24 avril 2017

Une France .. en marche ?

 

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Si nous nous Fillon aux estimations, en aval et en Hamon - ne Mélanchon les sardines et les Macron- ce  n'est pas Le Pen - le Messie, sauveur de la France, porte le doux prénom d'Emmanuel

Son patronyme porte  en germe ces côtés Marc(h)on, Maçon qui allient à la marche un côté bâtisseur, plutôt accrocheur.

Qui se veut rassembleur

A suivre...asurément

 

Apolline, Les pensées marchées du lundi

23 avril 2017

Tous.. à L'Elysée

 

Tous.jpgtheiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpg"C'est à cause des enfants que le futur nous regarde; et qu'on a dû se tourner pour le regarder aussi. Vision difficile et troublante, qui exige un mouvement de grand courage. car c'est fixer une réalité inconsistante dont on ne sait qu'une chose: qu'elle nous regarde et qu'elle nous attend. Walter Benjamin, ce n'est pas un hasard, n'avait pas d'enfants."

 

Tous, Grégoire Polet, roman, Ed. Gallimard, février 2017, 352 pp

22 avril 2017

Tous

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En ce week-end qui verra tous yeux rivés sur les résultats du premier tour de l'éléction présidentielle française, il fait (très) bon se pencher sur le nouveau roman de Grégoire Polet. Pré-texte à un passionnant débat d'idées, la révolution pacifique que suggère l'auteur offre aux citoyens européens les clefs de leurs gouvernances. Il rejoint en cela les thèses tout aussi convaincantes d'un David van Reybrouck ou Alexandre Jardin (Laissez-nous faire,  Ed. Laffont 2015, chronique sur ce blog) . Nous ne manquerons pas d'y revenir.

Pour l'heure, penchons-nous sur le propos:

Tandis que d'Espagne et de moult autres places d'Europe, jaillissent les voix - pacifiques - des Indignés, une jeune Liégeoise, Carolina Gracq, gravement amputée suite à l'attentat de la place Saint-Lambert, le 13 décembre 2011,  fédère  et active, avec ses amis Romuald  Solis et Rémy Thiers , les mouvements citoyens EO et Tous, qui feront boule de neige à travers l'Europe et  porteront Romuald à la présidence de la ..VIe République française.  Qui dit gouvernance citoyenne,  impose en effet un changement de Constitution.

 La deuxième partie de la fiction  prend la voix d'un diplomate grec Elefthérios Viridis, celle de son fils Iannis et la voie du salut économique de leur patrie

La dernière partie soutient le deuil d'un citoyen polonais, orphelin de son fils autiste Adam, asphyxié par une marée toxique pendant qu'il effectuait une plongée avec son amie Anna...

IMG_0084.JPGUne fiction politique  nourrie de tant de pistes de réflexions, mûrement étayées de cette culture abyssale,constitutive de l'écriture polétienne , facteur de tant d'ouvertures pour un monde meilleur..que nous n(v)ous promettons de vous revenir et de  vous en rendre compte,  à la  ferveur du dense bouquet de post-it jailli de ses pages.

 

Tous, Grégoire Polet, roman, Ed. Gallimard, février 2017, 352 pp

 

21 avril 2017

Caroline Moxhon expose aux "Ecuries"

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                                              Elan de vie - Caroline Moxhon

Vous le savez - peut-être  - je suis fan, accro, afficionada de la sculptrice belge Caroline Moxhon

Son univers d'élégance, de joie, d'écoute et de tendresse me touche inlassablement.

Au point d'en craindre le vernissage de ses expositions, l'impossibilité d'en sortir indemne.

Si vous avez ce même goût du risque, je vous engage vivement, chaleureusement à découvrir la vingtaine de chefs-d'oeuvre que l'artiste expose en ce moment, de concert avec la peintre Brigitte Henrot, aux "Ecuries "de Waterloo.

Gageons que vous en serez subjugués, en sortirez tonifiés, galvanisés  des ces "Pépites de joie" que je vous laisse découvrir:

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Je vous reviens sous peu, avec le compte rendu de la visite du musée Camille Claudel, à Nogent-sur-Seine, très touchant, également, mais sous un autre plan.

Apolline Elter

Caroline Moxhon (sculptures) et Brigitte Henrot (peintures) exposent leurs oeuvres, aux "Ecuries"

Chaussée de Bruxelles, 308 - 1410 Waterloo

Exposition ouverte du 20 avril au 21 mai 2017

Du mardi au dimanche, de 14h à 18h 

 

 

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20 avril 2017

La course à l'oubli

J'ai failli concourir à cette Course à l'oubli....  Voici un an paraissait ce prodigieux roman; je ne l'ai pas lu,  chroniqué dans les temps : Mea maxima culpa

Qu'à cela ne tienne, c'est décidé, je crée une rubrique "rétro-liseur' - pour les dix ans de votre blog préféré - le roman de Philippe Langenieux en sera l'initiateur


téléchargement (3).jpg La grande force d'Ahmed, c'est cette joie de vivre, cette infinie gentillesse qui s'offre sans calcul ni réserve à tous ceux qu'il rencontre. Il a la victoire généreuse comme d'autres l'ont orgueilleuse. Ce petit champion a un coeur de géant.

