25 juin 2017

Votre commande a bien été expédiée

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"La nuit est le refuge indispensable des conversations à cœur ouvert, où l'on se livre et l'on partage sans compter. Jamais la journée ne pourra offrir ce temps qui s'étire, cet éloignement du quotidien nécessaire à ceux qui se racontent, il faut pour cela que la majorité donne, que les commerces soient clos, que le monde ait baissé d'un ton pour que l'on puisse s'entendre. Alors peuvent s'ouvrir ces brèches magnifiques, élargies peut-être par un vin soyeux emportant plus loin encore les conversations nocturnes."

Votre commande a bien été expédiée, Nathalie Peyrebonne, roman, Ed Albin Michel, juin 2017, 222 pp 

24 juin 2017

Votre commande a bien été expédiée

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"Le 6 janvier 2014, Eugène passe commande d'une cocotte lrone, fonte émaillée intérieur et extérieur, couleur rouge, vingt-huit centimètres, utilisable sur tous feux dont induction et au four, répartition homogène et progressive de la chaleur, lavable au lave-vaisselle,garantie à vie.

Il exerce alors le métier de comptable depuis plus de dix-neuf ans."

  Ains'Incipit le roman savoureux de Nathalie Peyrebonne, tout frais paru en ce joyeux premier mois de l'été.

D'emblée, la commande d'Eugène Benengeli  revêt une  portée dramatique qui préfigure une séquence d'événements aussi loufoques que distrayants. Car vous vous en doutez, l'envoi ne se réalisera pas telle  une lettre à la poste...

S'ensuivent une série d'échanges de mails entre Eugène, inquiet de la non-réception de son colis et Lucia, consciencieuse conseillère-clientèle auprès de la firme de commercialisation desdites cocottes .

On peut comprendre notre infortuné comptable : "L'absence de cet objet dont il s'est jusqu'alors parfaitement bien passé l'irrite un peu plus chaque jour."

Et l'on ne peut que se réjouir de la tournure épistolaire que prend alors le roman. Des échanges à ce points réussis, adaptés, que les scripteurs décident de se voir - à Biarritz, où vit Eugène - passant de la sympathie virtuelle à la rencontre incarnée.. Elle est belle, la vie..

Plus belle, à coup sûr, que celle décrite dans cette émission de télé-réalité, version seniors, qui investit, par épisodes, la toile du roman.

Et la cocotte, me demanderez-vous, est-elle arrivée à bon port? 

Je ne vous réponds pas... me contentant d'affirmer : " Votre commande a bien été expédiée"

A Elter

Votre commande a bien été expédiée, Nathalie Peyrebonne, roman, Ed Albin Michel, juin 2017, 222 pp

 

23 juin 2017

Poésie noire au musée Emile Verhaeren

 Tout n'est que vers - enfin presque - auprès de notre cher Emile Verhaeren.

Mais notre vert poète connut aussi sa période noire, nourrie d'angoisses , de "spleen" et d'un mal-être physique. Il produit alors sa "trilogie noire" , de 1888 à 1891,  persuadé de cette source d'imagination prodigieuse que constitue la souffrance. Et ce n'est pas l'ami Baudelaire qui le contredira. Le mariage avec Marthe Massin, scellé le 31 août 1891, mettra un terme à ce sombre état

Le musée provincial Emile Verhaeren, situé à Sint-Amands, lieu de naissance du célèbre écrivain, consacre une exposition au sujet. Elle se déroule du 18 juin au 26 novembre

Vous en trouverez tous renseignements pratiques sur le site dont voici les coordonnées:

Emile Verhaerenmuseum

Verhaerenstraat 71, B-2890 Sint-Amands, + 32 (0)52 33 08 05

verhaerenmuseum@skynet.be - www.emileverhaeren.be

 Pour l'heure je vous livre le communiqué de presse aimablement fourni par Rik Hemmerijckx, conservateur du musée et commissaire de l'exposition.  Vous pourrez en inscrire la visite, ainsi qu'une balade à vélo, au programme de l'été.

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Scan0001.jpg"En tant que poète, Emile Verhaeren a su jouer sur différents registres : allant d’une poésie de la grande ville jusqu’à une poésie d’amour, en passant par la Flandre et l’Escaut. Mais, dans les années 1888-1891, il a également pratiqué une poésie noire et tourmentée, en concordance avec l’atmosphère de fin de siècle. Les titres de cette trilogie noire sont assez parlants : Les Soirs (1888), Les Débâcles (1888) et Flambeaux noirs (1891). Toutes sortes d’angoisses, d’obsessions, de traumatismes et de cauchemars y font leur apparition. La mort, la maladie et la folie sont très présentes et le poète s’adonne même à un certain masochisme : “Sois ton bourreau toi-même!”. La trilogie noire est mise en rapport avec la neurasthénie de Verhaeren, mais elle était aussi liée avec le décadentisme, très en vogue dans le monde artistique de cette époque. Avec cette poésie sombre, particulière, Verhaeren s’est lancé comme une des figures de proue du courant symboliste en littérature.

La présente exposition est focalisée sur cette poésie noire dont elle présente les éditions originales, devenues assez rares, et les images d’Odilon Redon, baignant dans la même ambiance. Il y a également quelques dessins de Fernand Khnopff et de Théo Van Rysselberghe. Pour cette exposition, plusieurs artistes contemporains - Franklin, Sanne De Wolf, Vigdis De Cauter, Martha Verschaffel, Vladimir Ivaneanu, David Verstraete, Ben Kockelkoren – ont créé spécialement des œuvres qui se rapprochent de l’atmosphère de cette poésie noire."

