31 octobre 2010

Dickens, Barbe à Papa

 

" Il ne lit pas: il dévore. C'est d'un enfant que l'on dit cela. Qu'en était-il des livres, à l'âge où l'on dévore? Qu'en était-il du boire et du manger? Des traces en sont restées, qui donnent envie d'écrire. Mais le désir s'est prolongé. La faim, la soif, les mots. Bien sûr que l'on dévore encore, et c'est très bon. Merci pour la purée, pour Alain de Botton, pour le vin chaud, pour Léautaud, pour les Mustang de don Pedro, pour Flaubert et la menthe à l'eau, pour la pizza des pas perdus, les nuits anglaises de Dickens et les secrets du mousseux tiède. Bien sûr que l'on dévore encore. Comment se souvenir sinon d'avoir pu dévorer."

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables, Philippe Delerm, Gallimard,2005

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30 octobre 2010

Une gourmandise - Muriel Barbéry

 

Premier roman de Muriel Barbéry (L’élégance du hérisson) Une gourmandise est publié en 2000, chez Gallimard,  traduit en 12 langues et truffé de prix littéraires.  

 Le lecteur assiste  aux dernières quarante-huit heures du narrateur, monarque absolu de la gastronomie.  L’action, si l’on peut dire, se déroule, dans un immeuble, rue de Grenelle, dont la concierge se prénomme Renée… L’agonie du narrateur évoque celle de Monsieur Arthens (L’élégance du hérisson) ; elle est annoncée par le même Docteur Chabrot....  

Quoi qu’il en soit, le propos de l’ouvrage est une quête, rendue urgente par le délai annoncé, d’une sensation gustative enfouie dans la mémoire du narrateur: «  Je vais mourir et je ne parviens pas à me rappeler une saveur qui me trotte dans le cœur. Je sais que cette saveur-là, c’est la vérité première et ultime de toute ma vie, qu’elle détient la clef d’un cœur que j’ai fait taire depuis. Je sais que c’est une saveur d’enfance ou d’adolescence, un mets originel et merveilleux avant toute vocation critique, avant tout désir et toute prétention à dire mon plaisir de manger. Une saveur oubliée, nichée au plus profond de moi-même et qui se révèle au crépuscule de ma vie comme la seule vérité qui s’y soit dite- ou faite. Je cherche et je ne trouve pas. »

 «  Plus rien n’a d’importance à présent. Sauf cette saveur que je poursuis dans les limbes de ma mémoire et qui, furieuse d’une trahison dont je n’ai même pas le souvenir, me résiste et se dérobe obstinément »

 Suprématie de la langue, le style affiche une densité que l’on retrouvera, quelque peu allégée – et ce n’est pas plus mal -   dans « L’élégance ».

 «  Il y a dans la chair du poisson grillé, du plus humble des maquereaux au plus raffiné des saumons, quelque chose qui échappe à la culture. C’est ainsi que les hommes, apprenant à cuire leur poisson, durent éprouver pour la première fois leur humanité, dans cette matière dont le feu révélait conjointement la pureté et la sauvagerie essentielles. Dire de cette chair qu’elle est fine, que son goût est subtil et expansif à la fois, qu’elle excite les gencives, à mi-chemin entre la force et la douceur, dire que l’amertume légère de la peau grillée alliée à l’extrême onctuosité des tissus serrés, solidaires et puissants qui emplissent la bouche d’une saveur d’ailleurs fait de la sardine grillée une apothéose culinaire, c’est tout au plus évoquer la vertu dormitive de l’opium. Car ce qui se joue là, ce n’est ni finesse, ni douceur, ni force, ni onctuosité mais sauvagerie. Il faut être une âme forte pour s’affronter à ce goût-ci ; il recèle bien en lui, de la manière la plus exacte, la brutalité primitive au contact de laquelle notre humanité se forge. »

 Les descriptions de  plats sont des sommets de littérature gourmande, tantôt d’une précision chirurgicale, tantôt sensuelles et érotiques jusqu’à l’orgasme.Et l’on poursuit avec une avidité salivaire ce voyage gastronomique dans la vie du narrateur, ponctué de chapitres où la voix du narrateur est relayée par celles des membres de son entourage. 

 Le dénouement surprend le lecteur, l’oblige à une réflexion insolite sur la légitimité de l’académisme gastronomique. 

