28 septembre 2016

Le plus beau jour

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Nous connaissons - et apprécions ô combien - David Foenkinos sous son jour de romancier et même de biographe, rappelons-nous le poignant récit de vie, de mort de Charlotte Salomon (Ed. Gallimard , 2014) , nous le découvrons sous celui de dramaturge. La surprise en est savoureuse...

La pièce a pour décor une chambre de maternité, son anti-chambre et le couloir attenant. Nathalie vient d'accoucher de Jason, premier garçon du couple qui compte deux fillettes.  Pierre, le père, est aussi fou de joie que d'angoisse, à l'idée de la compétition qui ne manquera pas de s'installer,  plus tard, sur terrain de tennis.

Débarquent Michel et Sophie, sa petite amie, qui agitent leurs pieds dans le plat d'un couple qui se fissure inexorablement.... Vérités assénées, moral assommé, Pierre voit s'effriter le bonheur bourgeois que sa maigre imagination avait construit: la possession d'un pavillon, d'une belle famille et d'un tuyau d'arrosage des plus fonctionnel, "apothéose d'une vie réussie"

L'enchaînement des scènes et des révélations se réalise sur le rythme tonique, cocasse du vaudeville, abritant, sous un humour décapant - du Foenkinos à 100 % - des questions existentielles qui méritent réflexion....

Mise en scène par Anne Bourgeois, la pièce a été créée,  au Théâtre Hébertot, le 14 mai, jouée en première partie de la cérémonie des Molières 2016, aux Folies Bergères, l e16 mai  et diffusée en direct sur les ondes de Culture Box. Je vous invite à podcaster le lien: http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/theatre/coups-de...,  valide jusqu'au 24 novembre et à savourer 1h19 de représentation délirante

Excellente interprétation de Constance Dollé (Nathalie), Davy Sardou (Pierre) , Arié Elmaleh (Michel), Marie-Julie Baup (Sophie) et de Dounia Coesens qui campe Juliette, infirmière pédiatrique des plus sexy.

La scénographie est mûrement étudiée qui,  d'un jeu de transparence, permet de visualiser un jeu continu en chambre,  quand le couloir devient la scène principale. 

Le plus beau jour, David Foenkinos, théâtre, éditions Flammarion, mai 2016

27 septembre 2016

Emile Verhaeren par Stefan Zweig

 

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Admirateur de la première heure d'Emile Verhaeren - nous avons déjà largement évoqué le sujet dans la rubrique consacrée à l'écrivain autrichien- Stefan Zweig lui consacre, en 1910 ( pour la traduction française) une biographie  élogieuse, très engagée. 

Certains Français la lui reprocheront, estimant qu' à trop insister sur les racines et mentalité germaniques du poète, Stefan Zweig l'a amené à lui,  attiré en sa propre culture,  plutôt que d'en démontrer l'ouverture, le côté résolûment européen.

C'est un débat.

Dédiée à Camille Lemonnier, la biographie voit en Verhaeren,  un homme aussi visionnaire de son temps que poète indispensable à l'époque. Et le fougueux Viennois de s'exclamer:

"Toute notre époque se reflète dans l'oeuvre de Verhaeren"

"Ainsi Verhaeren, visionnaire enthousiaste est le plus grand poète d'aujourd'hui, parce qu'il est le poète nécessaire et le poète de la nécessité."

Sa vitalité exceptionnelle prend source dans ce qui fait la force de la nation belge: ses racines  mixtes, latines et germaniques.

Ainsi: 

"Verhaeren proclame le triomphe de la race belge" 

Et Zweig de s'extasier sur le rapport de Verhaeren aux humbles, son contact physique vrai, avec les êtres et la nature, .. d'expliquer, par une sorte de psychanalyse, ses moments de crise, minimiser le rôle de l'amour, la valeur de la dramaturgie, dans l'oeuvre verharenienne...

"L'Europe entière parle par sa voix, et cette voix s'élève au-dessus du siècle présent."

Une bio engagée, jaillie de la plume d'un passionné, sorte d'épopée qui place le héros dans la vitrine de l'Histoire.

Du Zweig, pure facture.

Apolline Elter

 Emile Verhaeren, sa vie, son œuvre, Stefan Zweig, 1910 (plusieurs éditions dont en livre de poche et numériques)

26 septembre 2016

Chanson douce

A19667.jpg"Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu'il n'avait pas souffert. On l'a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s'est battue comme un fauve. On a retrouvé des traces de lutte, des morceaux de peau sous ses ongles mous. Dans l'ambulance qui la transportait à l'hôpital, elle était agitée, secouée de convulsions. Les yeux exorbités, elle semblait chercher de l'air. Sa gorge s'était emplie de sang. Ses poumons étaient perforés et sa tête avait violemment heurté la commode bleue."

 Ains'Incipit le roman - deuxième de son oeuvre - de Leïla Slimani.

Le ton est donné, la lecture, fascinante, sidérante, oppressante, l'éctiture, précise, chirurgicale,maîtrisée, remarquable.....Vous ne pourrez en lâcher prise et pages.. 

Je vous donne rendez-vous le samedi 1er octobre pour la chronique de l'ouvrage.

Chanson douce, Leïla Slimani, roman, Ed. Gallimard, août 2016, 228 pp

07:23 Publié dans Incipit, Infusions | Commentaires (0) |  Facebook |

25 septembre 2016

Quête identitaire

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" C'est difficile, j'en fais l'expérience, de s'approcher de Marthe, peut-être a-t-elle besoin d'air et ne supporte-t-elle pas que l'on s'approche trop d'elle. La façon dont elle appréhende la réalité me semble étrange. Elle disparaît derrière toutes ses identités. Une violence silencieuse émane de son être."

L'indolente, - Le mystère Marthe Bonnard, Françoise Cloarec, essai, Ed. Stock, septembre 2016, 350 pp

24 septembre 2016

L'indolente

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"S'intéresser à Marthe, c'est entrer dans la peinture, se soûler de peinture"

 Quand le jeune peintre Pierre Bonnard pénètre la boutique du fleuriste Trousselier,  il ignore - et l'ignorera quelque trente ans encore - que la jeune fille qui obsède son regard , assiège son coeur, ne s'appelle pas Marthe de Méligny. Elle n'a pas seize ans -  en compte huit de plus -  n'est ni orpheline ni dépourvue de famille.

 Pierre Bonnard a 26 ans. Solitaire et réservé, il a trouvé en Marthe - as Maria Boursin - et son corps de rêve,  la nue de son oeuvre, la compagne de sa vie. Peu importe qu'il ne la présente à sa famille, qu'il ignore tout de son passé, qu'il prenne pour monnaie comptante son identité fantaisiste.