 

22 juin 2017

Romain Gary s'en va-t-en guerre

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 Son père demeure une intrigue. Le garçon n'arrive pas à le voir comme celui que Nina lui décrit, un être ignoble, un lâche dont les valeurs morales ont été corrompues par la concupiscence et la luxure.
Roman reste persuadé qu'un jour, ayant soudain mesuré la gravité des faits qui lui sont reprochés, l'homme se reprendra, réintégrera le domicile familial pour retrouver la place qui est la sienne. Le fils a foi en son père. Il nourrit l'espoir de revivre à ses côtés les splendeurs du temps d'avant."

S'il est lié à sa mère, Nina,  par une relation fusionnelle que ses biographes ne manquent  de souligner, Roman Kacev, as Romain Gary ( 1914-1980) as aussi Emile Ajar, ... notamment .. n'était pas le fils de cet acteur célèbre qu'il s'est inventé. Arieh, son père, était fourreur - Roman pense, un temps, lui succéder en son métier - mais surtout, il a déserté le foyer conjugal pour refaire sa vie avec une autre femme.

A l'heure où il dit adieu à son propre  père, le romancier Laurent Seksik nous plonge dans le  milieu de années '20 et ce ghetto de Wilno ( Vilnius en Lituanie) dont Nina tente de s'extraire pour emmener son fils à Paris, ville de tous les espoirs.

Sa mère répétait qu'à Paris on ouvrait sa porte aux étrangers, on partageait le pain et l'eau; on vous disait français à peine aviez-vous entonné La Marseillaise, ou si vous récitiez un seul vers de Victor Hugo – il connaissait par cœur six poèmes des Feuilles d'automne. À Berlin, affirmait Nina, on avait compté un grand ministre juif du nom de Rathenau.
L'homme était mort assassiné. Roman, lui, saurait vendre cher sa peau.

ô mythes, qui nous tenez..

A Elter

Romain Gary s'en va-t-en guerre, Laurent Seksik, roman, Ed. Flammarion, janvier 2017, 230 pp

21 juin 2017

Voyager

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Le thème est de saison.

Célébrons, avec la venue de l'été, le récit de voyages et de vie - riche de quatre mariages - que nous propose le célèbre écrivain américain.

"Depuis l'âge de dix-huit ans, comme emporté par un courant océanique, j'ai dérivé en direction du sud et de Miami, entraîné vers le golfe du Mexique et les Caraïbes, par un fantasme érotisé que le garçon blanc et protestant de la Nouvelle-Angleterre que j'étais entretenait sur l'histoire, la géographie, le climat, la culture et les races des pays semi-tropicaux."

De Cuba - et l'ombre "tutélaire" d'Ernest Hemingway- aux chaînes de l'Himalaya dont l'ascension est une école de vie,  Russell Banks convoque le lecteur dans un voyage dans l'espace, le temps, sa vie intime et l'oeuvre en marche de son destin

Voyager, Russell Récits de voyages traduits de l'anglais(USA) par Pierre Furlan, Ed Actes-Sud, mai 2017, 320 pp

 

20 juin 2017

Evitons la publicité

product_9782710378013_195x320.jpg De Charlotte Brontë à son père(5 décembre 1849)):

" (...) Je vais sans bruit mon chemin. Je soupçonne que la plupart des  gens savent qui je suis, mais ils sont trop bien élevés pour le laisser voir - de sorte que j'échappe au tumulte et à publicité qui me sont si désagréables. (...)"

 

 Lettres choisies de la famille Brontë, 1821-1855,  traduites de l'anglais et annotées par Constance Lacroix, Ed. Quai Voltaire, avril 2017, 624 pp

19 juin 2017

Les z'examens

Il ne fait pas un pli que le mois de juin se fait long,  lourd, pesant, tandis que nos charmantes têtes blondes et foncées carburent à plein rendement de cellules grises.

Pour les soutenir, les colorer, rien de tel qu'un joyeux buffet vitaminé

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Sans oublier, le taboulé du tas de boulot: 

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Apolline, Les pensées studieuses et imagées d'un lundi de mi-juin

18 juin 2017

Père et fils

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En ce  jour de fête des pères (en France, car en Belgique,  c'était le week-end passé), penchons-nous sur l'argument du deuxième roman de Cristina Alger, tel que nous fournit l'éditeur :

" Charlie Goldwyn est avocat dans un prestigieux cabinet new yorkais. Depuis la mort de sa femme, deux ans plus tôt, il se noie dans le travail, et néglige son fils, Caleb, un petit garçon de cinq ans. Sa vie bascule le jour où, suite à un banal écart de conduite, sa boîte le licencie.
Ce revirement brutal qui voit s’effondrer ses ambitions professionnelles le pousse à se tourner vers Caleb. Au contact de son fils, il prend conscience des priorités de la vie. Et, pour la première fois, se découvre le père qu’il se croyait incapable d’être."

Père et fils, Cristina Alger, roman traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Cunnington, Ed Albin Michel, juin  2017,  384 pp

 

Issue d'une grande famille de la finance new yorkaise (son père est mort le 11.9.2001) , l'auteur est diplômée de l'université d'Harvard et de la faculté de droit de New York. On peut en déduire qu'elle connaît bien le milieu décrit...

