30 juin 2010
Mademoiselle Rachel, l'étoile filante

" J'ai deux fils que j'adore. J'ai trente-deux ans sur mon acte de naissance, j'en ai cinquante sur ma figure, je ne dirai pas combien a le reste. Dix-huit ans de tirades passionnées sur le théâtre, des courses folles au bout de tous les mondes, des hivers de Moscou, des trahisons de Waterloo, la mer perfide, la terre ingrate; voilà qui vieillit vite un pauvre petit bout de bonne femme comme moi!"
(Rachel à Jules Lecomte, 11 mars 1856)
Assemblés à l'heureuse et libre initiative d'Agnès Akérib, ces fragments de correspondances, mémoires et chroniques, dédiés à Elisabeth Rachel Felix (1821-1858) forment un petit bijou.
Les missives de l'étoile filante succèdent à celles de ses correspondants, révélant ainsi, pan par pan, des épisodes de la vie de la célèbre comédienne. Adulée pour son rôle de Phèdre dans la pièce éponyme de Racine, l'actrice se consumera en quelques années, au service de son métier. Elle décède, à 37 ans, de la tuberculose.
Amis, admirateurs, poètes, princes et ..amants graviteront autour d'elle, qui lui décocheront des tirades passionnées, des flèches désabusées. Elle jouera de la plume et des registres comme d'une scène épistolaire parfaitement maîtrisée: les considérations quotidiennes alternant avec l'émotion, les soufflets et le persifflage, subtil et ...hilarant.
"Je savais qu'avec les sots il faut peser ses moindres paroles. J'ignorais qu'il y eut des hommes d'esprit avec qui les mêmes précautions fussent nécessaires."
(Rachel à Alexandre Dumas, Lyon, 16 juillet 1843)
La lecture-spectacle de ce petit régal sera créée le vendredi 9 juillet, à 17h30, au Jardin du Mail(Grignan) lors du Festival de la correspondance de Grignan.
Mise en lecture, Christophe Correia. Avec Chloé Oliveres, Fred Nony, Jean-Marc Royon, Eric Pierrot.
Je vous la recommande expressément.
Apolline Elter
Mademoiselle Rachel, étoile filante, Agnès Akérib, Triartis, Scènes Intempestives à Grignan, mai 2010, 74 pp, 10 €
Renseignements et réservations: www.grignan-festivalcorrespondance.com
Tél: 0033.(0)4.75.46.55.83
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Billet de faveur: Agnès Akérib
AE : La correspondance d'Elisabeth Rachel Felix existe-t-elle sous forme structurée ou avez-vous dû la reconstituer ?
Agnès Akérib : Après la disparition de la tragédienne en 1858, l'un de ses familiers a rassemblé une petite partie de la correspondance ; avec l'accord de la famille. Cet ouvrage qui comporte les souvenirs de l'auteur, Georges d'Hellys, les lettres de Mademoiselle Rachel et de certains de ses correspondants, a été publié en 1882.
Mais la source principale des lettres manuscrites de Mademoiselle Rachel, ainsi qu'une abondante documentation, se trouve à la Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française.
J'ai tenu à effectuer mes recherches dans les chroniques, articles de journaux et revues, recueils de souvenirs de l'époque (Musset, Gauthier, Janin, Hugo, Girardin, Samson, Dumas, etc.) Afin de garder un œil neuf et de ne pas « copier » tel ou tel ouvrage récent, sans vérification ! Toutefois, après avoir consulté cette manne - et retenu ce qui me paraissait digne d'intérêt, ce qui aurait pu représenter plus de deux cents pages ( ! ) - j'ai comparé les extraits que j'en avais tirés avec le seul travail que j'estime digne de foi, celui effectué par Sylvie Chevalley qui fut bibliothécaire au Français.
AE Les lettres choisies - les siennes et celles de ses correspondants- procèdent par petits traits, qui brossent chacune un pan de personnalité. On la découvre tantôt grave, souffrante, affable, respectueuse... tantôt rieuse, crue ou carrément moqueuse.
Comment avez-vous opéré la sélection des lettres ?