 Interpellée par cette saisissante imposture, Françosie Cloarec, écrivain, psychanalyste et peintre met à profit sa triple compétence et  tente de percer le "Mystère Marthe Bonnard" : " Je cherche la Maria qu'elle a voulu taire dans les toiles, dans sa famille, dans les livres, dans les articles. "

 Pour ce faire, Françoise Cloarec opère un travail de dépouillement d'archives, d'articles, ... et de rencontres colossal, une enquête des plus minutieuse, qu'elle nous livre avec intégrité. Elle nous convie au coeur de sa démarche, proposant pistes et déductions pour ce qu'elles sont, sans céder à la tentation romanesque de combler les zones d'ombre par des assertions non vérifiées. Un travail d'introspection également, empreint de bienveillance, qui plutôt que confondre Marthe s'est donné  pour mission de la comprendre, de mesurer son impact dans la vie et l'oeuvre du "peintre du bonheur".

 L'anti-conformisme de leur idylle libère d'emblée Pierre des pressions de son milieu. Grâce à Marthe, il peut oser cette liberté à laquelle il aspire de son être, de son art.  "Nabi",  membre de la Revue blanche,  proche de mouvances liées à l'anarchisme, il ose aussi afficher l'érotisme de leur vie privée. Avec, en 1899, l'exposition chez Durand-Ruel d'un nu très audacieux de Marthe,  Femme assoupie sur un lit  également titré ... L'Indolence  Pierre Bonnard inaugure une riche série,  exhibe la contribution majeure que sa compagne apportera à son art.

Un artiste qui est rarement satisfait de son travail et qui sans cesse le remet sur le métier, retouchant çà et là, détails, couleurs et perspectives.

 Subtile et délicate radioscopie de l'intimité d'un couple et de son impact sur l'histoire de l'art, l'essai nous fait vivre, avec une remarquable acuité, le milieu dans lequel il gravite, l'atmosphère de l'époque, du marché de l'art et du procès-fleuve que valut la succession du  grand peintre, décédé en 1947.

 A découvrir de toute urgence.

De toute évidence

 Apolline Elter

  "L'indolente, - Le mystère Marthe Bonnard, Françoise Cloarec, essai, Ed. Stock, septembre 2016, 350 pp

 

Billet de ferveur

AE : Marthe offre à Pierre Bonnard cette liberté que son milieu ne lui permet pas. Elle lui offre son corps, sa nudité.   Ce sont là éléments essentiels  pour Bonnard, pour l’évolution de son art.  Pouvons-nous en déduire  que l’imposture  d’âge, d’identité, qu’elle commet …relève plutôt du détail, de l’accessoire ?

Françoise Cloarec :  Oui, vous avez bien vu, ces non-dits, ces vérités déguisées, très déguisées sont accessoires. 

L’essentiel est ailleurs, je ne sais pas trop où, mais comme pour n’importe quel couple, ce qui lie deux personnes entre elles a des ressorts inconscients. Marthe et Pierre ont trouvé une entente, ils ne savent même peut-être pas eux même de quoi elle est faite. Mais ce qui nous réjouit c’est qu’elle s’exprime dans l’oeuvre.

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 Françoise Cloarec est invitée du Salon Ecrire L'Histoire  (à Bruxelles) , samedi 19 novembre (PM)  et d'un café littéraire que j'aurai grande joie d'animer. (horaire encore à préciser)  Plus d'informations sur le site du salon :www.ecrirelhistoire.com et, bientôt, sur votre blog préféré

 

 

23 septembre 2016

21 rue... La Boverie

   Le soleil brillait de mille feux, ce mercredi 21 septembre, sur la Cité ardente, et de la présence lumineuse d'Anne Sinclair, fraîchement instituée "Citoyenne d'honneur de la ville de Liège".  La célèbre journaliste, chaleureuse, charismatique inaugurait, en effet, devant une palette de presse riche et polyglotte, au terme d'un débat animé avec brio par Jean Blavier, l'exposition hautement recommandée, 21 rue La BoétieCP2.JPG

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   Directement inspirée de la lecture - recommandée, elle aussi , de l'essai éponyme*,  l'exposition rassemble quelque soixante oeuvres passées par les mains et galerie de son grand-père Paul Rosenberg (1881-1959), marchand  et surtout passeur d'art, en cette première moitié du XXe siècle.

   La conception de l'événement - d'envergure, n'hésitons pas à insister - est due à l'agence Tempora et au précieux duo formé par Benoït Remiche et Elie Barnavi. Elle a bénéficié du soutien de la Ville de Liège, du partenariat scientifique du Centre Pompidou (Paris) et du prêt d'oeuvres prestigieuses - la concentration d'oeuvres signées Pablo Picasso, Georges Braque,  Henri Matisse, Marie Laurencin, Fernand Léger,  vaut à elle seule  le détour - issues de collections privées - citons le collectionneur monégasque David Nahmad - et de musées tels l'Albertina (Vienne), Frick Collection (New York), Philadelphia Museum of Art,  musées d'Orsay et Picasso (Paris) Deutsches Historisches Museum (Berlin), notamment.

   C'est dire...

   La scénographie, mûrement étudiée, claire et pédagogique se répartit en six sections qui de la naissance d'une galerie, passage de modernité, système Rosenberg, assaut contre l'"art dégénéré", Occupation et exil, Libération et lutte pour la restitution démontrent à l'envi, à la passion, la collusion entre le destin d'un homme - pas n'importe lequel, certes - doté d'une pré-science en matière artistique - et celui de l'Histoire, dans ses déclinaisons les plus effroyables, celles d'une répression nazie qui détruit l'homme jusque dans sa culture.

   En cela le parcours de l'exposition obéit aussi  à un devoir de mémoire.

   Je reviendrai de billets réguliers sur les facettes et innombrables pistes induites par cet événement majeur.

   Pour l'heure, je vous engage vivement - vous l'aurez compris - à inscrire la visite (guidée) à l'agenda de vos priorités. Vous avez jusqu'au 29 janvier 2017. L'occasion corollaire de découvrir l'écrin de rêve que constitue le musée de la Boverie, inauguré en mai dernier, délicieusement niché au sein du parc homonyme.


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 Apolline Elter

 Informations pratiques:

21 rue la Boétie

Exposition temporaire, du  22 septembre 2016 au 29 janvier 2017

Fermeture hebdomadaire le lundi (sauf congés scolaires)

Parc  de la Boverie - 4020 Liège

 www.21ruelaboetie.com

 

Bon plan: Accès aisé à pied, sous le soleil, au départ de la splendide Gare des Guillemins

 

chronique sur ce blog en date du 17 mars 2012  http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2012/03/13/21-rue-la-boetie.html  de l'ouvrage éponyme(Grasset, 2012 - réédité en livre de poche)

22 septembre 2016

L'indolente


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"Regarder une toile de Bonnard est une aventure jouissive pour l'oeil. De nombreux points de vue circulent sur la surface du tableau, hors des existences habituelles. Chez Bonnard, les lois de la perspective deviennent fictives, non fixes, comme une insolence qui libère le regardeur. (...) Nous sommes dehors en étant dedans, abasourdis, créateurs. "

 "L'indolente, - Le mystère Marthe Bonnard, Françoise Cloarec, essai, Ed. Stock, septembre 2016, 350 pp

Rerndez-vous samedi 24 septembre sur ce blog pour le billet de ferveur que l'auteur nous consent.