17 juin 2017

Veuve mais pas inconsolable - lettre d'un 17 juin

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Notre chère marquise de Sévigné est veuve à 25 ans. C'est jeune, surtout que sa fortune a fondu et qu'elle a la charge de deux jeunes bambins, Françoise-Marguerite, quatre ans et demi et Charles presque trois ans, en cette date fatale du 6 février 1651.  Veuve mais pas inconsolable, comme elle l'écrira, bien des années plus tard, le 17 juin 1687, à son cousin, Roger de Bussy-Rabutin:

 « Je n'avais retenu de dates que l'année de ma naissance et celle de mon mariage, mais sans augmenter le nombre, je m'en vais oublier celle où je suis née, qui m'attriste  et qui m'accable, et je mettrai à la place celle- de mon veuvage, qui a été assez douce et assez heureuse, sans éclat et sans distinction mais elle finira peut-être plus chrétiennement que si elle avait eu de plus grands mouvements, et c'est en vérité le principal » 

 

Extrait de Madame de Sévigné - Correspondance (III) (sept 1680- avril 1696) - texte établi, présenté et annoté par Roger et Jacqueline Duchêne, Gallimard, La Pléiade  (1972)

06:45 Publié dans L'Epistolière | Commentaires (0) |  Facebook |

16 juin 2017

Chères familles

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Vous êtes nombreux à m'interroger sur l'édition 2017 du Festival de la correspondance de Grignan

Le Festival se déroulera du mardi 4 au samedi 8 juillet, avec pour thème "Chères familles"

Je vous invite à consulter le programme sur le site du Festival : www.grignan-festivalcorrespondance.com 

A réserver vos places via la billetterie : 
Au 04 75 53 63 21, de 11h à 12h et de 14h-17h, en action depuis ce jeudi 15 juin

 Je vous reviens, sous peu, avec quelques lectures apéritives aimablement fournies par la maison d'édition Triartis 

15 juin 2017

Prix littéraire du cercle Chapel: Premières neiges sur Pondichéry

PLCC.jpgIl est des événements littéraires

Auxquels vous ne voulez vous soustraire

Même si votre agenda un peu.. galère

Vous intime de le faire

J'ai nommé le prix littéraire du cercle Chapel, qui célébrait, hier, sa deuxième édition.

  Fondé et présidé par Didier Debroux, capitaine littéraire du cercle Chapel (Waterloo)  le prix vise à récompenser, en indépendance plénière et assumée, une parution de la rentrée littéraire de janvier.  C'est un vrai prix de lecteurs. Son jury est composé de huit membres, quatre dames, quatre messieurs, pour cette édition 2017,  lesquels ont dévoré, toutes lectures cumulées, quelque deux cents fraîches parutions de la rentrée.

Qu'ils en soient remerciés.

Et l'auteur primé fut..CVT_Premieres-neiges-sur-Pondichery_8421.jpg

 Hubert HADDAD et son Premières neiges sur Pondichéry, roman, Ed. Zulma, janvier 2017,  192 pp

Nous n'avons pas encore lu le roman et vous en livrons l'argument que nous en donne l'éditeur:

"Violoniste virtuose, fervent de musique klezmer autant que du répertoire classique, Hochéa Meintzel accepte l’invitation d’un festival de musique carnatique à Chennai, en Inde du Sud. Blessé dans sa chair par un attentat, c’est avec l’intention de ne plus revenir qu’il quitte Jérusalem.

Comme aimanté par les circonstances, après une cahotante équipée qui le mène de Pondichéry à la côte de Malabar, en passant par un ranch de montagne aux frontières du Kerala, il trouve refuge à Fort Cochin, un soir de tempête, au sein de l’antique synagogue bleue. Parce que la grande prière exige un minyan, quorum de dix fidèles, ceux qui sont encore là supplient Hochéa d’être des leurs. Avec la promesse de lui raconter l’histoire ancestrale des juifs de Kochi…

Porté par les figures de Samra, sa fille adoptive, et de Mutuswami, la jeune musicienne qui le guide et l’accompagne, Hochéa s’en remet à un enchaînement de hasards, quitte à affronter une part occultée de sa vie – et l’intuition d’un autre monde, d’une autre histoire, d’un autre exil.

En un tour de force romanesque, Premières neiges sur Pondichéry nous plonge dans un univers sensoriel extrême, exubérant, heurté, entêtant, à travers le prisme d’un homme qui porte en lui toutes les musiques du monde, et accueille l’inexorable beauté de tous ses sens."

 Interviewé par Corinne Boulangier, Directrice de la Première, marraine d'envergure - et de brio - du prix et son président, Didier Debroux, Hubert Haddad (au centre de la photo) se prêta avec ferveur au jeu des questions, embrassant, avec conviction, la destinée du peuple juif,  de la diaspora, depuis ses origines.

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" La tragédie c'est quand tout le monde a raison et qu'on ne réussit pas à s'accorder" affirme Hubert Haddad 

Et Didier Debroux de souligner la force organique du roman,  la musicalité - essentielle à la poétique de l'auteur- qui lui donne l'allure d'une partition.

Une déclaration qui ravit l'écrivain, convaincu qu'un  "roman mêle tous les genres littéraires (théâtre, poésie,...)"

L'interview fut conclue, chapelle musicale merveilleusement oblige, de l'interprétation vibrante du deuxième mouvement d'une sonate de César Franck.

Une soirée de toute haute facture

Nous souhaitons longue vie à ce prix hors du commun.

Apolline Elter 

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Le jury du prix entouré de l'équipe du cercle Chapel 

 

14 juin 2017

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle

Le château de Grignan (Drôme) est le siège d'une exposition d'envergure,  re-mar-quable, si j'en juge par le catalogue qu'il m'en a été donné de lire.