 A lire ou redécouvrir, sans hésiter !

 Apolline Elter

 Une gourmandise, Muriel Barbery, roman, Gallimard, 2000 (rééd. Folio n° 3633)

Du samedi 30 octobre au dimanche 7 novembre: semaine thématique dédiée à la gourmandise littéraire.

07:09 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

29 octobre 2010

L'Orient et l'Occident désorientés ?

 

Le hall d'entrée de la Villa Empain restaurée.JPEG

Les 9, 10 et 11 novembre prochains, la Fondation Boghossian organisera des rencontres internationales, à Flagey (Studio 4) et en la Villa Empain, son siège,  qui s'interrogeront sur les turbulences sociales,  économiques, culturelles et spirituelles que vivent aujourd'hui les grandes villes d'Orient et d'Occident.

Venues d'horizons divers, d'éminentes personnalités telles que Henry Laurens, Professeur au Collège de France (Histoire contemporaine du monde arabe), Malek Chebel, écrivain, philosophe,  Dominique Baudis, Président de l'Institut du monde arabe , Bernard Coulie, Porfesseur et Recteur honoraire de l'UCL)et l'écrivain Gilbert Sinoué (entre autres, Le souffle du jasmin et Le Cri des pierres - billets de faveur sur ce blog) confronteront leurs points de vue sur la question.

Les rencontres sont coordonnées par Diane Hennebert, chargée de la Direction de la Fondation Boghossian. La séance inaugurale qui aura lieu à Flagey, le 9 novembre à 19 heures sera introduite par Jean Boghossian, Président de la Fondation.

Les orateurs s'exprimeront en français.

Des rendez-vous à ne pas manquer.

Programme détaillé et renseignements:

Fondation Boghossian - Villa Empain, Centre d'art et de dialogue entre les cultures d'Orient et d'Occident.

Avenue Franklin Roosevelt, 67 - 1050 Brucelles

Tél: 0032 2 627.52

@: : info@boghossianfoundation

Site : www.villaempain.com

 Copyright photo hall d'entrée: Georgesdekinder.com

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28 octobre 2010

Lennon

 

 lennon.jpg

Avec sa couverture "jaune lemon", l'opus de David Foenkinos orchestre, en 18 séances de divan, le parcours psycho-biographique du fondateur des Beatles. Et c'est passionnant.

"J'avais en moi la part de souffrance nécessaire à la formation du génie"

Délaissé par des parents qui ne pouvaient assumer son existence, le petit John est élevé par sa tante Mimi, dans le confort petit-bourgeois des quartiers résidentiels de Liverpool. Adepte de Lewis Carrol, John atteindra tôt le pays des merveilles, fondant avec Paul Mac Cartney, suivi de George Harrison et Ringo Star le célébrissime quatuor des Beatles. Une gloire aussi époustouflante qu'impossible à gérer: alcool, drogue, expériences sexuelles "Kleenex"...auront, un temps, raison de son humanité.

C'est la rencontre avec Yoko Ono (fin des années '60) qui consacrera la lente dissolution du groupe - au grand dam de  millions de fans - et l'avènement à une vie apaisée.

"Je me dis juste que mon énergie pacifiste est le fruit de ma violence. Que j'ai tout fait par la suite pour canaliser ma haine. Et les drogues m'ont sûrement aidé en détruisant mon ego, en détruisant ma capacité d'action."

Sondant l'âme et les innombrables paradoxes de l'icône du "Peace & Love" , David Foenkinos offre, par le biais de cette magistrale confession, un portrait subtil et éclairé de John Lennon. L'artiste pourrait-il le renier, qui fut assassiné à New York,  le 8 décembre 1980, par le fanatisme d'un ex-fan, Mark David Chapman ? S'il est sincère, je ne le crois pas.

Une lecture qui se magnifiera - si besoin est - de l'écoute des succès du groupe et de John Lennon, en particulier.

Apolline Elter

Lennon, David Foenkinos, Plon, oct.2010, 236 pp

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Billet de faveur

AE: David Foenkinos, si le lecteur retrouve d'emblée la qualité de votre plume - c'est une "fan' qui vous parle -  sa densité et un sens avéré  de la formule , il semble que votre fantaisie coutumière soit quelque peu cadenassée par le sujet. Le "David Foenkinos" de La Délicatesse, du Potentiel érotique de ma femme, de Nos séparations,  s'est-il effacé pour laisser briller les feux de la rampe sur le seul John Lennon?

