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26 février 2011

kosaburo, 1945

kosaburo.jpg" A présent, je comprenais sans peine que la valeur d'un ancêtre se mesure au comportement de ses enfants."

Lauréate du Prix Première 2011 - une attribution justifiée - Nicole Roland entraîne le lecteur dans un Japon dévasté par la fin de la guerre (39-45) et les prémisses de la défaite. Une soumission au code martial du Samouraï, qui taxe de perfection suprême  la mort au combat, pousse Kosaburo  et Mitsuko, à se constituer kamikazes, au sein d'une unité de pilotes de chasse.

"Je ne pouvais pas me dissimuler la vérité: je serais un kamikaze malgré moi; je suivrais la "voie du guerrier", mais je n'étais pas dupe de cette tentative désespérée. L'appel dans cette unité était un honneur important mais aussi une sentence de mort."

Honneur et loyauté sont les maîtres-mots du roman et de la conduite de Mitsouko, déguisée en homme, pour pallier la honteuse défection de son frère, Akira, échappé au combat. La mort se profile à chaque page qui oblige le lecteur à réfléchir sur le sens d'une vie comptée. La lecture aussi, qui constitue, une  gracieuse tranche d'éternité:

"(...)je cédais à l'attirance que les livres ont toujours exercée sur moi. (...) Déjà, je respirais l'odeur des vieux livres, intimement mêlée à celle du papier des stores qu'on avait baissés pour les protéger du soleil de l'après-midi. Je me coulais dans un moment de joie pure: celle des heures qui m'appartiendraient soudain ici, à la faveur d'une permission exceptionnelle, celle de faire ce qui me plaisait le plus, retranchée de la vie qui continuait dehors, de la guerre et de son cortège de souffrances."

Un récit qui allie une écriture sobre, soignée, précise et belle à une imprégnation orientale assez sidérante.

Apolline Elter

 Kosaburo, 1945, Nicole Roland, roman, Actes Sud, février 2011, 146 pp, 16 €

Billet de ferveur

AE: Nicole Roland, c'est le décès de votre fille Hélène qui vous a plongée dans cette littérature japonaise qu'elle chérissait. Prêtant à Mitsouko ses traits, vous rejoignez les deux jeunes filles dans le "tombeau immatériel" que constitue votre récit. Offre-t-il aussi, tel le phénix, la possibilité d'une nouvelle naissance?

Nicole Roland : J’adhère au symbole du phénix, en effet,  parce que je crois que d'une mort peut surgir une naissance, une façon autre d'exister.

 AE: La vocation "kamikaze"' des héros est présentée sous une forme de pureté, d'inéluctabilité. Ne risquons-nous pas d'être plus sensibles au côté héroïque de leur comportement qu'à son absurdité?

 Nicole Roland: L'absurdité du geste n'était guère perceptible pour les jeunes pilotes concernés: ils ont lu le Hagakure et Camus n'est pas parvenu jusqu'à eux. Je crois à l'importance du don, de l'engagement.

AE: Avez-vous eu déjà des réactions de jeunes lecteurs (18 - 20 ans). Pensez-vous que leur lecture sera différente de celle d'adultes "consommés"?

Nicole Roland: Les réactions de lecteurs adolescents sont très enthousiastes : cela me réchauffe le coeur - ils sont dans l'authentique.

 AE: Et puis, félicitations, c'est un très très beau roman.

 

 

agenda.jpgNicole Roland était  l'invitée de La Librairie Point Virgule, à Namur (Place st-Aubain), jeudi 3 mars. Compte rendu d'une rencontre très riche, mercredi 9 mars sur ce blog.

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