 Silhouette fragile, l'agile Algérien Ahmed Boughera El Ouafi débarque en métropole à la fin de la Grande Guerre pour y servir sa mère-patrie, cette France grande, grasse et grise. Il est pur, loyal, d'humeur joyeuse et d'une gentillesse à tout crin.

Engagé comme ouvrier à la chaîne dans les usines Renault de Boulogne-Billancourt, il se découvre une aptitude à la course qui mène le champion inattendu, en 1928 sur la plus haute marche du podium du marathon olympique. Si ce n'est, qu'en ces temps-là, la médaille  d'or lui est décernée à la va-vite dans les vestiaires de l'exploit.

Ses choix de vie, par la suite, ne seront pas heureux, dictés par une confiance trop absolue dans les hommes - ils ne partagent pas tous sa pureté.

 C'est ce destin tragique, poignant, bouleversant que l'essayiste Philippe Langenieux-Villard, ressuscite, comblant de sa plume - soignée- de romancier, les vides nombreux du peu d'archives subsistantes sur la vraie vie de l'athlète.

 Une lecture qui mériterait mention dans les écoles

Et une adaptation au cinéma.

 La course à l'oubli, Philippe Langenieux-Villard, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, avril 2016, 160  pp

 

19 avril 2017

Mobutu

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 "Ses deux ressorts, la violence et l’argent, ont terrorisé et corrompu deux générations de Zaïrois. On rêve à ce qu’aurait pu devenir son pays si Mobutu avait réussi son rendez-vous avec l’histoire en canalisant, pour le meilleur, l’énergie positive et le génie créatif hors pair du peuple congolais."

Mobutu Sese Seko décédait  d'un cancer, le 7 septembre 1997. Ce vingtième anniversaire offre l'occasion au journaliste français  Jean-Pierre Langellier de se pencher sur le parcours  politique et de vie du président zaïrois , en un essai passionnant, d'une maturité confondante.

Jeune journaliste malin et vif, Mobutu - qui signifie "poussière" en dialecte Ngbandi, de sa tribu natale - s'adjoint rapidement le titre de Sese Seko, gage d'éternité.  Tout frais trentenaire - il est né le 14 octobre 1930 - il se rend rapidement indispensable aux instances politiques qui vont gérer la toute fraîche indépendance du Congo ( 0 juin 1960) .  Ami de Lumumba, il prend bientôt ses distances et oeuvre, discrètement, à son assassinat.

Il s'arroge le pouvoir suprême fin 1965, en organisant un coup d'Etat dont il nie le nom. S'instaure alors une dictature faite de répressions - cruelles et sanglantes - de manipulations, sophismes et d'une confusion entretenue entre l'information et la propagande. 

"Mobutu utilise le passé récent du pays, chaotique et sanglant, comme un repoussoir légitimant sa remise en ordre autoritaire."

Le Président s'enrichit à outrance tandis que l'Etat sombre dans la banqueroute; il  élimine ses ennemis , d'une simple sentence " Faites disparaître" sans souiller ses mains poncepilatiennes du moindre sang.

S'il parvient, avec entregent et dépenses somptuaires , à placer son  pays sur les devants de la scène internationale,  il rate l'opportunité de s'en retirer dignement, après l'"échec fracassant" de la zaïrisation, et doit à l'hospitalité de son ami, le Roi Hassan II du Maroc, son ultime salut.

Richement étayée de recherches et de sources livresques de haut vol - dont les études de notre compatriote David van Reybrouck - cette biographie est remarquable.

Apolline Elter 

Mobutu, Jean-Pierre Langeliier, biographie, Ed. Perrin, mars 2017, 450 pp

17 avril 2017

Notre marquise et la Provence

" Cela me dégoûterait bien de mourir en Provence"

 s'exclame, indignée, Marie de Sévigné au mitan de décembre - le 13, exactement - 1688

Las, le destin ne lui en a pas laissé le choix, qui l'emmène à trépas, le 17 avril 1696, tandis qu'elle séjourné, auprès de sa fille, au château de Grignan....

Que votre âme - et si gracieuse plume - repose en paix, chère Marquise

 

16 avril 2017

Infusion pascale

 

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Il y eut un instant. Il me regardait avec la même intensité que celle que mon jeune orgueil avait provoquée en moi, mais son regard fut, je le jure, celui d'un ami; non pas un regard glissant pour excuser une éventuelle maladresse ni le regard insolent de celui qui veut se moquer encore, mais le regard fraternel de celui qui voit avec bonheur son ami prêt à répondre à un beau défi, à découvrir une main largement Ouverte. Oui, il m'offrit à ce moment son amitié. Je sentis son sentiment généreux me pénétrer l'âme."

