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26 avril 2018

Dans les pas d'Alexandra David-Néel

005377780 (1).jpgFins connaisseurs de l'oeuvre, des lettres et expéditions asiatiques de la célèbre exploratrice, Eric Faye et Christian Garcin ont pris le parti de confronter les lieux qu'elle a  parcourus, voici un siècle  - le plus souvent à pied et dans des conditions éprouvantes -  à leur réalité actuelle.  Ils nous livrent le récit de deux voyages, du Tibet au Yunnan ( sud-ouest de la Chine) , réalisés mi-2015 et mi-2017, ainsi que le compte rendu d'une visite, le 8 avril 2016,  à Samten Dzong, la fameuse "forteresse de méditation"  de Digne les Bains et d'un entretien tonique avec Marie-Madeleine Peyronnet,  très attachante gardienne du temple.

 " Lhassa, enfin! Lhassa s'est présenté à nous à la mi-journée, après des heures de descente lente vers des vallées de plus en plus vertes et de plus en plus peuplées de yaks sombres, de maisons blanches aux toits plats et de drapeaux de prières égrenés le long de cordes qui, tendues autour d'un axe, formaient des chapiteaux multicolores.

 Lhassa, enfin; (...)"

 Lhassa en ... train. Car aujourd'hui Lhassa est reliée à Pékin par une ligne ferroviaire,  traçant  la volonté du gouvernement chinois d'extraire le Tibet de son isolement. Si la situation présente quelque avantage, elle change par trop radicalement la physionomie de l'ancienne cité interdite, celle dont Alexandra David-Néel franchit les portes, en 1924, clandestine, déguisée en mendiante, accompagnée de son fidèle Aphur Yongden

 " Le Tibet est ce grenier du monde où l'on ne monte presque jamais, où dorment les secrets de famille dans des malles à souvenirs. "

 Traversé par le fantôme de l'exploratrice, le récit en  souligne les exploits à l'aune de conditions de voyage actuelles nettement plus confortables et sécurisées , ne fût-ce que sur le plan sanitaire. Une façon  élégante de rendre hommage à une future centenaire qui avait le coeur bien accroché. De rendre justice aussi à  Aphur Yongden, son compagnon de route, qu'elle adoptera et à Philippe Néel, son mari, confident épistolaire, aide logistique primordiale.

 " Néanmoins, le Tibet touche. On n'en revient pas indemne (...) "

 C'est tout le bien que je vous souhaite à la lecture de ce récit intègre.

 Apolline Elter

Dans les pas d'Alexandra David-Néel - Du Tibet au Yunnan

 Par Eric Faye et Christian Garcin, récit, Ed. Stock,  avril 2018, 320 pp

25 avril 2018

Indu Boy

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" Le Mahatma était solide et il est mort comme je m'en vais mourir, assassiné par les siens. Il m'a donné l'idée. Quoi de plus beau que de donner sa vie pour son pays? 

 Assassinée par ses gardes du corps sikhs,  Beant Singh et Satwant Singh,  le 31 octobre 1984,  Indira Gandhi savait le sort qui l'attendait, aurait accepté son destin si elle ne l'a aidé, se soustrayant de la sorte à la peur de rester en vie.

Telle est la thèse de ce portrait polyphonique alliant les déclarations intimes de la célèbre femme, Première Ministre de l'Inde et les observations de témoins extérieurs en ce compris, le narrateur.

Née en 1917, la fille unique  - et chérie -de Nehru, Premier ministre de l'Inde indépendante porte le nom de Gandhi en référence à son mari, Feroze Gandhi (et non au Mahatma) qui lui donne deux fils Rajiv et Sanjay.  Les époux divorcent discrètement car c'est avant tout l'Inde, celle des déshérités qu'Indu Boy a épousée.  De même qu'elle a aidé son pèr en son action, elle se fait conseiller de ses fils, Sanjay dans un premier temps, et Rajiv, son aîné, après la mort accidentelle de Sanjay.

Dotée d'un tempérament fort  Indira est parfois comparée à Jeanne d'Arc. Celle qui fut un temps " la femme la plus puissante du monde, la déesse guerrière que la terre entière admirait "  essuie, à la suite de son père, les désastres de la division des INdes britanniques en trois factions ennemies, les bains de sang induits, les  violences de l'opposition, les affres de la prison, de  la démission (mars 1977) . C'est une femme usée, non remise du décès de Sanjay, dans un accident d'avion qui se présente à ses gardes, en ce dernier jour d'octobre 1984

Apolline Elter

Indu Boy, Catherine Clément, roman, Ed. Seuil, mars 2018, 208 pp

 

24 avril 2018

Pauvre (De) B 2/2

 

Nous avons découvert, mardi passé, l'amène sentiment que Claude Debussy porte aux Belges, tandis qu'il se morfond en son hôtel Métropole, de Bruxelles,  durant les répétions de son opéra Pelléas & Mélisande (janvier 1907)

Nous aurions pu espérer ses sentiments changés, à son retour à Paris

Il n'en est trop rien...

Il écrit à son ami Louis Laloy, le 23 janvier 1907

(...) 

 Pendant 14 jours il m'a fallu faire réapprendre à un orchestre , dont l’esprit flamand est à peu près aussi maniable qu'un poids de 100kg ... des bois :  lourds et claironnants, par contre, des cuivres en coton hydrophile ...joignez à cela,  une faculté déconcertante pour dénaturer le plus humble rhythme [sic]… Enfin  une lutte constante - combien fatigante - pour arriver à quelque chose d'à peu près possible. Nous sommes partis le matin même de la première, et,  voyez l'ironie des opinions, cette première a été un triomphe- selon les Belges - et mon éditeur et ami ]acques Durand

 

Combien de jours eût-il fallu à ce cher Debussy pour (ré)apprendre syntaxe, ponctuation et l'humble orthographe de la langue française

Pauvre Deb....

