10 mai 2011

Meurtres au potager du Roy

meurtres-au-potager-du-roy.jpgMai 1683: Louis XIV reçoit une ambassade de Hollandais. Fier de leur présenter son immense potager -oeuvre de Jean-Baptiste de La Quintinie -  le Roi  entend les promener à travers sa prestigieuse melonnière. Oui mais voilà, cette dernière a été saccagée  - pas un melon de rescapé - et sera bientôt le théâtre d'un meurtre......

" Le jardin, situé en contrebas afin de bénéficier de toutes les ardeurs du soleil, offrait un spectacle de désolation. Les cloches couvrant les melons pour accélérer leur maturité étaient brisées, des éclats de verre parsemaient les plates-bandes. Pis encore, les melons avaient été sauvagement écrasés, leur chair orangée éclaboussait les grandes feuilles vertes, comme des traînées de sang pâle."

Avec pour héros, le jeune  Benjamin Savoisy, jardinier et homme de confiance  de La Quintinie, le polar de Michèle Barrière constitue une fresque remarquable - superbement documentée - d'une fin de XVIIe siècle, marquée de violence - l'Affaire des poisons et les dragonnades en sont une illustration -  d'intrigues en tous genres, sur les scènes de Versailles , d'Amsterdam et de Londres et d'une jubilation ..souveraine pour les miracles opérés sur la Nature.

 Incarné par Elena, Hollandaise, belle et fatale, l'enjeu du récit se révèle: il s'agit de percer le secret du melon perpétuel.., "celui qui pousse sous tous les climats, des neiges du Nord aux déserts du Sud (...)Qui n'a besoin ni d'eau ni de cloche pour mûrir"

Doté d'un index précis et précieux, qui trace la vie des personnages réels évoqués dans la fiction - La Quintinie, La Palatine, Nicolas de Bonnefons, Louis Audiger, Nicolas de Blégny, Denis Papin,  John Evelyn et Samuel Peppys, l'ouvrage conclut sa vocation didactique d'une évocation de la cuisine au temps de Louis XIV et d'un carnet de recettes...d'époque

A lire absolument!

Vient de paraître en livre de poche.

Apolline Elter

Meurtres au potager du Roy, Roman noir et gastronomique à Versailles au XVIIe siècle,  Michèle Barrière, Agnès Viénot Editions, 2008 (Livre de Poche, 2011), 314 pp.

Billet de faveur

A.E : Michèle Barrière, vous êtes historienne de  la gastronomie – dans la ligne de Jean-Louis Flandrin -   auteur de  la série « Histoire de la cuisine » diffusée sur Arte et militez en faveur  de l’écogastronomie, une gastronomie respectueuse de l’environnement,  appelée également slow food.  Pour la rédaction de ces « Meurtres au Potager du Roy », vous avez travaillé plusieurs semaines dans  le potager de Versailles, toujours en activité, plus de trois siècles après sa création. Qu’est-ce que ce travail vous a inspiré au niveau de la rédaction de l’ouvrage ?

Michèle Barrière : Le potager du Roi a très peu changé depuis sa création au XVII° siècle. Le lieu est donc particulièrement évocateur et permet de se mettre dans la peau d’un jardinier de Louis XIV d’autant, qu’à part le passage à l’arrosage automatique, les gestes  sont les mêmes. Semer, planter, cueillir, récolter, tout se fait à la main. Et si à l’époque, il n’y avait ni tomates, ni courgettes, ni pommes de terre, la magnifique collection de variétés anciennes d’arbres fruitiers m’a permis de goûter aux fruits qui étaient servis sur la table du roi Soleil et je l’espère, transmettre aux lecteurs ces saveurs inoubliables.

AE : Vous organisez des week-ends gastronomiques, en votre maison normande. Vos hôtes concoctent, sous votre direction,  des repas dans l’esprit du Moyen Age, de la Renaissance et des XVIIe et XVIIIe siècles.  Quel public rencontrez-vous de la sorte ?

Michèle Barrière : un public très varié qui n’est pas composé uniquement de femmes comme on pourrait le croire. Les stagiaires et moi-même prenons grand plaisir à déchiffrer les recettes, à les préparer et à les déguster. Ce sont des moments très joyeux de partage et de gourmandise.

 AE : Le côté gastronomique des polars  - votre spécialité -  vous permet-il  de doubler  la saveur de l’intrigue ?

Michèle Barrière : Je l’espère pour le lecteur ! Écrire des polars historiques et culinaires, c’est vivre entre son ordinateur et ses plaques de cuisson, la tête dans les textes anciens et les mains dans la pâte à tarte.

 Site de Michèle Barrière : www.michelebarriere.com

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