  Le père prodigue, André Querton,  essai, Ed. Mardaga, février 2017, 60 pp

Belle et sainte fête de Pâques à tous!

15 avril 2017

Le père prodigue

 

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 Il n'est pas courant de  confronter, de mêler paraboles, paroles d'Evangile; c'est le choix- réussi - que pose André Querton, offrant au personnage du jeune homme riche - celui à qui le Christ demande d'abandonner famille et biens matériels pour l'accompagner sur  son chemin spirituel - la destinée du père ..du fils prodigue. Et le croisement fonctionne bien, offrant à notre réflexion des pistes nouvelles, vivifiantes.

Je vivais donc en pleine satisfaction avec moi- même et si je souris maintenant en y songeant, ce sourire n'est pas d'ironie, mais d'allégresse et de reconnaissance. Mes familiers étaient également satisfaits. Mais mon père était sans doute celui qui était le plus heureux. Je portais son nom et il en était fier comme je l'étais. Chaque fils est pour son père la preuve qu'a été tenue une promesse faite à son propre père; celui qui engendre rend ainsi hommage à celui-là même qui l'a engendré."

Le portrait est d'une actualité patente...

C'est celui d'un rendez-vous manqué, ou du moins, reporté.

Et le jeune homme, d' "[aller] donc, jeune et souple, sans tourment",   sans rimbaldienne bohême,   de se muer, selon lignée et destinée en père  digne et aimant de ses deux fils.

Devenu adulte, son fils cadet rompt la chaîne des générations , quitte maison et famille, nanti de la bénédiction paternelle, des angoisses nocturnes corollaires et de sa part d'héritage...

La fable est belle; la réflexion ne l'est pas moins qui interroge les pères sur les limites des voies  et trames familiales tissées dès le berceau.

" Des nouvelles vies commençaient pour chacun et nous nous en réjouissions."

A Elter

Le père prodigue, André Querton,  essai, Ed. Mardaga, février 2017, 60 pp

14 avril 2017

Le père prodigue

Le week-end est pascal, il sera spirituel

L'occasion de nous pencher sur les paraboles des Jeune homme riche et  Fils prodigue, revisitées en un essai résolûment engageant

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" J'ai donc essayé d'imaginer que Saint Luc ait rencontré le jeune homme riche au soir de sa vie pour découvrir où l'avait conduit l'amour que Jésus lui portait. Car nous sommes peut-être très nombreux, nous tous, les jeunes hommes riches..."

Le père prodigue, André Querton,  essai, Ed. Mardaga, février 2017, 60 pp

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13 avril 2017

Le songe d'Anton Sorrus

134319_couverture_Hres_0.jpg"Depuis le début, c'est-à-dire depuis qu'il n'arrivait pas à  dormir, Anton pensait - bien qu'il n'y accordât jamais vraiment  crédit -, il pensait que cette chose, ce phénomène, ce ' son qui lui chatouillait les sens (et le ravissait parfois aussi) . sans être totalement chimérique, avait peut-être à voir  avec un défaut de l'audition - un défaut de l'oreille interne, du labyrinthe, de sa cochlée, ou des petits osselets de  l'équilibre. Et cette idée, sans l'indisposer, sans le chagriner ou le terroriser, le chiffonnait."

En proie à une insomnie, Anton Sorrus passe en revue le fil de sa vie , ses démons, obsessions .. tandis que son épouse, Cécile, dort tranquillement à ses côtés. 

Un son étrange meuble ses pensées, qu'il cherche à identifier.

Ponctué de paragraphes vifs, courts, sautillants, à l'instar de l'esprit d'Anton,  ce deuxième roman confirme une plume raffinée

A Elter

Le songe d'Anton Sorrus, Aram Kebabjian, roman, Ed Seuil, mars 2017, 160 pp

12 avril 2017

En attendant le verdict

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"Je n’ai jamais bien compris pourquoi, mais mon père n’appelait jamais ma mère plus de deux jours de suite par 10 le même prénom. Même si certains prénoms la lassaient plus vite que d’autres, ma mère aimait beaucoup cette habitude et, chaque matin dans la cuisine, je la voyais observer mon père, le suivre d’un regard rieur, le nez dans son bol, ou le menton dans les mains, en attendant le verdict.

— Oh non, vous ne pouvez pas me faire ça ! Pas Renée, pas aujourd’hui ! Ce soir nous avons des gens à dîner ! s’esclaffait-elle, puis elle tournait la tête vers la glace et saluait la nouvelle Renée en grimaçant, la nouvelle Joséphine en prenant un air digne, la nouvelle Marylou en gonflant les joues. "

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, roman, Ed Finitude, janvier 2016 -  Gallimard / Ecoutez/Lire, texte intégral lu par Louis Arenne, sept. 2016, 1 CD MP3, durée 4h30 min

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11 avril 2017

L'abbé Mugnier

" Que mon âme se trouve dépaysée en ce monde de soutanes."