 

Claude Debussy, Correspondance(1872-1918) , édition établie par François Lesure et Denis Herlin et annotée par François Lesure, Denis Herlin et Georges Liébert, Ed. Gallimard, juillet  2005, 2332 pp

 

23 avril 2018

Inter-Rops-ion

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L'inauguration en petite pompe de notre rubrique du mardi "Cor-ROPS-pondance"  trouvera panier de choix, dès demain, mardi 24 avril, au Pavillon de la Littérature (niché en fond de photo en son coin de verdure) 

Nous tâcherons de faire honneur à l'esprit facétieux, inventif de l'artiste protéiforme qu'est Félicien Rops (1833-1898),  génie de correspondance et de Mail-Art...

Une présentation pique-nique, agrémentée de ...WROPS, qui se conclura par une visite du musée namurois, écrin de choix de son oeuvre

A vous Fély, grand merci...

Votre Apolline 

22 avril 2018

Une grande bibliothèque

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 En décidant d'aller visiter les maisons d'écrivains ou les lieux qui leur ont été chers, je me suis glissé sans m'en rendre compte sous une grande bibliothèque. Quelques livres la supportent, d'autres regorgent de désirs ou les complètent

 

Bicyclettres, Jean-Acier Danès, récit, Ed. du Seuil, janvier 2018, 220  pp

21 avril 2018

A.... Bicyclettres

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Le vélo n'attend pas le nombre des années, affirmait,  de Corneille,  le Rodrigue.

Cette maxime, Jean-Acier Danès l'a faite sienne, qui à 18 ans, enfourche "Causette", sa bicyclette, pour un Tour de France - et même au-delà puisqu'il se rend à Barcelone - et d'hommage aux écrivains qui ont marqué ses dix-huit premières années d'existence. 

"En changeant de braquet entre les livres et les siestes, là où la fatigue couchait mes peines et mes rires, j'ai commencé à parcourir le pays à travers la littérature. J'ai appris à aimer les errances dans une France pleine de courbes et parfois capricieuse, une France vide et coupée par l'horizon, une France qui gigote et se passionne. J'y ai usé mes gommes, pneus, crayons et rayons, dans ce vieil hexagone regorgeant de personnages qui font de tout voyageur un sourcier, guidé par les surprises. Après bien des périples, ce que je ne pouvais imaginer à mon retour de Sète s'écrit désormais sur ces pages."

Et le jeune écrivain- car c'en est déjà  un - de consigner deux ans plus tard, le fruit de cette expérience peu commune, qui conjugue ses  passions sportive et littéraire en un feu d'artifice verbal impressionnant d'élégance, d'envergure et de maturité. Au départ de Lyon, il nous emmène à la rencontre des Rousseau, Proust, Yourcenar, Baudelaire, Vialatte, Camus, Valéry, Hugo, Claudel, Stendhal,  ...  répercutant les effets physiques, sensoriels, philosophiques, existentiels, ... de ses énergiques coups de pédale.

" Un soir de printemps, donc, l'évidence m'est apparue: la littérature et l'exploration cycliste devenaient prétexte l'un à l'autre. Je lisais pour rouler et je roulais pour écrire."

Je ne peux que souscrire à cette assertion, moi qui ai lu ce prodigieux récit, fenêtre ouverte, du haut de mon vélo d'appartement...

Une lecture recommandée

Apolline Elter

Bicyclettres, Jean-Acier Danès, récit, Ed. du Seuil, janvier 2018, 220  pp

20 avril 2018

Drômo- manie

Si la dromomanie est une pathologie de l'évasion, impulsion de la fugue, du déplacement continu, elle pourrait bien trouver refuge sain et  sensé dans l'offre culturelle de la... Drôme, celle d'une délégation prestigieuse,  venue spécialement à Bruxelles, ce jeudi 19 avril, présenter à la presse, les nombreux attraits touristiques, gastronomiques et culturels d'une région gorgée de soleil. Un soleil particulièrement présent, en notre Capitale, en cette journée bénie des astres.

L'organisation de l'événement était confiée à Vincent Toulotte (au centre de la photo) Directeur d'Atout-France pour l'Europe du Nord

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 Directeur général de "La Drôme Tourisme", Monsieur Bruno Domenach , insiste sur l'importance que revêt le tourisme belge pour sa région: les Belges viennent en deuxième position parmi les touristes étrangers. Ils sont appréciés des autochtones car ils partagent nombre valeurs communes. Et Bruno Domenach de brosser, en un survol bref, dynamique, engageant, les attraits du slow-tourisme particulièrement bienvenu en cette Drôme, premier département "bio" de France, riche de sa production truffière, viticole, de chefs étoilés telle Anne-Sophie Pick et de la célèbre ViaRhôna,  route touristique qui longe le Rhône et relie de quelque 800 kms  le Lac Léman à la Mer Méditerranée.

 

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 Parole est  ensuite donnée à Monsieur Bruno Durieux, maire de Grignan et Président-Fondateur du Festival de la correspondance béni de votre blog,  et à sa directrice artistique, Madame Julia de Gasquet.

Grande nouvelle que nous relayerons abondamment: Le Festival placera sa 23e édition sous le signe des Lettres belges (d'expression française)   Elle aura lieu du 3 au 7 juillet, à Grignan, bien évidemment, capitale mondiale de la correspondance.