21 septembre 2016

14 juillet

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"Le saccage de la folie Titon fut considéré comme un désastre. On compta le moindre bouton de porte disparu, chaque pelle à feu, chaque pincette, le plus petit morceau de tapisserie arraché, les nappes déchirées, les oreillers crevés, les tasses de porcelaine ébréchées, les vestes de soie en lambeaux, le satin en confetti, les innombrables gilets de toile, les déshabillés de madame, les morceaux de mouchoirs brûlés, tout cela fit l'objet d'un compte précis, inventaire méticuleux où les chiffres s'empilent, neuf mille livres par-ci, sept mille par-là, dix-neuf mille livres par-ci, deux mille cinq cents par là. Mais le nombre des morts parmi les habitants du Faubourg, en revanche, resté vague, indécis. "

 Prémices de la célèbre prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, la mise à sac, le 28 avril précédent,  de la Folie Titon, siège de la manufacture royale de papier peint,  signe le mécontentement des ouvriers du Faubourg Saint-Antoine. Jean-Baptiste Réveillon,  propriétaire de la  manufacture, leur a,  en effet "proposé" une diminution de salaire aux fins de lutter contre la concurrence étrangère.

 " La nuit du 13 juillet 1789 fut longue, très longue, une des plus longues de tous les temps. "

 Cette nuit, la journée qui suit, l'écrivain-cinéaste a décidé de nous les faire vivre depuis la foule des anonymes, de "raconter ce qui n'est pas écrit. "Il rend ainsi noms, faits, gestes, distribue les rôles  parmi les acteurs du peuple, les agence en un fondu enchaîné saisissant, bruyant, presque odorant, ..restituant, d'un lyrisme jubilatoire, la marche exaspérée, inexorable de la masse vers la conquête de ses droits. 

 Une fresque puissante, pétrie de verve et d'éloquence.

 Apolline Elter

 14 juillet , Éric Vuillard, récit, Ed. Actes Sud, août 2016, 208 pp

 

20 septembre 2016

Maman Marthe-Poule, suite et fin

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J'évoquais mardi passé, les recommandations maternelles que Marthe Massin fait à Stefan Zweig dans le soin à apporter à son cher mari, Emile. 

La tournée de conférences en Allemagne et Autriche fut un succès, Emile est bien rentré, Marthe est soulagée

Elle écrit à Stefan (depuis Bruxelles, le 19 mars 1912) :

 Mon cher Zweig,

             Verhaeren est rentré avant-hier, avec un gros rhume, mais très bien portant quand même.

            Il raconte son voyage avec beaucoup cl’ enthousiasme, et il ne cesse de me redire, ce que chacune de ses lettres m’avaient déjà dit : que vous avez été pour lui un ami sûr, dévoué et aimant, et que si son séjour en Allemagne a été exempt de toute corvée, et de tout ennui, c’est surtout à vous qu’il le doit.

             Tout cela, je l’avais pressenti, mais je comprends que vous avez fait plus encore que ce que mon affection – si exigeante quand il s’agit de lui – avais osé vous demander.

Et notre chère Marthe d'inviter dès que se peut Stefan Zweig au "Caillou" (-qui-bique) pour le gâter à son tour et lui prouver leur amitié "grandie"....

    Source: Verhaeren – Zweig. Correspondance. Edition établie par Fabrice van de Kerkhove, Ed Labor, 1996, coll. Archives du futur, 608 pp

 

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Mar-dites-moi, Emile Verhaeren

Du 12 juillet au 27 novembre 2016 (centenaire du décès du poète) , vous aurez rendez-vous chaque mardi pour des billets, infusions,, extraits de lettres ,  chroniques , ....relatifs au chantre du vitalisme.

 

19 septembre 2016

Tablées d'actualité littéraire

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Ca y est, c'est reparti

Nos Litt & Lunchs du Lundi, mais aussi du mardi, jeudi, vendredi, ....

Tablées d'actualité littéraire

Il y a matière

Ou vouées  à l'Epistolaire, 

Ca c'est une autre affaire

 

Intra Muros du Pavillon

des Marquises, le Salon

Extra Muros, à Namur,  Louvain-la-Neuve,  Bruxelles, et environs

 

Pour l'heure nous vous dévoilons

Les publications

Que nous survolerons 

En nos premières réunions

 

 Romans  (et théâtre) 

  • Police, Hugo Boris
  • Beaux rivages, Nina Bouraoui
  • L’été des rats, Martine Cadière
  • Le dernier des nôtres, Adelaïde de Clermont-Tonnerre
  • 33 chambres d’amour, François Emmanuel
  • Petit pays, Gaël Faye
  • Le plus beau jour, David Foenkinos
  • Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd
  • Possédées, Frédéric Gros
  • La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Guenassia
  • Riquet à la houppe, Amélie Nothomb
  • L’homme qui voyait à travers les visages, Eric-Emmanuel Schmitt
  • Chanson douce, Leila Slimani
  • Les simples prétextes du bonheur, Nahal Tajadod
  • L’insouciance, Karine Tuil

  2.Essais – biographies

  • L’indolente, Françoise Cloarec
  • Louis I, II, III, … XIV… L’étonnante histoire de la numérotation des rois de France, Michel-André Lévy
  • Kate Middleton, Bertrand Meyer-Stabley
  • Quatorze mois, Carine Russo
  • 14 juillet, Eric Vuillard

 3. Audiolivres

 -  Méditer, jour après jour, Christophe André

- Et tu n’es pas revenue, Marceline Loridan-Ivens

- Délivrances, Toni Morrison

- Debout les morts, Fred Vargas

- Moi, Malala, Malala Yousafsai

 4.Idées-VD

 - L’étudiante et Monsieur Henri, Ivan Cabrera

 

18 septembre 2016

Urbain Grandier: pêcheur mais pas criminel

9782226328809-j.jpgthéière high tea.jpgJe ne les ai pas offensées, mais je leur pardonne le mal qu'elles m'ont fait. Je meurs pêcheur, certes, mais je ne suis pas criminel."

 

 

 Possédées, Frédéric Gros, roman, Ed. Albin Michel, août 2016, 300 pp

17 septembre 2016

Possédées

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" J'ai compris vite, monsieur le bailli, que les tout premiers événements étaient une préparation, et que cette fois, vraiment, le couvent des Ursulines est la proie d'une possession maléfique tout à fait redoutable."