Agnès Akérib : La sélection des lettres ! Elle a demandé un travail délicat, tel celui qui précède le montage d'un disque musical. La documentation étant trop abondante, il fallait qu'elle réponde aux critères du Festival de la Correspondance de Grignan et des éditions Triartis qui, tous deux avaient retenu le sujet : que la lecture - spectacle ne dépasse pas le temps alloué et que... le spectateur autant que le lecteur puisse approcher et aimer cette grande figure du début du XIXe siècle, d'une étonnante modernité.
Une Rachel, comme vous avez pu le remarquer, tout à la fois facétieuse, gamine, amoureuse, cultivée, acharnée au travail, tendre... toujours étonnée d'être traitée comme une reine chez les têtes couronnées de l'Europe, elle qui avait débuté à huit ans en chantant dans les rues.
Il fallait ménager à la fois la chronologie et les plages d'intensité, les mouvements légers, les colères, les dramatiques... et, en filigrane, la passion de Rachel pour le théâtre, la vie du théâtre et le théâtre de la vie. L'une de nos lectrices, en lisant cet opus, ne s'y est pas trompée en me disant : « A le lire on a l'impression d'écouter une sonate ! ».
A.E.La correspondance, les chroniques, affichent des noms célèbres, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Jules Janin ...beaucoup d'admirateurs mais aussi quelques traits vengeurs. Tel Dumas, amoureux éconduit, qui écrit et s'écrie :
« Comme Ingres à l'Exposition, elle a sa salle à elle - la salle des morts - qu'elle y reste ! »
La hait-il à ce point ?
Agnès Akérib : Sans vouloir trop m'avancer, je suppose qu'Alexandre Dumas, outre le fait d'être éconduit, n'avait pas supporté que Rachel ne poursuive pas les représentations de sa pièce Mlle de Belle-Isle, en 1850. A ce drame « moderne », Mademoiselle Rachel préféra revenir au répertoire classique, et ne reprendre que la pièce de Victor Hugo, Angelo, tyran de Padoue.
Je n'ai pas trouvé trace de réconciliation, d'autant que Rachel partant pour le fatal voyage en Amérique n'a pas dû supporter que Dumas encense bruyamment dans son journal Le Mousquetaire - à son détriment et à celui du Théâtre-Français - une comédienne italienne, la Ristori ; cette dernière avec sa troupe séduisit un temps le public versatile de l'Exposition universelle de 1855.
Fait curieux, lors des obsèques de Rachel, Alexandre Dumas était l'un des quatre à tenir les cordons du cercueil parsemé d'étoiles, posé sur un corbillard tiré par quatre chevaux
06:45 Écrit par Apolline Elter dans Billet de faveur | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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29 juin 2010
Le voleur d'ombres

Forge-t-on son propre destin des ombres d'êtres aimés?
Ce n'est pas un vol..., c'est une quête qui est au coeur du dernier roman de Marc Levy. Une quête à facettes multiples qui pousse le narrateur, enfant plutôt solitaire, à libérer ses proches des parts d'ombre qui entravent leur destin,... au point d'en oublier la sienne.
Eclairons le propos.
Doté d'un sixième sens peu commun, le jeune garçon parle avec les ombres de ses interlocuteurs de sorte qu'il en perce les mystères, les secrets refoulés et que, s'y confondant quelquefois, il n'a de cesse de vouloir les harmoniser. Il rencontre Cléa une petite fille sourde et muette. Les enfants se promettent fidélité, par cerf-volant interposé:
"Tu es mon voleur d'ombre, où que tu sois, je penserai toujours à toi"
**
La seconde partie du roman transporte le lecteur quelques années plus tard:
"J'ai laissé mon enfance sur le chemin de la maison , où les pluies d'automne ruisselaient sur mes épaules, dans un grenier où je parlais aux ombres en regardant la photo de mes parents au temps où ils s'aimaient encore."
Interne en médecine, le narrateur paraît en permanence "un peu ailleurs", telle une ombre qui épouse sa voie, sans pleinement y adhérer. Une histoire d'amour qui ...reste dans l'ombre, une amitié d'enfance qui se déploie, un rendez-vous imprévu avec un pan de son enfance, l'amènent peu à peu à comprendre le sens exact de sa quête.
"Si l'enfant que tu étais rencontrait l'homme que tu es devenu, crois-tu qu'ils s'entendraient bien ensemble, qu'ils pourraient être complices"
La réponse s'inscrit dans le fil conducteur du roman, l'implication visible du romancier et la sincérité portée à son propos.
