comme pour les grands débordent de vie et d'intelligence.
 
Rejoignez-nous nombreux pour cette soirée passionnante!
 
 
 
Renseignements et réservation :
Librairie Point Virgule
Rue Lelièvre 1 à 5000 Namur
Tél. : 081 22 79 37
Rejoignez la librairie sur Facebook!

26 avril 2012

Vente de livres d'occasion, de Racine au Pavillon..

Voici un communiqué d'agenda que je me fais un plaisir de relayer:

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Mais aussi:

1332604499.jpgLe Pavillon de la Littérature procèdera,  d'ici la fin de la saison,  à une vente de livres récents et d'occasion: pour tout renseignement, cliquer sur l'onglet: me contacter.

 

25 avril 2012

Le Prénom

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Le jour J est arrivé, que je vous annonçais depuis esthète lurette, à savoir la sortie en salles,  du film Le Prénom, adapté de la pièce éponyme de Matthieu Delaporte et d'Alexandre de la Patellière:

 "Cette nuit-là, le crâne lourd d'un impitoyable mélange grand cru-piquette, le dos broyé par l'épouvantable canapé de Pierre, tentant de lire les premières pages du roman de Benjamin Constant, je ne doutais pas que notre famille ait atteint une sorte de point de non-retour. Il me suffisait de me souvenirs de certains mots prononcés et de certains coups portés pour savoir qu'il y aurait un avant et un après, et que chacun d'entre nous garderait un souvenir contrasté de ce buffet marocain..."

On ne plaisante pas avec le choix d'un prénom. C'est ce que Vincent Larchet  (Patrick Bruel), la quarantaine fringante va découvrir , aux dépens de la belle ambiance qui préside au sympathique dîner marocain organisé chez sa soeur Babou (Valérie Benguigui) et son beau-frère Pierre (Charles Berling)  dans le cadre cosy de leur appartement et d'un été doucement finissant.

Tout avait si bien commencé: Vincent , tout à la joie d'être futur papa d'un garçon, attendait qu'Anne (Judith El Zein), sa jeune et charmante épouse  rejoigne ce petit dîner convivial, ravi de retrouver Claude (Guillaume de Tonquédec), joueur de trombone et ami de toujours de la famille. Mais voilà qu'au départ d'une question anodine et d'une réponse incongrue, l'ambiance dérape et vire, inexorablement,  au pugilat verbal, jubilatoire pour les spectateurs.

Créée le 7 septembre 2010 au théâtre Edouard VII sur une mise en scène de Bernard Murrat, la pièce avait largement cartonné,  enchaînant les dialogues et les situations avec un brio largement soutenu par le jeu juste et brillant des acteurs (Le rôle de Pierre était alors incarné par Jean-Pierre Dupuis) . Un rôle taillé sur mesure pour Patrick Bruel, Valérie Ben Guigui et Guillaume de Tonquédec  aussi irrésistibles que l'humour qui soutend cette fresque psychologique particulièrement percutante: un infime malentendu  fait craquer le vernis des relations les plus policées et déraper les liens affectueux les plus ancrés.

Une salutaire brise de légéreté entre les deux tours des élections présidentielles...

Apolline Elter

24 avril 2012

L'océan et la rizière

9782021058895.jpg" Nous y voilà, me suis-je dit. L'océan dans la rizière de grand-mère Kiku..." Pourtant,  là où nous nous trouvions, nous étions certainement à l'abri, si loin de la pleine mer. J'essayais de me rassurer mais mon estomac s'est mis à gargouiller. Enfin, au bout d'un temps qui a paru durer une éternité, le grondement s'est atténué, le frisson de la terre s'est apaisé et un silence impressionnant est tombé, seulement perturbé par le grincement des structures du lycée, celui des pylônes qui ont continué à dodeliner mollement et, au loin, les sirènes des voitures de pompiers, de police et des ambulances. Nous nous sommes relevés, hébétés."