Il est des premiers romans qui ne sont pas des coups d'…essai tant le style s'affirme fluide, élégant, maîtrisé.

Essayiste, marcheur, philosophe, professeur de pensée politique à Sciences-Po Paris, Frédéric Gros s'est emparé d'un fait historique, le drame  des "possédées de Loudun" qui, déclaré en 1632, assorti d'une cabale contre le curé Urbain Grandier,  mènera ce dernier au bûcher.

Cloîtrées en leur couvent des Ursulines de Loudun, la supérieure Jeanne des Anges et quelques autres soeurs sont victimes d'hallucinations, frappées d'obsessions, saisies de convulsions, convaincues de possession. Le coupable est habilement suggéré, tôt désigné, le suppôt de Satan est Grandier.

Beau, brillant,  séduisant, un tantinet arrogant, le jeune curé de la bourgade engrosse Estelle Trincant, l'élève à laquelle il enseigne le latin. Il enclenche de la sorte une persécution implacable qui fera de lui la victime expiatoire, emblématique,  de l'avènement de la Contre-Réforme. 

Certes, il n'est pas un enfant de choeur: tandis qu'il rédige un traité contre le célibat des prêtres,  il succombe aux charmes de Maddalena et lui conçoit pareillement un enfant - qu'il ne connaîtra pas.  

Jusqu'à son dernier souffle, il nie le pacte satanique qui lui est attribué, croit pouvoir déjouer l'implacable machination ourdie contre lui.

Fresque saisissante, le roman de Frédéric Gros nous fait vivre les faits et vibrer de l'effroyable résurgence de l'Inquisition.

Un événement de la rentrée littéraire

Apolline Elter

 Possédées, Frédéric Gros, roman, Ed. Albin Michel, août 2016, 300 pp

 

Billet de ferveur

 

AE : Parmi les  pièces à charge contre Urbain Grandier, figure la « Lettre de la cordonnière », pamphlet contre Richelieu, attribué (faussement) au Curé Grandier. En avez-vous eu lecture ?

Frédéric Gros : Oui, et du reste il existe en fait au moins versions de cette lettre (avec le même titre Lettre de la cordonnière de la reine-mère à M. de Baradas) : une première version donne une vision sombre de la situation nationale, propose des réformes, dénonce des abus et met en garde le Roi contre « ce vautour affamé qui ronge les entrailles de ses sujets » : chacun reconnaît là une mise en cause violente de Richelieu. La police ne parviendra à mettre la main que sur l’imprimeur (Jacques Rondin) qui sera durement châtié, mais pas sur l’auteur.

   Une autre lettre, plus acide et méchante, commencera à circuler après la première (il est possible que d’autres encore aient été écrites).

Urbain Grandier, qui connaissait personnellement la « cordonnière » (Catherine Hammon, de Loudun) a été soupçonné d’avoir écrit la première lettre, pleine de finesse et rédigée dans un style élégant, mais sans preuve. Au moment de son arrestation, le commissaire Laubardement trouve un exemplaire dans sa bibliothèque.

   Pour certains historiens, Richelieu aurait été persuadé de l’implication de Grandier dans cette affaire au point où sa mort pourrait être considérée comme un effet direct de sa vengeance. Je pense pour ma part que cette affaire n’a été qu’un élément à charge parmi d’autres, une manière pour « inviter » Richelieu à une sévérité sans concession.

 

AE : Son sacerdoce n’a pas empêché Urbain Grandier de concevoir deux enfants. Reste-t-il des traces de sa descendance ?

Frédéric Gros : Il se pourrait que le premier enfant de la fille du procureur du roi, Philippe Trincant, (je la nomme Estelle dans le roman), soit de Grandier. Après « l’affaire » de l’engrossement par Grandier de la fille de Philippe (si on admet la véracité de cette affaire), il y a sans doute eu un mariage  « arrangé » avec Louis Moussaut (juin 1629), alors que la fille Trincant est encore enceinte, lui « acceptant » l’enfant à naître comme le sien. L’historien Robert Rapley constate avec surprise sur les registres de baptême du petit Louis, les registres portent la demande que l’enfant ne s’appelle pas Moussaut, mais Trincant-Moussaut, comme pour marquer une particularité.

J’évoque dans le livre, à la fin du roman, la grossesse de Maddalena (Madeleine de Brou dans la réalité), mais là c’est pure invention. Aucun témoignage ne va dans ce sens, il est même probable qu’elle ait fini sa vie dans un couvent après la mort de Grandier.

 

16 septembre 2016

Une (anti-) rentrée de haute facture

Une soirée magique ouvrait, ce jeudi 15 septembre, l'année littéraire du Cercle Chapel (Waterloo) téléchargement.jpg

Conviés par Didier Debroux, quatre écrivains de haut vol, Françoise Lalande, Armel Job, Grégoire Polet et  Alain Berenboom vinrent défendre l'ouvrage qu'ils offriraient à leur meilleur ami, mais aussi celui dont ils accableraient leur pire ennemi....

Et nos orateurs, brillants avocats, de plaider avec coeur, arguments et force  conviction les lectures de Continuer (Laurent Mauvigner), Une vie bouleversée (Etty Hillesum), Faim( Knut Hamsun) et Nuit mère (Kurt Vonnegut, jr) 

Moment choisi, fabuleux, belge et rare...que d'entendre des écrivains évoquer d'autres ouvrages que les petites merveilles jaillies de leur plume. Cela demande une vraie ouverture, une générosité corollaire, un rendu de véritable lecture..Un esprit supérieur, tout simplement.

La seconde partie du débat fut légère et spirituelle.. les invités ayant interprété la consigne de manière variable...

Si Le Deuxième sexe (Simone de Beauvoir)  Ulysse (James Joyce) et La condition humaine (André Malraux) passent à la trappe de lectures.. peu conseillées, rendons grâces à Alain Berenboom de gratifier son meilleur ennemi de la lecture en deux volumes du Comte de Monte-Cristo (Alexandre Dumas) . Et l'écrivain de justifier ce choix par la volonté d'écraser son adversaire par l"ingestion d'un chef-d'oeuvre, de le neutraliser le temps d'une longue lecture et enfin,  de lui faire miroiter le spectre d'une vengeance particulièrement horrible,  calquée sur les méthodes d'Edmond Dantès....

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Orchestrées par un lecteur hors pair - Didier Debroux (Capitaine littéraire du Cercle Chapel, auteur du Blog, La XXVe heure: http://www.xxvemeheure.com/) a une érudition livresque abyssale - les interventions s'enchaînaient, joyeuses et conviviales, qui prouvèrent toutes et si besoin, l'utilité existentielle de la lecture et de son détachement essentiel de la stricte actualité littéraire..