Une lecture agréable et attachante ...sans l'ombre d'une hésitation.
Apolline Elter
Le voleur d'ombres, Marc Levy, roman, Robert Laffont, juin 2010, 276 pp, 21 €
06:30 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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28 juin 2010
Pic de fréquentation
06:15 Écrit par Apolline Elter dans Les pensées d'Apolline | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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27 juin 2010
Je comprends le monde

Le cahier de vacances de géopolitique
Les cahiers vacances seraient-ils réservés à nos seules têtes blondes?
L'injustice de la situation est par trop criante qui a inspiré au CNRS, en coédition avec l'Institut de relations internationales et stratégiques, la réalisation d'un cahier ludique, sympathique et ...diantrement utile pour tester nos connaissances de l'actualité planétaire.
Mots mêlés, croisés, choc et -clés, (logo-)quiz, vrai/faux, rébus, charades, ...ludiquement illustrés, rassemblés sous la direction de Pascal Boniface, se disputeront la faveur d'apéritifs didactiques, de bronzages instructifs et des files d'attente nipponne au pied du téléphérique du Mont-Blanc.
La résolution des 150 énigmes clôt l'ouvrage, qui vous sauvera des questions que vous aurez séchées, marris d'avoir plongé de concert dans la piscine et la lecture de ce bien avenant questionnaire.
Apolline Elter
Je comprends le monde - Le cahier de vacances de géopolitique, CNRs en coédition avec l'Iris, sous la direction de Pascal Boniface, 88 pages, 10 €
07:00 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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26 juin 2010
Cucina nostra

Un titre qui fleure... la cuisine italienne.
Paru, ce 10 juin, aux éditions Racine, en concerto L'Estate italiana, qui met Bruxelles au diapason de l'Italie jusqu'au 4 juillet ( programme des festivités sur www.mmmmh.be ) cet ouvrage sympathique divulgue les meilleures recettes ...italiennes des chefs qui sévissent chez Mmmmh, orchestrées par Carlo de Pasquale et Sergio Moschini.
Bon sang oblige, les auteurs nous proposent un voyage culinaire dans la péninsule, nous en dévoilent recettes et coutumes, profitant au passage de l'occasion pour bâillonner les idées reçues en matière de gastronomie. Qu'on se le dise :" la sauce tomate sera presque toujours meilleure avec des tomates en boîte de qualité qu'avec d'insipides tomates fraîches."
Farci d'humour - on se délecte des commentaires de Carlo de Pasquale et de cette verve qui anime ses émissions de radio et TV - l'ouvrage est illustré de façon agréable et didactique.
Pas de doute, la passion est contagieuse.
Apolline Elter
Cucina nostra, Les meilleures recettes italiennes des chefs [Mmmmh], Carlo de Pasquale & Sergio Moschini, ed. Racine, juin 21010, 192 pp, couverture cartonnée - photos en couleurs - 19,95 €
06:45 Écrit par Apolline Elter dans Gourmandises | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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25 juin 2010
Le voleur d'ombres
"J'ai laissé mon enfance sur le chemin de la maison , où les pluies d'automne ruisselaient sur mes épaules, dans un grenier où je parlais aux ombres en regardant la photo de mes parents au temps où ils s'aimaient encore."
Le voleur d'ombres, Marc Levy, roman, Robert Laffont, juin 2010, 276 pp, 21 €
Et rendez-vous mardi 29, même heure, même blog, pour la chronique de l'ouvrage...
06:30 Écrit par Apolline Elter dans Infusions | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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24 juin 2010
Une enfance au bord du Rhin 1930-1945

"Je racontai ma miraculeuse aventure en quelques minutes à peine. J'avais été réduit à l'état d'esclave et astreint au creusement des tranchées à l'hôpital Krupp de Essen. Le médecin de garde me refusa les soins essentiels et une adorable religieuse infirmière réussit à m'intercepter pour me soigner en cachette et me sauver du pire."
Belge, jeune, féru de scoutisme, Daniel de Duve vivra une partie de la guerre en Allemagne, condamné aux travaux forcés, puis assigné à résidence, au bord du Rhin, proche d'une partie de sa famille, allemande.