 

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Avec sa houppe et sa soutane élimée, Arthur Mugnier (1833-1944)  semble infirmer l'étiquette d'"abbé mondain" qui colle à son sacerdoce.  Passionné de lettres,  épris des génies de Châteaubriand, Georges Sand, Joris-Karl Huysmans, ami des comtesses Greffulhe, de Noailles, de Castries, .. de la Princesse Marthe Bibesco, de Jean Cocteau,  le prêtre est la coqueluche du Tout-Paris, affiche de déjeuners en dîners, son sens inaltérable  de l'écoute et de la répartie : " Jamais prêtre ne mangea plus en ville que moi. Je dissipe mon âme à pleine assiette."

Un peu trop ouvert d'esprit pour sa hiérarchie, prompt à la sympathie, l'enthousiasme et... l'imprudence, l'abbé Mugnier se fourvoie parfois. Mais il faut avoir l'esprit retors - les jaloux l'ont  qui l'offenseront - pour chercher querelle à un homme qui n'est que bienveillance, indulgence plénière.

S'il se complaît au sein d'un milieu qui n'est pas celui de ses origines - modestes - le bon abbé n'en oublie pas pour autant les êtres pauvres, esseulés. Il consigne ses nombreuses et précieuses observations en un Journal désormais célèbre, adoucissant les rigueurs d'un sacerdoce effectué loyalement par l'assouvissement de ses passions pour la Nature, les voyages, la culture, la rencontre de l'Autre.

La sainteté peut donc être mondaine et ...sympathique.

Biographe de notre chère Sophie de Ségur, Ghislain de Diesbach signe là un portrait des plus attachants.

Apolline Elter

 L’Abbé Mugnier, Ghislain de Diesbach, biographie, Ed. Perrin, 2003 ( réédition en coll. Tempus, 2013, 404 pp

10 avril 2017

Pensées épistolaires

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S: Pinterest: huamao.tumblr.com

 

' L'amitié s'enchante de l'epistolaire, cela ne fait pas un pli "

Apolline, Les pensées épistolières du lundi 

09 avril 2017

Le dimanche des mères

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theiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpg"Elle porterait sur elle-même un regard maternel, elle ne l’ oublierait jamais cette fille sur sa bicyclette, et pourtant elle ne la mentionnerait ni n'en parlerait jamais à qui que ce soit.

Fille? Elle avait vingt-deux ans, de l'air dans sa jupe et un « bonnet hollandais » dans le vagin."

 

 Le dimanche des mères, Graham Swift, roman traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, Ed Gallimard, janvier 2017, 144 pp

08 avril 2017

Le dimanche des mères

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"Étrange coutume que ce dimanche des mères en perspective, un rituel sur son déclin, mais les Niven et les 5heringham y tenaient encore, comme tout le monde d'ailleurs, du moins dans le bucolique Berkshire, et cela pour une même et triste raison: la nostalgie du passé. Ainsi, les Niven et les Sheringham tenaient-ils sans doute encore plus les uns aux autres qu'autrefois, comme s'ils s'étaient fondus en une seule et même famille décimée."

Le dimanche 30 mars 1924 est frappé d'une douceur printanière inattendue. L'occasion pour quelques familles patriciennes du Berkshire d'organiser un pique-nique tandis que leurs bonnes respectives profitent de leur jour de congé hebdomadaire pour aller voir leurs mères...

Quand elles en ont.

Jane, la bonne attachée à la famille Nirven, n'a "que sa liberté, avec en prime une demie-couronne". Elle rejoint donc son amant, le séduisant Paul Sheringham, fiancé,  bientôt marié à Emma Hobday, qu'il doit retrouver pour le déjeuner....

Censé réviser ses cours de droit, le (futur) avocat a décidé d'honorer Jane, une  fois encore. ll ignore que ce sera la dernière.

Guère plus avisée du cours des choses, la jeune bonne observe les us d'un milieu qui n'est pas le sien, investit,  le temps d'un matin,  la demeure de son amant, transgressant de la sorte les barrières sociales les plus infranchissables.

" C'était là [NDLR : dans la bibliothèque] qu'elle se sentait le plus proche d'une petite voleuse à la fois innocente et bienvenue."

Devenue romancière à succès, Jane gardera , gravé dans sa mémoire, au-delà de ses quatre-vingts printemps- elle en vivra 98- , le déroulé exact de ce fatal dimanche de la fin mars et de son avènement à l'écriture.