Une soirée d'exception

Apolline Elter 

15 septembre 2016

Les mots entre mes mains

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  " Tous ces mots parfaitement calligraphiés me toisent avec dédain."

 C'est ma consoeur Nicky Depasse - grâces lui soient rendues - qui m'a fait découvrir cette fiction à vocation historique, premier roman de Guinevere Glasfurd.

Placé sous la plume d' Helena Jans van der Storm, une jeune servante hollandaise fascinée par l'écriture et les mots - fait  incongru pour une femme de sa condition en ce début de Grand siècle- le récit dévoile la liaison tenue secrète qu'elle entretient avec le célèbre penseur René Descartes (1596-1650) en séjour à Amsterdam, en 1634, chez Monsieur Sergeant, libraire et patron d'Helena.

Contrainte à quitter Amsterdam, Helena met au monde Francine (Descartes), le 19 juillet 1635; la fillette meurt à cinq ans de la scarlatine, alors même que son père - qui se fait passer pour son oncle - a formé le projet de l'envoyer s'instruire en France 

Nous découvrons une facette méconnue et encore mystérieuse de Descartes en une époque cruciale de sa vie puisqu'il travaille alors le célébrissime Discours de la méthode, publié en 1637.

Apolline Elter

Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd, roman traduit de l'anglais par Claire Desserrey, Ed Préludes, août 2016,  448 pp

14 septembre 2016

14 juillet

 Fresque puissante, cinématographique de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, le roman d'Eric Vuillard met en scène les anonymes,  les innombrables acteurs du peuple qui ont fait l'événement.. Il y a un côté "son et lumière" dans la relation de l'action.. un aspect troublant, percutant, qui ne manque de nous évoquer le tragique attentat perpétré à Nice, voici tout juste deux mois.9782330066512 (2).jpg

" Il y a des gens partout. Il faut imaginer ça. Il faut imaginer un instant le gouverneur et les soldats de la citadelle jetant un œil par-dessus les créneaux. Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple. Il faut imaginer leur stupeur. Il faut imaginer le ciel obscur, orageux, le lourd vent d'ouest, les cheveux qui collent au visage, la poussière qui rougit les yeux, mais surtout, la foule de toutes parts, aux bords des fossés, aux fenêtres des maisons, dans les arbres, sur les toits, partout."

  14 juillet , Éric Vuillard, récit, Ed. Actes Sud, août 2016, 208 pp

Rendez-vous mercredi 21 pour notre compte rendu de lecture.

 

13 septembre 2016

Maman Marthe-Poule

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Emile Verhaeren et Marthe Massin, son épouse, formaient un couple fusionnel.

Ils n'eurent pas d'enfants.

Dévouée corps et âme à son poète de mari, Marthe était un peu du genre mère-poule.

Voici ce qu'elle écrit à Stefan Zweig, le 25 février 1912, à la veille de la tournée de conférences en Allemagne - Autriche, que l'écrivain autrichien organise pour son confrère belge:  

Mon cher Zweig, 

Verhaeren vient de partir, dans deux jours, c’est vous qui aurez la joie de vivre à côté de lui.

 J’espère que vous lui trouverez assez bonne mine, malgré cette dernière indisposition qui l’a assez amaigri et pâli. Je vous avouerai même qu’un moment, j’ai cru ne pas le quitter, et le suivre, sans qu’un autre que vous le sache, à travers tout son voyage. Mais songeant à vous qui alliez le rejoindre, j’ai vite abandonné ce projet. Déjà je devine tout ce que votre grande affection pour lui va imaginer pour lui éviter le plus de fatigues possibles, et pour écarter de lui tout ce qu’il appelle «corvée ».

Et Marthe d'insister pour que Stefan Zweig interrompe le circuit dès le premier signe de fatigue, de l'en remercier d'avance, ainsi que du repos qu'elle goûtera, elle-même, en l'absence d'Emile, le sachant en si bonnes mains....

Touchant n'est-il pas? 

Rendez-vous mardi prochain pour le feedback de l'expédition

 Source: Verhaeren – Zweig. Correspondance. Edition établie par Fabrice van de Kerkhove, Ed Labor, 1996, coll. Archives du futur, 608 pp

 

Mar-dites-moi, Emile Verhaeren

Du 12 juillet au 27 novembre 2016 (centenaire du décès du poète) , vous aurez rendez-vous chaque mardi pour des billets, infusions,, extraits de lettres ,  chroniques , ....relatifs au chantre du vitalisme.

12 septembre 2016

Rentrée - Sorties

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Avez-vous déjà remarqué

Comme rentrée 

Rime avec sorties

En ...librairies

 

Apolline, Les pensées rentrées du Lunci

11 septembre 2016

Petit pays

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"Le cabaret était la plus grande institution du Burundi.L'agora du peuple. La radio du trottoir. Le pouls de la  nation. Chaque quartier, chaque rue possédait ces petites cabanes sans lumières, où, à la faveur de l'obscurité, on venait prendre une bière chaude, installé inconfortablement sur un casier ou un tabouret, à quelques centimètres du sol. Le cabaret offrait aux buveurs le luxe d'être là sans être reconnus, de participer aux conversations, ou pas, sans être repérés. Dans ce petit pays où tout le monde se connaissait, seul le cabaret permettait de libérer sa parole, d'être en accord avec soi. On y avait la même liberté que dans un isoloir. Et pour un peuple qui n'avait jamais voté, donner sa voix avait son importance. Que l'on soit grand bwana ou simple boy, au cabaret, les coeurs, les têtes, les ventres et les sexes s'exprimaient sans hiérarchie."

 

Petit pays, Gaël Faye, roman, Ed. Grasset, août 2016, 220 pp

10 septembre 2016

Petit Pays

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Retenez ce nom, retenez ce titre: ce roman fabuleux, de large inspiration autobiographique, va faire couler beaucoup d'encre d'émotion,  de larmes de tendresse. Il imprégnera votre esprit de ce vécu si bien rendu, par le prisme de Gaby, un enfant d'onze ans, soudain projeté dans une séquence d'effroyables événements.

Vous songez aux Cerfs-volants de Kaboul? [NDLR: Khaled Hosseini, 2003)

Vous n'avez pas tort

C'est encore plus fort.

Mais encore:

«  Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur »

 L'implosion du couple des ses parents - Yvonne est Rwandaise tutsi, Michel, Français, dirige des chantiers, au Burundi  - introduit une première brèche dans l'enfance dorée de Gaby et de sa jeune soeur Ana. L'assassinat, en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, président burundais, le génocide rwandais, l'embrasement de la région des Grands Lacs, préludes à quinze années de guerre civile, vont faire exploser le paradis  que constitue l'impasse où il vit, sur fond de violence inouïe.