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Il va sans dire que j'y cours, j'y vole dès juillet et vous en fais rapport

Inaugurée le 23 mai dernier, l'exposition couvre l'été et le début de l'automne,  jusqu'au 22 octobre; elle attend quelque 50.000 visiteurs.

Pour l'heure penchons-nous sur les passionnants  portraits multi-faces de L'Epistolière, rédigés par un comité scientifique de haut vol.

De sa ville natale - et essentielle - de Paris, où elle naît, le 5 février 1626 et occupe onze résidences toutes situées dans le quartier du Marais - dont le célèbre Hôtel Carnavalet -  au château de Grignan,  où elle séjourne à trois reprises - pour une durée cumulée de quatre années - auprès de sa fille Françoise, de son gendre, François, comte de Grignan, la pétillante marquise a également séjourné à seize reprises au château breton des Rochers, fief des Sévigné.

Ces différents séjours sont prétextes à une correspondance abondante, vive et spirituelle, dont la plus connue est celle qu'elle adresse à sa fille,  dont elle se voit séparée, le 4 février 1671; jeune mariée, fraîche accouchée, Françoise rejoint son mari en Provence, au grand dam de sa possessive maman.

C'est à Grignan que Marie de Sévigné  décède, le 17 avril 1696, au cours de son troisième séjour. Elle était venue pour soigner  Françoise-Marguerite; ne résiste aux perfides froids et attache, à son corps défendant,  son nom au superbe château des Adhémar, rejetant de la sorte, une nouvelle fois, sa fille  dans l'ombre de sa postérité.

L'évolution de cette  "femme d'esprit", les aléas de sa vie - elle perd jeune son mari - , les usages de son temps, le cercle de ses famille et amis,  le mythe qui suit son décès et la publication souvent remaniée de sa correspondance font l'objet de chapitres thématiques passionnants - et je pèse mes mots - nourris des sciences et publications de Jacqueline Duchêne, Christian Trézin,  David Brouzet, Cécile Lignereux, pour ne  nommer qu'eux..

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Sévigné - Epistolière du Grand Siècle -  collectif - beau livre illustré - catalogue de l'exposition du château de Grignan ( du 25 mai au 22 octobre 2017) , Co-édition  Ed. Libel - Département de la Drôme, Mai 2017,  140 pp, 22 €

13 juin 2017

Lettres choisies de la famille Brontë

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 Belle découverte en cette fin d'année académique que la  sélection de ces quelque trois cents lettres, familiales, traduites et annotées  par Constance  Lacroix, principalement  jaillies de la plume de Charlotte, la troisième des cinq filles du pasteur Patrick Brontë. 

Charlotte est l'auteur de Jane Eyre, un roman qu'elle publie sous le pseudo de Currer Bell. 

Les nombreuses missives qu'elle envoie à son amie de pension Ellen Nussey - elle l'a connue, en 1831, à l'âge de quinze ans -  nous en disent long sur une vie par trop confinée en la cure d'Haworth, coupée de deux séjours à Bruxelles,  préoccupée de la santé de ses proches , frappée de deuils nombreux : son frère et ses quatre soeurs meurent vraisemblablement tous  de la tuberculose.

Elle se confie également avec simplicité et humilité à William S. Williams, l'adjoint de son éditeur Smith, soutien et découvreur de son talent:  

Je ne sais pourquoi la vie doit être si pauvre, si brève et si amère - je ne peux m'expliquer pourquoi des êtres plus
jeunes et plus nobles que moi sont ainsi fauchés avant l'heure, riches encore de tant de projets inaccomplis - mais
je crois que Dieu est sage - parfait - miséricordieux.

 Mariée avec plus de raison que de conviction au vicaire de son père, Arthur Bell Nicholls, Charlotte décède le 31 mars 1855,  neuf mois après ses noces.

Lettres choisies de la famille Brontë, 1821-1855,  traduites de l'anglais et annotées par Constance Lacroix, Ed. Quai Voltaire, avril 2017, 624 pp

12 juin 2017

Intimité publique : un Pari(s) réussi

 Il fut  un Festival,  il fut  trois dates - les 9-10 et 11 juin - que je vous invitai à noter en vos agendas

Il  fut un succès

Il sera reconduit en 2018, en ce bel écrin que constitue le théâtre de la Pépinière (quartier de l'Opéra) 

J'ai nommé, Intimité publique - bel oxymore -  fête de lectures de correspondances,  carnets, journaux intimes,  .. jaillis de la plume d'écrivains prestigieux - voyez l'affiche - portés par les voix et interprétations de comédiens hors pair.

Assurée  par Anne Rotenberg, dûment entourée, chaleureusement assistée, la direction du festival enchaîna  huit lectures intimes de puissante facture.De merveilleux échos me sont venus de la prestation (vendredi 9)  de Fanny Cottençon, Marie Curie, sublime et poignante;  L'incarnation de Nietzsche par Bruno Solo et de Lou Andréas-Salomé par Bénédicte Choisnel  et sa mise en lecture par Marianne Basler dota l'après-midi de dimanche d'un moment très fort.  Je sors ravie, aussi, de l'interprétation par Claire Chazal et Jules Sagot de la correspondance amoureuse d'Henri-Alban (as Alain-) Fournier et de Madame Simone, des échanges sensuels , vifs et caustiques entre une Colette incarnée par Helena Noguerra et un Willy interprété par le charmant Xavier Gallais.

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L'Epistolaire a de radieux jours devant lui, à l'image d'un week-end placé sous le signe du soleil, de la convivialté.. et du bonheur.