Le dimanche des mères, Graham Swift, roman traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, Ed Gallimard, janvier 2017, 144 pp

07 avril 2017

Le dimanche des mères

dimanche des mères.jpg"Autrefois, avant que les garçons ne passent de vie à trépas, à l'époque où il y avait plus de chevaux que
d'automobiles, avant que les domestiques de sexe masculin n'aient disparu et que, à Upleigh et Beechwood, ils n'aient été contraints de se débrouiller avec juste une cuisinière et une bonne, les Sheringham possédaient non seulement quatre chevaux dans leur écurie, mais aussi ce que l'on aurait pu appeler un «vrai cheval », un cheval de course, un pur-sang. Il s'appelait Fandango. On l'avait mis en pension près de Newbury. Il n'avait jamais gagné une fichue course, mais c'était le luxe de la famille, leur espoir de célébrité et de gloire sur les hippodromes du sud de l'Angleterre."

Ains'Incipit un beau roman de la rentrée de janvier, basé sur les amours ancillaires de Jane et de Paul en l'Angleterre de 1924.  Je vous en livre chronique demain.

Le dimanche des mères, Graham Swift, roman traduit de l'anglais par Marie-Odile Fortier-Masek, Ed Gallimard, janvier 2017, 144 pp

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06 avril 2017

Le vertige des falaises

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"Mon nom est Mamie de Mortemer. J'ai quatorze ans. Mon  pays n'a rien à voir avec celui des Merveilles. Sur un globe terrestre, il n'apparaît pas. Même pas une tête d’épingle ! C'est dire si on est insignifiants. Et pourtant mon île me ressemble et je ne m'en irai jamais. Nous sommes aussi  imprévisibles l'une que l'autre. Nos maisons ont été construites par grand-père Aristide au-dessus des falaises. Prudence et sa fille Jane se sont installées dans la plus petite, une maison sans étage, avec une porte d'entrée identique à la nôtre, à l'opposé des falaises pour éviter que le vent d'hiver ne les fasse voler en éclats. La mienne s'élève sur deux étages et mène au grenier avec de vieux meubles et des malles remplies de déguisements."

Rousse, rebelle et bientôt orpheline, Marnie est l'héroïne de ce roman choral à forte densité dramatique,  féminine, si ce n'est matriarcale. Des falaises de son île et d'une adolescence sauvage, elle observe la vie, en huis clos, de son entourage tandis que Rose, sa Maman, se meurt d'un cancer du pancréas.

" Les hommes sont des enfants qui grandissent malgré eux. Et Dieu sait combien leur bêtise est sans limites. Certes, ils ne cassent plus de jouets. Ils brisent le coeur des femmes" assène Olivia de Mortemer, dont le journal intime révèle le drame d'une femme battue.

L'acier de la maison de verre- la bien nommée "Glass"-  bâtie par Aristide de Mortemer, recèle bien des drames, des secrets enfouis sous la dignité imparable d'une transparence en trompe l'oeil. Et Marnie, telle Anne Franck et son amie Kitty,  de concevoir une confidente, complice et témoin  d'un monde adulte par trop cruel.

" Je ne sais pas sourire. On ne m'a pas appris."

Tel est le drame d'une adolescence fracassée au gouffre abyssal d'un monde adulte par trop cadenassé.

Un roman...vertigineux

Apolline Elter

Le vertige des falaises, Gilles Paris, roman, Ed. Plmon, avril 2017, 248 pp

05 avril 2017

Le vertige des falaises

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 " Papa est mort. Je devrais avoir du chagrin, je n'en ai pas. J'irais bien jouer avec Jane, mais la main baguée de grand-mère Olivia m'emprisonne. Le vent, lui, me décoiffe, et des mèches rousses me rendent aussi aveugle que Jane."

Ains'Incipit , sorte d'écho à  L'Etranger ( Albert Camus) , le nouveau roman de Gilles Paris (Autobiographie d'une courgette, récemment adapté au cinéma - doublement césarisé -  sous le titre, Ma vie de courgette

Il paraît demain 6 avril en librairie. 

 Partant, je vous fixe rendez-vous dès potron minet pour notre compte rendu de lecture

06:47 Publié dans Incipit | Commentaires (0) |  Facebook |

04 avril 2017

Camille Claudel à Montdevergues

   

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Longue de trente années, du 10 mars 1913  au jour de sa mort, le 19 octobre 1943, la séquestration de Camille Claudel, la célèbre sculptrice, en institutions psychiatriques, asiles d'aliénés, émeut dès l'abord, l'opinion publique. Mais il faut davantage qu'une campagne de presse, aussi longue, aussi motivée, soit-elle pour infléchir la décisionde  Madame Claudel, mère, née Louise Cerveaux. Jamais cette femme rigide, bourrée d'aussi pieux principes que de peur du scandale, ne reverra sa fille.  Et même, elle sera la principale opposante à sa libération, lorsque proposition lui sera faite. Elle a peur de sa fille,  la tient au loin, très loin en ce Vaucluse si froid l'hiver, histoire de ménager sa quiétude. Sa conscience, elle la calme par l'envoi de colis que sa fille reçoit avec une joie d'enfant et une gratitude surprenante.