David Foenkinos: Merci. Oui, forcément, c’est un livre très différent. Puisque c’est une biographie réelle et complète de Lennon, donc basée sur beaucoup de recherches, alors qu’habituellement je laisse libre cours à mon imagination. Mais Lennon avait beaucoup d’humour, alors j’ai pu mettre un peu de fantaisie dans sa façon de parler. Pour la petite histoire, il y a toujours 2 polonais dans mes livres, et là j’ai réussi à les caser dans la vie de Lennon !... Alors, voilà, ça fait une mini touche de fantaisie. Mais il faut dire que la vie de Lennon est marquée par le malaise, la souffrance et la violence. Donc c’est souvent sombre, par la force des choses.

 AE: John Lennon était lui aussi un adepte du non-sense, fantaisiste en son genre.""Ecrire a toujours été la chose la plus importante de pour moi. J'avais publié  un livre dans lequel on trouvait mes pensées fantaisistes et mon goût pour les histoires tordues. Il avait eu du succès, et j'avais même été invité dans le cercle le plus prestigieuse de la littérature anglaise " déclare votre héros. C'est une allusion, je pense, à In His Own Write (1964).Vous êtes-vous trouvé, à sa lecture, des parentés avec son univers mental ?

David Foenkinos: Bien sûr, quand on écrit une biographie d’un artiste, on peut y voir des ponts avec sa propre création. Lennon, on le dit peu, était aussi écrivain. Avec un univers fantasque. Etrangement, ma parenté est dans la solitude de l’enfance. Je peux comprendre à quel point l’ennui nourrit l’imaginaire. Ca s’arrête ici. C’est un livre aussi d’admirateur. Je parle surtout de l’homme, de son parcours, de son enfance, mais bien sûr qu'au cœur de tout ça il y a des chansons, et un univers poétique, qui me touchent au cœur.

AE: Vous écrivez, en postface, que l'assassinat de John Lennon est le premier souvenir marquant de votre existence. Vous aviez six ans alors. Connaissiez-vous déjà ses productions ou y êtes-vous venu par cette voie ? 

David Foenkinos: Non, j’ai découvert sa musique plus tard. Quand je me suis mis à jouer de la musique. Mais en écrivant le livre, je me suis souvenu que son assassinat m’avait vraiment marqué. Je me souviens des images de milliers de gens pleurant à Central Park. Lennon est une obsession chez moi. J’en parle dans tous mes romans, quasiment. Et j’ai toujours été fasciné par sa relation avec Yoko. Je voulais vraiment me plonger dans cette histoire.

AE:  Et pour conclure, Les succès des Beatles, ce sont des "madeleines musicales" pour vous?

David Foenkinos: Oui bien sûr. Et en même temps, c’est toujours le présent. C’est fou de voir à quel point cela ne bouge pas. Les Beatles ne sont toujours pas dans le passé.

 

 Vous souhaitez  en savoir davantage?

Je vous comprends.

Je vous invite à retrouver David Foenkinos, le dimanche 5 décembre,  dans Nostalgie Pop Culture (16 – 17.00): l'entretien sera mené par Brice Depasse et évoquera, bien sûr, le trentième anniversaire de l'assassinat de John Lennon et Dans Livre de Bord  (Liberty TV), aux côtés de Nicky et Brice Depasse : première diffusion, le mardi 7 décembre à 18.05.

27 octobre 2010

Des hommes et des dieux

Et nous...

Librement inspiré de la tragédie de Tibéhirine(Algérie -1996), de la disparition et assassinat, dans des circonstances encore opaques, de sept moines, le superbe film de Xavier Beauvois nous fait entrer, par la magie du grand écran, au sein de la communauté et de son chemin spirituel, trois ans durant.

Début des années '90: des groupes islamistes (GIA) sèment la terreur à travers l'Algérie massacrant arbitrairement les personnes rétives à leur extrêmisme. La calme et pacifique communauté cistercienne de Tibéhirine est dès lors menacée et se voit invitée à regagner la France. Les huit moines décident, au prix d'angoisses, de confrontations internes et de doutes, de rester en ses murs, conscients que leur présence et les soins que leur dispensaire de médecine prodigue à la population locale sont indispensables à la sérénité de cette dernière.

