31 mars 2011
Hors de moi
Vous sortez d'un coma, l'esprit intact, prêt à réintégrer votre vie, votre foyer. Imaginez - ou plutôt n'imaginez pas, Didier van Cauwelaert l'a fait pour vous - que personne ne vous reconnaisse: votre femme vit avec un autre homme, homonyme...Revendiquant votre identité, vous passez aux yeux de tous pour un usurpateur...
Tel est le scenario d'enfer dans lequel Martin Harris se débat, fouillant dans toutes les parcelles de sa mémoire les éléments qui établiront sa vraie et incontestable identité.
Passionné par les phénomènes paranormaux et les personnalités qui gravitent à la lisière de la logique et de l'absurde, Didier van Cauwelaert confronte, en une brillante exposition, les théories les plus élaborées en matière de dédoublement de personnalité.
"Je me sens Martin Harris, de toutes mes fibres, de toutes mes forces, et encore plus depuis que j'ai essayé de ne plus l'être."
Paru en 2003, le roman réédité en ce début d'année, a fait l'objet d'une adaptation cinématographique "Sans identité", en salles depuis début mars
Apolline Elter
Hors de moi, Didier van Cauwelaert, roman, Albin Michel 1re éditon 2003 - 2011, 216 pp, 16 €
07:16 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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30 mars 2011
Histoire d'une passion
Une passion née le 12 août 1992, avec la naissance de M. - alias Tahfouna - la petite-fille de Gisèle Halimi : " Dès les premiers mois, entre Tahfouna et moi s'établit un lien affectif un peu particulier. Décuplé, pour moi, par mon attente et ma curiosité, et, pour elle, par un besoin peu commun d'amour et de présence."
Mère de trois garçons, la célèbre avocate féministe découvre enfin le bonheur d'une lignée féminine.
Et la farouche opposante de la résignation de décrire cette passion fusionnelle, sévignéenne qui la lie à sa petite-fille. Une relation qu'elle analyse avec d'autant plus d'acuité et d'émotion qu'elle fut soudain interrompue, en 2002, par décision de l'Autorité parentale.
"J'avais avec ma petite fille des échanges d'adultes mais avec les mots de l'enfance. Notre extraordinaire proximité nous procurait une sorte d'osmose affective qui lui faisait accueillir mes récits dans le partage immédiat"
La souffrance que connaît alors la célèbre militante de la liberté féminine se voit privée d'issue combattive: s'opposer à l'Autorité parentale risquerait de nuire à la sérénité de ses petits-enfants. Elle entreprend dès lors de l'explorer en solitaire et la plume à la main, pour "reconstruire dans sa vérité l'enchaînement des faits."
Des fins de semaine dans l'appartement parisien du couple aux vacances à Guenaïdel, le havre provençal acheté l'année de la naissance de Tahfouna, le récit revit une succession de moments joyeux et complices , apanage des grands-parents. Et pose la cruelle question du deuil de cette relation et du pouvoir arbitraire des parents.
Il fallait oser.
Apolline Elter
Histoire d'une passion, Gisèle Halimi, Plon, 198 pp, 18,5 €
07:13 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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29 mars 2011
La Reine Alice

Faut-il franchir le miroir quand les reflets - temporairement - chagrins qu'il nous renvoie sont ceux d'un combat contre la maladie?
C'est le parcours que nous propose Lydia Flem, romancière, psychanalyste, peintre de l'âme et ...photographe de génie.
" A quel millième de millième de seconde perle une goutte de trop, celle qui déborde d'un nous de cristal? (...) Se pouvait-il que de cette détresse naquît soudainement la prolifération de cellules anarchiques? "
Revisitant le mythique Alice de Lewis Carroll et ses découvertes au pays des merveilles, l'auteur dévoile avec pudeur, force symboles et de façon parfois codée, les étapes - balisées de six chimio et des séances de Lady Cobalt - qui mènent de la découverte d'un cancer à sa convalescence. La forme du conte allège la souffrance de certaines relations, les teintant d'humour et d'une subtile mise à distance.
"Lorsque vous avez traversé le miroir, lorsque vous avez basculé dans la maladie, lorsque vous êtes devenue tout à la fois pion et reine sur le damier des échecs, je vous ai offert une chambre obscure, vous l'avez baptisée l'Attrape-Lumière. Vous y avez puisé la puissance des images et de l'imagination. Maintenant, aux abords de la Forêt du Pas à Pas de la Convalescence, laissez-moi vous faire un deuxième don. Il ne s'agit pas, cette fois-ci, d'un objet, mais d'une idée, de phrases à méditer: "Le présent est le présent. Le présent est un cadeau permanent."