Un programme dense, riche, éclectique nous attend, judicieusement équilibré, qui à mes sens et engagement, rend compte tant de notre riche passé que de la "jeune scène littéraire belge"  .  Fort d'un "tropisme personnel belge', hennuyer,  Bruno Durieux salue humour, inventivité, sorte de détachement ...caractéristiques de l'esprit belge.

Ils nous ont compris!

Des invités prestigieux sont attendus , tels Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt,  France Brel,  Marie-Christine Barrault, Jean-Claude Drouot, Jean-Baptiste Baronian, Jacques De Decker, Patrice Leconte,  Benoît Poelvoorde, Jacqueline Bir,  Jean-Luc Outers, Michèle Goslar, Hervé Gérard,  Philippe Meyer, Jean-Claude Pirotte, Jean Bofane, Thomas Gunzig,  Colette Nys-Mazure, Jean-Claude Casanova, Maurice Olender, Lydia Flem , Genevièce Damas, Benoît Peeters, ... qui raviront toutes les générations en une amène et chaleureuse convivialité culturelle, selon le voeu de sa directrice artistique. Qu'elle soit félicitée pour cette subtile vitrine offerte à notre pays.

Françaises et Français, Belges et ..Belges, nous vous attendons nombreux à cette édition qui s'annonce flamboyante. Je vous le certifie.

Nous vous reviendrons régulièrement à ce sujet.

IMG_0853 ter.jpgLa dernière partie du "workshop'  rassembla une poignée de comédiens,  Messieurs Gabriel Mattei, chef d'orchestre, Vincent Goethals, metteur en scène  ( à droite sur la photo) et Florent Turello, Directeur des châteaux de la Drôme (à gauche sur la photo) pour une présentation "live" diantrement apéritive du spectacle des Fêtes nocturnes 2018 du château de Grignan, à savoir, Les Noces de sang, de Federico Garcia Lorca.

Spectacle qui s'annonce grandiose, musical,  choriste, pluriel et participatif.

Soucieux de mettre en valeur la prestigieuse façade du château de Grignan ainsi que les couleurs spécifiques de la langue du célèbre écrivain espagnol - elle se déclinera sur deux niveaux,  du "guttural, naturaliste" (première partie) à l'onirique festif (seconde partie) et la musicalité qui constitue l'identité de Lorca - rappelons qu'il était pianiste de formation -  Vincent Goethals a décidé d'inclure le public dans son spectacle.  Trente figurants (spectateurs) sont invités chaque soir sur la scène. Il leur suffit de s'inscrire sur le site de réservation du spectacle et d'arriver sur place deux heures avant, aux fins de répéter un chant, quelques pas de danse et partager un en-cas avec l'équipe. Ce seront les "cousins" des noces... 

Les quelque huit cents spectateurs attendus chaque soir entonneront en choeur un air - aisé  - sous la houlette de Mélanie Moussay

Bel et engageant projet de spectacle participatif

Il nous tarde de le découvrir 

Les Noces de sang,  de Gabriel Garcia Lorca, spectacle mis en scène par Vincent Goethals, direction musicale de Gabriel Mattei

Château de Grignan,  du 27 juin au 25 août 2018 - (interruption des représentations, du 3 au 7 juillet pour céder place à celles du Festival de la correspondance)  - à 21 h - entrée dès 20h30

Réservations ouvertes le 24 avril - www.chateaux-ladrome.fr

  Une orchestration drômement  belge, forcément festive vous attend, cet été.

Nous en serons.

Apolline Elter 

 

19 avril 2018

Sentinelle de la pluie

Rosnay.jpgLa famille Malegarde a réservé l'hôtel Pompidou, à Paris, pour une réunion de famille fixée de longue date.  Il s'agit de fêter, de concert, les 70 printemps de Paul, arboriste de réputation internationale et ses 40 ans de mariage avec Lauren.

Le couple franco-américain vit à Vénozan, en cette Drôme si chère à l'écrivain.

Dépêché de New York, Linden - remarquez en passant que son nom désigne un tilleul  - photographe,  n'a jamais osé révéler à son père son homosexualité ni, de ce fait, l'amour qu'il vit auprès de Sacha... De son côté, Tilia, la soeur aînée, se remet mal des séquelles d'un grave accident de la route, qui a coûté la vie à ses amies, au retour d'une soirée festive. Colin, son deuxième mari, est alcoolique.

Seule Mistral, sa fille de 18 ans, apporte en sa vie, un souffle bienfaisant.

Plombée de ces non-dits - il en est d'autres encore...-  la réunion de famille se déroule dans un climat météorologique menaçant: gorgée de pluie, la Seine monte et menace la crue. A cette tension dramatique se grève l'AVC qui saisit Paul en plein repas d'anniversaire...

Et les chapitres de s'enchaîner, d'un rythme maîtrisé, introduits et ponctués en italiques, du spectre de Suzanne, de son cadavre et d'un secret peut-être terrifiant.

Apolline  Elter

Sentinelle de la pluie, Tatiana de Rosnay, roman traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, Ed Héloïse d'Ormesson, mars 2018, 368 pp

 

18 avril 2018

7 jours pas plus

227x227bb.jpg Merveilleuses et tendres performances d'acteurs pour Alexandra Lamy et Benoît Poelvoorde que cette sorite du strict  registre comique- rassurez-vous, Alexandra conserve toute sa pétillance -  pour une incursion dans celui d'amoureuse brimée pour la première,  de rustre,  frustre, bougon, pour le  second,  frêle rempart d'une hypersensibilité mal dominée.