Apolline Elter

 

11 juin 2017

La fête des pères

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Déclaration d'amour paternel pudique, drôle et poignante, le récit, à l'honneur de notre blog, en ce week-end festif, aborde, avec une précision clinique et tendre, le phénomène de la différence, du "oui-autisme"

Il n'a pas de problème. Mais il en est un. Dans le monde tel qu'il est et tel que de plus en plus, il devient. "

 Robinson, Laurent Demoulin, récit, Ed. Gallimard, oct. 2016, 240 pp

10 juin 2017

Robinson

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Mon Robinson sans mot, sans surprise et sans fard, Sans sermon, sans surmoi, sans projet d'avenir, Sans bouteille à la mort au secours du hasard

Adressé à son fils "oui-autiste", un poème  beau, mélodieux  ouvre ce récit, témoignage d'une relation père-fils hors du commun.

Laurent est docteur  en Langues et Littératures romanes 

Il  enseigne la littérature française à l'Université de Liège, en Belgique. Barthes, la langue, les signifiants, les signifiés, il connaît ...

Il est poète, aussi.

Il est surtout le père de trois enfants, dont le cadet, âgé aujourd'hui d'une quinzaine d'années est "oui-autiste", absolument rétif à notre langage, isolé des pratiques de notre société,  vulnérable face à ses innombrables dangers. Aussi, quand il en a la garde, le père se consacre-t-il entièrement à son fils, son "bébé de Damoclès".  Ce qui exige une vigilance de chaque instant, mais aussi une appréhension neuve et vivifiante de la réalité:

Comme si, en compagnie de Robinson, je sortais un oeil hors de mes pensées pour entrer plus avant dans la réalité du monde. "

 Car c'est bien cela, le coeur, l'âme de ce témoignage sublime: observant ce fiston de 10 ans - à la date du récit - par le double prisme du père aimant et de l'entomologue, Laurent Demoulin tente, par tous les moyens, et surtout sans établir de hiérarchie ni de jugement, de créer une passerelle de communication entre deux univers radicalement incompatibles. Ce faisant,  il ose le paradoxe, n'hésite pas à remettre en question nos propres modes de fonctionnement, notre rapport à la vie.

Les  péripéties se succèdent sous formes de chapitres  thématiques, tantôt courts, vifs, emportés, tantôt plus détaillés, qui décrivent le quotidien semé d'embûches - les écueils des courses au supermarché, d'une virée à la piscine, ... tant d'épisodes tragi-comiques  -  de ce couple père-fils et de la sorte de huis-clos que la société leur impose.

Un humour manié d'autodérision et d'une très belle plume parcourt cette séquence de péripéties, qui ouvre large, primordial pan à la scatologie, ses effets, ses fantasmes, dotant l'éternel duo Eros-Thanatos d'un partenaire excrémentiel assez inédit.

Une lecture de toute puissante facture

Je vous la recommande vivement

Apolline Elter

 Robinson, Laurent Demoulin, récit, Ed. Gallimard, oct. 2016, 240 pp

 

Billet de ferveur

AE :  La communication est au cœur de ce récit.  Les « non-autistes » que nous pensons être sont, en somme, les autistes des « oui-autistes » ?

Laurent Demoulin : Jolie formule ! Oui, en un sens, on pourrait dire cela : les uns sont mystérieux et difficiles à comprendre pour les autres, dans les deux sens. Mais il me semble surtout qu’aucune forntière ne sépare nettement les  oui-autistes et les non-autistes : il s’agit d’un continuum tout au long duquel se rencontrent autant de cas que d’individus. Sur cette chaîne infinie, tous les chaînons sont des intermédiaires entre les deux extrémités.

 

 

09 juin 2017

Coup d'envoi du Festival Intimité publique

 Coup d'envoi, ce vendredi 9 d'un festival ... tout neuf; enfin pas vraiment, tant cette fête de lectures de correspondances,  carnets, journaux intimes,  .. est marque de fabrique, gage de haute volée quand elle est signée Anne Rotenberg.

 

Prenez (vos) place (s) : vous ne le regretterez pas 

Je vous invite, pour ce faire,  à consulter le site du théâtre La Pépinière (Paris- Opéra)  www.theatrelapepiniere.com/intimite_publique.html  et à m'y rejoindre : j'assisterai avec liesse aux trois spectacles de dimanche

Apollline Elter

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08 juin 2017

Et si tu n'existais pas

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Si le titre du récit évoque la célèbre chanson de Joe Dassin, le contenu en est plus âpre. Il révèle l'arrachement de Claire à  Yaya, sa Nounou, l'impossible attachement à sa Maman.

Terrassée et rendue sourde par une crise d'éclampsie à la naissance de Claire,  le 8 octobre 1937, sa mère confie l'enfant à Yaya, une nourrice qui l'emmène dans la Creuse. Elle n'en vient la rechercher que quelques années plus tard, au mitan de la guerre.

Découvrant sa famille - pétainiste -  et l'appartement cossu du  Boulevard de Courcelles, l'enfant de 6 ans s'y sent d'emblée étrangère.  Face à cette mère, qui sans doute lui en veut inconsciemment de son infirmité, tout en essayant de lui donner de l'affection,  Claire Gallois va développer un mécanisme de défense, largement nourri d'indifférence.

"Face à elles, j’allais assez vite acquérir un réflexe qui me protégerait toute ma vie : l’indifférence immédiate envers qui vous embête."

Mais on ne peut vivre totalement protégé - c'est heureux - ni s'affranchir d'un amour véritable: celui que lui vouait Yaya.

Et la fillette devenue femme, écrivain, de mettre tout en oeuvre pour retrouver la fée de ses jeunes années.