Un parcours initiatique qui, sous le couvert d'une vaste partie d'échecs, intronisera Alice, la dame au turban, au rang de Reine.
Apolline Elter
La Reine Alice, Lydia Flem, roman, Le Seuil, 324 pp, 19,5 €
Prolongation de lecture
AE; Lydia Flem, La lecture, l'écriture, personnifiée par la Plume, sont des alliées de taille dans le combat contre la maladie, la solitude et la souffrance générées. La photographie, aussi : les photos qui concluent l'ouvrage sont de pure tradition "carrollienne", nourries d'insolite et d'une forte puissance évocatrice. La photographie a-t-elle, pour vous, des liens immédiats avec l'écriture?
Lydia Flem: Oui, en vérité, les 23 photos présentes dans le livre ont précédé l’écriture de celui-ci. Ce sont ces compositions qui ont donné naissance au roman. C’est une étrange aventure d’être passée de l’image vers l’écriture, comme si j’avais d’abord « écrit » mes photographies puis les avait transformées en conte plus tard dans l’après-coup. J’ai d’ailleurs fait une exposition « Lady Cobalt » à l’Imec (Institut Mémoires de l’édition contemporaine) à Caen en même temps qu’une lecture intégrale des 300 pages sur 3 jours (filmée par Alain Fleischer). Je poursuis ce travail entre images et littérature.
AE: En bon conte qu'il est, le récit peut se lire à plusieurs niveaux. La force de ses symboles sera d'autant plus patente pour ceux qui, ayant connu l'épreuve du cancer, ont déjà eu l'occasion de passer de l'autre côté du miroir. Aviez-vous à l'esprit, en écrivant La Reine Alice, cette dimension initiatique et les différents niveaux de lecture qui en découlent?
Lydia Flem: La littérature, pensait Nabokov, a toujours un lien avec les contes et donc avec un parcours initiatique. Je crois que « La Reine Alice » parle à travers de nombreux personnages féeriques ou persécuteurs, de la vie, de ses ombres et de ses lumières, comment tenter de les accepter les unes avec les autres, ensemble, sans vouloir les séparer ; de la confiance en soi : de quelle manière épouser son impuissance pour découvrir la quintessence de soi. Il y a de nombreuses pistes possibles de lecture, plusieurs livres dans le livre. Lire, c’est toujours relire.
AE: le récit insiste, à plusieurs reprises, sur la dépossession du corps établie par le corps..médical. Est-ce cette expérience douloureuse qui a généré la structure de la relation: besoin d'une mise à distance, d'un allègement de la relation par la forme du conte?
Lydia Flem : J’avais exploré l’autofiction à travers la trilogie « Comment j’ai vidé la maison de mes parents », « Lettres d’amour en héritage » et « Comment je me suis séparée de ma fille … » J’avais envie de me lancer un nouveau défi, d’essayer une forme littéraire qui m’offrirait la plus grande liberté, me permette de me laisser aller à l’imagination, au rêve, aux dialogues vifs, irrévérencieux ou tendres, à la poésie,.. Je voulais dire que la douleur peut se métamorphoser en beauté, que chacun possède une créativité personnelle dont il peut faire usage au quotidien, inventer sa propre vie, ne fusse qu’un tout petit peu, transformer la malchance en une part de chance, découvrir la richesse du présent…
AE: Si vous étiez un homme, opteriez-vous de préférence pour un conte aux allures de Petit Prince?
Lydia Flem: Le Petit Prince est très présent dans la construction même de ce roman par courts chapitres. La dernière image du livre, c’est justement La Reine Alice et le Petit Prince qui rêvent l’un à l’autre comme si les personnages d’un livre pouvaient rejoindre les personnages d’un autre livre. J’ai voulu dire que chacun de nous en lisant, en regardant un film, un tableau, en écoutant une musique, entre dans d’autres univers, partage d’autres destins. Nous sommes un et multiple. L’imagination, la littérature, la fiction offrent cette merveilleuse et étonnante liberté.
A podcaster: Lydia Flem était l'invitée de François Busnel (La Grande LIbrairie - France 5), le 10 février dernier, aux côtés de Laure Adler et de Diane Ducret. Je vous invite à podcaster (You Tube) un entretien magistral.