 Célibataire  au mode de vie gris, réglé, monotone,  Pierre (Benoît Poelvoorde)  a repris la quincaillerie de son père, décédé inopinément lorsque le jeune homme avait 19 ans. Orphelin d'une ravissante maman - morte quand il avait huit ans - notre quinquagénaire entretient, dévotement,  le culte de cet amour perdu.  Il reste dès lors peu de place dans sa vie pour l'amour que lui porte Jeanne ( Alexandra Lamy) , une Normande nantie d'une vache laitière...

 On imagine les affres de conscience que subit notre homme quand surgit dans sa vie,  Ajit ( Pito Bash) un immigré indien, limité au seul parler bengali (une  des huit cents langues pratiquées en Inde, nous est-il affirmé...). La communication ne va pas être aisée, vous vous en doutez, non plus qu'une cohabitation dans l'antre maniaco-investi de notre vieux garçon...   Pierre se résout à héberger son hôte inopiné,  7 jours pas plus

 Subtile vitrine de l'accueil ..."réservé" , quand il n'est franchement dégradant, que nous portons aux immigrés,  le film d'Hector Cabello Reyes reflète et réfléchit une image utile de notre société

A méditer

 Un DVD recommandé

 Apolline Elter

 7 jours pas plus, un film d'Hector Cabello Reyes, comédie,  DVD, M6, 2017, durée: 1h28 min.

 

17 avril 2018

Pauvre (De) B (1/2)

correspondance cover.jpgAprès avoir dûment célébré le centenaire du décès de Claude Debussy, le 25 mars 1918, il nous faut fustiger quelques propos bien peu amènes sur les Belges.

Suivait-il en cela les traces de son cher Baudelaire? 

Il se peut mais ce n'est pas à porter au crédit de son intelligence....

Séjournant en l'hôtel Métropole, à Bruxelles, en ce pluvieux mois de janvier 1907, le compositeur assiste aux répétitions de Pelléas et Mélisande, qui va enfin être créé à La Monnaie.  Il n'en est pas du tout satisfait, comme il l'écrit à son éditeur  et ami Jacques Durand, en date du 3 janvier 

Je passe des après-midi à me ronger les nerfs après un orchestre qui manque de tact et de goût, Quant à M' Sylvain Dupuis il tient plus bœuf que du chef d'orchestre ... il a une façon spéciale de déformer le plus simple des rhythmes  qui, je l'espère, n'appartient qu’à lui

Nous tairons de notre côté l'orthographe de "rythmes" qui n'appartient qu'à lui

Et le père de Pelléas  -hélas- de poursuivre:

(...)  du reste, les Belges parlent et promettent beaucoup pour se dégager ensuite avec la plus tranquille hypocrisie. Au surplus ce petit peuple ressemble aux petits hommes par une prétention boursouflée qui n'est que ridicule en général  mais qui devient dangereuse quand il s'agit du sort d’une œuvre d’art.

On croirait entendre Charles..

Et de conclure:

(...) car malgré tout, je suis volontaire, jusqu'à  en être très mal élevé  quand il est question de musique, et il est bien difficile, même à des Belges, de ne pas faire ce que je veux.

 

 On peut difficilement être plus aimable à notre égard

Rendez-vous mardi prochain pour la suite de ce feuilleton épistolaire 

 Claude Debussy, Correspondance(1872-1918) , édition établie par François Lesure et Denis Herlin et annotée par François Lesure, Denis Herlin et Georges Liébert, Ed. Gallimard, juillet  2005, 2332 pp

 

14 avril 2018

Le Pavillon battra littérature avec une ardeur accrue

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     Chers visiteurs, 

 

 Nous voici frais revenus d'une escapade précipitée..de pluie, dans la Drôme et d'une rencontre extra-or-di-naire avec Marie-Madeleine Peyronnet, gardienne du temple de Samten-Dzong (Digne-les-Bains) et de la mémoire d'Alexandra David-Néel.  Nous reviendrons maintes fois sur le propos, dès la rentrée et mois à venir qui célébreront,  respectivement , les 150e et 50e anniversaires de la naissance et du décès de l'exploratrice et d'une personnalité hors pair.

   Pour l'heure, nous sommes invités à exporter, d'ici fin mai, le blog du Pavillon de la Littérature et ses quelque 3576 chroniques qui vous ont enchantés dix ans durant. Nous mettrons tout en oeuvre pour que vous n'en subissiez pas d'inconfort, et nous non plus....car ces billets sont la mémoire d'un travail considérable et quotidien.

   Si d'aventure, vous éprouvez quelques difficultés à nous rejoindre, persévérez ..ces dysfonctionnements ne seront pas de notre cru. Nous saisirons cette opportunité contrainte pour vous ravir mieux encore.

   Puisse Proximus notre futur ex-hôte rester  digne de notre confiance; il nous le garantit.

   Quant au vrai Pavillon... de la Littérature, il reprend printanière vigueur et accueille dès le 23 avril, en  son écrin de verdure, ses tables d'actualité littéraire, de découverte épistolaire, centrées sur la correspondance de Félicien Rops (1833-1898) et des invités du Festival de la correspondance de Grignan (Drôme provençale) qui déclinera, du 3 au 7 juillet prochains, nos belges lettres.

Je vous souhaite un lumineux printemps

Votre Apolline   

13 avril 2018

Une lecture.dynamique

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Ainsi commence l'épopée en remerciement aux sages d'hier et aux passions d'aujourd'hui: par un premier pas.
« Hier soir, sur la tombe de Paul Valéry à Sète ... »
L'écriture défile comme une journée de voyage dans laquelle on se rencontre parfois, tel un homme qui voit
sa vie paraître entre les flammes d'un âtre familier

 Excipit, aux allures d'Incipit, l'envoi de ce très beau récit vous invite à un tour de France littéraire..à bicyclette.  L'ouvrage sera à l'honneur du blog du Pavillon le week-end du 21 avril.