Apolline Elter

 Et si tu n'existais pas, Claire Gallois, récit, Ed. Stock, janvier 2017, 144 pp

07 juin 2017

Elle était une fois

Hébard.jpg Le jour de ses quatre-vingts ans, Frédérique Hébrard fait le serment , à Anne Franck  à "toutes ses espérances massacrées" d'écrire un livre de souvenirs  et d'hommages à ces nombreuses  et admirables femmes qu'elle a côtoyées depuis sa tendre enfance.

La fille de l'académicien André Chamson, épouse de Louis Velle, romancière à succès - On lui doit La Demoiselle d'Avignon, Le château des Oliviers, - fête, ce 7 juin, ses 90 printemps, promesse accomplie.

Guerre de 40-45,  début sur les planches, rencontres avec l'homme de sa vie - son mari- et avec des personnalités solaires et généreuses, telles les actrices Michèle Morgan, Brigitte Fossey, Eva Darlan...glaciales,  telle Simone de Beauvoir ou violentes..., maternités, souci de santé.. jalonnent le récit d'une vie heureuse et bien remplie,  empreinte d'une fondamentale bienveillance et de l'idée thucydidienne que " Les choses n'arrivent qu'à ceux qui peuvent les raconter." 

Bon anniversaire, Madame

 Apolline Elter

  Elle était une fois, Frédérique Hébrard, souvenirs, Ed Flammarion, mars 2017, 382 pp

06 juin 2017

Zola et la zymnastique

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Tandis que nous poursuivons l'examen de la correspondance ô combien généreuse  d'Emile Zola, nous découvrons, avec bonheur, une certaine aversion pour la gymnastique et la merveilleuse mauvaise foi d'un jeune homme de 20 ans . Zela nous plaît. Il s'adresse à son ami accidenté  Baille (non prénommé Corneille). 

                                                                            Paris, 2 juin 1860

               Mon cher Baille,

(...)

. J'ai toujours maudit de bon cœur les exercices gymnastiques; mais,  depuis ton accident, je suis encore plus courroucé contre eux. Se donner une blessure, une souffrance de toute la vie, et cela en grimpant à un trapèze! Mon pauvre vieux, je te plains et, en même temps, je suis un peu en colère contre toi.

Un début juin qui enjoint

 -Zola. Correspondance. Choix de textes et présentation par Alain Pagès,Ed. Garnier Flammarion, février 2012, 382 pp

05 juin 2017

Et si tu n'existais pas

Gallois.jpgJ’aurais voulu naître sous X. Jamais on ne m’aurait enlevée à Yaya. Jamais je n’aurais eu le sentiment d’être reniée. On dit que la plupart des enfants, éloignés par leur mère à la naissance, sans état civil d’origine, privés du nom, de l’histoire de leurs parents, vivent chaque rencontre dans la peur de l’abandon. Pas moi. Il existe des abandons exemplaires. Généreux. Courageux comme un aveu d’impuissance à croire en l’avenir de l’enfant qui vient de naître. En tout cas, on peut l’espérer. J’aurais préféré que ce choix appartienne à ma mère.

Ains'Incipit un récit de vie fort, dur, dense et tendre aussi. Une lecture dont je vous livre chronique sous très peu

Et si tu n'existais pas, Claire Gallois, récit, Ed. Stock, janvier 2017, 144 pp

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04 juin 2017

L'ordre du jour

 CVT_Lordre-du-jour_8835.jpgthéière high tea.jpg

 
Un penchant obscur nous a livrés à l'ennemi, passifs et remplis de crainte.  Depuis, nos livres d'Histoire ressassent l'événement effrayant  où la fulgurance et la raison  auraient été d'accord. Ainsi, une fois que le haut clergé de l'industrie et de la banque eut été converti, puis les opposants réduits au silence, les seuls adversaires sérieux du régime furent les puissances étrangères. Le ton  monta à mesure avec la France et l"Angleterre, en un mélange de coups de force et  de bonnes paroles

L'ordre du jour, Eric Vuillard, récit, Ed. Actes-Sud, mai 2017, 156 pp

03 juin 2017

L'ordre du jour

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 Après un 14 juillet qui avait enflammé, à la rentrée,  notre gastronomie livresque( voir chronique sur ce  blog) Eric Vuillard nous revient avec un récit tout aussi flamboyant et nous plonge, d'entrée de pages, au coeur d'une réunion historique qui vit, le 20 février 1933, vingt-quatre patrons d'entreprise - les plus prospères d'Allemagne - accorder leur soutien à Hitler.

" Et ils se tiennent là, impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l'enfer."

 Et le lecteur subjugué d'assister à la montée en puissance méthodique d'Hitler et des siens, Goebbels, Goering et charmante compagnie, à la singulière cécité de Lord Halifax, surdité du président Lebrun,  humiliation de Schusshnigg, le chancelier autrichien qui voit imposer à son pays des mesures insoutenables tandis que l'Allemagne interdite de fabrication de chars depuis le traité de Versailles (1918) reconstitue, hors frontières, son équipement d'assaut.

"Une armée en panne, c'est le ridicule assuré."

L'annexion de l'Autriche  par l'Allemagne nazie, le 12 mars 1938, relève tant du machiavélisme que du rocambolesque, avec la congestion des chars d'assaut, à la frontière, pour panne technique, la fureur du ...Fürher et  l'interminable dîner londonien  qui empêche  Chamberlain de vaquer aux affaires d'Etat pour la simple raison qu'il n'arrive pas à se débarrasser de l'encombrant Ribbentrop ...

On se croit au cinéma tant l'auteur nous fait vivre les événements, les destins particuliers,  avec brio, juste tempo et un humour confondant. 