"On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire."

Le récit est tragique. Certes. Mais il est surtout lumineux, avivé de fraîcheur par ce regard d'enfant, qui s'accroche au cocon de ses relations familiales  - joyeuses et colorées -  amicales-  de ce club des cinq, formé avec Armand, Gino, les jumeaux, voisins de l'impasse- , avec Innocent, Donatien, les boys, Madame Economopoulos, vieille et généreuse Grecque qui laisse dévaliser ses manguiers et les livres innombrables d'une riche bibliothèque ...

En filigranes, le passage initiatique de l'enfance à un monde adulte particulièrement bousculé...

Un premier roman fort. Très fort.

Apolline Elter 

Petit pays, Gaël Faye, roman, Ed. Grasset, août 2016, 220 pp

 

 

09 septembre 2016

Decor à la Villa Empain

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De l'œuvre d'art signifiante, autonome, admirée pour elle-même dans le cadre choisi du musée à celle qui participe de l'environnement, se fond en lui pour  le réveiller, mieux le révéler, les conceptions s'affrontent, occidentale, moderne, orientale, connectée, ...qui posent la question de la valeur décorative de l'Art, son éventuelle fonctionnalité et même ses rapports avec l'artisanat.

 Est-il cadre mieux choisi que celui de la Villa Empain, joyau de l'Art déco bruxellois, restauré dans son intégrité originelle par les soins de la Fondation Boghossian pour explorer cette réflexion essentielle et partant les rapports que nous nourrissons avec l'art.

 Confiée au triple commissariat de Tino Sehgal, Dorothea vain Hantelmann et Asad Raza, l'exposition Decor - l'accent  se porte et déplace sur la réflexion- investit , en mode minimaliste, les pièces de la somptueuse villa, du 8 septembre 2016 au 29 janvier 2017.

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Accueilli par une chorégraphie , gracieuse et éthérée de coussins argentés variablement gonflés d'hélium - sur le mode Andy Warhol - le visiteur traverse les rideaux de perles fluides et brillants (Felix Gonzalez-Tornes) pour porter son regard sur les vitraux de vinyles colorés dont les fenêtres sont parés ( un travail signé Daniel Buren)

Montage floral , tapisserie murale en coulées de peinture sur papier carbone,  montage multi-prises ,  chambre tout droit issue du film  homonyme de Marcel L'Herbier (1924) , pierre volcanique en lévitation dans un aquarium - un travail fascinant signé Pierre Huyghe,- objets issus de la propre collection Boghossian, bureau saisi d'activité studieuse.... sont tant d'éléments , passerelles de dialogue sur la fonction de l'art et  rapprochement des cultures orientale et occidentale qui est vocation de la Fondation

Mais encore

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La rentrée offre une riche programmation de rencontres, conférences, tables rondes... dont, ll'entretien-dédicace , jeudi 15 septembre à 18h30, animé par Sophie Creuz (L'Echo) autour de Laurent Gaudé  et de son roman, Ecoutez nos défaites (Actes Sud, août 2016) . Je vous engage vivement à rencontrer l'écrivain affable et passionnant, Prix Goncourt 2004 pour son fabuleux Soleil des Scorta (Actes Sud) 

Informations pratiques

Fondation Boghossian

Centre d'art et de dialogue entre les cultures d'Orient et d'Occident

Av. Franklin Roosevelt, 67 

B-1050 Brussels

www.boghossianfoundation.be 

Fermeture: le lundi.

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08 septembre 2016

La valse des arbres et du ciel

téléchargement (19).jpg" Ce fut ma première rencontre avec la peinture de Vincent, et je revois sans cesse cette scène, je me souviens de chaque détail. Ce n'était pas vraiment beau au sens où l'on entendait la beauté alors, mais ça allait le devenir. J'ignore où se trouve ce tableau aujourd'hui, en Amérique probablement, peu importe, il est dans ma tête et éclaire chaque jour de ma vie, je ferme les yeux, je le vois, et il brille avec autant d'éclat. Il est à moi, comme les autres. "

 Nous l'avions déjà constaté  avec  La vie rêvée d'Ernesto G. (Ed. Albin Michel, 2013 ) focalisé sur Che Guevara, Jean-Mikchel Guenassia aime approcher les personnages mythiques , offrir à ses lecteurs un éclairage ... innovant.

  Il s'attaque, en ce nouveau roman, aux dernières semaines de la vie de Vincent Van Gogh, son séjour fatal d'Auvers-sur-Oise, de mai à juillet 1890 - et  à l'idylle qui le lie à Marguerite Gachet, une jeune fille de 19 ans, fille du célèbre médecin, ami des impressionnistes, dont il est le patient.

 Sorte de journal rédigé de la plume de Marguerite, quelque  soixante ans après les faits, le récit met à mal la réputation du docteur Gachet : ce dernier apparaît sous un jour vil et incompétent. Peintre lui-même, il se fait offrir nombre toiles par ses patients artistes, en échange de ses prestations médicales. Il se constitue ainsi une collection importante ... dont il a peut-être fait copie lui-même ou par le biais de sa fille... Le soupçon d'imposture est posé , le scandale a déjà fait couler bien de l'encre.

 Étayé de coupures de presse d'époque et d'extraits de lettres des frères Van Gogh  - nous découvrons que Vincent Van Gogh était un prolixe épistolier  - le roman offre un regard très engageant sur la production picturale effrénée du célèbre peintre, en son dernier séjour:   75 toiles en 70 jours

 La thèse du suicide  de l'artiste est réfutée avec  force conviction…..

 L'approche est, pour le moins, séduisante

 Apolline Elter

 La  valse des arbres et du ciel,  Jean-Michel Guenassia, roman, Ed; Albin Michel, août 2016, 300 pp

07 septembre 2016

L'homme qui voyait à travers les visages

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Augustin Trolliet croupit, pâle stagiaire SDF, au sein de la rédaction d'un sordide quotidien "carolo", entendez de Charleroi (en Belgique)...  Mais notre (anti-) héros, narrateur de cette fiction déconcertante, est doté d'un don peu commun: il repère les morts qui gravitent autour de ses interlocuteurs, les harcèlent et leur font parfois commettre de mauvaises actions.

Témoin et même légère victime d'un attentat djihadiste, perpétré à la sortie d'une messe...  Augustin aura maille à partir avec les enquêteurs: sa science des morts est par trop suspecte... Ajouté à cela qu'il entre en contact avec le jeune Momo Badawi, frère dd'Hocine, le kamikaze péri dans l'attentat, et avec l'ordinateur portable de ce dernier.