 Bicyclettres, Jean-Acier Danès, récit, Ed. du Seuil, janvier 2018, 220  pp

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12 avril 2018

La punition

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Parce qu'il a participé à une manifestation pacifique, le 25 mars 1965, le jeune étudiant en philosophie qu'est Tahar Ben Jelloun est envoyé en un camp de redressement organisé par les sbires du Général Oufkir.  La descente aux enfers est dantesque, les conditions de détention relèvent de celles des récents camps de concentration.

Réduit à son matricule 10.366,  soumis à des séances d'humiliations, de punitions collectives,  travaux forcés  et l'ingestion de nourriture avarié, le jeune homme trouve  dans la poésie rimbaldienne quelques forces de survie ainsi que dans la lecture décontenancée d'Ulysse de James Joyce.

De dix-neuf mois arrachés à ses vingt ans et à son entourage familial , l'écrivain ne peut parler que maintenant: il a attendu quelque cinquante années pour mettre des mots sur l'absurde "punition" subie. Elle lui vaut chronique insomnie.

Un témoignage sobre, dense, édifiant.

La punition,  Tahar Ben Jelloun, récit, Ed. Gallimard, février 2018, 160 pp

11 avril 2018

La punition

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" Le 16 juillet 1966 et un de ces matins que ma mère a mis de côté dans un coin de sa mémoire pour, comme elle dit, en rendre compte à son fossoyeur. "

Ains'Incipit un témoignage saisissant,  celui des dix-neuf mois qu'a vécus le jeune Tahar Ben Jelloun - il avait 20 ans - dans un effroyable camp de redressement, au Maroc,  sous le règne d'Hassan II.

Je en livre chronique, demain.

La punition,  Tahar Ben Jelloun, récit, Ed. Gallimard, février 2018, 160 pp

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10 avril 2018

Quand Achille écrit à Henri

correspondance cover.jpgIl arrive qu'on adresse une lettre à un destinataire pour en toucher un autre. C'est le truchement qu'opère le jeune Claude (et encore "Achille" à ce moment) Debussy pour signifier à sa maîtresse,  Marie Vasnier, comme il s'ennuie d'elle, tandis qu'il s'exile dans la Ville Eternelle, pour honorer l'attribution du Prix de Rome.

Marseille, le 28 [janvier] 1885

Cher Monsieur Vasnier,

 Je n'ai que peu de choses à vous dire, surtout parce que je craindrais, de vous ennuyer, de mon ennui et je vous assure, que je fais tout ce  que je peux pour avoir du courage, voire même vous oublier. Ce n'est pas de l'ingratitude, allez, puis, soyez tranquille, je n'y arriverais pas.

Je vous écrirai plus longuement en arrivant à Rome, et croyez-moi,

votre ami bien sincère

Ach. Debussy

 Faites je vous prie, mes amitiés, à Madame Vasnier, et embrassez Marguerite et Maurice pour moi.

 Claude Debussy, Correspondance(1872-1918) , édition établie par François Lesure et Denis Herlin et annotée par François Lesure, Denis Herlin et Georges Liébert, Ed. Gallimard, juillet  2005, 2332 pp

 

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08 avril 2018

Menaces infuses

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Vous les attendez, les voici, prêtes à infuser les deux formules que vous assénerez à vos ennemis surpris

" Guéris mon oeil de ta vue"

Je vais faire (r) entrer ta longueur dans ta largeur"

 L'invite est charmante, vous le reconnaîtrez

07 avril 2018

Mârouf, savetier du Caire

 

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C'est le 5 mai 1914 que se produit la Première de l'opéra comique, Mârouf savetier du Caire, sur une musique d'Henri Rabaud, un livret de Lucien Népoty.

La Grande Guerre éclate dans trois mois, mais cela, le public l'ignore, qui savoure cette "turquerie", tout droit inspirée des Contes des Mille et Une nuits

Vous voulez mon avis? 

L'argument me paraît simpliste et désuet: je vous invite à le découvrir sur les sites appropriés.

La mélodie ne tient (plus) la route réduisant le spectacle à un plaisir essentiellement visuel et une débauche de costumes haute en couleurs; le texte n'atteint pas des sommets - à mon humble et perso avis -  à part quelques formules jaillies çà et là  dont je vous restitue la plus épatante  avec gourmandise. On ne sait jamais, ça peut toujours servir....

A savoir:

" Je suis l'indigne agenouillé de votre perfection"

 

Avouez que cela vous pose un savetier.

Rendes-vous demain, à 17 h,  pour notre High Tea dominical et l'infusion de deux formules prêtes à l'emploi...

A Elter 

05 avril 2018

Jolie libraire dans la lumière

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  Le récit qu'elle a entamé en début de journée la bouleverse. Elle retrouve, dans les phrases de l'auteur, sa propre histoire, avec une précision diabolique, comme si, par un tour de magie, cet homme qu'elle ne connaît pas avait eu accès à ses secrets. La femme qu'il décrit dans son livre lui ressemble tellement! Et les événements que
l'héroïne traverse lui rappellent son passé, ce jour où elle-même a fait la connaissance d'un voyageur
attentif qui l'a prise par la main à un instant où sa vie tremblait.

"Elle", c'est Maryline,  la jolie libraire; elle a 34 ans, un fils de 17 ans et un "jardin de livres "créé à son image. Un inconnu la découvre, à travers la vitre, baignée de lumière et d'émotion de lecture. Il acquiert l'ouvrage, désireux de percer le secret de son saisissement.

De fait, voir un épisode - dramatique - de sa vie consigné par un auteur inconnu a de quoi surprendre.