Attiré au sein de la communauté, de ses offices chantés et de son quotidien par les superbes plans cinématographiques - les visages émaciés, mains noueuses et intensité des regards sont prises d'une beauté époustoufflante -  le spectateur est pris au diapason de celle-ci, sentant plâner sur lui l'épée de Damoclès qui aura raison de la vie de 6 membres de la communauté. La rudesse du climat et le froid qui s'installe transpercent l'écran d'un halo de lumière hivernale.

Interprétation générale magistrale, avec un Lambert Wilson (Frère Christian) et Michel Lonsdale (Frère Luc) criants d'humanité. Une vision subtile de la vie monacale et de son "utilité" qui évite les poncifs qui lui sont parfois attachés.

A voir sans hésitation.

Apolline Elter

 

 

07:35 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

26 octobre 2010

L'âme du vin

 

Charles Baudelaire (1821 - 1867) n'a rien d'un joyeux luron...Dans le recueil poétique majeur que constitue Les Fleurs du mal, il célèbre toutefois L'âme du vin, avec grande chaleur:

L'âme du vin

Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles :
" Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

(…) 

 

 

06:20 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

25 octobre 2010

zados zadulés

"Qu'est un adulescent?

Un adulte devenu, devenu, d'un coup, parent d'ado"

Apolline, Les pensées adulescentes du lundi.

 

07:39 Écrit par Apolline Elter dans Les pensées d'Apolline | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

24 octobre 2010

les lunettes de John Lennon - infusion

9782874230561.jpg" Tout à coup, la pluie cessa. Cette fois, il ne s'agissait pas d'une trêve, semblable à celles qu'elle avait consenties pendant les dernières semaines. C'était une reddition. Les maigres nuages qui avaient largué leur contenu sur la ville se débandèrent parmi les morceaux d'azur, où soudain, victorieux, le soleil parut. L'odeur sirupeuse des parcs mêlée aux miasmes des déchets flottant sur les bassins du port fluvial s'arracha au sol. Le teinture d'humidité partout répandue se craquela, se souleva par pellicules toujours plus larges, se refugia sur les arêtes, dans les soubassements, à l'ombre, avant de rendre les choses à la laideur naïve de leurs formes décapées."

Les Lunettes de John Lennon, Armel Job, roman, éd. Mijade, oct.2010, 286 pp, 9 € (p 219)

 

07:00 Écrit par Apolline Elter dans Infusions | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |

23 octobre 2010

Dans la nuit brune

La biche brame au clair de lune

Et pleure à se fendre les yeux

Son petit faon délicieux

A disparu dans la nuit brune.

Plongé dans le désarroi par la mort accidentelle d'Armand, l'ami de sa fille Marina, Jérôme voit ressurgir son propre passé d'enfant trouvé et le lourd secret d'un prénom, "somme de six soustractions".

Maniant des thèmes aussi complexes que ceux de la mort inique de jeunes et d'enfants, l'adoption, le clivage entre les générations, la sensibilité propre à chaque âge et le rapport de l'adulte à son enfance, Agnès Desarthe nous offre un roman onirique, sensible et humain.

"Mais l'enfance reste en nous. Le temps est une boule. L'enfance est au centre; on ne fait que tourner autour. On ne la perd pas. J'ai cinquante ans. C'est vieux. Mais, dans ma tête, j'ai trois ans et huit ans et quatorze ans."

Les retrouvailles avec soi éclaireront-elles l'aube d'une harmonie père-fille?

Apolline Elter

Dans la nuit brune, Agnès Desarthe, roman, Ed. de l'Olivier, septembre 2010, 214 pp, 18 €

07:54 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

22 octobre 2010

A la table de la littérature

Le congé de Toussaint consacrera l'interruption de nos cours "vacances 2008 033.jpg A la table de la littérature". Une raison pour vous convier à la semaine spécialement consacrée au sujet, sur ce blog,  du samedi 30 octobre au  mardi 9 novembre inclus.

Au menu: des chroniques d'ouvrages gastronomiques, des extraits gourmands de la littérature, des infusions littéraires...

De quoi méditer "cocoon", au coin d'un feu de bois, les généreux bienfaits de la convivialité.

Bienvenue, chers visiteurs, à notre tablée littéraire.

Apolline Elter.

06:53 Écrit par Apolline Elter dans Agenda, Gourmandises | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

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