La vie ne comporte heureusement pas que de mauvaises rencontres. Amené à interviewer le célèbre écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, en son château-ferme de Guermanty, Augustin va nouer avec lui une conversation de haute facture philosophique, nourrie d'humanité et  révélations intimes qui sont tant de présents que l'écrivain fait à ses aficionados. Les génies qui l'entourent, peuplent sa vie - Charles de Foucauld, Mozart, Diderot, Colette, Blaise Pascale....- prouvent à l'envi "que l'on n'est jamais seul quand on écrit."

A cet honneur s'ajoute bientôt celui de rencontrer Le Grand Oeil, à savoir, Dieu en personne et de l'interroger pareillement. Moyennant, bien troublante, l'ingestion de substances hallucinogènes... 

Un dialogue alerte s'ensuit qui éclaire les relations de Dieu et de ses bien imparfaites créatures, à l'aune de trois publications majeures: les Ancien et Nouveau Testament, le Coran:

" Je renonce aux récits parfois embroussaillés de l'Ancien Testament, je me détourne des paraboles du Nouveau Testament. Leur impact m'avait déçu (...) Dans le Coran, je me montre pragmatique. Je rédige des prescriptions.

 Une légèreté qui habille, ne passons pas à côté, un syncrétisme religieux prodigieusement maîtrisé.

Le  message majeur de cette aimable fiction consisterait-il à nous enjoindre de lutter contre les amalgames...  et cet obscurantisme régressif dans lequel les Islamistes entendent nous enfoncer.

Il s'assortit d'une solution:

"Notre destin réside dans les mains de ceux qui, hélas, provoquent la réserve: les musulmans. Qu'ils se montrent sans complexes, s'opposent aux islamistes, affichent les valeurs qu'ils partagent avec les non-musulmans. Et qu'artistes, intellectuels, journalistes de tout bord participent à ces éclaircissements. La crise spirituelle ne sera dénouée que spirituellement."

Le roman foisonne - EES oblige - de nombreuses autres de pistes de  réflexion, tant il est vrai que: 

"Le livre propose, le lecteur dispose. La lecture fait la qualité d'un livre."

Je vous invite à la vôtre

Apolline Elter

 

06 septembre 2016

Emile Verhaeren, L(homme des lettres - démarrage des tables rondes

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RAPPEL DE  RENTREE

 

2016 célèbre le centenaire du décès tragique d’Emile Verhaeren, le 27 novembre 1916.

La gloire de l’illustre poète dépassait largement les frontières de notre pays. Le survol de sa correspondance  encrée d’amitié pour Théo Van Rysselberghe, Stefan Zweig, Richard Dehmel, Rainer Maria Rilke,  LM le Roi Albert et la Reine Elisabeth de Belgique, …,  ancrée d’amour pour  Marthe Massin, son épouse, nous révèle l’homme de lettres sous un jour particulièrement vivant...

Des tables rondes, oblongues, conférences, ... s'organisent dès à présent, qui vous permettront d'approcher, en son intimité,  l'homme des lettres, de parcourir les pages d'un  vert livret , spécialement pour vous concocté ( Illustration :dessin de Félix Valloton) 

Pour tout renseignement, cliquer sur l'onglet: Me contacter.

Point ne le regretterez.

05 septembre 2016

Avoir du pot.

images.jpg Septembre s'élance, temps de rentrée et de ...seconde sess...

Epreuves d'examens quand ce n'est d'eczéma

Courage, students, il faut sauver votre peau

Et en avoir quelque peu,... à défaut d'orthographe

Apolline, Les pensées épidermiques du lundi

04 septembre 2016

Donc c'est non

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A Franz Hellens [recommandée]  - 13 septembre 1952

 

   Cher Ami, 

 

   J'ai fait mille chambres d'hôtel et cabines de navire, depuis; et je brûle toutes les lettres,  souhaitant qu'on en fasse autant des miennes. Vite, frottez une allumette. En tout cas, ne les publiez pas.(...)"

 

Donc c'est non, Henri Michaux. Lettres réunies, présentées et annotées par Jean-Luc Outers, Ed Gallimard, février 2016, 208 pp

 

03 septembre 2016

L'Intime Festival- chapitre 4

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 Je ne puis décidément que me réjouir que L'Intime Festival ait postposé d'un week-end son agenda.

Outre la lecture-spectacle épistolaire, offerte par Edouard Baer, je vous en parlai, hier..., je me rendrai avec joie et conviction à la rencontre menée autour de Jean-Luc Outers et de son édition de la correspondance d'Henri Michaux, Donc, c'est non (Ed. Gallimard, 2016) - Elle aura lieu à 15h30 en l'amphithéâtre. 

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Curieux personnage que le père de Plume. Rétif à toute notoriété-   " Cinquante procès ne me rendraient pas un visage inconnu." -  culte de sa personne, publication de photo, proposition de prix littéraire, d'appartenance à un groupe - il refuse  tout net l'étiquette du surréalisme - de publication dans la  prestigieuse Pléiade,  ... et bien évidemment d'édition de correspondance.... Henri Michaux passe son temps à refuser toute proposition...

Nous infuserons,  demain, à 17 heures,  l'extrait d'une lettre, à l'occasion de notre High Tea dominical.

Donc c'est non, Henri Michaux. Lettres réunies, présentées et annotées par Jean-Luc Outers, Ed Gallimard, février 2016, 208 pp

 

02 septembre 2016

L'Intime Festival- chapitre 4

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Coup d'envoi est donné, ce soir, au quatrième chapitre d'un Festival qui nous tient à coeur et esprit, un Festival de lectures, de rencontres littéraires, en la  belle(ge) ville de Namur.

Vous aurez reconnu L'Intime Festival

Nous l'évoquions en une précédente édition, vous invitons à vous rendre sur le site du Théâtre de Namur pour en télécharger le programme complet : www.theatredenamur.be  

Une surprise nous fut dévoilée en début de semaine; je vous la livre sans tarder et signerai présente à ce rendez-vous épistolaire, sorte de petit frère du Festival de la correspondance de Grignan

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LECTURE SURPRISE: « LETTRES À NORA » DE JAMES JOYCE LU PAR EDOUARD BAER

le samedi 03/09 à 13:30
Théâtre Royal de Namur - pour public adulte


Ce lundi 9:36, un coup de fil du plus fan des festivaliers: Edouard Baer. Il a une folle envie d'être parmi nous ce week-end. Il a envie de lire, de partager les sulfureuses "Lettres à Nora" de James Joyce! 

Les lettres datent de l'année 1909. Elles furent écrites lors d'un séjour de James Joyce à Dublin. Adressées à sa compagne Nora Barnacle restée à Trieste, leur érotisme intense a longtemps empêché leur publication. Nora a non seulement participé à cet échange pornographique mais semble avoir souvent précédé son mari dans l'audace des propos, essentiellement dans le but d'entretenir chez lui des pratiques solitaires et de l'éloigner ainsi des prostitués. Hélas, les lettres de Nora ont disparu (définitivement ?) de la circulation.