Notre jolie libraire décide d'organiser une rencontre publique avec l'écrivain aux fins de le rencontrer...

Je vous invite à profiter de la lumière pascale pour savourer, sans temps compter, ce roman qui rend hommage au fil enchanteur et magique qui lie - parfois - les écrivains à leurs lecteurs.


Jolie libraire dans la lumière,
 Frank Andriat, roman, Ed. Desclée de Brouwer, septembre 2015, 146 pp

04 avril 2018

Jolie libraire dans la lumière

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Le soleil du matin, humide encore d'un souvenir d'aurore, glisse sur son visage et y dessine des chemins de lumière. Elle est assise derrière le comptoir, sur une chaise haute; ses cheveux sombres, mi-longs, glissent sur ses joues, elle est légèrement penchée vers l'avant, vers ce livre qu'elle tient de la main gauche et dont chaque ligne lui semble indispensable.

Ains'Incipit un roman joli, frais, lumineux comme un matin de Pâques

Je vous en livre chronique demain

Jolie libraire dans la lumière, Frank Andriat, roman, Ed. Desclée de Brouwer, septembre 2015, 146 pp

 

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03 avril 2018

Félicien Rops - Joséphin Péladan - correspondance

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L'étude de la correspondance ropsienne nous amène à découvrir un bien curieux personnage: Sar Merodack Joséphin Péladan (1858-1918) comme il se fait appeler, écrivain, critique d'art, occultiste ... un peu "givré", si vous voulez que je vous livre le fond de ma pensée. 

Nous reviendrons sur son portrait, le 27 juin prochain, jour centenaire de son décès. 

Ce sera l'occasion de l'extraire  quelque peu de l'oubli dans lequel il a sombré..

 Pour l'heure, intéressons-nous à sa rencontre avec le "Compère Fély" , comme il le nomme, enfin entré en une certaine intimité avec le célèbre illustrateur.  Lyonnais de naissance,  Joseph-Aimé Péladan a 25 ans quand il entre en contact avec Félicien Rops, de 25 ans son aîné.  Pétri d'admiration pour l'oeuvre de ce dernier, il s'en sent l'obligé, instaurant dans leurs rapports un mode de subordination qu'il ne quittera guère.

" Enfin ma plume est aux ordres de votre burin" affirme-t-il d'entrée de correspondance, en avril 1883

Témoin privilégié de la mutation de Rops dans le registre symbolique illustré notamment par la série des Sataniques,  Joséphin Péladan entend utiliser cette féconde amitié au service de son propre développement artistique. Rops crée quatre frontispices pour les publications de Péladan, lesquelles sont certainement nourries des échanges entre les deux hommes. Une précieuse stimulation que révèlent, pour partie, leurs propos épistolaires.

"J'ai vu de vous des eaux-fortes magistrales & d'une perversité si intense, que moi qui prépare le traité de la perversité , e me suis épris de votre extraordinaire talent." affirme le fougueux jeune homme, lequel ne publie pas le traité annoncé.

Notons le caractère soigné, littéraire, facétieux, créatif, ... d'une correspondance étalée sur dix ans, de mars 1883 à mars 1893 . Passant progressivement du "Cher Monsieur" au "Cher Ami" , témoin d'une réelle complicité dans leur "perversité moderne" , les compères se plaisent à créer des termes neufs, jouer sur leurs acceptions, ... alternant les missives - fleuves - riches d'informations sur leur travail  mais aussi état moral ou de santé, respectifs - et les lettres courtes, écrites "au galop",  'au débotté", "en steeple chase". Certains extraits sont des modèles du genre. Nous reviendrons sur le sujet. Côté Rops, on ne peut que souligner la qualité de plume d'un artiste qui "pratique autant la plume que le burin."

Les annotations de Joséphin sur le courrier de Rops font office de réponse interne, rappelant à notre esprit la manie yourcenarienne des annotations.

Si elle se fissure de quelques malentendus - dus en partie, à la distance géographique qui les sépare -  cette correspondance d'estime et d'amitié est une mine pour qui veut approcher, mieux cerner,  l'ami Fély, en son ultime maturité.

Apolline Elter

Félicien Rops - Joséphin Péladan - Correspondance réunie, présentée et annotée par Hélène Védrine, Ed. Séguier, 1997, 266 pp

02 avril 2018

N'augmente pas la rubrique des faits divers

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En ce lundi dédié à la fête des cloches, je ne résiste pas à vous livrer une gourmandise au chocolat...amer.

Elle est signée - monogrammée - Claude Debussy, décédé voici cent ans, le 25 mars 2018

Voulant enjoindre Lilly, l'épouse dont il se sépare, à ne pas se suicider, le célèbre compositeur français lui écrit, un tantinet cynique, en date du 14 septembre 1904 : 

Surtout, je t'en supplie, sois calme, n'augmente pas cette mauvaise littérature qu'on appelle« Faits-Divers». Tu vaux mieux que cela et rien n'est désespéré pour toi ... 

(...) Encore une fois, sois courageuse et malgré toute ta peine, songe un peu à celle des autres.

Tendrement

 

  Claude Debussy, Correspondance(1872-1918) , édition établie par François Lesure et Denis Herlin et annotée par François Lesure, Denis Herlin et Georges Liébert, Ed. Gallimard, juillet  2005, 2332 pp [ Corr]

 

30 mars 2018

Un long week-end pascal

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Tandis que Pâques célèbre la Résurrection du Christ et celle de la Nature, votre blog préféré se met au vert.. et jaune (d'oeuf) trois jours durant pour un week-end studieux, aux côtés de Claude Debussy, Félicien Rops et Alexandra David-Néel.

Le trio est étonnant, sans doute ..détonnant. 