La farce est tragique: elle a coûté la vie à des millions d'Européens.

La fresque est grandiose, soutenue d'une plume, d'une écriture remarquables.

Apolline Elter

  L'ordre du jour, Eric Vuillard, récit, Ed. Actes-Sud, mai 2017, 156 pp

02 juin 2017

Prix littéraire Cercle Chapel 2017

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Chers visiteurs, 

C'est un prix de lecteurs

Un prix de haute valeur

agenda.jpgC'est avec joie, dès lors, que je relaie le communiqué qui vous donnera toutes les informations utiles sur la soirée de remise du prix Cercle Chapel, mercredi 14 juin prochain, dès 19 heures .  Pour ma part, j'y serai et espère vous y retrouver: la soirée est, en effet, ouverte aux non-membres du Cercle. 

L'occasion idoine de découvrir ce lieu d'exception:

"Après une première édition des plus fructueuses et relayée dans les médias, le Prix Cercle Chapel revient en force. Cette année, les membres du jury ont en effet présenté à chacune de leurs réunions mensuelles, entre janvier et avril, un roman coup de coeur, paru dans le mois écoulé. Au terme de débats investis et enflammés, un roman était sélectionné pour faire partie des finalistes du Prix, en voici la liste :

  • Hubert HADDAD, Premières neiges sur Pondichéry, Zulma Éditions
  • Pascale ROZE, Lonely Child, Éditions Stock
  • Éric CHEVILLARD, Ronce-Rose, Les Éditions de Minuit
  • Adrien GOETZ, Villa Kérylos, Éditions Grasset
  • Caroline LAMARCHE, Dans la maison un grand cerf, Éditions Gallimard

Venez découvrir qui de ces auteurs chevronnés et si différents a su gagner le coeur et l’esprit des membres du jury lors la soirée de remise du Prix Cercle Chapel, le 14 juin prochain, dès 19h00 à la Chapelle Musciale. Le lauréat sera à cette occasion interviewé par Corinne Boulangier, marraine du Prix. Un concert interprété par les Solistes de la Chapelle Musicale ainsi qu’un dîner seront également au programme, afin de célébrer comme il se doit le grand vainqueur de cette deuxième édition. Vous êtes également cordialement invité à participer au salon de Saint-Maur-en-Poche (Paris) le weekend du 24 juin prochain, où le lauréat sera également mis à l’honneur, comme l’avait été Franck Bouysse l’an passé.

Ne manquez pas la remise de ce Prix, créé par votre Cercle, car il constitue une véritable exception dans le paysage littéraire francophone : un prix de lecteurs, tout à fait indépendant !

Vous êtes cordialement invité à participer au salon de Saint-Maur-en-Poche (Paris) le weekend du 24 juin prochain, où le lauréat sera également mis à l'honneur, comme l'avait été Franck Bouysse l'an passé.

Le Prix Cercle Chapel sera remis par Corinne Boulangier et Bernard de Launoit"

 Modalités d'inscription

Cercle Chapel
1, Chemin de la Chapelle Musicale
Waterloo, 1410

Contact : Roxane Driessens
Téléphone : 02 352 01 11

01 juin 2017

Jean-Michel FRANK, le chercheur de silence

Certaines biographies vous subjuguent tant elles ciblent l'essence de leur sujet, 

Tel le portrait, par Laurence  Benaïm,  du décorateur Jean-Michel FRANK ( 1895- 1941)  pape du minimalisme et de la période des Arts déco.

Je vous reviens, à son sujet, à la rentrée, mais je ne peux vous  laisser passer été sans toucher mot de cette découverte. Le nombre de post-it fleurissant sur la tranche de l'ouvrage est, pour le moins, .éloquent

Jugez-en:

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Né à Paris, le 28 février 1895, au sein d'une famille juive aisée, Jean-Michel doit à son teint bistre, sa petite taille, sa démarche ..insolite, la conscience immédiate d'être différent. L'affaire Dreyfus qui sévit, dès sa naissance, fait grand obstacle à la volonté d'intégration des Frank à la France.

Nés sur le sol français, les frères aînés de Jean-Michel meurent en 1915 sous les drapeaux - français - de la Grande Guerre tandis que leur père se voit refuser la nationalité française, sous prétexte d'origines allemandes; il  ne s'en remet pas, se suicide, le 11 novembre 1915 à 11 heures, tandis que son épouse tombe progressivement en grave dépression..  Jean-Michel a 20 ans. Le destin familial va le poursuivre toute sa vie, semer le germe de son propre suicide, à New York, le 8 mars 1941.

Entre-temps, il a connu le monde, exprimé son angoisse existentielle, à travers une série de chantiers de décoration intérieure, qui en raison de la fortune, de la notoriété des commanditaires, signeront sa gloire. Il aménage - et dépouille de la sorte -  les intérieurs de Colette et Pierre Drieu de la Rochelle,  Marie-Laure et Charles de Noailles, .. de François Mauriac, Elsa Schiaparelli,  Nelson Rockfeller.. faisant du vide, de l'absence, du silence mais aussi du jeu de la lumière, sa marque de fabrique.  Les tons sont sobres, d'une palette qui va du blanc au brun, en passant par le beige; les matériaux rares, luxueux et communs, s'associent en une mixité bien d'avant-garde, les revêtements en galuchat, côtoyant ceux faits de simple paille. Notamment...

Une ascèse qui invite à la méditation et préfigure par de nombreux points notre esthétique contemporaine.

Un récit flamboyant

A suivre, assurément.