Revivant l'apocalypse du 11 mars 2011, en ce Japon où il vit depuis plus de trente ans, Richard Collasse se glisse dans la peau de Sakai Sosuke, un jeune homme de 17 ans, de son amie Aoi, tragiquement emportée par l'assaut des flots et nous livre un cahier chronologique détaillé de ce mi-mars maudit.

Parti à la recherche des siens, aidé par des services de secours qui tentent tant bien que mal de s'organiser, dans un territoire désormais dévasté par le tsunami, Sosuke fait la connaissance d'Eita, un sien cousin, promu narrateur de la seconde partie du roman. Le ton de la narration se fait alors autre, incisif et tonique,  à la mesure de la différence de mentalité qui sépare les cousins.

Le récit se fait alors (très belle) quête de vie.

Apolline Elter

L'océan dans la rizière, Richard Collasse, roman,Seuil, mars 2012, 336 pp, 20 €

23 avril 2012

Les lendemains de la veille

"Les débats qui ont suivi l'annonce des résultats électoraux, hier  à 20 heures, étaient à ce point, bétonnés..qu'ils virèrent d'emblée à la cacophonie verbale.

Ils auront révélé que je n'ai pas le monopole... des blondes pensées."

Apolline, Les pensées partagées du lundi

22 avril 2012

L.A.D.

théière high tea.jpgCurieuse infusion pour un High Tea dominical que ces initiales pour le moins mystérieuses...

Léthargie (électorale) assez déplorable?

Chronique qui laisse à désirer?

Que nenni, les initiale désignent, à la mode franco-française, Livrés à domicile, l'émission littéraire télévisuelle,  animée par Thierry Bellefroid et diffusée chaque lundi soir sur les ondes de la deuxième chaîne belge. Rassurez-vous, si vous l'avez ratée, il vous suffit, dès le lendemain, de la podcaster....CQFD

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Succédant à Mille-feuilles, l'émission sort du site statique des studios pour se rendre au domicile des lecteurs. Thierry Bellefroid sonde la bibliothèque de ses hôtes avec un plaisir gourmand, confirmant de la sorte une prodigieuse et éclectique connaissance de la littérature internationale..

Surgit alors un écrivain dont la récente publication va faire l'objet d'une conversation à bâtons rompus, dans le canapé du salon. Le ton en est si naturel que le spectateur franchit l'espace virtuel pour s'installer aux côtés du trio. Eric-Emmanuel Schmitt, Delphine de Vigan, Didier van Cauwelaert, Nicole Roland, Carole Zalberg, Régis Jauffret, Grégoire Polet ...et bien d'autres se sont déjà prêtés avec complaisance aux échanges toniques orchestrés par le journaliste.

Les chroniqueurs (Michel Dufranne, Daphné van Ossel, Ysaline Parisis, Laurent Dehossay...) se succèdent qui commentent, avec une partialité revendiquée,  leurs coups de coeur de tous ordres.

Vient alors la "figure imposée", le livre qui, lu par tout le salon, sera l'objet d'avis variés, parfois tranchés, déclinés sans tabou aucun. C'est cela aussi qui fait l'intérêt de l'émission...

Je vous la recommande.

Entamée en septembre 2011, la première saison  recevra, d'ici sa -première - conclusion : Catel et Bocquet pour Olympe de Gouges (Casterman), Claude Durand pour Lilette (de Fallois), Philippe Squarzoni pour Saison Brune (Delcourt), Patrick Delperdange pour Mirador,  un roman numérique (Onlit) François Schuiten pour La Douce (Casterman) et Barbara Abel pour Derrière la haine, qui signe  son retour au thriller (Fleuve Noir)

Pas de doute, on en redemande.

Apolline Elter

Livrés à domicile -  La Deux (Lundi 22:50 - Mardi après minuit ) La Trois (Jeudi: 10:30)

 

1315229458.jpgBillet de faveur

(Copyright photo: site de la RTBF)

 

AE:  Thierry Bellefroid, cette nouvelle émission au concept inventif et convivial exige beaucoup de souplesse, d'adaptation technique, elle sollicite, je le crois, une énergie supérieure à celle déployée pour Mille-Feuilles. ..