06:14 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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28 mars 2011
Retour en force des 4L - cylindrées d'actualité littéraire
Les Ladies
Litt. & Lunch
du Lundi
Alliant d'un même élan la convivialité littéraire cher à notre blog et le plaisir d'un déjeuner partagé, le nouveau et déposé concept des 4L - il y en a même 5 - a démarré, début février, sur les chapeaux de roue...Vous trouverez, ci-dessous, régulièrement actualisée, la liste des ouvrages et des moteurs de discussions animées. La plupart des ouvrages cités ont fait l'objet d'une chronique sur le blog.
AE.
Romans - Essais
- Cet été-là (Véronique Olmi)
- Cette main qui a pris la mienne (Maggie O' Farrell)*
- Charly 9 (Jean Teulé)
- Commes des larmes sous la pluie (Véronique Biefnot)
- De bouches à bouches (Chantal Pelletier)
- Des gens très bien (Alexandre Jardin)
- Du train où vont les choses à la fin d'un long hiver (Francis Dannemark)
- Eloge du contraire ( François Bott)
- En un monde parfait (Laura Kasischke)*
-Et que le vaste monde poursuive sa course folle (Colum Mc Cann)*
- Femmes de dictateur (Diane Ducret)
- Françoise (Laure Adler)
- Helena Rubinstein (Michèle Fitoussi)
- Histoires d'ici et d'ailleurs (Luis Sepulvada)
- L'homme au masque de fer (Jean-Christian Petitfils)
- Inch Allah 1. Le souffle du jasmin
2. Le cri des pierres - (Gilbert Sinoué)
- Intuitions (Dominique Dyens)
- J'irai cracher dans vos soupes (Danielle Thiéry)
- Kosaburo, 1945 (Nicole Roland)
- La Belgique et ses démons (Luc Beyer de Ryke)
- La brûlure du chocolat (Barbara Abel)
- La calèche (Jean Diwo)
- La dernière bagnarde (Bernadette Pécassou-Camebrac)
- La grand-mère de Jade (Frédérique Deghelt)
- Les menottes et le radiateur (Alexandra Lapierre)
- La nonne et le brigand (Frédérique Deghelt)
- La police des écrivains (Bruno Fuligni)
- La promenade des Russes (Véronique Olmi)
- La prophétie du jaguar (Isabelle Bary)
- La Reine Alice (Lydia Flem)
- La splendeur des Charteris (Stéphanie des Horts)
- Les aventurières du Sinaï (Janet Soskice)*
- Les cadavres n'ont pas froid aux yeux (Andréa -H. Japp)
- L'eau à la bouche (Colette Nys-Mazure)
- Les eaux amères (Armel Job)
- Les déferlantes (Claudie Gallay)*
- Ma vie rebelle ( Ayaan Hirsi Ali)*
- Maxime Le Forestier (autobiographie)
- Même le silence a une fin (Ingrid Betancourt)
- Les mémoires du grand siècle (Thierry Sarmant)
- Le Palais des livres (Roger Grenier)
- Paroles de torturés (Jean-Pierre Guéno)
- Le Petit livre à offrir à un insomniaque
- Le Petit livre (personnalisé) à offrir à sa Maman
- Prête-moi ta plume pour t'écrire Là-Haut (Jeanine
- Pudeurs féminines (Jean Claude Bologne)
- Purge (Sofie Oksanen)*
- Rose (Tatiana de Rosnay)
- Le sac (Jean-Claude Kaufmann)
- Une soirée au Caire (Robert Solé)
- Le testament secret de Moïse (Carl Dagher)*
- Une jeune fille aux cheveux blancs (Fanny Chesnel)
- Voyage au pays de l'absence (Christine Orban)
Cuisine et beaux livres:
- 2500 noms propres devenus noms communs (Georges Lebouc)
- Crème et châtiments (Anne Martinetti)
- La truffe. Métamorphoses (Bénédicte Appels)
- Namur gourmand (Joëlle Rochette et Denis Mathen)
* suggestions de lectures induites par les participants
06:42 Écrit par Apolline Elter dans Au Pavillon de la Littérature | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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27 mars 2011
Infusion paradoxale
Notre High Tea de ce dimanche s'infusera d'un paradoxe générateur de l'exposition "Pudeurs et colères de femmes" et de notre week-end y consacré:
"Curieusement, depuis longtemps et sur tous les continents, la femme est d'autant plus convoitée qu'elle accumule les obstacles à sa conquête"
Diane Hennebert, in Catalogue de l'exposition"Pudeurs et colères de femmes", présentée à la Villa Empain, du 11 mars au 25 septembre, mars 2011, 112 pp, 39 €
17:00 Écrit par Apolline Elter dans High Tea dominical, Infusions | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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26 mars 2011
Pudeurs et colères de femmes
Week-end spécial -Pudeurs et Colères de femmes
L' exposition Pudeurs et colères de femmes, organisée à la Villa Empain (Fondation Boghossian - Bruxelles) lève le voile sur le thème de la pudeur - féminine - ses origines historiques et contextes philosophiques. Sur les révoltes face à certains regards portés sur la condition féminine.