Apolline Elter

Jean-Michel Frank, Le chercheur de silence, Laurence Benaïm, biographie, Ed. Flammarion, avril 2017, 342 pp

 

 

31 mai 2017

L'ordre du jour

 

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 "Le soleil est un astre froid. Son coeur, des épines de glace. Sa lumière, sans pardon. En février, les arbres sont morts, la rivière pétrifiée, comme si la source ne vomissait plus d'eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage. Le temps se fige. Le matin, pas un bruit, pas un chant d'oiseau, rien. Puis une automobile, une autre, et soudain des pas, des silhouettes qu'on ne peut pas voir. Le régisseur a frappé trois coups mais le rideau n'est pas levé"

Ains'Incipit le tout frais et flamboyant récit d'Eric Vuillard. Un plan d'exposition digne des plus grands films.  Nous vous donnons rendez-vous, sur ce blog, le week-end du 3 juin pour une mise à l'honneur du récit

L'ordre du jour, Eric Vuillard, récit, Ed. Actes-Sud, mai 2017, 156 pp

06:19 Publié dans Incipit | Commentaires (0) |  Facebook |

30 mai 2017

Une seule lettre vous manque...

Tandis que l'année se termine, radieuse et active, je travaille d'arrache-clavier aux cours épistolaires de la rentrée...µ

Grande part sera faite à l'être de lettres, privées, amicales, ouvertes, engagées... que fut Emile Zola (1840-1902)

Nous avons découvert en lui un puits sans fonds mais non pas sans amour

Un amour qu'il partage avec les deux femmes de sa vie,  Alexandrine, as "Madame Zola" mais aussi et en même temps, Jeanne Rozerot, la mère de ses enfants.

Les séparations du couple Zola -  voyages et exil de l'un, cures de l'autre - généraient une correspondance quasi quotidienne. L'absence en signifiait souffrance

«  Je suis comme toi, lui répond-elle, lorsque ta lettre me manque, ma journée est stupide et désorientée"

s'exclame Alexandrine en cet extrait issu de la biographie que lui consacre Evelyne Bloch-Dano

Nous reviendrons sur le sujet, cela va sans dire

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Madame Zola, Evelyne Bloch-Dano, biographie, Ed Grasset,  1998 (nouveau dépôt légal, 372 pp

 

29 mai 2017

JFK

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John Fitzgerald Kennedy eût eu cent ans, ce jour; le 22 novembre 1963 en a décidé autrement qui commémore son tragique assassinat.

Derrière le mythe du président rayonnant,jeune, beau, en un mot, particulièrement séduisant,  du couple glamour qu'il forme avec "Jackie", se découvre un homme malade - il était notamment atteint d'insuffisance rénale, la fameuse maladie d'Addison - souffrant du dos et de multiples affections.  A cela se greffe une addiction au sexe - JFK aime les femmes, à l'instar de son père - et les multiples médications qu'il ingère, augmentent, entre autres, sa libido...

Un mythe s'effrite, celui de son union avec Jackie, laquelle en prend également pour son grade.

Mais tant son temps que la postérité, auront, je crois, l'envie de préserver au martyr de Dallas, sa légende, son intimité.

A Elter

JFK, Une histoire sexuelle,  Georges Ayache, essai, Ed. du Rocher, mai 2017, 222 pp

 

28 mai 2017

Un Don Juan du XXe siècle

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"Pour le Don Juan en herbe qui ne demande qu'à marcher sur les traces de son père,  la maladie n'est donc pas forcément un handicap"

Rendez-vous demain, 29 mai, sur votre blog, pour la commémoration du centenaire de la naissance de JFK

JFK, Une histoire sexuelle,  Georges Ayache, essai, Ed. du Rocher, mai 2017, 222 pp

 

27 mai 2017

Deux remords de Claude Monet

 

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"A Londres, il rejoignit la forte colonie française rejetée de l’autre côté de la Manche par les remous de la  guerre. Les artistes y formaient un groupe à part qui fréquentait le même café où ils s'efforçaient de  réinventer un coin du pays perdu."

S'il n'épouse pas le point de vue séquentiel, chronologique des biographies classiques,  ce roman "vrai" entend cerner le célèbre peintre (1840-1926) de l'intérieur, à l'aune des faits majeurs de son existence et plus précisément,  de la mort, en décembre 1870, de son ami Frédéric Bazile , sur le front de la guerre contre la Prusse  - tandis que Claude Monet séjourne en Angleterre -  et  de l'amour qu'il voue à sa première épouse, Camille Doncieux, mère de ses deux fils, Jean et Michel, décédée en septembre 1879, d'un "cancer de la matrice" . Représentée sur en page de couverture, vêtue d'une capeline rouge, Camille inspire de nombreuses oeuvres au célèbre peintre, dont ladite " Femme à la capeline rouge", mais aussi  la " Femme à la robe verte."

Remarié avec Alice  veuve de son ami et mécène, le collectionneur Emile Hoschedé, Claude Monet termine ses jours à Giverny, entouré de Blanche Hoschedé,  bru et belle-fille à la fois. Soucieux de perpétuer la mémoire de son ami Frédéric, le peintre négocie, par l'entremise de son ami Georges Clemenceau, le don de ses célèbres Nymphéas à l'Etat, contre la garantie d'exposition au Louvre de l'oeuvre"Femmes au jardin".

Structuré en trois parties focalisées sur les trois protagonistes de la narration - ci en gras - le roman se fait quête d'âme

A Elter

Deux remords de Claude Monet,   Michel Bernard, roman, Ed de la Table ronde, août 2016, 216 pp