Décortiquant étape par étape, les signes avant-coureurs de la maladie,  le processus de l'internement, les courriers échangés et les quelque 16 rares visites que Camille Claudel reçu des siens et d'une amie durant  près de trois décennies de séquestration  à l'asile de Montdevergues, dans le Vaucluse,  le psychiatre Michel Deveaux offre un regard neuf et autorisé sur cette tragédie.

Si l'état de délabrement physique et sanitaire de la quinquagénaire nécessitait une prise en charge, sa paranoïa, un internement, il est certain que celle-ci ne devait se prolonger si longtemps. L'attitude de sa famille n'a pas été un adjuvant...

Une chronoscopie sidérante

Et bien intéressante

Apolline Elter

  Camille Claudel à Montdevergues. Histoire d’un internement, Michel Deveaux, essai, Ed. L’Harmattan, déc. 2014, 124 pp

03 avril 2017

Tous

product_9782072704659_195x320.jpg"C'est vrai que je l'ai payé cher. Une jambe et un bras, tout de même. Et puis, plus beaucoup de temps à vivre. Mais: on y est. Le renouveau politique de l'Europe, ça y est, le mouvement est lancé.

La Vl" République, la fédération d'un noyau dur dans l'Union, c'est en route. Ça n'a l'air de rien, maintenant que c'est fait. Mais qui aurait parié un kopeck là-dessus il y a à peine cinq ans ? Un peu moins que personne.

Sera-ce durable? J'en suis convaincue. Sera-ce sans heurts? Évidemment non. Le processus s' interrompra-t-il, à court terme, à moyen terme? Sûrement. Peut-être même très bientôt. Mais il reprendra. Ce ne sera pas une parenthèse."

Ains'Incipit, le nouveau roman de Grégoire Polet,  bienfaisante utopie d'une participation citoyenne éclairée à la gestion des Etats. Nous vous en donnons chronique, le week-end du 21 avril, sur votre blog préféré 

Tous, Grégoire Polet, roman, Ed. Gallimard, février 2017, 352 pp

 

02 avril 2017

Une drôle d'histoire

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"   Mais n'y a-t-il pas, dans cette histoire, quelque chose qui mérite qu'on s'y attarde? Un enseignement à tirer, peut-être même un peu de beauté à préserver? À tout le moins, ne mérite-t-elle pas d'être racontée? Tous ceux qui ont vécu ces événements avec moi - qui se sont trompés ou qui ont été trompés avec moi - ont quelque chose à en dire, quelque chose qui n'est pas passé, qui ne veut pas passer. Le traumatisme a été si profond, le choc si brutal que nul d'entre nous n'a oublié ces quelques mois.
   Chacun en a sa vision, chacun en tire ses propres conclusions.

Une drôle d'histoire, Line Renaud, récit écrit avec Bernard Stora, Ed. Robert Laffont, janvier 2017, 250 pp

01 avril 2017

Une drôle d'histoire

Pouvait-on rêver meilleure date qu'un premier avril pour le témoignage d'une poignante mystification ...

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C'est par une pudique litote que Line Renaud narre, avec la complicité du réalisateur et scénariste Bernard Stora, une récente mésaventure qui l'a meurtrie, celle d'un abus de confiance perpétré par l'une de ses fans, voici bientôt cinq ans.  La célèbre actrice, chanteuse, femme généreuse et engagée,  repasse en son esprit, la séquence de l'imbroglio,  le fil d'événements qui ont anesthésié sa vigilance, celle de sa garde rapprochée,  et nous livre, ce faisant, un récit passionnant.

La prime rencontre avec  "Jenny"-  Jennifer Lange - date de novembre 2002. La jeune fille a 17 ans. Fan intégrale, obsessionnelle de Line Renaud, elle la retrouve dans sa loge du théâtre du Palais Royal,  au terme d'une représentation de Poste restante . Jenny est accompagnée de sa mère, Odile,  et soumet à Line le dossier - volumineux - de tous les articles, photos, documents rassemblés sur son idole.  Discrète, intelligente, efficace, Jenny entre ainsi  dans la vie de Line, dans son intimité,  s'y meut, dix ans durant, à la manière d'un "agent dormant"...

"Jenny n'était pas ma fille, je n'étais pas sa mère,  ne souhaitais pas l'être, n'y pensais même pas. Elle tenait sa place, moi la mienne, j'appréciais sa discrétion, nos rapports excluaient toute ambiguïté. C'est assurément la réponse que  j'aurais faite si on m'avait questionnée sur ce point.

La suite allait amplement démontrer mon erreur."