Une vingtaine de lecteurs du magazine L'Evénement ont eu le privilège d'une visite guidée de l'exposition, ce jeudi 24 mars, par Diane Hennebert, Chargée de Direction de la Fondation Boghossian et Commissaire de l'exposition. A la connaissance aigüe de la Villa Empain dont elle a orchestré la somptueuse restauration et des artistes contemporains - des femmes majoritairement - dont les oeuvres jalonnent le parcours dûment étudié de l'exposition, s'ajouta le feu d'une passion..éminemment contagieuse.
(Photo : Black Oracle - Maimouna Guerresi - 2009 )
L'exposé de Diane Hennebert (photo ci-contre) commença par une présentation biographique de Louis Empain (fils "reconnu" d'Edouard, fondateur de la dynastie éponyme) et de la Villa. Idéaliste et épris de sobriété, le jeune baron constitue, avec la construction de la Villa Empain - commandée en 1930 à l'architecte Michel Polak - un subtil compromis entre la simplicité des lignes architecturales et l'ostentation d'une villa cossue, rendue flagrante par la dorure de ses corniches. Emménageant dans la villa, en 1934, il ne parviendra cependant pas à y trouver l'intimité recherchée. Il est alors envoyé au Canada par sa famille, qui apprécie modérément ses idées gauchisantes, et y fonde une cité-modèle - le Domaine de l'Estérel - qui, largement influencée par l'esthétisme du Bauhaus, proposera des loisirs à des familles défavorisées. Marié à une autochtone, il cèdera la Villa Empain à l'Etat belge, sous réserve expresse, d'y constituer une Maison d'Arts décoratifs. Réquisitionnée et occupée par l'Armée allemande en 1943, la Villa Empain sera ensuite affectée à l'URSS au titre d'ambassade. C'était faire fi des conventions établies avec le Baron Empain. Ce dernier exigera alors la restitution progressive de son bien - pas question de mettre l'URSS à la porte et d'engendrer de la sorte une crise diplomatique - pour le vendre à un industriel du tabac d'origine arménienne, établi aux USA, un certain Tcherkezian. Lequel louera la Villa à la chaîne de radio - TV, RTL. Si les lieux n'étaient guère adaptés à cette fonctionnalité, ils ne subirent alors que des dégâts d'usure normale. Ce ne fut pas le cas de l'occupant suivant - nous en tairons le nom - qui dégrada le site de la façon la plus iconoclaste possible... C'est donc un bien squatté, envahi de mérule, sinistre et sinistré que la Fondation Boghossian acquiert en 2006 pour y entreprendre une rénovation magistrale dans le pur respect de son originelle beauté. Coût de l'opération : 7 millions d'euros dont deux millions couverts par des subsides.
Pudeurs et colères de femmes
A l'origine de l'exposition, une réflexion sur le paradoxe qui sévit en notre société occidentale: nous affichons une plus grande réticence vis-à- vis de la femme voilée que de celle qui expose sa nudité. Le débat valait d'être ouvert et élargi : une trentaine d'artistes orientaux et occidentaux - dont la Belge Arlette Vermeiren - déclinent, d'oeuvres tantôt graves, émouvantes, poignantes tantôt facétieuses, toujours chargées de sens, les facettes infinies du regard posé sur la femme.
Le tableau de Jean Fouquet (1420-1480) , La Vierge à l'enfant entourée d'anges, réalisé au départ du portrait d'Agnès Sorel - sorte de barbie, version XVe siècle - , définit les canons de beauté et de bienséance pour plusieurs générations. La nudité sera ainsi tolérée jusqu'au XIXe siècle pourvu qu'elle s'assortisse d'une absence totale de cheveux et poils de tous bords.
Le hall d'entrée de la Villa Empain propose un défilé magistral: trois résines de la célèbre artiste ORLAN figurant des robes sans corps, sorte d'aboutissement d'une réflexion sur la violence faite au corps des femmes. On se souvient des expériences de chirurgie-performance que l'artiste avait fait réaliser sur son propre corps (se faisant notamment greffer des cornes) au début des années '90.