Cadeau, nous offrons cet instant à tous les détenteurs d'un pass samedi, vendu au prix de € 14

Réservez dès 12:00 au +32 81 226 026 ou par internet

 

 

01 septembre 2016

Quatorze mois

51eF0ROFOHL._SX195_.jpgSold out dès son entrée en librairie, le 17 août, le témoignage de Carine Russo, le journal qu'elle adresse à Mélissa, sa fillette arrachée voici 21 ans à la vie simple, banale et belle d'enfant aimée - faut-il vous rappeler la monstrueuse "Affaire Julie et Mélissa" qui mit la Belgique en émoi, du 24 juin 1995 au 17 août 1996, jour de macabre découverte - est digne.

Longtemps reportée, la démarche était malaisée.

" Oser me souvenir M'en faire un devoir. Pour elle, ma fille. Pour moi, pour mon fils. Pour tous ceux qui l'ont connue et aimée. Pour la rendre à la vie, laisser une trace d'elle quelque part, au creux de quelques pages. Parler d'elle. Pour ne pas laisser cette injustice suprême de la voir niée jusque dans sa tombe. Pour qu'on se souvienne d'elle... Oui, oser se souvenir, dire, rappeler cette histoire."

D"un ton sobre, cette Maman "désenfantée" offre à notre empathie, irrépressible sympathie la relation des faits qui ont jalonné quatorze mois d'attente rendue d'autant plus insupportable que les parents étaient privés d'informations, désinvestis de leur rôle et découvraient au fil des mois les dysfonctionnements ahurissants de l'enquête.

"Le temps des autres n'est plus le nôtre. L'attente a suspendu nos vies."

Corollaires d'une grande solidarité familiale, amicale et des multiples actions entreprises pour activer les recherches, la perte d'anonymat, la surexposition médiatique,  l'invasion constante de la maison - la salle à manger était devenue un QG -  la sonnerie continuelle du téléphone et sa prolifération anarchique de fausses pistes ... furent tant d'épreuves supplémentaires infligées à une famille dévastée.

On ne peut qu'admirer que le couple de Gino et Carine Russo ait résisté à ce cataclysme, qu'il ait raison gardée. Surtout qu'aujourd'hui encore subsistent tant de questions non résolues, dont celle cruciale du sort des petites filles durant les 104 jours d'emprisonnement de Marc Dutroux.

" A l'approche de l'hiver, le manque de ma petite fille me tenaillait tellement, mon besoin d'elle, de l'entendre, de la voir, de lui parler était devenu si pressant que je me suis mise à lui écrire dans un petit carnet bleu. Quelques lignes, presque chaque jour. En les relisant, elles me sont apparues singulièrement révélatrices de mon état d'esprit du moment. Pour cette raison, j'ai fait le choix de les retranscrire intégralement."

Et le lecteur de parcourir, pudique,  bouleversé, cette correspondance d'une maman tendre, chaleureuse, angoissée.. et d'acquérir la conviction qu'elle n'a pu rester lettre morte:  où qu'elle fût, Mélissa était imprégnée de l'amour de sa famille - les lettres n'en sont que la verbale confirmation.

Et la lectrice que je suis de remercier ces parents qui, par leurs actions justes et répétées, ont clairement permis au système policier belge  de s'améliorer, gagner en transparence et donc en efficacité - songeons à la création de Child Focus, cellule réactive, dès les premières minutes de signalement d'une disparition - à la fusion des corps de gendarmerie et de police, ... - et de leur souhaiter de vivre désormais une vie la plus apaisée possible - Mélissa demeurera part entière de mémoire, de famille - à l'abri des "journaleux" et de toute exposition médiatique toxique.

Apolline Elter

Quatorze mois, Carine Russo, témoignage,Ed.  La Renaissance du Livre, août 2016, 318 pp

31 août 2016

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud

téléchargement.jpg" Tous les ressuscités vous le diront: l'amour est le plus important."

 Belle uchronie que nous propose le romancier: imaginons qu'Arthur Rimbaud ne soit pas mort, le 10 novembre 1891, dans un hôpital de Marseille, d'une carcinose généralisée, conséquence  fatale d'une tumeur au genou, que sa vie soit prolongée de trois décennies, d'une progéniture.....

Tentant n'est-il pas? 

Prêtant à l'hôpital  de la Conception, à Marseille,  une confusion de cadavres - l'homme qui est mort est un "va-nu-pieds", renversé par un fiacre - , à son directeur la volonté d'étouffer cette fatale erreur, Thierry Beinstingel offre à Arthur une nouvelle vie, tant il est vrai que "les poètes ne meurent jamais."

Mué en Nicolas Cabanis et en ((futur) gérant d'une carrière de marbre près de la frontière belge, Arthur Rimbaud entretient le contact qui le lie à sa chère soeur Isabelle, se marie.. avec Marie, engendre deux enfants, Hortense et Justin, et surtout, assiste en témoin privilégié,  à la constitution du mythe rimbaldien.

Une fiction subtile doublée d'un récit de très belle facture.

AE

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, Thierry Beinstingel, roman, Ed. Fayard, août 2016,  416 pp

30 août 2016

L'été des rats

téléchargement (16).jpgSous ce titre - surtout ne fuyez pas - se cache un charmant "polar dédié à Prévert"

Il est signé Martine Cadière 

Et conclut bien aimablement nos lectures estivales...

Avertissement: s'il est probable que Jacques Prévert ait séjourné en Dordogne en  1955, les faits qui lui sont prêtés sont pure fiction.

*****

" Etrange, la mémoire. Cet été-là, tout se préparait."

Dynamique sexagénaire, Blanche Chardavoine-Fanlac dirige le "Vieux Manoir" une résidence de luxe pour seniors. Il fut naguère "Lion d'Or" hôtel de prestige géré par sa grand-mère. Et la narratrice de se remémorer le séjour de Jacques Prévert, en cet établissement, durant l'été 1955, "l'été des rats", particulièrement nombreux ces mois-là....Le poète accueillait avec bienveillance la petite fille qu'était Blanche, lui enseignait son art, sa vision de la vie... 

L'été 2010 - présent de la narration - va semer l'émoi et bientôt l'effroi parmi les résidents du Vieux Manoir: une série de meurtres sont commis dont le modus operandi épouse singulièrement un poème de Prévert, consigné dans le livre d'or de l'hôtel......

Que s'est-il donc passé, cinquante-cinq ans plus tôt qui pousse le meurtrier à venger son passé? 

Je vous laisse le découvrir, vous souhaitant une belle fin ...d'été

A Elter

L'été des rats, Polar dédié à Prévert, Martine Cadière, Ed. Mols, mai 2016, 250 pp