Thierry Bellefroid :

De ce côté-là, il n’y a pas de doute ! Non seulement nous sommes passés à un rythme beaucoup plus soutenu, mais en plus, il y a derrière L.A.D. une logistique bien plus complexe. Il faut trouver des lecteurs pour nous accueillir – ce que fait Isabelle Franchimont avec brio – mais il faut aussi pouvoir leur commander les livres en temps et heure. Il est évident qu’on ne peut demander à ces lecteurs non-professionnels d’ingurgiter deux romans en quelques jours. Les maisons d’édition ne comprennent pas toujours l’urgence qu’il y a à envoyer quatre ou cinq exemplaires du même livre pour un auteur qui n’est même pas invité ; c’est pourtant nécessaire pour aborder la Figure Imposée, ce livre que tout le monde lit – les deux chroniqueurs, l’hôte qui nous reçoit et moi – en amont de l’enregistrement et dont nous parlons à bâtons rompus. Bref, les décisions doivent être prises très longtemps à l’avance. Et je ne parle pas ici de la difficulté du montage, puisque nous enregistrons tout à plusieurs caméras, mais sans car de régie. La synchronisation se fait donc en postproduction.

AE: avez-vous une anecdote, une péripétie, un souvenir.. à nous évoquer:

Thierry Bellefroid:

Il y en aurait tant ! Sans doute notre premier enregistrement restera-t-il à ce sujet l’un des plus mouvementés. Le preneur de son de l’équipe est resté bloqué plus d’une heure dans l’ascenseur de notre hôte, qui a dû prévenir son propriétaire. Celui-ci a déboulé, furieux, en apprenant qu’on tournait dans « sa » maison. Il vociférait et menaçait d’appeler la police parce qu’il était convaincu que sa locataire se faisait payer pour ce tournage de « cinéma ».

AE: Pénétrer dans l'univers de lecture de vos hôtes vous permet de les aborder avec une acuité majeure. Une bibliothèque peut-elle être indiscrète? Avez-vous des surprises en découvrant certains agencements?

Thierry Bellefroid:

On en a toujours. Avez-vous poussé l’indiscrétion jusqu’à fouiller la bibliothèque de vos propres amis ? Non, sans doute. A part quelques intimes, on regarde de loin, on devine certains titres, on parle de ceux qu’on a lus : « Ah, je vois que tu as ce livre ? Je l’ai adoré ! » Moi, je pars du principe qu’une bibliothèque, c’est une carte d’identité. Et en ce sens, je me sens souvent très indiscret. C’est vrai qu’en plus les voisinages de livres sont parfois étonnants, ils disent toujours quelque chose de la personnalité de quelqu’un. Tout comme la manière de ranger ses livres. 

AE: A qui faut-il s'adresser pour recevoir Livrés à domicile…chez soi?

Thierry Bellefroid:

Eh bien le plus simple est de vous adresser à Isabelle Franchimont, qui s’occupe de nous trouver des hôtes chaque semaine. Pour cette saison, nous sommes complets. Mais qui sait ? Nous espérons être là pour plusieurs années… Son adresse mail : isfr@rtbf.be

 

21 avril 2012

L'impétueux

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" Au bout du compte, les Français auront apprécié chez lui l'énergie, le mouvement, l'imagination, l'authenticité. Mais ils auront appris à se défier, voire à exécrer son impulsivité, sa logique de défi permanent, sa véhémence, et son inaptitude à maîtriser toujours cette majesté du verbe et du comportement qui sied à un monarque républicain."

Magnifique, remarquable  Catherine Nay, qui de sa plume journalistique, précise et percutante, trace le bilan fouillé d'un quinquennat présidentiel haut en couleurs, riche en actions et ...réactions. Et le portrait, tout en finesse et contrastes, d'une personnalité fougueuse à qui rien ne fut, n'est et ne sera jamais pardonné.