 C'est en 2012 que tout se corse.  Affaiblie par quelques soucis de santé, la désormais octogénaire songe peu à peu à sa succession, à la dévolution de La Jonchère - la demeure lui est chère, elle l'a aménagée avec Loulou Gasté - et de sa fondation Line Renaud-Loulou Gasté. Attributaire d'un héritage aussi inattendu que colossal , Jenny propose, partant, d'acheter la maison et en garantit à son occupante, l'usage à vie....On ne peut rêver plus grande dévotion, plus extrême délicatesse. Et c'est ainsi que rassérénée, Line Renaud se laisse totalement berner, tant il est vrai que le jeu de la confiance permet d'avaler des couleuvres, de ne pas remarquer de discrets changements d'attitude dans le chef de la future propriétaire...

Une manipulation qui relève de la pathologie plus que de la malveillance.

Un récit addictif, assurément.

Apolline Elter 

Une drôle d'histoire, Line Renaud, récit écrit avec Bernard Stora, Ed. Robert Laffont, janvier 2017, 250 pp

31 mars 2017

Sur les chemins noirs

Entorse à nos vendredis d'agenda, je vous propose, ce jour, chronique d'une très belle écoute audiolivresque, laquelle pourrait bien accompagner la route de vos vacances pascales..

C'est tout le bonheur que je vous souhaite

 

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«Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.»

Berezina ( Ed. Guréin, 2015)  n'aura jamais si bien porté son nom.  La mère de Sylvain Tesson décède au moment où il entreprend sa rédaction; l'écrivain chute d'un toit de dix mètres de haut,  le 21 août 2014, à peine en a-t-il soumis le texte en vue de  la publication. Coma, revalidation, .. le miraculé décide aussitôt de concentrer sa soif d'espaces, de conquêtes, à celles de la France rurale, de découvrir sa patrie dans son "hyperruralité" selon le terme qui sévit alors. Ce faisant, il va à la rencontre des gens et de lui-même, tant il est vrai que la marche à pieds, hors des sentiers battus et du temps, ouvre à pleins battants, l'accès à notre intériorité.

Cédric Gras, l'écrivain voyageur, rejoint un temps, son compagnon des grands espaces.

Je vous conseille vivement cette lecture, porteuse de merveilleux horizons, merveilleusement portée par la voix de Grégori Baquet.

Apolline Elter

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, récit, Ed. Gallimard, oct 2016, Ecoutez/Lire, mars 2017, texte intégral lu par Grégori Baquet, durée: 4h

 

30 mars 2017

Un saint homme

product_9782070107124_195x320.jpg" Son coup de téléphone vient de tout balayer."

 De fait, on voudrait tous l'avoir connu, côtoyé le Père Deau.

Professeur d'Anne Wiazemski et de son frère,  au Collegio Francia de Caracas (Venezuela), l'ecclésiastique renoue avec son élève, quelques décennies  plus tard, après avoir reconnu sa voix sur les ondes radiophoniques de France Inter.  Il est rentré en France et vit à Bordeaux une retraite méritée.Les souvenirs d'une relation hors du commun, d'estime et de confiance, jaillissent dans la mémoire de l'écrivain, relation malencontreusement dissoute par l'effet d'une tierce malveillance.

"Nous n'évoquions jamais ce rendez-vous matinal, c'était tacite. Une sorte de rituel que nous avions établi sans jamais le décider et qui nous réjouissait autant l'un que l'autre. Le père Deau me traitait comme une égale, je trouvais cela naturel et de fait, lors de ces discussions, c'était comme si nous avions le même âge. Très animés, nous remontions et descendions l'allée jusqu' à ce que la cloche du collège annonce le début des Cours."

Honni soit qui mal en pense.  

L'hommage que l'écrivain rend à son ancien professeur - elle le retrouve à Bordeaux, fief de la famille Mauriac , échange avec lui coups de fil et correspondance - restitue sa bienveillance, sa pureté rayonnante.

On aimerait l'avoir côtoyé

Un portrait bienfaisant

Apolline Elter

Un saint homme, Anne Wiazemski, récit, Ed. Gallimard, janvier 2017, 120 pp 

 

29 mars 2017

Rock & Roll

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 Saisi d'une sorte de démon de midi (moins le quart) et surtout d'une crise aiguë de la quarantaine, Guillaume Canet - qui joue son propre rôle -  multiplie les initiatives - pas très heureuses - pour rester dans le coup de cette jeunesse qui semble le quitter.  Interpréter le rôle du père de Camille Rowe , herself, dans le film produit par son ami Philippe Lefèvre lui a décidément mis le moral en berne. Ajouté à cela que Marion (Cotillard)  a la tête ailleurs,  la langue toute absorbée par la répétition d'un rôle  à fort accent canadien et qu'elle revient de la cérémonie des Oscars avec un quatrième trophée, qui fera, lui aussi office de pied pour leur table de salon... le spectateur comprend que l'acteur aux yeux rieurs vit un moment de désarroi