Photographie de la Russe Aïdan Salahova

Madre Minerato ( Maimouna Guerresi - Italie)

Coïncidence flagrante et atemporelle des portraits-masques de Catherine Deneuve et de Nefertiti - oeuvres du photographe égyptien Youssef Nabil.
Ciment acrylique de Joanna Vasconcelos dont la position triomphale - elle évoque la proue d'un navire - est grillagée de fil crocheté : une subtile confrontation de la puissance et de la fragilité. L'artiste a reçu carte blanche pour une exposition prévue au château de Versailles en 2012.
Fil conducteur de l'exposition: l'ambiguïté de l'attention portée aux éléments prétendûment cachés de l'apparence féminine.
Les foulards de la Maison Hermès, oeuvres capillaires du très jeune perruquier Charlie Le Mindu, gouaches sanglantes de Louise Bourgeois, voile de mariée d'Arlette Vermeiren couronné de barbelé, Vierge de Sèvres d'Hubert Barrière, ...jusqu'à la série domestique des Like Everyday de l'Iranienne Shadi Ghadirian, qui superpose au tchador des objets ménagers (fer à repasser, louche, crochet de portemanteau...) masquant intégralement le visage, constitueront des arrêts obligés au sein d'un parcours d'exposition magistralement orchestré.
La visite se conclut, bien au-delà de l'heure prescrite, par une plongée, depuis le balcon ensoleillé de l'étage, sur la grande piscine du jardin , jouxtée d'une conciergerie qui accueillera, dès le mois prochain, 4 à 5 résidents (artistes, etc..) invités par la Fondation ainsi qu'un centre de documentation.


L'occasion pour Diane Hennebert d'insister sur le signal fort qu'offre à notre société occidentale - individualiste - le mécénat pratiqué par la famille Boghossian via une fondation à laquelle elle affecte la moitié de sa fortune (voir précédent billet sur ce blog, ainsi que, sur la site de la Villa Empain, la présentation Robert, Jean et Albert Boghossian, joailliers libanais d'origine arménienne)
Je vous recommande vivement la visite de l'exposition.
Vous avez jusqu'au 25 septembre....
Apolline Elter
Villa Empain - Av. Franklin Roosevelt, 67 - 1050 Bruxelles - Tél : 02.627.52.30
07:00 Écrit par Apolline Elter dans Attitude Zen | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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25 mars 2011
Un prix bien à propos..
C'est avec grand plaisir que nous relayons cette belle perspective, issue de la nouvelle maison d'édition, Avant-Propos, créée par Hervé Gérard.
Communiqué de presse:
"Soucieuse d’encourager la création littéraire et particulièrement de susciter des vocations chez les jeunes de moins de 25 ans, Avant-Propos, a décidé de créer un prix qui leur est destiné. Celui-ci sera remis solennellement au lauréat à la fin du mois de novembre 2011 après délibération d’un jury composé de professionnels de l’écriture et d’amateurs éclairés dont des jeunes. Le prix est d’un montant de 2000 euros et sera assorti d’un contrat d’édition qui verra simultanément la publication du manuscrit gagnant.
Le règlement du concours peut être consulté sur le site www.avantpropos.eu"
L'occasion aussi de découvrir les six publications que la Maison d'édition a déjà à son actif (dont Juste un regard en vitrine du blog), lesquelles devraient atteindre le nombre de quinze avant la fin de l'année.
Je vous le recommande.
Apolline Elter
07:12 Écrit par Apolline Elter dans Agenda | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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24 mars 2011
Femmes de dictateur
Mussolini, Staline, Hitler, Salazar, Mao, Bokassa, Ceausescu, Lénine..auraient-ils à ce point dominé le monde sans le soutien et l’amour passionné que leur vouèrent, entre autres, ... Clara, Kato, Eva, Felismina, Jiang Qing, Catherine, Elena, Inessa, leurs épouses, maîtresses, compagnes et admiratrices de tous bords ? Certainement pas.
" Car dans la route pour la conquête du pouvoir, les dictateurs ont très vite compris qu'ils n'avanceraient guère sans gagner avant tout les femmes à leur cause, sans les unir à leur destin. Et pour conquérir le pouvoir et s'y installer, chacun d'eux va s'appuyer sur les femmes."
Retraçant la vie amoureuse, tumultueuse, la plupart du temps sacrifiée, des femmes qui gravitèrent dans l’ombre de ces dominateurs hors pair, Diane Ducret démontre, force détails à l’appui, le rôle de la séduction dans la conquête du pouvoir absolu.