De la soirée au Fouquet's malencontreusement orchestrée par Cécilia à l'homme nouveau, quelque peu apaisé apparu à l'aube de 2010 et au candidat à l'élection présidentielle 2012, Catherine Nay analyse, avec force détails,  la sarkologie d'un règne à l'aube d'un possible renouvellement. Une entrée en scène ratée avec fracas - le prêt du yacht de son ami Bolloré, les vacances américaines tentées pour sauver son couple d'une dérive inéluctable alimenteront à l'envi les indignations les plus ancrées - un deuil conjugal supporté avec panache, un remariage aussi fulgurant ...qu'apaisant, le tandem  paradoxal et fonctionnel formé avec François Fillon, l'influence de la nouvelle Première Dame sur son rythme de vie, l'admirable présidence de l'Union  de  " celui qui a offert à la diplomatie européenne "une visibilité inégalée"", le couple forcé formé avec Angela Merkel,  le travail "herculéen" de la Réforme des Retraites.. sont tant de jalons d'une hyper-présidence pratiquée tel un "judo politique" par un être plus à l'aise en temps de crise que dans les circonstances de la vie ordinaire.

Doté d'une hypersensibilité, d'une force de travail , de compassion et d'un courage avéré, "Nicolas Sarkozy est toujours écartelé entre son statut de chef d'Etat, qui requiert hauteur et retenue, et son tempérament qui le porte à l'action et à l'engagement partisan."

Les prochaines semaines démontreront si, dans le chef des électeurs, la reconnaissance pour le travail accompli l'emportera sur l'agacement né d'une certaine...impétuosité.

Une lecture hautement recommandée.

Apolline Elter

L'Impétueux. Tourments, tourmentes, crises et tempêtes, Catherine Nay, essai, Grasset, mars 2012, 684 pp, 22 €

20 avril 2012

Un Pavillon extra muros

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Exportant ses tablées dévouées à l'actualité littéraire et aux grands noms de la littérature épistolaire, Le Pavillon de la littérature perce parfois le cocon de ses (vieux) murs...

Il me vaut le plaisir de vous convier, jeudi 26 avril prochain,  à 20 heures, au Café de la Boule rouge, 3 rue des Fripiers à Namur, pour une évocation partielle et partiale de l'actualité littéraire..

Romans, essais, beaux livres et parutions majeures  des rentrées de septembre  2011 et janvier 2012 seront évoqués, présentés, comparés, compulsés.. selon le ton  qui préside aux réunions du Pavillon.

 Vos apports de lecture et suggestions sont évidemment bienvenus. Nous les commenterons, en toute convivialité, dans le cadre pétillant et forain de la Boule rouge

Renseignements et inscriptions : par  le formulaire contact de ce site -cela me fera plaisir de prévoir votre présence - ou via le site Facebook du Café de la Boule rouge:

http://www.facebook.com/pages/La-Boule-Rouge/187197288031044

 L'inscription est gracieuse, les boissons sont payantes.

Puisque vous ouvrez  vos agendas, je vous invite à consulter le tout frais Evénement d'avril-mai, et l'invitation faite à  10 de nos  lecteurs à un drink , le vendredi 18 mai, à 18h30,  au  même Café de la Boule rouge avec l'équipe conceptuelle de Namur en mai - Jean-Félix et Nathalie Tirtiaux , suivi d'une représentation au Théâtre de Namur. Il reste, à ce jour, 5 possibilités d'inscription - il ne faut pas tarder à se décider  (Inscription via l'Evénement) Namur en mai est une toute belle manifestation annuelle.

 Je vous propose, enfin, de (re) découvrir le superbe musée des lettres et manuscrits de Bruxelles (sis dans les Galeries royales saint-Hubert, à Bruxelles), le samedi 26 mai sous le prétexte d'une table ronde que j'animerai, à 10 heures, consacrée à notre très chère Marquise de Sévigné, Epistolière avant la lettre. Le cours finit à 12 heures et vous laisse le loisir de visiter, ensuite,  le musée  et sa nouvelle exposition temporaire "De Victor Hugo à René Magritte, Bruxelles Capitale des Arts", qui se tient au musée jusqu'au 24 juin. Renseignements et inscriptions via le site du musée: www.mlmb.be ; le samedi 16 juin, de 10h à 12h ,    je dédierai la table ronde à George Sand,  à sa générosité épistolaire et à celle, mythique, de Nohant.