Et c'est très drôle

Mais  il est un peu trop long tout de même, ce film, dont le réalisateur - Guillaume C, toujours, exploite les ficelles , étincelles de génie, jusqu'à la lie, versant dans les tentatives de jeunisme, chirurgie esthétique, body building, les plus loufoques mais aussi les plus  lamentables

Hommage chevaleresque au talent et travail de Marion Cotillard, narcissisme auto-déridé autour de la personne de Guillaume Canet, le film eût gagné de limiter sa verve à celle de sa première partie

A Elter

Rock & Roll, un film de  Guillaume Canet . En salles depuis le 15 février 

28 mars 2017

Mar-dites-moi, Gabriel

Gabriel Metsu et les Maîtres de la peinture de genre

 

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  Nous évoquions, mercredi passé, la visite de l'expo-événement du Louvre, consacrée à Vermeer (voir chronique en ce blog)  L'occasion pour nous de découvrir la  merveilleuse huile sur panneau, signée Gabriel Metsu(1629- 1667) , compatriote et contemporain du "Sphinx de Delft", j'ai nommé, le Jeune homme écrivant une lettre ( dd+/- 1664-66) 

 

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 Je vous le recommande vivement à votre attention 

Tandis que vous visiterez l'exposition:

 

 Vermeer et les Maîtres de la peinture du genre

Du 22 février au 22 mai 2017

Renseignements et réservations sur le site du musée  Louvre :http://www.louvre.fr/expositions/vermeer-et-les-maitres-de-la-peinture-de-genre 

Entrée par la Pyarmide

27 mars 2017

Incognito, you mean

Tandis que nous visitions, incognito,  l'exposition "Au-delà des étoiles, de Monet à Kandisky", au musée d'Orsay, le week-end passé, nous eûmes la joie de croiser le couple princier britannique.

Kate et William ont belle, vive et sympathique allure

Ils passèrent à nos côtés sans faire mine de nous reconnaître..c''était notre marché

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Apolline, Les pensées marchées du lundi

26 mars 2017

Elle, Edmonde

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theiere-design-eva-solo-1l-rouge-1.jpg " Le fait d’être le premier à consacrer un livre à Edmonde m’a offert un bel optimisme car je n’étais pas obsédé par ce que les autres avaient écrit sur elle avant moi.. " 

 

Elle, Edmonde, Jean-Noël Liaut, biographie, Ed Allary, janvier 2017, 200 pp

 

25 mars 2017

Elle, Edmonde

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 " (...) la vieillesse l’a rayée de ses listes. Sa vivacité intellectuelle est absolue, un modèle du genre. On la dit féroce mais j’avoue que je suis tombé amoureux. La conversation, qui a duré quatre heures, fut ponctuée d’éclats de rire. Edmonde incarne pour moi une certaine idée de la littérature française, une Germaine de Staël."

Ce serait faire injure à Edmonde Charles-Roux( 1920 -2016) que de tracer d'elle un portrait de complaisance. Jean-Noël Liaut lui rend un vrai hommage qui révèle,  de sa vie,  les lignes de force - elles sont nombreuses - sans rien occulter de son tempérament, des paradoxes d'une "femme oxymore"  , libertine, libre.

Issue d'une famille patricienne d'origine marseillaise,  infirmière, résistante de guerre, Edmonde entre , en 1948, au siège français du magazine Vogue, pour y assister Michel de Brunhoff - l'oncle de... Babar - qui en est rédacteur en chef depuis 1929.

Grand bien fera au célèbre magazine dont la jeune femme prendra les rênes en 1954

"Edmonde est la messagère d’un autre univers, elle comprend les règles de l’élégance traditionnelle, qui est le sceau de la revue, mais elle sait aussi que les priorités des femmes ont changé depuis la guerre."

 Belle, intellectuelle, déterminée,  Edmonde pratique"l'amphibie sociale" qui lui confère pareille aisance quelle que soit l'extraction sociale de son interlocuteur. Elle épouse, le 30 octobre 1973, son amant, Gaston Deferre et se consacre tout à lui, à  son engagement politique, marquant de sa touche personnelle, l'aboutissement de plusieurs projets culturels. 

Biographe de Don Juan d'Autriche, de Coco Chanel - c'est la lecture de L"Irrégulière qui suscite en  Jean - Noël Liaut sa propre vocation - et d'Isabelle Eberhardt, sa soeur "edmondienne", Edmonde Charles-Roux est élue à l'Académie Goncourt, le 13 septembre 1983. Sentant ses forces décliner - elle a 93 ans. - elle renonce à sa présidence du Prix, fin 2013. C’est Bernard Pivot qui prend sa succession.

Premier biographe de cette femme hors du commun, Jean-Noël Liaut réalise un portrait passionnant, au  souffle d'écriture remarquable

Une lecture vivement conseillée

Apolline Elter

Elle, Edmonde, Jean-Noël Liaut, biographie, Ed Allary, janvier 2017, 200 pp