Une séduction qui relève davantage de la fascination que de véritables attraits physiques.
Saisissant.
Apolline Elter
Femmes de dictateur, Diane Ducret, essai, Perrin, février 2011, 358 pp, 21 €
06:10 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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23 mars 2011
Cet été-là

“ Et puis, ils se retrouvèrent tous sur la plage, comme si rien ne s’était passé, souhaitant que plus rien ne vienne leur rappeler leur vie en équilibre et les mensonges qu’ils avaient posés dessus pareils à de fines couvertures de survie. »
Tandis que le 14 juillet se pointe, avec son feu d’artifice obligé, Delphine et Denis convient, selon une tradition amicale vieille de seize ans, Marie, Nicolas et Lola, en leur maison de vacances de Coutainville (Normandie). Ils seront dix en tout, en ce compris, Jeanne et Alexandre, les enfants, qui ont invité, chacun, un ami. Samuel, dernier compagnon en date de Lola, est soucieux de s’intégrer, malgré son jeune âge, à ce noyau d’amitié sacrée.
Trois jours qui se profilent joyeux, légers et chaleureux comme l’été qui sévit et les bulles d’une amitié nourrie à grands renforts d’apéros et de rituels qui coulent à flots.
Oui, mais voilà. Au pays des quadras et des fringants quinquas, tout se fait crise et remise en question: Delphine et Denis vivent une crise conjugale cruelle et larvée, Marie voit son métier d’actrice sombrement échouer tandis que Nicolas voit resurgir le spectre d’un suicide dont il est peut-être responsable. Lola, quant à elle, est rattrapée par le démon du bébé qu’elle a abandonné voici plus de vingt ans…Et puis, surgit Dimitri, cet ado improbable, qui cristallise sur sa personne, un peu ingrate, les angoisses enfouies de chacun des protagonistes.
Plongée dans la réalité intérieure de couples à qui la vie semble radieuse, le roman de Véronique Olmi constitue une belle fresque d’introspection, psychologique, sociologique, un arrêt – menaçant - finement négocié sur tranche de vie, qui se joue sur trois jours, le temps d’un week-end estival en Normandie…
Apolline Elter
Cet été-là, Véronique Olmi, roman, Grasset, décembre 2010, 284 pp, 18 €
07:07 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22 mars 2011
De bouche à bouches
Déconcertant. Et, à la fois, fascinant, un rien envoûtant, bien écrit, décalé, ...le roman de Chantal Pelletier tient de tout cela, à la fois.
Penchons-nous sur l'argument: victime d'un accident de voiture largement imputable à son père - honni - la narratrice, photographe de son métier, se voit privée du goût. Mais pas de l'odorat. S'ensuit un rapport nouveau, détestable et détesté, à la nourriture, perçue pour sa seule consistance, peu ragoutante dans la plupart des cas. Face à ce handicap, l'enjeu devient vital d'accéder à une forme de bonheur gastronomique, par le seul biais de la texture, fi fait du goût..
" La colère passée, je m'efforçais de retrouver mon calme dans la contemplation des jaspures rubanées d'une lamelle de truffe. Je m'amusais avec des framboises fraîches, me les fourrais au bout des doigts, transformés en phalliques marionnettes, léchais sans vergogne leur gland rubis, me caressais les lèvres et les joues avec leur velours tendre, reniflais leur douceur mate...mais les croquer ne me laissait que des graines agaçantes entre les dents."
Atteinte au plus profond de sa sensualité gourmande, la narratrice connaîtra une ébauche de rédemption, tandis qu'elle rencontre Pol, un ado de treize ans, atteint de diabète. Nourrissant lui aussi un rapport fort - et vital - avec la nourriture, ce dernier deviendra la bouche d'un duo aussi inattendu qu'attachant: " A table, il a savouré chaque bouchée, attentif, concentré. J'ai cru alors percevoir, de sa bouche à ma bouche, fantomatiques et jouissives, l'acidité charnue des tomates séchées, l'amertume suave du caviar d'aubergine, les saveurs d'étables d'un gorgonzola brillant de crème...."
Un roman initiatique, sensuel, truffé de symboles et de cette science imparable du goût qui n'a de réelle valeur que de partage...
Apolline Elter
De bouche à bouches, Chantal Pelletier, roman, Joëlle Losfeld, décembre 2010, 134 pp, 12, 9€
06:45 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises, Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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