Pour tous les rendez-vous pavillonnaires et autres  de ce troisième trimestre, de l'été et de la rentrée académique 2012 , je vous invite à consulter - régulièrement..- votre blog préféré et à  cliquer sur les icônes en vitrine de gauche.

N'hésitez pas à me contacter via le blog - je me ferai un plaisir de vous donner toute précision utile.

Que le week-end vous inonde des bienfaits  d'un printemps..vivifiant.

AE

" Voix des anges " en la Collégiale de Grignan

Un rendez-vous à ne pas manquer en une collégiale particulièrement chère à notre blog...

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19 avril 2012

Dieu surfe au pays basque

9782350871882.jpg" Oui, je n'avais pas fini de me faire du mauvais sang.

Et Dieu merci."

De sang, de dieux, bénis, haïs, aborés, il est question dans ce nouveau roman d'Harold Cobert, dévoué à l'amour - conjugal -et à la paternité - un moment avortée...

"Cet été-là, je sortais d'une liaison qui m'avait laissé exsangue de sentiments et de désirs."

C'est alors que le narrateur rencontre, à Biarritz, celle qui devient d'emblée la femme de sa vie, celle avec qui lui prend l'envie de concevoir un enfant. Las, saluée dans  l'allégresse,   la grossesse se voit bientôt interrompue, d'un filet de sang pernicieux, implacable, grossissant...

Rythmés d'extraits - poignants -  des "Contemplations" (Victor Hugo) , les chapitres s'égrènent qui, à travers un regard de père et de mari aimant, nous font vivre les affres ... de la maternité et les épreuves dont elle est parfois jalonnée.

"- Vous êtes jeunes, tous les deux. Et puis, je vous l'ai dit hier, deux femmes sur trois font au moins une fausse couche dans leur vie. C'est dur pour vous, je le sais, mais ça reste néanmoins...banal

J'ai eu une soudaine envie de lui sauter à la gorge et de lui éclater la tête  contre le mur. Je n'en ai évidemment rien fait. D'un point de vue médical et statistique, elle avait raison. Je le savais. C'était la logique comptable qui était  impersonnelle et inhumaine, pas elle."

Apolline Elter

Dieu surfe au Pays basque, Le père interrompu, Harold Cobert, roman, éd. Héloïse d'Ormesson, février 2012, 160 pp, 15 €

  

Billet de faveur

 

AE: Harold Cobert, la veine de ce récit autobiographique est nourrie de sang, sang de vie, sang d’amour et de mort. C’est important pour vous, cette pluralité de… sens ?

 

Harold Cobert : Oui, bien sûr, la littérature joue sur la polysémie. C’est sa manière d’être poétique, travailler dans les zones d’ombre du langage. Cette multitude de sens est le sang de l’écriture.

 

AE: Le titre du roman laisse un peu perplexe. Pourquoi Dieu  surfe-t-il au Pays basque; Cela paraît un peu …vague, n’est-il pas?

 

Harold Cobert : En effet ! Vague comme le vague à l’âme du narrateur, confronté à l’épreuve douloureuse de la fausse couche de sa femme. Ce drame est envisagé de son point de vue, celui de l’homme, l’angle mort silencieux de ce genre d’événement, auquel on ne s’intéresse généralement pas et auquel on ne donne que très peu la parole. Comme il est surfeur, Basque, qu’il a rencontré sa femme au Pays basque, lorsqu’il prend de plein fouet cette terrible nouvelle de la perte de leur enfant à naître, il a la désagréable impression que Dieu les a laissé tomber et qu’il s’est tiré surfer au Pays basque avec ses potes ! D’où le titre, aux accents à la fois drôles, légers, absurdes et grinçants.

 

AE: Est-ce une frustration pour un homme que de vivre une grossesse par procuration?

 

Harold Cobert : Non ! Comment éprouver de la frustration face à la loi de la nature et de la vie ? En revanche, l’interruption brutale d’une paternité en construction comme c’est le cas avec ce qu’on appelle les fausses couches précoces, elle, oui, est extraordinairement frustrante. Pire : elle laisse un goût amer, un goût d’injustice et de révolte. Et pourtant, il faut faire face. Pour celle que l’on aime et qui souffre dans sa chair.

