10 mai 2009

Infusions festives

 

La fête des mamans sévit en Belgique.

L'occasion de vous livrer quelque infusion, issue de la correspondance de plumes consacrées,  à l'adresse de leurs mômans*...

De "Ma chère Mère", version Baudelaire, "Pauvre vieille chérie" à la sauce Flaubert, "Maman chérie" que nous proposent André Gide et Jean Cocteau, penchons-nous sur la "chère petite Maman" de Marcel Proust et les précautions scripturales de ce dernier:

"Ma chère petite Maman,

Ce n'est pas de ne pas penser à toi qui me fait si peu écrire, ni de ne pas chérir les moments où je suis seul avezc toi, en t'écrivant. Mais étant toujours en crise, je préfère donner à mes plaintes des confidents indifférents."

A retenir. Cela peut toujours servir.

Et bonne fête à toutes les Mômans.

Apolline Elter.

* Extraits issus de "Ma chère Maman...". De Baudelaire à Saint-Exupéry, des lettres d'écrivains, Folio, avril 2008, 2 €.

07:00 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

09 mai 2009

Belle-marquise (1/9)

table marquise

La lecture de l'ouvrage consacré à François de Grignan (cfr chronique du 8 mai - François de Grignan, par Jacqueline Duchêne, Ed. Jeanne Laffitte) nourrit notre rubrique "L'Epistolière" et nous donne l'occasion, neuf billets durant, de nous pencher sur les relations - épistolaires - qui unirent la Marquise (de Sévigné) à son gendre.

Premier épisode de notre saga pré-estivale.

De six ans seulement le cadet de la Marquise, François, Comte de Grignan, ravit à celle-ci sa fille chérie. Peu de temps après le mariage, il est nommé Lieutenant-Général de Provence. Sa belle-mère fera des pieds et des mains pour retenir sa fille à Paris. La grossesse de Françoise est un excellent prétexte pour la garder auprès d'elle...

Rien de tel que de flatter son gendre:

                                    A Paris, mercredi 25 juin (1670)*

" (...) je veux vous dire que je vous aime toujours très tendrement, et que si cela peut vous donner quelque joie, comme vous me le dites, vous devez être l'homme du monde le plus content."

de l'assurer que Françoise l'aime : "Je ne crois point qu'on puisse plus aimer qu'elle ne vous aime"

que "j'espère que je vous la rendrai saine et entière, avec un petit enfant de même, ..."

Prochaine lettre: 6 août 1670.

A suivre.

* Madame de Sévigné - Correspondance. Texte établi, présenté et annoté par Roger Duchêne, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Tome I, mars 1646-juillet 1675.

06:00 Écrit par Apolline Elter dans L'Epistolière | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

08 mai 2009

François de Grignan

Afficher l'image en taille réelle Jacqueline Duchêne, nous offre,  par le biais du portrait de François Adhémar de Monteil, comte de Grignan un éclairage passionnant  sur le trio que formaient la Marquise de Sévigné, sa fille, Françoise-Marguerite, future comtesse de Grignan et le comte lui-même.

Surnommé le "Matou", par deux fois veuf, François de Grignan épouse, en troisièmes noces, "la plus jolie fille de France", Françoise de Sévigné, laquelle a refusé prudemment les avances du Roi Louis XIV et rencontre, partant, quelque difficulté à trouver un beau parti.

Embourbé dans une série de dettes et de charges, le comte réalise un mariage d'argent, lequel, heureusement n'est pas dénué de sentiment et de fierté envers sa nouvelle épouse. Cette dernière se reconnaît de la "disposition" envers lui...

De son côté, la Marquise est ravie que sa fille échappe à un mariage d'amour : "Son gendre ne lui fera jamais ombrage dans le coeur de Françoise, elle en est sûre" (p 14)

Nommé Lieutenant général de Provence, François de Grignan doit se résoudre à partir seul: Françoise est enceinte et sa marquise de Maman a décidé de la garder à ses côtés. Elle accouche de Marie-Blanche qu'elle confiera à la garde de la Marquise, trois mois plus tard,le 4 février 1671,  tandis qu'elle rejoint enfin son époux en Provence et découvre, au sommet d'un piton rocheux, le château de Grignan.

Le couple Grignan aura six enfants, à la grande ire de la Marquise, inquiète pour la santé de sa chère fille. Louis-Provence, affublé d'un double prénom qui fait honneur tant au Roi qu'à la charge de son père et Pauline, future marquise de Simiane, seront les plus connus d'entre eux.

Ecartelée entre l'interventionnisme de sa mère et sa réelle inclinaison pour son époux-  preuve d'amour suprême que l'"héroïque signature" du 23 mai 1675, par laquelle elle délie son époux de toutes dettes sur sa dot et se porte caution des siennes - Françoise partagera sa vie entre Grignan et Paris. Elle s'occupera  loyalement, de ses deux belles-filles, orphelines du premier mariage.

Un train de vie excessif, lié aux besoins de la charge et  au maintien du rang, des dettes et soutiens familiaux requis auront peu à peu raison de l'immense fortune des Grignan. Leur fille Pauline, devenue seule héritière, devra vendre l'intégralité des biens pour couvrir les dettes de la succession.