Sa correspondance - chacun pour son compte et les oeufs seront mieux couvés - constitue la matière de nos cours de la rentrée; Les inscriptions ont déjà commencé, qui s'activeront bon TGV, dès le mois de mai...

Début ds cours, dès la mi-septembre

Contact et précisions: via l'onglet " Me contacter"

A toutes et tous, je vous souhaite une joyeuse fête de Pâques.

Apolline Elter 

07:05 Publié dans Agenda, L'Epistolière | Commentaires (0) |  Facebook |

29 mars 2018

Mal de mère

Bussiere2-C-web.jpg"Mais, ce matin-là, ce matin de juin, je n'ai pas pris le chemin du bureau. J'ai marché, poussée par cette force irrésistible, celle que je sentais depuis quelques jours. Mes mouvements m'étaient imposés. J'ai acheté un chapeau de plage et des lunettes de soleil. À la manière d'un automate,je me suis rendue à l'arrêt du bus de la côte, celui qui va jusqu'à Jacksonville. J'y ai attendu. La force me soufflait des injonctions. Quitter le district. Remonter vers le Nord. Sans doute parce qu'au Sud il y a la mer. Partir. Aller loin. Peut-être jusqu'au terminus pour voir ce qu'il y a de l'autre côté. Tout quitter. Que ça s'arrête. "

Comment comprendre l'inexplicable? Comment comprendre le coup de folie d'Elisabeth Jones, un matin de juin 1975, qui lui fait tout quitter, Illiana, sa fille d'un an, Alvaro Fuentes, son mari cubain,  sans crier gare ni laisser de traces. Déclarée officiellement décédée, Elisabeth revient dans la vie de sa fille, vingt ans après les faits, sous la forme d'un carnet,  sorte de longue lettre de justification, qu'elle lui envoie, à Miami:

« Ma chérie », comment ose-t-eIIe? Je hurle.J'explose! Un carnet qui m'est envoyé sans explications par courrier vingt ans après sa disparition! Tu parles d'un cadeau! Trop tard, devrais-je dire! Des mots, des lignes crachées dans un carnet pour composer un recueil de lettres qu'elle ne m'a jamais envoyées." 

Ne vaut-il pas mieux continuer à croire au décès tragique de sa mère que d'essayer de comprendre son attitude insensée. De découvrir qu'elle a refait sa vie.

Voilà tout l'enjeu de ce roman subtil, dense, fort, dont je vous recommande la lecture.

Apolline Elter

Mal de mère, Elise Bussière, roman, Ed. Mols, mars 2018, 128 pp

28 mars 2018

Mon nom est Otto Gross

9782226402103-j.jpgComment échapper au carcan de son époque sans être taxé de fou? 

C'est mission quasiment impossible: le docteur Otto Gross (1877-1920) , psychanalyste, neurologue, disciple, un temps, de Freud, intime, un autre temps, de  Jung, paiera de séjours en asiles d'aliénés ses visions "anarchistes" de la société alliées à une consommation de stupéfiants.

Brimé d'un père omnipotent, le criminaliste autrichien Hans Gross,  le jeune homme va tenter, sa vie durant, de conquérir un espace de liberté, exprimant des visions avant-gardistes, tant en matière de sexualité, d'érotisme, qu'alimentaires - il est végétarien -  sociétales -  la colonie suisse Monte Verità annonce le mouvement hippie - féministes,  culturelles - il influence le dadaïsme berlinois - qu'éthiques: aidant Lotte Hatemmer et Sophie Benz à se suicider, Otto Gross  prône déjà une certaine forme d'euthanasie.

Face à cet être explosif, impossible à résumer, Marie-Laure de Cazotte a choisi d'en tracer le portrait intime, saisi  de l'intérieur, enrobant les faits biographiques avérés de sa compréhension fascinée de l'âme d'Otto Gross . Car c'est bien d'âme qu'il s'agit pour un être qui a passé sa vie, à pénétrer celle des autres. Ce faisant, la lauréate du Prix Horizon 2016 ( A l'ombre des vainqueurs, Ed. Albin Michel, 2014- billet de faveur en vitrine du blog) réhabilite le génie d'un homme souvent réduit à son image d'anarchiste et de toxicomane.

Une lecture..fascinante

Mon nom est Otto Gross, Marie-Laure de Cazotte, roman, Ed Albin Michel, mars 2018, 348 pp

27 mars 2018

Mardi-tes-moi, Mary Cassatt

J'évoquai, il y a très peu- le 16 mars exactement, l'exposition des oeuvres impressionnistes et autres de l'Américaine Mary Cassarr, au musée Jacquemart- André

Je ne résiste, partant, à intégrer en notre rubrique épistolaire du mardi, cette pointe sèche, fort à propos intitulée " La Lettre". Elle date de 1890-91 et provient de la collection Jacques Doucet

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L"'Américaine" - elle vécut cependant quelque soixante ans à Paris, soit la majorité de sa vie - entretenait une correspondance avec Paul Durand-Ruel, le célèbre marchand d'art. Il nous plairait éminemment de la consulter.