Il livre une chronique de 15 années de sa vie - de 1930 à 1945 - qui sonne comme un témoignage sur la montée et le déclin du nazisme. L'observateur privilégié qu'il en fut, lui enjoint ce devoir de mémoire, quelque 65 ans plus tard.
"Le moule de la Mère Germanie imposa à la gent féminine consentante une uniformité d'hystérie collective qui subjugua contre-nature l'instinct maternel, en privant les jeunes de l'aimante protection des mamans."
Sauvé d'un camp de travail et de l'amputation d'une jambe infectée, le jeune homme est affecté au service du docteur Reitz, dont il refuse adroitement de cautionner les recherches en matière d'équipement de guerre.
"Ce livre n'est qu'un peu d'encre versée en mémoire des êtres merveilleux auxquels nous devons la liberté. Ils nous entendent et nous attendent.
Apolline Elter
1930-1945.Une enfance au bord du Rhin, Daniel de Duve, biographie, éd. Racine, 192 pp, 19,95 €
07:00 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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23 juin 2010
Le moins aimé

" Ma soeur était, et demeurera, le désordre de votre esprit, et le tourment de votre coeur, et la gloire de votre amour-propre. Faute de comprendre le mystère de cette dilection hors du commun, et l'énigme de votre désinvolte attachement pour ma personne, il ne vous reste qu'à vous assurer, maman, de ma pleine, entière et indéfectible ferveur filiale, comme de la tendresse fraternelle que je ne cesserai de nourrir pour Madame de Grignan"
S'attachant à faire revivre Charles de Sévigné, fils cadet de l'illustre Marquise, Bruno de Cessole signe un roman épistolaire plein de déférente tendresse à l'égard de l'Epistolière.
Tandis que cette dernière se meurt au cours d'un séjour à Grignan, son fils lui écrit trois lettres-fleuves, campant le cours de sa vie et la désinvolture affective dont l'a gratifié sa mère.
Insouciant et frivole dans sa prime jeunesse, Charles s'établira au château des Rochers (Bretagne) quand, enfin marié, il aspirera à une vie campagnarde et rangée. Il procède à un bilan de sa vie et des relations familiales, avec une humilité désarmante, éclairant, de ses souvenirs, de larges pans de la vie de la marquise.
Une élégance morale et financière transperce le portrait , qui a raison de toute jalousie à l'égard de sa soeur.
Un tableau subtil du membre ...le moins connu du trio sévignéen
Apolline Elter
Le moins aimé, Bruno de Cessole, roman, La Différence, août 2009, 284 pp, 17 €
Bruno de Cessole sera l'invité de la rencontre littéraire qui aura lieu le dimanche 11 juillet à 14 h 30 en la Cour du Tricastin (Grignan) à l'occasion du Festival de la Correspondance.
Il rehaussera également de sa présence le petit déjeuner organisé, la veille, à L'Epistolière (Grillon) pour les lecteurs du magazine l'Evénement (renseignements et inscriptions via le magazine de juin)
05:45 Écrit par Apolline Elter dans L'Epistolière | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22 juin 2010
En verve
La verve, c'est l'étincelle du verbe, du bon mot, de la sentence d'à propos.
Celle dont on fait les maximes, les aphorismes..les thèmes de dissertation.
Tel Saint-Augustin de s'exclamer " O Dieu, accordez-moi la chasteté mais pas encore.maintenant..." (de mon côté, j'inclinerais à prier: " accordez-moi la patience mais ne traînez pas"; "ou plutôt si, prenez tout votre temps...")
Bref.
La verve c'est aussi l'enseigne d'une collection des plus sympathique, créée aux éditions Horay, voici 40 ans, qui compte à son actif une quarantaine de petits livres spirituels et délurés: Alphonse Allais, Charles Baudelaire, Casanova, Che Guevara, Victor Hugo, Lénine, Georges Sand, Jules Verne ...sont ainsi passés sous le prisme de leurs aphorismes.
Une façon ludique de les approcher, plus didactique qu'il n'y paraît.
Apolline Elter
www.horay-editeur.fr, coll. " En verve"
06:45 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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21 juin 2010
Crizaucarré
L'adolescence, c'est bien connu, est traversée de crise(s)
Un peu moins (re)connue,
...La crise des parents d'ados
Apolline, Les pensées critiques du lundi.
07:15 Écrit par Apolline Elter dans Les pensées d'Apolline | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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