" Pauvre vieux Grignan, toute sa vie la proie des débiteurs, des prêteurs, étranglé par les arrérages, les contrats, voué à payer - avec un argent qu'il n'a point et qu'il doit emprunter - les créances de son père, de ses frères,de ses filles, de son fils, les siennes propres! Courageux vieux Grignan qui a su pourtant, au nom de son roi bien-aimé, gouverner au mieux pendant quarante-cinq ans la Provence, et en gérer les impôts plus habilement que ses ressources personnelles." p 166

Apolline Elter

François de Grignan, Jacqueline Duchêne, Editions Jeanne Laffitte, octobre 2008, 176 pp, 22 €

 

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 Rendez-vous, dès demain, samedi 9 mai,  sur votre blog aimé, pour le premier épisode de notre saga pré-estivale: Belle-Marquise. Des bribes de lettres  dont la Marquise accabla son gendre, extraits de la Correspondance, texte établi, présenté et annoté par Roger Duchêne (Bibliothèque de la Pléiade)  vous seront présentés et...commentés.

07:15 Écrit par Apolline Elter dans L'Epistolière | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

06 mai 2009

Agnès Desarthe à la Librairie Filigranes

Agnès Desarthe (photo extraite de son site) était l'invitée de Pascal Laurent (Librairie Filigranes, à Bruxelles) mardi 5 mai pour une présentation de son dernier ouvrage Le remplaçant (ed. de L'Olivier, coll. "Figures libres", avril 2009)

 Je vous l'annonce tout de go: Agnès Desarthe est un de mes auteurs-fétiches.Nous aurons l'occasion d'en reparler.

Traductrice (notamment de Virginia Woolf), "chansonnière", auteur de livres pour enfants (L'école des Loisirs -nos enfans les dévorent), des sublîmes Mangez-moi (2006), Les bonnes intentions (2000) - j'ai a-do-ré - , Le principe de Frédelle, Un secret sans importance, ...Agnès Desarthe n'entend pas être cloisonnée dans un genre,  une famille littéraire, ni même cantonnée à elle-même : "Quand on écrit, on n'y pense pas"

 Après avoir présenté l'argument du "Remplaçant", Pascal Laurent orienta l'interview vers quelques-unes des questions essentielles posées dans le portrait.

Il fut ainsi question du rapport au vrai, du personnage romanesque idéal que représente l'anti-héros, le "remplaçant", du cloisonnement littéraire - refusé par l'auteur - et de l'extraordinaire palette de langues familiales que les fées déposèrent au berceau d'Agnès Desarthe.

 Essentiel, aussi, ce rapport à la mémoire que l'écrivain se targue de ne pas avoir: c'est une bonne chose pour un auteur d'être obligé de refaçonner ce qu'il s'est dépêché d'oublier... Et puis - et surtout - le refus du savoir est lié au refus de la mort. Nous reviendrons sur le sujet.

Le choix d'extrait fut porté sur la fin de l'ouvrage, véritable genèse de celui-ci, dont tout  porte à penser qu'il a été écrit à l'envers...(pp64 -66) : en... filigranes du portrait du pédagogue polonais, Janusz Korczak, motif intial de l'ouvrage , s'est dégagé le portrait de "Triple B", par un nouvel effet ...de remplacement.

 Apolline Elter.

 Mais encore:

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Pistes et sites utiles:

www.agnesdesarthe.com : le site officiel d'Agnès Desarthe

www.filigranes.be : celui de la Librairie Filigranes

Chroniques:

- Je vous engage à "podcaster" l'émission Culture Club (La Première) de ce mardi 5 mai et l'interview mené par Corinne Boulangier (et Laurent Dehossay), avec la finesse et le professionnalisme qu'on leur connaît.

- chronique sur ce blog en date du 21 avril (catégorie: chroniques) et sur Lire est un plaisir. (A. Elter)

 

 

 

10:14 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

05 mai 2009

L'élégance des veuves

 

Sublime.

Un roman d'une beauté saisissante qui trace le destin de trois femmes: Valentine, Mathilde et Gabrielle.

Elégance conjugale empreinte d'estime et d'indulgence, élégance maternelle déclinée de progénitures infinies et de la mutilation de leur perte. L'élégance des veuves à travers qui la vie passe et trépasse.  

"Le premier goût du malheur, elle l'eut trois années avant la fin de son mariage: le septième enfant ne vécut qu'une journée,le temps de sourire aux anges et de partir les rejoindre" (p 18)

Le récit, court, est mené selon un tempo alerte, un rythme, soutenu, réveillé de formules lapidaires, coupé de descriptions d'une beauté douloureuse et rare. L'introspection des émotions féminines y est précise, le langage, choisi.

" A côté d'elle Clotilde qui avait dix-sept ans, mais déjà des rondeurs et des timidités de très jeune femme, répétait les gestes de sa mère. A son insu, elle était à l'instant parfait du corps, celui de l'efflorescence aboutie, quand les délicats chemin de la croissance ont mené à une vénusté épanouie" (p 109)

Sublime.

D'une beauté apaisante.

Un roman dont je vous recommande la lecture de toute instance.

Apolline Elter

L'élégance des veuves, Alice Ferney, Actes Sud, 1995. Rééditions : Babel 1997-2008, 7, 18 €

00:00 Écrit par Apolline Elter dans Les chroniques d'Apolline Elter | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

04 mai 2009

Merci pour tout

Il est des expressions qui signifient précisément le contraire de ce qu'elles prétendent énoncer

Merci pour tout est ainsi  - parfois - une forme d'ingratitude suprême qui dispense l'obligé de détailler les petits riens de sa reconnaissance...

 

Apolline, Les pensées ingrates du lundi.

05:45 Écrit par Apolline Elter dans Les pensées d'Apolline | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

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