 

 

 

agenda.jpgHarold Cobert sera présent en Belgique, ce week-end des 20 et 21 avril.

Vous pourrez, notamment,  le rencontrer, demain, vendredi 20 avril, à 19h30, à la Librairie Papyrus (Namur) et samedi 21, de 15h30 à 17h, chez Cook & Book, à Bruxelles (près du shopping  de Woluwe)

18 avril 2012

La force du gentil

9782709639569-G.jpgC'est sous ce titre - un peu paradoxal - que Marie-Eve Malouines entreprend d'esquisser le portrait d'un homme politique pour le moins, énigmatique.

" Le preux chevalier s'est aguerri. Il ne se montre plus aussi crédule. S'est-il transformé en parfait courtisan, cynique et dissimulé? Il est sans doute excessif d'imaginer que François Hollande soit passé d'un extrême à l'autre. Le candide a perdu de son innocence, mais il n'est pas devenu immoral pour autant."

Traçant les parcours familial, scolaire et politique du candidat socialiste à l'élection présidentielle, Marie-Eve Malouines  s'emploie à démontrer l'humour, le sens de la répartie et la consensualité à tout crin d'un homme "qui ne se reconnaît dans aucun modèle unique"

Taxé de "sucre qui se dissout dans l'eau" par un Nicolas Sarkozy à l'évidence moins soluble, l'énarque Hollande pourrait bien faire figure de Rastignac à l'ambition longuement dissimulée sous un faciès de gentillesse et de simplicité.

Le "gentil filleul" de Jacques Delors, fin décodeur de la pensée jospinienne gravira-t-il,en vainqueur,  les marches de l'Elysée?  Le mystère reste, lui aussi, entier...;

" François Hollande ressemble à ces chats qui reviennent sans cesse se lover dans les coussins d'un fauteuil interdit, il impose sa volonté à force d'insistance, de sourires et d'obstination."

" La force peut-elle être gentille? La force doit-elle être gentille?

Pour la première fois en France, un prétendant à la plus haute responsabilité politique pose l'enjeu de la présidentielle en ces termes inattendus.

Incongrue, bienvenue ou mal fichue, l'équation dépasse le seul terrain politique. Cette audace constitue à la fois la faiblesse et la force de François Hollande."

Paradoxal, vous disais-je...

Apolline Elter

François Hollande ou la force du gentil, Marie-Eve Malouines,essai, JC Lattès, février 2012, 198 pp, 15 €

17 avril 2012

La demoiselle des tic-tac

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 " Je croyais en la puissance de notre Führer. Je le trouvais piètre écrivain, je n'approuvais pas toutes ses idées mais je lui faisais confiance. Qui mieux que lui pouvait nous protéger? Or l'idée que les Amis viennent de si loin pour aider les Français et les Anglais à nous voler notre chère Lothringen m'angoissait"

Réfugiée, seule, dans la cave d'une maison lorraine détruite en 1944, par les bombardements alliés, Rosy, 14 ans, tente de survivre, resassant les souvenirs d'une très courte enfance ....

Peu à peu, elle s'affranchit de l'estime inconditionnelle que Mutti, sa mère, voue au Führer.

"J'ai fabriqué d'autres torches avec les pages de Mein Kampf, mais j'ai gardé celles où M. Hitler parle de la mort de sa mère. C'est la seule douleur que nous partagerons jamais. Mutti aurait soulevé la maison pierre après pierre pour me retrouver, ne serait-ce que pour s'assurer que je deviendrais la secrétaire de notre Fûhrer..."

Exercice subtil que de sonder la délicate position des Lorrains et des Alsaciens vis-à-vis de l'Occupant, de la France et d'un passé fait de revirements incessants. Nathalie Hug s"y emploie avec talent.

AE

La demoiselle des tic-tac, Nathalie Hug, roman, Calmann-Lévy, mars 2012, 200 pp, 15 €