 Mary Cassatt - Une impressionniste américaine à Paris,  Nancy Mowll Mathews (dir), Flavie Durand-Ruel Mouraux et Pierre Curie,  beau livre publié à l'occasion de l'exposition, Co-édition, Musée Jacquemart- André, Institut de France, Culturespaces et Fonds Mercator, mars 2018, 180 pp, 

Exposition: du 9 mars au 23 juillet 2018 - Musée Jacquemart-André,  158 Bd Haussmann - 75.008 Paris

Toutes précisions sur le site : http://www.musee-jacquemart-andre.com/ 

26 mars 2018

Jacques Brel, écrivain

Il est de ces rencontres qui vous boostent une journée 

Celle dont je vous rendrai compte le samedi 5 mai, sur ce blog -  après parution d'un premier compte rendu,  dans l'édition de mai du magazine L'Eventail -  se déroulait,vendredi dernier, à la Fondation Jacques Brel, à Bruxelles

J'y rencontrai France Brel, sa chaleureuse, généreuse,  directe et digne fille à l'occasion de la parution, ce mi-mars, de deux ouvrages consacrés à l'écriture du célèbre troubadour

A savoir:

 Jacques Brel chanteur L’intégrale de ses chansons,  mises en perspective par France Brel, recueil,  Fondation Jacques Brel, mars 2018, 342 pp, 9, 9 €.

Jacques Brel auteur, L’intégrale de ses textes commentés par France Brel,  beau livre ,Ed. Fondation Jacques Brel, mars 2018, 632 pp, 39.9 €

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06:10 Publié dans Agenda | Commentaires (0) |  Facebook |

25 mars 2018

Les dimanches de l'ami Achille

3139aRATjRL._SX298_BO1,204,203,200_.jpgthéière high tea.jpgL'ami Achille - entendez le (futur) Claude Debussy (1862-1918) n'aime pas les dimanches.

Il en fait part, joliment,  au journaliste, musicologue, compositeur suisse, Robert Godet

 DEBUSSY À ROBERT GODET 

[13 mars 1889]

Cher Monsieur: Le Dimanche m'a toujours été un jour infiniment   désagréable, voulez-vous me le rendre agréable une fois, en acceptant de dîner avec moi ce jour (17 Mars).

Comme je pense que vous aimerez mieux que cela se passe de votre côté, j'irai vous prendre chez vous à 6 1/2 ?

Amicalement

ADebussy

Et c'est ce précisément ce  dimanche 25 mars que nous célébrons le centenaire de la mort du compositeur et le terme d'une semaine d'hommage lui consacrée.

Nous lui reviendrons, à la rentrée,  pour une série de cours, modules et conférences focalisés sur sa correspondance.

 

 Claude Debussy, Correspondance(1872-1918) , édition établie par François Lesure et Denis Herlin et annotée par François Lesure, Denis Herlin et Georges Liébert, Ed. Gallimard, juillet  2005, 2332 pp

 

 

24 mars 2018

Debussy

 

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   Ce samedi célèbre le centenaire du décès du célèbre compositeur .

   Et signe pour nous l'occasion d'évoquer la biographie qu'Ariane Charton lui consacre.

   Généreusement étayé d'extraits de correspondance - faut-il le rappeler,  Achille-Claude Debussy était un prolixe et fin épistolier -  et du célèbre essai Monsieur Croche, le récit nous mène au coeur de l'intime, du travail laborieux, méticuleux et musicalement révolutionnaire du compositeur.

   Chroniquement désargenté, épris de femmes mais surtout de l'Amour, le musicien rebelle doit à la générosité de nombreux mécènes - dès lors amis - de pouvoir travailler son art, sa vocation.  S'il a toujours besoin d'un confident, il n'hésite pas à en changer, à se brouiller...

  Quelques missives sont des modèles dans l'art de quémander, de se faire pardonner. Nous reviendrons sur le sujet.

  Pour l'heure, recueillons-nous sur un parcours de vie, interrompue par un cancer, le 25 mars 1918, tandis que la Grande Guerre  explosait encore le nombre des victimes de sa barbarie

  A. Elter

Debussy, par Ariane Charton, biographie, Ed. Gallimard/ Folio biographie, inédit, avril 2012, 340 pp 

23 mars 2018

Voir Rome et puis partir

3139aRATjRL._SX298_BO1,204,203,200_.jpg Claude Debussy résida deux années à Rome ( de 1885 à 1887), pensionnaire de la célèbre Villa Médicis.

Il ne garde pas de la Ville Eternelle un souvenir impérissable, c'est le moins qu'on puisse dire .

Voyons ce qu'il en dit, fin novembre 1886, à son confident le libraire parisien Emile Baron

"Vous dirai-je que j'ai trouvé Rome, de plus en plus: salement laid, c’est étonnant  comme cette ville de marbre et de puces est peu sympathique, on s'y gratte et on s'y ennuie. La Villa est toujours la fabrique de produits  spleenitiques que je vous ai décrite trop souvent. Donc, passons. "

Passons et partons...

 

 Claude Debussy, Correspondance(1872-1918) , édition établie par François Lesure et Denis Herlin et annotée par François Lesure, Denis Herlin et Georges Liébert, Ed. Gallimard, juillet  2005, 2332 pp

22 mars 2018

... j'ai bêtement faim

 

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Debussy ne voulait pas sacrifier son ambition créatrice  à des contraintes strictement alimentaires. il abhorrait la banalité, conscient dans le même temps de sa singularité. Aussi traversait-il des périodes de disettes, telle celle qui en 1890, lui fait demander prêt à un proche ami, peut-être Etienne Dupin ? 

  Une lettre écrite au crayon

DEBUSSY À UN AMI

[1890]

Cher Ami: Pardonne-moi, mais peux-tu me prêter 20 f jusqu'à la fin du mois; argent nécessaire à mes premiers besoins.

 Je suis très honteux de l'avouer mais j'ai bêtement faim
Je t'écris, craignant que tu ne sois pas seul.

Ton

                                                                                                                                    Cl. ADebussy

 

 Claude Debussy, Correspondance(1872-1918) , édition établie par François Lesure et Denis Herlin et annotée par François Lesure, Denis Herlin et Georges Liébert, Ed. Gallimard, juillet  2005, 2332 pp